UI8T. I)K CENT ANS. — T. IV
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dans le parlement, le fougueux Feargus 0*Goiuior. Us out sou- Yèùi déclaré qu'ils n^aspiraient point à la république, ee qui ne les empêcha pas d'y pousser directement,, en voulant substituer la force du nombre aux trois pouvoirs constitués , en attaquant le monopole non-seulement dans les chambres, mais dams la presse, qu'ils veulent affranchir de toute espèce de taxe* il y en « de phis avancés qui veulent réglementer le salaire, et le eon- «erver tel qu'il était en 18S5, ce qui serait la ruine des nranufrctures anglaises.
Ce parti, Idin de s'afifoiblir par l'effet des réformes pbilanthiO'^ -piques, n'en est devenu que plus hardi. « Les réfocmes» disent- Ils, né sont que des concessions arrachées aux aristocrates, en vue de leur conservation : tout le mal gtt dans la distribution trop* inégale de la richesse sociale. Le peuple parle de justice, et les grands seigneurs lui répondent charité ; ils fixent les beu* res du travail, établissent des bains, des écoles, des réeréaticms ; aumônes déguisées , que Ton jette à ceux qui invoquent le droit. » £n 1842^, ils réclamèrent, appuyés de a,ai7,703 aignatures, la réforme du parlement, le vote au scrutin secret, l'égalité des collèges électoraux. Le clergé seul, disaient-^ils^ reçoit de rÉtat assez pour secourir les classes laborieuses; les privilèges exorbitants d'une classe peu nombreuse sont inconciliables avec le bien de la multitude *.
Enfin les socialistes et les chartistes, voyant les entrepreneurs ligués pour exploiter les ouvriers, se liguèrent à leur tour contre eux ; et il en résulta des collisions menaçantes^ surtout d^s le pays de Galles et dans les cantons manufacturiers, jusqu'à faire croire que l'Angleterre était à la veille d'un bouleversement. Rebecca, personnage idéal, qui voulait dire la démocratie, coin- •m'ença par renverser les barrières des douanes, puis refusa les dîmes aux prêtres anglicans; elle voulait que ta législation fût réformée, que la justice fût rendue moins coûteuse; et tout cela dans le style des allusions bibliques méthodistes. Elle traînait à
• On a calculé, en 1831 , que le clergé anglais jouit de 236,439a2S francs de revenus, tandis que tout le reste du clergé chrétien n^en a qBie 224^975^000.
sa suite des niasses de pauvres et d'artisans. Cependant tout ce désordre s*apaisa presque sans effusion de sang, et avec moins de forces qu'il n'en faut ailleurs contre une poignée d'étudiants. La révolution de 1848 vint relever les espérances des chartistes ; Hs crurent que leurs plans allaient enfin se réaliser ; ils convoquèrent les masses, pour porter au parlement d'énormes pétitions ; mais le tumulte qu'ils soulevèrent tomba devant l'attitude de la population.
Quoique l'Angleterre soit réellement, comme on le dit , un pays d'intérêts matériels, la question religieuse y prime toujours; et c'est un fait certain que les révolutions n'y réussissent qu'à l'ombre de la religion. En face des dissidents et des catholiques, dont le nombre croît chaque jour, les anglicans sont en minorité dans la Grande-Bretagne ; eux-mêmes sont divisés en deux sectes, la haute et la basse Église, de même qu'en Ecosse l'assemblée générale et les bénéficiers. De là l'irritation et la peur ; delà aussi ces fureurs que la populace déploie contre les papistes ; et quand les chambres retentissent contre eux de cris intolérants et même homicides, ce n'est pas l'effet d'une colère sincère dans les hautes classes, c'est l'expression du vœu de la multitude. Pour preuve, il suffît de voir la plèbe de Londres sorlir de son flegme taciturne, de son calme famélique, pour traîner par les rues un mannequin représentant le pontife romain, et le brûler sous le Monument, en hurlant : Malédiction sur le pape!
La plaie religieuse est surtout à nu en Irlande , où la loi distingue encore parfaitement la condition de chacun. Les pauvres y sont catholiques, les propriétaires protestants ; ceux-ci gouvernent, ceux-là n'ont qu'à obéir ; l'orgueil paraît naturel aux uns, comme aux autres la soumission '. Si l'émancipation
' Aujourd'hui TÉglise anglicane ne compte plus en Irlande que sept cent mille individus, c'est-à-dire à peine un dixième des catholiques. Elle est divisée en quatre provinces ecclésiastiques : celle d'Armagli (où l'on compte plus de la moitié des anglicans ) , celle de Dublin , de Gasliel, deTuam, avec trente-deux diocèses, 1,387 bénéfices, 2,450 paroisses. La moyenne du revenu d'un évoque s'élève à 175,000 francs. Il
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a corrigé la loi politique, la base féodale de Fédifiee nibsiate ep* eore, outre que la longue habitude de ifarnt fait que le catho^ Uqa» n*exerce ni ne connaît bien ses propresi droits, commetout esdavé émandpé de la veille, O^Gonûsl fiit lejHT^nier lord maire eitboUque ( 1841 ) : et on le ?it, comme premier magistrat de la eité de Oublia, en vertu du bill des corporations , se rendre an pompe à une messe solennelle oélélurée dans l'église eathAli-^ que, en exprimant son espoir de ^Fentendre un jour dans Tabboye de Westminster.
Espérait-il tout ce qu'il demandait? U faut demander beaucoup pour obtenir quelque chose, et, dans les questions de nationalité, le temps ne compte pas. Ceux qui veulent rendre rirlande digne de la liberté, en la foçonnant aux bonnes mœurs, tendent au même but qu'O'.Connel. Cest ce que fidt entre autres le père Mathew, par ses sociétés de tempérance. Mais le découragement s*empare des âmes, quand on voit dans ce malheureux pays tous les remèdes tourner à -mal. Cest ainsi que lors de la disette de 1846 , où des milliers d'individus périssaient littéralement de faim , on proclama la liberté du commerce des grains. Aussitôt les seigneurs de l'Irlande , habitant pour la plupart l'Angleterre, firent sortir le blé de ce pays pour le mieux vendre , et affamèrent de plus en plus la population , ne faisant que trop ressortir la nécessité d'une loi agraire. Le gouvernement dépensa les millions par centaines pour procurer au peuple des travaux publics; le peuple y courut, et laissa les champs sans culture ; en sorte que. Tété venu, la moisson manqua. U fallut acheter des blés au dehors, ce qui fit sortir de Ttle le numéraire ; d*où il résulta une infinité de faillites. Depuis, on en est venu à un remède héroïque : on a appliqué à l'Irlande la taxe des pauvres; c'est là un grand pas, qui constitue presque une révolution.
y a telle paroisse où il n'y a qu^un seul anglican contre 1,500 catholiques; dans d^autres, n anglicans se trouvent en présence de 5,393 catholiques; et pourtant les catholiques sont obligés jde payer la dtme aux prêtres anglicans.
Pour se faire une idée de la puissance colossale où l'Angleterre est parvenue, il ne faut pas regarder. seulement sa prépondérance dans tous les événements européens , mais encore rincessaute activité avec laquelle elle se répand dans le monde entier, et y propage, son industrieuse civilisation. Il n'y a pas dç peuple moderne qui ait eu en partage, à ce degré, Tambition patiente et hardie de conquérir et de conserver. En voulant demeurer Tunique maîtresse du sol , Taristocratie anglaise a contracté tacitement Tobligation d'assurer au peuple tous les profits de rindustrie, et en conséquence de lui procurer des débouchés, et le moyen de verser sans cesse dans des pays nouveaux Tabondance croissante de ces produits. Tout peuple nu que Ton décide à se vêtir vide les magasins de Manchester ;'les marchands s'y emploient pour désencombrer leurs maisons, comme les mis* sionnaires par zèle religieux.
Les Anglais se sont toujours hâtés de reconnaître Tindépeiidauce des colonies étrangères soulevées contre les métropoles, pour y porter au plus vite armes, denrées,' tissus, et se trouver en mesure les premiers xi'y faire des traités de commerce avantageux. Mais la civilisation leur doit la plus notable partie de ses conquêtes au delà des mers. Ce génie colonisateur de l'Angleterre s'est révélé sur tous les points du globe; mais c'est dans l'Inde qu'il nous apparaît avec une grandeur tout à fait inconnue dans les fastes de l'humanité. Portons nos regards en arrière sur ce vaste pays que la science signale comme le berceau de la civilisation du monde, et dont le riche idiome ( le sanscrit ) passe pour la souche commune de toutes les langues européennes. Ce qui caractérise l'état social de cette contrée, c'est sa religion panthéistique , sa foi à la métempsycose; c'est sa division en castes, et ce caractère d'immobilité qui fait qu'à cette .heure il est à peu près tel que
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le virent les Grecs quand Alexandre y pénétra. Cependant son histoire fîit marquée plus tard par une révolution importante : ee fut la conquête de Flnde par les musulmans au IX^ sliele. Vainqueurs et vaincus, depuis cette époque, ont Yéca sani se mêler.
L'islamisme ne s'était répandu que dans la partie si^rtentrionale, parmi les A^hans, grâce aux déinris qu'y avaient laissés les armées des dynasties tartares, et au grand nombre de. Pernns et d'Arabes appelés à la solde des princes oimqiiérants. Cétait dix millions mviron de mahométans, un dixiènbe peut-être de la population. Distincts des naturels, ils habitaient les capitales, les villes de commerce et les plaoes^ fitttes; jamais la campagne ni l'intérieur du. pays, où l'Indien eomervait sa foi à Brama ou à Boudha, ses castes, ses preaeriptioiis infinies , et la haine des étrangers.
Chacune des grandes divisions de l'empire était gouvernée par un sulKular, représentant l'empereur. Après loi venaient lei/ousdars, qui l'accompagnaient dans toutes les expéditions militaires, et qui s*honoraient du titre de nabads ou lieutei* nants que leur donnèrent les Européens, et qui plus tard devint synonyme de vice-roi musulman , tandis que le nom de radjah s'appliquait aux vice-rois indiens. Ces charges étaient révocables, et les empereurs avaient soin de changer souvent les titulaires, de peur qu'ils ne devinssent trop puissants. Mais le lien s'étant relâché , les nababs s'enhardirent jusqu'à se rendre indépendants , et à transmettre leurs charges à leurs héritiers. Nous ne suivronsi pas toute la série des officiers subalternes. Tandis que les décisions judiciaires pour les musulman^ étaient rendues par le cadi, aux termes du Koran , les Indiens s'en rapportaient à des arbitres , choisis le plus souvent parmi les brahmes. Dans certaines contrées , les princes indigènes se maintinrent en payant tribut , quelques-uns même sur des régions très-vastes , comme les rois de Mysore et deTanjore, où rien ne fut changé au gQuvemement intérieur.
La conquête ne détruisit pas non plus l'un des éléments essentiels de l'ancienne constitution, le village : là, le potail veille aux affaires générales et au bon ordre; le kanioum eii-
registre les dépenses de culture et les produits ; le tailler informe sur les délits. Ces villages existaient de temps imniémo^rial, sans avoir subi ni altération de limites, ni déplacement de familles, et sans que les changements politiques eussent bouleversé leur économie intérieure : petites républiques immuables, sous les vast()fi monarchies si variables de FOrient. Dans la plnpart se perpétue une sorte de communauté de biens et de travaux , d'où il résulte que chacun profite de l'assistance de tous. L'impôt prélevé, le reste de la récolte est réparti à proportion du terrain que chacun a cultivé-, celui-ci va au marché, celui-là s'adonne à quelque industrie. Dans certains villages, les terres cliangent chaque année de maîtres.
L'impôt était réparti et levé de diverses manières , en estimant la moisson lorsqu'elle était encore sur pied. Un dewan prenait à ferme toutes ]es terres d'une province; le zemendar sous-traitait pour les divers districts qu'il distribuait entre les cultivateurs {ryots) bu, entre les villages; il devenait percepteur des impôts , et se trouvait revêtu , en conséquence , de certains pouvoirs, même du commandement des troupes de son district. 11 faisait figure de prince, avec juridiction civile et criminelle.
On pourrait donc assimiler un tel régime à la féodalité , sauf que nos feudataires avaient réellement la propriété des terres et percevaient les taxes à leur profit , tandis que dans l'Inde l'empereur était considéré comme l'unique propriétaire. Il est vrai que le ryot jouissait pleinement des droits de propriété , puisqu'il n'en était dépouillé que lorsqu'il manquait à ^es obligations, et qu'il pouvait la transmettre à d'autres. tjAn sommet de l'échelle, le Grand Mogol, descendant de Tamerlan, était le dépositaire ou le titulaire d'une autorité illimitée. Les provinces étaient administrées en son nom , comme nous l'avons dit, par les subadars, qui souvent s'en rendaient maîtres. A côté d'eux existaient beaucoup de princes indigènes, anciens dominateurs de la contrée. Au-dessous de cette hiérarchie aristocratique et administrative , venait le village. Ainsi se trouvaient réunis le despotisme au sommet , l'aristocratie et la féodalité au milieu, le municipe et la république à la base.
