PARIS
LIBRAIRIK DE FlRBllN DIDOT FRÈRES,
IMPBIMEURS DE L^INSTITVT , MUB i«roB, iê.
2 XJIPTBE BRITÂNNfQUK/
Ti'Angleten'c sortit victorieuse de la lutte, mais grevée de lourdes charges. Pendant le règne de George 1IT jusqu'en 1816, les revenus accumulés s'étaient élerés à 1,386 iDillioiis sterling <. Cependant on contracta une dette de 591 millionsalari ; et, quoique beaucoup de dépenses eussent été supprimées, Tintérét de la dette absorbait 42 millions de livres sterling de revenu ordinaire, sur 46. Si TAngleterre eut à souffrir , dans la première année de In paix, une disette comme jamais ellen'en avait rprouvé durant le blocus , c'est qu'elle avait cessé d'être Tunique maîtresse des mers depuis qu'elles étaient redevenues libres. Les torys ne jouirent donc pas d'un triomphe qui était leur ouvrage; des idées de réformes surgirent successivement, introduites, l'une par Canning dans les relations extérieures, une «autre par Huskisson dans la politique commerciale, et la troisième par Gray dans la constitution.
La politique anglaise est avant tout commerciale : elle consiste à accroître les produits de l'industrie , ou du moins à les soutenir, en leur ouvrant de nouveaux marchés. Cette politique engendre des traités de commerce et des conquêtes au dehors, au dedans mille problèmes à débattre entre le gouvernement et l'opposition. Cette continuelle et ardente lutte entre le patric.iat des propriétaires et la plèbe laborieuse, est pour l'homme d'État un champ d'études aussi fécond que peut l'être l'histoire de la république romaine.
I^ dynastie de Hanovre, qui dut son triomphe aux wighs, et eut contre elle d'abord l'aristocratie , favorisa le commerce. \VaIpole chercha en conséquence à dégrever les propriétés, à
» Avant 1816, la livre sterling valait 24 fr. 75; depuis, elle a été (lo 23 fr. 25. Elle se divise en 20 schellings, ceux-ci en douze pences, et un iKînny en quatre farthings. Avant 1816, la monnaie d*or se ronnptait par guinées de 26 Ir. 47; depuis 1816, par souverains de 25 fi*. 21 ; la monnaie dVgent par couronnes, l'ancienne couronne valant 6 fr. 16, la nouvelle 5 fr. 81. Le dollar, ou écu de banque, vaut 5 fr. 41 ; la livre de poids, 453 grammes. Le gallon, mesure de capacité pour les liquides, contient 3 litres 785, et 4 litres 405 pour les crains. Le pied a 0,304. Le mille est de 1,609 kilomètres; la lieue marine, de 5,592.
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étendre le négoce ; et il basa Fassiette de l'impôt sur les contributions indirectes {excise). La guerre contre Napoléon força de recourir à Vincome tax sur les revenus qui n'ont pas de capital apparent, comme les pensions et ies emplois, et à la property fax sur les revenus de capitaux mobiliers ou immobiliers, comme loyers, fermages, intérêts '. La paix rétablie, on aurait bien voulu maintenir cette eontribution ; mais le parlement s'y refusa.
Les manufactures anglaises cessèrent de fournir des armes et des vêtements à TEurope entière, où surgirent, aucontniire, des concurrents partout; et il s'établit jusque dans l'Inde des filatures et des machines à tisser. Heureusement pour l'industrie britannique, les colonies américaines, en se rendant indépendantes, vinrent lui offrir de nouveaux consommateurs ; «t l'instrument puissant de la vapeur lui pernàit d'inonder le monde de ses fers et de ses cotons *, d'occuper ainsi ses populations affamées.
Mais cette guerre retentissante que Napoléon lui avait faite, ses alliés la continuaient sourdement, en opposant lés douanes aux marchandises anglaises, et en rétablissant dans les colonies le monopole, que là guerre avait interrompu. L'empereur Alexandre lui-même fut amené, par Texemple, à « renoncer à cette libre circulation qu'il avait considérée en 1815 comme un remède aux maux de l'Europe ' , et il recourut au tarif pour protéger les intérêts de l'industrie nationale. /
Le prix élevé des denrées , au temps où le continent était fermé , avait engagé les propriétaires à des dépenses énormes sur des terrains ingrats; mais à peine commençaient-ils à rapporter, que la paix rouvrit les mers ; la valeur des denrées baissa,
' Avant 1843, en prenant la moyenne de di& années , le produit des douanes était de 587 millions et demi ; celui de Vexcise sur les objets de consommation immédiate, de 375 millions; celui du timbre, de 1 77 millions et demi ; tandis que Vincome and property tax ne don* liait alors que 12 millions.
* De 1803 à 1812, l'Angleterre en exporta annuellement pour 42 millions de livres sterling ; et pour 54, de 1815 à 1822.
^ Motifs du nouveau tarif de douanes; Annuaire àc 1822, page 317.
et de nombreux capitaux se trouvèrent compromis. Ces propriétaires firent mettre , comme remède, de lourdes taxes sur les grains étrangers, c'est-à-dire, décréter la famine; l'équilibre n'existant plus entre les besoins des consommateurs et les exigences des producteurs , ce fut le peuple qui en souffrit. Ces maux intérieurs, que la guerre avait assoupis, venant à se réveiller, le parti qui demandait la réforme du parlement, en admettant au vote tout travailleur et tout producteur, gagna du terrain ; les radicaux firent entendre tout haut que ceux qui n'avaient pas le droit au scrutin ne devaient pas être soumis à l'impôt.
Déjà la société des Spencéens conspirait dans un but de nivellement (1817); chaque ville, chaque village ouvrait un club de Hampden , dont le mot d'ordre était : Feille, et sois prêt ! Le projet des conjurés était de s'emparer de la Tour, de faire sauter les ponts de la ville, d'incendier les casernes^ et d'arriver ainsi à la réforme radicale du parlement. 11 fallut , pour les atteindre, suspendre Vhabeas corpus^ c^est'k-'dïre proclamer la loi martiale.
Un peu plus tard (août 1819) , ce n'étaient plus des conjurations, c'était la faim qui armait les prolétaires à Birmingham et à Manchester, au cri : Le suffrage universel, la ré/orme, ou la mort! Les assemblées, échauffées par Hunt et par Wolseley, se mirent partout à délibérer. Un corps de cavalerie lancé sur une de ces réunions tua un millier de personnes. H en résulta une explosion de malédictions contre le ministre Castlereagh; Hunt, délivré, fut porté en triomphe. Mais le gouvernement défendit les armes , les exercices, les écrits incendiaires ; il assujettit au timbre les journaux et les pamphlets politiques ; et TEurope s'attendit à voir l'Angleterre bouleversée.
,Le 9 janvier 1820 mourut ce vieux roi, qui, fou par intervalles, toujours faible d'esprit, avait prouvé le mérite des institutions représentatives (puisque le pays avait pu soutenir sous son règne la lutte la plus terrible et devenir la première nation du monde) ; le prince régent lui succéda sous le nom de George IV. Ce prince, qui déjà s'était fait connaître par le scandale de ses mœurs, apprêta un ignoble spectacle à ses sujets dans
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le procès qu^il intenta à la princesse de Galles, sa femme. Caroline avait affiché ses amours en Europe et en Asie. Lorsque son époux fut monté sur le tiône , elle demanda que son nom fât inséré dans la liturgie , comme reine. Ëllfi essuya un refus ; on lui proposa 50,000 livres sterling par an , pour renoncer au titre de reine et demeurer sur le continent, en la menaçant d'un procès si elle venait en Angleterre. Elle y aborda néanmoins, et le roi demanda que le mariage fût dissous, et qu'elle fût déclarée indigne de régner. L'opposition prit fait et cause pour la princesse , parce que le roi et Castlereagh l'accusaient; elle eut pour défenseurs Ganning et Brougham. Ge dernier, membre des communes, s'était fait de son esprit une arme redoutable : tantôt violent, tantôt sarcastique, il excellait à tenir la chambre en haleine des heures entières. Extrêmement actif, même hors des chambres, il était à la tête de diverses associations : dans lés meetings, il maltraitait la foule, il injuriait ses adversaires; il haranguait jusqu'à sept fois dans un jour dans des lieux différents, pour vaincre l'or par la parole.
L'appui de ce célèbre avocat vint en aide à la princesse, mais plus encore la faveur populaire. La pruderie anglaise fut outrageusement blessée par l'indécence de certaines révélations. Les jurés n'en déclarèrent pas moins que le délit n'était pas certain ; et le procureur général fut contraint de dire à Garoline : yéllez, et ne péchez plus. Les trois royaumes se livrèrent à des transports de joie, parce qu'une femme coupable restait impunie. Gependant le roi ne voulut pas l'admettre à la cérémonie du couronnement ; elle fut repoussée de Westminster, et en mourut de chagrin ( 7 août 1821). Ses funérailles furent une véritable ovation ; et George IV s'écria : f^oilà un des plus beaux jours de ma vie ' !
La mort de cette princesse comme celle de Napoléon , qui arriva presque en même teihps, furent attribuées au poison par
* Un autre procès scandaleux avait été intenté, en 1809, au duc d'York , accusé de vendre des places dans Tarmée par rintcrmédiaire de miss Clarke, sa roattressc; et, bien qu'absous à une faible majorité, il fut contraint de se démellrc du commandement en clicf.
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la multitude; ou prétendit que le gouvernement avait voulu se délivrer de ses embarras en présence de l'orage qui le menaçait Il est certain qu'alors le parti tory, tout-puissant depuis la chute de I^apoléon, dut baisser la tête devant Topinion populaire, que ce dernier débat avait enflammée.
