‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 31 sur 82 · LES TROIS JOUBNÉES DE JUILLET · texte numérisé non relu

LES TROIS JOUBNÉES DE JUILLET

Le peuple triomphait ; un parti voulait la république ; maïs les banquiers, les gens de lettres , les propriétaires, effrayés, grognèrent du temps : beaucoup d'entre eux voulaient que Ton traitât avec la cour, la charte , que Ton invoquait, déclarant le roi inviolable ; mais il était trop tard. La Fayette, Thonnéte homme, créé tout exprès pour venir après toutes les insurrections et les couvrir de son nom , retrouva sa popularité d'autrefois ; il déclara à rhôtel de ville que Charles X avait cessé de régner.

Le banquier Laffitte s'était fait un grand renom de probité : gouverneur de la Banque dans les dernières années de Tempire, il refusait un traitement de cent mille francs; Napoléon, en partant pour Texil , avait remis ses capitaux entre ses mains ; les Bourbons dans les Cent-Jours en avaient fait autant. Louis XVIII lui avait dû des adoucissements pendant son exil ; Paris lui avait été redevable de pareils services pendant l'occupation. Il avait résisté aux oppressions , contribué à restaurer les flnances publiques; il voulait rendre le pays plus éclairé et plus libre. Défenseur de la charte contre l'arbitraire , il avait Mi de son hôtel le quartier-général de l'opposition ; les exilés, les persécutés trouvaient près de lui des secours. Louis-Philippe d*Orr léans, à qui il avait fait passer des fonds en 1815, lors de sa fuite , était devenu son ami. Ce fut donc dans son hôtel que les champions du libéralisme se réunirent pour décider du sort de la France, qu'ils avaient soulevée ; et, devenus des héros quand le jimfage avait cessé d'être un danger, ils songeaient à s'approprier la victoire du peuple ; et, se plaçant entre lui et l'ordre de choses qu'ils avaient renversé, ils firent passer, selon leur habitude, un parti moyen. Louis-Philippe d'Orléans avait noblement soutenu l'adversité; il était éclairé, libéral. Depuis sa rentrée en France , il était le but des espérances et des intrigues du parti qui , triomphant enfin , le pressa de prendre la couronne. Le peuple et la jeunesse, qui par instinct vont droit au fond des choses, et mettent de côté les transactions pour arriver à la réalité des situations politiques, ne voulaient pas seulement quelque chose de mieux que ce qui venait de périr, mais bien quelque chose de nouveau; non pas de simpk»s changements de personnes , mais la consécration du gouverne-

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ment représentatif. Ils se serraient à Thôtel de ville autour de I|t Fayette , pour avoir la république.

Les libéraux, déjà effrayés de leur hardiesse, n'avaient pas songé, en renversant le gouvernement de Charles X, aux moyens d*en constituer un nouveau ; ils unirent par triompher des hésitations de Louis-Philippe, qui se décida à monter à cheval, et, s'avançant à travers les rues dépavées, se rendit à Thôtel de ville. La Fayette Tembrassa ; et cet embrassement rétablit le trône des Bourbons au lieu même où Ton venait de com» battre pour le renverser. La France, accepta cette royauté nouvelle comme symbole d*un principe. La Fayette avait rédigé un programme tout aussi vague que la déclaration des droits, de 89; chargé de le présenter à Louis-Philippe, il lui dit: « Vous savez que je suis républicain, et que je regarde la cons- « titution des États-Unis comme ce qui existe de plus parfait. « Elle ne convient pas, quant à présent, à la France; ce qu'il « lui faut , c'est un trône populaire , entouré d'institutions ré- « publicaines. » La phrase eut du succès. Huit jours après la révolution , Louis-Philippe d'Orléans était déclaré roi par une chambre des députés qui n'avait pas reçu ce mandat; et il promit que « la Charte serait désormais une vérité. »

Charles X et son fils envoyèrent leur abdication, et l'ancienne dynastie s'achemina vers Cherbourg pour quitter la France ; le peuple la regarda passer d'un air indifférent et digne, montrant par là combien sa condition morale s'était améliorée depuis, la fuite de Varennes. Paris se mit à repaver ses rues, et se trouva de nouveau monarchique ; la France, habituée à ne vivre et à ne penser que d'après Paris, applaudit à la royauté nouvelle, comme elle avait détesté l'autre , toujours à Tinstar de Paris.

