‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 34 sur 82 · CONFÉRENCE DE LONDRES.— RÉACTIONS · texte numérisé non relu

CONFÉRENCE DE LONDRES.— RÉACTIONS

Tous ces peuples soulevés avaient leurs regards tournés sur la France , comme sur une libératrice. C'était de ce côté qu'un demi-siècle avant, était venue cette grande secousse qui avait du moins brisé les chaînes de ceux qui n'avaient pas su garder

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leur liberté. Tous se rappelaient les victoires de Mapolëon : et comment douter que le drapeau tricolore eût moins de succès, porté, non plus par un conquérant, mais par la liberté elle-même ; non plus pour menacer Tindépendance des peuples , mais pour la leur rendre ?

Telles étaient les espérances dont les esprits se repaissaient ; mais la France n'était pas gouvernée par une convention : avec un roi couronné de la veille, elle se trouvait isolée au milieu de rivaux qui épiaient ses fautes, pour entirer parti ; les arsenaux ennemis étaient mieiix pourvus que les siens, affaiblie qu'elle était au dedans par la nécessité d'écarter des emplois les créatures de la dynastie déchue, c'est-à-dire d'interrompre la marche du gouvernement , alors qu'il avait le plus besoin de promptitude et de force. Il était naturel, dans la première secousse , que le parti du mouvement l'emportât^ Tout ce qui souf&ait trouvait des sympathies assuréesdans ce pays : prisonniers du Spielberg, exil^ de la Sibérie, peuples privés de leur nationalité ou trompés dans leurs espérances. On rêvait de porter la France aux Alpes et au Rhin, ce qui aurait entraîné la guerre, et la nécessité de s'appuyer sur l'affection des peuples. Les clubs, bruyants, irrités, hardis comme qui n'a rien à compromettre , avides d'une popularité qui ne pouvait s'obtenir que par l'exagération et le bruit, voulaient effacer les affronts de 1815 et promettre assistance aux peuples, en proclamant entre eux une sainte*alliance en opposition à celle des rois. Mais si les uns considéraient cette révolution comme un retour aux principes de 1789, d'autres n'y voyaient qu'une modiûcation de la restauration, et croyaient qu'il fallait conserver sinon les personnes, au moins les choses.

Il importait à Louis-Philippe de se faire reconnaître par les autres rois, et de consolider sa dynastie. Au lieu donc de réunir dans un intérêt européen toutes ces résistances éparses , il prit à tâche de les apaiser, au proGt de la France et de sa maison; et personne ne saurait nier qu'il n'y réussit par&itement. Casimir Pérîer, appelé au ministère, affronta les orages de la chambre, annonça la volonté de dompter les factions et de ne pas tendre la main aux insurgés. « Le sang français, dit-il, n'appartient

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qu*à la France. Le principe de la révolution, c^est la résistance à une agression du pouvoir, et non Tinsurreetion ; oe serait fouler aux pieds le respect à la foi jurée et au droit, que de faire appel au dedans à la violence, et au dehors à Tinsurrection. La politique extérieure se lie à la politique intérieure : le mal, des deux cotés c'est la défiance , et il ne peut y avoir également qu'un remède* »

La Sainte- Alliance, en dépit de ses éléments , devait résister encore longtemps , parce que TEurope était lasse de la guerre. Quelque jugement que Ton en porte, cette espèce de congrès permanent renfermait les germes hétérogènes d'un nouveau droit public. Occupée d'abord de la tâche facile de conserver des troues entourés de baïonnettes, elle en trouva après 1830 une autre plus épineuse : ce fut de concilier des intérêts opposés, des principes hostiles. C'est dans ce but que s'ouvrit à Londres une conférence d'hommes qui , représentant non les nations , mais les rois hostiles à la France et aux dogmes qu'elle répandait sur le monde, s'apprêtèrent à remettre les choses sur l'ancien pied. La diplomatie reprit donc le dessus , et le congrès de Vienne se continua à Londres : la Prusse y était représentée par Bulow, l'Angleterre par Aberdeen, la Russie par Matuszewich, r Autriche par Esterhazy, la France par Talleyrand. Le choix de ce dernier serviteur de toutes les fortunes nouvelles, apostat de la liberté, indiquait l'intention de perpétuer les traités de 1815.

