‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 54 sur 82 · ENCORE L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ENCORE L'ANGLETERRE

tioDS croient venir en aid« à leurs manufactures en excluant soigneusement les Anglais : ceux-ci admettent, tout au contraice, toutes les marchandises étrangères, sans exception. Après avoir vaincu la Chine , ils Tout obligée à ouvrir quatre de ses ports , non pour eux seuls , mais pour toutes les nations.

Les débats parlementaires de l'Angleterre ne se rappetissent pas aune lutte d'homme àiiomme, en vue de so renverser tour à tour du ministère; c'est une lutte de principes Oxes et héréditaires. Les torys, grands propriétaires serrés autour du trône, hommes d'État dévoués à l'intérêt national, servant leurs sem* blables parce qu'ils ont besoin d'eux ; les whigs , voulant la liberté, mais dans une certaine mesure; les dissidents, radicaux de rÉglise ; les anglicans , presque catholiques : tous ont leur plan arrêté de longue date , et soutenu avec constance. L'union les rend forts dans les dangers publics , et tous ensemble combattent pour le bien du pays. En 1828 , une société de wighs fondait l'université de Londres. L'année suivante , une société de torys lui opposait le King*s Collège. De là résultent des hommes convaincus , opiniâtres , et grands par cela même : William Pitt, inlEatigable à l'œuvre et tourné constamment vers son but , plein d'ambition et d'orgueil , mais qui savait néanmoins se conserver intègre , refusait les sinécures , les titres , Tordre de la Jarretière , et mourait presque pauvre ; Wilberforce , qui ne se lassait pas de réclamer l'affranchissement des esclaves; Romilly, qui poursuivait la réforme de toutes les lois; Cobbet, le terrible logicien populaire; Francis Burdett, gentilhomme de la liberté; Brougham, dont la verve ne reposait jamais; Peel , à la parole souple, à l'action hardie, qui ne rougit pas de se dédire, qui proclame qu'il n'y a pas de honte à prendre les leçons de rexpérience, et à corriger ses opinions présentes d après les erreurs passées ; O'Connell enfin ,, l'un de ces hommes qui deviennent une puissance par leur seule force.

La reine Victoria fut couronnée ( 1838 ) avac un faste qui rappelait le moyen âge. Lorsqu'elle parcourut l'Ecosse, on lui prodigua des adulations inconnues même dans les pays d'esclavage. Les salles de banquets \ les théâtres ont retenti longtemps des hymnes et des hourrah en l'honneur de cette jeune reine. Mais

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tout en adorant son sceptre , on Fempéche de l'allonger : c'est que le gouvernement représentatif a reçu dans ce pays tout son développement. Les ministres, forts de leur position, au lieu d'être les agents dociles d'un pouvoir couvert par leur responsabilité, agissent avec hardiesse et conviction, comme expression de la majorité , sans autre contrôle que celui de l'opinion. L'aristocratie, puissante sur les paysans, parce qu'eÙe est presque l'unique maîtresse des terres; sur les ouvriers, parce qu'elle a en main les plus grandes manufactures; sur les pauvres» par l'énorme taxe qu'elle vote et qu'elle distribue; sur le clergé, par les prébendes qu'elle possède ; l'aristocratie se soutient nîalgré tant de révolutions , parce qu'elle est ouverte à tous, et se rajeunit elle-même continuellement, et parce qu'elle laisse le peuple manifester sa pensée. Les gouvernants anglais s'attachemt à maîtriser les faits, sans s'inquiéter de la logique; ils ne proclament point de systèmes généraux, mais ils arrivent, avec le temps et par des détours , là où d'autres n'avaient pu parvenir en suivant la voie directe. Soit nature particulière du peuple, soit longue habitude des soulèvements, des violences populaires, qui suffiraient ailleurs pour renverser une dynastie, sont apaisées en Angleterre par un décret du gouvernement ou par l'apparition d'un magistrat. Quand la France en fut réduite à recourir aux barricades et à l'effusion du sang pour reconquérir ses libertés, l'Angleterre trouvait dans sa constitution les moyens légaux pour atteindre le but : refuser l'impôt tant que le pays ne serait pas satisfait ; et tout cela dans un gouvernement plein de respect pour la personne du citoyen et pour la légalité, où le dernier des paysans, comme le premier des lords, peut dire : Je suis sujet du roi, et roi dans ma maison.

