‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 44 sur 82 · BUS31E. 3G · texte numérisé non relu

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signée à Gulistan, Alexandre .se Gt céder par la Perse plusieurs provinces du Caucase : le Kouban, le Daghestan , la Mingrélie (Colchide ), le Derbend, le Chirvan et la Géorgie. De plus^ en s*obIigeant à soutenir le prince que Feth-Ali désignerait pour son successeur, il s*assurait une ingérence permanente dans les affaires intérieures' du pays..Xes frontières avaient été mal déterminées : aussi les Russes ayant occupé un pays qui donnait accès dans la province d*Érivan , les Persans s*en émurent » et les mollahs , ainsi que les grands , poussèrent Feth-Ali à la guerre. En effet , à la mort d'Alexandre , croyant Tarmée russe entièrement désorganisée, les Persans coururent aux armes ; le midi de la Géorgie sUnsurgea , ainsi que la Mingrélie et rimirette; et Abbas-Mirza, fils du roi, s'avança avec cinquante mille combattants (1825). Mais les Russes les mirent en déroute sur les bords du Djéham , et le général Paskewitch porta le carnage jusque sur la droite de FAraxe. Il passa ce fleuve sur un pont formé d*outres gonflées, battit complètement les Persans (17 juillet 1827), prit la forteresse d'Érf^an (13 octoBre), boulevard avancé de TAsie, et assiégea Tanris. Alors Abbas-Mirza , à qui il restait à peine trois mille soldats pour défendre cette place, se décida à traiter. Mais ayant cherché à se soustraire aux conditions qui lui pesaient pendant que T^icolas était aux prises avec Constantinople', il fut contraint, à la paix de Turcmanciaï (28 février 1829), de céder à la Russie les provinces d'Érivan et de Nakchivan , de payer vingt millions de contributions de guerre , et de consentir à la libre navigation delà mer Caspienne. La Russie acquit ainsi une frontière excellente pour se défendre elle-même et pour inquiéter ses ennemis ; car de là elle peut ù volonté marcher sur la Turquie d'Asie, sur la Perse, ou sur Tlnde. £lle agit, en outre, sur les provinces limitrophes de la Perse , en intervenant dans les actes de ce gouvernement , en protégeant les habitants qui veulent recouvrer leur nationalité , en étudiant les voies et les besoins du commerce. Si la Russie s'est arrêtée aux fleuves Arpason et Araxe, ce n'a été que pour reprendre haleine avant de se lancer dans une nouvelle campagne qui peut la conduire jusqu'à rindus. Déjà elle menace toute l'Arménie turque de la

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vaste forteresse d'Aiexandropol. Puis , ayant en sa possession TArarat, le mont Sacré, et le siège patriarcal d'Etchemiatzin, elle travaille à gagner à sa cause les Arméniens , en exploitant à son proGt leurs sympathies nationales, et en exerçant, avec cette habileté qu*ou lui connaît, son prosélytisme religieux.

On dit que ces deux guerfes ont coûté à la Russie cent quarante mille hommes et cinquante mille chevaux : perte peu sensible, après tout, dans ce populeux empire. La Perse, si florissante jadis, n*était plus qu'un désert , comme tous les pays musulmans : elle possédait à peine cinq à six millions d*âmes, et son revenu ne s'élevait qu'à cinquante-huit millions; elle n'avait ni industrie , ni marine , ni instruction ; car les célèbres universités d'ispahan, de Schiraz, de Mesched , se bornent à enseigner Tarabe, le Koran et ses commentateurs. Le gouvernement semble avoir renoncé à ces violences instinctives qui sont le symptôme de la force parmi les musulmans. La Russie et l'Angleterre, rivales jalouses, tâchent d'asseoir leur domination sur les contrées voisines du golfe Persique. Lors donc que Abbas-Mirza , héritier désigné, eut précédé 'son père dans la tombe, et que Mohammed-Schah fut monté sur le trône (1833), l'Angleterre se hâta d'envoyer en Perse des officiers , et promit monts et merveilles au nouveau souverain pour le détacher de Tailiance russe , sans lui demander aucune cession de territoire. Grâce aux efforts du grand visir Mirza- Agassi, l'ordre se rétablit en Perse, l'agriculture s'y releva, radministration reprit une certaine régularité. On vit renaître la discipline dans l'armée, qui fut portée à 120,000 hommes; l'Hérat, ieCaudahar, le Caboul reconnurent la souveraineté de la Perse; on fit venir d'Europe des officiers instructeurs , et l'on envoya de jeunes Persans faire leur éducation en France : c'était peu de chose pour un empire en pleine décadence , tant déchu- de son antique splendeur, resserré étroitement entre les possessions de la Russie et de TAngleterre, et devenu un champ d'intrigues pour ces puissances, qui en feront bientôt peut- être un champ de bataille.