Le sort des peuples était déjà décidé du moment où la France, après avoir favorisé les révoltes tant qu'elles lui profitaient comme diversion contre des ennemis menaçants , s'était mise à en aider la répression. Des réfugiés espagnols, qui s'étaient soustraits à la tyrannie de Ferdinand VII, préparaient, sur les encouragements qu'on leur avait donnés , une invasion dans la Péninsule , avec le général Mina à leur tête. Mais à ce momentlà Ferdinand ayant reconnu Louis-Philippe, cette expédition ne fit que des martyrs, et ils furent fusillés aux cris de f^ive le roi absolu! Des Italiens, qui avaient préparé avec le général Pepe un débarquement dans le royaume de Naples, furent arrêtés et dispersés par ces mêmes autorités qui jusqu'alors avaient favorisé leurs projets.

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L*Autriche, inébranlable dans sa politique, avait toujours déclaré qu'elle regardait la cause de tous les gouvernements italiens comme la sienne propre; et quand on voulut lui opposer le principe de la non-intervention, elle n'en tint aucun conipte, et ne tarda pas un instant à diriger des troupes sur les pays révoltés, en même temps qu'elle serrait davantage le frein à ses provinces. Comme elle se montrait décidée à envahir le Piémont si les révolutionnaires venaient à y dominer, ce fut powr ce dernier une question d'existence que de maintenir l'Italie dans cet état que l'on décore du nom de tranquillité.

Les légations et toute l'Ombrie avaient suivi le mouvement insurrectionnel; et les députés des villes s'étant réunis, déclarèrent le pape déchu de sa domination temporelle, et formèrent un seul État avec un président, un conseil des ministres , et une consulte législative. L'infortune a aussi ses flatteurs ; mais nous ne saurions justifier tous les actes de ces nouveaux gouvernements italiens. On ne fit pas assez compr^dre au peuple le but de la révolution : ses souffrances n'étaient pas de celles qui poussent au désespoir; il ne se trouva pas de chefis capables d'entraîner par leur résolution ou par l'éclat de leur renommée les indifférents , qui sont toujours en majorité. Sans expérience des choses politiques, ils se perdirent dans des difficultés de détail ; honnêtes, loyaux, pleins de cette modération qui honore mais qui ne sauve pas, ils hésitèrent, par peur de compromettre une patrie qu'ils aimaient, une paix dont ils sentaient la nécessité. Se reposant sur la promesse de non-intervention des étrangers , ils ne voulurent pas s'immiscer dans l'es affaires de leurs voisins, considérant aussi des frères comme des étrangers ; et, au lieu d'aller en avant en secondant l'ardeur populaire, d'assaillir Kome,.d'enflammer les Piémontais, les Lombards, les Toscans, ils recommandaient la tranquillité comme garantie d'inviolabilité, sans songer qu'on a pitié du faible, mais qu'on ne s'allie qu'avec le fort. !Nous ne dirons rien de ces jalousies réveillées de ville à ville , ni des désordres inséparables de gouvernements qui , nés d'une victoire populaire, restent , par nécessité , esclaves de la multitude qui ne prend pour guides que ceux qui crient le plus, exagèrent le plus , et promettent le plus. Les deux fils de la

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reine Hortense, Louis et Napoléon Bonaparte , étaient accourus pour prendre part aux dangers de la révolution romagnole : nouveau prétexté dont on se servit pour faire croire que Tindépendance italienne était menacée , comme s'il eût été question de relever le drapeau napoléonien.

Il n'était pas besoin de prétextes là où l'hostilité s'était franchement déclarée : l'Autriche fit marcher ses troupes sur Ferrare ; elle rétablit le duc de Modène (9 mars ) , ainsi que Marie- Louise (13 mars); et le général modénois Zucchi , passé du service autrichien à là tête de la révolution de son pays, se retira avec ses troupes sur le territoire de Bologne : mais ce gouvernement , respectant le principe de non-iatervention^ alors qu'il n'était plus qu'une dérision , ne consentit à recevoir des frères que désarmés.

