‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 33 sur 82 · RÉVOLUTION DE · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION DE

croire à la révolution , ia renfermait dans les huit palatinats. G*est ainsi que les hommes du juste milieu entravaient là encore cet élan qui pouvait seul assurer la victoire.

L'Italie, qui avait tenté en 1821 de remuer sous les baïonnettes , était retombée sous le joug. L'Autriche poursuivait Taccomplissement de ses projets , sans gêner la prospérité matérielle des fertiles pays qu'elle occupe. Le Piémont cicatrisait ses plaies ; et, à la mort de Charles-Félix, la branche de Savoie- Carignan * s'était vue appelée au trône , où monta un jeune roi élevé au milieu des armes , des études et des espéranoes ( 27 avril 1831 ). A Naples, Ferdinand II, jeune aussi, commençait son règne sous les meilleurs auspices, donnait une amnistie, et promettait de remédier aux maux du passé.

Mais les révolutions laissent toujours après elles de longs ressentiments et des pensées de vengeance chez ceux qui ont souffert, comme chez ceux qui ont triomphé, un désir de représailles inutiles après les répressions nécessaires. Un grand nombre de réfugiés épiaient du dehors la moindre lueur d'innovations , prompts à accueillir tout ce qui flattait leurs espérances ; ils entretenaient des intelligences dans le pays, soit avec les débris des anciens carbonari , soit avec les nouveaux mécontents, La police partout était aux aguets; et en 1829 le pape, sur les instances de l'Autriche, après avoir renouvelé l'excommunication contre les sociétés secrètes, institua une commission

' Généalo'gie de Carignan :

Charles- Emmanuel I. • ^Thomas-François, marié avec Marie de Bourbon.

Emmanuel-Philibert-Amédée.

Victor-Amédée. Eugène-Maurice ,

i marié avec Olympe Mancini.

Loais-Victor-Amédée. j

I Le célèbre prince Eugène de Savoie.

Cliarles- Albert , né en 1798 , roi le 27 avril 1831 , mort ep mars 1849.

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spéciale , qui fit le procès à vingt-six carbanari. Dès qu'ils apprirent les événements de Paris , les gouvernements se mirent en défense , sans bien prévoir encore contre qui ils auraient à agir.

En effet , à côté des libéraux , qui projetaient des innovations dont le peuple devait être Tinstrument, il y avait les Sanfédistes, qui voulaient aussi Tindépendance italique, mais avec l'appui des princes nationaux. Certain chef libéral traita , dit-on , avec le duc de Modène pour mettre la haute Italie sous son sceptre ; négociation sans bonne foi de part ni d'autre.

Rome rendue au pape en 1814, avec toutes ses possessions, tressaillit de revoir dans ses murs le Laocoon , l'Apollon du Belvédère, la cour pontificale, les solennités religieuses, et cette pluie d'or qu'y répandaient les touristes étrangers. Pie VII, grâce aux conseils du ministre d'État Gonsalvi , promulgua un motu proprio, où il était question de centralisation dés pouvoirs, d'unité de système , d'indépendance de l'autorité judiciaire , de responsabilité des fonctionnaires; mais les règlements vinrent démentir ces préambules, et les codes promis ne parurent jamais. L'État resta divisé en dix -huit délégations, comprenant quarante-quatre districts et six cent vingt-six communes à la française; de même pour l'administration des finances , pour les hypothèques , pour le timbre et l'enregistrement. Mais les emplois ne furent pas sécularisés ; on ne fixa pas de terme aux appels; il ne fut plus question de municipalités ni des autres améliorations , d'autant plus désirées que la domination précédente en avait fait connaître ou du moins pressentir les avantages.

Léon XII , après Pie VII , fit examiner par des jurisconsultes ce même motu proprio, et se proposa d'alléger par l'économie les charges qui pesaient sur le peuple : il nomma même une congrégation d'État ; mais il s'en repentit ou on l'en fit repentir aussitôt, et il en fit une assemblée consultative. Alors l'arbitraire que Gonsalvi avait corrigé reparut de toutes parts. L'organisation des délégations et des tribunaux fut aussi, changée. Les droits des communautés furent étendus; la noblesse y resta distincte : la juridiction épiscopale fut rétablie , et les ecclésias«

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tiques furent chargés d'instruire et de juger les procès des laïques , ainsi que de diriger renseignement. Le saint office recouvra ses attributions; les privilèges de mainmorte s'accrurent; les tribunaux de district furent abolis. Le collée romain fut donné aux jésuites, et des commissions ecclésiastiques semèrent l'effroi dans les légations, sous l'administration de Rivarola.

