‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 2 sur 82 · HIST. DE CENT ANS. — T. III · texte numérisé non relu

HIST. DE CENT ANS. — T. III

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' loi , 15 OÙ lutte le pouvoir militaire des janissaires , associé à la puissance religieuse des ulémas ' ?

On attribue au suitan Amurat r*" l'institution de cette milice des janissaires (1389), armée permanente à une époque où aucun prince d'Europe n'en possédait. Il la composa d'enfants enlevés aux chrétiens; politique odieuse mais habile, qui rompait pour ces soldats tout lien de famille et de patrie, pour les affectionner uniquement au drapeau. Cet étendard de couleur rouge portait le croissant d'argent, à côté du cimeterre d'Omar. Les janissaires , quand ils étaient mécontents , se rassemblaient autour de la marmite et la renversaient : c'était le signe de la révolte. Leur nombre se borna d'abord à mille ; ils furent douze mille sous Mahomet II, vingt mille sous Soliman ; ce nombre doubla sous Mahomet IV : ce fut alors qu'ils devinrent omnipotents. Depuis la fin du dernier siècle, ils ne se recrutèrent plus de jeunes chrétiens, mais uniquement parmi les enfants ou parents de janissaires , ce qui les fit plus unis et plus forts. £n campagne, ils vivaient, comme toute l'armée, aux dépens du pays ; en temps de paix, douze mille d'entre eux recevaient une faible solde ; les autres s'équipaient et s'entretenaient à leurs frais. Ils étaient en conséquence obligés de travailler comme boulangers, comme savetiers, comme bateliers. Us avaient par là des rapports firéquents avec le peuple , ce qui les rendit trèsredoutables dans les émeutes qui coûtèrent la vie à cinq sultans,

I L'historien, qui raconte plus loin le sanglant épisode de la destruction des janissaires, nMgnore pas que cette milice hostile à toute innovation a complètement disparu depuis 1826, ainsi que Tordre des Becktacliis, derviclies fanatiques liés avec les janissaires par leur origine et leurs institutions, et quMis ne comptent plus en conséquence parmi les obstacles que les réformes peuvent aujourd'hui rencontrer dans Tèmpire turc. L'historien apprécie bien, en général , ce qu'il y a de peu compatible entre les principes de la civilisation européenne introduits en' Turquie, et les traditions religieuses et politiques dont ce pays a vécu jusqu'à nos jours : le tableau nous parait cependant un peu trop chargé sous ce rapport; et les idées de progrès et d'humanité, qui sont h Tessai sous le jeune successeur de Mahmoud, mériteraient, il me semble, plus d*encouragement et de sympathie. (Au. R.)

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et Je trône à plusieurs autres. Cependant ils n'en pesaient pasmoius sur la population, et on les vit parfois mettre en réquisition tous les charpentiers et maçons de Constantinople pour se faire bâtir une caserne , ou pour construire et orner quelque riche magasin. Parmi les privilèges qu'ils s'étaient arrogés, il y avait celui de brûler et de broyer le café , que toute la ville était obligée d'aller acheter dans un même lieu.

Après que la bataille de Lépante eut abattu les forces de Tempire, les sultans, cessant d'être guerriers, se firent dévots: alors les ulémas s'entendirent avec les janissaires, ils encouragèrent leur licence , leur rapacité , et préparèrent avec une longue habileté tous les coups que cette troupe devait frapper. Au commencement du siècle, on comptait dans Constantinople cinq mille quatre cent quatre-vingt-cinq mosquées : on peut juger par là du nombre des prêtres et de la puissance de ce sacerdoce.

L'empire turc avait des finances, sinon mieux ordonnées, du moins plus riches que celles des autres puissances européennes. I^ miri, ou trésor pubUc, était alimenté par la capitation, qui se paye, à partir de quatorze ans, par le produit des salines et des domaines de la couronne, par les impôts sur le café, sur le tabac, sur les drogueries. Le kasna, ou trésor privé, percevait les tributs des hospodars de Moldavie , de Valachie et de Raguse, les impots de l'Egypte , dix pour cent sur les ventes de biensfonds , les amendes , les confiscations et les sucoessions en déshérence.

Les troupes turques supportaient mieux les fatigues militaires que les armées européennes ; elles attaquaient avec impétuosité, résistaient avec opiniâtreté, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'espoir de vaincre; mais cet espoir perdu, elles se dispersaient sans retour. Comme la Russie , l'Autriche et la Prusse , la Turquie avait pour base son organisation militaire.