Au-dessus de celte liberté domine la loi universelle , immuable, imposant à la fois aux intérêts et aux affections : des pétitions couvertes de deux millions de signatures se taisent tout à coup devant le vote de la chambre ; des assemblées de deux cent raille hommes se dissipent sur l'injonction d'un shérif. L'Irlande adorait O'Gonnell , mais elle le laissa conduire en prison ; les juges le condanmèrent , et pourtant ils versèrent des hanues et se levèrent pour le recevoir. H ne faut rien moins

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que cette longue habitude d'obéir à la loi, pour que le peuple se résigne à endurer tant de privations à côté de tant de prodigalités, et à contempler, Tëstomac vide, les caprices delà satiété etdeTenîiui.

Mais r-Angleterre est-elle aussi bien assise~qu*elle est^mposanté? A Tintérieur, elle est travaillée de graves souffrances. Propagatrice de libertés, elle vit de privilèges; elle donne au monde le spectacle d'un peuple qui affranchit le commerce^ qui domine sans conquérir, qui s'établit dans un pays sans en abolir la constitution; et en même temps elle reste cramponnée au moyen âge, dan&UB temps où les choses de cette époque ont perdu leur efOcacité ; elle travaille activement à l'émancipation des nègres , et elle tient asservi un peuple entier de mendiants ; entassant dans quelques mains les propriétés territoriales , elle £ait dépendre d'un petit nombre le sort de plusieurs millions de citoyens; la religion y est intolérante et persécutrice, bien que4es croyances y soient affaiblies; une industrie gigantesque se propose pour fin l'accroissement des produits, qui ne devrait être qu'un moyen; et, en créant des machines sans y imposer de limites , elle ne s'inquiète pas si des milliers d'hommes périssent de faim; puis, comme remède à l'excès du mal, elle impose pour loi cette charité que le Christ avait proclamée comme une vertu.

Les plaies intérieures de l'Angleterre sont venues de 4a religion , et c'est de la religion qu'elle en doit attendre le remède. Le point important est là; et ceux qui approfondissent en Angleterre les questions religieuses, montrent qu'ils l'ont compris^ Il y en a qui s'égarent de plus en plus; ce qui doit arriver naturellement lorsqu'on s'abandonne au jugement privé. En Ecosse, on établit en 1843 l'Eglise libre, dans le but de revenir aux rigueurs du Covenant; et déjà elle est devenue riche et puissante, en haine de l'Église anglicane. Cependant les âmes élevées comprennent le besoin de revenir à la tradition universelle, et de chercher quelque fond pour y jeter l'ancre dans la mer tumultueuse des opinions : de là sortirent les doctrines de Pusey. Il publia, à partir de 1833 , avec Palmer et Newman , dans l'université d'Oxford , une série de traites simples et d'une iulei-

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ligence facile, sur le dogme, sur la constitution ecciésiastiqaet sur la controverse religieuse ; ils répandirent aussi leurs idées sous la forme d*histoires et de romans , en proposant de eroire ce que TÉglise croyait dans les premiers siècles. Ils trou? èrent à Cambridge et à Belfast des partisans et des contradicteurs. Les puséistes, ainsi qu'on les appela, répudient les réfonnateuis du seizième siècle, comme purement natifs, eomme ne présupposant aucune foi , et ne faisant autre chose que contredire. Us déplorent la séparation de l'Église anglicane et de l'Ég^ romaine , la seule qui possède la vertu de développer entière* ment le sentiment religieux. L'Écriture ne suffit pas, sdon eux, pour règle de la foi : il y faut aussi la tradition eonaervée par TÉglise, et d'après laquelle l'Écriture doit être interprétée; ils acceptent en conséquence un certain nombre de dogmes traditionnels : quelques-uns n'hésitèrent pas à proclamer que le seul moyen d'arriver à l'unité ecclésiastique était de se rattacher à Rome ^ Quant aux formes légales, qui seront toujours un grand obstacle à l'innovation, ils s'ingénient à démontrer que les trente-neuf articles de la reine Elisabeth ne sont pas en contradiction directe avec le concile de Trente : tâche, à vrai dire, aussi difficile que vaine. Ils remettent aussi les rites eu honneur ; et les croix, les étoles, les cierges, ont reparu dans leurs chapelles, ainsi que le bréviaire romain, quelque peu.modiûé. Toutefois, ils n'acceptent pas jusqu^à présent l'autorité du pape; et, soutenant que TÉglise anglicane est la seule véritable, ils exhortent l'Église romaine à se purifier, et à se réunir à elle. Ainsi le puséisme n'est pas encore un retour au vrai , mais c'est une protestation contre la théorie fondamentale du protestantisme : il relève la dignité morale du clergé, en épurant ses mœurs; il accroît Tautorité de l'épiscopat, qui n'avait pas de pouvoir sur le peuple et moins encore sur le clergé, et qui se réduisait à l'ofiQce de gentilhomme ecclésiastique.

