‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 53 sur 82 · ENCORE L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ENCORE L'ANGLETERRE

On ne peut s'occuper de FAngleterre sans avoir à parler d*une moitié du genre humain , ainsi qu'il ^arrive à propos de Tempire romain. Au milieu des vicissitudes de ce siècle , TAngleterre n'a rien perdu , et elle a gagné énormément. Elle a des colonies où Ton parle français, allemand, espagnol; tandis qu'aucune puissance n'eu possède où l'on parle anglais. Elle est maîtresse, en Europe, d'Heligoland, de Malte, de Gibraltar, des tles Ioniennes ; en Amérique, du Canada , de l'Acadie , des Lucayes, des Bermudes, d'une grande partie des Antilles, d'une portion de la Guyane , des Malouines et autres tles ; de Falkland et de la Trinité : elle domine la mer des Caraïbes. Elle a en Afrique Bathurst , Sierra-Leone , plusieurs établissements, sur la côte de Guinée , les Iles de France, de Loss, de Rodrigue i les Séchelles, Socotora, l'Ascension, Sainte-Hélène , et le cap de Bonne-Espérance, la plus importante de toutes ces positions. Elle a supplanté la France en Asie; elle est maîtresse de Ceyian, d'un empire de cent vingt-cinq millions d'habitants , qui s'accroît chaque jour ; des îles de Slnghapour, d'une partie de Malacca et de Sumatra. D'Aden , station extrêmement favorable entre Bombay et Suez, et jadis marché considérable de l'Arabie, elle pourra répandre dans ITémen et dans l'Hadramant. les productions de l'Europe et de l'Inde. Elle possède, dans le grand Océan, la plus grande partie de l'Australie, la Tasmanie, les îles Norfolk , la Nouvelle-Calédonie , la Nouvelle-Zélande , les Sandwich. Ses conquêtes vont toujours augmentant, non point par ambition, ce n'est jamais là le défaut de&gouvemements bien pondérés , mais pour sa prospérité intérieure : or, qu'un marché lui soit fermé en Europe, il faut que l'Angleterre s'en dédommage sur l'Indus ou sur le fleuve Jaune. Qui peut rivaliser avec elle en fait de colonisation? qui s'entend mieux à choisir une position qui domine les mers ? qui met plus

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de patience à s'y fortifier ? Jersey et Guemesey lui donnent les defii de la Manche ; Heligcland loi assure les boucbes de TEibe et du Wéser. De son rocher de Gibraltar* elle suweille FEspagne et lescôtes barbâresques, etferme la Méditerranée; Malt» et Corfdu sont ses échelles yersl'Ori^t; de Soeotora, elle domine la mer Aouge, et confine à la côte orientale d'Afrique et à rAbyssInie ; Ormus, Buchir lui assurent le golfe Peniqpieet les deux grands fleuves dont il reçoit les eauiu iyAdiQ,ftatioii des plus fiivorahles entre Suez et.Bombay, et jadis le (lus grand marché de FArabie , elle pourra répandr»dâns KTéoMii 0t FAdramant les productions deFEurope et dellodè^ PuUo-Pinang . la rend matto'esse du détroit de Bialaeoa, . Singapour d« pas>^ sage de ilnde à la Chine; des Oes Mel?ille et Bathurst, elle plonge au coeur de la Malaisie* d*où elle dispute api HoUanduis les épices4es Moluques. Le cap de àonne-Espânnce lui sert de siHtmelle arancée dans l*oeéan Indien, où die tcdne au lei Séchelles et Ftle de France. Sainte-Eélène sert de point da reU-r che an commerce de Finde ; Falkland pourra devenir on jout le Gibraltar dû grand Océan; de la Jamaïque elle surveille les Antilles, et communique avec les deux Amériques. Suez lui ouvrira un passage vers les Indes. Elle travaille à s'établir sur le Nil; elle s'évertue à pénétrer, par le Niger, aux régions inconnues de FAfrique centrale ; elle veut acheter, deniers comptants, de FEs* pagne, les tles Femando-Po et Annobon, qui dominent les côtes de Guinée. La Russie convoite-jt-elle un port sur la Méditerrannée ? FADgleterre s'empare par précaution de Hle Sapienza pour surveiller les Dardanelles. Aussitôt qu'il fut question à» percer Fisthme de Panama, elle en stipula le libre passage avec les États-Unis.

L'Angleterre a des voyageurs intrépides pour explorer, dans tous leurs cours , l'Indus, le Gange, le Brahmapoutra, le Godaverry, le Kisthna , le Cavery , chaque poste , chaque rivage da golfe Persique , du golfe Arabique , et surtout le trajet entre le Cap et la Chine ; elle parcourt avec la vapeur FAmazone et le Niger, et s'occupe de franchir les Andes avec un chemin de fer. Le canal de Pamban lui évitera le long circuit de Geyian; aile doit en ouvrir un autre entre le Gange et F Indus; elle ea

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projette d'autres h travers les isthmes de Suez et de Panama. Sa marine a purgé de pirates les plages de Concan, pour la sûreté des bateaux à vapeur qui viennent de Bombay, et rejoignent aux Laquedives ceux qui rasent le littoral d'Orissa , de Coromandel , de Ceylan et du Malabar.

