FRANCE
plus possible 'Jusqu'à isoler Texistence privée delà vie sociale, et faisant consister toute la politique dans les intérêts de la classe moyenne.
Benjamin Constant peut être considéré comme le publiciste du libéralisme d'alors. Asservi aux idées protestantes en religion comme en politique, intelligence vigoureuse, tempérament faible, cœur froid, il introduisit en France la littérature allemande, et, dans la philosophie, la morale du sentiment, soumise aux oscillations de la conscience individuelle. Par les idées, par les sentiments, par son tour d'esprit, par la légèreté deses mœurs, son culte de Voltaire , ses habitudes satiriques, il appartenait à cette école anglaise dont Mounier fut Torateur, Necker le financier, madame de Staël l'héroïne, et dont l'empereur Alexandre devint l'adepte. Il fit de Topposition à Napoléon, sans voir en lui le représentant de la nation française. Il se rapprocha de lui en 1815, mais en lui conseillant de créer des pairs héréditaires comme en Angleterre. Sous la Restauration, il devint le chef de ee libéralisme bourgeois en lutte avec la souveraineté nationale , appliqué seulement à garantir l'indépendance individuelle contre l'action du pouvoir.
Dans ce système constitutionnel qui ne vit que de fictions et de contre-poids, et engendre tant de complications, l'avantage est pour les natures souples surles âmes simples et énergiques : pat son entraînement vers la jeunesse et ses goûts de popularité , Benjamin Constant devint chef de parti, quoiqu'il n'ait jamais déployé de vigueur, et que sa mobilité sceptique se soit trahie par de flagrantes contradictions. Comme protestant, il était l'ennemi du clergé; écrivain facile et ingénieux dans les journaux et à la tribune, il réunit ses articles sous le titre de Cours de politique constitutionnelle, La liberté individuelle y est offerte comme but de toute association humaine, et garantie par la liberté politique.
■ « J* aspirais avec ent/iousiasme vers un avenir ^ je ne savais trop lequel; vers une liberté dont la formule, si je lui en donnais une, était celle-ci : Gouvernement quelconque, avec la plus gaande somme possible de garanties individuelles, et le moins possible d'action administrative. »> Tihehky, Préface aux Dix ans d'études historiques»
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Cétait la tendance des gouvernements antiques de faire participer tous les citoyens au pouvoir social ; celle des modernes est d^assurer la sécurité aux jouissances privées. Les institutions politiques sont des contrats par lesquels les hommes renoncent à la moindre part possible de leur indépendance primitive ; en conséquence de quoi la société n a de juridiction sur les individus que pour les empêcher de se nuire réciproquement.
Quant à nous , nous protestons contre ces idées , et nous croyons que Tindividu et la société existent pour Thumanité, afîn qu'elle devienne de plus en plus parfaite, que les nations acquièrent le plus grand développement possible , et que les individus doivent tous y apporter le tribut de leurs facultés personnelles, de leur amour pour tous.
Selon les doctrines stériles de Benjamin Constant, la concurrence industrielle est de droit absolu , et toute intervention de la puissance sociale est ime usurpation, de même que tout impôt qui n'est pas commandé par une nécessité impérieuse. Il interdit toute direction sociale dans Tordre matériel, et plus encore dans Tordre moral. La religion doit être conforme au sentiment de chacun, et Téducation des enfants être abandonnée aux familles. L'indépendance de l'individu une fois prise pour but de l'association, ceux-là seuls eu seront membres qui y apportent cette indépendance , c'est-à-dire les propriétaires. C'est ainsi qu'en combattant les privilèges de l'aristocratie, il consolidait ceux de la bourgeoisie , et réprouvait en conséquence Télection à deux degrés. S'il n'y a d'intérêt réel que celui des individus, et si Tintérêt général consiste dans une transaction entre eux, la nationalité disparaît , et tout se réduit à l'existence municipale ; il n'y aura plus de gouvernement que l'administration conununale, et Tautorité centrale se bornera à vider les différends qui peuvent naître des prétentions respectives des localités.