Qui ne sent rimportauce de ces premiers pas ? qui ne voit surtout que ce retour vers les anciens temps doit affranchir

' \V«i(korbalh.

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PËglise de la tyrannie du gouvernement ? S'agit-il d'ordonner UD jeûne? cela regarde le parlement. Les bénéfices appartiennent à des laïques qui ne sont d'aucune religion , et la loi enjoint aux évéques de ne pas repousser le candidat du patron, sauf le cas d'immoralité flagrante. Le docteur Percival soutenait « que le souverain peut suspendre un évêque s'il le juge convenable , tandis qu'un évéque ne saurait changer un iota du rituel sans l'ordre exprès de la couronne : le conseil privé s'assemble , et envoie, au nom de la volonté et du bon. plaisir royal, une circulaire qui ordonne d'introduire une nouvelle prière. dans le service habituel ';

Mais la discipline était bien différente dans les premiers siècles, comme l'attestent, à défaut d'autres preuves, les déclamations des historiens encyclopédistes, qui lui reprochent son indépendance. Un retour aux traditions primitives briserait donc la tyrannie de la haute Église, et avec la liberté, comme toujours, le triomphe de la vérité serait assuré. Le catholicisme lui-même s'étend. Sans parler de l'Irlande, que seul il console de tant d'abaissement et que seul il pourra relever, les conversions se multiplient : Peel a fait restituer aux collèges les dotations catholiques enlevées par la Réforme ; le nombre des églises et des chapelles augmente, et l'espoir d'arriver à l'unité se fait entrevoir ». C'est cet espoir qui décida Pie IX, en septembre 1850, à instituer un archevêque catholique, et à rétablir en Angleterre l'antique hiérarchie^. L'intolérance religieuse, le libéralisme in-

' London Gazette, 14 décembre 1841.

> On lisait ce qui suit, en 1846, dans un journal calholîque anglais : « Quand Ronoe comprendra-t elle enfîn que notre caractère, à nous hommes du nord, est bien dllTérentde celui des méridionaux? quand se persuadera- t-elle qu'il existe une démocratie qui n^est pas hostile au christianisme, un amour de Tindépendance qui n'est pas du jacobinisme? Quand elle sera convaincue de ces vérités , quand elle aura rejeté au loin ses vieilles habitudes de timidité; quand un courage tout d^action, un courage d'homme aura remplacé un courage tout passif, alors nous n'aurons plus à redouter un concordat. J-usque là ce mot doit inspirer de Teffroi. >»

^ En Angleterre il n'y avait en 1792 que 30 chapelles catholiques , et

lOS «ÔrOLATlOIlt ÙUUU, TOYAGES, SIC. ^^fi

crMota «H ont Jelé lea hanfe arii;mihl qui connah l«s voies if

Thamulté uh qne ce qui Mt MltteM ne se perpétue pas ; et il

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iiirônt cené les iBégalités qui M pnStaDt q«)i ^ -ariÉBilK

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Si l'Angleterre a tmt&it aa profit detaflinliaitioQHU&iii i>ligBrcfaieniuntraîlleietaTMiiDeTeli^oii4rfkfaU0i àqMin pourrait-elle pu réoasif^ une fois «rrirée k la dtaoentia et nrenne i runitri catholiqne? A coup fdr la eoiwwniOQ AT Ab- ' glHerre unit le fi^t te (doi important de fera laoderuB : car •lie détmirsit la eanae première des homx totériana. da ft^ périsme et de la anvitude iritaddae ; eOo teodnit naffUMi ka misnons en Asie, aaià atérflesqoe dtqNndieaaai, M «aatriln»nit puissaminent à propagw la«iTlU8atîon,'i laginlteli nftfoi anglaïM travaille pins que toutes («a aotna.

