‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 47 sur 82 · AFFAIRES D'ORIENT · texte numérisé non relu

AFFAIRES D'ORIENT

La diplomatie a-avait rien arrêté quant au sort de la Grèce, qui restait encore en suspens , quoique , depuis la bataille de Savarin , elle eût perdu Fespoir de rajuster les chaînes musulmanes à ce peuple baptisé. Après la mort d'Alexandre, qui , après avoir provoqué Tinsurrection des Grecs, les abandonna par condescendance pour ses alliés, Nicolas les soutint, en vue de les soumettre à un protectorat semblable à celui qu'il exerçait sur les principautés du Danube. L'Angleterre se sou^ ciait peu de voir se constituer cette nation nouvelle , qui pourrait un jour rivaliser avec elle. Cependant , entraînés par Topinion et craignant que l'entreprise ne réussit sans eux , les Anglais lui tendirent la main, mais sous la condition que le nouvel État fût assez faible pour se voir obligé de rechercher leur appui. La France, amie désintéressée, soit par caractère , soit qu'elle ne fût dirigée par aucune espérance immédiate, voulait en faire un État indépendant , qui n'eût à subir la tutelle of6cieuse de personne.

. Capo d'Istria, habile administrateur, mit fin , durant sa présidence , à la piraterie, organisa les Rouméliotes , et propagea l'instruction publique ; mais les patriotes le considéraient toujours comme le préte-nom de la Russie , et ambitionnant , d'accord avec cette puissance et avec la Porte , de se faire le chef du Péloponnèse. Les anciens chefs , après avoir versé généreusement leur sang , en étaient récompensés par la prison ou par l'exil. La révolution de Juillet vint encore enflammer toutes ces haines; plusieurs journaux s'emportèrent si loin, qu'il fallut les supprimer. Quelques-uns des mécontents, s'étant réfugiés à Hydra, y donnèrent le signal de la guerre civile. Constantin et George Mauromic^H , frère et fils de Pierre, détenu alors en prison , égorgèrent le président dans une église. Constantin fut tué sur la place, et George périt sur l'échaïaud. La Grèce s^ap-

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plaudit d'être délivrée de celui qu'elle avait regardé si longtemps comme son libérateur ; elle lui donna néanmoins pour successeur son frère Augustin, qui déclara criminels d'État le général Coletti et les autres chefs opposés à la Russie. Pendant ce temps, la conférence de Londres , qui statuait sur le sort des peuples sans les entendre, appelait au trône de la Grèce le prince Othon, fils du roi de Bavière (février 1833 ), qui arriva avec une flotte, de rargent, et des conseillers étrangers.

Cest ainsi que se trouva constitué en Europe un État nouveau , simulacre de royaume , que la diplomatie substituait à Tespoir d'un empire grec ressuscité. Il a cela de particulier, que le royaume y porte le même nom que TÉglise, quoique les Grecs ne veuillent pas rester dépendants du patriarche grec , pour écarter tout péril de suprématie russe. Pourvu de bonnes fortifications et d'une excellente marine, le pays compte douze millions d'acres, dont un neuvième appartient aux particuliers, et le reste à l'État , qui a succédé aux anciens maîtres ; les propriétaires eux-mêmes sont presque des fermiers , car ils ont à payer une dîme en nature, dont la perception est vexatoire et pénible. Les terres laissées en friche depuis si longtemps , les anciens aqueducs étant détruits, les marécages et les landes se sont multipliés ; on dirait que la nature elle-même a changé. Le Céphise, qui arrêta l'armée de Xerxès, suffit à peine aujourd'hui à l'arrosement des jardins ; c'est à peine si Tlnachus et l'Ilissus reparaissent à la saison pluvieuse dans leur lit desséché. Des bois du mont Lycabettus , où se cachaient les ours , il ne reste plus que quelques arbustes ; avec l'insouciance ottomane et le découragement de la servitude, THymette, le Pentclique, le, Parnasse , ont perdu leurs abris ; et la terre végétale est descendue dans la plaine, qui en s'exhaussant a enseveli les édifices antiques. Dans la Morée, on compte à peine soixante-dix-sept hommes par mille carré ; vingt-six sur le continent, trente-cinq dans les lies.