Dans le parlement, on accusait le ministère de marcher à la remorque de la Sainte-Alliance, ce qui avait empêché, disait-ou, que, dans les révolutions survenues depuis 1820, la nation se fût montrée avec la dignité convenable. L'Angleterre, caressée par les rois tant qu'elle avait paru nécessaire pour abattre l'ennemi communie péril une fois passé, causait de l'ombrage. aux cabinets^ dont la politique était revenue à l'absolutisme. L'opinion publique voulait qu'on intervînt en Espagne en faveur d'une constitution déjà reconnue en 1812 par l'Angleterre; Grey et Brougham reprochaient au ministère de laisser écraser la liberté par une prétendue neutralité : et comme les Anglais , même les moms libéraux , n'admettent guère l'absolutisme des rois, lord Castlereagh soutint au congrès deXroppauetdeLaybach que les peuples ont le droit de régler seuls leur organisation intérieure. Mais ce ministre avait perdu sa popularité ; et lorsqu'il se donna la mort de sa propre main (9 août 1823 ), le peuple y vit un remords de s'être fait l'instrument de la Sainte-Alliance. Canning son successeur, ennemi de la démocratie , mais propagateur des idées libérales, s'efforça de rendre à son pays l'influence suprême qu'il avait perdue. 11 prit parti pour les opprimés, afin de diminuer la puissance des oppresseurs, prêt à se rallier à ceux-ci toutes les fois qu'il voyait à y gagner; il louvoya selon les événements , et non selon les principes ; il combattit en Europe ceux qu'il soutenait en Amérique , parce que tel était l'intérêt de l'Angleterre. Pitt l'avait fait entrer à vingt-deux ans au parlement (1793), où il attaqua la Révolution française et les idées qu'elle semait en Europe ; et il mérita par son habileté, sa facilité, parl'à-propos de ses réminiscences classiques, et aussi par un vif sentiment de la réalité, quelquefois par la majesté et l'énergie , d'être compté parmi les meilleurs orateurs. Les principaux actes de son ministère furent la violation de la neutralité danoise, cl son ulliance avec l'insurrection
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espagnole. On Tavait vu sortir da cabinet en 1809,. par l'effet d'une rupture avec Casûereagh, qui alla jusqu'au duel ; et il n'avait pris aucune part à la reconstruction européenne qui fut l'œuvre de ce dernier. Devenu son successeur, il chercha à di* minuer la prépondérance des monarchies absolues, à dégager son pays de leur alliance; et il opposa au triumvirat des puissances sa neutralité, tout prêt à se tourner du côté des peuples, si les rots ne renoueraient à leurs projets de surveillance sur TEurope. « A l'heure qu'il est, disait-il, une lutte ouverte ou « sourde est engagée entre l'esprit de la monarchie absolue et « celui de la pure démocratie. Aucun siècle n'offre une plus « grande ressemblance que le nôtre avec celui delà Réforme; et n l'exemple d'Elisabeth est là pour conseiller à l'Angleterre de « se mettre à la tête des nations libres contre le pouvoir arbi« « traire. Mais Elisabeth était elle-même au nombre de ceux qui « s'étaient insurgés contre l'autorité romaine, tandis que nous, « nous combattons la monarchie absolue, vaincue depuis long- «« temps dans ce pays. Prêts à porter secours aux opprimés dans « les deux partis extrêmes, il n'est pas de notre politique de « nous associer à qui que ce soit. Qu'avons-nous de commun « avec les peuples qui se soulèvent pour posséder ce dont nous « jouissons déjà depuis longtemps ? Nous observons toutes les « phases de ces querelles de la hauteur où nous sommes par- « venus , non pas avec cet égoïsme cruel qui, selon le poêle, re- « garde tranquillement du rivage ceux que bat la tempête, mais « avec un désir sincère d'apaiser, d'éclairer, de réconcilier, de « sauver : toujours en nous offrant comme exemple, et même « en y joignant au besoin nos efforts. Notre position est donc « la neutralité , non-seulement entre les nations belligéranles , n mais encore entre les principes contradictoires * . »
fndifférence égoïste, en vertu de. laquelle Canning laissa envahir l'Espagne , content d'empêcher que la Sainte- Alliance y figurât comme corps solidaire. L'opposition lui reprocha de laisser triompher sur le continent les maximes de la Sainte-Alliance, pour réagir contre la liberté anglaise et la restreindre.
' Séance du 28 avril 1823.
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I^es réfugiée» d'Espagoe et d'Italie trouvèrent sur le sol britannique protection et secours ; on réclama , on plaignit le sort de leur patrie. Canning répondait aux reproches : Pautril, parce que les Français ont occupé r Espagne, meUre le blocus devant Cadix f Non, jamais ! J'ai cherché une compensation dans un autre hémisphère. Si la France occupe l'Espagne, je n^ai pas voulu que ceftA avec les Indes ; et fai appelé le nouveau monde à C existence, pour rétablir l'ancien équilibre.
Ku effet, r Angleterre grandit avec ce système, qui était d'accord avec les convoitises de son commerce. En Amérique, les nouveaux États, devenus libres, ouvrirent un vaste champ à la spéculation^ que les canaux et les chemins de fer élargirent encore plus tard. Dans l'Inde, les Anglais entamèrent, avec les Birmans et les Mahrattes, des hostilités qui devaient aboutir à la conquête du pays tout entier.
Les opérations de bourse en Angleterre passaient toujours aux yeux du public pour une espèce d'usure. En 1802, quand l3S énormes emprunts contractés par le gouvernement vinrent donner à ce Jeu une extension nouvelle , on construisit un vaste palais, où il fut établi des règlements et tout un cérémonial d'admission ; ce fut le centre d'une société politique , toute-puissante dans les affaires de l'Europe, qui ne put entreprendre aucune opération financière sans consulter la bourse de Londres. Le système des emprunts remonte à Guillaume de Massau, qui l'avait appris en Hollande, et qui emprunta, pour fonder la banque, 1,200,000 livres sterling à huit pour cent, et se trouva avoir contracté» de 1688 à 1702, une dette de 44,100,795 livres sterling. Une des deux compagnies des Indes offrit au gouvernement 2 millions de livres sterling à huit pour cent, à la condition que le capital serait remboursé avant 1711, condition qui ne fut pas remplie. Le chancelier Montaigu imagina en 1(>9() les billets de l'échiquier, de 20 livres sterling, qui devaient être reçus dans le payement de l'impôt, et qui, ne pouvant ensuite être remboursés, furent consolidés ù six pour cent. Ce fut l'origine de la dette publique consolidée. Les opérations financières se multiplièrent tellement sous la reine Anne, que la dette s'éleva à GO millions sterling, tandis que le revenu ne de-
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passait pas 62 millions. George P*", sous le règne duquel il s'éleva à 80 millions, réduisit la dette à 52, grâce aux moyens d'économie qui furent alors pratiqués ; mais, à la paix d'Aix-la- Chapelle, elle était remontée à 76 millions, et, lors de la guerre du Canada, à 160. Plus de 503 millions sterling vinrent s'ajouter à la dette dans les quinze premières années du siècle, si bien qu'à la paix de Paris elle s'élevait à 864,822,454 livres sterling. On profita de l'abondance des capitaux pour convertir le cinq pour cent en quatre, puis le quatre en trois et demi ; et, plus tard en trois. Aujourd'hui le capital consolidé, évalué en francs, s'élève à près de 19 milliards, dont la rente est de plus de 642 millions.
La banque étant devenue une annexe du gouvernement, grâce 5 la communauté d'intérêts, le ministère put, en s'entendant avec elle, étendre ses propres opérations. Elle augmienta ses bénéfices à mesure que la dette s'accrut ; si bien que, depuis sa fondation jusqu'en 1790, les actionnaires se partagèrent 51,546,666 livres sterling; en 1782, son capital s'élevait à 8,900,000 livres sterling, et en 1816 à 14,955,000. Pendant les guerres de l'em^ pire, le gouvernement emprunta toute la réserve métallique de cet établissement ; son crédit chancela bientôt, et les demandes de remboursement se multiplièrent à tel point, que la banque ne se trouva plus en mesure de les satisfaire. Le cabinet alors assuma une grave responsabilité, en autorisant la banque a suspendre ses payements^ et à donner cours forcé a ses billets. Le papier remplaça donc tout à fait les métaux précieux qui avaient passé sur le continent. La banque, contrainte de faire de nouveaux prêts, fut forcée d'émettre d'autre papier, ce qui fit hausser le prix de tous les objets. Au retour de la paix, la banque s'appliqua avec prudence à relever la valeur de ses billets dépréciés; mais ce ne fut qu'en 1819 qu'elle reprit les payements en numéraire et limita l'émission du papier-monnaie.
La convoitise a changé de formes en Angleterre , selon les temps. A l'époque guerrière, elle s'emparait , le fer en main, des biens des vaincus. Lors de ^a réforme, elle se substitua aux moines oisifs; elle exploita ensuite les colonies de l'Amérique, puis elle s'élança sur les Indes. La conquête de l'Asie
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une fois consommée, elle s'y transforma en nabab ; elle fit le métier de contrebandier pendant la guerre contre Napoléon ; après sa chute, elle spécula sur les actions et sur Tagiotage. Elle s'intéressa, pour des sommes considérables, dans les emprunts des nouvelles républiques d'Amérique, dans ceux de la Grèce et de Naples, dans des exploitations de mines ; deux cent soixantetreize compagnies s'étaient constituées pour la pèche , pour la navigation, la culture, pour des fabriques, des constructions, des routes, des pêcheries, des canaux, des distributions de gaz, d'eau , de lait. Quatre milliards ainsi employés obligèrent à émettre du papier en abondance , et il en résulta une aisance apparente ; mais elle était artificielle, et la disette de numéraire ne tarda pas à se ûdre sentir ; les porteurs de billets demandèrent à les réaliser, et de là la baisse des fonds, la diminution des fermages, la clôture des ateliers, et l'ébranlement du crédit. Nous ne dirons pas les expédients mis en œuvre pour conjurer cette panique. Une seule maison paya 1,700,000 livres sterling, et finit pourtant par tomber. La monnaie ne cessa pendant [dusieurs semaioes de frapper des espèces , avec la rapidité qui résulte des machines. La chute de la maison Goldsmith,qui avait fait les emprunts pour trois républiques américaines, en amena la déprécia-, tion. On prétend qu'il y eut alors deux mille faillites, c'est-à-dire i plus que dans les trente années précédentes. Des milliers d'où*, vriers restèrent sans travail ; le salaire fut diminué. La fureur des basses classes se déchaîna contre les machines à tisser, et la charité publique dut s'imposer d'immenses sacrifices.
Cette crise , dont le monde entier se ressentit , fut attribuée à la trop grande extension du crédit , aux spéculations exagérées, soit en importations, soit en exportations, surtout dans l'Amérique méridionale ; à la transition rapide d'une guerre universelle qui assurait le monopole à l'Angleterre; à une paix qui lui suscitait une concurrence universelle ; enfin aux prohibitions qui détournèrent les capitaux de leur destination naturelle.