Cette grande variété de peuples que nous venons de passer eu revue, aprèsavoir accojnpii chacun ses destinées à part, devaient se trouver subjugués successivement par la forte unité delà race blanclte.et par celle de l'Europe principalement. Ayant la conscience de sa supt^riorité, jalouse de l'exercer et de constater ses

Il n'; existait aocun coll^. Maintenant on y compte aiS cttipellM. 43 égliats, 10 '«llégïe, 60 séminaires.

Kn Irlanile il y avait ;

tnr». Bbum,

Prote$lani« 700, 4SI i,ai4,sSI

Callioliniiea . l,309,76S 6,417,711

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COmMMaCB^ INDUSTRIE, COLONIES, GBOGEAPinE. 109

profNPeft fMPees, l'Europe a entrepris, de nos jours, des voyages, des explorations, avec une ardeur pareille à celle du tS^ siècle; moHM dans le but peut-être de découvrir des terres nouvelles , que pour explorer mieux les découvertes antérieures, y répan* drela civilisation, en rapporter des connaissances, en induire .des conséquences philosophiques, religieuses, scientiûques, -et ^fournir des armes à tous les partis. Byron , Wallis, Carteret, sortirent des ports anglais pour visiter les mers du Sud. Le duc de Cboiseul envoya Bougainville daAs Tocéan Pacifique, où il surpassa en audace et en exactitude les Anglais ses rivaux ; où il découvrit l'archipel des Navigateurs , et traça les premiers tableaux de Fétat social et des mœurs de ces peuplades inconnues. Les compagnons, puis les imitateurs de Gook observèrent Jes phénomènes variés de la nature , Tenfànce ou la décrépitude des sociétés, la formation d'Iles nouvelles ou leur réunion au continent au moyen des isthmes de corail; et, rapprochant les mœurs et les idiomes , constatèrent les émigrations des anciennes races : heureux quand ils n'avaient point affaire h des peuplades assez sauvages pour repousser les présents qu'ils leur apportaient, tels que le blé, la vigne, les légumes, les animaux domestiques ! Ce fut alors que l'Allemand Damberger , au service de la compagnie hollandaise, traversa l'Afrique depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'au pays de Berbères (1781- 1 797), dont les côtes furent décrites par Desfontaipes. L'Anglais PeUerson pénétra cheÀ les Hottentots ; Boufflers et Golbery , dans d'autres parties de l'Afrique; Bruce, dans l'Abyssinie; Iserré, dans la Guinée et chez les Caraïbes ( 1773 ). Barrow explora le Cap, ainsi que le Hollandais Stavorinus; Sparrman et Levaillant partirent également du Cap à la poursuite d'animaux encore inconnus à la science. Les académiciens de Pétersbourg parcouraient de leur côté l'immense empire du pôle jusqu'au Caucase, et apportaient à la science le contingentdes régions septentirionales ( Gmelin, Pallas, Steller, Gueldanstadt, Georgy, etc.). Les sociétés scientifiques de l'Inde, de l'Amérique du nord, firent mieux* connaître aussi des peuples anciens ou nouveaux. Le Danemark envoya Wieburk explorer l'Arabie; la Russie y envoya Pallas i; et fit partir Gmelin pour la Sibérie, etle Danois Hoest pour le^l^a;^

niST. DE CENT ANS. — T. IV. \^

no POPULATIONS BARBARES, VOYAGES,

roc. Richard Modler parcourut TAsie Mineure et la Grèce; Co\e publia la relation des découvertes des Russes et de leur commerce avec la Chine ( 1781). Ce dernier empire avait été décrit surtout par les jésuites, dont les Lettre$ édifiantes (17 17 -171 4) sont encore une source précieuse pour tout ce qui concerne le pays.

