‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 49 sur 82 · AFFAIRES D*OBI£NT · texte numérisé non relu

AFFAIRES D*OBI£NT

tourua de son coté , et obtint de lui une indépendance plus grande encore que sous les pachas : indépendance titulaire toutefois, car en réalité il eut si bien à soUffirir de cette tyrannie rigide, qu*en 1840 il céda aux instigations des Européens , qui se> donnaient comme des libérateurs. Le Liban prit donc les armes contre les Égyptiens, ce qui coûta tant de sang et accéléra la défaite de Méhémet-Aly. L'émir Beschir attendit des temps plus favorables; mais il finit par être renversé, et se retira en Italie, puis auprès de Constantinople.

Les Turcs , dès qu'ils eurent recouvré le Liban, y exercèrent tant de barbaries, que les ambassadeurs européens s'adressèrent à la Porte pour qu'elle eût à les réprimer ; elle en tint compte comme d'habitude; elle poussa les Druses à égorger les Maronites , et multiplia ces scènes de meurtre qu'il serait juste de porter au compte de la politique européeniie. L'assassinat dépeuple impunément ces montagnes, destinées par le ciel à une si grande prospérité; et la croix n'ose se relever en présence des drapeaux européens, qui chaque fois la font retomber dans le sang.

Les autres nations gréco-slaves, soumises à ta Porte, s'agitent aussi sans repos sous ce fantôme sangu'maire qui siège à Constantinople, et sous l'influence irrésolue de la diplomatie de l'Europe'.

Les Albanais , qui combaltirent avec ardeur pour la Porte

' * Le 17 juillet 1839, le maréchal Soult, alors ministre des affaires étrangères, répondait à l'Autriche: « Tons les cabinets veulent Tintégrité et Tindépendance de la monarchie ottomane sous la dynastie régnante; tous sont disposés à faire usage de leurs moyens d^action et d'influence pour assurer le maintien de cet élément de l'équilibre européen. » Et à la diambre des pairs M. Guizot disait, le 12 janvier 1842 : K U y a parmi les chrétiens d'Orient un mouvement naturel , résultant de ce qui se passe dans le monde depuis quarante ans, et qui les porte à l'insurrection et à la séparation de Tempire ottoman. Eh bien! je le dis très- haut, nous ne poussons pas à ce mouvementlà; nous ne l'approuvons pas, nous ne l'encourageons pas. —Quand nous disons que nous voulons l'intégrité de l'empire ottoman , nous le disons sérieusement; nous le voulons au dedans et au dehors. »

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peiKJant les luttes de la Grèce , se laissèrent séduire , en 1828 , par des promesses étrangères ; mais ils se trouvèrent abandonnés à la paix. Les beys chrétiens indigènes furent détruits en 1830, ce qui permit aux rajas de respirer. Gomme le pachst d'Egypte les poussait à la révolte, pour faire une diversion, les Turcs Orent sauter tous les forts^ et ils introduisirent dans le pays ce gouvernement bâtard, appelé réforme à Gonstantinople^ En 1835, ils se soulevèrent en arborant la croix; et, comme les autres insurgés de ces eontrées, Us réclamèrent la fraternité religieuse des Grecs , et leur réunion à cet État naissant ; mais la diplomatie s'y opposa. Aujourd'hui les Albanais du nord ont une tendance vers l'Illyrie, tandis que ceux du sud se mêlent aux Grecs : tous repoussent le joug qu'ils ont porté tant de siècles en frémissant.

Les Bulgares sont aussi à la veille de se relever, maintenanlr que le Danube et la mer Noire deviennent un moyen d'agir sur l'Asie. Cette race, moins connue que les Turcs, ses maîtres^ parce que peu de gens portent leur attention fsur les vaincus, et parce que la crainte de la peste l'isole du monde civilisé, eomme les autres sujets de la Turquie , ne dépend que nominalement du synode de Constatitinople , et chaque évéque y agit de son dief; et son influence sociale ne peut qu'en souffrir. En 1812, après la guerre avec la Russie, les Bulgares furent replacés avec la Servie sous le joug ottoman. En 1821, les heiduques bulgares, s'éveiilant au bruit de la révolution grecque, coururent aux armes; Botzaris était un des leurs: mais ils ne voulurent pas combattre avec les Russes en 1828, comprenant qu'ils ne feraient que changer de maires. Ils formèrent depuis une association libérale à Tomow ; mais ils furent découverts , et massacrés. De nouvelles associations s'organisent, et le frémissement de l'indépendance s'y propage, sans rien qui puisse l'arrréter.