Pour apporter remède au mal , le ministère fit supprimer les billets d'une livre sterling, émis par les banques provinciale^s;
lliesci furent consolidées par l'institution, dans les provinces,
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de banques dépendantes de celle de Londres. Ln banque royale mit 3 millions sterling à la disposition des manufacturiers, à raison de cinq pour cent , avec caution ; ou facilita l'introduction des blés étrangers, ainsi que l'émigration; et peu à peu se releva le crédit!
Le 29 août 1833 , un nouveau statut fut donné à la banque ; son capital est aujourd'hui de 350 millions de francs , le fonds de réserve compris , et elle a onze succursales dans les villes manufacturières. Elle prête ce capital à l'État ; elle^émet le papier-monnaie destiné à faciliter les affaires au public, elle offre aux capitaux ses caisses, comme lieu de dépôt; puis elle remplit en outre différents services de finance , tel que celui de caisse centrale du trésor et de la dette, service qui lui vaut par an 6,200,000 francs. Ses escomptes sont^ assez limités, et à un taux élevé : mais elle émet beaucoup de papier qui a cours forcé.
Cet établissement est sans concurrence dans un rayon de cent cinq kilomètres; hors de cette limite, plusieurs banques et même de simples banquiers ont la faculté d'émission. Mais la crise de 1836 en a montré les inconvénients, attendu que, lorsque la banque juge à propos de diminuer l'émission, les autres agissent en sens contraire. En 1844, le parlement voulut y remédier; et Robert Peel soutint que l'émission des billets ^ait un droit régalien, comme celui de battre monnaie ; qu'il ne pouvait appartenir qu'à la banque, à qui on l'avait concédé; qu'il faudrait néanmoins distinguer en elle deux établissements : l'un agissant simplement comme banquier, l'autre émettant des billets , mais seulement pour la valeur du capital prêté au gouvernement. 11 tut interdit de créer des banques nouvelles , mais on n'osa toucher à celles qui existaient ; on limita l'obligation des actionnaires à leur souscription personnelle , en les astreignant à publier leurs comptes chaque semaine et à restreindre leurs émissions ; et en les menaçant de leur enlever ce dernier privilège, on les amena à entrer en arrangement avec la banque. C'est là encore un pas vers la centralisation administrative.
Des maux d'une nature bien plus grave accablent l'Irlande , ce royaume de la misère, où l'ancienne race endure, avec l'apparence d'un gouvernement libre, une servitude inhumaine sous
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l'influeDce d'une poignée de conquérants. En effet , c^est à titre de conquérants et comme protestants que les Anglais possèdent les propriétés; si bien que, de 1640 à 1788, un indigène ne put posséder des terres. Comme les Irlandais expropriés luttaient résolument contre les nouveaux maîtres, ceux-ci, n'osant, pour leur sûreté, habiter le pays, louèrent leurs terres à des spéculateurs, qui les affermèrent , avec le droit de les sous-diviser encore. Il en résulta un morcellement qui rendit extrême^ ment précaires et la récolte et la subsistance d'une population entière.
Tout le territoire appartient donc aux fils des conquérants {landrlords)^ qui résident ailleurs. Des étrangers et protestants y rendent la justice ; d'avides entrepreneurs exploitent la ihmine, qui s*y renouvelle cliaque année. Il ne reste aux vaincus d'autre ressource que de labourer la terre; et ils n'ont pas, comme en Angleterre, le commerce et de l'industrie, pour pénétrer dans la société aristocratique. Aussi voit-on là des friches immenses à côté de jardins les mieux entretenus; des châteaux magnifiques, au milieu de huttes et de véritables tanières. Le peuple reste sans instruction ; il n'y a de routes que d'un château à l'autre. Des pommes de terre d'une espèce grossière , d'un transport difficile, et qui se gardent peu, sont l'unique aliment du malheureux Irlandais; d'informes haillons sont tout son vêtement , et il n'a pour abri qu'une hutte de paille : souffrances augmentées par le spectacle du luxe et de toutes les jouissances, et dans un pays où tout parle de droits et de liberté. On prit d'abord pour un roman , pour un amas d'exagérations , les dix volumes in-folio que publia la commission de 1835, ce récit interminable d'une série de maux variés à l'infini.
Le gouvernement anglais , à Tépoque de la réforme , avait .nommé, aux trente-deux diocèses et aux treize cent quatre-vingtcinq bénéfices qui existaient en Irlande , des évéques et des chanoines anglicans. Gomme les catholiques ne voulurent pas accepter leur direction , il en résulta que chaque siège et chaque paroisse eurent deux titulaires : le ministre protestant , riche , heureux , entouré d'une nombreuse famille , mais bien souvent
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ne trouvant pas dans \e peuple un seul paroissien ; et le curé catholique , languissant dans Findigence comme tout son troupeau, et qui n'a pour subsister que les aumônes de gens qui manquent de pain. Chose étrange que d'avoir pu conserver la religion et la nationalité attaquées , poursuivies comme elles le sont jusque dans le foyer de la famille et dans les replis de la conscience !
D'après Tenquéte faite en 1832 , sur les sept millions d'habitants que contient llle, cinq millions sept cent cinquante mille étaient catholiques , cinq cent mille anglicans , cinq cent mille presbytériens, et deux cent cinquante mille protestants dissidents. L'Église officielle y percevait plus de sept cent mille livres sterling de dîmes ; de plus, la couronne nommait à six cent quatre-vingt-quatre bénéfices, et cinq cents bénéficiers au moins ne résidaient pas dans le pays.
En résumé , il y a en Irlande six millions de pauvres, à tel point que celui qui peut manger trois fois par jour des pommes de terre de qualité inférieure est réputé à son aise , et que trois millions d'entre eux sont , pendant trois ou quatre mois chaque année , exposés à mourir de faim , depuis le moment où ces tubercules viennent à se gâter, jusqu'à la récolte nouvelle. Que les publicistes nous expliquent comment les mêmes institutions ont produit des fruits si différents dans les deux pays ; comment il en est résulté chez l'un la dignité légale jusque dans l'homme qui meurt de faim ; chez l'autre, ce dernier degré de la misère où l'homme cesse de lutter contre le malheur, et se résigne i la malpropreté , au vice, à l'avilissement et, à la bestialité.
La malheureuse Irlande se venge de l'Angleterre en versant sur elle ses flots de mendiants ][ui offrent leurs bras à meilleur marché que l'ouvrier anglais ; c'est le châtiment de l'injustice ' I
' (c Les Irlandais ont donné une funeste leçon aux classes iaborienses de r Angleterre... Ils leur ont enseigné à limiter leurs besoins an strict entretien de la vie animale, et de se contenter, comme les sauvages, du moindre des moyens qui suffisent à prolonger la vie... Instruites du fatal secret de subsister avec le nécessaire animal, tes familles laborieuses,
: I EMPIBE BBITANNIQUE.
I^ faction orangiste n'en continue pas moins de célébrer tous les ans avec solennité l'anniversaire de la bataille de la Boyne, qui fut le dernier soupir de l'Irlande, aigrissant ainsi les haines d'un peuple humilié et affamé , qui n'a pas encore pardonné à ses vainqueurs.
Nous avons vu comment Pitt entreprit de réduire le royaume à l'unité, en enlevant à l'Irlande son parlement (1800). Par là elle redevint tranquille , c'est-à-dire que la tyrannie des riches sur les pauvres , des protestants sur les catholiques , y fut affer^mie. L'Angleterre avait promis alors d'abroger les lois qui frappaient les catholiques d'incapacité civile; mais elle ne tint pas sa promesse , et le pays se plaignait en vain que le commerce des colonies tournât exclusivement au profit de l'tle domioatrioe, tandis que l'Irlande n'en recueillait aucun avantage pour son agriculture. L'exaspération des Irlandais leur fit prêter l'oreille aux sollicitations de la république française et de Napoléon; mais le mauvais succès de leurs efforts empira leur condition , et les orangistes se réunirent pour résister à ceux qui voulaient troubler une oppression à laquelle ils donnaient le nom de paix. Castlcreagh , nommé secrétaire général de l'Irlande , réprima avec vigueur et inflexibilité les petits mouvements qui y éclatèrent encore , de telle sorte que l'on put enfin proclamer une amnistie. Mais après la paix les plaintes se renouvelèrent, corn* pliquées de la question religieuse.
Les Irlandais , reconnaissant, par expérience, que toute action directe ou indirecte du gouvernement dans la nomination des évêques est nuisible à la religion , s'abstenaient des assemblées électives.
Le pape consentit que la liste des candidats proposés fût présentée au gouvernement, et qu'il en pût effacer ceux qui ne lui conviendraient pas. Ce qui le décidait à cette concession, c'était
cédant en partie à la néccssifë, en partie à Texemple, ont perdu ce loaable orgueil qui les poussait à meubler convenablement leurs mai- MtiB , à multiplier autour dViles ces commodités décentes qui contri- Iment au bonheur. ». Docteur Kay, De la condition des classes labolieuses dans les vunuifacfurcs de colon de. Manchester.
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l'espoir d'obtenir l'émancipation des catholiques et l'abolition des lois pénales ; mais quand le parlement fut saisi de ces questions , il les rejeta. La longue patience des Irlandais était à bout; ils devinrent furieux, se réunirent en bandes armées; les arrestations, les châtiments ne firent qu'augmenter la résistance. On ne rêva plus seulement de se maintenir dans la grande unité catholique, mais de se séparer de l'Angleterre , et de se constituer en république , selon les idées qui avaient cours alors ; les white-boys ( c'est le nom que se donnaient les contumaces ) se répandirent au nombre de quatre ou cinq mille , dévastant et brûlant les maisons des protestants ( 1829 ). L'Irlande alors fut mise hors la loi , et tout habitant rencontré hors de son domicile avant le lever ou après le coucher du soleil , coûtait le risque de se voir déporté pour sept ans.