Le dévouement à la science poussait en même temps Stedman dans la Guyane, Cbarlevoix au Japon et au Paraguay, Boyle au Tibet, le major anglais Rooke sur les côtes de F Arabie et en Egypte ( 1781 ), Kerquely dans les mers Australes (1782), Forster dans le nord , le commodore Billurgs dans la Russie asiatique, Samuel Tumer au Tibet et au Boutan. diandler visita i*Asie Mineure; LechevaUer, la Troade. Cbolseul-Gouffier réveillait les sympathies en faveur de la Grèce, en décrivant ses ruines et en révélant ses longues misères ; Volney allait chercher dans les ruines de TÉgypte et de la Syrie des inspirations , des plaintes élégiaques et des arguments d^infpiété. En retrandiant de tous ses récits la partie romanesque, on trouve de la vérité dans les descriptions. Le voyage pittoresque dans rinde de l'Anglais Hodget vint offrir des spectacles nouveaux; on cessa de regarder comme des fables les merveilles de Balbek et de Palmyre , en lisant le voyage de Wood et Dokins (i 753- 1757). Le baron deTott leva les cartes de Tempire ottoman, dontil avait organisé la défense. Anqueltl-Duperron, Legentil et Sonnerat interrogeaient les Guèbres et les Brahmes sur les restes d'une grande civilisation perdue. Legentil, qui s'était rendu dans les Indes pour y observer le passage de Vénus , y prolongea son séjour au profit de la science, étudiant les courants, les marées, les moussons, les trajets les plus courts, et aussi les usages et les opinions du pays ; il examina surtout l'astronomie des brahmes, alors si vantée, etfit voir qu'elle n'ajoutait rien aux connaissances des Chaldéens. Ce fut alors que l'on donna le nom de statistique à la géographie politique ; et Guthrie publia un traité complet de géographie ( 1770 ).

Les Cassini pendant trois générations travaillèrent à mesurer Iç méridien qui traverse la France : il en résulta de savantes discussions qui servirent à préciser la forme de la terre. Les

COHME&CB-, INDUSTRIE, COLONIES, GPOGBÀPHIE. 111

Cassinisf-e* &*ea allaient mesurant et décrivant la France , la couvrant dHin réseau de grands triangles entre les principales villes, auxquelles des triangles plus petits rattachaient les localités secondaires. François Cassini (1714-1784) établit sa carte de France dans la proportion d'une ligne pour cent toi$es , et il se flattait de n*y dépenser que dix ans et quatre-vingt-dix mille francs chaque année : illusions ordinaires aux grandes entreprises, et pvofitaybfes pourtant en ce qu^elles empêchent qu'on ne s'effraye ea s'y lançant. Les besoins de la guerre Grent suspendre le travail; Cassini proposa de le reprendre au compte d'une société qui aurait, pour se couvrir, la propriété de la carte ; mais les dépenses outre-passèrent tous les calculs; beaucoup de provinces, au lieu de s'associer à l'œuvre, s*y opposèrent jusqu'à chasser par la force les ingénieurs; et Cassini mourut sans ^voir vu terminer ce travail, qui lui avait coâté trente-quatre ans. Son fils Dominique venait de le mener à fin, quand la Révolution bouleversa les aneitinnes circonscriptions : cette carte servit de base aux nouvelles. Le comité de salut public vint en aide à la compagnie pour terminer l'entreprise ; et ainsi la France put offrir au monde l'exemple d'une carte établie tout à fait d'après les données astronomiques, et qui depuis servit de modèle au reste, de l'Europe.

Le nouvel art fut appliqué aussi à l'histoire , pour retrouver la géographie des temps anciens : déjà Delisle et les deux Sam-^ son en avaient dressé de meilleures cartes, mais qui n'étaient pas encore exemptes d'erreurs, ni conformes aux découvertes récen-' tes et aux données astronomiques. D'AnvjUe ( 1697-1782) établit que, pour bien connaître la géx)graphie des anciens,, il fallait commencer par se rendre bien compte de leurs mesures linéaires^ ' Il y réussit avec une exactitude merveilleuse : il suffit de dire qu'il supprima plus de six cents. lieues en longueur, dans une mappemonde de l'antiquité publiée- par Delisle; de même qu'il n'ôta pas moins de deux mille quatre cents lieues carrées à la carte d'Italie de Delisle , et de quatorze mille à celle de Samsou.