Ceux qui expliquent dynastiquement l'histoire de France comme une lutte continue entre les deux branches de Bour^ bon, crurent que le triomphe de la dernière supprimait la cause des agitations. Les libéraux s'applaudissaient de leur succès : ils avaient obtenu la garde nationale, le jury pour les oéKtsde presse, la responsabilité des ministres, l'intervention des citoyens dans la formation des administrations départementales et nuinicipales, la réélection des députés promus èi

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des fonctkMis publiques. Ce titee, érigé an Palais-Royal, au milien des bootiqucs qui ganûssent ses galeries, était saloé comme le triomphe de la bourgeoisie et de la classe moyenne sur Taris tocratie. Mais on tremblait de reconnaître la souveraineté populaire en donnant à la nouvelle monarchie la légitimation du suffira^ national, et Ton s*en tint à une qua$i4égUimité de fait accompli. Le peuple, qui avait été le hânos de la bataille dont la bourgeoisie recueillait les fruits , le peuple resta encore sans consistance et sans représentation.

RÉYOLUnON DE 1830.

Le ministère qui fut constitué après les trois jours fut une confusion de volontés disparates : entre les républicains, les impérialistes, les monarchistes de juillet, les légitimistes, il était difficile de marcher, comme il arrive toutes les fois que l'autorité est renversée, que le pouvoir est sur la place publique , et qu'un parti est triomphant, mais sans bien savoir encore où il veut se diriger, et sans pouvoir juger des obstacles. Le parti modéré , ne pouvant sufQre à la tâche , se retira. Alors se forma le ministère LafQtte ( 3 novembre ) , « qui voulait à Fintérieur un « trône entouré d'institutions républicaines ; au dehois , sou- « tenir en tous lieux la liberté , et venger la France des hon- « teux traités de 1815. » Mais, en voulant contenter tout le monde, il ne satisfit personne; et le banquier sortit ruiné d'un ministère où d'autres savent s'enrichir. Alors on se tourna vers ces hommes qui tiennent compte des faits et non des idées ; et Talleyrand , l'un de ces politiques qui trouvent que la première nécessité est de gouverner, entreprit de maintenir la paix et de rétablir Tordre.

Restait à effacer Taffront des traités de 1815. Les rois, fidèles au dogme de la Sainte- Alliance , s'armèrent de toutes parts ; et déjà les Cosaques montaient à cheval pour inonder de nouveau les rives du Rhin et de la Seine. La France , presque

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désarmée , agitée de plus par les secousses récentes d*une révolution, n'avait que deux partis à prendre pour conjurer le péril : ou s'allier sincèrement aux peuples décidés à Timiter, en exposant FEurope entière à un bouleversement radical ; ou se borner à favoriser les soulèvements partout où ils éclateraient , autant qu'il le faudrait pour occuper ses ennemis, et se garantir eUe-inéme en sacriGant les autres. Cestà ce dernier parti qu'elle s'arrêta.

La Russie s'étendait alors vers l'Asie , et convoitait avidement le Bosphore. Le mécontentement de l'Italie et l'ambition de la Prusse tenaient l'Autriche en éveil. L'Angleterre déclinait en Orient par les agrandissements de la Russie, et à Tintérieur avait peine à contenir une population affamée. En Espagne, Ferdinand Yll avait mécontenté le parti absolutiste, qui jusqu'alors avait fait sa force, en épousant Marie-Christine de Bourbon , et plus encore en abolissant la loi salique, ce qui écartait du trône don Carlos, espoir de cette faction. En Por^ tugal, la couronne était aussi disputée entre dona Maria, fille de don Pedro, et son frère don Miguel. La Belgique était irritée contre le roi Guillaume pour motifs religieux , et à raison de ses préférences pour les Hollandais. En Pologne, la noblesse avait tenté plusieurs soulèvements. La Prusse luttait avec les provinces rhénanes; partout, en un mot, les peuples demandaient une réforme.

Ils tournaient avec angoisse leurs regards vers la France , en admiration devant ce qu'elle s'était donné : la liberté de conscience , et la délégation conditionnelle du pouvoir, faite par les . gouvernés aux gouvernants; on supposait qu'elle porterait au dehors l'ardeur dont elle était enflammée, qu'elle proclamerait la sainte-alliance des peuples, comme Alexandre avait proclamé la sainte-alliance des rois , et qu'à la garantie mutuelle des usurpations elle substituerait la garantie mutuelle des droits.