Les voies légales devaient mieux réussir à l'Irlande que les insurrections ; et elle se mit à reclamer l'émancipation des catholiques au moyen de la presse , des pétitions et des associations. Il s'était constitué, depuis 1810, une association calhoHque , dans le but de diriger les efforts nationaux; son pi'emier chef fut un ouvrier en soie, JeanKeogh ; et après lui vintO'Connell, l'un des hommes les plus extraordinaires de. ce pays. Avocat des plus experts , il exaltait à fouiller dans l'énorme amas de lois britanniques, cet arsenal d'une tyrannie fondée sur la loi. Déclamateur bruyant , agitateur infatigable, rustique aussi bien que courtisan, il n'était pas moins capable de s'élever -aux accents les plus nobles que de vociférer dans des tavernes. Dans le même jour on le voyait figurer dans des lieux très-éloignés, diriger des élections, faire nommer celuici, exclure celui-là, toucher la main calleuse du manant comnie celle du vice-roi ; il allait s'agenouiller devant la reine lorsqu'elle visitait l'Angleterre. Ayant tué en duel un adversaire qui l'avait provoqué, il fit serment de ne plus accepter aucun cartel ; ce qui le mit à l'aise pour dénigrer et insulter ses adversaires. Caressant et impétueux , grossier et pathétique , raisonneur et inspiré , il soulevait et maîtrisait les passions populaires, bravant l'opinion comme le pouvoir. liCS violences que Tindignation semblait lui arracher étaient calculées d'avance ; il mesuraitdc sang-froid jusqu'où il pouvait pousser, sans la compromettre, le peu d'indépea-
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dance qui restait à son pays , et qu'il voulait obtenir complète. Il parlait, il écrivait, il imprimait, il intriguait, associant des idées qui semblaient incompatibles , Pinsurrection constitutionnelle et l'agitation réglée. Pour trouver quelqu'un à comparer au grand agitateur^ il faut se reporter à ces mâles époques où un Pierre l'Ermite, un saint Bernard, un saint Antoine dé Padoue, entraînaient à leur suite des cent mille auditeurs.
Sous sa gouverne, l'association catholique se fortifia ; elle eut ses magistrats, son trésor, ses journaux; elle scruta tous les actes du gouvernement britannique. Grâce à son autorité morale, elle fit sortir l'ordre de son propre désordre; dissoute y elle se reconstitua sous une autre forme. Sa hardiesse s'accrut, et elle ne demanda plus seulement l'émancipation des catholiques, mais la séparation des deux pays, le rappel de l'union (repedl), EUe répartit les affaires entre trois comités particuliers, perçut des contributions dans chaque paroisse par l'intermédiaire des curés, sous la surveillance des évêques, et concentra les plaintes et les vœux des Irlandais, pour les faire parvenir jusqu'au trône. Mais six millions d'opprimés ne se réunissaient pas sans faire trembler le sol, et le soufre qui remuait la Grèce et l'Amérique du sud se faisait aussi sentir parmi eux.
Un bill de répression fut alors proposé au parlement (182G) ; on voulait frapper l'agitation au lieu d'en détruire les causes, l'oppression des catholiques. Canning, poussé par l'opinion, devint alors chef du cabinet ; les libéraux l'emportèrent, et les catholiques espérèrent recouvrer leurs droits politiques, surtout depuis la mort du duc d'York, héritier présomptif de la couronne, et leur adversaire implacable. Mais Canning lui-même, étant venu à mourir (8 août 1827), fut remplacé par un ministère composé de torys et de whigs , Wellington et Robert Peel, qui dominait la chambre des communes, s'étant entendus. L'émancipation des catholiques fut repoussée. Ce fut alors qu'un siège au parlement étant devenu vacant , O'Connell s'y fit élire lui-même (juillet 1828), avec des démonstrations populaires qu'un gouvernement libre ue saurait dédaigner. Les débats engagés sur cette élection firent connaître à rirlande ses propres ïbrces. O'Connell, qui d(\jà avait expose aux communes, dans un
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admirable discours, les misères de rirlande, réclama alors l'émancipation parlementaire de son pays. II éleva la voix, il tonna tant qu*il put ; mais il ne s'associa pas avec les radicaux du parlement, parce qu'il réclamait la séparation législative : « Savezvous, s'écriait-il, ce que signifie le cri de justice pour l'Irlande ? D'abord l'abolition totale de la rente féodale qui sert à payer les dîmes; la protection de l'industrie irlandaise ; la stabilité des baux, de manière à encourager l'agriculture, et à assurer au fermier un profit équitable pour son travail et pour son capital ; une représentation complète du peuple dans la chambre des communes, par la plus grande extension possible du droit de suffrage, et l'établissement du scrutin secret ; l'abolition ou une. réforme radicale de la loi des pauvres ; enfin le rappel de l'union, qui est l'unique moyen d'obtenir Iç reste '. »
Ses adversaires s'effrayèrent de ces menaces : des contre-associations se formèrent ; dn vit les loges orangistes et des clubs brunswickois se cotiser pour solder l'élection des protestants.
Depuis longtemps le parlement était divisé en deux camps hostiles sur cette question; qui était devenue comme un brandon de
' Tous les avantages qu'O'Conoeli se promettait du rappel de Tunion sont énuniérés dans une lettre de janvier 1843, adressée à ses compatriotes :
« Nous nous administrerons nous-mêmes : la conscience sera libre , la religion de môme ; l'enseignement sera libre , et s'étendra à toutes les classes; la presse sera libre; nous aurons un système de fermage fixe et déterminé; notre dette publique sera réduite aux proportions primitives ; les manufactures irlandaises deviendront prospères et même supérieures; on verra les impêts diminuer, et ils ne pèseront que sur les produits exotiques que notre patrie ne fournit pas. On abolira en* tièrement Todieuse dtme; les impôts extraordinaires , qui s'élèvent jusqu'à 2 millions de livres sterling, ne seront plus une prime offerte par rirlande à l'ambition de TAngleterre, et celle-ci ne nous contraindra plus à payer pour soutenir des guerres auxquelles elle nous oblige à prendre part. Quatre millions de livres sterling, qu'on lève aujourdliui en Irlande pour les dépenser en Angleterre pu au dehors , resteront dans le pays pour salarier nos ouvriers , encourager nos manufactures, étendre notre commerce. »
O'Connell mourut à Genève en mai 1847.
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guerre civile. Les torys, voyant qu'ils ne réussiraient pas à étouffer ce germe de discorde, et que mieux valait accorder législativement Témancipation que de se la laisser arracher par la ré- 'volte, voulurent en enlever l'honneur aux whigs : eu conséquence, elle fut proposée par Peelet Wellington (mars 1829). Fut reconnu électeur et éligible tout cathoUque qui jurerait fidélité au roi et à la ligne protestante; qui s'engagerait par serment à ne pas travailler contre TÉglise étabtie ; à ne plus regarder les rois excômmuniés-comme pouvant être licitement déposés ou tués ; et à renoncer à cette croyance qu'aucune juridiction temporelle ou civile appartînt au pape dans le royaume. Tout catholique était déclaré admissible aux emplois civils ou militaires, sauf quelques hautes fonctions. Ib étaient néanmoins exclus de toute dif:nité ou fonction dans les Églises d'Angleterre et d'Ecosse, dans les cours de judicature et les universités.
La chambre des communes était toute disposée à voter ces mesures ; les lords cédèrent ensuite, après avoir longtemps résisté. Cependant ils élevèrent le cens électoral, de 40 sehellings h 10 livres steriing. Ce coup, habilement calculé, enlevait le droit de suffrage à la foule des paysans, qui auraient voté sous rinfluence du clergé. Les Irlandais se plaignirent qu'on n'avait pas fait assez; les protestants, de ce que l'on avait fait trop. Wellington, accusé d'avoir cherché par l'émancipation une popularité dangereuse, et compromis la haute Église et la constitution de 1688, se vit forcé de se battre en duel avec le comte de Winchelsea.
C'était folie de croire que l'émancipation dût guérir tant de plaies fpar enchantement. Un grand pas était fait; mais l'injustice primitive continuait de subsister en Irlande, où elle est peut-être ineffaçable à moins d'une seconde expropriation. Les land-lords cherchent à améUorer la condition des paysans et des fermiers; ils tâchent de remédier h cette subdivision sans On. Mais il est fort difficile de mettre d'accord deux races hostiles : les manufactures , les chemins de fer, ou autres progrès matériels, les grandes villes, la propreté et toutes les aises de la vie, la fondation d'écoles, la défense de contracter des mariages précoces et de se livrer à la mendicité, ce n'est point dans toutes ces
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choses que p^t consister le remède : il ne consiste point, en un mot, à transformer les Irlandais en Anglais, quand le mal gtt précisément dans cette prétention. On agit sur l'Anglais par la tête, en flattant chez lui l'ambition, les idées libérales, Famour du confortable. L'Irlandais suit les élans de son coeur; il a besoin de croire à une idée, à un homme, et de s'y abandonner sans réflexion. Il faudrait que le propriétaire crût avoir non* seulement des droits, mais des devoirs ; qu'il habitât au milieu des paysans >, qu'il les disciplinât, qu'il Ait pour eux un père ; tandis qu'au contraire il est aussi éloigné d'eux par la différence de religion et de langue que par sa résidence habituelle en Angle* terre. Voilà pourquoi, après avoir obtenu l'émandpation, les Irlandais réclamèrent le rappel^ c^est-à-dire qu'on restituât à l'Irlande son parlement distinct.
L'émancipation catholique avait rendu les torys soupçonneux envers le ministère ; les whigs le soutenai^it, mais seulement autant qu'il le fallait pour le faire subsister, et se conserver une part du pouvoir. George lY mourut ( 26 juin 1830) un peu avant la révolution de Juillet; et Wellington, qu'on avait cru le seul capable de refréner les caprices de ce prince et sa condescendance pour ses favoris , semblait devenir moins nécessaire. Cependant Guillaume lY , qui prit la couronne à l'âge de soixantequinze ans , conserva ce cabinet. Les whigs alors passèrent dans l'opposition ; déjà elle avait rejeté le budget, qui présentait un déficit de 560,000 livres sterling, et en exigeant que les traitements fussent réduits, et surtout que la représentation du pays dans la chambre élective fût répartie plus également.