Akbar le Grand (1655-I60r>) , sixième descendant de Tamcr-
44 COLONIES AKGLAISES.
laD, aclieva la conquête musulmane de Tlnde en soumettant les Afghans, et fut le véritable fondateur de l'empire roogol. Apxès lui la discorde régna entre les princes ; l'anarchie et les guerres civiles durèrent jusqu'à Aureng-Zeb (1659), qui se signala par ses victoires. Il avait, sous le masque de la dévotion, £sdt périr ses frères et emprisonné son père ; il resta le maître de l'empire , dont il porta la grandeur à son t^omble. Son trésor se composait d'énormes lingots d'or et de pierreries, dont tin diaynanC de deux cent quatre-vingts carats , trouvé au sac de Golconde '. Ce dont on s'émerveillait surtout, c'était de son trdne de paon, ainsi appelé de l'oiseau qui le surmontait, tout en or massif, semé de pierres précieuses, avec un énorme rubis à la poitrine , d*oii pendait une per\e de cinquante carats. Douze colonnes incrustées de perles supportaient le baldaquin. Aureng- Zeb séjournait rarement dans les villes , il habitait le plus souvent des camps mobiles : trois immenses palais de bois léger, dont les pièces se démontaient , étaient transportés par deux cents chameaux et cinquante éléphants , à un jour d'intervalle l'un de l'autre; il trouvait ainsi un palais construit partout où il stationnait. Des centaines de chameaux qui portaient ses trésors, des chiens, des panthères dressées à atteindre la gazelle, de3 taureaux pour chasser le tigre , puis cinq cent mille horoines employés pour la cuisine, la garde-robe, les archives, les armes, la réparation des routes, formaient sa suite. Lorsqu'on était arrivé dans quelque vaste plaine, ce demi-million de voyageurs campait autour du palais du Grand Mogol, et des files innombrables de tentes, dressées en un clin d'œil et enlevées de même , se prolongeaient en ligne droite vers ce palais.
L'empire mogol embrassait, à la mort d' Aureng-Zeb ( 1706), quarante provinces, s'étendant du 35® au lO'' degré de latitude; et il en tirait dix milliards, bien que les produits valussent un quart du prix qu'ils auraient eu en Angleterre. Mais après lui l'empire marcha vers son déclin. Plusieurs prétendants
' Ce célèbre diamant est aujourdMiui la propriété de la couronne l)iitanni(|ue, et a figuré par nn les merveilles de l'exposition de Londres en iHjl. (Am. R. }
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se disputèrent le troDe et se renversèrent tour à tour ; le luxe et la débauche marchaient de pair avec la cruauté, qui faisait couler le sang entre frères. Pendant ce temps, les radjahs et les subadars se rendaient indépendants , tellement que la puissance du Grand Mogol se réduisit à peu près à confirmer le successeur du nabad défont , en lui délivrant la patente impériale.
Dans les provinces du nord , entre Tlndus et le Djommah , était mort en odeur de sainteté , vers 1539 , près de Lahore, un certain Nanek , au tombeau duquel affluaient les dévots et les disciples quMl avait recrutés de diverses nations et réunis sous le nom de sélkhs, qui veut dire écoliers. Argiounmal , son successeur, recueillit la doctrine du maître dans le Pothi ou Bible , et de là naquit la secte des seîkhs. Cette secte , rejetant les traditions brabminiques, adore un Dieu unique et invisible, et fait de Tamour du prochain la base de la morale ; elle recommande , du reste, de pratiquer la tolérance et d'éviter les controverses, abolit les castes, en conservant néanmoins la distinction des tribus, ainsi que la séparation des sectaires avec les étrangers; elle permet de manger de la viande , à Texçeption de la chair de vache ; les idoles et toute espèce d'images sont exclues de ses temples ; les femmes jouissent d'une sorte d'émancipation. On donne à chaque initié im sabre , Un fusil , un arc, une flèche et une lance, et de plus une tasse d'eau, où l'on fait fondre le sucre avec la pointe d'un poignard.
Cette secte forma bientôt une nation guerrière sous ses gou^ TOUS , chefs spirituels qui luttèrent souvent contre le Grand Mogol, se mêlèrent aux guerres civiles, mais perdirent ensuite tout pouvoir séculier. Le pays se divisa alors entre plusieurs sirdars ou chefs, surnommés singhs ou lions. Ce sont eux qui avaient élevé, sur le trône du Grand MogôI,Mohamme4-Schah, qui régnait en 1739, quand il fut attaqué par Nadir-Schah , le restaurateur de l'empire persan. Après avoir dévasté Delhi, Nadir laissa le trône à Mohammed ; mais il lui enleva les provinces situées sur la rive occidentale de Tlndus.
A peine s*était-il éloigné, que la province de Bérar se détacha de l'empire des Mahrattes. Aoud se rendit aussi indépendant sous Achmed-Schah , successeur de Mohammed (1747); il ed
fut de même du Bengale. Le Mogol se trouvait aiosi réduit à une partie des provinces de Delhi et d'Agra. Sous le règne d'AlIemghir II (1753), Hamed, roi des Abdallis, nation afghane du Candahar, assaillit Delhi , pilla tout ce qui y était resté, et renversa jusqu'aux murailles pour en enlever les pierres. Cette ville fut dévastée une troisième fois par les Mabrattes , sous Djihan-Shaw; ils fouillèrent jusqu'aux tombeaux ; mais le roi de Candahar les ayant attaqués, en tua, dit-on, cinq cent mille. Parmi les gouverneurs musulmans qui, après l'invasion de Kouli-Khan, aspirèrent à se rendre indépendants, Dawoust Ali-Khan, nabab de la province d'Arkot, où étaient situées Pondichéry et Madras, se rendit tellement redoutable, que les radjads implorèrent le secours des Mahrattes.
Cependant des puissances plus redoutables grandissaient sur ces rivages : c'étaient les Portugais, les Hollandais et les Français. Les premiers y avaient pris pied après la découverte du cap de Bonne- Espérance; mais ils n'y avaient pas gagné <ie ter* rain ; et s'étaient vus dépossédés par les Hollandais , qui avaioit alors les plus vastes établissements de l'Asie, des îles de la Sonde aux cotes de Malabar. Dès le règne de François V , les Français avaient tenté de s'établir dans l'Inde; mais, repoussés par les tempêtes , ils ne franchirent pas le cap de Bonne-Espérance. Henri IV établit en Bretagne une compagnie des Indes orientales (1604), qui, après y avoir expédié sans succès quelques navires, ne tarda pas à se dissoudre. D'autres tentatives échouèrent encore , ce qui engagea les armateurs français à se porter plutôt vers Madagascar. Richelieu, voulant ranimer le commerce des Indes , forma une nouvelle compagnie avec de larges privilèges ; cependant elle ne put prospérer. Une autre, instituée par Colbert, avec une dotation de quinze millions et un privilège de cinquante ans , grandit rapidement; mais elle était déjà en proie au désordre quand Law songea à la relever, en lui adjoignant les compagnies d'Occident, de la Chine et de l'Afrique, sous le nom de compagnie perpétuelle des Jndes. Nous avons vu (tome V^i page 25 ) le succès non moins brillant qu'éphémère de cette entreprise : la compagnie survécut au naufrage de Law , et porta ses vues sur Pondichéry, qui avait prospéré ,
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grâce à des efforts particuliers. I>ainas, qui y fut eavoyé comme gooremear ( IT^S), la reodit florissaDte par son administration tout à la fois habile et vigoureuse. Il obtint du Grand Mpgol Mohammed-Schah Je privilège très-avantageox de battre monnaie ; Taequintion de Karikal et de son territoire, acheté d*un prétendant an royaume de Tanjare (1739) moyennant une faible somme et des promesses de secours , fut encore |dus utile.
Les Français avaient formé d'autres établissements dans la presqu^e indienne. Ils s^étaient assuré le commerce du poivre sur les cotes du Malabar ; ils transportaient à Surate les tissus et les bijouteries de Lyon ; on pouvait croire qu^ils allaient rivaliser avecles colonies âei grandes nations maritimes , d'autant qu'ils eurent à la tête de leurs établissements trois hommes d'un grand mérite, Dupleix , la Bourdonnais et Bussy.
A l'arrivés de Dupleix ( 1742 ) , les Européens n'étaient considérés dans l'Inde que comme des marchands; mais lorsqu'il eut étudié le pays, il conçut le projet d'y dominer, et dissimula cette pensée tant qu'elle ne pouvait paraître que folle ou téméraire. Son plan , extrêmement simple , consistait à mettre dés corpç européens au service des princes indiens , persuadé que bientôt ils y acquerraient de la prépondérance. Cest ainsi qu'il parvint à dominer dans le pays de Kamate, puis dans le Décan, sur trente-cinq millions d'habitants , c'est-à-dire sur presque la moitié de l'empire du Mogol , créant ou détruisant à volonté les établitements étrangers. Les Anglais voyaient d'un œil d'envie ceux des Français ; ces derniers n'avaient qu'à favoriser un nabab , pour que leurs rivaux le prissent en inimitié : aussi continuaient-ils de se faire la guerre dans ces contrées , alors même qu'ils étaient en paix en Europe. Après la paix d'Aix-la-Chapelle ( 1748 ), Dupleix reprit ses vastes projets, dans la conviction où il était que la compagnie française ne pourrait lutter contre sa rivale , à moins de prendre pied sur le continent indien. Malheureusement les chefs étaient en désaccord et jaloux l'un de l'autre ; la Bourdonnais, à qui Ton devait la prospérité des îles de France et de Bourbon, au lieu de s'unir à Dupleix , qui méditait la conquête de Madras, voulut se donner la gloire d'enlever seul aux Anglais leur plus riche établissement dans le Coromandcl .
48 COLONIES AROLAItBS.
( 1746 ). Madras était divisée en ville blanche des l^iiropéens, et en ville. noire des Joifo, des Banians, des AnnétûeBS^ des mabométans, idolâtres, nègres, ronges, enivrés. La Bourdon* .nais avait Tordre de son gonyemement, qui ne rnnnaisiaît j^ûnt le jMiys, dene conserver aucune des ecmquéles qui senient&ites : en conséquence, il accepta dix millions de livres pour la nnçon de cette ville. Mais Dupleix, qui en appréciait 4*iniportance, cassa 1^ capitulation, saccagea et brûla la viU6,et yfit •exécrer le nom français. Puis il suscita tant d'obstacles aux nouvelles expéditions de son rival, que la Bourdonnais se re^; il rentra en France, où il fiit misa la Bastille.
n ne pouvait arriver rien de plus à souhait aux Anglais, qui , ayant ràmi des £Drce8 , non^eulement recouvrèrent Madras , mais assiégèrent encore Pondicbéry. La bdle défense de Dupleix , qui contraignit les Anglais à battre en retradtCf cou • ▼rit les torts qulil avait pu avoir.
Madras une fois perdu , Dupleix dirigea ses efiforts sur lé Déean et le Kamate , où plusieurs prétendants étaient aux prises. Au milieu de leurs discordes, il parvint, après des exploits comme ou n*en voit que dans les romans *■ , à donnée le trône .du Décan à Mousa-Fersing, son protégé, qui agrandit coùsidérablement les territoires de Pondichéry et de Karikal , et lui donna Masulipatnam avec ses environs. Mais bientôt la compagnie anglaise , sans déclarer ouvertement la guerre , vint eu aide dans le Kamate à l'adversaire de Dupleix, qui, mal soutenu par ses alUés et par le cabinet pusillanime de Versailles , finit par succomber. Plein de hardiesse au milieu des difficultés, jnépuisable en expédients , il sut se relever. Ses victoires avaient ■ excité un enthousiasme inexprimable en Europe : on disait que les seules terres obtenues de Chandasaeb rapportaient 39 mUlions ; on comptait déjà annuellement sur un revenu net de 50 millions : chimères comme celle de Law. Tous comptes feits,
■ On raconte qu'un officier français, nommé de Laloueb», enfoui . par quatre-vingt mille ennemis, pénétra de nuit dans leur camp avec trois cents de ses compatriotes, en tua douze cents, épouvanta. les autres, et les dispersa sans avoir pe^dn plus de deux spldats.
la compagnie se trouva en perte de 2 millions, et on inculpa Dupleix , comme si Ton n'avait pas dû prévoir que ses vastes entreprises devaient coûter beaucoup , et qu'il faudrait dépenser encore pour en recueillir ultérieurement les fruits. Irrités donc de se voir déçus dans leurs spéculations ( 1753 ) , les directeurs résolurent de lui donner un successeur; et le ministère s*y prêta d*autant plus que les Anglais demandaient son rappel , Faecusant d'attiser la discorde en Asie {itS4 ). Les cabinets de France et d'Angleterre s'unirent alors pour réconcilier les deux compagnies, et les mettre sur un pied d'^alité parfaite de forces , de territoire et de commerce sur les cotes de Coromandel et d'Orissa , voulant qu'elles pussent jouir chacune en paix de ses possessions, sans se mêler aux querelles des princes indigènes^
Dupleix s'indignait que son successeur eût négocié avec les Anglais, au lieu d'employer les troupes qu'il amenait pour assiéger Tricinapali, dont l'acquisition aurait assuré aux colonies françaises et la domination et des avantages immenses. Lorsqu'on voit ce que les Anglais ont effectué depuis, on est porté à croire qu'il conseillait le meilleur parti ; mais il lui fallut obéir. Il avait avancé 13 millions de ses deniers, plein de confiance qu'il était dans la victoire, et elle lui était arrachée. Ce fut donc en versant des larmes qu'il abandonna le théâtre de sa gloire.