La paix avec la Perse avait laissé le champ libre à la Russie pour se jeter sur la Turquie , qu'elle eûtsubjuguée, sans Tinter-

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vcDtion des puissances rivales* Forcée de conclure un arrangement avec les Turcs, la Russie s'en dédommagea en attaquant les tribus du Caucase, dont elle s'était frayé le passage en s'emparant de la Géorgie ; si bien que de Tiflis elle peut longer toute la chaîne de TArarat.

• Les Adighes , que les Russes appellent Gircassiens , habitent le pays qui s*étend au nord jusqu^au Kouban, à Torient jusqu'à la Laba, à l'occident jusqu'à la mer Noire , et au midi jusqu'au pays des Abazes; c'est-à-dire, la majeure partie de la région montueuse qui sépare la mer Noire de la mer Caspienne, en traversant diagonalement l'isthme caucasien. Chasseurs toujours armés, aventuriers intrépides , ils mènent aux combats même les enfants et les femmes. Le Koran est toute leur science. Chez eux les seigneurs féodaux ont succombé depuis deux siècles; et il ne reste plus dans le pays que deux classes , les hommes li- ]lres et les serfs. Ceux-ci sont humainement traités ; les hommes libres forment des confréries héréditaires depuis vingt jusqu'à deux et trois mille, qui sont présidées par un ancien, et dans lesquelles tous les membres sont égaux. Ils accueillent sous leur toit l'étranger, épousent la veuve de leurs frères, et se chargent de leurs vengeances; ils payent en commun les amendes et la composition pour les crimes commis par l'un d'eux ; une partie de ces usages leur viennent de l'islamisme ; le reste provient du christianisme , qu'ils ont pratiqué avant.

La tendance de la Russie vers la mer Noire l'entraîna à se jeter sur ces populations ; et la paix d'Andrinople, en repoussant les Turcs des pays du Caucase, lui a livré tout le rivage oriental de la mer Noire ; de sorte qu'elle s'avance sans interruption, par l'isthme caueaden, jusqu'au cœur de la Turquie d'Asie. Mais les Circassiens ne se croient pas enchaînés envers la Russie par les traités qui les liaient à la Perse auparavant. Les Turcs, les Guèbres , les chrétiens, la race mêlée du Daghestan et de la Circassie , refusent de lui obéir. Les habitants de la chaîne orientale sont soumis à un chef redoutable, Chamill ; ils professent le muridisme, doctrine venue de la Perse il y a trente ans, laquelle se réduit à une sorte de méthodisme musulmam, qui fait une obligation du martyre. La Russie s'évertue à plier ces

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peuples à la servitude ; mais elle n'a encore abouti qu*à nous vanter ses victoires, et à sacrifier en même temps une armée tous les ans. Peut-être réussirait-elle mieux en disséminant des garnisous dans le pays. Les Caucasiens, sMls se soHaient protégés par elles, pourraient s'y habituer, et subir paisiblement la domination russe. En procédant par la violence, au contraire , on les éloigne ; et la Russie ne reste maîtresse que des places fortes , qui ne peuvent communiquer entre elles que par mer, et à l'aide de forts détachés que protège le canon de la flotte ; elle surveille une étendue de cent soixante lieues géographiques, pour empêcher le trafic des armes et des esclaves avec la Turquie , lequel pourtant n'en a pas moins d'activité; aussi, après avoir essayé de tous les genres d'attaque, du blocus, de la défense, de la civilisation, la Russie s'aperçoit-elle que la nationalité de ce peuple est aussi résistante que le premier jour.

