EMANCIPATION DE L^AMÉBIQUE ESPAGNOLE
seaux remontenl jusqu'à quinze milles de l'embouchure, ayant cent cinquante milles de côtes bien pourvues df les, de baies et de ports , en contact avec la mer Pacifique, situé vis-à-vis du Japon et de la Chine, avec les tles Sandwich pour^ point de relâche, rOrégon donnerait aux États-Unis la clef du riche commerce de l'Asie occidentale, et ferait en outre prévaloir, dans l'intérieur de ITJnion, le parti démocratique, qui pourrait y répandre la population industrieuse et marchande des provinces de l'ouest, et rétablir ainsi l'équilibre avec les planteurs aristocratiques du sud, renforcés par l'annexion du Texas. Par l'acquisition du seul grand fleuve du versant occidental, les États- Unis embrasseraient l'Amérique septentrionale tout entière, et domineraient les deux mers et l'isthme qui les sépare. L'Angleterre s'y oppose avec opiniâtreté. Si jamais la guerre venait à éclater, l'Union serait forcée d'émanciper les esclaves pour s'assurer la tranquillité intérieure. Ainsi, la civilisation y trouverait toujours son compte. Enfin, ces deux puissances ont conclu un arrangement, qui leur fixe pour limites le 49^ parallèle nord, point où la navigation de TOrégon est abandonnée à la compagnie de la baie d'Hudson. Mais de nouveaux motifs de guerre ne tardèrent pas à éclater entre les États-Unis et le Mexique , qui fut envahi , et vit sa capitale Mexico occupée en septembre 1847. Les États-Unis glagnèrent à cette invasion le Nouveau-Mexique, vaste territoire presque dépeuplé , mais qui, avec la vieille et la nouvelle Californie', leur donne snr la mer Pacifique le port de Monterey et la baie de San-Fransisco , la meilleure delà côteoccidentale. Cette guerre, qui coûta aux États- Unis 254 millions, parut à ces marchands une excellente affaire ; et, loin d'imposer les frais de la guerre au Mexique, ils lui donnèrent des compensations. Les richesses aurifères découvertes depuis dans la Californie ajoutèrent encore à la valeur de cette possession. Qui pourrait assurer que le Mexique lui-même ne sera pas absorbé dans l'Union américaine, laquelle, en moins d'un siècle, aura quintuplé sa population , triplé le terri-
' La nouvelle Californie, aussi étendue que le plus grand royaume d Europe, a été annexée aux États-Unis en 1850.
IMARCIPATIOII DS L'AMIÎBIQnB X^AGNOLB. ItS
fi»e,dé6Dplé8a puissance productive, et cela (sauf la dernière gKneda Mexique) sans année ni conquête.
Od envahissement des républiques est à coup sûr d'une importnee incalculable , non^senlement pour cette moitié du aioade, anis pour rhumanité tout entière. La différence entre les Américains du nord et ceux du midi natt de leur origine. Les premios fondèrent des colonies, dont le chef était un loi. A (M d'elless'en établissaient d'antres d'après le même principe^ et la Bible était à peu près toat ce qu'elles avaient de commun ; coeore chacune d'elles Finterprétait-elleà sa manière. Les chefe des colonies du nord étaient donc souverains et pontifes , ce qui amena la liberté et la confédération. Et ^tandis qu'elles puisaient leur force dans la cohésion du même principe, il n'eût pas été possible de fondre en un seul corps tant de variétés. De fastes solitudes et une nature puissante invitent les Américains du sud à réaliser de grandes pensées , et tout y prend des proportions gigantesques; mais le.principede l'autorité s'y étant natoralisé, tontes les républiques y aboutissent à la dictature.
La Colombie forme , avec le Pérou et la Bolivie, un territoire plus grand que l'Europe ; la population y est clair-semée, et séparée par d'énormes distances, par des fleuves et des montagnes gigantesques. Comment y établir jamais cette centralisation administrative dont l'Europe est éprise? Tout plan général est extrêmement difBcile sur un territoire aussi vaste : les habitudes serviles invétérées et les différences radicales de pays à pa^s'y opposent : chaque province prétend, non pas seulement à l'égalité, mais à la souveraineté sur les autres ; la diversité de couleur forme des castes distinctes s qui deviennent un obstacle pour le gouvernement républicain. Ajoutez que les habitants sont affranchis d'hier d*UD pouvoir qui ne les avait habitués à aucune espèce de représentation , qui les avait tenus dans cette servitude patriarcale la plus propre à énerver les esprits ; que la £ùblesse de l'administration et la nécessité de la contrebande
' Oa appelle iolàmes de race ( itifames de dereeho) ceux qui sont ■é« de Uanci U de nègres , de blancs et d'Indiens , d'Indiens et de
114 ÉMknClVkTlOff DB l'ambbiqub bspagholb.
les avaient aeeoutumés à violer les lois, et à se confier dans la force de leurs bras.
La classe moyenne qui succéda à raristocratie espagnole était donc sans éducation et sans capacité; de là la fragilité des gouvernements, l'influence des intrigants. Les chefe ne s'inquiètent que de conserver leur dictature. Le prétexte que la constitution est violée fait renaître à chaque instant les guerres civiles. Les immenses espaces qui séparent les villes y mettent olistacle à toute cohésion, et y rendent toute révolution facile. Les centralistes en général , soit qu'on les appelle aristocrates ou serviles, veulent conserver tout ce qu'il y avait de bon dans le système colonial, et particulièrement les privilèges de l'Église. Les libéraux , soit fédéralistes, soit démocrates, précipitent toute innovation, veulent extirper la superstition, c'est-à-dire l'antique croyance, et changer d'un seul coup les idées et les habitudes. Tel est le fond de toutes les dissensions, soit intérieures, soit d'État à Étal; c'est là ce qui rend la condition de l'Amérique méridionale extrêmement malheureuse, et ce qui convertit en brigands les héros de l'indépendance >. Sousle rapport économique, les pays en progrès, tels que le Brésil, le Paraguay, le Bande orientale, le Chili , Véuézuéla, proclament la liberté pour tous, favorisent la colonisation, les relations avec l'Europe, l'extension du commerce et de Tindustrie. Les pays rétrogrades conservent les vieilles idées coloniales de privilèges et d^exclusion, redoutent les influences européennes, et voudraient retourna au monopole et à Tisolem^t. En outre, ceux de l'intérieur font tous leurs efforts pour joindre leurs fleuves avec l'Océan , ceux du littoral les en repoussent : d'où la lutte entre Buenos- Ayres, le Paraguay et le Brésil. Cette libre navigation des fleuves , qui fut garantie en Europe par le
' Plnsieors Italiens prirent part aux mouvements de rAmérique méridionale. Manuel Belgrano, homme de lettres , qui prêcha Findépendance dans les journaux , puis combattit pour elle, était d*origine italienne; il acquit une grande popularité en cherchant à répandre rinstruction dans les classes inférieures ( 1820). Dans le Venezuela, le colonel Angnstin Codazzi , de Lngo , exécuta plusieurs travaux géographiques , et il s'occupe encore anjourdliui de coloniser la haute région de la Cordillère maritime, qui appartient à cette république.
ÎMAliaPATION DS l'aMBBIQVE ESPAGNOLE. 115
eoogrés de Vienne , n'existe pas pour les fleuves américains. LTorope Tondrait aussi porter son commerce et sa civilisation dans ie centre de TAmérique , en remontant FAmazone et la Pbt3, qui se joignent par d'admirables communications.