Mais le libéralisme propriétaire et savant était intéressé à la paix ; et là encore, cherchant sa voie dans un juste milieu et n'osant proclamer la solidarité des peuples, il inventa, comme symbole de sa nouvelle politique, la non-intervention. La Sainte- Alliance avait proclamé que les rois pourraient se mêler du

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gouvernemenliiilérieurde chaque Etat, poiiry barrer le passage aux iustitutions libérales : une révolution faite au nom de la liberlé pouvait-elle faire moins que de proclamer un principe opposé 3 celui qui l'avait eflmprimée jusque-là? Mais la France, en mettant en avant ce principe, répudiait le noble râle de protectrice des peuples. En reconaaissaut néanmoins à chacun le droit de régler ses affaires intérieures comme il l'entendait, c'était prendre un engagement contre quicouque voudrait y porter obstacle.

Les libéraux du dehors suivaient avec une attention inquiète les débats de la tribune française , pour connattre comment serait e:ipliquée la non-interventiou ; puis, l'entendant proclamer telle qu'ils la désiraient , ils se mirent à déchirer avec le glaive cette carte de l'Europe que le glaive avait tracée en 1814, Aussi la révolution de Paris s'ëtendit-elle bien plus rapidement que celle de 1TS9, attendu qu'elle était politique , tandis que la première était sociale.

Au temps où Napoléon distribuait aux siens peuples et con- i ronnes, la Hollande avait été donnée comme fief h Louis Bonaparte, puis réunie à l'empire comoie complément de territoire. Nais, à la chute de Napoléon, à peine MoUtor sortait-il d'Amsterdam, que les autorités françaises prirent la fuito; on abattit les signes de la domination étrangère et du blocns, et Guillaume d Orange-Nassau se proclama prince souverain par la grâce de DJeu< Il parla en monarque, et au nom de ses hauts alliés ; en un mot, il transforma l'antique république en monar' chie, promettant toutefois une constitution , comme tous le faisaient alors.

Et en effet on en proclama une , par laquelle le roi s'attribuait le pouvoir constituant et une grande partie de ]a puissance législative. I>es communes et les provinces se virent rédultesi l'administratiou de leurs intérêts particuliers; les états provinciaux furent cliargés de les réprimer au besoin. Ceux-ci devaient élireles membres des états généraux, mais sans pouvoir ni dicter leurs votes , ni leur donner des instructions. Point de jury, dn reste, point de responsabilité ministérielle, point de liberté de la presse ; l'instruction publique était dans la main du goUve^

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nement. Guillaurne, pendant les Cent-Jours, prit le titre de roi des Pays-Bas, donna à son héritier celui de prince d'Orange, et remania la constitution : il établit deux chambres, se réservant la nomination à la chambre haute ; il laissa aux états provinciaux le droit d'élire à la chambre basse; tous les cultes furent déclarés égaux , et les emplois accessibles à tous , sans distinction de religion.

Les Belges , que Napoléon avait réunis à la France , s'en étaient détachés en 1814, et ne s'en rapprochèrent pas dans les Cent-Jours. Ainsi la France, comme jadis l'Autriche, les avait eus avec la victoire, et elle les avait perdus avec elle. Ils n'avaient point de dynastie dont on put invoquer la légiiimité; ils n'avaient point songé à se constituer en république. S'il survivait quelques regrets de l'ancienne administration autrichienne, on se rappelait les bouleversements apportés dans le pays par Joseph II. En conséquence, la Belgique fut donnée à la maison d'Orange à titre cT augmentation de territoire, avec le grand* duché de Luxembourg, qui fait partie de la confédération germanique.

La constitution hollandaise dut s'appliquer aussi aux Belges ; msds les Wallons et les Flamands ne s'étaient jamais fondus avec aucun des peuples qui les avaient subjugués; ils n'étaient devenus ni Espagnols, ni Autrichiens, ni Français. La prépondérance donnée si imprudemment h deux millions de Hollandais sur quatre millions de Belges n'en fut que plus lourde à ceux-ci , vu la différence de religion; un roi protestant ayant à gouverner un pays où l'idée politique était depuis longtemps identifiée avec l'idée religieuse, lis jurèrent donc fidélité à Guillaume I^*", « sauf les articles qui pouvaient être contraires à la religion catholique. » Puis les évéques de Gand , de Namur et de Tournay firent paraître un jugement doctrinal contre l'esprit de la constitution , touchant laquelle Rome fit aussi des réclamations. Le roi , irrité , persécuta les réclamants , et remit en vigueur les articles organiques promulgués par Napoléon à la suite du concordat : il exigea que la nomination des curés fût approuvée par le gouvernement; que des prières publiques fussent faites pour le roi ; que les juges prétassent un serment absolu à la consti-