L'ardeur des voyages s'est tellement répandue dans notre siècle, qu'aujourd'hui la race européenne domine toutes les autres. Elle fourmille dans les Uesetles continents du cinquième mçnde ,

113 POPULATIONS BABBABES, TOYAGBS ,

terre sans, passé, dont personne ne peut prophétiser l'avenir. Dans TAsie , elle est au Bengale comme en Sibérie; elle pêche les plioques du détroit de Behring et les pertes de Tlnde; les Dardanelles et Pékin s'ouvrent devant elle. Cest à elle ^ue revient Thonneur de la civilisation de F Amérique , qui, née ^'hier, rivalise avec sa mère , et grandira encore lorsque l'anarchie politique aura cessé dans les contrées méridionales, et^ana^ chie religieuse dans celles du nord. Aucun élément de grandeur ne manque au Brésil. Dans les anciennes colonies espagnoles, les bouleversements empêchent de profiter des biens prodigués à ces contrées ; mais l'agitation est , alors même qu'elle parait funeste , un symptôme de vie. La race anglo-américaine avance dans rOrégon , à raison d'un demi-degré de longitude par an : ainsi elle s'étendra bientôt de l'océan Atlantique à l'océan Pacifique. Les montagnes Rocheuses , déjà franchies par les missionnaires, le seront bientôt par des colons, qui feront de ce pays une * chahie entre l'Europe et les Indes orientales. La race blanche qui occupe les deux extrémités de l'Afrique y possède l'embouchure de tous les fleuves , et attend le moment de remonter jusqu'à leur source; après y avoir détruit la piraterie, elle essaye d'y abolir aussi l'esclavage , aussi ancien que le sol : uue fois qu'elle y aura détruit cette cause de guerres entre les indigènes, la barbarie y sera refoulée de plus en plus , comme les lions et les hyènes. Les voyageurs européens ont pénétré aussi en Abyssinie ; et le docteur Ruppell , pourvu de toutes les connaissances indispensables pour profiter de tout ce qui tomberait sous ses yeux, (Hitra dans ce pays (1831) avec une caravane de deux cents hommes bien armés et de cinquante chameaux. Les Abyssiniens offrent un beau type , comme les Arabes-Bédouins ; ils observent quatre-vingts jours de fête et deux cents jours dejeâne par an; ils regardent le travail comme un opprobre. Les mahométans dans ce pays sont corroyeurs; les Grecs et les Égyptiens y sont orfèvres et armuriers ; les Juifs, maçons et gens de peine. Ruppell trouva partout le désordre et l'anarchie : de 1778 à 1833, quatorze souverains avaient occupé le trône ; on y avait vu vingt-deux. révolutions : si bien que quiconque ne veut pas se soumettre peut se rendre indépendant , s'il est assez fort.

COitMBBGE, INDUSTfilE, COLONIES, GÉOGRAPHIE. 113

Ed 1840, le gouvernement frnuçais y envoya deux officiers, (3alinier et Ferret, qui dressèrent une excellente carte du pays. On doit aussi des renseignements précieux au missionnaire atiemant Kraft (1842), d*après lesquels Zinimermann décrivit la région supérieure du Nil. Mais les sources de ce fleuve restent toujours inconnues : le pacha d'Egypte envoya , mais en vain , plusieurs expéditions pour les explorer, bien qu'on ait remonté ce fleuve jusqu'au quatrième degré de latitude méridionale.

Aujourd'hui que les Anglais sont maîtres d'Adenet d'une nouvelle route conduisant de l'Europe dans Tinde , l'Abyssinie ne peut tarder à fixer les regards de la politique et du commerce ; surtout, si d'accord avec ses princes, ils s'ouvrent par le littoral des communications à travers ce pays, que l'élévation de ses plateaux et ses mœurs inhospitalières ont toujours rendu d'un sr difficile accès. Déjà l'Angleterre s'est emparée de la route qui conduit de la côte située vis-à-vis d'Aden, au royaume de Ghoa, dont ils ont acheté la souveraineté à des tribus arabes , sans s'inquiéter si elles avaient le droit d'en trafiquer, et si elles comprenaient la valeur du marché '.