Les puissances européennes ne cessent d'inquiéter ces États du sud, tantôt en faisant revivre d'anciennes prétentions, tantôt en ioToquant des griefs nouveaux. La France, qui avait reconnu Ofs Rfiobliques après 1830 , se mit en hostilité avec Buenos- Ayns, et y fomenta la guerre civile entre Rosas et le président Riradivia. Le premier chercha sa force dans la population des campagnes, en s'attachant les tribus sauvages pour les opposer tti unitaires; il poussa ses excursions contre les sauvages de la Patagonie. Le suffrage populaire lui valut ta dictature (1835 ) ; pais lorsque ses fonctions expirèrent en 1840, il fut réélu, malgré Tinimitié des Fran<^ais, qui bloquaient alors Buenos- Ayns. IjC vice-amiral de Mackau , qui conclut un traité avec Rosas, dut se convaincre que les imputations dirigées contre lui par les exilés étaient exagérées '. Les républiques du sud eu*
' Boa Juan-Maoael de Rosas, qui vient de succomber (mai 1S52) danx u kmgpie lutte contre Montevideo, et dont le nom a tant retenti en rofope depuis vingt ans, nous semble ju^ ici avec une indulgence t'i>p laconiqae ; il mériterait à la fois plus de blâme et plus d*atlent''0. Rosas» né parmi ces propriétaires de troupeaux connus sous le ■•im de gauchos , arriva au pouvoir par leur influence et par celle du t>r^ : son triomphe fut celui du parti fédéraliste. Le parti unitaire, comf«e sartODt de négociants et d'habitants notables des villes, avait k u lèle le 0éoéral Lavalle , qui s*était signalé dans la guerre contre le BréâL La lutte entre ces deux rivaux tourna à Tavantage de Rosas, qui 'at BMMné ^ouvemeor général de Buena^Ayres en décembre 1829; >s ptrliaos ayant envahi le congrès, décidèrent son élection par la ^ibience. Le yravemement de Rosas fut marqué par toutes aortes de vjiyiaoci, par des atteintes à la sécurité du conroicrce, à la liberté ci a la vie de ses adversaires. Des avanies de toute espèce , des cruanté^ eienécs tar plusieurs Français , l'obligation tyrannique qu^tl voulut imposer mx étrangers ( les Anglais exceptés ) de servir, après trois ans ^ f^onr, dans sa milice, décidèrent la France à envoyer une escadre qoi bloqua les ports de la république Argentine ( 1S3S ). Le parti en- B^l, commandé par Lavalle et Rtveira, «'étant concentré ^ Montevideo,
ft6 4^ANCrPATI0N DE lVmÉBIQUB ESPAGNOLS.
reut aussi de loDgs démêlés avec ia cour de Rome, et les sièges épisoopaux y restèrent longtemps vacants.
Le général Castilla, devenu président du Pérou, s*y montre administrateur habile et sage, et s'efforce de conserver ce qui est le suprême bien dans ces républiques épuisées par la guerre et Tanarchie, la paix. Lorsqu'une fois les Ktats du sud seront parvenus à s'organiser, les mines seront exploitées , le sol cultivé, et l'on y introduira de nouveaux produits, comme on Ta déjà fait au Brésil. Avec des chemins de fer et des bateaux à vapeur, on parcourra des lignes de mille lieues ; des forces navales seraient indispensables dans ces contrées, où des fleuves immenses et des forêts sans bornes mettent obstacle aux expéditions des armées. Enfin les missionnaires y reprendront leur œuvre civilisatrice.
Les Américains du nord étendent chaque jour leur domination sur quelque nouveau territoire. Les peuplades mêmes qui demeurent indomptées ne croupissent plus dans une barbarie absolue ; elles acquièrent des habitudes sociales , et commencent à se livrer à des métiers et à l'agriculture. L'ouverture de risthme de Panama sera aussi d'une extrême importance ; depuis que Humboldt l'a jugée possible, elle est étudiée de tous côtés, et l'exécution n'en paraît pas fort éloignée désormais ' . Quand le trajet se trouvera ainsi abrégé pour six cent mille tonneaux de marchandises qui aujourd'hui doivent doubler le
continua jusqu^aa moment tibtuel sa lotte contre Rosas. Lavalle périt dans un engagement en 1841 ; enfin Oribe, lieutenant de Rosas, ayant été conoplétement battu par Riveira, Roms a pria la ftiite sans attendre le vainqueur, qui s^avançait sur Buenos^Ayrea; il s^est dirigé vers TEurope. Tel a été le brusque dénoûment de cette lutte, et la fin inattendue du pouvoir de Rosas, au moment oii il paraissait le plus solidement assis. Cette domination farooclie a maintenu pendant vingt ans sous son joug ces contrées, que Tanarchie dévore; Paveoir nous fera voir si l'ordre y est possible à d'autres conditions, et si la tyrannie de Rosas était la seule forme de gouvernement capable de s*y soutenir. ( An. R. )
' En attendant que le canal projeté depuis longtemps ouvre passage aux navires mêmes, une compagnie poursuit à Panama rétabUsscment d'un chemin de fer. (An. R. )
LITTBBÀTUES. — - L*BCOLB BOMÀIfTlQUE. 117
op Boni, l'Europe entière devra s'en reuentir, mais plus eneon lei innombrables tles de la Polynésie, de la Malaisie , et les opulentes contrées sitoées sur le versant oriental du grand coBtîBeDt de l'Asie.
UTTÉRATCRE. — L'ÉCULE ROMANTIQUE.
La littérature du dernier siècle, si peu originale qu'elle ittt, aftttemfminté une physionomie et une apparence d'unité à riotcDtion commune de démolir. Elle atteignit son but; mais , mune toujours, les vainqueurs se divisèrent, et s'escrimèrent àrsvcBture , avec cette diversité de plans et de moyens qui est kevactère et le défaut des modernes. Q^nd éclata laAévolutnn, ce ne fut pas seulement en France que les esprits en furent âmléB; l'enthousiasme et la haine, le spectacle ou l'attente de grandes commotions ôtèrent la réflexion aux écrivains, et le calme aux lecteurs. La main eut alors à combattre, an Un d'écrire; et la littérature ne fut plus guère que le talent *ppliqiié aux affaires. Les tribuoes d'Angleterre et de France '^i^tttiicnt d'une éloquence sans exemple, parce que Jamais ne s'éuieat agités de plus grands intérêts. La poésie se retrouva ^ les mouvements populaires et guerriers, dans telle chan* no qoi renouvela les prodiges de la lyre de Tyrtée, sans mériter P<M>rtant d'être appelée belle. Dès qu'un peu de calme fut réta- ^ dans les esprits , Joseph Chénier devint le poète à la mode; ■Dais rentbousiasmede ses comportions lyriques n'est que celai de son temps. Ses tragédies, applaudies alors à cause des ailonoDs qu'eues renferment, sont infidèles à l'histoire et ^vœ froide régularité. Dans ses dernières années, la décep« lion loi inspira des plaintes énergiques et le frémissement d'un ^(oqneat courroux.
Une fois que la république eut disparu, que toutes.lesvolontéa ^ORnt été absorbées dans une seule , que l'admôration fut réservée à un seul, les journaux à ses gages louèrent ou blfl-
118 LITTBBATORB.
mèrentà son gré. Leur critique, celle de Geoffroy par exemple, manquait de courtoisie comme d'élévation; elle ne fit que continoer celle du siècle précédent, alors qu'on n'admirait que le poli, que Shakspeare n'était connu qu'à travers Voltaire et Ducis, que là Harpe ne voyait rien de grand en deliors des dix-septième et dix-huitième siècles, et faisait consister la gloire de Racine à avoir ajouté de nouvelles grâces au génie de Sophocle et d'Euripide.
Alors fleurissait l'heureux Delille ( 1738-1813), qui sut réussir sans causer d'ombrage, et plaire en raison même de ses défauts. Il passa sa vie à chercher des sujets, il mit toute son étude à peindre , sans réussir à fiiire un tableau. Il ne faut lui de* mander ni des idées, ni l'enthousiasme de la nature, ni l'intelligence de l'histoire, ni de grandes connaissances : toujours à la piste de pensées dans les livres d'autrui, dans les ouvrages en prose surtout, il les répète en vers harmonieux. La préfoce des Géorgiquet, son meilleur morceau, est traduite de Dryden. Il apprit dans ce travail les secrets du style descriptif, et son diefd'œuvre en ce genre fut le poème des Jardins, Alors que la prose avait pris de l'ampleur avec Rousseau et Buffon, il fallait aussi élever de ton la langue poétique; mais, ennemi de toute hardiesse, il ne posséda qu'un vague instinct de mélodie et d'élégance. Il n'appartenait point au parti philosophique. Il s'amusait à peindre des bagatelles, à parler science, à versifier toutes choses, jeux, paysages, expériences. On le portait aux nues: duchesses anglaises, princesses polonaises lui écrivaient à Tenvi. Son apparitioa à l'Académie était une solennité; il y lisait ses vers au milieu des applaudissements et des larmes , et il s'en retournait dans les bras de ses admirateurs. Enfin ses œuvres se tiraient à cinquante mille exemplaires.