A son retour en France, on refusa de lui tenir compte de'ses avances, et l'on intenta un procès à celui qui avait été syr le point de donner l'Asie à la France. Après avoir dépensé ce qui lui restait à solliciter une audience de ses juges, il mourut dans la misère ( 1763 ), cet homme qui avait eu dans sa main les trésors de l'Inde!
La compagnie française possédait alors, sur les côtes d'Orissa et de Coromandel, Masulipatnam avec quatre districts , Pondichéry entouré d'un vaste territoire, Karikal et l'Ile de Chéringam : possessions considérables, mais trop écartées pour se soutenir mutuellement. Le marquis de Bussy, lieutenant de Dupleix, avait soutenu l'influence française dans le Décan, et il eût été bon de confier les choses à son expérience. Au lieu de cela> le
fiO ' COLONIRS A1IGLAI8B8.
eabiiiet français envoya le comtie de Lally (1766), IrtaiMiaig,joffi« cier plein d'honneur et de courage* mais imprudent, et qui n'avait ni le liant ni la modération nécessaire dana des ixmtarées ëioi|;nées, et au milieu de circonstances diflfidlee. Par instinct national, il abhorrait les Anglais , et disait que sa politique ôoasistait dans ces quatre mots : Pius cPAngiaU dans la PJ^inêui€Î Bfak il ignorait les lois, les intérêts, la politique de rinde, el s'obstinait à ne pas écouter ceux qui auraient pu-ren.instruire. Son adversaire Goote, au contraire, homme froid, résolu et modéré^ savait agirsurtoutce qui Tentourait, et profitait des erreurs deTennemi..
Les premiers actes de Lally réussir^t bien; il repoueisa les Anglais de toute la cAte de Coromandel. Mais, tovyours à court de ressources , il ne tira point parti de ses succès ; il s'aliéna par fa rigueur et par les menaces les administrateurs, et cette tourbe d'employés à qui ies abus profitaient :, l'arma, elleroéine se révolta contre lui , et les Anglais bloquèrent Pondichéry. Les castes supérieures dans cette contrée répugnent au travail; les castes inférieures oot des professions déterminées, ôt se croiraient déshonorées en se livrant à une autre : ainsi le portefaix , s'il lui fallait tenir sous son bras uji fardeau qu'il est dans ses habitudes de charger sur sa tête; le soldat, ail eVeusait la tranchée qui doit Fabriter; le cavalier, s'il fauchait l'herbe pour son cheval. Il faut donc qu'une population innombrable suive les armées. Lally, n'ayant pu réunir assez de monde, enrôla par force , sans égard pour les castes et la distinction des travaux \ les habitants de .Pondichéry, leur imposant les mêmes fardeaux, foulant aux pieds tout à la fois (ce qui était sans exemple) Tordre social et Tordre religieux. Au milieu de la discorde, des révoltes, de la famine, Lall)^ résista à des forces vingt fois supérieures aux siennes ; mais enfin» réduit aux dernières extrémités, il rendit la place, et fut conduit prisonnier en Angleterre. La prise de Pondichéry porta le dernier coupa la domination des Français dans Tlnde, où ils ne conservèrent que des factoreries insignifiantes , tandis que le Coromandel et le Bengale firent la colossale grandeur de l'Angleterre. A la paix de 1763, Pondichéry fut restitué à la France, mais en
ruine et avec un territoire insigniflant. La France recouvra aussi Karikal, Chandernagor et ses autres comptoirs dans le Bengale (1769), mais à la condition qu'elle n'y élèverait pas de fortifications. La France avait aussi perdu en dix ans ses établissements d'Afirique, une partie de ceux d'Amérique, et tout le Canada, il en résulta une grande irritation; et comme il fallait s'en prendre à quelqu'un , on se déchaîna contre Lall>\ dont tous les actes furent interprétés le plus mal possible, et qu'on accusa même de trahison. Informé de ces accusations, il obtint de venir d'Angleterre pour se disculper ; et il écrivit à M. de Cboiseul : T apporte ma tête et mon innocence. Cette affaire (chose absurde) fut portée devant le parlement : il s'agissait de campagnes, de sièges, dans un pays et dans des circonstances qu'il ignorait complètement. Lally, absous du crime de lèse-majesté, fut condamné comme coupable d'avoir trahi les intérêts du^ roi et de la compagnie, et abusé de son autorité. Il fut en conséquence condamné à mort ; il fut conduit à l'échafaud à Page de soixante-six ans (1766), avec; un bâillon dans ta bouche. L*arrét fut plus tard cassé par Louis XVI , et la mémoire de Lally fut réhabilitée.
Mais revenons aux affaires de l'Inde. Souïa-al-Daoula, qui régnait dans le Bengale, à BeharetàOrissa,ennemi déclarédes Anglais, surprit Calcutta, leur principale factorerie, peut-être, à l'instigation des Français ; et cette place fut obligée de se rendre ^ 1756). Comme il y trouva peu d'or et de marchandises, il crut qu'on les avait cachés ; et, pour forcer les prisonniers à lui découvrir leurs trésors, il les enferma dans un cachot privé d'air et de lumière , qu'on appelait V Enfer noir, et où, dans l'espace de douze heures, cent vingt-trois périrent étouffés. Les Anglais de Madras frémirent à cette nouvelle; et l'amiral Charles Watson, dirigeant aussitôt sa flotte dans le Gange , fondit sur Calcutta qu'il emporta d'assaut.
Robert aive (1725-1774), fils d'un petit gentilhomme du Shropshire , avait comme tant d'autres passé aux Indes , où il rencontra toutes les contrariétés réservées aux caractères énergiques . Ce nouveau Cortès possédait , comme le conquérant du Mexique, la force de résolution , la promptitude à prendre un I arti , la rapidité à exécuter ; il savait inspirer son enthousiasme
6) COLONUSAOLÂIAU.
iux soldats, imposer aux étrangers, agir de son propre tnoovement, et pourtant faire don à sa patrie de oe qu^ anâtecmquis sans die. Parfeou au commandement de l*amiée, // ne etmoient pas (fe se tenir sur la défensive, di^il; atiaguonê / et il liTra bataille au ûirouclie ïiabdt)^ qui périt dans l'action. Son général Blir-Djafifier., qui devint son successeur, paya deux millions de livres sterling aux Anglais , aao;ooo à lord Clive, avec une pension de 66,000. Mais les vainqueurs ne s*arrètèrent pas là ; et la fiiiblesse du nabab amenant de leur part de noavelles exigences,, il fut réduit à leur abandonner, pour sdreté des paye^ inents auxquels il s'était obligé , trois districts voisins de Calcutta, qui formèrent le noyau de leur futur empire. Puis, lorsquMl en vint à résister à leurs prétentions , ils le renversèrent , et mirent à sa place Cossim-Ali-Kban, qui leur abandonna deux autres distdcts , et récompensa largement les fiiuteurs de la révolte. Humilié aussi de sa position, il voulut se soustraire au joug : il augmenta son armée, et, tombant à l'improviste sur les Anglais , il en fit un grand massacre. La France et l'Angleterre venaient , à cette époque , de reprendre les armes ( 1757) ; mais la compagnie française, au lieu de s^unir aux princes du Bengale contre leurs communs adversaires, adopta une neutralité pusillanime ; elle refusa des secours à Souïa-al-Daoula. Ce nabab ayant donc succombé, les Anglais, devenus riches et puissants , poussèrent vivement la guerre , pour effaoeiv l'humiliation où Dupleix les avait réduits; et Ton vit avec étonnement quelques bataillons européens triompher des Immenses armées de deux confédérations ( 1760).
Le Grand Mogol Schah*Alem H avait été chassé par les Mahrattes de Delhi même, la derDÎère ville qui lui fût restée, ils avaient mis sur le trône son (ils Dejwan-Boukt. Le Mogol déposé proposa à la régence de Calcutta , si elle le rétablissait dans Delhi, de lui donner Gazipore et Bénarès, qui ouvraient le Bundelcond, dont les diamants étaient un objet de convoitise. 11 n'en fut pas tout à fait ainsi. Mais Clive négocia un traité de paix , par suite duquel les Anglais consolidèrent et accrurent leurs possessions, et obtinrent du Grand Mogol Tinvestiture des devanies du Bengale, de Behar, d'Orissa, qui comptaient
dix inillioDS d'habitants, et donnaient un revenu net de 3G millions de francs.
Clive, s'étant transporté à Madras ( 1761 ), comprit que l'heure était arrivée pour TAngleterre de se rendre maîtresse du pays; et il écrivit à la compagnie : « Voici le moment de « décider si nous prendrons ou non le pays tout entier pour
a notre compte L'empire du Grand Mogol (je n'exagère
« pas ) peut être demain en notre pouvoir. Ces peuples n'ont « d'amour pour aucun gouvernement; leurs armées ne sont ni « payées comme les nôtres, ni commandées, ni disciplinées. Une « poignée de troupes européennes suffira non-seulement pour « nous défendre contre tout prince indigène , mais pour nous « rendre maîtres , et redoutables au point que ni Français , ni « Hollandais , ni aucun autre ennemi , n'osera s'attaquer à nous. « Tout nabab dont nous prendrons le parti deviendra infail- H liblement jaloux de notre puissance, ou envieux de nos pos- « sessions; l'ambition, la cruauté, l'avarice, ne cesseront de « conjurer notre ruine. Chaque victoire ne nous vaudra qu'une « trêve momentanée; tout nabab déposé sera remplacé par « un autre qui , dès qu'il pourra entretenir une armée , fera « comme son prédécesseur, c'est-à-dire deviendra notre enci nemi.., 11 faut donc que nous soyons les nababs au moins «de fait, sinon de nom... peut-être même, sans déguise- « ment , de nom comme de fait. »
Ce n'est donc pas seulement au machiavélisme des Européens qu'il faut attribuer leurs succès rapides en Asie,'mais à l'empire presque immédiat qu'une volonté bien arrêtée acquiert sucdes gens flottants et désunis comme l'étaient ces nababs, ces soubabs, ces radjahs, qui> après avoir obtenu à prix d'or leurs possessions d'un despote imbécile, avaient besoin du courage et de^ l'avidité de soldats étrangers pour se détruire entre eux. Les Anglais eurent l'art de masquer leur domination sous de vieilles formes indigènes , en maintenant un soubab national; de sorte que les Indous croyaient recevoir du Grand Mogol les ordres qui , en réalité , venaient de Calcutta.
Mais les Anglais ne s'étaient point mesurés encore avec leurs adversaires les plus redoutables. De Delhi à Tomboudra s'é-
tendait la confédération des Mahrattes : c*est ainsi que Ton appelait une ancienne tribu du Décan, originaire des montagnes du Mahrat , dans le Visapour ; c'est à cette- tribu qa'appartenaient peiit-étre les pirates qui, dès le premier siècle de Fére vulgaire, infestèrent les mers de Flnde. Population de bandUSi, ils fournissaient de cavalerie excellente les princes de. la Péninsule, et appartenaient à la caste des vaUhyas va marchands; mais le père de Sevâdyi , soldat d'aventure au service du roi de Visapour, qui avait reçu de ce prince un ja^^ir dans le Kiirnate, avec le commandement de dix mille hommies, sortait de celle des hhatriyas ou guerriers ( 1645), Le jeune Se- ¥adji, ayant attiré près de lui , par sa valeur,, un grand nombre de braves , sortit avec eux de Pounah , son pays natal; la eontrée montu^ise qui s*étend des frontières du Guzarate jusqu'à celle du Kanara, pays moins civilisé, lui foitmit auaû des bandes intrépides qu'il réunit en corps de nation. Il conquU une partie du Visapour, ainsi que la forteresse de Sultana ; et Aureng- Zeb ne lui ayant pas opposé des forces sufBsantes , il se prodama radjharmajab ou souverain (1674); puis il occupa tous les ports de la côte occidentale du Décan , à l'exception de ceux qui appartenaient aux Portugais ou aux Anglais. Aureng-Zeb fit la paix avec son fils , en accordant aux Mahrattes le dixième de tous les revenus du Décan , qu'ils furent autorisés à faire percevoir par des fermiers héréditaires préposés par eux. Jabon , petit-fils de Sevadji , étant devenu vieux , abandonna le gouvernement (1717) à son premier ministre {peîschwah), qjoi de ce moment devini; une espèce de majordome, héréditaire.
Les troupes indigènes n'étant pas payées , les princes du pays confiaient certaines contrées à des chefs militaires , avec l'obligation de pourvoir à l'entretien des troupes : quiconque jouissait donc d'une réputation de valeur trouvait facilement des mercenaires , dont l'appui l'encourageait à.usurper l'autorité; bientôt il était en mesure de renverser l'ancien roi , ou de se ûiire céder par lui l'exercice du pouvoir.
C'est ainsi que s'éleva Haïder-Ali ( 1718-1782), qui d'une eonditiou des plus humbles parvint au gouvernement de Mysore,
et ensuite à la souveraineté ; on le surnomma à cette époque le Frédéric de P Orient.