La réforme parlementaire avait, en 1790i été appuyée par Pitt
' Nortbon, dans son ouvrage sur Tlrlande, attribue Içs maux du pays à Tabsence des propriétaires. Selon lui, Ttle rend 400 OHllions de francs : 100 millions forment le revenu des propriétaires absents; 37 millions et demi, celui du clergé, dont plus delà moitié ne réside pas ; 122 et demi passent en taxes et en dîmes; Tarmée en absorbe 32, pour maintenir l'ordre dans le pays. 11 resle ainsi par jour, à six millions (Diabitants, 35 centimes par tôte. Los inégatilcs inévitables d'nno pareille répartition ne laissent au plus grand nombre que la misère.
lui-même, qui TabandoDua ensuite quaud la peur inspirée par la révolution française eut fait prévaloir les conservateurs torys. Ces torys tremblaient de voir toucher à ce vieil ^iûce, auquel Saxons, Normands, catholiques , protestants , Hanovriens, la liberté et la tyrannie avaient ajouté quelque pierre, et dont on avatit surchargé les fondements an point qu'il était facile de Tébranler. Les libéraux croyaient qu'il fallait le saper par la base , en respectant la représentation nationale , mais la régénérant par desl ' élections libres, pures de corruption, et faites au scrutin.
Les anciens droits , comme il arrive toujours, s-étaieut accuroulés et répartis d -une manière absurde ; les avantages accordés aux comtés, à Tépoque de leur réunion , avaient rendu différents pour chacun d'eux le nombre des votes et les conditions d'éligibilité. On avait essayé en t801 de régulariser ce chaos, en fixant à six cent cinquante-huit le nombre des députés; quatrevingt-quatre pour les comtés d'Angleterre^ vingt-cinq pour les grandes villes , cent soixante-douze pour les bourgs , huit pour les ports de mer, quatre pour les universités de Cambrigdé et d'Oxford, vingt-quatre aux comtés et aux villes du pays de Galles, trente aux comtés et soixante- cinq aux villes et bourgs d'Ecosse, cent à l'Irlande. Outre la très-grande inégalité de cette répartition, beaucoup de localités autrefois très-peuplées se trouvaient réduites à rien, tandis que de faibles villages, devenus des villes très-populeuses,, restaient sans représentants. Edimbourg n'avait, sur une population de cent mille âmes, qu'un seul député, nommé par trente-trois électeurs ; tandis que certains lords , seigneurs de bourgs pourris {rotten-borough) , disposaient de beaucoup de sièges au parlement : un mur en ruine y envoyait un représentant, un* petit coteau en avait deux. Le duc de Norfolk faisait nommer onze députes ; les ducs de Rutliland et de Newcastle, sept ; cent quarante-quatre pairs et cent vingt-quatre gros propriétaires avaient dans leurs mains l'élection de quatre cent soixante et onze députés. Enfin, trois cent trente membres de la chambre des communes étaient élus par quinze mille électeurs, et la majorité leur était ainsi assurée au milieu de celte prétendue représentation du pays.
L'aristocratie était donc arrivée à inféoder la députalion dans
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mains , et elle en faisait Tapanage des cadets. Ces bourgs poarris se donnaient en dot, et se transmettaient par héritage. Gelai de Gatton fut, en 1795, vendu 2,750,000 francs ; ainsi un si^e dans le parlement s'achetait comme un immeuble. Les seigneurs en' usèrent parfois pour faire arriver d'emblée à la chambre des sujets qui sont devenus plus tard des hommes d'État illustres. Mais était-il possible de dire que la nation y fût représentée ? Le pays voulait qu'un pareil système fût remanié, de telle sorte que la représentation se trouvât réelle.
A l'ouverture du nouveau parlement (2 novembre 1830 ), élu sous l'influence de Ja révolution de Juillet, le mécontentement éclata au point que Ton reconnut que la question de la réforme ne pouvait être déclinée plus longtemps ; l'effervescence |M)pulaire se manifesta par des incendies. De nombreux pamphlets excitaient Londres à imiter Paris; on reprochait aux ministres d'avoir imaginé un complot pour s'entourer de baïonnettes. Wellington, en butte aux huées et poursuivi à coups de pierres, céda le portefeuille aux whigs ; et lord Grey, qui lui succéda, prit pour chancelier Brougham , chef de l'opposition, et composa son cabinet avec des hommes d'opinions diverses. Lord Riissell, qui avait proposé dès 1819 la réforme parlementaire, lut alors dans le parlement un bill tout à fait radical. Tout bourg au-dessous de mille habitants perdait la représentation , ce qui excluait cent soixante-dix -huit membres; elle était attribuée au contraire à vingt-sept villes, et à quelques nouveaux quartiers de Londres. Le nombre des députés devait être, proportionné à l'impôt des terres , et surtout à celui des maisons ; cinq cent mille nouveaux électeurs devaient en outre s'ajouter aux anciens , et le nombre des députés devait être réduit. 1 L'opposition tory, non moins forte que brillante , retarda le triomphe de ses adversaires ; mais l'émotion croissante démontrait qu'on ne voulait plus s'arrêter. Les assemblées politiques se répandaient des villes dans les campagnes : on parlait de droits de l'homme , de suffrage universel , de l'abolition de la pairie et de tous les privilèges héréditaires ; il fut question de refuser les subsides à la couronne. Qn préparait des drapeaux tricolores, et des soulèvements éclataient siu* divers points. Il fallut
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assiéger Bristol ; à Londres , quatre-vingt mille personnes accompagnèrent le lord maire lorsqu'il alla supplier le roi de donner son appui à la réforme. L'Irlande réclamait d'une ?oix plus puissante un parlement à elle, et le droit de s'administriBr sous le patronage de la couronne d'Angleterre. O'Connell, secondé par Shiel, parcourait le pays en répétant partout la fable du savetier, qui prétendait savoir faire des souliers parce que son père les raccommodait passablement. Les Irlandais refusèrent la dîme, et désarmèrent les soldats qui venaient en exiger le payement. On mit en vente les meubles des récalcitrants, et il ne se présenta point d'acheteurs. Ceux qui se hasardaient à couvrir l'enchère voyaient leur maison saccagée ou brûlée. A cela vint se joindre le choléra. Il fut terrible dans des ville? populeuses et pauvres comme celles de l'Irlande, où la basse classe, irritée et superstitieuse, y voyait le résultat de trames ou de vengeances particulières, plutôt que le doigt de Dieu.
Dans la session qui suivit (6 décembre 1831 ), lord Russell proposa, pour la seconde fois , le bill modifié dans quelques-^ unes de ses parties ; et, malgré les chicanes des torys, qui cherchaient à gagner du temps, il finit par l'emporter. Deux autres bills suivirent, relatifs aux élections d'Ecosse et d'Irlande, et au rachat des dîmes dans ce dernier pays ; mais cela n'empêcha pas le sang d'y couler encore.
Telle fut cette réforme parlementaire, si applaudie et si accusée, parce qu'il n'y a pas d'abus où ne se trouve quelque parcelle de bien. La représentation restait encore inégalement partagée, puisqu'il y avait en Angleterre un député par vingt-huit mille âmes, en Ecosse par trente mille, en Irlande par soixanteseize mille. Les whigs, eux aussi, étaient aristocrates et propriétaires; et ce serait s'abuser que de considérer comme démocratique une réforme qui ne faisait qu'étendre le droit sur un plus grand nombre de bourgs, en passant de l'oligarchie à l'aristocratie, sans que l'influence sur les élections sortît de la classe des grands propriétaires. Ceux-ci parvinrent même dans les années suivantes, par leur tactique habile, à recouvrer à peu près ce quMIs avaient perdu. D'abord ils éludèrent en grande partie l'effet de la loi nouvelle par deux dispositions qui semblaient
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OU pea importantes, ou favorables aux intérêts populaires, savoir : le maintien du vote aux membres des corporations, et ce droit aux tenanciers payant un loyer de 1,250 fr.. dans les comtés, ou de 250 dans les villes. Le nombre des petits votants ainsi augmenté, la corruption et Tintimidation eurent beau jeu. Le riebe put se créer une masse de suffrages en diminuant les lo} ers parmi les gens de sa dépendance. Il est tel propriétaire de quartiers entiers, dont les locataires seraient le Icaidemain sur le pavé, 8*ils ne votaient pas pour lui.
Ce fut une véritable guerre de force, de ruse, de terreur,, de bavardages, de promesses, qui se livra dans les quinze jours qui furent consacrés aux inscriptions électorales ; et Ton nesaur mit dire à quels artifices , à quelles violences on avait recours pour écarter ses adversaires * . Mais trop de gens avaient intérêt à s'opposer à tout remède efficace.
Aujoord'bui la constitution anglaise repose donc sur un roi inviolable, avec des ministres responsables; quiconque est domicilié en Angleterre et paye le loyer indiqué plus haut est électeur; les électeurs réunis aux représentants des villes et des comtés nomment les membres de la chambre des communes, au nombre de six cent cinquante, dont cent cinq pour Flrlande et quarante-cinq pour TÉcosse.
Sur les quatre cent dix- huit lords que compte actuellement la chambre haute il y a trente évéques, et quarante-huit appartiennent tant à TÉcosse qu'à Tlrlande. (Test un corps tout à fait aristocratique, comme Test aussi en grande partie la chambre des communes >. Il est vrai que cette aristocratie territoriale protège le&intéréts agricoles , et que , s'appliquant de bonne
' Roebuck fit, en 1842 , une motion contre la vénalité des élections ; et les exemples de trafic de vente, en gros et en détail, qui furent alors dévoilés, sont des révélations on ne peut plus curieuses sur cette société tout à lait à part.
* En- 1842, tandis qu'une grande agitation régnait dans les districts manufacturiers, on demanda que la reine convoquât le parlement en novembre. Comment donc ? s'écria sir James Graham , ministre de rinténeur ; ma j« novembre est lajaison de la chasse auge faisans!
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Iipure aux affaires, elle perd la fatuité insolente qui distingue ailleurs Paristocratie. Disons en outre que la pairie , qui confère cette haute |M)sition, apanage de la naissance en ti'autres pays, peut se conquérir en Angleterre par le mérite. La couronne a la faculté de créer autant de pairs qu'il lui convient, tandis qu'elle ne peut créer un seul bourg.
Le pouvoir judiciaire est exercé par douze juges , qui font chacun quatre tournées par an , en tenant les assises dans la circonscription qui leur est assignée. L'un d'entre eux préside le jury , qui décide seulement les questions défait. Legrandjury, qui prononce sur la mise en accusation , est formé de douze citoyens ; le petit jury après cela rend son verdict sur la culpabilité. On peut en appeler devant la chambre des lords; mais cela entraîne tant de frais, que bien peu de gens y ont recours.