Fontanes ( 1751-1831 ), flottant entre la volupté et la dévotion, encensa beaucoup Napoléon ; mais il eut aussi le courage de glisser à travenoelenoens plus d'un conftit et plus d'un blâme. Joubert, son ami, ne conduisit rien à fin ; mais il a laissé de beaux fragments et des Pensées >. La protection officielle accordée aux arts
' 11 disaH de Voltaire : « Comme le singe , il a les mouvements char-
L^ÉCOLB mOJCAHTIQUE. 119
jraiicelklieiBrésiiltat^ela pluptrl n'éflrivdîentqiiepoiit obtenir, pour méritef des prix et des pensions. Quant à la littérature iodépoidante et altièr e, qui se souvenait du grand rAle qu'elle arait joaé dans lesiède dernier, il faut la chercher hors de France. £a AOemagne, une science qui s'appliquait à élaborer tous les oatériaia du passé, poussait rintelÛgence au doute. Beaucoup d écrivains aYaient combattu l'influence française dans le siècle jpmédent, surtout Bodmer, moins célèbre par ses œuvres que jnrdes disciples tels que Haller l'illustre naturaliste, le poète Wieiand, et le plus grand de tous, Frédéric KIopstock ( 1724* ifi03). La Messiade de KIopstock n'est pas une oeuvre d'école i s inspirant de la Bible, il traça la vie de l'Homme-Dleu; et «oiffle la qui^de de la Divinité , exempte de passionSf devait y i^^paadrede la monotonie , il y échappe en variant les caractères àa apôtres et des esprits célestes, et surtout par le lyrisme qui ^ate par intervalle dans ce poëme. Kk>pstock, qui poursuivit soDicuTTe au sein de la misère, s'écrie en arrivant au terme : « Je Fai espéré de toi , céleste Médiateur, et voilà que j'ai ter-
* mioé le cantique de la nouvelle alliance; la tâche redoutable ' est finie, et tu me pardonneras mes pas incertains. Allons ! je
* sens mon cœur inondé de Joie, je verse des pleurs de ten- ■ dresse. Je nié demande point de récompense : n'ai-je pas goûté ' les joieB des anges en célébrant le Seigneur? Je me suis senti « fnm jusqu'au plus profond de mon cœur, je me suis senti re- < mué jusqu'au plus intime de mon être. I^'ai-je pas vu couler
* les lames des croyants.' Et dans un autre m<mde ne serai-je
* pBs seoueilli peut-être avec ces larmes célestes? *
Quand la mort vint le frapper, il murmurait un passage de a Hutiaés; on en chanta les vers aidour de son cercueil. Qui pourrait désirer un hommage plua solennel ?
Btsnis et les traits hideux ; il connut la clarté , et se joua dans la lu- "Â^t mais pour îéparplltef et en briser tons les rayons , comme un °>^dttBt; » <le le Sage : « Ses romans ont l'air d'étrQ écrits dans un '^pir on joueur de dominos, en sortait de la comédie ; » de la H*n^ : « La fiMilité ef l'abondanee avec lesquelles il parie le langage ^ Is critique h» donaeift Tair habile, mais il rest peu ; » de Barthélémy :
* ^^•Am'M donné Vidée d*un beau livre , el ne Test pas. «
110 LITTBBATOU.
De DiAIflBâoMS 86 léuuirant pour défendre les doctrines, ré- Teiller les sentiments;, les trwIitioDS; les doetes se rapprochèrent des ignorants; il se forma des sociétés et des eerâies studieux. La littérature allemande en reprit quelque vigueur; et si d*aboid elle avait imité la littérature française et ses formes classiques, elle marcha alors dans sa liherté, où tourna ses regards du côté des Anglais.
Ce fut aux sources nationales que s'inspira Auguste Bûrger, poète populaire qui traîna une vie malheureuse; il fit revivre dans ses ballades les traditions vulgaires : âimilier et souvent trivial, il fl^élève parfois jusqu'au sublime. Le tendre Hdlty est plein du pressentiment d*une fin prochaine.
Le théâtre, depuis Lohenstein, était livré au genre bour* souflé et déclamatoire : les acteurs, habillés de papier doré, s'avançaient bouffis et superbes, flanqués d'une énorme épée, buriantet trépignant. Ils traduisaient et représentaient, de préférence aux productions du pays, les pièces de Comeilie, de Molière, et les farces italiennes. Mais lorsqu*en 1708 Stranizki eut fiiit jouer à Vienne une comédie allemande, le succès alla jusqu'aux nues, et Hanswurst fut oublié.
Lessing, qui publia des critiques incomparables sur l'art dramatique, en donna aussi des exemples : Mina de Bamheim, remplie de vivacité comique ; Sara Sempton, drame larmoyant, moins les déclamations à la Diderot; et Émltie Calotti, où il transporte la tragique histoire de la Virginie romaine dans l'mtérieur du foyer domestique. Engel, son élève, donna de bons préceptes sur la mimique. Les comédies d'Iflandetde Rotsebue tombent de ftiiblesm, et visent plutôt à Teffet qu'à la peinture réelle de la société; la morale y est bavarde et sententieuse ; vices et vertus y sont en dehors de la réalité.
Mais le roi de la scène allemande fut Frédéric Schiller (1759- 1805 ). La lecture de Rlopstock Pavait nourri de sentiments religieuxetprofonds;pourtantilcéda aux engouements del'époque dans ses premières compositions. Dans ses Brigands , il oppose à la société , où les fripons réussissent à passer pour vertueux, la peinture trop flattée d'une trou^fe de voleurs, coupables sans être vils. L'effet produit par cette pièce fut tel, qu'une
L'SCOU BOMÀHTIQCB. 121
Mi de jèiiMs gms abandonnèrent le monde poorse jeter dans
kl bon. Dans f^mour et ^Intrigue, Schiller offire le triomphe de régoôMne habile sur les passions généreuses de la jeunesse, fâ ne savent pas plier aux exigences d*un monde injuste. Le Don Carlos et la Car^ratian de Fiesque sont remplis de ce ripaMîianîsBie qui alors faisait son chemin, et du pressentiaent de lagoes améliorations , prêté à des personnages d*un anAie temps, œ qui les dépouille de toute vérité. Le titre de ciÉojn français, que lui décerna la Convention, en fut la ré- «Mopaue. Mais quand la lettre lui arriva , les six membres 9B Pavaient signée avaient péri sur Téchafaud, et Schiller fBt reeonnattre «se qu'il y a de différence entre les plus belles ibéories et IcurB applications.
Scbfller est bien loin d*avoir la féconde variété, le pathétique pnfioad, la puissante originalité de Shakspeare. Fils de son àède, il eompromet la vérité de ses personnages en leur attriboaat des idées et des sentiments d'un autre temps; il dogoatise quand il devrait peindre et émouvoir; il ne crée pas des tecs réds, comme le poëte anglais, mais il sait les rendre inté* par le caractère moral qui domina tout à fait dans ses eompositions.
Eaeffiot, Schiller souffrait de voir dans la société la vertu et le devoir aux prises avec la négation de toute autorité monte; et on pénible sentiment de doute plana souvent sur ses onniges. BÂais enfin la philosophie de Kant lui enseigna que la oatioa de Dieu, que le sentiment du devoir, sont des idées néccaaira à Texistence de Thomme, et qu'il doit s'incliner avec mpeet devant certains mystères. Il puisa alors ses inspirations à Que lource plus haute , dans ses poésies lyriques et drama* tiques, et chercha l'intérêt dans le triomphe de la nature morale àt rhomme sur la partie matérielle, en montrant la puissance Calibre arbitre, et en rendant, comme il le disait, la tragédie digne do noble rôle que l'époque lui réservait.