Ainsi, à la guerre que s'étaient faite entre eux les Européens succéda (1747) la lutte des Anglais contre Tlnde musulmane. Haïder-Ali, avide d'entreprises, se rendit maître du Bengalore , et laissa ce paysnu radjah de Mysore dont il fit son vassal, et qu'il défendit contre les Mahrattes. Mais, soit pour sa propre sûreté, soit par motif d'ambition, il s'empara de Sénngapatnam, capitale du Mysore. Il se trouva posséder un revenu de cent dix millions , deux cent mille soldats , dont vingt-cinq mille cavaliers, et un corps de douze cents Français. Avec un art admirable , aidé par son fils Tippoo-Saïb, il conclut un traité aux portes de Madras même , et aux termes duquel le nabab d'Arkot , créature des Anglais , dut abandonner la ville d'Dscotta avec sa forteresse, et lui payer un tribut de 1 million 400,000 livres par an.
Les Anglais eurent à cœur d'effacer cette honte , en faisant dans rindostan des expéditions heureuses. Ils s'y rendirent maî« très en effet de Ck)Ea et d'Allahabad , qu'ils cédèrent^ comme souverains, au nabab d'Aoud, en l'obligeant à un tribut de 2ô millions. Avec l'or de ce nouveau vassal ,.ils firent la guerre à Eohilkenda, et, l'ayant soumis , réunirent son territoire > à celui du nabab d'Aoud, en augmentant son tribut de 4 millions, et en se réservant la province de Bénarès, ville sainte, dont la possession leur permit de s'étendre jusqu'à l'extrémité du Bengale.
De tels sucoès les enhardirent de plus en plus.; et, ne dissimulant, plus la conquête ,v ils imposèrent leur volonté pour loi, donnèrent aux indigènes leurs nationaux pour juges et pour administrateurs; enlevèrent toute autorité au soubab, qui, tributaire de la compagnie et placé sous sa dépendance, fut dépouillé du droit de faire la paix et la guerre, de nommer ses ministres , de commander ses troupes , d'administrer les finances, de rendre la justice à ses sujets. Considérant le pays comme une mine, le peuple comme une marchandise, les Anglais ne visèrent qu'à exploiter à fond leur conquête. Mais la tyrannie porta ses fruits : un grand nombre de. cultivateurs.
ft5 C0L0NII8 AHOIAISKS.
ruînés'par les ieitonions, laissant dépeuplés et en firiehe des terrains fertiles; beaucoup de tisserands en soie s'estropiaioit ou se mutilaient, ^utôtque de subir les avanies niuqueUes les nposait' leur industrie. Les métiers restèrent (mû , el la'iéeoHe diminua. liO monopole de la société a?ait détroit riodostrie nationale, qui produisait ces belles étoffes recherchées en Ocddeiit depuis des siècles ; et le pays fut appauvri , tout en absorbait l'argent de l'Europe et de l'Amérique. De toutes les msurdiandises anglal8es.apportées dans le Bengale, les munitions* de gdem fiir^t les seules qui éproufèrent de l'augmentation^ Les fiiminés, les épidémies étaient provoquées par l'insatiable atîdilé des ■monopoleurs : on en dteun qui, arrivé nu dans le pays, eùffij^ 14 millions en Eiirope. Une cormption ignoble s'introduisît partout; elle se mêlait à la politique, aride de ces présents dandestins qui toujours ont joué un grand ri)le dans la diplomatie orientale , et que la loi put restreindre, mais non prohUier.*
Il n^existait point de lois qui protégeassent les personnes, point d'autorité qui pût se) faire respecter. L^enûmcede rindnatrie empêchait tout développement de la richesse publique ; et un peuple qui différait tant de TEuropéen par la langue, les usages, la religion, était rançonné pardes gens que Téloignement de leurs mandataires mettait' à l'abri de toute responsabilité. On cherchait à se procurer un emploi dans l'Inde, pour amasser à la hâte quelques centaines de mille livres sterling, et retourner épouser ed Angleterre la fille d'un pair, acheter un bourg-pourri^ et faire figure.
Qu'eût pu faire unçhcf honnête en pareille situation .\Gependant, sous son apparente richesse, l'Inde s'appauvrissait toujours; l'argent] se trouvait dans la main d'un petit nombre de gens qui approchaient les Anglais , et qui ne songeaient qu'à pressurer de plus en plus le pays. Une sécheresse désastreuse détruisit la récolte du riz, principale nourriture de ces contrées, et les spéculateurs accaparèrent le reste; si bien que les plus riches eurent peine à se procurer de quoi vivre. Au milieu de cette horrible famine , les liens de la société furent brisés , mais, ceux de la superstition résistèrent ; car on n^osa tuer les animaux , et le bœuf , la vache disputèrent impunément leur pâture
à des gens qui mouraient de €aim. Trois ou quatre millions d'iiabitants périrent au Bengale.
Avec un territoire si riche et si vaste, avec le privilège du commerce deFOrient et des exactions insatiables, la compagnie fut cependant obligée de solliciter un secours d'un million et demi sterling , au lieu de payer à ses actionnaires le dividende de douze et demi pour cent qu'elle leur avait promis.
Elle avait pendant dix ans tiré annueUement du Bengale 36 millions, sans compter 200 millions pillés parles exacteurs. Mais la source de tant de richesses était épuisée par les guerres, les révolutions, les extorsions; les habitants échappés à la famine étaient dans la dernière misère ; et pourtant les directeurs, dont Tintérét bien entendu eût été de chercher à remédier à de telles extrémités, déclarèrent , dans leur lettre générale de mars 1771 , « que Is'était le bon moment pour profiter, par-tous les moyens possibles , des avantages que promettait la possession du Bengale. » Tant il est vrai que la spéculation mercantile est sans entrailles !
Ces misères étaient ignorées en Angleterre, où ne parvenait que le bruit des victoires de Clive, d'autant plus vantées qu'elles contrastaient avec les revers éprouvés en Amérique.
Mais dans l'Inde des bruits horribles couraient sur son compte; il passait pour faire un ignoble monopole du bétel et du tabac , du riz même , l'unique aliment du paj's, et pour commettre les abus de pouvoir les plus révoltants. Burgoyne en porta plainte contre lui en Angleterre, où Clive , qui avait gouverné la moitié d'un monde à son gré, sans compte à rendre à qui que ce fût, fut contraint de s'expliquer tout 'haut comme citoyen. Sa santé en fut altérée , et , retiré de la société, consumé par une maladie de foie , il mourut à quarante-neuf ans. C'est un nom qui ne périra pas; car, sans autre maître que le besoin et le péril » CKve sut devenir grand général , grand administrateur, et s'ar- ' réter à temps. L'histoire est encpre dans le doute sur ses torts.
Ce fut à cette époque que le parlement songea à modifier la constitution de la compagnie , dont il convient de parler ici. Les actionnaires , à l'origine, se réunissaient de temps à autre pour leurs intérêts , et , en se séparant , ils chargeaient un comité d'expédier les affaires courantes. Les moindre intéressés y avaient
hS G0L0NIB8 AROLAISBS.
accès comme les autres ; mais, après l'acte d'unkm, il Calkt un capital de 500 livres sterling pour assister à rassemblée des actionnaires, et de 3,000 pour foire tiartîe-du comité. Un président-et un ?ice-président dirigeaient les délibéraliDni, oà Ton élisait les directeurs annuels. Des convocations génésales avaient lieu en man, Juin, septembre et décembre, etenoutHB toutes les fois quMl en était brâoin , même à la reqiiéte de neuf actionnaires. La cour des vingt-quatre directeurs se réunissait q[uandellelejugeait bon,et la présence de treize de sea raembiei suffisait pour valider ses opérations. La cpmpitgnie étwt. donc modelée sur la constitution anglaise. Les pro|uriétaiiai d^Ktions correspondaient à la nation , Imirs assemblées au corps éledon^ ; et le président, assisté des directeurs, au roi et au pariement. Les directeurs se partageaient en dix comités de ixMTea|Mmdance , de procédure, du trésor, de magasinage^ de eomptabilité, d'achats, de navigation , de commerce ; il y en avait on en outre pour Tintérieur et un autre pour lainirveillanco,, .
Dans les trois présidences de Bombay, de Madras et de €alcutta, indépendantes les unes des autres, l'autorité suprême appartenait à un gouverneur, assisté d'un conseil dontles membres étaient pris à* l'ancienneté, parmi les employés civils delà oom* pagnie : chaque décision était adoptée à la majorité des voix. Gomme le président et les conseillers pouvaient cumuler plusieurs charges, ils se réservaient les plus lucratives. La compagnie entretenait une armée recrutée en Angleterre ou parmi les déserteurs des autres colonies, et composée aussi d'indigènes (cipayes) , qui se plièrent à obéir à des officiers européens.
Quant au commerce , celui des tissus^ qui fut toujours le principal , avait pour agent un secrétaire (banyan ) , qui se transportait sur les lieux avec un -caissier et quelques serviteurs armés. 11 prenait un certain nonibre d'employés subalternes qui, se distribuant, datis, les différents postes, s'y installaient avec des domestiques armés et autres gens de service. Ces agents traitaient avec les courtiers, et ceux-ci avec les picars, qui enfin négociaient avec les tisserands ; ainsi il y avait entre ceux-ci -et la compagnie cinq intermédiaires. Le tisserand, comme il airive toqjours, hors d'état d'acheter les ustensiles et les matières, et
de se nourrir durant le travail , cherchait des avances à gros intérêts : lorsqu'il avait fini sa pièce, il la portait au ban} an, qui la déposait dans un magasin. La campagne terminée, le banyan et ses agents examinaient chaque pièce , et la payaient au tisserand , avec unjrabais de quinze, vingt et vingt-cinq pour cent sur le prix convenu : en un mot , le banyan était Fannean de communication entre les deux peuples. Les riches indiens achetaientcetitreà grand prix ; c'était un moyen de trafiquer pour leur eompte sous le nom anglais. Les. marchands libres, c'està-dire eeux de la compagnie, avaient le privilège de trafiquer dans le pays sous leur propre nom , maisen prêtant serment d'habiter eux et leurs familles dans le lieu désigné par la compagnie , et de n'éerire ni fiadre écrire jrien, touchant le commerce de la compagnie dans l'Inde» à d'autres qu'à la cour des directeurs.
Le système judiciaire, organisé en 1726, comprenait quatre espèces de tribunaux : chaque présidence eut une cour de maire ( major's court) , une cour d'appel , une de première instance , et un tribunal des quatre sessions , qui réunit les attributions des juges de pau et autres juridictions inférieures. Deux tribunaux rendaient en outre la justice aux indigènes selon leurs lois , l'un au criminel et l'autre au civil; le président nommait ou;destituait les juges, à sa volonté. La compagnie voulut étendre son pouvoir sur tous lessujets britanniques établis dans l'Inde, qu'ils fussent ou non ses agents; elle obtint à la fin que quiconque y aborderait sans son autorisation pût être renvoyé comme infrac^ teur de la loi. On avait déjà débattu en Angleterre la question de savoir si une compagnie privilégiée pour le commerce pouvait exercer la souveraineté , et si ses acquisitions ne revenaient pas à la nation. Il paraissait étrange, en effet, que la qualité d'actionnaire dans une société conférât le droit de se faire conquérant et législateur. Le parlement ne décida rien, moyennant l'obligation prise par la compagnie de payer 400,000 livres sterling de plus que par le passé.
Cependant les guerres ruineuses et la mauvaise^dministration épuisaient la compagnie : chacun ne songeait qu'à piller. La dette s'éleva à 220 millions de francs, sans compter les dettes particulières des quatre présidences, tandis que le capital ne dé-
passait pas en tout 120 millions. Le parlement vint à son aide (1773) en réduisant les dividendes à six pour cent, et it changea en outre Torganination intérieure de la société. Un gouverneur général , nonimé pour cinq ans , dut résider au Bengale \ avec un conseil de cinq membres désignés pacla compagnie et institués par la couronne. Les autres présidences relevèrent de ce fonctionnaire , et ne purent faire ni guerre ni traités sans son assentiment. Tout porteur d*une action avait d'abord droit de voter dans l'assemblée générale : il fut restreint à ceux qui en possédaient 4eux. Les directeurs furent nommés pour quatre ans, et durent être renouvelés annuellement par quart. -
Un tribunal suprême , formé de magistrats anglais et bdépendants du gouverneur, fut institué pour décider en dernier ressort, d'après les lois et coutumes britanniques : contradiction fondamentale avec le droit national. Les Bengaliens voyaient des gens armés traverser leur pays pour prêter main-forte à Texécution de sentences fondées sur des lois qu'ils n'entendaient pas, et pour opprimer les mindars , c'est-à-dire les anciens feri&iers héréditaires, devenus depuis grands propriétaires, et révérés comme les derniers restes des princes nationaux. Blessés dans leur religion et dans leurs coutumes , les Indous s'opposaient souvent par la force à ces exécutions, et le sang coulait; en sorte que le parlement se détermina à changer cet ordre de choses.
Le privilège fut continué à la compagnie pour un temps limité, à la charge de payer à l'État 400,000 livres sterling , et de sou^ mettre tous ses actes au gouvernement.
Les trafiquants s'en revenaient en Europe avec des richesses immenses, que la renommée grossissait encore; aussi les actions montaient-elles énormément. Mais lorsqu'on veut que l'arbre donne des fruits , il ne faut pas en dessécher les racines. Le Bengale, épuisé, ne produisit plus le revenu habituel. Aussi la compagnie aurait-elle fait faillite , si le gouvernement ne lui eût avancé 31 millions et demi.