Cependant la cour de Rome avait été rassurée , non-seulement par l'Autriche , mais par la France aussi ; et le ministre Sébastiani arrêtait les hommes et les munitions destinés à l'Italie. Il est vrai que la France avait fait entendre des protestations sévères à Vienne : si des liens de famille autorisaient l'Autriche à intervenir à Modène et à Parme, jamais la France ne souffrirait qu'elle entrât dans la Romagne; mais Metternich voyant là une question de vie ou de mort , la. conservation des provinces austro- lombardes, répondit qu'il ne reconnaissait point à la France le droit d*empêcher l'Autriche de rétablir l'autorité du pape : « S'il faut mourir, dit-il , autant vaut une apoplexie « qu'une mort à petit feu. Eh bienl ce sera la guerre >. » £t l'Autriche entra sur le territoire pontifical. Les Français , in* dignes , s'écrièrent que c'était une honte pour la dignité natio* nale , une trahison envers les patriotes italiens, et demandèrent vengeance; le maréchal Maison, ambassadeur à Vienne, conseillait de tirer l'épée et de jeter une armée en Piémont ; mais Louis-Philippe avait d'autres vues.

Bologne une fois prise ( 21 mars ) , les Romagnols , se voyant abandonnés, se retirèrent pas à pas devant l'armée autrichienne. Après lui avoir tenu tête à Rimini (25 mars) assez, pour l'hon-

^Capefigue, les Diplomates modernes.

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neur d'un drapeau qui fut yaincu maisuon souillé, ils comprirent la nécessité de renoncer à une résistance aussi désastreuse quMnutile. Le gouvernement romagnol se retira à Ancône , y délivra le cardinal Benvenutr, naguère légat dans cette province, et traita avec lui. Ce prélat promit Toubli du passé , et signa un passe-port pour les chefs de Tinsurrection, qui s*embarquèrent. Ancône fut en conséquence rendue pacifiquement par le général Armandi (27 mars). Mais la convention fut déclarée nulle à Rome ; TAutriche arrêta le bâtiment qui portait les chefs, les jeta dans les prisons de Venise. Quelque temps après , elle remit en liberté cent qui appartenaient à d'autres États; Zucchi comparut devant^une commission militaire , d'autres devant un tribunal civil , où ils furent condamnés aux fers. Le jeune Napoléon Bonaparte était mort des suites de ses fatigues ; Menotti avait été conduit au supplice à Modène. Sercognani, qui s'était avancé jusqu'à Riéti, informé de ces désastres, gagna la Toscane et se réfugia en France , où arrivèrent en foule les Italiens fugitifs , pour y recevoir une hospitalité bienveillante , de faibles subsides, et de trompeuses promesses. Les Autrichiens occupèrent ainsi les duchés de l'Italie centrale, ainsi que les légations; ils effrayèrent la Lombardie par des procès rigoureux , mais sans effusion de sang ; et dé nouvelles décorations furent octroyées au prince de Metternich , « pour avoir si fort contribué à maintenir l'indépendance des États italiens. »

En Piémont, quelques exécutions militaires prévinrent un soulèvement qui aurait pu compromettre l'indépendance du pays, en provoquant une nouvelle invasion autrichienne. Une irruption tentée plus tard en Savoie par les réfugiés coûta encore du sang, et n'amena aussi que des déceptions '. En effet, tandis que les révolutions de 1831 s'étaient faites à ciel ouvert, en secondant dans les déclarations du gouvernement français, les novateurs furent réduits alors à comploter en secret en s'appuyant sur les radicaux. Giro Menotti s'était écrié, en mourant h Modène sur l'échafaud : » Ne vous fiez pas aux promesses des étrangers! »

' On y vit figurer le général Ramorino, qui devait servir plus tard de vjitjme expiatoire à la défaite de Novarc, en 18'j9.