Cependant la Grèce est eu voie de progrès, comme un pays nouveau ; et lorsqu'en 1836 elle n'avait pas plus de 751 ,077 habitants, elle en comptait, dès 1840, 856,470. Les oliviers et les mûriers y croissent spontanément ; le coton y est trcs-aboiidant. Au lieu

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d*im lieu propice pour y bâtir une capitale nouvelle, par respect pour les souvenirs historiques, on fit choix d'Athènes, ville aride, malsaine, et où de mesquines constructions modernes contrastent avec Tancienne magnificence; elle renferme aujourd'hui vingt-six mille habitants. Le territoire est divisé en communes de trois classes, selon queTon y compte dix mille, deux mille ou deux cents habitants; quiconque est âgé dé vingt-cinq ans se trouve électeur ; les communes répondent des violences et des voI§ commis dans leur juridiction , mesure indispensable pour contenir une population habituée aux coupé de main. Un tiers de la population vit de petit commerce ; les gros négociants ont des maisons au dehors. Les affaires les plus importantes se font avec Trieste ; mais jusqu'à présent les capitaux sont rares , et il ne s'est point encore ouvert de nouvelles voies. Une banque nationale a été fondée en 1841 ; la mer, la fertilité du sol, une activité extrême, promettent un bel avenir à ce peuple régénéré.

La renaissance des études avait devancé en Grèce la révolution. La langue grecque avait cessé d'être employée dans la littérature; Foscolo etMustoxidi se servirent de l'italien. Il faut citer avec reconnaissance Coray, médecin de Smyme , qui traduisit d'abord Beccaria en grec moderne, puis s'associa avec les frères Zozimos pour composer une Bibliothèque grecque et des dictionnaires. Greco Ducas voulait que l'on fît revivre l'aneienne langue : ce serait vouloir ramener les Italiens au latin. Catarsdy prit parti pour l'idiome populaire, et d'heureuses tentatives, telles que les poésies lyriques deChristopoulos, le mirent en faveur. Coray, tenant le milieu entre le purisme des érudits et l'instinct populaire, voulait purger la langue parlée des locutions étrangères, partout où l'on pouvait y suppléer par des formes anciennes correspondantes : principe arbitraire dont on abusa , comme il arrive toujours. Il en résulta qu'on ne fut ni compris du vulgaire ni approuvé des érudits; et Rigo se moqua, dans une comédie , du nouveau jargon des doctes. Mais le gouvernement parlementaire donnera à la langue le souffle et la vie, et la question se trouvera décidée par le fait.

Quoi de plus beau que le spectacle d'un peuple qui se régé-

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nère ? Mais la liberté ne naît pas Bor un lit de roses. Le génie de la discorde ne tarda pas, comme toujours, à diviser les Grecs. Les emprunts , résultant de la guerre ou de l'établissement de la monarchie, pèsent lourdement sur le pays; et les puissances , qui s'en sont portées garantes , s'en font un prétexte pour s'immiscer dans le gouvernement. La forme d'abord en fut absolue , et Ton donna au roi enfant un conseil de régence ; l'administration fut entièrement dans les mains dps Bavarois. Il en vint d'abord quatre mille avec le roi; d'autres accoururent pour faire fortune aussi et avoir leur part des grandes charges, grassement rétribuées. Armansperg , tuteur d'Othon , appuyé par les puissances, voulait maintenir l'absolutisme ; de sorte que les anciens patriotes, exclus non-seulement du commandement, mais encore de la représentation , dont ils avaient joui pendant l'insurrection, subissaient en frémissant le joug de ces étrangers. Le roi renvoya Armansperg, et prit en main le gouvernement; mais cette administration imposée et despotique, tout en faisant quelque bien, ne put se réhabiliter aux yeux du pays. Le moment étant venu où les troupes bavaroises devaient quitter la Grèce, les idées qui fermentaient se produisirent au grand jour; et, en dehors de toute influence étrangère, par l'énergie du sentiment national , le roi fut amené à accepter une constitution fondée sur la séparation des pouvoirs , avec les garanties habituelles ( septembre 1844 ). Tout ce qu'elle offre de particulier, c'est l'obligation, pour les rois à venir, de professer la religion nationale.