Il écrivit alorsla trilogiede PVaUenstein, plus fidèle à l'histoire,
plôae de caractères gigantesques, dont la rudesse cependant
cit tempérée par l'art; toujoun un idéal de bonté et de vertu
se trouve là oomme correctif à côté du triomphe de la per-
m LlTtâftATUBB.
versité. C*est à ce âentimen: qu^appartiennent Marie Siumi, Cuillaume Tell et la PuceUe (T Orléans, bien que dans eei ennoblissement de la nature il courtisât certains tjrpea métaphysiques plutôt que la réalité, et qu'il résultât de ee procédé une vaine recherche qui est un supplice pour rintelligenee.
Ses drames furent représentés à la cour de Weimar, qui, sous la régence d* Anne- Amélie de Brunswick, était appelée l'Athènes de là Thuringe. Cest là que la fleur des gens de lettres jouissait du calme de la paix au milieu des désastres de la guerre de sept ans el de la famine de 1772 : on y comptait Seckendorf, Einsiedel, Rnebel, Voigt, le conteur MussusetHerder, qoi, disait-on, était « une poésie plutôt qu'un poète; » Bertndi , qui y créait Tindustrie; Ifland, qui y faisait jouer ses comédies ; Wieland, Tinstituteur du prince. Wolfang Goethe y avait créé et y dirigeait un théâtre pour un petit nombre d'élus , devant lesquels il faisait passer les chefs-d'œuvre de toutes les nations, avec rinlitatlon ta plus précise et la plus érudite des naœurs et des costumes. Tantôt tout était disposé pour un théâtre antique : le chœur descendait dans l'orchestre, et l'on représentait une comédie de Térence ou Viphigénie; tantôt on jouait desdnmes de Shakspeare ou la Sacontala indienne, traduits par SeMegel, le Mahomet de Voltaire, la Phèdre de Racme, les piècei de Charles Gozzi , d'après les traductions de Schiller et dt Goethe.
Le génie de Schiller se consumait au milieu de ces tranqnilles jouissances, en même temps que s^usait son corps ; et il mourut en 1805. Goethe (1749-1832) resta alors le représentant suprême de la littérature allemande : poète lyrique, épique, dramatique, romancier, critique, physicien, et sans rival en tout genre. Il débuta par H^erthti\ expression douloureuse d*tme société en proie au doute, entre un passé qui s'écroule et uh avenir auquel on aspire sans trop le déÔnir* H^erther produisit des sniddes réels et une foule d'imitateurs, dont 11 se moqua dans le ianm' phe du Sentimentalisme, de même qu'il combattit le suicide dans le Noviciat de Guillaume Meister. En effet, ce fut sa marche ordinaire de faire paraître un chef-d'œuvre , de le voir imité par une tourbe servile, de se railler d'elle alors, et ,
L^écOLB BOMAUTIQUB. 133
afvèiafoîr fait peau neuve, comme le serpent, de s'offrir aux nprds sous an tout autre aspect.
Dans sou premier ouvrage dramatique, qui fut C(U^ de Berli* chagen^ Goetbe personnifle d*une manière puissante les feudataircsà leur dernière époque : il y offre aux regards , péle*méle et variés comme la nature, barons, clergé^ minnesingers, bobé* SMDS, peuple, tribunaux secrets, toute la société germanique. Bmb les divers essais qu'il fit sur des sujets grecs , italiens , étraagen, il sut toujours se transporter dans la société qu'il peignait Faust, son œuvre dramatique la plus célèbre, embn» Funivers, de Dieu au crapaud, du paradis au sabbat, àipalaisdesrotaau laboratoire del'alcbimiste. Avide de science etdejoQîasanees, Faust, pour assouvir ses désirs, pactise avec kéénoo M^histophélès. Raillant l'humanité, tout matière et ■as, M s'élevant jamais au-dessus des intérêts positiû, celui-ci K prise que le plaisir : il a une moquerie pour toute vertu , un sourire poift toute souffrance, un sarcasme pour tout sentiment gnéraux. Méphistopbélès expose à Faust les doctrines, mais c'est pov hn en montrer le néant; il lui offre l'amour» mais en préâpitaBt dans un abtme d'opprobre et de misère une jeune fiBeDaïve; et il s'écrie , en la voyant tomber : EUe n'est pas la frmiért. Ainsi l'bomme de cœur est entraîné par l'homme de tête ; et tout sert de triomphe à Mépbîstophélès , le mal incarné. Marguerite, qui n'est que pur amour, se trouve entraînée inêritablenieBt au pédié, à rin£anticide, àj'écbafaud. Après la anct de sa maltresse, Faust se jette dans le grand monde; il J voit les turpitudes de la politique, les délires de la science, la foUk des croyances, et pour lui tout se résout enfin en une impenooncile unité.
Ccst toujours ce problème de l'existence du mal qui se préeeaUui à Job; mais, pour l'Arabe, il aboutit à l'idée d'une Providenee consolante : Goethe ne trouve, dans un siècle de criti- 91e hardie et incrédule, que raillerie, orgueil, désespoir; et il eflfinie que le mal est infini, étemel, irréparable. Ce drame eoflifliqué et inextricable, où chacun peut trouver tout ce qu'il npt , agit fortement sur le caractère allemand , et susciu une fmile de se^ques qui , raillant la science et incrédules à IV
^ 124 LITTiBATUBB.
mour, remèrent Tidéal et se parèrent d*ane élégante incrédulité. Goethe ne s*en inquiétait pas : le front calme et les mains ardentés > il façonne ses personnages en dehors de sa propre individualité ; il est sans cœur, et il s*en vante, ne songeant qu*à la forme et à Teffet, ne visant qu*à reproduire, comme un miroir, les images dont il est frappé. TantAt vous le prendriez pour un Grec ou pour un émule de Properce; tantôt il vous transporte en Orient ; Tinstant d*après , au berceau du christianisme ou au milieu des minnesingers; et. toujours avec une simplicité savante , des couleurs hardies , une souplesse d*expression ou naïve ou sublime, à volonté. Ajoutez à cela une infinité d'articles, de traductions, de lettres, de travaux du premier ordre sur Foptique et sur la botanique, ce qui lui valut un culte, une vénération sans bornes, mais non sons contradiction. « Le beau n'est , a-t-il dit , que le résultat d'une heureuse exposition; » et telle parut être sa devise. Cest un coloriste sans égal; mais quant au fond, il est indifférent entre la patrie et l'étnmger, entre Brahma, Jupiter, et le Christ; toute religion, toute philosophie lui convient; peu lui importe le gouvernement anglais ou celui de la Turquie, Bayle ou Bossuet : tout ce qui est lui est bon ; c'est sagesse que de laisser dire et de laisser faire; c'est un bonheur que de regarder du rivage tranquille celui qui est ballotté par la tempête. Dans ce rafiftnement de l'égoTsme il voit les opinions s'élever et tomber, aans s'en inquiéter; il voit sa patrie et le monde bouleversés , sans y prendre intérêt : il a besoin de conserver ses eaux limpides pour qu'elles réfléchissent les rivages. 11 combattit, il est vrai, le cynisme voltairien, mais pour jeter les esprits dans l'indifférence. 11 applaudit à quelques génies naissants, mais parce qu'il en attendait des louanges en retour, prêt à foudroyer quiconque eût attenté à sa divinité. Du reste, il ne guida pas son siècle, comme il aurait pu le faire, homme de génie qu'il était; mais il se laissa porter par le courant. Il ne seconda point l'élan de sa patrie contre l'étranger, ni ses efforts vers la liberté; aussi ûiut-il le ranger parmi ceux qu'on admire sans les aimer, que la puissance caresse sans les craindre, et que la multitude respecte sans les bénir.
L^icOLB BOMANTIQUB. I2S
GotAe elSehfller , aoitant des voies de rimitation, avaient nfftêé Fart au sentiment et à la nature ; des critiques puissants nveot analyser à leur tour les sources du beau ; ils en établirent kûoAtj hii fixant des lois et des conditions précises , érigeant Fcrthétiqoeen science philosophique. Du haut de la sphère des idées, Os jugèrent ce qui se manifeste aux sens , et firent une règle de ce qui n*était qu'une Impression.