Warren Hastings, devenu gouverneur général (1772), essaya d'opérer quelques réformes. Frappé du désordre des finances, il chercha à les rétablir , en supprimant les dépenses inutiles et
ies charges excessives , en diminuant les frais de perception , en centralisant Tadministration davantage ; enfin en instituant des cours provinciales pour s'opposer aux abus. Il fut contrarié par ceux-là dont il voulait réprimer les excès; les expédients auxquels il recourut convenaient peut-être au caractère indien, maisrépugnaientaux idées anglaises ; cela le rendit impopula^ire, et tons ses actes furent pris en mauvaise part. On voulait conserver Fintégrité du territoire, et on lui interdisait la guerre ; puis on lui en imputait les résultats : on lui demandait sans cesse de l'argent, et Ton désapprouvait les moyens immoraux à l'aide desquels il s'en procurait, comme en vendant l'alliance et les armes de la X^rande-Bretagne à des tyrans ou à des ambitieux. I^e parlement anglais, par son intervention continuelle dans des affaires qu'il ne connaissait pas, augmentait le mal. Hastings sut limiter la conquête et l'agglomérer; mais il n'y avait rien alors de stable , aucune idée arrêtée ni sur la politique extérieure , ni sur la constitution intérieure. 11 n'y avait point d'argent , point de pouvoir, surtout point d'opinion publique. Soit donc pour son profit particulier^ soit pour n'avoir plus à lutter contre les mécontents, Flastings laissa les choses retomber dans leur ancien état.
Enfin , les plaintes des malheureux Indous furent entendues en Angleterre (1783). Charles Fox, alors ministre, proposa à lat chambre une réforme; mais tous les moyens, bons ou mauvais, furent mis en œuvre pour la faire échouer. Pitt, arrivé après lui au ministère, parvint à faire passera bill de l'Inde^ qui attribua au roi la nomination des directeurs , avec six conseillers sous la présidence d'un secrétaire d'État , auxquels la cour des directeurs eut à transmettre toute sa correspondance avec l'Inde. Le gouvernement central fut cx)mposé d'un gouverneur général et de trois conseillers, que le roi pouvait destituer. Toute conquête ou agrandissement, toute alliance offensive ou défensive avec les princes indiens , furent déclarés contraires à Ithonneur et à là politique ; du reâte , une grande liberté fut laissée au gouverneur. général , sous sa garantie personnelle. Mais si un pjireil accrofssement de force portait remède à certains maux , on reconnut plus tard qu'il avait de graves inconvénients. ^
Les sujets anglais relevaient des cours d'Angleterre pour les délits commis dans Tlnde, et les divers gouverneurs pouvaient faire arrêter et transporter en Angleterre tout individu suspect. Une nouvelle cour de justice fut instituée à Londres pour coiph nattre des concussions , des exactions et des actes de violcoice commis dans Tlndostan. Hastings fut cité devant cette cour, et son procès est resté au nombre des monuments judiciaires les plus curieux. Sheridan, orateur déjà fameux de la chambre des communes, attaqua le nouveau Verres dans un discours improvisé qui parut le comble de l'éloquence ( 7 octobre 178S ), et, contrairement à l'usage, il fut salué par des applaudissements redoublés. Burke, Fox, Pitt, s'accordèrent à dire que jamais on n'avait vu , dans les temps anciens ni modernes , un exemple pareil de la puissance du génie et de l'art pour agiter et dominer les esprits. La mise en accusation d'Hastings devant la chambre des lords 6it donc votée, et la parole de Sheridan l'y poursuivit avec moins de fougue , mais avec plus d'insistance. Burke , en développant les charges, retraça l'histoire de l'Inde, de ses coutumes, et des horribles souffrances qu'elle avait subies. Au moindre retard de payement, les propriétaires étaient jetés en prison, et réduits à emprunter à usure pour rembourser les billets qu'ils avaient été forcés de souscrire : ils payaient ainsi jusqu'à six cents pour cent. Ceux qui ne pouvaient s'acquitter étaient appréhendés ; on leur serrait les doigts avec des cordes, et Ton y enfonçait des clous et des épines. D'autres étaient liés deux à .4deux par les pieds et suspendus la tête en bas ; puis on leur appliquait la bastonnade sur la plante des pieds , jusqu'à ce que les ongles s'en détachassent ; on les frappait sur la tête , à tel poiot que le sang leur coulait par la bouche et par les oreilles; enfin, lorsque l^ur corps était déchiré par les coups , on les frottait avec le suc d'herbes vénéneuses. Tels étaient les traitements que Devi-sing (c'est ainsi que les indigènes désignaient Hastings) faisait éprouver aux Indous, sans parler des angoisses morales que le pèreetle fils éprouvaient lorsque, liés ensemble pourétre fouettés, l'un ne pouvait se garantir des coups sans y exposer l'autre. Le sort des femmes était pire encore, arrachées qu'elles étaient à leur chaste retraite, pour être exposées nues à des violences brutales.
Un frémissement d'indignation et de pitié se propagea de FAn^eterre à toute l'Europe, et retentit jusqu'en Asie; mais les enquêtes demandèrent tantde temps, que ce procès était déjà de?enu impopulaire quiànd Hastings prononça sa défense : il dura de 1786 à 1795 , et se termina par racquittementti'Hastings. Indemnisé de ses pertes et délivré de ses longs tourments, il acheva ses jours fort paisiblement . '
Beaucoup de personnes contestaient non-seulement à la compagnie, mais à l'Angleterre elle-même, le droit d'envahir l'Inde, et principalement Fox, Burke, Sheridan : c'était la c<Hiséqu.ence des principes philanthropiques qui retentissaient partout alors. Pitt avait donc à défendre les conquêtes par la parole, en même temps que d'autres les armes à la main ; et les héros marchands, en rentrant dans leur patrie, y trouvaient, au lieu du.triompbe, «me accusation. Le ministère lui-même. condamna à plusieurs reprises les agrandissements de territoire ; mais pouvai^ il en être autrement ? Chaque pays soumis avait un État voisin qui devenait son ennemi, et attaquait s'il n'était attaqué; battu , il réunissait d'autres troupes , et revenait à la charge : de là la nécessité de le détruire , et on se mettait ainsi en contact avec un nouveau voisin , qui devenait un nouvel ennemi.
Charles Gomwallis ( 1802 ) , successeur d'Hastings^ partit avec la résplution déclarée de rétablir la paix et de la coniserver ; mais son administration fut en contradiction perpétuelle avec les sentiments et les idées qui l'avaient rendu populaire, et avec les siennes aussi. Au lieu d'obéir en tout au parlement, if s'affranchit de son autorité ; au lieu d'économies , il fit d'énormes dépenses ; au lieu de ramener la paix , il s'agita dans une guerre incessante. Mais comme on gouverne plus par le caractère que par l'intelligence , il se concilia les esprits : tout de sa part paraissait juste; et, bien qu'il manquât de grandes qualités tant militaires qu'administratives, il fît voir comment l'honnêteté peut aller de pair avec la politique. On lui vota une statue, et une pension de cinq mille livres sterling.
A la fin du siècle dernier, le gouvernement des Indes offrait une situation extérieure très-brillante; mais l'administration
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intérieure était dans un état effrayant'. Là,- comme dans toute l'Asie, le territoire appartient au souverain : eelui-ci le concède au cultivateur, moyennant une contribution qui alimente les caisses du gouvernement indo-britannique, béritier des anciens maîtres du pays. Point donc de division en grands domaines, comme dans la féodalité; mais un morcellemeat en petites tenures, que le fermier subdivise encore entre de pau* vres gens.
Le gouvernement établit un impôt sur le premier , le premier sur le second , et celui-ci sur le troisième , qui, accablé par le poids, n*a pas même de quoi acheter une poignée de riz dans un pays si fertile ; et tous , comme en Irlande , meurent de fiiini. A côté de ces classes malheureuses il en est de privilégiées : les brahmes , qui ne font rien ; les fermiers de certaines terrés exemptes d'impôt ( lakhiradjars ) ; les marchands des villes ; les grandes familles musulmanes , et ce qui reste de noblesse indigène. Ce sont autant de corps divei^ sans lien commun ; ajoutez-y en outre ceux qui sont issus de sang anglais et de sang indien , et qui forment encore une classe à part.
Les sujets britanniques vivent encore plus séparés du reste, ne pouvant ni acquérir la bieuveillanee des populations indoue et musulmane, ni changer les habitudes qui protègent leur indolence et leur apathie. Les parents refusent d'envoyer leurs enfants à l'école , et font plus de cas du dernier pundit que de tous les savants de la Société asiatique. Le petit nombre d'indous qui étudient savent mille choses inutiles , le calcul des slokes , les minuties dé la grammaire , de la prosodie , des cérémonies des temples et de leurs divinités ; mais ils n'ont aucune science applicable. Les brahmes et les khiradjars sont trop in-
' En 1793 et 1794 , les revenus des Indes étaient de 8,276,770 livres sterl.; les dépenses, de 6,633,931 ; mais cet état prospère ne dura pas; et, en 1798, les revenus étaient de 8,059,880; les dépenses, de 8,178,620. A la lin de radministration de lord Weliesley en 1806, les revenus étaient de 15,403,409; les dépenses, de 15,672,017. Ainsi la dette, qui en 1793 était de 15,962,743, s'élevait, en 17Ô7, à 17,059,192, et, en 1805, à 31,638,827 liv. sterl.
téressés à les maintenir dans leur ignorance et dans leur condition d'autrefois.
Ainsi les Anglais, près de terminer la conquête commerciale et politique de Tlndoustan , n'étaient pas plus avancés qu'aux prenders jours dans la conquête morale et religieuse. En voyant cette haine des races indigènes pour ses conquérants , Halder-Ali, qui depuis deux ans faisait inutilement la guerre aux Mahrattes, conclut la paix, et s'allia contre l'ennemi commun avec le nidzam de Décan et avec les Français, que la guerre d'Amérique avait mis aux prises de nouveau ïivec l'Angleterre. La compagnie se sauva par sa promptitude dans ces circonstances i»itiques. Elle attaqua ( 177a) les établissements français de Chandemagor, Karikal et Masulipatnam ; elle réduisit Pondichéry à capituler, et en même temps elle réveilla adroitement les vieilles haines des Mahrattes et du nidzam contre l'usurpateur du Mysore. Cependant Haïder ne se montra pas effrayé : il dévasta le pays de Karnate, et prit Arkot; mais il fut forcé de battre en retraite devant de nouvelles forces, et du même coup il se vit arracher Calcutta et Mangalore; sa flotte fut détruite. Le général anglais Eyrê Coote lui fit essuyer plusieurs défaites, mais sans le dompter^ et des renforts français relevèrent sa fortune.
Tippoo-Saîb , son successeur, continua la guerre avec des succès mêlés de revers. Puis , lors de la paix entre la France et l'Angleterre (1783), la première recouvra Pondichéry, Karikal, Chandemagor; et la Hollande, ses anciennes possessions, moffls Négapatnam qui resta aux Anglais.
Tippoo-Saib, demeuré seul, désira la paix , qui fut signée en effet ( 1784) avec la compagnie anglaise à Mantgalore; les conquêtes et les prisonniers furent restitués des deux parts. Alais Tippoo-Saïb baissait les Anglais autant que son père : plus fier et moins intelligent que lui , il se crut choisi par le prophète pour exterminer dans l'Inde les Nazaréens, et les poursuivre jusqu'aux enfers. Il répétait qu'il aimerait mieux vivre deux jours tigre que deux siècles agneau. Le tigre était son symbole; il le mettait partout, et il en avait plusieurs apprivoisés autour de lui. 11 aimait la guerre pour elle-même, surtout coq-
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tre les Européens , par fanatisme religieux. Prodigue et avare, astucieux et violent, indolent et énergique, il b*écait constant que dans son courage et dans son amour pour set ei^HitB. .
Tippoo-Saîb, pour atteindre son but^ se serrit de Taîde des Français , qui , au fort de la Révolution , cherdiaient partout des ennemis à 1* Angleterre. Il trouva des officiers françaft pour discipliner ses troupes et diriger son artillerie. 11 avait aorfied soixante mille hommes et tin grand nomlnre d'alliés. Bona^arts fit passer, du Caire dans Hnde, de pompeuses proolamaëons , où il annonçait qu'il allait ;renir pour y briser la t^nmoîa britannique. Lorsque ensuite la bataille d^Abouklr eut fiût avorter oes espérances gigantesques et les grands desseii» que Napoléon se croyait destiné à accomplir eh Asie, lordMomÎBgton, ^ouver^ neur de Tlnde , cessa de niénager Tippoo-Saîb, et ne manqua pas de prétextes pour marcher sur le Mysore. La lutte Cnt ardénle, mais ne resta pas longtemps douteuse.
Les premières déûiiter abattirent TAme superstitiMiié de Tippoo-Saîb, qui, renfermé dansSéringapàtnam, Ait tnéancooh battant comme un soldat ( 1799). Alors tout le Mysore subit le joug des Anglais, et la seule puissance qui pût y seconder la France se trouva anéantie.