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tution. Ceux qui s*y refusèrent ou qui y apporterai des restrictions furent destitués sans forme de procès. L'abbé Foere, rédacteur du Spectateur beige, joumdl ecclésiastique, fut traduit devant une cour spéciale. La création de nouvelles universités supprimait aussi le droit des évéques sur renseignement théologique, ce dont ils se plaignirent. L*évéque de Gand notamment fut poursuivi « pour avoir entretenu une correspondance sur des matières religieuses avec une cour étrangère, » c'est-àdire avec le pape. Il fut condamné à la déportation et au carcan. Il prit la fuite , et son nom fut placardé au pilori, entre ceux de deux malfaiteurs. Le roi exigea que ses vicaires généraux continuassent à administrer le diocèse; sur leur refus, ils furent suspendus. Les prêtres qui censuraient les actes du gouvernement furent sévèrement atteints; des curés et des chanoines virent leurs traitements confisqués , et les vœux irrévocables furent défendus.

Depuis la réforme , les catholiques hollandais étaient en relation avec le nonce apostolique résidant à Bruxelles, qui envoyait les dispenses et conférait leurs pouvoirs aux archiprétres. Guillaume voulut intenter un procès à celui d'Amsterdam , parce qu'il avait correspondu avec le représentant pontifical ; et ce fut à peine si l'émotion qui se répandit parmi les catholiques put le décider à y renoncer. Il favorisait au contraire l'ancienne Église janséniste hollandaise , et les élections schismatiques des évéques d'Utrecht, de Deventer et de Harlem. La publication du jubilé fut interdite ; le clergé eut défense de s'assembler pour des exercices dans des lieux de retraite, et de partir pour les missions; les sièges furent laissés vacants ; une partialité si manifeste exaspéra tout le clergé catholique. Guillaume alla, en I82â, jusqu'à prétendre que toutes les écoles et tous les professeurs fussent autorisés par le gouvernement ; que ceux qui faisaient leurs études au dehors ne seraient point admissibles aux emplois; puis il abolit les petits séminaires, cherchant à faire passer dans les mains des protestants la direction des collèges nouveaux et de l'enseignement philosophique, attendu que les clercs ne pouvaient entrer au séminaire qu'après avoir passé par le collège philosophique.

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Guillaume d'Orange faisait donc revivre en grande partie les prétentions de Joseph II , sans en redouter les suites ; et ceux qui savent que toutes le3 libertés se tiennent par la main , s'effrayaient de le voir s'attaquer aux plus sacrées , celles qui touchent à la conscience et au droit domestique. Qu'en résultat-il ? c'est que les libéraux s'allièrent aux catholiques, qui, sans s'inquiéter de l'épithète de jésuites, reconnurent ce qu'il y avait de noble et d'important pour tous dans cettQ résistance à l'arbitraire. On voyait en outre de très-mauvais œil la dette publique s'accroître, en même temps que les richesses du roi de Hollande augmentaient. Puis , un pays que sa nature , sa langue , ses intérêts rattachent étroitement à la France, prenait naturellement exemple sur elle; tranquille quand la France était en repos, il s'agitait aussitôt qu'elle. Ainsi la Belgique portait ce joug en frémissant. Dans les dernières années elle était irritée, de plus, de la disproportion qui ei^istait entre la représentation nationale et les contributions, et de ce que le roi, qui se défiait d'elle, la sacrifiait à la prospérité des Hollandais, qu'elle détestait autant qu'elle en était méprisée.

Les journaux, surtout le Courrier des Pays-Bas, servaient d'organes à ces mécontentements ; mais le gouvernement y appliqua une répression rigoureuse , car le jugement par jury n'était pas accordé aux délits de presse.

Dans la seconde chambre des états généraux il s'était formé une majorité opposée au gouvernement ; de toutes parts pleuvalent des pétitions pour obtenir le jugement parjurés , l'indépendance des magistrats, la responsabilité des ministres, la liberté de la presse et de l'enseignement, la pleine et entière exécution du concordat en faveur de l'Église catholique.