Loriog (1729-1781) entreprit d*arracher la critique aux entiavei de Fécole, qui alors ne jurait que par le Batteux , et de tewr à sa patrie une prose nouvelle et de nouvelles appréoiatioBs du beau. Il passa en revue les drames étrangers, et osa pven* èe Voltaire à partie , non sur quelques détails de ses œuvres , Biaisiur les caractères et les sentiments ; et, pour bannir toute affeeMm d'élégance, il ne craignit pas d'afilîronter la trivialité. Il Tcagea, dans tontes sortes d'écrits, la littérature allemande des ^^oigKments de l'Académie de Berlin, et l'on peut dire que Tcidiétiqne naquit avec lui. Déjà Wînckelmann avait commencé à (terrer avec une pénétration inconnue les monuments de Rmm; et, associant dans V Histoire des Beaux-Ârts la théorie t b réalité, il avait vu les choses d'un point de vue nouveau, bien qa^il ttt adorateur exclusif de l'antiquité et de l'école idéalise. Lessing, an contraire, voulait ramener l'art à l'indiriduel, n léd. Quoiqu'il ait donné dans cet excès opposé, il a le mérite d*aToir soutenu le naturel contre l'artificiel, et bafoué le dmqnant classique ataisi que l'étiquette française. Il a rajeuni la criliqDe, en traçant les Limites de la poésie et de la peinture, Usis Tignoranee où il était des chefs-d'œuvre de l'art antique ki porta malheur : certaines de ses doctrines parurent fiiusses > TappUcation, même celles qu'il posait comme capitales. Il pré- Kod à tort renfermer la peinture dans les limites assignées aux M plastiques, et tracer entre les beaux-arts une ligne infranchisâMe, en mettant à part la poésie, qui est l'âme de tous io autres.
13Be foule d'écrivains vinrent après lui, qui sondèrent toutes
ia sources du beau. Sulzer de Wenterthnr, métaphysicien en
teaun, donna la théorie universelle des beaux-arts , voulant
^ aisigner pour but l'utilité sociale, et former à l'aide du beau
136 LlTTéAATUBB.
de bons citoyens. Baumgarted, de Berlin, donna le picmier une forme systématique à la théorie du goût , qu'il intimla esthétique^ en la définissant Tart des belles pensées, et, oonune sentiment, la faisant dériver de la naoraie. 11 la divisa en théorique et en pratique, plaça le beau dans la connaissance parfaite qui consiste à ramener les pensées à Tunité, dans la beauté de rordonnance, dans Texpression des pensées et de leurs objets : conditions du beau qui se trouvent détruites par les contradictions dans les pensées, le désordre des idées et des objets, Fexpression fausse ou vicieuse. Ce n'était qu'une première tentative; mais depuis lors l'esthétique fut constituée comme science indépendante par Mendelsohn,Sulzer, Éber« bard, et elle devint une partie de te philosophie.
Kantne place pas l'essence du beau dans les objets, mais dans l'intelUgence; il distingue le beau libre du beau adhérent; et, se conformant à son système philosophique, il rend l'idée du beau subjective, de sort^ qu'elle n'a pas d'existence propre, mais qu'elle résulte de la libre impulsion de l'imagination. Ficbte, qui tira les dernières conséquences du kantisme, soumit l'art à la morale comme toute chose , faisant de lui lereprésen^ tant de la lutte de l'homme contre la nature, et du triomphe de la liberté. La philosophie de Schelling montre le beau comme l'accord du fini avec l'infini, de l'existence fatale avec l'activité libre, de la vie et de la matière, de la nature et de l'es* prit : ainsi l'art est la plus haute manifestation de l'esprit. De là sortirent les fortes études tournées vers ce noble exercice des facultés , et qui amenèrent la restauration de l'art chrétien» considéré jusqu'alors comme grossier et chimérique. Il était facile toutefois de confondre la philosophie, l'art, la religion, et les formes particulières à chacun: et, de fait, les abstractions sentimentales, à la fois mystiques et symboliques, firent irruption non-seulement dans la littérature, mais encore dans les arts du dessin.
Hegel détermina les limites de l'art en le plaçant au-dessous de la religion et de la philosophie , comme représentant le vrai sous des formes sensibles, et arrivant à l'esprit en passant par les sens et l'imagination. Après l'avoir étudié dans sa maoi-
L*£COLS BOMAlfTIQUB. 137
fcfblîoD bisUnrkiae, il donne la théorie des arts partienliers, en déterminant les principes et les formes essentielles de eha- €8B, elen formant ainsi un système complet.
Une fois que Testhétique fut fondée sur la psychologie, elle fntdéfdoppée par Krug, Hugedom, Heinsius, Hender, £ogel ; Sidzer, dans la Meilleure manière de lire les classiques à la jeunesse, en tire le secret de beautés nouvelles , en les distingoaot dn bon et du parfait. Tieck élève la critique jusqu'à la mblimité morale : Guillaume Schlegel (1772-1829) entreprit un cours de Uttt^rature dramatique aussi étendu que profond. 5on fntt Frédéric, partant de Tidée qu'il ne pouvait y avoir de véritable science qu'avec la connaissance de toute chose , étudia tfMUes les langues, se fit le contemporain des Romains, des Grecs, des Gbaldéens, des Indiens; et, de la comparaison des notsqni expriment les idées primitives, il conclut à l'origine eomoinne des hommes. Il s'appliqua à reviser sévèrement ks textes des classiques, à en procurer de meilleures éditions; et, s'enhardissant à force de patience, il porta le doute sur les anciens, en retrancha certaines parties, et appuya do philologiques les innovations philosophiques de Vico , peur qui Homère se résolvait en un type idéal. Dans V Histoire et la HUérature ancienne et moderne^ il prouva qu'il comprenait tout ce que la poésie des Grecs, le génie romain, l'inspira* âon liâ>raîque , le développement intellectuel des modernes , ofifreat de grand et de beau; et il dirigea tout vers le but qui lui parut être le seul pour obtenir la rénovation des lettres et des sciences, c'est-à-dire, l'union de la science et de la foi.
Ainsi s'introduisit une critique initiatrice , qui ne s'inquiète pis seulement de ce qui fut, mais de ce qui pourrait être; qui étend ses conjectures Jusqu'au possible, et montre, par ce qu'ont foit les génies les plus divers, où pourrait arriver un géoie nouveau; abandonnant ainsi l'étroite ornière du collège et la tendance prosaïque du kantisme , pour explorer le do* ■Mae de la connaissance universelle et les systèmes tant religieox que politiques. Elle n'étudia plus seulement les formes diverses, mais la raison d'être et les causes de durée des diffé* rentes littératures. Elle s'ingénia moins à découvrir des défauts
13S LITTESATURB.
qu*à augmenter le plaisir de Tesprit entier, signalant des beau* tés inconnues, qu*à chercher des lacunes à combler, des débrû à restaurer, des civilisations à ressusciter. Uesprit critique eC spéculatif arriva à la création, au drame, au lyrique; après avoir analysé le cœur, il sut le faire palpiter.
La litttoture allemande associée à la lutte nationale contre Tétranger, ne trouvant rien dans les temps modernes qui fdt digne de son enthousiasme, se jeta sur le moyen âge et au delà ; elle étudia le grand rôle qu*avait joué dans le passé la race germanique : la liberté, la chevalerie, la poésie, l'art chrétien, étaient venus de là; le premier rang lui avait été conféré avec Tempire, jusqu'au jour où elle le perdit, en se soumettant aux influences françaises dans la politique et dans la littérature. On en conclut qu'il fallait retourner aux sources de l'originalité. Ce fut là que s'inspira la fille de Necker, la baronne de Staël (1766'1817), qui, sans être armée de tous les dons du génie ^ exerça une très-grande influence, parce qu'elle joignait à la vigueur de l'homme la grâce de la femme, l'imagi* nation à la raison. Élevée entre le spéculatif et le positif aux approches de la Révolution , au milieu de tant d'innovations , d'espérances , elle céda avec ivresse à Timpulsion donnée par son père : bientôt, désabusée au milieu des horreurs qui suivirent, elle écrivit une admirable défense de Marie- Antoinette : c'était le cri d'une femme et d'une mère. Rentrée en France dans des temps plus calmes, elle chercha à faire revivre la société, la vie intellectuelle, la délicatesse, TeSprit, qui fit d'elle une puissance. Son éducation et sa croyance , son adoration pour son père, ses premiers amis, la maintinrent en politique dans ce milieu qui ressemble au protestantisme en religion, et qui s'en tient aux monarchies tempérées. Associant, dans ses Comidé' rations sur la RéoolutUm française, l'amour de Tordre à celui de la liberté, qu'elle ne renia pas, malgré ses écarts, elle y signale avec la plus neuve éloquence les progrès de la civilisation, les maux qui accompagnent les révolutions, le profit qu'en tire le pouvoir absolu, et ce qui finit par en sortir. L'amour et la haine la rendent perspicace. L'hostilité qu'elle afiiclia contre le système impérial rendait très-significatives les réticences de ses livres,
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H M q^îgnmmeB dans les salons contre celai qu'elle appelait niMe^ptérre à eheoaL Napoléon exila cette amazone intelleelnUe; et la penéeatîon aecrat la poissanœ de la pensée, dont Bue femiBe était le représentant.