Ils prirent dans la famille dépossédée par Ha'ider un âmtôme de prince dont ils firent un radjali , pour déguiser rusorpation. Mais l'Angleterre n'en avait pas flni avec toutes les r^istances de Fbide. La confédération des Mahrattes occupait neuf cent soixante-dix milles, du nord au midi , et neuf cents, de la baie du Bengale au golfe de Cambodje ; elle comprenait quarante millions d'âmes , dont un dixième de musulmans , le reste d'Indi^QS, distribués eh cinq Ëtats, souslasouveraineténominale du radjah de Sattara. Nous avons dit plus haut comment le peschua, espèce de majordome, s'était substitué en fait à ce radjah; mais lui-même fut subjugué par Maadji-Scindia. Le père de ce dernier était chargé de garder les babouches que le peschua laisse à la porte en entrant chez ses femmes. Son maître, sortant un matin dé leur appartement, le trouva endormi, mais tenant les pantoufles serrées $ur son sein. Ce dévouement à son devoir lui valut de l'avancement; et son fils, qui lui succéda
dans sa charge , affecta longtemps de porter à sa ceinture une paire de babouches , en souvenir de son origine. Il grandit sous une humilité feinte, et finit par être assez puissant pour lever une grosse armée , disciplinée par un officier savoyard /nommé de Boigne. Il convoitait Delhi , quand il y fut appelé par Schah- Alem, dernier héritier d'Aureng-Zeb, pour Farracher à la tyrannie de son ministre Goulam , qui Pavait dépouillé et rendu aveugle. Scindia counit à son aide , et fît périr l'usurpateur dans une cage, après Favoir mutilé. Mais il retint Fautorlté , et ne laissa au monarque aveugle que la ressource de vivre d'aumônes.
Son successeur, Daoulet-Raa-Scindia , marcha sur ses traces, et se confia entièrement aiix Français. S'il eut le tort de laisser consommer la ruine de Tippoo-Saïb, il refusa de partager ses dépouilles. Les Anglais comprirent par là qu'ils n'avaient rien à espérer de lui; ils firent donc savoir au peschua qu'ils lui prêteraient assistance, s'il voulait s'affranchir du joug de son puissant sujet. Le colonel Wellesley, qui s'était déjà signalé dans le gouvernement de Séiingapatnam, et qui, sous le nom de lord Wellington, devait tant aider un jour à la restauration des Bourbons , fut envoyé pour rétablir oe peschua. Excellent général et politique habile dans ces contrées où chaque conquête mettait aux prises avec un nouvel ennemi, il poussa la guerre contre les Mahrattes, dont la puissance fut écrasée dans la plaine d'Argam (29 octobre 1803); et l'Angleterre , mattnesse des Indes, ayant transféré du sud au nord le centre de son autorité , s'étendit jusqu'au territoire des Séikhs.
Les deux chambres cependant ne cessaient de blâmer le système des conquêtes ; il fallut y substituer celui du protectorat et des alliances ; mensonge qui contraignit de laisser aur vaincus leurs mauvaises administrations, sans toutefois éviter la guerre. Les successeurs de Wellesley, lord Comwallis ( 1804), puis George Barlow (1805), se promettaient de ne plus conquérir, de consolider la paix , et pourtant furent toujours entraînés à la rompre. Lord Minto (1813) revint à la politique active de Wellesley. Hastings, son successeur tl823), répétait qu'il fallait conserver à force ouverte ces sources de richesses. A peine arrivé dans rinde , il prévit une crise prochaine, et s'y prépara. Les
Gourkas menaçaient la frontière orientale des possessions britanniques ; les Pindarris la partie septentrionale ; les Mahrattes et les Radjepoutes épiaient Toccasion de secouer le joug. Hastings anéantit les Pindarris , réduisit un grand nombre de radjas à se soumettre à l'Angleterre; et la confédération mahràtte tomba du même coup. La compagnie ainsi régna directement sur les deux tiers de la Péninsule, et sur le reste par voie d'influence. On revêt du pouvoir nominal quelque famille souveraine; mais il est exercé de fait par un résident anglais , qui commande un corps de troupes recruté parmi les naturels, sous les ordres d'officiers européens. Juge des contestations internationales , comme le Grand Mogol dans ses beaux jours , il ne rend compte qu'à son gouvernement.
A peine lord Amherst eut-il succédé à Hastings , qu'il lui fallut porter la guerre dans le Birman , vaste empire despotique, formé de ceux d'Ava , de Pégou , de Mounnipour, d'Arakan et de Ténassérim ; situé entre le Thibet au nord , la Chine et Siam à l'est , la baie de Bengale et les établissements anglais au couchant, Malacca au midi. Les Birmans vaincus virent bientôt leurs frontières largement entamées ( 1826 ).
L'empire indo-britannique une fois poussé si loin, il fallut l'organiser. Bentink s'y appliqua ( 1828 ) sans recourii* aux moyens extraordinaires de la guerre , en luttant contre les difficultés intérieures, et contre un déficit de plus de 13 millions sterling. Il fit tout examiner publiquement; il régla radmmistration, réprima les bandits, combattit les coutumes barbares, telles que le sacrifice des veuves; fit des conquêtes dans l'Inde centrale, voyagea beaucoup, introduisit la navigation à vapeur et la liberté de la presse.
Au milieu de ces vicissitudes on arrivait à mieux connaître le pays ; et la relation de Holwell détruisit une partie des préventions qui existaient contre ces populations. Les philosophes s'en emparèrent, pour montrer la supériorité du culte indien sur le nôtre. On exagéra l'antiquité des livres sanskrits ; on déclama contre la civilisation, qui porte ses ravages au milieu des nations voisines de cet état de nature tant préconisé , et qui , <//sait-an, jouiraient d'un bonheur parfait, si la superstition n'avait
aussi introduit parmi elles ses atrocités. D'autres se mirent à étudier ces peuples avec une intelligence patiente. Ou découvrit une langue extrêmement ancienne, riche en monuments inestimables, qui Tinrent partager la vénération vouée exclusivement aux classiques grecs et latins ; des édifices admirables par leur antiquité et par leur beauté; des doctrines qui devançaient de plusieurs siècles les inventions dont F Europe se glorifie le plus. En 1784, William. Jones fonda à Calcutta la Société asiatique, pour publier les ouvrages originaux des peuples de Flnde, approfondir leur histoire et leurs croyances. Il y eut bientôt des imprimeries, des journaux, ainsi qu'une académie de médecine et un jardin botanique, dans la colonie danoise de Serampour, à cinq lieues de Calcutta, résidence de missionnaires qui s'occupent de la conversion des Indous. Il a été publié des éditions de la Bible dans les différents dialectes de l'Inde , sans compter les classiques de cette nation.-
Les Anglais ne sont point allés dans l'Inde pour y trouver la liberté religieuse, comme dans l'Aniérique septentrionale, ou pour y faire des conversions, qnais pour y chercher la richesse. Ils y portent leur roideur de marchands, et des habitudes choquantes pour ce pays. Leurs femmes , au lieu des vêtements pompeux de l'Orient, y portent des toilettes passées de mode en Europe, et qui sont dans l'Inde incommodes et ridicules. Les hommes mangent et fument tout le jour, vivent isolés , pour se dispenser des convenances; et ils se livrent à ces fantaisies excentriques , déjà communes dans leur patrie. Ils exigent le respect des indigènes, tandis qu'eux ne respectent rien dans leur conduite extérieure. Ils mangent des mets défendus, laissent leur femme sortir au bras d'un autre, dansent pendant l'été, chantent à table, et se livrent à toutes sortes d'actes qui sont autant d'abominations aux yeux de ces peuples.
Au milieu de cette nature exubérante qui fait que tout se trouve chez eux dans la proportion de notre cheval à leur éléphant, les Indiens aiment l'extraordinaire. 11 leur faut des canons énormes, une poésie immense, une mythologie à millions de dieux, des fêtes de peuples entiers. Les Anglais ont, au con« traire, un culte prosaïque, des airs compassés, des habitudes
sans grandeur, une économie étroite, des qualités Jouables, maÎB minutieuses.
L'esclavage subsiste encore de fait dans rinde. Le lopnopole du sel pèse lourdement sur des populations qui ne vifont que de vitaux. I^ pays , d'indusl^riel qu'il éxmt , est devenu «grîcold ; on lui envoie des tissus d'Europe, et on lui demande da sosn, du cotpn , surtout de l'opium , dont la culture est imposée par ime et rapporte très-peu. Aussi, loin d^absorbw l'argaot de VEnri^ c'est l'Inde, au contrake , qui en exporte. 14 goureroeiMit^anglais ne fait point de travaux publics pour le biea de Unis : il en résulte que des ruines remplacent les palais , et que leadia* cals errent aux lieux que les hommes ont désertés.
L'Indou est encore, comme il y a un siècle, comme il y. en a vingt, {>aresseux, insouciant , routinier. On ne trouve fm mh coxe dans sa demeure une chaise , une table, une cuiller^. une fourchette. Il couche sur une natte, et c'est à peine b*t1 a asses de linge pour en changer une fois : nous parknis des nches. Les autres n'ont que la terre, pour lit, et vont à peu près nus. L'orfèvre se sert encore des instruments les plus grossiers pour finir, grâce à une patience incroyable, des ouvrages qui font l'admiration de TEurope. Le laboureur brise la glèbe avec une. bêche longue à peine de deux pieds', ce qui l'oblige à se tenir courbé. 11 blanchira continuellement sa maisoii , mais ne balayera pas la poussière sur l'aire où il dépose sa récolte ; et ce n'est qu'après avoir terminé cette toilette de son habitation qu'il aura quelque soin de l'intérieur. Il ménagera un filet d'eau pour son champ de riz , et il ne s'occupera pas du conduit qui le lui amène ; il tremblera à l-idée de périls imaginaires, et s'endormhra sur le chemin où passent le tigre et le serpent. Il épargnera sur sa nourriture et ceUe de sa famille , puis il vendra les bijoux de sa femme et de sa fille pour s'engager dans un procès, pour acheter témoins et juges, seul moyen qui lui semble efficace. Mais, tandis qu'il soutiendra un procès sans fin pour la valeur d'un centime , il verra sans s'émouvoir son voisin assassiné à ses côtés. Lorsqu'il viendra à marier sa fille, celui qui s'était réduit à l'eau et à la ration de riz prodiguera tout , invitera parents et amis, musiciens et danseurs. 11 se procurera de
l'argent à trois pour cent par mois pour régaler ses convives, les. héberger tous pendant quinze jours, et les renvoyer habillés de neuf de la tête aux pieds : l'usage de la caste le veut ainsi.
Les enfants vont à Técole tout nus , et écrivent encore sur la poussière devant la porte. Celles que les Anglais ont établies n'enseignent que leur théologie et leurs lois nationales , aGn de former des magistrats ; mais sans les préparer à une réforme fondamentale , qui exigerait la suppression des castes. Or, les Anglais ont résolu , au contraire, de les respecter. Lord Bentinck affranchit les Indous de la peine du fouet , alors qu'il la maintenait pour les Européens, ce qui dut augmenter cliez les premiers Torgueil de leur supériorité. Quand des troupes^ indigènes et anglaises sont eifibarquées ensemble, il est très-sévèrement prescrit à celles-ci d'éviter tout contact avec les cuisines des Indous. On laisse chaque caste préparer séparément ses aliments. Jusque dans les chapelles des missionnaires protestants, lé brahmine et le khatrya sont séparés du soudra et du paria; -et Ton dirait qti'à ceux-ci il n'est enseigné du christianisme que l'obligation de s'humilier, et de pardonner les injures. Or, qu'est-ce que le christianisme- sans son dogme fondamental de régalité ?
Cependant les Anglais sont arrivés à faire cesser les sacrffîces de veuves, l'infanticide, l'association meurtrière des Tadjis. Le nombre des métis va croissant, et des aventuriers européens épousent des princesses. Il y a peu de temps que lord Hardinge déclarait que les emplois seraient donnés au concours, à ceux qui auraient le mieux profité, dans les écoles, des cours de langue etde littérature anglaises. Les Indous consentent à s'embarquier, malgré leur préjugé contre la mer, et à se laisser transporter au delà du Gange. Pourquoi donc n'entreprendrait-on pas de détruire le préjugé bien plus funeste de la séparation des castes ; de les soumettre au même code , aux mômes tribunaux ; de les mêler dans les écoles, dans l'armée, dans les emplois; de les admettre surtout sur le même pied à la communion de la parole céleste et du pain consacré?
Sans cela , les Indous seront à jamais incapables d'émancipation; et si par aventure ils étaient arrachés à l'Angleterre,.
71 GOLORIU AHOLAISIS.
•elle les aurait laissés dans rimpoisibilité de ie gouvenier vnèam. I^es enfants qui naissent dans llnde^e ^aranU angiaii meurent presque tous; il s'ensuit qnil ne fomm Janm se former une Inde anglaise. Noua afons m qoe-la goene epntre Hyde^Ali et contre la France avait obligé la eanpvgnk.dn taîdes de réelamer du gouvernement un prêt de 900,a6o livrai sterl. On avait songé alors à Téiorroer aon stalnt : Ml créa, «0UI le ministère Pitt , le tnêreau dm contrôle powrkê tiffaimê êm /iMfes , composé de six memlms du ministâre auxqoela fmnt soumis tous les aetes militaires et eivils, quoique la compagnie restât encore souveraine quant au wmaxfot. La dette ne dkûnua pas pour<sela;et, en 1799, la compagnie se tfoovaiten déficit de 1, S 19,600 livres sterlmg. Lonqu*dle se fiit iigrandie des États de Tippoo-Seûb et de ceux des Mahrnttes, le revenu territorial, qui, en 1797, était de 8 milUoDS de Unes sterling, s*éleva à 16 millions en 1806^ la dette .«ugmcnti en proportion, car le déficit monta à S^MO^OOe livrtis slff^ ling , et ne fit que croître depuis. Le privilège de la compagnie expirant au mois de mars 1814, on accorda , sous certaines réserves, la liberté de trafiquer dans Tlnde à tout bâtiment moindre de 350 tonneaux , en laissant à la compagnie la domination du pays et le commerce avec la Chine jusqu'en 4831. I^ compagnie n'éprouva nul pr^udice , et ses affaires prospérèrent alors : elle avait encaissé, en 1824, 13,215,300 livres sterling, et elle n'en avait dépensé que 9,490,777 : ainsi elle se trouvait en bénéfice de 3,724,523 livres sterling , malgré la guerre des Birmans.