Christophe , lieutenant de la marine anglo-indiénne , releva toute cette côte de l'Afrique, et découvrit au nord de l'équateur un grand fleuve, qu'il remonta dans un parcours de cent trente milles. Dans le même temps, Hochet d'Héricourt établit des relations entre l'Abysinie et la France, et rencontra sur son chemin les Amarras, peuplade chrétienne et très-douoe de mœurs.

' Aden est un grand port , qui n*a clé fortifié que depuis la conquête des Turcs, au milieu du dix-septième siècle. Il appartenait en dernier lieu au sultan de Saïdja , quand un négociant anglais s^entendit avec ce chef, en 1836, pour faire naufrager sur cette côte on navire quMI avait fait assurer à un taux exorbitant. La frande découverte, les Anglais saisirent ce prétexte pour s^emparer de cette place. Ils l'ont occupée depuis , en payant une redevance au sultan dépossédé ; ils se sont hâtés de la fortifier , sacliant bien quMI n*y avait dans la mer Rouge rien de pareil en tant que position militaire, outre les avantages i\\i^on pouvait en tirer pour le commerce des cafés de Moka, ci pour les dé[»ôts (le houille indispensables à la navigation de Tlude.

Le Sénégal et Corée fur«M d'aboitf oeeapéi ptf Itt flotta 1eiFniiçals8*emparèlmtdtt Séoéga^fNrfideriledeSflhiVLMtfi. En' 181^, la France les reeeuvra sfee Farlmdie, naf la «Mt tifaié aux Anglaii d'y fiiire la traite de la gonaM. La aonlaet deaeedeiK natkma rivalea, plaoéea anr lèa Mu grande tama, le Sénégal et la Gamble, amena fdvad'an eonIliCaatnl elta. Lee flMtoreries qu'on y a fondéeeont servi à iyàe.eprâittn la paya voisina, et ûù leur Importanee an eotemewe de-' la jamme, qatt les erMes, en remontant les fleuvea, vani «ehetat iiu aatwelsen échange des étoffies de ooton» po^rlea KfmdRa lertiaiiu an négociants français dont les bénéSess se aoitfr a^erôa «yee la-eonsommatloo de cette denrée en Europe <. Cq pridjait bob mofats riche, c'est Thuile de palme que les anglais tiwBil de la OuMe; ils expédient de trente à trenta-qing «aviilts abaque année, pour y foire leur chargement dans la noweà» GaMte et le Bonni. Ils en font du savon janna k rusaga 4ta AnériqucB , après l'avoir échangé contre des barres dâ (¥^ .4m eol- Hais d'ambre de la Baltique^ des verroteries, des fcoytaiHeSt ds la poudre, du plomb, et des étoffes de colon el da$ draps.

Les Mandingues, placés entre laSénégambie et la Guinée» nous sont donnés par MungoPark comme moine fêrooes que lea autres peuplades africaines et comme possédant quelques formes de gouvernement civil. Une partie d'entre eux ont adopté le' mabemétisme. Au-dessus de la Séoégambîe, on trouva les Sousoo, qui forment une confédération où la justice est exercée psptbs Pourrah, société secrète, semblable aux tribunaux westpbdieQS du moyen âjge : il en existe une par canton , où Ton n^est admis qu*ap1rès les épreuves d*initiation les plus dures. Un individu a*t«il commis un délit, il voit arriver bientôt un bomitie masqué qjui lui dit : <« Le Pourrah t'envoie à la niort; » et il le tue.

Les Foullalis, répandus d'abord des* rives de la Sén^^bH^ jusqufau Bornou, et du grand Dcsen aux montagnes du Congo, ont formé des établissements ûxes depuis le dernier siècle; ils

* Il entre cbaque aimée, dans le commerce, 20 miilkMis'de knogrunme* de gomme; dans les colonies, elle est écfiangée cenlrè' le* toHei de Guiaée, étoffe^ de coton ra^^ qu'on fabrique exprès il rSNMNcMry.