Ainsi la Grèce recouvrait toutes les libertés qui lui avaient été enlevées , avec les assemblées délibérantes , pour lesquelles et a l'aide desquelles elle avait combattu. L'esprit de nationalité y fut même poussé si loin , qu'après avoir déclaré , dans la première assemblée révolutionnaire , que tous ceux qui croient en Jésus-Christ et parlent la langue grecque sont Grecs , on en vint à exclure plus lard des fonctions publiques tous ceux qui n'étalent pas nés dans les limites du royaume actuel (hétérochthones). Goletti , principal auteur de la révolution, et représentant du parti français en face de Maurocordato , chef du parti anglais, s'opposa vainement à cet autochthonisme : c'était

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une réaction non-seulement contre les Bavarois , mais aussi contre les riches, et surtout contre les Phanariotes, qui, sans avoir pris part à la lutte, étaient accourus à la curée '. Les princes de l'Europe reconnurent la nouvelle constitution , à la condition que ce royaume renoncerait à s'étendre; voyant bien que le reste de la Grèce et l'Asie Mineure ont les regards tournés vers un pays auquel ils seront un jour réunis , bon gré mal gré. Mais, de ce moment, tous ceux qui s*y étaient réfu* giés tombèrent dans la plus triste position , et durent songer à abandonner leur nouvelle patrie. Les émigrés d'Ipsara* s'éloignèrent; et aussi ceux de la Crète ( Candie ), île qui ne cesse de s'agiter, au grand contentement de l'Angleterre , qui convoite les belles rades de la Suda et de la Canée.

Les Russes, dès le dernier siècle, s'étant aperçus qu'ils ne pourraient rien contre la Turquie sans la Valachie , s'attachèrent à favoriser les mouvements de ce pays, où ils entrèrent en 1827 comme libérateurs. Le traité d'Andrinople, qui constitua la Moldavie et la Valachie , confirma tout ce qui y avait été fait par les Russes , et soumit ces provinces à un tribut annuel de 3 millions de piastres envers la Porte. Il fut établi des constitutions distinctes pour ces deux pays , avec approbation de la Russie. Le principe représentatif y domine à ce point que le chef de l'État lui-même y est élu par une assemblée formée de cent vingt boyards, des évéques, de trente-six députés des districts , et de vingt-cinq délégués des corporations de la capitale. Il partage le pouvoir avec l'assemblée nationale , qui se compose d'un métropolitain président, de trois évéques, d^vingt-einq boyards, de dix-huit députés des districts ; elle n'a point à s'occuper d'affaires politiques , que les deux puissances se sont réservées. L'abolition de la servitude y a été prononcée , et tout individu peut maintenant acheter des terres et devenir noble ; mais il faut du temps pour que le peuple s'y habitue. Le général russe Kisselef , qui fut longtemps président , donna pour prince au pays Démétrius Ghika ; mais ces provinces , travaillées par l'intrigue étrangère, sont le théâtre de fréquentes révolutions.

> Coletti est mort en septembre 1847.

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On compte dans la Servie douze mille mahométans disséminés au milieu de neuf cent mille chrétiens , peuple pieux ^ dévoué à ses prêtres ^ et qui espère voir toujours rétablir sa religion ; vif dans ses attachements, plein de respect pour les femmes, qui , ef&ayées de la brutalité des Turcs, excitèrent plus d'une fois le courage des hommes de leur nation. Le soulèvement , qui date des premières années du siècle, eut pour che& Geoiqge le Noir, puis enfin Miloçch , que la Porte reconnut pour prince indépendant en 1833, en se réservant la citadelle de Belgrade. Le premier pas vers la vie civile fut de rendre aux prêtres les registres de Fétat civil; car avant il n'était pris acte ni des naissances, ni des mariages, ni des décès. Milosch établit des fabriques, des ponts, des hôpitaux, des quarantaines, des postes, un lycée, une imprimerie, des écoles pour la langue nationale, des prisons pénitentiaires : peut-être même marcha-t-il dans cette voie avec trop de rapidité. Mais sa férocité fit éclater une révolution (1840), qui lui substitua son fils Michel , repoussa l'influence russe et les employés étrangers , croyant par là donner satisfaction à la nationalité. Aujourd'hui le pays profite des franchises qu'il a acquises ; et il y a déjà à Belgrade des journaux , une académie , et un code y a été promulgué ( 1844 ).