Pays unique que cette Angleterre, où tous sont libres et où tous obéissent ; où Taristocratie conservatrice tient à faire elle-mém^ les réformes dès qu'elle les reconnaît nécessaires; où les merveil les se succèdent ; où les machines à vapeur suppléent à la forci de cinq cent mille chevaux , de deux millions et demi d'hommes ; où la capitale est plus peuplée que les royaumes de Grèce , de Hanovre, de Wurtemberg, de Saxe, de Norwége ; où Ton jette des ponts , ou plutôt des chemins de fer, à travers des bras de mer; où Ton creuse des passages sous de grands fleuves, des canaux pour des frégates sur la cime des montagnes, des ba3sins aussi spacieux qu'un port, et revenant à des centaines de millions; où un seul pont {fVaterloo-brigde) en a coûté trente, certaines digues cinquante ; où des milliards ont été employés en diemins de fer !

Les deux compagnies du gaz„ à Londres, possèdent un capital de 45 millions. La marine marchande, depuis 1814, a construit 870 navires à vapeur, et compte 30,000 bâtiments^ Gomme si c'était un débouché trop étroit à tant d'activité et de richesse qu'un empire qui comprend près d'un huitième de la surface du globe , et auquel obéit un cinquième du genre humain , l'Angleterre n'en travaille pas à moins spéculer chez les étrangers. Éclatet-il des révolutions dans quelque partie du monde ? l'Angleterre prête ses guinées, résignée à les perdre, parce qu'elle est assurée de s'en dédommager par les avantages qu'en retirera son commerce. Ses compagnies font les chemins de fer et les canaux de toute l'Europe; elles exploitent les mines de l'Amérique. Klle a versé , tant en prêts qu'en spéculations , 400, millions dans l'Amérique méridionale; elle en a donné 30 à la Grèce, 350 à l'Autriche ; sa bourse est une mer dont toutes celles de l'Europe semblent être des affluents, et cet immense amas de capitaux se transforme en agents productifs. Où ne la trouve-t-on pas ? F^t-il un événement ou une situation dont elle ne profite l

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Avec 30 millioas de livres sterling, elle réprime la traite doi nègres ; elle eo dépense autant en missions jeligteosea et en expéditions scientifiques. Elle entreprend de coloniser des rochers arides avec une constance et di» dépenses incroyalileB , dans Tespoir qulls deviendront autant de dél)ouchés pour acm industrie. A peine les ccMraux ont^ls formé un Mot, ^'dle y ariioce son pavillon et y installe une fieiniille. EUe tranaporte sardes plages inhabitées l'écume de ses prisons , et hi«itA€ il a^^ dévè>loppe des colonies florissantes ; beaucoup de parolsiéB, au Hea de faire Tauiiidne à leurs pauvres, les transportent dans les Maldives et dans-quelques autres des liés heureuses de FOeéan, avec la réserve des droits emphytéotiques ^ et ces fies deviennent bientôt rich^ et populeuses. La Tente smile des terras menltes de TAustralie méridionale rapporte des millions. On pent regarder enfin les colonies des autres peuples comme appartenant à la Grande-Bretagne; car ausiRtftt qu*Une gnerre édatflra; Il a» dépendra que d'elle de s'en emparer.

Des économises à courte vue se sont efiGrayéade-ltaûneiaM de sa dette -, et cependant les fonds publics sont toujours regardés comme le plus sâr et le plus commode de tous les placements. Par l'effet des conrersions répétées, l'intérêt de la dette a été réduit de telle sorte qu'en 1860 il aura diminué de 130,000,000 de francs, ce qui équivaut à une diminution dtt capital de 4,330,000,000. La population s'est augmentée, depuis 1815, de près des deux cinquièmes ; les impdts, dçpds cette époque, ont été réduits de plus d'un tiers. L^armée étant peu do chose, et les fonctionnaires publics en petit nombre, aussitôt que la guerre cesse , la dette publique ne grossit plus.

La Russie et rAmériqué du Nord offrent seules une rivalité sérieuse à l'Angleterre; mais elle a l'avantage sur ses rivales p«r la qualité , le bas prix de ses produits , par l'abondance de ses capitaiix , par de meilleures stations maritimes , par le crédit de maisons colossales et de banques dans les pays les plus éloignés, par sa solHcitude à protéger son commerce et son pavillon pa^ tout où il flotte , au moyen d'agents qui font connaître les besoins avec une extrême rapidité, et par son habileté à approprier les produits au goOt, au caprice des étrangers. Les autres na*

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