Parmi les princes les plus fameux de son temps , on peut classer Mustapha (1757), fils d'AchmetlII. Instruit par le malheur, formé par les leçons de son père, il s'était encore fortifié par l'étude et la réflexion. 11 donna sa confiance à Méhéniet- Raghid , pacha d'Egypte , l'un des meilleurs vizirs de la décadence , qui fit des réformes opportunes et rétablit les finances.

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Mais, rigide observateur de la loi, Mustapha faisait exécuter avec uue sévérité implacable les ordonnances somptuaires de Fempire: en se promenant par les rues, suivi du bourreau, il lui donnait à étrangler ceux qui portaient de trop riches vêtements. Si le peuple , accoutumé aux profusions de Mahmoud, l'accusait d'avarice , il répondait que l'on verrait le contraire à l^occasion. En effet , il répara les routes et le^ ponts , fonda des écoles et des bibliothèques , Gt traduire en turc les Âphorismes de Boerhaave et le Prince de Machiavel , avec la réfutation de ce livre par Frédéric II : il prononçait lui-même des discours dans les académies.

Il sentait la décadence de l'empire, et y portait les mains de tous côtés. Indigné des cessions de territoire faites à la Russie et à l'Autriche , il voulait la guerre , par sentiment religieux ; mais Raghib l'arrêta , en lui opposant les décisions des ulémas, et les énormes dépenses auxquelles il fallait faire face. Déjà l'empire semblait se disloquer de toutes parts. De temps à autre, quelques pachas ou bien les mameluks d'Egypte refusai entobéis- 8«nnce ; et la Porte n'était pas assez forte pour les dompter. — Catherine II essaya de porter les derniers coups à cet empire ; elle s'empara de la Grimée, et menaça de près Constantinople ; Joseph II, de son côté , lui fit une guerre qui coûta à l'Autriche trois cent millions et cent mille hommes. Léopold , son successeur, conclut la paix à Szistova ( 4 août 1791 ) ; l'Autriche restitua ses conquêtes , notamment la^Valachie et la Moldavie. Les prisonniers de giïerre furent rendus sans rançon par la Forte; ce qui ne s'était point vu. encore, et ce qui était contraire aux idées religieuses des musulmans.

La Turquie cependant n'était point heureuse par les armes : les Russes , commandés par Souvarow, gagnèrent du terrain ; enfin elle entra ayssi en négociations avec eux. La paix de Jassy ( 1792) établit le Dniester pour limite entre les deux empires. La Russie abandonnait ainsi la Bessarabie , Bender, Akkerman , Kilia, Ismaïlov et la Moldavie ; la Porte se portait garante contre les pirateries des Barbaresques et les incursions des Tartares.

IjCS ulémas avaient beau promettre le paradis à ceux qui étaient tués en combattant, les échecs militaires entretenaient parhni les

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musulmans un mécontentement qui se traduisait par de continuels incendies. Sélîm qui avait succédé à Mustapha , devenu ferouche et soupçonneux , n'osait presque plus sortir de son palais. Sous ce règne, les Français, les Anglais et les Russes firent ensemble ou tour à tour la guerre à cet empire affaibli , et toujours flottant dans ses amitiés. Napoléon chercha à le tirer de la torpeur et à réveiller ses souvenirs belliqueux ' , sans s'inquiéter de mettre TCurope en feu et la civilisation en péril . pourvu qu'il fit trembler ses ennemis. >fais il y employa des moyens peu propices, tels que la presse et le récit de ses batailles. Il ne fit qu'effrayer ceux qu'il voulait encourager, sans empêcher les Russes d*attaquer la Porte comme alliée de la France, et de pousser leurs conquêtes jusqu'à Ismaîî, ce qui leur valut la paix avantageuse de Jassy. Quand il voulut endormir Alexandre sur ses usurpations, Napoléon convint avec lui secrt*tement, à Tilsitt, a d'arracher aux vexations delà Porte les provinces d'Europe, excepté Constantinople et la Roumélie. >