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Ce testament fut recueilli par une société qui se forma alors sous, le nom de Jeune Italie , sous la direction du Génois Mazzini ; société que l'on peut à peine dire secrète , attendu qu'elle publiait par la presse ses déclamations et ses projets. Elle s'adressa à « tous ceux qui sentaient la puissance du nom italien, et la honte de ne pouvoir le porter dignement. » Elle repoussa de son sein tout homme d'un âge mûr, mit tout espoir dans l'insurrection armée , parla d'une religion à substituer au catholicisme , qui avait fait son temps ; et , d'accord avec les carbonari pour chasser l'étranger de l'Italie , elle différait d'eux en ce qu'elle ne voulait plus une constitution mais une république , renverser tout privilège et se confier dans le peuple , auquel les autres n'avaient pas fait appel. Cette société sembla faite plutôt pour engendrer des martyrs que pour assurer la victoire. Le résultat était donc diamétralement opposé à ce que les libéraux avaient espéré , puisqu'il avait encore accru l'influence de l'Autriche sur la Péninsule. Ses troupes occupèrent Bologne jusqu'au 17 juillet, époque où les ambassadeurs des diverses puissances à Rome s'engagèrent , au nom de leurs gouvernements, à maintenir la domination temporelle du saint-siége. Les puissances toutefois, et surtout l'Angleterre, pensant qu'il serait impossible d'assurer jamais la tranquillité dans la Romagne , à moins de concessions conformes à l'esprit du temps , demandèrent au saint-siége que les assemblées communales et provinciales eussent l'élection pour base; qu'une junte centrale contrôlât les actes de l'administration ; que les laïques fussent admis aux emplois publics, et qu'on établît un conseil d'État composé de notables citoyens '. Ces promesses sourirent aux Romagnols; mais l'édit du 5 juillet 183il fut bien loin de

> Mémorandum du 21 mai I83i. — « L'empereur d'Autriche n'a cette d*iD8ister de la manière la plus pressante , auprès du souverain pontife, sur la nécessité non-seulement de donner une exécution complète aux dispositions législatives déjà publiées , mais encore de leur assurer un caractère de stabilité qui les mit à Tabri de tout risque de changements futurs, sans empêcher des améliorations utiles. » JSote du prince de Btetternich à sir F. Larnb, 28 juillet 1832.

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les réaliser : Grégoire XYI y déclara que la domination des conseils appartenait au chef de chaque province ; que rien n'y serait discuté sans avoir été d'abord soumis à Tautorité supérieure ; qu'il dépendrait du chef de la province d'approuver ou non le procès-verbal des séances; que les séculiers n'auraient point de part au gouvernement des légations. Il refusa surtout d'admettre l'élection populaire pour les conseils communaux et provinciaux , et d'adjoindre au sacré collège un conseil d'État laïque '. L'édit de justice du 5 octobre laissa au clergé sa part dans les attributions judiciaires.

Cependant la garde urbaine restait sous les armes pour protéger la tranquillité publique ; et une députation de citoyens honorables était envoyée vers le pontife , pour réclamer les améliorations pour lesquelles le pays paraissait mûr. Loin de l'écouter, le gouvernement accrut les impôts , pour payer les frais de la guerre et subvenir à la solde d'un corps de troupes suisses; et, au moment où les plaintes s'augmentaient, où les pétitions pleuvaient de tous cotés, Rome fît un emprunt, leva des corps de volontaires recrutés comme elle put , et voulut dissoudre les gardes urbaines.

Le peuple était en fermentation , et les réactions commençaient : le cardinal Albani, commissaire extraordinaire, informa les représentants des puissances (10 janvier 1839) que les troupes pontificales . allaient procéder au désarmement des légations. Toutes, à l'exception de l'Angleterre, accédèrent à cette mesure; mais elle ne s'exécuta pas sans opposition (21 janvier ). Il y eut des escarmouches sur différents points, et un véritable combat s'engagea à Césène ( 18 janvier) ; l'Autriche en prit occasion d'envahir de nouveau le pays, où les réformes commencées restèrent suspendues. Mais voilà que trois bâtiments français

' a Le cabinet autrichien a été obligé de céder sur ce point tant à la résistance légitime du pape qu'aux protestations unanimes des autres gouvernements d'Italie, qui voyaient dans de semblables concessions un danger imminent pour la tranquillité de leurs États , aux institutions^ desquels le principe de l'élection populaire est tout à fait étranger. » Même note.

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qui avaient franchi le détroit de Messine avec une rapidité inaccoutumée , s'emparèrent d'Ancône ( 25 février ) , pour contre* balancer Taction envahissante de TAutriche. Le pape, surpris d'abord, consentit, après une longue hésitation, à cette occupation , tant que les Autrichiens occuperaient la Romagne.