T^a prépondérance russe va se fortifiant toujours en Moldavie. Prenant pour prétexte la fermentation produite par les événements de 1848, le czar a fait pénétrer dans les principautés une armée d'occupation, déclarant' qu'elle n'en sortirait qu'alors que la tranquillité serait tout à fait rétablie. Quoi qu'il en soit , voilà des tribunes de politique libérale et d'émancipation chrétienne élevées aux portes de la Turquie.

Les anciens oppresseurs des Grecs et des Slaves ont suivi une autre voie. Ceux même qui exhaltent Mahmoud comme réformateur peuvent-ils approuver le temps qu'il choisit et la manière dont il s'y prit , faisant consister avant tout sa réforme à remplir le sérail de femmes grecques , et à s'enivrer tous les jours ? D'une volonté ferme, faible d'esprit, point guerrier comlme doivent l'être les réformateurs , il dénatura son empire. Il établit des imprimeries , des papeteries , une gazette ; détruisit sans songer au lendemain ; et il arriva qu'après avoir mis bas TancieD

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édifice , il n'éleva rien pour le remplacer. 11 continua ses ré< formes après la paix d'Andrinople ; il institua de nouvelles milices régulières et une décoration^; il renonça à Tisolement séculaire de la Turquie , il envoya des ambassadeurs près des puissances étrangères; il voulut qu'on vénérât son effigie, comme celles des autres rois de FEurope ; il fit construire des bateaux à vapeur, prit des mesures de précaution contre la peste , institua des commissions pour le commerce, Findustrie , pour la révision du code. On vit à Péra un théâtre et un cabinet de lecture. Mahmoud s'occupa même des belles-lettres; mais plus il crut faire pour elles, et plus elles déclinèrent, car la manière européenne s'y introduisit comme dans tout le reste. Les calligraphes turcs ont perdu leur habUeté vantée , depuis l'introduction de la presse ; les poètes croient avoir bien mérité de la patrie lorsqu'ils ont composé des chronogrammes, c'est-àdire des sentences énonçant quelques faits historiques, dont ils indiquent la date à l'aide de certains signes alphabétiques. Mir* Alemsade , fils du porte-étendard , est Fauteur d'un millier de strophes historiques non moins exactes quant aux chiffres que pauvres de pensées. Au milieu de tant d'écoles, de tant de lettrés, Gonstantinople n'a pas un nom à citer; les ulémas, hiérarchie scientifique, unique symbole ottoman de Fintelligenee, restent cramponnée au passé. II s'imprime des journaux , mais ils ne sont lus que par quelques Francs; les livres ne se répandent pas; à côté d'une histoire de commande, on ignore les investigations historiques, et la liberté qui en est l'essence ; Falmanach impérial ne consiste guère qu'en astrologie , et en distinction des jours propices ou climatériques. On fait apprendre par cœur aux enfants des sentences qu'ils ne comprennent pas, ce qui paralyse leur intelligence avant tout développement. Dans les collèges ( madrassahs ) de Boukhara , dont l'université , type de toutes les universités musulmanes , peut donner la mesure du haut enseignement de Fislam, on compte annuellement neuf à dix mille étudiants de F Arabie , de FAfghanistan , de la Turquie, de FAfrique, de FInde. Cliaque collet un nombre fixe d'étudiants, sous un ou deux professeurs. Chaque étudiant achète de quelque autre, en arrivant, la place qu'il occupait dans le ma-

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drassah; et il y peut rester toute sa vie , pourvu qu'il ne se marie pas. Ils se préparent aux leçons des maîtres par la lecture, et des discussions sous les portiques. Les ouvrages classiques sont au nombre de cent trente-sept : le professeur fait lire d'abord par un bachelier quelques sentences sur le thème proposé; il invite les élèves à discuter entre eux les opinions qu'ils ont émises ; puis il critique , corrige, iet finit par donner sa propre décision. Les sciences enseignées sont le droit et la théologie, la langue et la littérature arabes; la sagesse, c'est-à-dire la logique , rétbique , et la métaphysique ; mais tout se réduit atix éléments et à des définitions. Voilà cependant Tunique source delà théologie musulmane actuelle, de la littérature et de la philosophie. Les Persans ont seuls, comme schyytes, leur université particulière. Ainsi tout se borne à des questicms de théologie casuiste , qui , préjudiciables au sens commun , ne sont bonnes qu'à faire des sophistes, des fanatiques, des esprits stationnaires. Les gens d'étude ne sortent pas des classiques , non pour y puiser des idées nouvelles , mais pour les surcharger de notes , d'appendices , de scolies et de commentaires.