I^a répression des délits appartient aux juges de paix, magistrature locale et gratuite , attribuée à la noblesse inférieure. Brougham s^efTorça d'introduire quelque réforme dans le chaos de la législation anglaise. Dans un discours qui ne dura pas moins de sept heures, il passa en revue ( 7 février 1828 ) le 8}'stème judiciaire, et montra les absurdités qu'il contient. Trois tribunaux suprêmes , dit-il , existent à Londres avec des attributions presque identiques , et pourtant très-différents quant à la forme et aux frais. L'un {King*s-bench) est surchargé de travail ; les deux autres {Cornmon-plaids et Exchequer) n'ont presque rien à faire, attendu le petit nombre d'avocats qui« ont droit d'y plaider. Les juges de paix , institution si vantée , sont nommés par les lords lieutenants des comtés, et rien ne contre -balance leur action. Les lois sur les biens-fonds et sur les succesions varient de comté à comté. La propriété immobilière est tellement privilégiée , que le créancier ne peut jamais la saisir ; et pourtant le débiteur failli est frappé très-sévèrement. Les affaires des colonies sont renvoyées , avec des frais énormes, au conseil privé du roi, qui n'est point au fait des législations très-variées d'après lesquelles elles sont régies. Le pays manque d'un régime hypothécaire régulier et uniforme.
Lorsque Brougham devint lord chancelier, c'est-à-dire président de In chambre des pairs , et en même temps premier juge
d*appel, il se mit à réformer autant quMl ]e put. Il propoka d'établir plusieurs degrés de tribunaux , au lieu de cette concentration gênante de la justice qui contraste avecla séparation administrative du royaume, puisque les arrêts sont rendus par des juges supérieurs qui résident dans la capitale , et qui statuent avec précipitation , dans leurs tournées annuelles, sur d'innombrables affaires, tandis qu'un labyrinthe de juridictions secondliires, féodales ou municipales, juge arbitrairement les petites affaires, selon des règles entièrement différentes '. Mais les avocats, les juges, et tous les gens intéressés à cet orde défectueux, qui rend les procèsliussi longs que ruineui , se mirent à la traverse pour faire échouer ce projet; et la chambre des pairs le rejeta. Les mêmes motifs firent avorter la tentative de Brougham pour séparer les fonctions politiques du chancelier de ses fonctions judiciaires.
£n résumé, il n'y a en Angleterre ni concentration de pouvoirs, ni police^énérale , ni ministère public. Les intérêts de la société y sont sacrifiés au respect pour l'individu. Chaque commune est indépendante pour son administration intérieure , et jamais on n'y voit apparaître l'intervention du gouvernement. Cependant Texemplede la France, adopté par toute l'Europe, s'y est fait sentir aussi quelque peu. Peel a remplacé les gardes urbaines de chaque paroisse, par les hommes de police, corps spécial « dont l'action est plus prompte et d'organisation uniforme. 11 simplifia quelques complications de la procédure , imprima au système municipal et à la hiérarchie administrative une apparence de dépendance ; et l'inspection établie sur les chemins de fer et
' La partie écrite de la loi anglaise consiste dans les jugements^ rendus ( reports of cases), qui forment déjà trois cent cinquante volumes in folio ; et cliaque année il s'en publie huit volumes. Aussi est-il peu de métiers aussi lucratifs que celui d^avocat. Le cabinet de sir Samuel Romilly lui rapportait 400,000 francs par an. Le traitement des juges est «n proportion ; et , en comptant leurs honoraires {fées, allowance ), il s'élève de 100 à 400,000 francs. Celui du lord chancelier est de 100,000 francs; mais ses honoraires le portent jusqu'à 4 à 600,000. Ajoutons qu'il existe entre les coutumes des différentes provinces une complète diversité.
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sur la taxe des pauvres est un pas dans la voie d*une centralisation future de radrainistration.
Cependant le règne exclusif des torys , ces conservateurs par excellence , ces cliampions de la couronne, était clos avec la .réforme , et toute la politique européenne B*en ressentit. Sous le ministère Grey, qui réunit les whigs les plus capables, le pays s'achemina rapidement au progrès. On étendit la représentation , on convertit les dîmes en rente foncière, et L'on rendit cette mesure permanente et obligatoire *, on prépara la réforme des lois municipales et Tabolition de Tesclavage.
L* Ecosse, après Tentreprise du Prétendant en 1745 , vit abolir ses juridictions patrimoniales et ses clans; c'était le moyen de dissoudre à jamais ces bandes armées, toujours promptesà répondre à l'appel d'un chef héréditaire. Mais ce fut la destruction des mœurs et du caractère national ; les champs, surtout les montagnes, se dépeuplèrent; la foule afflua dans les villes. Le commerce et l'industrie multiplièrent à L'infini les relations avec l'Angleterre, et ouvrirent la porte aux idées et aux usages étrangers. Dans l'ancien système du clan, qui veut dire parenté, le chef était un père pour tous ; il n'eût jamais songé à hausser le taux des fermages, ni à chercher des bras hors de la tribu. Une fois ce lien brisé , au lieu de subdiviser les terres à l'inQni , pour les donner à bas prix et augmenter par là le nombre des vassaux et des soldats , il se forma de grandes fermes ; on congédia tout ce qui n'était pas en état de payer , pour donner la préférence à des fermiers de la plaine qui s'établirent ainsi dans les hautesterres. La valeur des biens-fonds s'y accrut à ce point que tel propriétaire qui en 1750 touchait cinq ou six mille livres sterling, en eut quatre-vingts ou cent mille dès la fin du siècle. Les fortunes devinrent donc colossales , mais les anciens fermiers du pays se trouvèrent ruinés ; la campagne dépeuplée d'hommes se couvrit de troupeaux, et ce fut le Canada et la Nouvelle Ecosse qui donnèrent asile à ces vieilles familles écossaises.
L'Angleterre, qui avait prévu ce désastre, laissa à l'Ecosse, comme un dédommagement, ses lois municipales, et quelques autresprérogatives honorifiques. Maistout ce queles agriculteurs perdirent, l'indûslrie le regagna bien. Glasgow, qui en 1707
comptait à peine quatorze mille habitants, enavait cent cinquante mille à la fln du siècle; elle en possède aujourd*hui deux cent quatre-vingt miHe. La douane de son port produisait en 1840 neuf cent mille livres sterling, tandis qu'aux temps de Funion les douanes du royaume tout entier n*en produisaient pas trentequatre mill. A côté de cette prospérité manufacturièr&et commerciale, tous les habitants savent lire; le savoir y est solide, et rhomme de talent est sûr de se faire un nom. Il y a à Edimbourg et à Glascow une foule de sociétés scientifiques et littéraires. VEdimburg-Review , fondée en 1804, compta bientôt douze mille abonné, et conquit beaucoup d*iiifluence sur Fopinion.
Chaque paroisse a une école, sous Tinspection du prêtre; les quatre universités aussi sont dirigées par des ministres presbytériens; rititolérance y régna longtemps; mais elles se sont émancipées depuis, et aujourd'hui on y accueille des étudiants de toute religion.
Si l'Angleterre fait l'admiration du monde par la supériorité de son aristocratie, par ses machines , par ses colonies , par sa liberté , et si elle est la terreur des autres nationalités , elle porte dans ses entrailles un ulcère qui la ronge. Il ne fut plus possible aux ministres qui arrivèrent au pouvoir à la suite de la réforme, de négliger les classes inférieures. Le choléra fit pénétrer les regards au fond des habitations, lieux horribles, même dans les principales villes; et les enquêtes qui furent ordonnées en 1833 sur Tagriculture , l'industrie et la moralité publique , resteront au nombre des documents les plus singuliers de Thistoire. Le nombre des poursuites criminelles avait quintuplé en Angleterre et dansle pays de Galles, il avait sextuplé en Irlande et en Ecosse ' . Le clergé anglican possède un revenu de 286 millions de francs, et la totalité du territoire appartient à cinq on six cents familles. Six cent douze pairs reçoivent de l'État 96,598,000
' En France, de 1832 à 1836, il y eat trente exécutions capitales; vingt-sept, de 1836 à 1841. En Angleterre, malgré Taugmeatation effrayante des crimes, il n'y eut que cinquante-huit exécutions de I6Q& À 1811 , et onze seulement de 1887 à 1841..
francs ; le duc de Cleveland légua encore à son Gis , quMl déshéritait, un revenu de 2 millions. Le duc de Bedford laissa une fortune de 180 millions ; le duc de Northumberland jouit d*un revenu de 8,600,000 francs.
L^excès de la richesse exprime Texcès de la misère. Le sol est insuffisant pour nourrir la population ; aussi le nombre des laboureurs est-il moindre de plus de moitié de celui des ouvriers. Mais les* machines remplacent chaque jour les bras ; et dans les manufactures où travaillaient naguère cent personnes, il suffira bientôt de deux ou trois enfants pour aider , par des mouvements matériels, l'action d'une immense machine.
Que reste-t-il donc au peuple? A mourir de faim , comme il arrive tous les ans, dans Londres même, à celui à qui Taumône légale fait défaut. La taxe des pauvres, qui en 1748 ue dépassait pas 730,185 livres sterling, s'éleva en 1817 à 9,320,440; elle était de 7,803,465 en 1827. A partir de cette époque, on 8ong«a à diminuer, non pas les causes de la misère, mais le nombre de ceux qui recevaient des subsides publics , en les réservant à ceux qui se résignent à être enfermés dans les workhouses ou maisons de travail , pour y vivre séparés de. leur famille , à la manière des forçats.
Voilà où en est l'Angleterre, grâce à la complète séparation qui existe dans ce pays entre les deux éléments de la production , le capital et le travail. Le paysan qui Jadis possédait un porc , une vache , un jardin , ne les a pluà aujourd'hui ; et un seul fermier a absorbé ce qui était réparti entre trente métayers. La plèbe gît entassée dans de misérables bouges , à dix et douze par chambre; les caves, les hangars , où les chiffonniers déposent les guenilles qu'ils ramassent par la ville , deviennent un asile envié pour des malheureux de tout sexe. D'autres ne vivent que des os qu'ils ramassent à la porte des hôtels, jusqu'au nfK)ment où ils sont décimés parles fièvres pernicieuses , si fréquentes à Londres , malgré le vent d'ouest qui la balaye si fréquemment. On sait ce que souffrent ceux qui travaillent aux machines, dans les mines de fer et de houille, véritables animaux, qui n'ont plus de la noble nature de rhommc que la faculté de sentir leur dégradation.