Cet acte de vigueur était une concession que le ministère français avait faite au parti du mouvement, qui frémissait de voir l'Italie à la merci des Autrichiens. Et, bien que les Français eussent moins l'air de libérateurs ou de protecteurs que de sbires assistant au châtiment des patriotes , néanmoins ce drapeau tricolore, flottant en Italie, restait comme un symbole d'espérance pour beaucoup de patriotes qui n'étaient pas encore désabusés des étrangers.

Les incendies de la Belgique et de la Pologne ne devaient pas s'éteindre aussi ai3ément. La dernière avait une résoli^tion héroïque, la vertu du sacrifice, l'habitude des armes, et un renom de courage qui manquait aux Italiens : et cependant elle ne produisit pas non plus de ces chefs résolus , et convaincus que dans les insurrections il ne faut pas commencer par des demimesures. Tandis que tous s'écriaient avec un ardent enthou» siasme : En Lithuanieî appelant de leurs vœux cette fraternité de la révolte, qui la rend invincible, le dictateur Chlopicki ne s'occupait qu'à modérer l'élan ; il fortifiait Varsovie, y attendant déjà un ennemi qu'il fallait plutôt aller chercher hors des frontières; il ferma les conventicules , fit arrêter le républicain Lelewel , érudit célèbre, chéri de la jeunesse, et empêcha de publier la proclamation pleine de dignité dans laquelle la Pologne retraçait ses misères. ,

C'était un moment critique pour la Russie , épuisée comme elle l'était par la guerre avec la Porte , ayant à redouter dans la mer Noire les bâtiments de la France et de l'Angleterre , et de divers côtés la Perse , les Tartares , les habitants du Caucase qui rongeaient leur frein, la Suède toujours épiant l'occasion de recouvrer la Finlande. Ajoutez le choléra, ce mal terrible qui, depuis 1817, ravageait TAsie et l'Afrique. L'armée russe, qui l'avait contracté dans la guerre de Perse, l'avait rapporté dans sa patrie, puis en Pologne, d'où il se propagea dans toute

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TEurope par Berlin et Vienne (septembre 1831), et pénétra par Hambourg^ en Angleterre , se mêlant d'une manière effrayante à toutes les vicissitudes du moment. La force indomptable de ce mal, nouveau pour les médecins, ses symptômes , si semblables à ceux de Tempoisonnement , la mauvaise foi de quelques gouvernements qui , selon leur intérêt , cherchaient à le faire passer pour contagieux ou pour épidémique ^ tout contribuait à frapper Fimaginatioç des masses : aussi presque partout fut-il accompagné de soulèvements , de meurtres j^xcités par une folle croyance à des empoisonneurs. Il servit toutefois les gouvernements, en obligeant de recourir à la force pour obvier au fléau , ou pour y remédier ; les cordons sanitaires furent em^ ployés en même temps contre les idées, et Tattention se détourna des questions politiques pour s'occuper du salut individuel.

Les Français , qui dans les chambres discutaient plus sur le dehors que sur le dedans , se passionnaient pour ceux qu'on a appelés les Français du Nord. Mais comment secourir une nation si éloignée, et qui n'avait pas même un port ouvert sur la mer? On proposait de soutenir son courage en la reconnaissant , et en lui envoyant des chefs pour diriger le parti démocratique , ou de faire une puissante diversion en sa faveur en^uscitant la Turquie contre les Russes. Mais la France, pour secourir la Pologne, avait à déclarer la guerre à toutes les puissances, à laisser ses frontières dégarnies , tandis que les factions frémissaient à l'intérieur.

L'Autridie, si opposée qu'elle fût à toute révolution, reconnaissait combien la nationalité polonaise lui servirait de barrière contre la Russie ; mais la conséquence de l'ancien partage pesait sur elle , et elle tremblait pour sa Gallicie. Elle tremblait plus encore pour la Hongrie, qui voulait faire passer des vivres, des munitions et des hommes à une nation sœur, dont l'exemple était un encouragement pour elle à réclamer aussi ses anciens droits. L'Angleterre ne voulait pas se brouiller avec la Russie , et elle conservait contre la France les vieilles rancunes de Pitt. La Pologne resta donc abandonnée à ellemême.