L'Angleterre voit s'avancer lentement vers la Perse la seule puissance capable d'inquiéter ses possessions en Asie. Déjà la Russie a tenté de s'emparer de Kiva ( 1889) ; et l'insuccès de cette expédition a paru venir de l'Angleterre , qui a encouragé la résistance des chefs tartares. Mais la Russie reviendra à la cliarge ; déjà les Anglais rencontrent ses ambassadeurs et ses généraux dans les cours de tous les raïas , leurs ennemis ; et c*est en vain qu'ils stipulent dans leurs traités l'exclusion du commerce et des armes russes : le colosse moscovite ne tardera pas à s'avancer jusqu'à Hérat, à cinq cents milles du Caucase et à sept cents milles de i'Indus.

Du côté de l'Europe, le traité de Kaïnardji ( 1774) n'accorda à la Crimée qu'une indépendance éphémère et illusoire ; car, neuf ans après, Catherine II la réunit à ses États. Par la paix de Jassi, l'empire ^'étendit jusqu'au Dniester; le traité de Bucharest, en 1812, détacha la Bessarabie de la Moldavie; en 1829, celui d'Andrinople rendit momentanément l'indépendance à la Moldavie et à la Yalachie; en 1833, celui d'Unkiar-Schelessi resserra de plus en plus l'empire turc. Appuyée sur ces traités , la Russie occupe le triangle du Danube avec des lazarets , qui en réalité sont des casernes et des forteresses ; déjà elle domine ce fleuve de l'Ile de Solina. Elle ne signe point de

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traité qui Be laisse percer de sa part rintention de se rendre la suzeraine de la Porte y et de la tenir privée de tout moyen de- résistance sérieuse, jusqu'à ce que vienne le jour de la subjuguer tout à fait.

Au nord , la Russie a consolidé sa domination dansTEsthoiiie,ia Livonie et la Gourlande. Les paysans, traités en serfs dépuis la conquête , voulurent revendiquer, par les armes, les droits qu'on lui refusait , mais ils furent vaincus ; on commença pourtant en 1817 ^ améliorer leur position, et ils furent affranchis en 1831. A rheure présente, ce sont les Russes qui ont le dessus dans toute la Baltique, où la race allemande était seule naguère en possession de Tindustrie et de la science.

Nous avons déploré la révolution polonaise, qui a eu pour conséquence la destruction de ce royaume. La hache ou la Sibérie ont décimé la noblesse ; le reste languit dans rexU, et rêve 4es insurrections qui n'auront pour dénoûment que du sang et des ruines. A la diète de 1835 y Nicolas dit aux Polonais : « Je désire que votre discours ne me soit pas hi , pour vous épar- « gner un mensonge , persuadé que vous ne sentez pas ce que « vous dites. Il faut des faits, et non des paroles; le repentir « doit venir du cœur. De deux choses Tune : ou persister dans « vos illusioiis d'une Pologne indépendante, ou vivre sujets fi- « dèles sous mon gouvernement. Si vous vous obstinez dans «< les rêves d'une nationalité distincte, j'ai fait élever une citait délie, et, au moindre mouvement, je détruirai Varsovie. Au ft milieu des désordres de toute l'Europe, la Russie seule de- « meure intacte et forte... Croyez-moi, c'est un bonheur vé- « ritable d'appartenir à ce pays. Si vous vous comportez bien , « mon gouvernement sonfeia à votre prospérité, quoi qu'il soit « arrivé. »

Cependant la Providence semble conduire , même par ces voies douloureuses, la nation vers un avenir de progrès, en détruisant cette caste aristocratique qui sut remplir au moyen âgeune noble tâche de résistance et de civilisation, mais qui doit disparaître devant le peuple, devant cette plèbe dont nul ne devait proposer l'affranchissement, ainsi que le décréta encore la dernière révolution polonaise. A travers les jalousies mal dé-

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guisées des puissances copartageantes, peut briller Tespoir d'une réunion ; déjà ce vœu a été exprimé en termes clairs là où il pouvait rétre, et ailleurs par un retour aux coutumes nationales, pat le rapprochement des seigneurs et des paysans, par des tentatives d'amélioration morale pour ces derniers, et leur participation à tous les droits. Bien des propositions ont été faites au czar pour rétablir la Pologne entière, et grouper autour d'elle toute la famille des Slaves; ce qui placerait pour barrière entre la vraie Russie et rAllemagne un grand peqple, un peuple nou- Yeau, et par là réservé peut-être à de hautes destinées.