Donner à manger, c'est-à-dire du travail à cette population , tel est le grand problème du gouvernement ; et malheur à lui le jour où il ne trouverait plus de débouchés pour les produits toujours croissants des manufactures ! L'Angleterre a subi, dans ces dernières années, plus d'une crise de cette nature ; mais elles résultèrent toutes d'événements extraordiiiaires, jusqu'à celle de 1842, produite uniquement par la diminution des exportations, et qui tenait au progrès de Tindustrie étrangère, et surtout de l'unicm allemande, laquelle éleva ses tarifs sur les marchandises anglaises ; car les autres pays se montrent peu disposés à accepter cette liberté commerciale absolue que proclame l'Angleterre.
L'Europe , quand toutes les communications se rouvrirent en 1814, s'était prise d'admiration pour la prospérité de ce pays, et y vit le résultat des lois restrictives rigoureusement maintenues, en dépit de la liberté proclamée par Adam Smith. Malgré l'empire des préjugés, beaucoup d'Anglais cepei^dant étaient revenus de ce système des prohibitions, qui engageait les autres États à l'imiter; l'on songea donc à dégrever l'industrie, ainsi qu'à permettre la libre introduction des marchandises et denrée étrangères.
Cette nouvelle politique fut inaugurée par Huskisson, homme pratique, qui fit en Angleterre ce que Turgot avait fait en France, en introduisant les spéculations delà science dans le gouvernement. Ami de Canning et secrétaire d'État, il avait eu part aux affaires pendant la lutte contre la France , et profité des expériences financières faites dans ce pays. En 1819, il publia un tableau des finances de l'Europe, insistant sur la. nécessité des payements en numéraire ; il s'appliqua aux réformes, soutenant les intérêts agricoles , tout en combattant les privilèges de la propriété foncièjre , s'élevant contre Vacte de net' vigation, qui repoussait les produits apportés sous pavillon étranger. Il réussit à faire adopter un bill pour l'admission des bâtiments étrangers, à charge de réciprocité (juin 1822); puis un autre pour la libre introduction de la soie ; et par là il ouvrit une ère nouvelle dans la politique commerciale de la Grande- Bretagne: modèle à suivre pour tous ceux, qui ont à triompher
SO KMPIAK RKITANniQUE.
(i*erreurs et d'abus soutenus par les cJasses les plus paissantes.
Mais la misère, qui dispose les peuples à- écouter les agitateurs ou les rêveurs, donne une importance redoutable à la question des céréales. Ce n*est pas une question politique entre les do- .niinateurs ; elle est entre le peuple et ceux qui roppriment.
Pendant le règne de la féodalité , on ne voit pas que la pro duction des grains en Angleterre restât au-dessous des besoins de la population ; le producteur alimentait alors le consommateur, qui relevait de lui. Lorsque Henri Vil eut affaibli le système féodal , les seigneurs n'eurent plus besoin de tant de vassaux ; et ils demandèrent au sol non le produit le plus utile, mais le plus avantageux. Telles étaient les prairies en vue des laines, qui se vendaient très-cl>er à la Flandre. En conséquence, IjBS grains augmentèrent d*autant plus sensiblement que Targent diminuait alors de valeur ; et tandis qu'au commencement du règne de Henri VIII un quarter de froment valait 6 schellings et demi, sous Charles l*^** il en coûtait de 32 à 40 , puis sous Cromwell jusqu'à 88. L'abondance étant revenue avec la paix au retour des Stuarts, ce fut la ruine des fermiers, qui avaient fait des baux durant la cherté. Les propriétaires, alors tout-puissants, obligèrent donc le paithmanl h ptotéger les denrées nationales par des taxes progressives sur le blé étranger, et à faire payer même une prime à l'exportation du blé national. Ce double expédient fit que le blé resta toujours cher et le peuple affamé , en même temps que le gouvernement payait en primes aux exporteurs , à partir de 1688, 7 millions de livres sterling. L'accroissement extraordinaire de l'industrie et de la population contribua au renchérissement du grain , et la faim des pauvres enrichit les propriétaires. Mais les industriels avaient aussi acquis de l'influence au parlement, et ils firent rendre la loi libérale de 1773 , qui permettait d'introduire des grains étrangers moyennant un simple droit, dès que les prix dépasseraient 18 schellings le quarter.
En 1 790 , on se relâcha des vieilles entraves du commerce des grains à l'intérieur. Mais bientôt les producteurs , c'est-àdire rarJstocratie, devenue plus puissante par la guerre contre h iYanoC; obtinrent de nouvelles restrictions; et la diflicullc
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des communications venant s*y joindre, les grains valurent, de 1809 à 1814, le double de ce qùMls coûtaient de 1789 à 1794. Une perspective si séduisante attira la spéculation sur le sol , auquel on demanda tout ce qu'il pouvait produire , sans regarder aux dépenses, dont on espérait être si richement récompensé.
Mais la paix revenue tout à coup , les mers furent rouvertes, et le blé étranger afflua en Angleterre. Tout ce qui avait été dépensé sur le sol en améliorations se trouva de la sorte compromis, et les fermiers se refusèrent à exécuter les baux signés dans des conditions si différentes. Les riches , en perdant Tespoir de soutenir le haut prix du pain , réclamèrent des mesures rigoureuses contre l'introduction du grain étranger, comme si les épiciers du reste de l'Europe avaient voulu maintenir le sucre et le café au prix sur lequel ils avaient spéculé durant la guerre. Kn effet, il fut interdit d'introduire des grains du dehors, à moins que le prix ne fût à 80 schellings le quarter en Angleterre (36 francs l'hectolitre); cherté impossible à maintenir lorsque se fut évanoui l'espoir de nouvelles disettes , comme celles de 1816. La clémence du ciel triompha de la cupidité des hommes et le pain ( malheur horrible pour l'aristocratie) devint à bon marché ' .
Cependant la rigueur des taxes, jointe à ce qu'il y a d*artificiel dans la production du grain indigène , exposait les cours à des soubresauts monstrueux. Les disettes se renouvelèrent souvent ; et, eh pareil cas, c'était une opération violente et coûteuse que de faire venir des grains par des voies qui ne. leur étaient pas habituelles. La population pauvre et les manufacturiers souffraient donc, pour enrichir les propriétaires; mais leur nombre augmentant ainsi que leur importance , ils en vin^ rent à demander l'abolition des lois sur les céréales '.
' Si dénaturée que l'on suppose raristocratie anglaise, on aura peine à admettre, ici avec Tauteur, qu'elle ait pu rèvor le retour dUinc faiiiiuc comme celle de 1816 , où, toutes les récoltes ayant manqué, les fermiers ne purent payer leurs maîtres, qui eurent |)ar là leur part du fléau. (Am.R.)
' L'Angleterre, pauvre en blé , craint qu'on nVn introduise, et qu'il
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Le mal fut à son comble en 1822 ; mais le parlement ne voulait pas en avouer la cause véritable. Canning proposa de permettre l'introduction quand le grain valait ÔO scheliings , et de le soumettre néanmoins à un droit de 20schellings le quarter à rentrée, en augmentant ou en diminuant de 2 schellings, selon que le blé indigène augmentait ou diminuait d*autant. Il combinait ainsi la taxe dans la proportion do produit ; mais les lords repoussèrent son plan^ et il en mourut de chagrin.
La question se réveilla sous le ministère whig de lord Melbourne ; et tandis que Tlrlande réclamait le rappel , les chartistes le suffrage universel , le peuple portait en procession deux pains du même prix : Tun tout petit , tel qu'on le vendait dans la libre Angleterre; Tautre énorme , comme ceux de la Pologne esclave. C'était un raisonnement qui parlait aux yeux. La ligue contre la loi des grains (anti-cor n-law league}^ qui se constitua alors, afûcha la modération , professant le respect de la constitution, en même temps qu'elle sapait une de ses principales^ bases. ^ Le peuple, disait-elle, a besoin de pain et de travail ; il ne peut se procurer ni l'un ni l'autre, alors que les seigneurs s'engraissent dans l'oisiveté. Dans les magasins des États-Unis pourrissent le blé et les salaisons, qu'on échangerait volontiers contre nos tissus et nos ustensiles, dont ce pays manque. De cette manière nos classes inférieures vivraient à meilleur marché , et auraient plus de travail. Ainsi, abolition du système douanier , point de tarif protecteur, point d'impôts indirects , point de droits sur les matières premières; qu'ils frappent seulement le thé, le'café, le cacao, le tabac, les liqueurs, les vins, les fruits secs. Point de privilèges en faveur des colonies ; les colonies sont une affaire ruineuse qui chaque année coûte au pays tant de millions , qu'il épargnerait en s'approvisionnant partout où se présente le meilleur marché. Il n'est pas même besoin de demander la réciprocité aux étrangers : nos manufactures produisant à meilleur marché, les étrangers auront intérêt à s'adresser à nous, et l'exemple agira efficacement. » A l'appui de ce système on présenta un
ne tombe à trop bas prix; la fertile Lombardie craint qu'on n'en ex* porte, et qu'il n'en résulte la disetlc. Voilà deux systèmes révélés.
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budget où les frais de perceptiou étaient réduits , et où la recette atteignait à peu près.cdlede Tannée courante, moyennant une faible augmentation de Timpôt direct sur les terres et sur les revenus.
Des souscriptions produisirent des sommes considérables , qui devaient servir à seconder la réforme par des journaux, des voyages , des subventions , des livres , et à se procurer ( tout devant ^e légal dans les efforts à tenter ) cette majorité qui diS" pense d*avoir raison, en favorisant Télection des réformistes, en promettant partout des routes, des secours , des débouchés pour les pcoduits manufacturés. Richard Cobden se plaça à la tête du mouvement, et il fut secondé par des membres du parlement, par un grand nombre de fermiers qui en attendaient une diminutiondans le prix des baux, par les chefis d'établissements, qui espéraient avoir des ouvriers à plus bas prix, et par là se trou ver en état de soutenir avec plus d'avantage la concurrence étrangère.