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Elle destitua alors Chlopicki, supprima la dictature, élut Radziwill généralissime , et prononça la déciiéaace des Roinanov ; mais le pays était au dedans déchiré par la discorde et la misère, et il était trop facMe de prévoir qu'il succomberait ; car la lutte n'était pas entre le peuple et le roi, mais entre le peuple et Taristocratie. Il sufûrait, pour le prouver, de la défense qui fut faite de parler de Taffranchissement des paysans.

Cette contrée guerrière ne comptait pas plus de soixante-dix mille soldats réguliers sous les armes , contre cent vingt-neuf mille Russes aguerris par des victoires récentes, traînant quatre cents pièces de canon , approvisionnés par TAutriche et par la Prusse , qui veillaient sur les frontières pour en repousser les insurgés. Le choléra, marchant avec Tarmée russe ^ semait de cadavres la route qu'elle suivait. Diebltch, qui la commandait, ne paraissait pas suffisamment résolu ; il montraitdes scrupules, du repentir : il mourut. Constantin ainsi que sa femme moururent presque en même temps. Orlof, expédié de Saint-Pétersbourg, entra en arrangement avec la Prusse, aûn que, sans prendre une part active à la guerre , elle devint une base sûre pour les opérations stratégiques que devait diriger Paskewitch, le vainqueur des Perses.

Tandis que la Russie opérait si résolument, les Polonais allaient s'affaiblissant par les hésitations de leur gouvernement. Les plus intrépides voulaient brûler Varsovie, poursuivre les Russes partout; soulever la Lithuanie et les provinces turques; Radziwil, au contraire, homme honnête mais indécis, concentra les troupes sous la capitale, «t rendit inutiles les prodiges de valeur qui se firent de tous côtés. Skrzinecki, qui le remplaça, se défia aussi de la victoire ; il négocia, et attendit dans Varsovie Paskewitch qui s'avançait. Dembinski n'avait pas réussi à soulever la Lithuanie, et par là à diviser l'armée russe. Le républicain Dwemiski arrivait victorieux, lorsque, contraint de faire un détour sur le territoire autrichien, il y fut fait prisonnier.

Les démagogues alors poussèrent le peuple contre les nobles, au moment où l'on avait le plus besoin d'union. Déjà la multitude , irritée des désastres , se livra dans Varsovie à des excès sanguinaires , provoqués peut-être par Krukowicki , à qui ces

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excès valurent le pouvoir suprême. Déjà Paskewitoh était sous les murs ; au lieu de concentrer les forces, on envoya des détachements considérables çà et là pour se procurer des approvisionnements. Les Russes eurent le dessus, grftce à la supériorité de leur artillerie ; et Varsovie succomba le jour de la Nativité de la Vierge, jour consacré par l'antique dévotjon des Polonais à la reine des anges , et par la victoire qu'ils remportèrent à Vienne ce jour-là sur les Turcs. La Pologne croisa ses bras sur sa poitrine, et se recoucha dans son sépulcre ensanglanté. Le ministre Sébastiani annonça aux chambres françaises que tordre régnait à Varsovie.

Nonobstant les stipulations du congrès de Vienne et les protestations des cabinets français et anglais , le royaume de Pologne fut incorporé à l'empire russe, à titre de conquête. Aux termes des nfiémes traités, Gracovie devaitrester libre sans qu'aucune puissance pût y tenir des troupes ; elle fut néanmoins occupée en 1831 par les Russes, et les Autrichiens s'^ emparèrent définitivement en 1846. L'Angleterre protesta encore, mais elle ne crut pas devoir aller plus loin.

Les Polonais, rencontrant partout la sympathie, allèrent mettre leur valeur au service de tous les insurgés d'Europe et d'Amérique, en proclamant que « la Pologne n'était pas morte ; » d'autres expièrent en Sibérie le crime d'avoir voulu être une nation.

Mais qui sait si la Providence ne prépare pas par la voie de l'oppression même cet affranchissement des serfs , qui aurait fait bénir éternellement la révolution polonaise , si elle eût osé le prononcer ?

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