Robert Peel soumit à la chambre des communes, en 1830, les arrangements pris entre le ministère et la compagnie « pour garantir aux habitant? de ces régions lointaines la jouissance de leurs droits , de la liberté individuelle et des fruits de lair industrie; les dédommager des souffrances et des injures passées , les consoler, à force de bienfaits, de la perte de leucindépiendance. »
Parle statut de 1833 , la patente de la compagnie fut prp- ■ longée de vingt ans ; non plus toutefois comme association , commerciale , mais comme société du gouvernement , autorisée
à percevoir les impôts jusqu'en 1854 , et à régler les revenus de squ 9neienue conquête au moyen d'une cour composée de vingt-quatre directeurs , sous la surveillance du conseil d'État. Ses propriétés mobilières et immobilières furent attribuées à 1a eoiironne^ mais on lui en laissa l'usufruit pendant toute la durée du privilège. Son capital de 6 nûllions de livres sterling est divisé en actions , .qui peuvent être achetées par tout le monde.
Ici se termine l'histoire de la compagnie des Indes , mais non tous les embarras que ses conquêtes ont causés à TAngleterre. Les déclamations contre son esprit envahisseur sont devenues un lieu commun. Cependant en aucun pays on n'opéra avec autant de publicité ; tous ses actes ont été d'abord exposés aux attaques de l'opposition , puis soumis à des enquêtes. Son histoire nous révèle comment un premier pas entraîna inévitablement à un second , et comment chaque conquête donna un nouveau voisin qui bientôt devint un ennemi qu'il fallut combattre , jusqu'à ce que sa chute mit le vainqueur en présence d'un ennemi nouveau.
Les Anglais espéraient, il y a peu de temps encore, que l'Indus, sur lequel ils croient ayoir le droit que la Providence donne à l'intelligence et à la justice sur l'ignorance et la force brutale, pourrait devenir pour leurs possessions une litnite et -une barrière, en même temps qu'une voie commerciale; on supposa qu'il traversait des contrées riches et paciûques. Afin de reconnaître son cours et de l'ouvrir à la n^vigajtion européenne , ils y envoyèrent une expédition, dont Alexandre Burnes nous trace le récit.
Situé entre l'Himalaya , l'indus ^t la. Perse , l'Afghanistan a été. la route choisie par tous les conquérants. Les peuples qui l'habitent se donnent pour les descendants des huit tribus juives transportées dans ce pays par les Perses. Le système asiatique se conserve chez eux , et Burnes y a connu un prince qui avait eu soixante enfants, et ne pouvait se rappeler combien il lui en restait de vivants. Les Afjghans avaient conquis la Bactriane et le Hérat jusqu'aux rives de l'Oxus, et poussé au midi jusqu'à l'Océan ; après avoir franchi l'Iudus , ils soumirent le
HI8T. DE CKHT ANS. — T. iV. 1
74* C0L0?ÎÏES ANGLAISES.
Kachemire, et firent des excursions dans le Pendjab. L'Afghanistan compte au plus quinze millions d*habitants ; car la population y va décroissant comme dans tous les pays mâhom^ns; on n'y trouve que cinq villes : Peschauer, rapprochée de Tlndus; Kandahar, capitale de la partie occidentale ; Kaboul , de celle du nord ; llérat , près des frontières du nord-ouest; Ghaznah , qui donna naissance à Mahmoud Gaznévide, le premier musulman qui envahit Tlnde. Les tribus des Ghilzis et des Douranis s*y disputaient la prééminence dans le siècle passé. C'est à la dernière qu'appartenait Hamed-Schah , compagnon de Nadir, qui , ayant conquis tout le pays , se couronna roi â Kaiidahar, et transmit à son fils Timour l'empire qui fut appelé des Douranis. C'était le plus puissant de l'Asie , après la Chine ; car il avait 364 lieues du nord au sud, sur 480 de l'ouest à Test. L'Indus, à l'est, le sépare de Tlndoustan ; il est joint à la Perse par une langue de terre cultivée à travers un désert de sable. Les quatre fils de Timour se disputèrent ce royaume, qu'ils perdirent; et Mahmoud Kamram conserva seulement Hérat. Tandis que Dost-Mohammed , chef des Barouksis , s'établissait à Kaboul, un de ses frères prenait possession de Ghaznah, un autre de Kandahar, et tous trois restaient ennemis.
La ruine des Mahrattes et de l'empire mogol (1763) profita non-seulement à Haîned, mais encore aux Séiklis. Ayant attaqué les Afghans, ils en vinrent à s'emparer de Lahore, qui leur assurait la possession de tout le Pendjab ; ils firent de leurs conquêtes douze principautés indépendantes ( misait ) sous des chefs particuliers ( sirdars ), qui se réunissaient deux fois Tan en assemblée générale, pour délibérer sur les intérêts communs. On sentit bientôt les inconvénients de cette organisation dans les guerres qu'ils se firent entre eux, et auxquelles Randjit-Sing {roi lion) dut son agrandissement. Voyant TAfghanistan en proie aux discordes et ce qu'une volonté ferme y aurait de chances de succès, il fil de Lahore le centre de ses opérations. 11 s'entendit avec lord Lake, gouverneur général des Indes, trop heureux de s'assurer au moins de sa neutralité au moment où il avait les Mahrattes sur les bras. Randjit-Sing s'empara alors de quelques ferrifoires des Afghans, et il introduisit dans son armée l'orga-
nisation militaiFe des cipayes. Il put ainsi s'ériger en protecteur des autres sirdars, et réduisit sous son obéissance toutes les provinces situées sur la rive gauche de T Indus, entre autres le Moultan et le Kachemire. L'Italien Ventura et le Français Allard , anciens ofiieiers de Napoléon, initièrent ses troupes à la tactique européenne.
Secondé de la sorte , il proûta du moment où les Anglais combattaient les Birmans , pour passer Tlndus ; et lorsque la dynastie des Douranis venait d'être renversée par les Barouksis, après une guerre civile qui avait épuisé les Afghans , ae jetant au milieu de ce conflit, il leur porta le dernier coup par la prise de Peschauer.
Si nous en croyons les généraux Allard et Ventura, l'armée de Randjit-Sing fut portée de 3,000 hommes à 84,000, dont 20,000 de troupes régulières, avec 376 pièces de canon et 370 escarpines, transportées à dos de chameau. Les revenus étaient évalués à 125 millions de francs, sans compter un tirésor particulier de 250 millions. Il n'y avait ni institutions politiques, ni lois écrites, ni système d'administration et de justice : tout y dépendait du caprice du souverain et de la fortune! Il avait pour lui le pi'estige qui entoure la puissance ; quant au peuple, il croupissait dans la superstition et l'ignorance^ avili par l'exemple dé Randjit-Sing, qui ne connaissait ni probité bi pudeur, et ne mettait point de bornes à ses passions.
A sa mort ( 1839), le trône fut occupé par Shere-Sing, sou fils illégitime , honune résolu, mais sans frein. Le ministre Dhyan- Sing, l'ayant fait assassiner, extermina la famille détrônée; mais il fut tué lui-même par Adjet-Sing, dont la main avait consommé tous ces meurtres.
Sous lessuccesseurs chancelants de Randjit-Sing, les Afghans auraient pu s'avancer jusqu'à Delhi, s'ils n'eussent été tenus en respect par les Anglais, qui avaient réuni aux trois présidences de Bombay , de Madras et du Bengale, celle d'Agra, beaucoup plus voisine du Pendjab. Les Séikhs, grands amateurs de procès, y portent souvent leurs contestations à juger. Or, craignant que leurs ennemis ne s'emparassent d'un territoire fertile qui leur appartenait, et qui forme la limite orientale du Pendjab, ils char-
76 GOLOniBS ANGLAISIt.
gèrent les Anglais de le défendre, leur abandonnant en retoor la sueœsslon de tous ceux qui moarraientsanthéritlert. L'ophna et Tean-de-vie multiplièrent bientôt les déeès, à ce point qoelefe Anglais ne tardèrent guère à se trouYer les niattras do pkya ; et ils y établirent un fort , avec nO surintendant. Us prirent im influence dominante sur les Séikhs , au grand d^ilaialr de Dost-Mobammed ^ qui , à la tête des forces râuniës dé la Pose et de l'A^banistan, épiait le moment de tombôr sur les Séiklii, détestés des Afghans, tant par motif de rdigion qa^ niaoti de leur indépendance.
L'intérêt des Anglais est évidemment qu'aucune antre poissance ne prenne pied dans l'Asie centrale, bien que leitr bm ne soit point d'y pousser leurs conquêtes; mais les intrignes de la RuÂsiè les obligèrent à passer rindus en 1813; pour taftettre Schah-Sotidja sur le trône afghan. Ils commirant nneCuite en voulant, non pas conquérir TA/ghanistan, mais loi fnpoaar un prince méprisé, et en s'aliénant ainsi- Do8t*Mdbaninied, ; qu'ils auraieîft dû plutôt fortifier comme barrière eontre Ibb ' Russes. Mohammed alors se tourna vers là Russie, qui envoya des officiers avec l'aide desquels les Persans mirent le nége devant Hérat ( 1838 ). L'Angleterre se vit contrainte de prendrs les armes et de renverser Dost-Mohammed, contre le vœu ûo pays.
Guidés par Burnes, héros infatigable, le premier Européen qui ait ren(ionté Tlndus, les Anglais conquirent le Sind(1839); mais les montagnes dii Bosan leur opposèrent de graves diïficol- ' tés et un froid meurtrier. Les Hindous ; chez qui se réveilla le fanatisme religieux, firent comme les Russes à Moscou : ils ^ retirèrent en détruisant tout, et entraînèrent ainsi les Anglais dans l'intérieur. Mais la perspective d'une première conquête servait d^xcuse à leur témérité ; et ils prirent pied dans le Kaboul, qui est le point d'intersection des deux grandes routes qui joignent -la Perse à Tlndoustan.
La chute des valeureux afghans découragea toute TAsie
centrale; mais, trois ans après, Kaboul se souleva ( 2 novembre
}842) ': Bûmes fut massacré; cinq mille hommes résistèrent
pendant deux mois à cinc[uante mille insurgés , sans feu, sans
vivres et sans rounitions : ce fut à p^ine si quelques individus épars purent s'échapper.
Le pire de cette défaite, ce fut la nécessité de se venger, de conquérir, de s'étendre. Lord Ellenborough, en prenant le gouyemement des Indes, avait désapprouvé son prédécesseur lord Aukland et sa politique agressive, protestant de sa ferme résolution de se renfermer dans les limites du territoire. Mais il fallut pourtant faire la guerre aux Afghans pour relever le prestige tombé. Le drapeau anglais flotta bientôt de nouveau à Kadboul, puis il se retira volontairement. Mais quelle frontière donner à rinde anglaise? Fallait-il s'arrêter aux déserts qui séparent le Sind de Tlndostan ? Cependant ce pay^ domine Tembouchure de r Indus et le commerce de toute l'Asie centrale. Ellenborough reconnut donc la nécessité de le réunir à l'empire. Le Sind, situé entre l'Afghanistan, le Pendjab, le stérile Bélouchistan et la mer, était gouverné par des émirs indépendants, protégés, depuis 1838, par des traités avec les Anglais. Mais Ellenborough chercha des prétextes ; il chicana les émirs, et réduisitles traités à des stipulations de servitude ; enfin, il réunit le Sind aux possessions britanniques ( 1844 ). Les accusations graves s'élevèrent à ce sujet contre lui,, et il fut rappelé pour avoir à se justifier devant des juges ; mais il semble que la Grande-Bretagne soit obligée fatalement de s'agrandir malgré elle dans ces contrées. A peine se fut-elle retirée de l'Afghanistan, que Dpst-Mohammed rétablit dans le Lahore tout ce qu'elle avait détruit; il en exclut ses monnaies, et réorganisa l'armée.
A peine un nouveau gouverneur, lord Hardinge, eut-il mis ie pied dans l'Inde avec les intentions les plus pacifiques, qu'il eut à recommencer la guerre. Tant que l'Angleterre espéra trouver parmi les Séikhs un chef capable de réunir les débris du sceptre de Randjit-Sing , elle s'abstint d'envahir leur pays. Mais voyant le désordre s'accroître, et le despotisme militaire s^tablir, elle passa l'Indus, assujettit le Pendjab après une bataille^où elle essuya peu de pertes, et conclut une pabc glorieuse. Aux termes de la convention de Koussour ( 18 février 1846 ) et des modifications postérieures, le royaume de Pendjab fut conservé; cependant tout le territoire entre le Bedjali. l'Indus et
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FHimalaya, y compris les provinees de Kacheoiire et de Hazara, fîit cédé aux Anglais. Lord Hardinge trouva investi dîme partie de cette acquisition Goulab-Sing en qualité de vizir, et il'lttsia Fautre à son ancien possesseur. Uarmée séikhe fiit réduite à vingt mille hommes, après l'abandon aux Anglais di» tous les canons qui avaient servi contre eux; et le payement d*une indemnité de 13 millions et demi, fixée d'abord à tï mUlioiis et demi. Mais ces débris d'États ne pouvaient longtemps se mainteîiir contre le voisinage européen.