Ainsi les réformes ne devaient avoir pour résultat en Tur* quie que de faire perdre aux musulmans leurs qualités originales, sans leur en donner d'autres. On parlait aux femmes d'émancipation, mais les harems ne s'onvraient pas, et ce qu'on leur concéda de liberté n'était propre qu'à amener du scandale et à augmenter la corruption. Les musulmans ne pouvaient dooe voir dans Mahmoud qu'un renégat; et les cadavres flottant sur le Bosphore révélaient à la fois et le mécontentement et le châtiment. Un derviche , vénéré comme saint , alla un jour apostropher le sultan en ces termes : Infidèle y rC es-tu pas rassasié cTabominations? Tu rendras compte devant Allah de ton impiété. Tu détruis les institutions de nos pères ^ ttt ruines Pislam , tu attires la vengeance du prophète sur toi et sur nous. Dieu me commande de te déclarer la vérité^ et il rrCa promis la couronne du martyre. Il ne manqua pas de l'obtenir en effet, et Ton vit son cadavre entouré d'une lumière éthérée.

Sur la fin de sa vie , Mahmoud proclama la tolérance envers

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les chrétiens , autorisant Farchevéque Maxime Mazlum à gouverner les catKoiiques des provinces d'Antioche , d'Alexandrie et de Jérusalem, et à exercer librement les fonctions spirituelles. Il défendit à tout musulman de dire aux catholiques : Pourquoi liseZ'VOîis les saintes Écritures? Pourquoi allumez-vous des cierges? Pourquoi avez-vous des chaires, des images? Pourquoi brûlez-vous de t encens, exposez-vous des croix? Il interdit aux chrétiens toutefois de pratiquer en public. 11 permit de les entendre comme témoins, et fit défense de les contraindre sous aucun prétexte à se faire musulmans; l'archevêque fut autorisé à porter son costume distinctif, ainsi que la croix ; à avoir des mulets et des chevaux , et chacun fut tenu de respecter ses décisions en fait de religion et de discipline.

Mahmoud laissa ainsi un royaume affaibli à son fils Abdul- Medjid, qui lui succéda bien jeune (1^^ juillet 1839), et se trouva environné de dangers extérieurs. Le hatti-schérif > de Gulbané (3 novembre), qu'il publia aussitôt, fut pris pour une constitution par ceux qui croient possible de régénérer un peuple avec une charte. Cet acte réformait le vieux système d'administration, en garantissant à tous sujets la vie, les biens et rhonneur ; promettait de répartir et de percevoir régulièrement leB impôts , et de procéder de même pour la levée des soldats; il ordonnait en outre la publicité des jugements rendus selon la loi divine avec sentence régulière, et défendait de faire mourir personne en secret. Il voulait que les biens fussent possédés paisiblement et transmis aux héritiers, même c«ux des condamnés. Ces dispositions étaient applicables à tous les sujets de l'empire, sans distinction de religion. Enfin le jeune sultan promettait des codes et des lois sur toutes les matières. En y regardant bien, peut-être trouvera-t-on que ce fut là un acte imprudent, car il diminua l'autorité des magistrats, sans accroître

• Le fetwa est une décision religieuse ou juridique, émanée du mufti, ou du ministre de la loi; le firman est une décision politique ou administrative, émanée du divan suprême. Le haiti^schérif ou kattischérif est un acte de la volonté personnelle du souverain , signé le plus souvent de sa main. ( An. R. )

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la sécurité des sujets. Il confessa qu'il existait de graves désordres liveo la volonté d*y remédier, mais en même temps avec rîmpuissance d*y réussir. Il enleva aux Turcs les privilèges de la conquête^ sans leur réconcilier pour cela les raïas. C'est une œuvre qui ne peut s'accomplir que bien lentement, et seulement peut-être par la ruine de l'un des deux peuples.