Toute la Bulgarie fut émue, en 1840, d'une prophétie qui lui promettait l'affranchissement. En 1841, la violence exercée sur une jeune fille souleva les Balkans; une guerre de dé vas-' tation s'ensuivit , et la Porte répandit sou or pour corrompre les lâches; beaucoup cherchèrent un refuge dans les montagne» ou en Macédoine, parmi les Klephtes grecs. Aujourd'hui les

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Bulgarcf, qui forment une population de quatre millions et demi, le ressentent fortement de .Finfluenee de la Grèee; ils sont poussés aussi par lesRusses, quivoudraient prendre pied dans leur beaupays.

Au commencement de ce siècle, le Monténégro sentit le souffle réfolntionnaire pénétrer au fond de ses ?allées; le grand vladika Pierre, qui lutta contre Napoléon, et mourut octogénaire en 1840, fit de longs efiforts pour constituer son pays. Pierre II, qui lui succéda dans la série des prêtres héros, fit des réformes dans le même esprit ; et , s'étant rendu indépendant de rAutriche et de ia Russie, il assouplit les mœtys de oe'peuple et le fit renoncer aux yengeances héréditaires , remplaçant les yengeances par des procès. Il réussit à établir l'impôt. L'Autriche s'étant refusée à faire aux Monténégrins de légitimes concessions, ils sont devenus ses ennemis, et ils inquiètent Cattaro, dont TAutriche, de peur de nuire à Trieste, n'a pas voulu développer la prospérité. .

Parmi les populations slaves soumises à la Turquie , les Bosniens seuls sont catholiques, comme les Croates, aux mouvements desquels ils s^assooient. L'impulsion, partie d'Agrane , arrive à eux par les rapports de race et de religion ; et ils ne sont jamais sourds à <^ appels. Le pays qu'ils habitent est bouleversé comme par la lave d'un volcan en éruption, et Ton prétendrait en vain déterminer comment ils se trouvent ainsi jetés, et encore moins ce qu'ils deviendront. Pour que des millions de chrétiens continuent à obéir, aux portes de FEurope et avec l'exemple de la Grèee, à une baqde armée et à un gouvernement inepte et avili , il faut la protection des cabinets européens ; or le Turc compromet cette protection par ses propres imprudences , qui font éclater à chaque instant de nouvelles insurrections. Les deux partis ennemis sont donc continuellement aux prises. Les populations gréco-slaves soupirent après le drapeau qui .flotte sur le Pirée, et qui peut«étre est destiné à réunir tout le Levant européen. Mais que de difficultés dans cette entreprise-là, où des conquêtes séculaires ont tellement mêlé les populations!

Le yiéXL Orient est devenu le point de mire de la diplomatie ;

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plusieurs fois il a été au moment de mettre aux prises les piUissances européemies : ce sont elles qui dictent an diyan ses décisions, qui décident Pélévation ou la chute des ministres de Sa Hautesse. La Russie a la griffe toujours allongée sur cette proie qui lui est désignée ; l'Angleterre cherche à s'établir sur l'isthme de Suez ^ et à acquérir une espèce de patronage sur les pachas et les émirs de Syrie, afin que l'occupation de Gonstantinople par la Russie ne soit pas toute au profit de cette puissance. EUib a même installé un éfêque anglican à Jémsalem , comme pour habituer les Orientaux à la considérer comme leur protectrice. La France, qui ne voudrait pas rester déshéritée dans ce partage , concentre ses forces dans la Méditerranée. L'Antridie a les yeux fixés sur les bouches du Danube , dont elle coBYoUte aussi les sources. Il y en a enfin qui, dans ledéchirement dereii\pire turc, entrevoient la possibilité d'un remaniement européen qui remplacerait la. division arbitraire des territoires, par Ift. démarcation naturelle des nationalité?.

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