Il avait été établi, en 1819, que les chambres voteraient l'impôt pour dix ans, après quoi un nouveau budget serait réglé pour le même laps de temps par les états généraux. Mais les catholiques, alliés aux libéraux dans la seconde chambre , refusèrent en 1829 d'accorder les impôts, s'il n'était fait droit aux réclamations gàiérales. Le peuple battit des mains , et le gouvernement fut contraint de céder; mais il destitua tous les magistratsqui avaient pris part au vote. De Potter , auteur d'une Histoire pàUo-

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sophique des conciles, avait fini par reconnaître de quel coté était la liberté, et par rire de la peur qu'inspiraient les jésuites lorsque la servitude était imminente : il se mit à la tête des catholiques libéraux, et proposa une souscription nationale pour indemniser ceux qui souffraient pour la liberté du pays. Il en résulta une confédération qui bientôt fut assez forte pour repousser les ordonnances au nom de la loi, et qui publia une espèce de manifeste (22 février 1830 ). Le procès intenté contre Potter, Tielmans et Barthels, ouvrit Tarène à des débats très-fâcheux pour le gouvernement, et Texil infligé aux prévenus (30 avril ) fut regardé comme un affront national.

La matière ainsi préparée, il ne manquait que l'étincelle pour l'embraser, et la révolution de Paris la communiqua. Le 26 août, après une représentation de la Muette de Foriici, les Bruxellois se soulevèrent, demandant leur séparation de la Hollande, et un prince de la maison d'Orange pour roi. Un mois se passa en pourparlers avec la cour de la Haye; puis le prince Frédéric, second fils de Guillaume , crut trancher la question en marchant sur Bruxelles. Là une bataille s'engagea dans les rues ( 27 septembre) ; l'ennemi succomba, et la place des Martyrs rappelle encore le sang qui fut versé dans ces journées.

L'insurrection s'étendit dans tout le pays; partout les troupes hollandaises furent battues , et 1 implacable maison de Nassau fut renversée.

Un parti poussait la Belgique à se déclarer en république, et à donner ainsi l'exemple à l'Europe ; mais les modérés pensèrent que le premier besoin du pays était l'indépendance ; qu'il ne fallait pas se mettre en hostilité avec l'Europe, mais profiter au contraire du moment favorable pour obtenir une monarchie nationale. Gerlach,Nothomb, Van-de-Veyer,Lebeau etRogier,dont la révolution vint mettre en scène le caractère et les talents, soutinrent ce qui convenait au pays, surent résister à des exagérations généreuses, et firent adopter la monarchie constitutionnelle, l'exclusion de la maison d'Orange , l'indépendance de l'autorité ecclésiastique vis-à-vis le pouvoir civil , en abolissant le placet, les investitures royales, les concordats, et en proclamant la liberté de l'enseignement, de la prédication, de la conscience. Les

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ecclésiastiques, qui avaient pris une si grande part a la régénération de leur patrie, furent admis à siéger dans les chambrés.

Cependant la Hollande redemandait ses provinces révoltées-; là France leur ouvrait ses bras pour les absorber, comme sous TEmpire. La confédération germanique et la Prusse se croyaient menacées, à cause du Luxembourg et du Limbourg^ et ce petit pays fut au moment d'embraser TEurope. Les puissances qui avaient consommé la réunion de la Belgique et de la Hollande s'interposèrent en proposant un armistice, et la médiation se convertit en un arbitrage qui , traînant en longueur, n'amena pas moins de quatre-vingts protocoles.

La révolution polonaise coûta plus de sang, parce qu'elle avait pour cause des maux plus profonds. C'était avec raison qu'en 1815 les vieux Russes, voulant avant tout la grandeur de leur empire, murmuraient de voir donner à la Pologne une constitution particulière. Mais, d'un côté, les puissances auraient vu de mauvais œil sa réunion à la Russie, et demandaient pour elle des formes légales ; de l'autre , Alexandre , qui était alors dans la ferveur des idées libérales, voulut constituer ce pays en État particulier ( 27 septembre 1815). Le nouveau royaume fut proclamé à Varsovie dans une assemblée solennelle, par un héraut aux armes de Pologne, ainsi que le statut de 1791 . Le serment de fidélité fut prêté au nouveau roi avec l'enthousiasme de l'espérance ; partout flottèrent et l'aigle et les étendards de Sobieski ; chaque palatin parut au couronnement avec sa bannière et ses couleurs. « Je sais, leur dit Alexandre, combien le royaume a souffert ; mais des institutions libres pourront le relever. » Il chargea des patriotes illustres du soin de préparer sa constitution , qui fut rédigée en cent soixante-cinq articles , et qui consacra l'indépendance du royaume. L'impôt et les lois durent être votés par la représentation nationale , les lois et les actes faits en langue polonaise, la religion catholique maintenue avec ses propriétés , les juifs tolérés , le clergé luthérien salarié par le trésor public , les paysans affranchis graduellement , les juges inamovibles; l'armée polonaise conservée comme corps distinct, sans pouvoir être employée hors de l'Europe. Une commission de l'instruction publique fut chargée de. protéger la liberté de la.

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