Les bandits qui infestaient l'ancien pays des Yolsques, entre les Apennins , les marais Pontins , les monts d'Albano et de Tusculum , étaient la ruine et la honte de l'État pontifical. Cette contrée avait appartenu jusqu'en 1816 à là famille Colonne, qui n'avait appris aux habitants qu'à se servir des armes, à cause de ses démêlés avec les Orsini et les papes. Les papes y étaient sans pouvoir; tout au plus donnaient-ils aux honnêtes gens un brevet de derc , pour les soustraire à la juridiction territoriale. Les Français bouleversèrent cet état de choses; mais les excès de la conscription, en 1813, firent reprendre les armes à la population ; et des bandes de politiques entreprirent des excursions contre Joachim Murât. Ils s'enhardirent encore plus sous le faible gouvernement qui lui succéda : n'obéissant qu'à un seul chef, chargés d'armes et de reliques, ils parcouraient, au nombre parfois de cent hommes, la campagne dépeuplée, et rendaient extrêmement dangereuse la route de Rome à Naples. Personne n'osait refuser, le gîte et des vivres à ces brigands redoutables, et le gouvernement ifut maintes fois forcé de s'abaisser jusqu'à traiter avec eux : heureux lorsque quelqu'un d'entre eux, venant à résipiscence, allait suspendre à la chapelle de la Madone son poignard ensanglanté! Gonsalvi travailla à les détruire; il s'entendit avec le gouverneur napolitain pour que tout refuge leur fât fermé sur ce territoire ; il fit mettre le feu aux maisons , aux villages où ils se retiraient ; et l'on établit une fête en mémoire de leur extermination. Mais il resta encore beaucoup à faire au gouvernement de Léon XII.

On connaît l'aspect mélancolique de la campagne de Rome^ ce désert empesté de deux cent mille hectares, où, pour épargnei l'intervention des hommes et les frais de culture , les propriétaires se contentent de la production naturelle , c'e^t-à-dire du pâturage, méthode qui réduit l'homme à rien. Les mesurer ^"dx-

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tiell^,les décrets du gouvernement n'aboutirent à rien, faute de plan. En 1829, une compagnie étrangère proposa d'affermer toute la campagne romaine, à la charge d'une annuité au gouvernement, et à chaque propriétaire d'une somme égale à ce qu'il tirait alors de son fonds ; au bout de cinquante ans chacun serait rentré en possession de ses terres améliorées. Dans cet intervalle la société aurait défriché la campagne , desséché les marais Pontins , ceux de Macarele et d'Ostie , rendu le Tibre et le Teverone navigables dans tout leur cours, offrant ainsi un débouché aux produits deia Sabine; elle aurait construit des villages avec des églises , des écoles , des hospices , des routes ; utilisé les eaux minérales et sulfureuses ; formé des fermes modèles pour l'introduction de produits nouveaux, tels que l'indigo, la csmne à sucre. Tous ces travaux n'auraient employé que des gens du pays, logés dans des lieux salul^es , et congédiés pendant les mois les plus pestilentiels.

Pie VIII (Xavier Gastiglioni), le successeur de Léon XII (31 mai 1829), accueillit avec joie cette proposition; mais il existait des gens qui avaient intérêt à y mettre obstacle, et on la laissa tomber. Pie VllI mourut (30 novembre 1830 ), et la vacance, qui se prolongea, fut tumultueuse; les ambassadeurs excluaient ou commandaient tels ou tels choix pendant les opérations du conclave ; puis la ville, de plus, tenta de se soulever pour changer le gouvernement. Grégoire XVI arriva au trône au milieu de ces agitations , « s'engageant librement , à la face de l'Europe , à faire ce qui serait nécessaire pour associer les intérêts du trône et ceux de la nation '. >>

Pendant ce temps la France prodiguait les promesses et les encouragements ; il lui importait que la puissance qui prédominait en Italie s'y trouvât occupée , pour empêcher qu'elle ne tournât ses forces contre elle. Le ministre Lafûtte avait dit à la tribune (1®"^ décembre) : a La France ne permettra pas que le principe de la non-intervention soit violé; » et Dupin ajoutait ( 6 décembre) : « Si la France , se renfermant dans un froid

' Réponse de l'ambassadeur Lutzow à lord Scymour, 12 septembre

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égoïsme , avait dit qu'elle n'interviendra pas , c'eût été de la lâcheté ; mais dire qu'elle ne souffrira pas qu'on intervienne , c'est la plus noble attitude que puisse prendre un peuple fort et généreux. » Les patriotes italiens crurent, en conséquence, que l'origine démocratique de la nouvelle monarchie la porterait à soutenir une révolution démocratique qui ne pouvait s'accomplir que par les armes, puisqu'ils n'avaient ni représentation, ni droit de pétition , puisque les simples vœux étaient considérés comme rébelUon. Tout était prêt à Modène pour un soulèvement; mais le duc le prévint : il attaqua les conjurés dans la maison de Gro Menotti, et les fit prisonniers ( 3 février 1831 ). Cependant, en apprenant le lendemain que Bologne s'était insurgée, il s'enfuit dans le Mantouan, emmenant avec hii ce chef, qu'il livra à l'Autriche ; et il laissa son pays en feu. Bologne avait accompli sa révolution, pure d'excès comme les autres ; et elle se propagea dans toute la Romagne. Le cardinal légat Benvenuti tomba entre les mains des insurgés ; Ancâne se rendit eux colonels Sercognani et Armandi. Le drapeau italien flotta à Otricoli, à quinze lieues de Rome ; Marie-Louise s'éloigna de Parme et de Plaisance, également soulevées.

Ainsi une conflagration générale était imminente : la Grèce se sentait renaître ; l'Espagne et le Portugal relevaient leur bannière abattue ; l'Allemagne voyait le moment venu d'obtenir ce qui lui avait été promis ; la Suisse avait déjà commencé à réformer ses institutions dans un sens populaire. £n Angleterre , se mêlait la voix terrible de la multitude, qui demandait du pain au cri des radicaux qui diemandaient la liberté.

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