Les intrigues et la guerre recommencèrent en effetdèsl849; et, par une nouvelle conventiim avec Goulali^-Sing, le royaume des Séikbs fut supprimé d'un trait de plume, et le Peiyab tout entier fut incorporé à l'empire indo-britannique.
Gq^endant la Eussiet repoussée avec tant de vigilance di l'Asie centrale, s'avance avec la Perse jusqu'à Hérat (1844), occupant ainsi depuis la mer Caspienne jvKqu'ft l'Indus. Kosk est aussi sous son influence, ainsi que toute la Transoxianifi Ce paysobât à Nasir-Oullab, qui, soutenu par là Russie et aecoedant ses desseins, s'est substitué aux petits princes, et exerce une tyrannie farouche s sous le masque d'une profonde dissimulation, dont Bûmes fut la dupe. Ainsi la Russie agit de force ouverte ; l'Angleterre ne songe qu'à grossir ses recettes '^ m l'une ni l'autre ne cherchent à civiliser. Mais le contact de ces deux colosses multiplie les éventualités de guerre. Ëst*ce au food de l'Asie que se décidera la grande question de leur rivalité?
Aujourd'hui l'empire indo-britannique s'étend sur un territoire de sept cents lieues au moins , surface égale à celle de 1» moitié de l'Europe. Il a cent cinquante millions de sujets immédiats; il en a quarante-sept millions sous son protectorat, sans compter ses acquisitions isolées sur les côtes méridionales de l'Ava^ L'armée anglaise qui y est employée se compose de 287,000 hommes , dont 60,000 Européens. Le revenu annuel, en IB40, 1841 et 1842, produisit 2j ,239,417 livres sterling; il
' 11 suffira de citer la Khannh-Khava , c*e8t-à dire Mange-iifi^ où les prisonniers sont dévorés par des puces de mouton qu'on y conserfe exprès.
s'éleva à 22 millions lorsque le commerce de l'opium eut repris son essor; ce fut cette question de Topium, Tune des sources de richesses de Tlnde^ qui poussa l'Angleterre à faire la guerre aux Chinois, ce peuple dont voici Toccasion de nous occuper.
La Cliine fut de tous temps un foyer de doctrine , de civilisation et de commerce pour l'Asie orientale. On fait remonter son origine aux premiers temps du monde; ses traditions non interrompues de quarante siècles révéleraient non-seulement l'histoire des peuples orientaux , mais encore les causes des migrations qui , depuis Odin jusqu'à Gengis-Kban, se précipitèrent sur rOccident. Contemporain de tous les peuples', oublié par le temps, qui ne Ta ni vieilli ni renouvelé, ce peuple forme une chaîne vivante entre le monde actuel et l'antiquité la plus reculée.
On peut considérer la Chine comme une famille patriarcale qui par son développement est devenue un grand empire, mais sans changer de caractère et dont toute l'organisation dérive de la loi primitive de l'obéissance filiale ; si bien que chaque maison y forme un petit État , et que l'État lui-même n'est qu'une maison immense, régie par les mêmes plrineipes de sociabilité et soumise aux mêmes dievoirs. L'individu se perd dans la fismiille, la famille dans le royaume, sans ^ue les privilèges de caste ou les droits du sacerdoce parviennent à décomposer cette unité. L'autorité paternelle y passe aisément a la tyrannie, n'y étant point mitigée par ce sentiment d'amour qui nous fait regarder nos enfants comme d'autres nous-mêmes. En Chine, en effet, l'empereur occupe tout l'intervalle entre le ciel et la terre ; il peut tout ce qu'il veut , et lui désobéir n'est pas seulement un acte de rébellion, mais une impiété. Aussi a-t-on vu certains empereurs s'abandonner à tous les excès ; enlever les cliamps de leurs sujets pour agrandir leurs jardins ;
9ô LÀ GHINF.
les mettre à mort par caprice, par (daisir, ae fmtanl- d'are dans Tempire ce qa'est le soleil dans le monde, et indeattiielibles comme loi.
Il en est q[al ont attribué nniqnement à œ deqwtiame dèmeatiqoe la durée de ce grand empire : il auhdt bien phitAt bâté sa ruiné , sans la grande instituti(m des lettrés, qui fidt de la science FéobeHe qui conduit à toutes les grandeurs. Venfint le plus dMcur peut, en étudiant, se rendre capable de fobir kg eiamens annuels duis son village, et se présenter à cens qui ont lieu tous les trois ans dans les grandes villes, où fe*obtient le premier diegré. (TeA au dief-lieu de la province qu*3 finft aller cbercher le grade supérieur qui conduit à ^ eertafais emploii; . mab (fest dans la capitale de Tempire et sous les yèoz du monarque qu*On accorde le troisième degré : c*è8t. alon- çi^oii numte sur tt coursier éTor et qu'an Rassied deau la saàe de faspe» ce qui veut dire qu'on entre à l'académie et qn'ôn peut prétendre aux plus hauts empbis. Ces examens sontannoneésà ravance avec une grande solennité; à pdné un candidat a*t-il cueilK le rameau d'olivier odorant, qu'il trouve des pères empressés de lui donner leurs filles, et desministres pour lui ounir la carrière. La vénération des Chinois pour les lettrés remonte aux temps les plus anciens ; elle est si bien enradnée, que malheur à qui foulerait sous ses pieds un papier écrit ! Mais ce né fut qu'au septième siècle que se régularisa cette admirable institution des concours. Il en résulta cette aristocratie littéraire, unique dans le monde, et qui eut pour base non point la possession de la terre, mais les examens. Ces lettrés firent confrepoidB à l'autorité royale , comme les prêtres dans llnde ,- en Egypte , en Chaldée. Le Fils du Ciel , devant qui perscmnè ne se présente sans frapper neuf fois la terre die son front, ne peut crâférér de son chef aucun pouvoir, aucune dignité qu'à ceux qui foi sont désignés par les lettrés. Ils ont dans leurs maiiis tous les emplois; ils restent debout à côté des, dynasties qui croulent. La loi leur attribue le droit de dire la vérité ; aussi leur arrive4-il parfois de lever la tête, et de fra[jper de blâme le despotisme au nom de la doctrine écrite et des traditions des premiers temps, qui commandent au roi dé semer de fleurs la
LA CHINE. Si
route par laquelle le sage vient le rappeler à son devoir et à la réparation de ses fautes; elles lui enseignent que Tamour du peuple donne le sceptre, que son courroux le brise; qu'élever aux honneurs un homme universellement odieux, au détriment de celui que désigne le vœu public , c'est aller contre là Justice , provoquer les, plaintes ; c'est entrer dans le nuage où dort la foudre qui réduit en cendres.
Il est vrai que ces avertissements , ces préceptes , s'adressent , non à la personne céleste de l'empereur, mais à ses ministres; car les Chinois usent, depuis bien des siècle^, de ce [Hrocédé que l'Europe moderne croit avoir découvert, lequel donne pour base aux constitutions une fiction qui tient les rois pour iniaillibles^ et fait les ministres seuls responsables.
L'empereur, fils du ciel , unique gouverneur de la terre , grand-père de son peuple, est en conséquence adoré; et, comme il est inadmissible que deux empereurs puissent exister en même temps sur la terre, toute ambassade est considérée comme uto hommage de vassal à souverain. Quand l'empereur adresse Ja parole à un seigneur de la cour, il doit se prosterner, et aU tendre ainsi les ordres. Lorsqu'il sort, toutes les maisons se ferment; et tous ceux qui le rencontrent doivent détourner le visage ou se jeter à terre , sous peine de mort. L'empereur marche précédé de deux mille satellites qui portent des chaînes, des haches, etautres instruments propres à châtier ses enfants. Eb somme, c'est une idolâtrie politique de l'État, personnifié dans le souverain ; ce qui n'empêche pas qu'au fond de son palais il ne soit souvent dominé par les femmes et par les eunuques. ^
Comme le maître sert toujours d'exemple aux inférieurs , les mandarins et les magistrats font peser leur despotisme sur les provinces. Ils font leurs tournées précédés de bourreaux toujours hurlants, qui, au moindre signe, arrêtent ou assonunent le passant qui a le malhieur de déplaire, ou qui tarde à se ranger contre la muraille.
A l'exemple encore de l'empereur, qui n'est pas seulement pontife pour sacrifier , roi pour gouverner, mail encore maître pour enseigner, les mandarips, qui le représentent, doivent, au commencement et au milieu de chaque mois, réunir leurs su-
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l)ordonii€8, et leur luire uoe instruction sur quelques points que la loi détermine.
11 n*y a ni emplois ni titres qui soient héréditaires, sauf celui des princes du sang et des descendants de Confucius. L'empereur confère la noblesse, non à un individu, mais à ses aïeux. Tout le peuple est divisé eu six ordres : mandarins, guerriers, lettrés, agriculteurs, artisans, marchands.
La justice est gratuite ; les affaires se discutent publiquement; chacun y plaide sa cause, sans assistance d'avocats « profession dont ils n'ont pas Tidée. En matière civile, la procédure est trèseipéditive , et se résout le plus souvent en bastonnade , parfois pour les deux parties. La justice criminelle a plusieurs degrés; toute condamnation capitale doit être approuvée par l'empereur. Tous les supplices ont lieu en automne et à la fois.
La législation chinoise remonte de dynastie en dynastie jusqu'à hi plus ancienne, et forme soixante*quatorze volumes; les missionnaires, de qui nous tenons les informations les plus exactes sur ce pays, ont donné l'analyse d'un code chinois qui embrasse toute la matière, et constitue un document précieux sur le caractère de cette nation. L'ordre en es.t clair, le style simple, tempéré; on n'y reconnaîtrait point l'origine orientale; mais, selon l'esprit qui préside à tous les règlements chinois, il descend à des détails puérils et aux exceptions les plus rares ; sa tendance est de tout régler, de faire intervenir la loi dans tout, et de ravaler la vertu rnénie en la commandant. Il y a punitiou pour celui qui ne visite pas de temps en temps la tombe de ses aïeux; le mâle a droit à part entière dans un héritage, la femme à une demi-part, l'hermaphrodite à une part mixte. Les termes de la loi sont parfois des plus vagues : ainsi celui qui se conduit avec inconvenance et contre l'esprit des lois , sans cependant en enfreindre aucun article , est passible de quarante coups de bâton. Le crime de haute trahison est puni avec une atroce sévérité; et les descendants du coupable sont déclarés infâmes jusqu'à la neuvième génération. Un criminel qui attenta à la vie de l'empereur, en 1803, fut condamné au supplice le plus long qu'on put inventer, et ses enfants en bas âge furent étranglés.
Lechâtiment le plus commun est celui du bambou; puis vient
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le kia, ou collier de bois, qui se porte un mois de suite dans certains cas; et enfin Texil. La série des châtiments décrétés en Chine en 1837 contre les fumeurs d'opium , montre comt)ien Texil y est une punition grave. Le coupable est pour la première fois marqué au front avec un Ter rouge;' la seconde, il reçoit cent coups de bâton sur les épaules , avec trois années d'exil ; il est décapité à la troisième : Texil est donc un châtiment plus grave qu'une marque ineffaçable sur le front. Les autres peines sont le carcan , les soufflets, le hallage des bateaux, puis la strangulation, et la décapitation, qui est réservée aux plus grands crimes. De très-longues détentions ont lieu dans des cachots , qui ont le nom d'enfer et qui le tnéritent ; les femn^es sont remises à la garde de leurs parents les plus proches. Le serment n'est point admis ; mais on a recours à la torture qui consiste à presser les ongles du patient dans un triangle. Si l'accusé ne s'avoue point coupable , il est immédiatement mis à la question, qui augmente jusqu'à ce que le malheureux écrive ou signe la confession du crime. On en dresse alors procèsverbal , et on l'expédie à l'empereur, qui ordonne la poursuite. Si par extraordinaire le tribunal déclare un accusé innocent, il succombe bientôt aux tourments qu'il a soufferts.. Tous les châtiments sont aggravés pour les esclaves.
Le vol simple est puni par le bâton ou par l'exil , selon la gravité du cas. Le traître, le parricide, le sacrilège, sont coupés par morceaux; le père qui tue son fils n'est puni que de la bastonnade. L'homicide simple se rachète à prix d'argent; mais s'il a lieu dans une émeute, le coupable est étranglé , toute espèce de tumulte étaiit châtié avec la dernière rigueur. Aussi les Chinois se querellent-ils des heures entières sqns porter la main l'un sur l'autre ; car toute voie de fait est chose grave. Les paroles outrageantes sont également punies ; car elles portent atteinte à la paix intérieure, que la loi veut assurer à tout prix.
Ainsi ce dont la loi chinoise s'occupe le moins, c'est de faire marcher de pair avec le bien public la liberté individuelle : on pourrait la définir un bon système de police, avec accompagnement de prédications morales. A en croire ces belles maxime ,