‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 32 sur 82 · REVOLUTION DE · texte numérisé non relu

REVOLUTION DE

Sresse, et d'en empêcher les abus. Une diète de soixante-quatre Inateurs à vie fut nommée par le roi ; de plus, une chambre de soixante-dix-sept nonces fut élue parles assemblées des nobles, avec cinquante et un députés des assemblées communales, formées de propriétaires non nobles, de chefs de fabriques , de gros marchands, d'instituteurs et d'artistes. Tous les emplois devaient appartenir aux seuls Pdonais. Mais bientôt des pétitions réclamèrent le jury, la liberté de la presse; on demanda que les décrets fussent contre-signes par un ministre responsable. Alexandre, prenant pour des actes de désobéissance la revendication de droits légitimes, fît clore la session ; il répondit (1822) au conseil de Varsovie , qui avait laissé percer des inquiétudes quant au maintien de la constitution : « Faites comprendre aux habitants que la patience et la tranquillité sont les seuls moyens de conduire la nation à la félicité; » et, « pour arrêter les abstractions insensées de la philosophie moderne, » qui troublèrent tant d'États , il prohiba les sociétés secrètes et les loges maçonniques.

Alexandre , qui venait de renier la révolution grecque, uniquement parce que c'était une révolution contre ses intérêts , était tout à fait conséquent eu cherchant à étouffer chez lui tout foyer de libéralisme. Quatre ans se passèrent sans qu'il assemblât la diète; et, lorsqu'il vint à la rouvrir, il supprima la publicité des discussions, « pour faire jouir ses sujets de tous les bienfaits que leur assurait la charte. »

Toute la noblesse polonaise est sur le pied de l'égalité ; si quelques nobles possèdent des titres , ils les tiennent de l'étranger, ou les possédaient avant de devenir Polonais. Cette é^galité était un moyen d'union et de force ; la Russie songea à la détruire en rendant réels les titres honorifiques, et l'on enregistra douze familles de princes, soixante-quinze de comtes, vingt de barons; ce qui fit naître des jalousies , des ambitions , et procura à la Russie le moyen de récompenser la servilité et de surexciter toutes les vanités.

La constitution polonaise portait que « la religion catholique professée par le plus grand nombre sera l'objet de la sollicitude particulière du gouvernement , sans préjudicier à la liberté des

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autres caltes , dont la dififérence ne nuira pas à la jouissance des droits civils et politiques. Les propriétés du clergé romain ou grec-uni sont inaliénables. Il siégera dans le sénat autant d'évêques catholiques romains qu'il y a de palatinats , et un évéque du culte grec-uni. Le roi nomme les évêques et les archevêques des différents cultes, les prélats et les chanoines. »

Le czar en usa pour s'arroger sur le clergé catholique une inspection qu'il fit exercer par une commission des cultes et de l'instruction publique ; il détermina une nouvelle circonscription des diocèses , entrava les rapports avec Rome , et bientôt ne dissimula plus son vceu de réunir tous ses sujets en une seule Église.

Cependant la Pologne recueillait, elle aussi, les bienfaits de la paix : les routes, les édifices, les canaux, s'étaient multipliés ; le commerce et l'agriculture avaient prospéré ; la dette publique était éteinte ; partout on travaillait la laine , le coton , le lin ; on exploitait les mines de fer, les salines, les carrières de marbre; les villes s'embellissaient, et l'université de Varsovie était florissante. Mais la pensée de la nationalité perdue ne meurt pas, et les sociétés secrètes travaillaient à détruire l'œuvre de Catherine ; tous se rappelaient les promesses d'Alexandre , alors que ce prince croyait qu'il était de son droit de les reprendre comme il les avait données , en vertu de la même autorité. Il en résulta d'un coté des complots , et de l'autre des châtiments. Défense fut faite aux jeunes gens de se rendre aux universités d^Allemagne; la presse fut enchaînée; on accueillit les délations , on persécuta les écrivains >. Le prince Constantin, qui commandait l'armée, pouvait ce qu'il voulait, et ses volontés étaient absolues. A la mort d'Alexandre , envers qui les Polonais conservaient de la reconnaissance pour la constitution qu'il

' Le célèbre poète Michiewitz fut transporté en Russie ; mais là aussi il excita des sympathies dangereuses. L'exil lui donna de nouvelles forces ; et, ayant vu de loin succomber sa patrie, il clianta les Pèlerins polonais en style biblique , et conserva une foi imperturbable dans le triomphe de la liberté. Il a cru dernièrement Tapcrccvoir dans une révélation et une religion nouvelle.

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leur avait donnée, Nicolas se fit couronner roi de Pologne ; et, en recevant le sceau, la bannière, Tépée, le manteau, le sceptre et la couronne , il jura « de régner pour le bien de la nation polonaise , conformément à la charte donnée par son prédécesseur. »

La nouvelle de la révolution de Paris produisit aussi une vive impression dans ce pays, et les préparatifs de Tempereur contre la. France accélérèrent Texplosion. La franc-maçonnerie, introduite en Pologne par Dombrowski, s'était propagée dans Tarmée, dans les universités et parmi les citoyens , et faisait voir de très-mauvais œil une guerre contre la France. Les généraux eux-mêmes .y répugnaient, persuadés qu'ils n'avaient qu'à y perdre. On avait de l'argent, des armes, rbabileté nécessaire pour s'en servir ; et l'avant-garde de la Russie fit volte-face contre elle , comme on l'a dit avec raison. La police , qui avait connaissance de trames secrètes , fit de nombreuses arrestations ; mais Constantin ne se montrait pas effrayé. La révolte éclata le 29 novembre 1830, et il y eut de nombreuses victimes ; Constantin vit cette belle armée , dans laquelle il se complaisait , se tourner contre lui. L'aigle blanche fut arborée partout , au chant national : « Non , Pologne , tu ne manques pas de défenseurs ! » et après une bataille sanglante Varsovie fut délivrée. Les Polonais firent un dictateur de Chlopicki , ancien soldat de Napoléon , alors en disgrâce , qui n'avait pas pris part à la lutte. Sans foi ardente, et croyant surtout aux gros bataillons , il songea à négocier plutôt qu'à combattre. Mais tout accord était impossible, et bientôt ce fut à qui offrirait son or et son sang. Les femmes firent appel à la valeur de leurs parents ; des jeunes gens riches renoncèrent à leur patrimoine , les officiers à leur solde ; des propriétaires partagèrent leurs terres avec leurs métayers , pour leur faire prendre les armes ; les clochers fournirent du bronze pour les arsenaux , et les sacristies de l'argent pour battre monnaie. Les propriétaires de maisons situées dans les faubourgs de Varsovie y mirent eux-mêmes le feu, pour qu'elles ne pussent pas gêner la défense. Mais tandis que le peuple voulait rétablir la Pologne et marcher sur Ja Lithuanie, Chlopicki, qui avait accepté la dictature sans

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