Uaristoeratie, comme nous Tavons vu, avait fait attribuer, dans la réforme de 1831 , le droit électoral aux locataires et aux fermiers : or, en faisant figurer comme associés les iils , les frères et les parents des fermiers véritables , ils étaient arrivés à se rendre maîtres des élections des comtés. Leslibres-échangistes, de l^ir côté, tâchèrent de tirer parti de cette autre disposition qui .rendait électeur tout propriétaire d'un immeuble, produisant 40 sebellings ( 50 franes^) de revenu ; et ils poussèrent tous ceux qui avaient quelque argent à acheter une bieoque ou un coin de terre. Ainsi les bourgeois, après avoir fait la guerre aux privi* iéges politiques de l'aristocratie , se mirent à la faire aussi à ses propriétés.
Il faut louer ceux qui demandent lesTéfbrmeset en proclament Fopportunité ; mais il faut réserver son admiration pour ceux qui les ^fectuent. Ce fut encore aux torys qu'échut la tâche de proposer la réforme des tarifs, en présence d'immenses meetings dont le mot d'ordre était \ Abas le monopoiel le pain à bon marché!
Le budget ordinaire de l'Angleterre, sans compter la taxe des pauvres, les dépenses du culte , l'entretien des routes et des ca-
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naux, ainsi que les dépenses communales et provinciales, 8*élève h près de 1,300 millions. L*impdt foncier Wy figure que pour une faible partie, et tout le reste provient des taxes sur la consommation. Ce fut en 1798, pour la première fois, que Ton songea, afin de subvenir aux frais de la guerre , à- une taie sur le revenu {income-tax). Elle fiit fixée à dix pp«rcent;et ceux qui avaient moins de cinquante livres stocling de rente en furent exempts. Après avoir été réduite , puis supprimée à la paix , elle fut rétablie par Robert Peel lorsqu'il rentra au minis^ tèrc, afin de edmbter un déficit de cent vingt-cinq millions ; mais il la réduisit toutefois à trois pour cent , et ne la fit peser que sur ceux dont le revenu dépassait cent cinquante livres sterling (3,750 fr.). Les fermiers payant moins de* trois cents^Hyres de loyer en sont exempts ; les autres sont taxés à raison de la fnoitié , et en Ecosse d'un tiers. LMmpdt tombe donc en entier sur les propriétaires. H y est suppléé en Irlande par le papieé timbré et la taxe sur les liqueurs. Pour le commerce et pour les arts libéraux, les contribuables sont tenus d'affirmer par écrit le montant de leurs bénéfices.
Cela fait, Robert Peel diminua ou supprima les droits sur la viande , le poisson , le houblon , tes pommes de terre , le ri^ , le blé , les bofs de construction , et sur d'autres objets de consommation ou matières premières : hardiesse immense , et toute en faveur du peuple etducommerce. Ces réformes, qui, tout en comblant le déficit, donnèrent un nouvel élan à l'industrie, faisaient triompher des principes économiques diamétralement opposés atout ce qu'on avait pratiqué jusque -là, et qui peu de temps auparavant auraient passé pour des utopies. L'Angleterre avait pour règle d'inonder de ses produits les autres contrées, et de n'en rien recevoir. Tout est changé à cette heure : celui qui veut vendre doit acheter, et réciproquement. Tout peuple qui entrave chez lui la production , ou y rend le travail moins lucratif, doit nécessairement déchoir : en conséquence , liberté absolue d'échanges avec tous , sans même s'inquiéter de la réciprocité. Les autres nations ne veulent-elles pas nous imiter? tant pis pour elles, dit Robert Peel; le contrebandier rétablira réçuilibre. L'Angleterre entend acheter à bon marché
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tout ce dont elle a besoin ; si les autres veulent acheter cher, ils en sont bien les maîtres.
Tous les tarifs prohibitifs Airent donc abolis , et les taxes réduites.à cinq pour cent pour tes matières premières, à vingt pour leç produits manufacturés. Le succès fut tel, que les douanes , qui avaient donnés 500 millions de franc en 1841 , après la réforme, rapportèrent . GOO millions en 1844 '. Un pareil résultat suffit pour assurer à Robert Peel une place parmi les grands novateurs.
Il ne s*en tint pas là : en 1845, il exempta de tout droit les matières premières les plus importantes, telles que les laines, les cotons, le lin, le vinaigre ; il abolit toutes les taxes d'exportation, même sur les machines et sur le charbon de terre. Quant au blé, qui est le monopole de Taristocratie , et au sucre, qui constitue la richesse des planteurs , il n'osa alors ou ne put supprimer entièrement les taxes. Mais la loi du 28 janvier 1847 vint compléter son œuvre , en déclarant : 1^ Tabolition entière des droits sur les céréales; 2° un dégrèvement total ou partiel sur les matières premières et les denrées alimentaires ; 3° la ré« ductionii quinze pour cent du droit sur les soieries ; 4° Taffranchissement des objets manufacturés les plus communs; 5° la réduction à dix pour cent des droits sur les objets d*un travail plus fin , et en outre de notables améliorations quant aux charges qui pesaient sur Tagriculture. Cest ainsi que Robert Peel a su faire entrer dançla pratique du gouvernement le principe de ia vie à bon marché. C'est un des résultats les plus décisifs de rhisteire coAtemporaine; car la liberté commerciale sera le lien visible de la confédération universelle des peuples.
Déjà la richesse, c'est-à-dire le bien-être, descend de plus «a plus dans les couches inférieures de la société. £n 1727, on accourait d'Edimbourg à une campagne voisine pour assister au spectacle encore nouveau d'une moisson de blé ; aujourd'hui la culture en est générale dans le pays; les chevaux, les bœufs, les moutons, se multiplient dans l'Ile entière; le nombre des voi-
' L'Angleterre exporta en 1836 pour 1,340 millions, et en I8i4 pour 1,470, c'est-à-dire 130 nalllions de phis.
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tures a plus que doublé h T.ondres '. T>a coosommalion du thé, du café , du sucre, s'élève chaque année ; Targenterie est devenue commune; remploi du fer a procuré une infinité de commodités. Robert Peel, pour démontrer, dans la discnssion sur Vincôme-tax , combien la propriété mobilière ^it accrue de valeur , établit que le revenu annuel , qui eât ta base de fa taxe, avait été en 1812 de 55,784,533 livres sterling, et qu*en 1842 il s'était élevé à 72,800,000; que le capital représenté était en 1812 de 1,391,013,325 livres sterling, et qu'if était en 1842 de 1 ,820 millions
Au nombre des machines de guerre employées par les libéraux contre ^aristocratie , il faut compter l'éducation du peuple *\ Brougham se Signala en particulier dans cette campagne, en répandant par milliers les livres élémentaires à très-bas' prix; en fondant des écoles pour les enfants , d'autres pour les ouvriers adultes ( mechanics instUuiions ) , et l'université libre de Londres, la première qui ait admis toutes les communions. Il considérait Finstruction comme le boulevalrd le plus solide contr» la tyrannie du clergé^ de l'aristocratie et du canon. Luttant une iois avec sa fougue accoutumée contre le ministère Wellington, il s'écria : l.e viaitre d'école y pourvoira ; mot qui est devenu proverl)ial. La taxe uniforme des lettres, et le prix réduit des frais de transport, en a accru le nombre à Tinfini; les bibliothèques circulantes , introduites d'abord en Ecosse , répandent les connaissances jusque dans les villages les plus éloignés.
Ceux qui voudraient que les conquêtes populaires se complétassent d'un seul coup ont peine à se résigner à ces voies obHques, qu'il faut admettre dans un pays de traditions, et où les priiicipes économiques ne peuvent cheminer qu'à la remorque des événements politiques. Les deux pattis whig et tory "ont
' Il y en avait 49,426 en 1812; en 1840 , on en comptait 1Q4,47C.
' La France, pour rinstruclion publique, dépensait en 1840 14,775,600
francs, dont I,G00,000fr. étaient payés par l'État ,4,658,281 parlesdé-
partements, le reste parles communes. En Angleterre on demanda en
1839, pour la première fois , 30,000 liv. sterl. pour renseignement , et
on îefi obtint par 275 voix contre 273.
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conservé leurs noms ; de même que dans les républiques italiennes on restait guelfe même en combattaat contre le pape, et vice versa. Mais en réalité le symbole des torys a péri, et aujoard^hui ils effectuent ce que les whigs avaient proposé, il y a quinze ans, de plus hardi et de meilleur. Ces derniers à tout prendre sont des conservateurs, tandis qu*en dehors des torys et des whigs existe l'opposition grandissante des radicaux, des chartistes et des socialistes. Car TAngleterre a aussi et depuis longtemps ses socialistes. L*un d'eux, Robert Owen, qui a cru que la société pouvait se constituer sans Dieu, et que tout devait être Tœuvre du peuple, a semé le communisme pardes journaux répandus à vil prix, où il prêche entre autres choses }9 destruction des grandes villes et des beaux-arts ; il veut de grands hospices nationaux, où chacun poisse trouver du travail ; il veut que les voyages soient obligatoires ; il dit que « la religion, le mariage et la pro-* « priété sont le véritable Satan de ce monde, triade monstrueuse, « source inépuisable de crimes et de maux. » Ses adeptes, qui comptaient en 1840 soixante et une sociétés afûliées, déclinent maintenant, tandis que les chartistes font des progrès. Ceux-ci sont Texpression la plus directe et la plus générale de la démocratie moderne ; démocratie hostile aux propriétaires et à la grande industrie, aux gros fermiers, aux boutiquiers et qui se recrute surtout parmi les masses entassées dans les grands centres manufacturiers, artisans sans ouvrages, existences précaires ou déclassées. « La réforme électorale de 1 83 f , disent-ils, n*a fait qu*ad mettre la classe moyenne aux distinctions aristocratiques, et la classe pauvre reste toujours déshéritée. Ce que nous voulons maintenant, c*est une charte pour celle-ci, qui ne se soumettra qu'autant qu'elle participera au droit électoral. » Ils réclament donc suffrage universel, vote au scrutin, parlements annuels, abolition de tout cens d'éligibilité; ils veulent que les membres des communes soient rétribués ; que les collèges électoraux soient divisés en nombre égal d'électeurs, et non plus par villes et par comtés. Quelques chartistes réclament aussi pour les femmes le droit de voter.
I.e parti modéré a pour chefs, parmi les chartistes, Lovett et Vincent, simples ouvriers, le Journaliste O^Brien ; et pour organe