Détomnant ses regards de la France railleose et incrédule, poarles porter sur T Allemagne grave, studieuse, croyante, madame de Staâ nous peint, sous l'impression de ses couversatioos brûlantes, ce pays où tout loi paraît juste, tout admirable. Elle parie en femme éprise de ses philosophes et de ses poètes, qn'eUe fiait connaître à toute l'Europe. Dans la LUtéra' tmt dbes /es andens et chez Ut modernes, elle exalte Shakspare aux dépens de Racine , et prend à partie Boileau. Dans Ceritme, poème , roman et traité philosophique, ce qu'elle ex* cdie à peindre, c'est moins la nature et les arts que le eceur tenain , la aodété, et les souffrances du génie au milieu d'un ■onde prosaïque. Mais l'important pour elle , c'était de montrer nDdépsDdanoe comme l'élément du génie; d'établir des théories degoèt, qui étaient des conseils de dignité et de courte; de pralesler sans cesse contre le gouvernement impérial, par la fioice de la volonté, par l'enthousiasme de la liberté, par la fàenne confiance dans le progrès. Quand les Séides du nouveau César ne voyaient que l'empire planté sur les baïonnettes, die dut : « Notre ordre social est fondé tout entief sur la patience et la résignation des classes laborieuses. » Pleine de ierveur pour tout ce qui était indépendance, justice, courage, elle sut pénétrer aussi sûrement dans Tavenir que les plus mâles penlenis; et un sentiment exquis fit entrevoir à cette femme Faoeoid des questions littéraires avec les questions politiques. Mab si elle désapprouva Goethe de ressusciter la mythologie, «Ue ne comprit pas ceux qui voyaient dans le christianisme la tooroe du génie moderne; et elle s'écrie : « Peut-être ne sommes*
• nous capables dans les beaux-arts d'être ni chrétiens ni païens.
• Ki l'art ni la nature ne se répètent; ce qui importe, dans le
• silence actuel du bon sens , est d'écarter le mépris qui veut « s*élaidre sur toutes les conceptions du moyen âge. » Plus admirable encore dans sa conversation que dans ses livres, elle y reoBpiissait ce rôle de supériorité léminme qu'elle a si bien
180 XimftBATUBE.
peint dans Corinne; et le oorlége de ses amis oontribua poissammeDt i réfMmdre des idées littéraires ou ptus larges , oa tout autres que celles qui régnaient alors. Le principal mérite de Técole consistait à imiter, ils voulurent roriginalilé; Féoole ofiErait pour modèles les idées et les types grées et latins, ils soutinrent quHl ne feut point repousser les types moins parfaits, mais plus en rapport avec nous , que les époques romantiques nous fournissent; et de là le nom qui leur fut donné.
Ceux qui cherchaient une formule du romantisme disaient, avec Scblegel : « La contemplation de l'infini révèle le néant de tout ce qui a des limites : la poésie des anciens était celle de la jouissance , la nôtre est celle du désir; la poésie ancienne s'établissait dans le présent , la nôtre flotte entre les souvenirs do passé et le pressentiment de Tavenir. » Ainsi c'était Texpression d'un sentiment plus profond du présent en rapport avec le passé, contemplé d'un nouveau point de vue. Les classiques avaient considéré les règles, non comme une histoire de ce qu'avaient fait les maîtres; pour eux c'était .un moyen non-ceulement d'imiter, mais de produire. Les romantiques placèrent la souveraineté dans le sens individuel , et firent de l'esthétique Une sdenee rationnelle , au lieu de la réduire à une recette empiriqne. L'école classique, née au milieu des cours, où abondent les conventions, les ménagements, les nuances aristocratiques, s'attachait plus au contour qu'au coloris, à la logique qu'à la fantaisie; elle était pauvre d'images , parce qu'elle étsit pauvre de sentiment. Les romantiques se proclamèrent les fils du peuple; ils eurent en conséquence moins de pureté, mais plus de vie. Les classiques peignent l'humanité dans ce qu'elle a de général , la vérité abstraite, la beauté qui provient de l'unité, sans s'inquiéter de la couleur locale et des particularités d'organisation. Les novateurs voulurent la vérité vivante, celle de l'individu plutôt que celle de l'espèce, les types exceptionnels plutôt que les types cSmmuns. En conséquence, les uns arrivaient tellement à une beauté de convention qu'ils appelaient improprement idéale; et comme les espèces sont peu nombreuses, ils s'emprisonnaient dans un champ très-étroit. Les autres ont devant leurs yeux l'univers; mais lorsqu'il s*agit de
L*ÉÇOI.B BOilAIITiQUB. .lai
r, il tar eit fmh de tomber dans le trivial, oa de ae poàt dus tona les déréglemeots de leur fantaiaie.
Il langue dut ae ressentir de ces doctrines : les naots comme iei pssoones conquirent le privilège de Fégalité; on s'était éeartéde Feipreasion propre, pour y substituer des circonJocQtkns ingéoieusea et saoa couleur; les romantiques ne parlent phv que de réformer cette langue des cours et des acadé- BîcB, pour interroger celle du peuple.
£o resnmé, la variété et rinfini sont le caractère du genre ro- Btotifiie, qui, de là Y introduisit le lyrisme partout.
Li diffiéreoce apparut plus grande dans le drame, qui est la Rfloionde l'homme agissant sur lui-même; où nos passions, se Rflédattant dana les actions d'autnii, ae reconnaissent et joui»- Kotd'elles-méniea , sans avoir à se redouter. Le théâtre étant njmfd'hin le seol lien ou le poëte se trouve face à face avec le pBlilie, c'est là que le ronantisme trouvait surtout à innover, fautant mieux que la tragédie classique avait singulièrement dégénéré; qu'elle s'épuisait eu dialogues ou trop indéterminés pow rendre la nature, ou trop délayés pour peindre la passion ; rt elle le trouvait resserrée dans un cercla de sentiments fictif es loa{oa« prévus.
Ceoxqui voulurent ne considérer que Técorce, ne voir là qo^one forme difiEérente de celle des classiques, et une rébellion contre les règles, rabaissèrent la question jusqu'à ne faire consislir le romantisme tkéAtral que dans le rejet des trois unités Molastiques. Cependant, dès le commencement du dix-huitième aide, la Mothe avait démontré Fabsurdité de ces unités, et MétaHase prouvé qu'elles ne s'appuient pas sur la tradition antiqae, bien que tous les deux n'aient pas osé dans la pratique t'écaiter des convcniions , ni aborder toute la vérité; car rejeter lei anités n'eu est qu'une» partie.
Lessing, ne reconnaissant pas aux critiques français la véritable iotenignice de la théorie et de la pratique des Grecs, s'en autorisa pour proclamer la liberté de l'art. Avec des connaissances P^ vBStes, lea Scblegel montrèrent la puissance de Shakspeare, ^ ne dérive pas de cette liberté, mais qui y trouve l'occasion ^«déployer. IbtvadoUredttm drame indien (^omto^).
1S9 UTTiBATUBI.
et firent voir que, dans des pays très-difififrents , rinstinel poétique, dégagé de préjugés, engendre les mêmes expédients; et, comparant Tart dramatique chez les différents peuples, ils montrèrent à quel point il avait grandi chez les Grées , chez les Espagnols, chez les Anglais , affranchi des règles que les humanistes avaient fiiussement déduites d*Aristote.