Sélim, devant cette décadence, sentit la nécessité d'une réforme. Voyant que le despotisme , les muets , les poignards n'avaient pas garanti ses prédécesseurs , il songea à se procurer one armée et des finances. Il mit en conséquence un impôt sur le vin , et organisa à côté des janissaires une nouvelle milice, qui fit dignement ses preuves au siège d'Acre. 3Iais les ulémas jetèrent les hauts cris ; leurs amis les janissaires s'en mêlèrent bientôt , irrités de ce que Sélim voulait les tenir en bride , et pousser les Turcs dans les voies de la civilisation. Renversant donc leurs terribles marmites ( 1807), ils portèrent la flamme et le massacre dans Constantinople. Le sultan les excommunia , et fit marcher contre eux les troupes de quarante pachas ; mais les janissaires restèrent les plus forts , et , après avoir déposé le sultan philosophe , ils abattirent ses institutions et firent tomber les têtes de ses favoris. Mustapha Raîrakdar ( porte-étendard ; , pacha de Routchouk , accourut à Constantinople , suivi de ses

' Na|io1éon disait à Sainte- Hélène qu*il écrivit à Sélim : " Sultan , ^Ts de ton sérail , mets-toi à la l^le de tes troupes, et reci>mmenc*' k-^ beaux jours de la monarrliie. »

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soldats , et , ayant frappé les chefe de la révolte , il allait rétablir Séllm sur le trône, quand il le trouva assassiné. Alors il flt orindre le cimeterre àMahmoud, neveu du sultan, et commença à gouverner avec autant de force que de sévérité. Bientôt le parti janissaire se releva en fureur, et proclama Mustapha lY ; mais Baïrakdar fit étrangler ce prince; puis, mettant le feu ci un magasin à poudre, il s*ensevelit sous les débris avec les chefs de la révolte (28 juillet 1808).

Mahmoud était resté jusqu'à vingt-deux ans livré aux femmes et aux ulémas, éducation habituelle des futurs empereurs ; mais la captivité de Sélim , devançant pour lui les leçons de Texpérience , lui inspira la haine des janissaires et le goût décidé des innovations. Doué d^autant de qualités que sou prédécesseur, et d*une plus grande fermeté, il choisit de bons ministres, multiplia les vengeances et les châtiments . et se promit d'abattre toutes résistances.

Les difficultés étaient grandes à son début. La Perse hostile avait poussé le pacha de Bagdad à la révolte ; les Wahabites lui avaient arraché la Syrie et TArabie; les armées russes couvraient les rives du Danube et du Kouban ; la Bosnie et la Servie étaient en armes ; Ali, pacha de Janina , favorisé par TAngleterre , tentait de lui enlever l'Albanie et les îles Ioniennes. A l'intérieur, il n'y avait ni trésor, ni soldats , ni confiance; les janissaires étaient courroucés , les ulémas hostiles. La fortune le seconda d'abord : il recouvra les clefs des villes saintes de l'Arabie , comprima les pachas turbulents de Widdin et de Bagdad , réduisit au silence les Afghans , soumit les mameluks à la discipline , et répandit dans l'armée une nouvelle vie ; il termina la longue guerre de Moldavie par la paix de Boukharest , conclut un traité avec la Russie, que menaçait un ennemi plus fort, en renonçant aux villes et aux districts situés sur la rive gauche du Pruth ; enfin il s'appliqua à des améliorations intérieures , pendant qu'il n'avait rien à redouter de la part de la Russie ni des autres puissances , occupées à se défendre contre Napoléon.

Le zèle religieux se refroidissait par rinfluence , si faible qu'elle fût, des idées de la révolution , par l'effet des victoires

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des Anglais dans rinde^ autant que par celles des Wahabites. Puis c'était déjà un profit pour les sujets de n'avoir à obéir qu'à un seul Qnran. Le peuple prit donc Mahmoud en affection, et sa popularité lui donna la hardiesse d'oser davantage. Comme il était le dernier de sa race , et qu*en l'assassinant on eût fait périr le khali£at , il demeura inviolable au milieu des haines des janissaires et des ulémas.

11 iNTÎt conseil de Hali-Effendi, qui, ancien ambassadeur à la cour de Napoléon, avait pu voiries réformes praticables, et les indiquait à son maître. Mahmoud remplit, d'après ses avis, les alentoursde la capitale d'instruments de supplice, surlesquelsexpiratent, dans d'horribles souffrances, les nombreux bandits, qui les infestaient. La fureur des janissaires se tourna cmitre le ministre, et le sultan, cédant à leurs désirs , l'envoya en exil : il accorda cependant à ses larmes un firman qui lui assurait la vie ; mais à peine était-il parti, qu'il envoya l'ordre de l'égorger, et ses dépouilles firent entrer dans le trésor dix millions de piastres.