La guerre avec la France avait laissé à la Russie une dette inorme, et une armée qu'il fallait occuper. On y pourvut à l'aide des colonies militaires, dont le plan fut proposé en 1819 par le général Araktchéief : c'est à la fois une milice et une population agricole. L'empereur désigne les villages destinés à la recevoir. Ceux des habitants qui ont passé souanteans devienneal patrons des colons. Chaque patron reçoit une certaine quantité de terrain , sous la condition d'entretenir un soldat avec sa famille et son cheval; de son côté, le soldat cultivateur doit l'aider dans ses travaux quand il n'est pas retenu par le service. Les autres habitants constituent une hiérarchie militaire, en vue de laquelle les enfants sont élevés : en même temp8 que la lecture , récriture , le calcul, on leur apprend le maniement des armes et l'équitation. Ainsi Ton substitue la troupe à la fa* mille ; on décompose celle-ci pour recevoir des hommes accidentellement ; les lieiis naturels se relâchent ; et l'instruction ne sert qu'à faire sentir davantage la servitude. , £n 1847, la Russie comptait 82,000 soldats soumis à ce mode de colonisation. La population de ces colonies militahres ainsi que leur production s'étaient notablement accrues ; mais ce qui importe davantage, c'est que l'empire russe possède par ce moyen une belle armée, prête à tout, et qui cependant ne lui coûte rien. L'Autriche aussi a établi des colonies militaires, qui ont pour but de protéger sa frontière contre les incursions des Turcs ; mais elles convertissent le paysan en soldat. Sous le régime russe, au contraire, un régiment est placé dans une colonie qui le fait vivre, sans que le soldat s'y transforme jamais

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en véritable laboureur. Ajoutez à cela que toutes ces forces militaires stationnent sûr les frontières occidentales et méridionales , c'est-à-dire qu'elles menacent l'Europe.

Le territoire russe offre les débris, on pourrait dire les sédi« ments, de toutes les révolutions de l'Asie moyenne; dans le gouvernement d'Astrakhan surtout, les populations qui s'y sont trouvées aux prises ont perpétué les usages et les croyances antiques : Russes, Slaves, Cosaques , Circassiens, Grecs, Turcs, Kirghiz, Tchérémisses, Arméniens, Géorgiens, Persans, Indiens, Huns ou Avares, Mongols, Finnois, Baskirs, se trouvent en contact sur cette frontière de l'Asie et de l'Europe , et se transforment par degrés sous la pression de la Russie. Les gouvernements de Kasan et d'Orenbourg sont mêlés aussi de populations diverses ; il en est de même de la Sibérie , où la population clair-semée est mahométane, boudhiste, idolâtre, chrétienne , et parle le russe, le finnois, le turc, le mongol, le tongouse ; elle est néanmoins entièrement subjuguée.

La Russie poursuit sans cesse ce grand projet d'attacher au sol et à la civilisation les populations de cette contrée de l'Asie centrale appelée autrefois Grande Tartarie. Elle com«' mence à lui assigner les limites qu'elles ne doivent pas outrepasser, soit en été, soit en hiver : s'il s'élève des différends entre elles, elle en profite ; elle attire au cœur de l'empire leurs chefs les plus influents, et leur inspire Te goût des titres et des honneurs, aitsi que le désir de rester attachés à la cour. Les fonctionnaires qu'elle envoie dans ces contrées asiatiques y ont des résidences fixes, avec une église , un hôpital , une école , une caserne , qui deviennent le noyau de nouveaux villages dépendants de la Russie , et dès rudiments de civilisation. Sauf le monopole du sel et de l'eau-de-vie, le gouvernement n'impose point de taxes ; mais ce que les habitants ne tirent pas de leur propre fonds , comme les fruits et les mines , lui appartient. Ceux qui améliorent les terres ont des récompenses. De cette manière les steppes se sont rapidement converties en campagnes; les tribus nomades et les Turcs s'en sont éloignés; les Tartares Nogaïs ont péri dans les guerres, ou se sont retirés en Asie ; quelques-uns encore se sont faits agriculteurs dans la Crimée

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