Benjamin Constant déduisait de là sa théorie de la monarchie constitutionnelle, réduite à un rôle neutre et purement modérateur au milieu de principes actifs. Le pouvoir exécutif appartient au ministre , indépendant du roi , dont la prérogative se borne à maintenir les autorités dans leur sphère, soit en chan-
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géant le ministère, soit en dissolvant les chambres ; ce qui s*est traduit depuis par c«tte formule célèbre : « Le roi règne, et ne gouverne pas. »
La Religion considérée dans ses formes et dans ses développements, de Benjamin Constant, le Polythéisme romain, du même auteur, présentent la religion comme progressive, ainsi que la civilisation entière. Elle ne se fonde pas sur la notion nécessaire de Dieu et de Tenchaînement des choses ; ce n'est qu'une disposition instmctive de notre esprit, un sentiment revêtu de dogmes arbitraires , pour satisfaire au besoin de la logique. C'est un théisme vague, sans autre autorité que la conscience individuelle. Les collèges sacerdotaux et les mystères anciens ne renfermaient point , selon lui , de traditions plus pures, dont le culte vulgaire ne fut qu'un reflet. 11 ne voit dans les théogonies , dans la mythologie, qtie des absurdités, des aberrations, ou des artiGces de prêtres.
' Ce composé de V Encyclopédie et de la doctrine de Kant peut être offert comme l'expression du système qui s'appelait alors libéral , et qui^, s'il faisait peur aux rois , ne pouvait néanmoins inspirer aux peuples une grande confiance.
Louis XVIII, qui , comme chef des émigrés, avait dû rapporter de Texil une haute idée de l'autorité monarchique, se montra jaloux de relever l'honneur de la nation vis-à-vis des étrangers, et aussi de.consolider la charte. Il congédia cette chambre dite introuvable, qui était plus royaliste que le roi ; et des nouvelles élections sortirent des hommes tels que la Fayette , Manuel, etc. Il fallut que le nouveau ministère, dont M. Decazes, le favori du roi , était l'âme sinon le chef , se prêtât à quelques concessions ; mais , contrecarré par les royalistes , il ne marcha qu'en tâtonnant, et sans montrer un système arrêté. La censure fut abolie, les délits de la presse soumis au jury ; les éditeurs de journaux, obligés à un cautionnement, devinrent responsables de leurs publications , et ils furent considérés comme complices des crimes auxquels ils pourraient provoquer.
Mais déjà les libéraux modérés étaient dépassés, et la nomination à la chambre de Tévêque Grégoire fut presque une insulte à la dynastie restaurée. Aussi, à Touverture des chambres
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de 1819, le roi s*exprima en ces termes: « Une inquiétude « vague , mais réelle, préoccupe les esprits ; chacun demande
• au présent quelques gages de durée ; la nation ne goûte qu*im- « parCaitement les avantages de Tordre légal et de la paix ; elle « craint de se les voir arrachés par la violence des factions, et « s*effiraye de Texpression trop claire de leurs desseins. »
C'était avouer (chose nouvelle) la distinction entre la nation et son gouvernement : celui-ci opérant à la surface , Fautre s'agitant au fond , où continuait à vivre la Révolution. ^lais, au lieu de se mettre à la tête du mouvement social, dont il sentait les frémissements , ce gouvernement s* obstina a le faire rétrograder devant la volonté d'un petit nombre. C'était en vain qu'il était averti par ses amis et par ceux qui voulaient le détourner de mesures illégales. Talleyrand s'écriait : « Ce qui est proclamé « utile et bon par tous les hommes éclairés d'un pays , sans « variations pendant des années , doit être considéré comme
• une nécessité de temps. C'est le cas de la liberté de la presse. « Il n'est pas facile, de nos jours, de tromper longtemps. C'est « une faute que d'entreprendre une lutte à laquelle un peuple « entier prend part, et toute faute politique entraîne des périls.» Et Manuel disait : « Où tendent ces répressions intempestives ? « A éteindre le volcan ? Mais ne savez-vous pas que la flamme « mgit sous vos pieds, et que si vous ne lui donnez une large « issue, elle éclatera pour votre ruine ? »
Ces débats des chambres entretenaient au dehors une agitation que l'inquiétude populaire et la polémique des journaux portaient au comble. Le soufiQe de la haine circulait dans les assemblées électorales, dans les écoles, dans les places publiques; et le gouvernement se roidissait d'autant plus que des insurrections contre les rois éclataient au deliors.
Ce fut dans de telles circonstances que le duc de Berry, héritier présomptif de la couronne, fut frappé par le poignard de Louvel (13 février 1820). Ce coup fut imputé à la maison d'Orléans, aux bonapartistes, au ministre Decazes lui-même, aux libéraux surtout ; mais c'était uniquement l'œuvre directe d'un homme, exalté peut-être par les articles de journaux, mais sans rapports avec aucun parti , et qui subit le supplice avec impas-