Mais si le drame est la (orme la plus expressive de la cirilisation , les autres compositions doivent s*7 adapter aussi : c'est donc le feit d'un despotisme ignorant que de préétablir les règles d'après lesquelles rinspiratîon doit s'exprimer; car elle n'a de puissance qu'en tant que manifestation personnelle de sentiments et d'idées. Ce ne fut pas de parti pris que les maîtres de la nouvelle école foulèrent aux pieds les préceptes, mais ils s'abandonnèrent à une inspiration sincère, de manière à peindre les vices, les vertus, les fiâblesses du temps. Oiatesobriand fut leur chef en France, grflee à l'opportunité de ses œuvres.
Les misérables triomphes de l'impiété, qui, regardant comme autant d'hypothèses la Providence, l'ordre et l'immortalité, y opposait d'autres hypothèses, la faillite, le iiasard et le néant, n'avaient laissé à l'homme que l'orgueil d*une science bavarde, la conviction de l'incertitude universelle, le désespoir d'une ambition impuissante. Quelques-utts se traînaient encore derrière le char vide de Voltaire; d'autres se préparaient à flatter le nouveau héros, qui leur dispensait en retour des louanges offlcielles et des emplois. Mais tandis que Napoléon restaurait l'ancienne religion, comme moyen d'ordoe et de discipline, Chateaubriand voulut en faire apparaître la beauté. Le matérialisme, qui lui avait été communiqué par la scîoiee, avait réduit la poésie à une froide contemplation; et les encyclopédistes, reniant la nature et Dieu, avaient procédé avec Je oomps^ et le calcul, jamais avec le cœur. Chateaubriand, dans le Céf^ du Christianisme, restitua au ciel et à là terre les harmonies mystérieuses qu'ils ont avec l'existenee humaine; il donna pour défense à la religion, ébranlée par le sarcasme de Voltaire, par r esprit de Diderot, par les déclamations ardentes de Rousseau, par les égarements de Raynal, les ohamies de TimaginatioD, la
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fie dei iffBetkws, les beautés do culte. Cette efltosiOD d*harsMnis ovbliées fit lire avec ayidité son livre , qui trouva pour «hroianes la haine et la frivolité. Hoffinan et Mordlet , traitant raotev comme un écolier, loi reprochèrent on s^le bariolé de pourpre et de haillons , tour à toor sublime ou trivial , et s*ar* rangeant d'on mot tolgaire pour exprimer one grande idée.
Comme Ime de eiroonstance , cet ouvrage en a les qualités et ks débuts. L'humilité profonde, le sentiment élevé de r& gii« esthétique, et de la lumière qu'elle répand sur l'histoire, nr la politique, sur les sciences humaines, c'est en vain qu'on les y cfaerebe; il ne discute pas les fondements de la foi. Quoiqu'il ne s'en tienne pas à une croyance vague dans la ProvidencCf (tqa'il accepte le christianisme établi, l'auteur songe moins à raisomier qu'à chercher les dogmes au fond du cœur, à rendre b foi à l'hnagination, à réfuter le matérialisme par l'argomenl et Diogène, qui se mettait à marcher devant cdoi qui niait le noDvement. Je n'ai pas cédé, dit-il, àdegrandet lumières cfes koMi ; ma cpnviction est sortie de mon cœur : j'ai ptevré, ttj'ai cru. Et c'est dans cette voie qu'il veut engager ses leo* tan : ainsi le sentiment avant tout, au point de âdre parfois tort à la raison. Le penseur trouve qu'il y a quelque légèreté à traiter le christianisme comme une aspiration individuelle platdt que eooune la pensée collective de rbumanité, synthèse de toutes les conceptions, règle de tous les actes. Le séeptique s'enhardit en apercevant combien il est facile de lui répondre; i*esprit austère juge frivole un livre qui ne relève de la religiott. qae tes beautés. L'Olympe ne pourrait-il pas y opposer autant de lipi^jjj, et plus encore? Cependant il n'inspirait pas le sacriAce, il n'élevait pas la raison, il n'imposait pas la charité. Mais, «Mune artiste. Chateaubriand eicelle à peindre.: il agrandit la tensationa à l'aide de l'ima^nation, il pénètre et fhil resnftir les rapp<"^ moraux des choaes. Cette ambition qu'il eut <i*àrele chef d'une restauration littéraire dans les idée», dan» itt formes consacrées , et de remuer les ruines éloquentes de la Révolotîon , explique ses défauts vigoureux et ses puissantes qnafiiés.
Qisleaubriand mit en pratique, dans ses romans, la théorie
184 LtTTKBATUBB.
traoëe dans le Génk du Christianisme, Maia , qui rappelle Bernardin de Saint-Pierre, mais avee pins de profondeur, répondit; à cette douleur des expériences avortées, qui fait imaginer le bonheur dans la vie sauvage. René révélait les passions intimes, les rêveries vagues, et sans bornes, de ces âmes qui ne peuvent être calmées que par la foi religieuse ; puis les malaises d*une société jetée hors de son ancienne voie, sans avoir pu encore s'en ouvrir une nouvelle. En voulant démontrer dans les Martyrs que la mythologie païenne n*est pas plus poétique que le christianisme, il choisit très-heureusement Tépoque à laquelle Tun existait à côté de l'autre : celle-ci, jeune de vérïté et de persécution ; celle-là , vieillie par le contraste et par la lu* mière qui jaillissait de cette foi persécutée. Mais il arriva que Tauteur poussa l'antithèse non-seulement jusqu'à donner à ses personnages, mais jusqu'à prendre lui-même tour à tour le langage du chrétien et celui du païen. Ne s'appuyant pas aasez sur l'histoire, il confondit les opinions et les couleurs des siècles éloignés, et les mêla avec les opinions et les couleurs des temps modernes. Afin d'accumuler les faits, il se priva de l'espace nécessaire pour développer les affections, et il ne comprit pas la dmplicité qui avait une si grande part dans l'héroïsme des martyrs.
Comme il arriva à tant d'autres écrivains français, ses premiers ouvrages furent les meilleurs : cependant son influeoce ne commença que tard. Tant que régna IVapoléon, la littérature ne grandit pas en France ; et la fortune, comme si elle eût voulu donner une mortification à celui qui était son eofant gâté, accorda deux grands poètes à l'Angleterre, sctr ennemie.
L'épeique contemporaine s'est plu à applaudir, dans lord Byrany la personnification et l'ostentation des défouts qui Is oaraetérisent : cet air de souffrance au milieu des plaisirs ; cette générosité dans les actions, dont on se raille en paroles ; ce tapage de liberté, avec le cœur altéré de despotisme; cette manie de substituer l'exception à la règle, de peindre le vice sous des couleurs attrayantes, en n'éclairant quelecôtéfavoraMe; de représenter dev existences orageuses, des situations vie-
l'écolk bomantiqub. IS&
lentes, des âmes en proie au crime et à la tristesse, des bri^ gàods arec le prestige de rbérolsme, des femmes en dehors de la datnre, Thomme aux prises non avec des géants, mais afec le destin, mais avec ses propres passions audacieusement RToltées contre le devoir. Byron ne connut point la nature, ou M Taima pas ; et, prenant pour muse le dédain, n*étant point de ees génies qui se transforment, il copia toujours le même modèle, dnpé diversement : c'est-à-dire lui-même, ou ce qu*il vit et seotiL
Le oioyai âge créa deux types da pécheur : Faust, qui, dans àa vertiges d'ambition intellectuelle, veut tout savoir pour tout pouvoir ; et don Juan, plongé dans le bourbier sensuel. Goetlie prit Fim, Bjrron s'empara de Tautre, dont Tesprit se rapportait ao sien. Dans son Faust, Goethe parcourt la vie hamaine et l'histoire, pour jeter un sourire amer sur le néant de la science, de la beauté, de la vertu même, sur tous les efforts de rhumanité, de manière à désespérer, à honnir notre race trompeuse et trompée, toiyours esclave ou tyran. Dqh Juan est une froide saatomie de la société , mettant à nu partout Thypocrisie monte, rdigieuse, politique , po^ique , et desséchant la plus belle des vertus, la charité sociale, et le respect de Tespèce humaine. Doo Joan et Faust éprouvent Tun comme Tautre quelques re* tours vers la foi et les affections humaines ; quelques rayons de pore lumière viennent luire encore dans la sombre horreur des tableaux ; mais bientôt revint Tesprit d'orgueil , de révolte , de négation, d'ironie, de guerre contre toute supériorité.