Cependant les regards des croyants se tournaient d'un autre côté, et ils voyaient dans Méhémet'Ali , vice-roi d'Egypte, le restaurateur futur de l'islam. Nous avons déjà parlé de ses progrès, et dit comment il avait songé à relever l'Egypte. Ce fut en despote aussi , sans s'adresser aux éléments nationaux, mais à la civilisation européenne. 11 lui fallait, pour y parvenir, n'avoir à redouter ni la violence au dehors, ni la désobéissance au dedans ; mais, en vrai Turc, il ne connaissait d'autre moyen que la force, et pour se la procurer, l'argent.

L'Egypte, cette grande vallée africaine dont le Nil a fait le plus fertile de tous les pays, est placée dans de telles conditions naturelles , que la propriété y a toujours été réglée par des systèmes particuliers. Quand l'Arabe Amrou conquit l'Egypte, peu de temps après la venue de Mahomet, les droits précédemment établis y furent maintenus , et les premières transmissions de propriété se firent moyennant une rétribution au prinee; usage qui continua sous les khalifes et les mamelouks. Séiim r% sultan ottoman, voulant abaisser les hautes classes, décréta que les terres déjà concédées par les princes appartiendraient au souverain : en conséquence, les propriétaires ( moultezim ) ne furent plus que des usufruitiers, à la mort desquels les terres faisaient retour au fisc ; mais les héritiers les rachetaient d'ordinaire à un prix fixé arbitrairement. L'usufruitier ne pouvait vendre son domaine, s'il était accablé de dettes ; le fonds retournait au fisc, qui en investissait un autre. Soliman II , en confirmant toutes ces dispositions, confia l'administration des terres à un defterdar, lequel en tint registre, sous l'inspection d'un pacha siégeant au Caire , qui donnait un firman provisoire au nouvel investi pour les propriétés du fisc, institutions conformes à la nature du pays , et qui se maintinrent par ce motif. Les terres qui appartiennent au gouvernement sont cultivées

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par des fellahs , auxquels il fournit les instruments et le bétail, en les payant à la journée ; ce sont les terres les mieux cultivées, grâce à la vigilance du maimour de chaque canton, qui en prescrit le mode de culture. Après la récolte, ce qui n'est pas destinée la consommation est livré au gouvernement à des prix fixes, et transporté par les fellahs dans les magasins établis pour chaque canton. On laisse le cultivateur disposer des céréales moyennant une rente. Les villages avaient beaucoup de terres provenant de fellahs morts sans héritiers, et de ceux qui, inhabiles à les cultiver, les cédaient pour de l'argent. D'autres, étaient affectées à des établissements publics.et à des mosquées. Les terres dont l'administration était confiée de temps immémorial aux Cophtes ne changèrent point de régime , parce que tout changement aurait préjudicié à leur intérêt et à leur réputation. Les Cophtes remplissaient aussi les fonctions de géomètres et de notaires ; mais , sur la fin du règne des mamelouks , leurs écoles furent fermées, et il fut défendu d'enseigner leur langue.

Quand Bonaparte parut en Egypte, les biens des émigrés furent confisqués , mais il respecta ceux des habitants inoffeusifs ; les impôts vexatoires furent abolis , et les biens passèrent aux héritiers , moyennant un droit d'enregistrement.

Sous Méhémet-Ali, à mesure que les mamelouks s'éteignaient, leurs propriétés passaient dans les mains du pacha, qui accorda des pensions aux moultezims survivants. Plus tard il fit rentrer au fisc les propriétés des mosquétô et des éta-f blissements publics ; il n'eut besoin pour cela que de les contraindre à produire les documents authentiques qui prouvaient la propriété. Il renouvela ainsi l'opération de l'Hébreu Joseph', se faisant Tunique propriétaire du sol , et ne laissant posséder à titre particulier que les maisons. Cependant il concéda à des particuliers certaines terres en friche, à la charge de les mettre

' Joseph , diaprés la tradition bîbli(pie^ avait conseillé au pharaon de prélever à son profit le cinquième dû prôdttit desserres pendant les années d^abondance : quand les temps de disette furent arrivés, les cultivateurs abandonnèrent le sol au roi pour obtenir du blé.

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