Quand les Anglais sortirent de l'Egypte après la courte occupation française , cette province semblait devoir être restituée a la Porte ; mais les mameluks y reprirent leur autorité désordonnée ; tyrannie féodale , qui les laissait libres d'obéir, autant que cela leur plaisait , au pacha envoyé de Gonstantinople. La Porte , résolue de détruire cette milice rebelle , non-seulement interdit de leur porter des enfants de la Circassie et de la Géorgie avec lesquels ils se recrutaient , mais elle eut recours à ses moyens ordinaires. L'amiral turc , les ayant invités à un banquet , les fit assaillir à coups de fusil ; le vieux Ibrahim et le jeune Bardissi, leurs principaux che&, échappèrent pourtant à ce guet-apens. Le nouveau pacha envoyé au Caire , Kosrew , avec des soldats recrutés dans tout l'empire , fit une guerre d'extermination aux mameluks ; mais les beys , excités par Méhémet-Ali , reprirent le dessus. Cet homme obscur, marehand de tabac dans la Macédoine , étant allé dans ce pays eomme chef des Arnautes > , passant d'un parti à un autre y eut

' Les Arnautes bodI des milices de Skipetars et de Grecs, iirûes de la Romélie.

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recours à tous les moyens qu'il crut propres à son élévation. Après avoir battu Kosrew , il fut fait gouverneur de FÉgypte aux acclamations du peuple, c'est-à-dire des soldats et des ulémas ; il endossa la pelisse d'honneur, et parcourut le pays au milieu des cris de joie. La Porte fut obligée de s'accommoder de cette domination nouvelle , et de remettre les choses sur le pied où elles étaient avant l'invasion française. Méhémet-Ali , aussi rusé qu'ambitieux , put dire : L'Egypte est à tencan , elle demeurera à celui qui donnera le plus d'argent ou le dernier coup de sabre.

La Porte en était réduite à s'avouer inférieure en force, en même temps qu'elle était menacée par le fanatisme, cette autre base de son existence.

Les Wahabites , secte qui s'introduisit en Arabie vers 1730, se proposaient de rappeler l'islamisme à sa rigueur et à sa pureté primitive , répudiant les traditions, les symboles , et tout ce qui n'était pas l'adoration du Dieu pur. Le luxe, les habits de soie et l'usage de la pipe surtout étaient condamnés par ces puritains de l'islamisme. Aussi forts de leur fanatisme que de leurs armes , ils commençaient , en entrant dans une ville , par renverser les tombeaux des scheiks en honneur dans la contrée et les bazars ; mais, au lieu d'établir un pouvoir unique , ils conservaient l'indépendance à chaque tribu , comprimant toutefois les guerres civiles ; et ils faisaient rendre la justice par des tribunaux réguliers.

La Porte, se repentant, mais trop tard, de les avoir laissés grandir, donna ordre à Suleiman , pacha de Bagdad, de les exterminer ( 1801 ). Ali-Kiaga , général de ce pacha, pénétra avec beaucoup de difficulté dans le district de Lahsa; mais, peutcltre d'intelligence avec l'ennemi , il battit en retraite. Flnhardis par ce succès, les Wahabites s'avancèrent jusqu'à la Mecque, dont ils se rendirent maîtres ; ils y amoncelèrent un énorme tas de pipes, où il y en avait de fort précieuses , et y mirent le feu. Abdel-Aziz , leur chef, fîit alors assassiné par la vengeance d'un Persan ; on lui donna pour successeur lbn-Saod(1803 ), qui ralluma chez les siens l'ardeur des conquêtes. Ils dévalisaient les caravanes sacrées , détruisaient les mosquées. Ils ne

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purent toutefois venir à bout de la Kaabah , à cause de sa solidité; mais ils éloignèrent les pèlerins en comblant les puits (1804). Ibn-Saod n*emmenait cependant pas à sa suite plus de six mille hommes lors de l'expédition qui remplit de terreur l'Yémen, la Syrie, et les deux rives de TEuphrate.