SoQs un masque voluptueux , Byron affectait la misanthropie * : élevé dans l'orgie, dans la galanterie, il reste tonjotus, néase dans la poésie» enchaîné à son temps, toujours au centre des intérêts humains. En proie à l'orgueil de l'ange déchu, à la soif de la vengeance, aux luttes du désir avec la satiété des sens, à l'inquiétude de l'homme jeté hors de la sphère natu- Rile de sa propre activité, il chercha l'amour dans le libertioage, la gloire dans l'excentricité , la liberté par boutades chez
' • Ces pierres couvrent les restes d*«n ami , le seul que J'aieconnu. » n l'agBsait de son chien.
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des peuples en insturection , et non pas dans la forte constitution de sa patrie. Enfin, un noble but brilla à ses yeux ; et il alla prodiguer ses biens et sa vie pour la Grèce, où il rendit le dei^ nier soupir, tristement désabusé.
Le monde, naguère ivre de combats , ne rêva plus que che- Teuxépara, corsaires, vices élégants et âiergiques, débauchés blasés, haine des liens sociaux par besoin d'activité matérielle; et comme Thomme qui guide les autres influe sur eux, non-seulement par son propre génie, mais par la manière dont il comprend rintelligence et l'accommode à ses propres caprices, on se prit de goût, sur les traces de Byron, pour les jouissances du luxe et de la poésie, pour les chevaux, pour les femmes, pour les voyages en Orient; on courut après Tétrangeté au milieu de la vie sociale , dans un temps où la civilisation aplanit les inégalités, et à exagérer les sentiments dans la littérature , alors qu*ils s'affaiblissaient dans la société. Cest ce qui engendra toute cette engeance d'Ames maladives , se croyant élues parce qu'elles n'ont pas la force des âmes vulgaires, dont elles méprisent et envient tout à la fois la tranquille simplicité; se créant des joies et des chagrins différents des autres, aimant mieux s'agiter que d'agir , et mettant trop souvent rhâroîsme dans la lâcheté du suicide.
La vie extérieure fournit à Walter Scott ses sujets, comme l'homme intime à Byron : l'un passionné, l'autre pittoresque, celui-ci offrant mille caractères variés , celui-là n'en connaissant qu'un seul , c'est-à-dire lui-même. Les I/zis du dernier Ménestrel avaient placé Walter Scott au premier rang en Angleterre comme poète, lorsque Byron parut. Ne voulant pas s'exposer à rester le second, il aborda la prose, en commençant, par H^aterley (1814) , cette série inépuisable de romans dont l'action constitue le mérite et le défaut.
Le roman, tel que nous l'entendons maintenant , est une production nouvelle de la littérature chrétienne, c'est-à-dire de celle qui porte à méditer sur la vie intérieure, à suivre les développements d'une passion depuis sa naissance jusqu'au moment où elle triomphe ou succombe. Les ascétiques et les satiriques s'y sont également complus; mais le roman a revêtu un carao
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tènétténût^ selon les pays. Les romans d'aventures ont prévalu diB Je Midi : de là les cycles où tournent continuellement commetypesles mêmes personnages. En Italie, les poèmes romaaesques ont tous répété certains événements ; on bâtit les contes sur dei anecdotes ; chaque poète chantait une belle, mais toutes se ressemblaient. Les comédies généralisaient rhumanité, au iieo d*ofinr des individus. En Espagne, ces personnifications d'naviee ou d'une vertu apparaissent jusque dans les meilleurs romans. Dans le Nord, au contraire, prédomine la réflexion in* ténenre; et Shakspeare , Richardson , Fieiding , Sterne , scrutant de près Vhomme, cliaque passion individuelt^e, chaque secîde&t, douleur ou plaisir, déroulent à nos regards une im- OMose galerie de portraits. C'est de là qu'étaient venus les grands nodèles du roman ; mais je ne sais quelle réprobation dédaignense' pesaltsur ce genre de littérature. Le roman n'est pourtant qu'une forme qui se prête à toutes les passions du cœur et à toa les caprices de l'esprit, aux inspirations graves ou railleurs : il a servi à Voltaire et à Diderot pour démolir, à Chateaubriand pour réédifier; il a été une peinture chez Walter Seott; il a été l'épopée de l'individualisme sentimental dans f^erther, René, Corinne, Obermanny Adolphe; il a été le poison de la société et de la morale avec Sue»
Walter Scott préfère à l'analyse du cœur la recherche arcbéologique, chère à raristocratie : il la traite avec une impar- • tislité qui admet tous les siècles, tous les usages, tous les vices ; fii a des palmes pour tous les héroîsmes^ de la bienveillance pour toutes les conditions. Il tire plus de parti encore de ses réaûniscences que de son imagination, prenant le beau où H le trouve ; mais il se l'approprie par une couleur vigoureuse et par la fi»ulté poétique. Il est incomparable pour décrire : plein de îéritédans le dialogue , il a mille secrets pour produire Tintérét dramatique ; lorsqu'une fois il a bien étudié un sujet, il s'y jette à ratentnre. « Un homme de la lune,, dit-il ,. ne sait pas plus
'M. YiOemaîn s'excuse, dans son Cours ^ toutes tes fote qu'il citt VQ roman , et laisse parfois incomplète l'étude de certains auteurs, pour ^ pas parler du roman. (C. C.)
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« que moi comment je me tirerai du labyrinthe de mon his-
« toire Je n*ai jamais su écrire un plan entier, ni y rester
« fidèle Ma plus grande présomption a toujours été qne ce
« que j'écrivais alors divertit et intéressât : au destin le soin da a reste 1 » G*est pour cela qu'on n^aperçoit chez lui qne le désir de peindre ; jamais un but quelconque , excepté dans la Fie de Napoléon , que la postérité ne lira pas. Talent tout à fait extérieur, il ne crée point de types, et l'homme figure dans ses tableaux comme les buissons dans un paysage.
Anne Raddiffe avait introduit la terreur dans les romans anglais. Elle ouvre les tombeaux, expose le cadavre dans l'horreur de son immobilité et des approches de la décomposition. Elle déploie tout Tattirail de l'épouvante, les trappes, les tapisseries doubles, les tortures, les cris, les cachots, les spectres; pnis, lorsqu'elle a rempli d'effroi l'âme du lecteur, elle se moque de lui en tirant le rideau mystérieux, et lui révèle en riant les ressorts de sa fantasmagorie. Les cornes du démon sont celles d'une génisse ; les os de squelettes sont les restes d'un dîner : oe qui fait que l'intérêt s'évanouit après une première lecture.
A son exemple, Walter Scott introduisit parfois des êtres fantastiques, et mit en œuvre tout le machinisme de l'épouvante; mais il reconnut l'erreur, el y renonça. Tranquille dans sa villa d'Abbotsford, il se plaisait à cette existence de château qu'il retrace si bien dans ses romans , l'œil tourné toujours sur le passé, sur ces lords qui ont fait la grandeur de l'Angleterre. 11 ne sympathise pas plus avec les douleurs et les espérances du peuple que les écrivains classiques. Sa tranquillité sereine et limpide plut aux âmes tourmentées par le souvenir des catastrophes contemporaines, et inquiètes sur l'avenir : apaiser le oceur est plus facile que de l'émouvoir. Quant à l'action exercée par <Scott sur la littérature et la vie sociale, en réalité, elle se réduisit à des modes , à des cavalcades, à des mascarades, à des tourelles gothiques , à des tournois , à la remise en usage de vieilles pantoufles. A sa suite vinrent une nuée d'imitateurs , héritiers de sa facilité, qui ne possédèrent pas sa richesse.
ScoU et Goethe sont l'opposé de Byron et de Schiller. Les premiers voient, les seconds sentent; les uns tirent l'inspiratiou