Mébémet-Ali se fut à peine consolidé dans la vice-royauté de rÉgypte, qu'il se proposa de les dompter ; mais il voulait auparavant assurer ses derrières, en détruisant d'un coup toute la milice des mameluks. La cérémonie dans laquelle le vice-roi devait donner solennellement la pelisse d'honneur à Touzon, son second fils, qui devait commander la croisade, lui en offrit l'occasion. Tous les mamelouks y furent enveloppés, massacrés par des troupes apostées; et le féroce Ali ne s'arrêta que lorsqu'il eut ^11 les quatre cent soixante-dix têtes sanglantes de ses victimes.

Ce fut alors que le vice-roi entama l'expédition contre les Wahabites ; mais les trois mille hommes commandés par Touzon qui semblaient devoir détruire facilemmit ces bandes errantes, furent mis en déroute (1812). Touzpn ensuite, réparant ses pertes, reprit Médine et la Mecque (1815), et parvint, après une longue campagne, après beaucoup de négociations et de trahisons, à dompter ces fatiatiques; mais ils se relevèrent bientôt. Ibrahim, le fils aîné de Méhcmet, qui devait être son orgueil et l'objet de ses plus chères affections , commanda contre eux une nouvelle expédition. Abdallah , leiir chef, moins habile que brave, tomba entre ses mains ( 1 818 ) ; et l'extermination fut le procédé que le vainqueur employa pour rétablir la tranquillité.

Méhémet détruisit de même les États de Dongola, de Barbar, Chendi,Halfay , Kordofan, et lé royaun\e de Sennaar (1819), où la dynastie des Foungis avait subsisté depuis l'an 890 de Thégire , et donné vingt-neuf rois au pays.

Alexandrie et Constantinople fêtèrent le jeune « pacha des villes saintes. » Ce n'était pas cependant le triomphe de la Porte , mais bien celui de Méhémet- Ali. Son avidité compromit toutefois ces acquisitions ; il tyrannisa l'Arabie, de sorte que cette conquête tourna à son détriment, Touzon, qu'il avait envoyé dans la Nubie pour réunir ce pays à l'Egypte, y perdit la vie , et sa mort fut vengée par celle de plus de trente mille Africains.

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Cependant Méhémet, despote astucieux, novateur égoïste, mais doué d'une intelligence supérieure , apprit à lire, se fit initier aux arts de l'Europe; et, habile à détendre tous les liens qui rattachaient à la Porte, il s'appliqua à organiser le pays, en le gouvernant comme s'il en eût été le chef suzerain. Aussi croyait-on universellement qu'il n'attendait qu'une occasion pour proclamer cette indépendance, dont il usait prématurément.

Les soulèvements se succédaient aussi dans d'autres parties de la Turquie ; car on ne réclame pas sous les tyrans , on cons pire. Des incendies fréquents révélaient le mécontentement, et la Porte était contrainte d'accorder à la rébellion triomphante ce qu'elle avait refusé aux réclamations de la fidélité. Tous les symptômes d'une décadence sans remèdes apparurent alors à tous les yeux. La vraie cause de cette décadence, c'est que les Turcs ne sont pas une nation ; qu'il n'y a point de nationalité qui s'improvise là où manque tout accord dans les intérêts, où les sentiments n'ont point une même direction. Dans les sociétés chrétiennes, tout tend à l'égalité politique, à tirer parti des facultés de chacun pour le bien-être de tous, et à faire concorder ce droit avec le devoir. Les grands États européens ne sont point mis en péril de mort par les fautes de leurs chefs ; et si la force brutale peut changer les gouvernements et les frontières, elle n'entame point ce sentiment profond et fraternel qui est la vie et qui règle la destinée des peuples. En Turquie , au contraire, que de millions d'opprimés sont agglomérés autour d'une poignée de Turcs ! rivaux irréconciliables, que la religion et l'intérêt font ennemis. Tous les musulmans sans distinction sont également appelés à parvenir à la puissance, aux dignités, aux fonctions du sacerdoce , de la justice , de l'administration ; nulle distinction n'existe dans la race conquérante, sauf le turban vert pour les descendants du prophète. Hors de là , rien d'héréditaire. Portés des conditions les plus basses aux postes les plus élevés, ils y conservent le nom de leur condition passée.

Les fils des vaincus sont réduits à la condition de sujets, de clients, de gens de travail, mais libres de corps, de conscience , libres de s'administrer- entre eux moyennant In capitation,

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