COHMÉMGB, fkDUSTaiE, COLONIES, GBOGBAPHIE. lia

ont fondé dans TOassa uu empire qui menaçait de s'étendre sur tout le nord-ouest de l'Afrique. Ils diffèrent des nègres par leurs cheveux lisses , leur nez relevé, leur peau olivâtre , leur visaf^e ovale , et leur intelligence plus développée; ils ont le sentiment de la dignité personnelle et Teuthousiasme religieux au point de se faire tes apôtres de Tislam. Leur langue se rapproclie de celle des Malais, surtout des habitants de Java et de Madagascar» tandrsqu'ils en diffèrent par les caractères physiques. Ils ont fondé des villes où ils donnent asile aux esclaves fugitifs, pourvu qu'ils adoptent le Coran. Clappertoh décida le sultan Bello à promettre par lettre au roi d'Angleterre d'empêcher ses sujets de conduire les nègres sur les marchés de Guinée. Si cela, «n effet, pouvait s*obtenir des chefs africains, on arriverait enfin à rahôlition de la traite.

Les Achantîs, peuple de l'intérieur sur le fleuve de Guinée, portèrent la guerre en 1807 jusque sur le littoral ; ce qui décida les Anglais à leur envoyer une ambassade qui traversa, du cop C'x)rso à Koumaisy, une centaine de milles, en profitant de cela pour reconnaître le pays. Ils forment un État souverain entouré de beaucoup d'autres, ses tributaires ou ses alliés, sur une étendue de huit mille lieues carrées. Les Achantis sont nègres, mais pourtant distincts des autres races noires, et se rapportant plutôt au type abyssinien. Leur langue ne se rapproche d'aucun idiome connu ; elle est uniforme dans tout l'empire ; elle abonde jen voyelles : quant à l'écriture, ils ne la connaissent point. On est soldat dès que l'âge le permet. Les Achantis se sont rendnai^" doutables même aux Européens de la côte ; ils sont très-féroces dans leiu^ victoires : leurs prêtres arrachent le cœur de certains ennemis, et en font un mets destiné aux braves ; les dents et les petits os leur servent à faire des colliers. Ib multiplient.dans toutes leurs fêtes les sacrifices humains ; et Hutchinson , résident anglais dans ce pays depuis 1817, fut témoin à Koumasy d'un massacre qui dura dix-sept nuits^ Cette férocité de leurs rites religieux cède devant l'islam, qui va se répandant chez eux de plus en plus. L'or et l'ivoire y sont l'otjet d'un grand comiiM^rce; ils savent tanner, teindre, apprêter les peaux, et fabri- (fuer des vases et de l'orfèvrerie. Le roi y est maître des biens

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et de la vie de tous , tandis <]iie le conseil des grands vaque aux affaires du dedans et du dehors. Par une particularité étrange, dans la succession de la couronne comme des biens particuliers, c*est le frère qui succède d'abord ; à son défaut, le fils de la sœur; puis le (ils du défunt , et après lui le premier esclave.

Une ambassade danoise trouva le roi sur un trône d'or massif, sous un arbre à feuilles d*or, le corps enduit de suif saupoudré d'or^ avec un chapeau à l'européenne tout galonné d*or , portant une ceinture d*or , et les pieds posés sur un bassin d'or. Depuis les épaules jusqu'à la plante des pieds il était chargé de cornalines , d'agates et de lapis-lazuli. A terre étaient assis les grands, la tête couverte de poussière ; une centaine d'accusateurs et d'accusés se tenaient dans la même attitude ; derrière eux, une vingtaine de bourreaux, le sabre nu , attendaient le signal de l'exécution , dénoûment ordinaire de tous les procès. L'ambassadeur, pour s'approcher du roi , eut à passer au mi' lieu d'une foule de têtes encore saignantes. Les Aoglais étant entrés eu relation avec ce peuple, en recueillirent des profits et y trouvèrent des dangers. Charles Mac-Cartey ( 1822) gouverneur des établissements d'Afrique, travailla à brouiller ces formidables Achantis avec les autres peuples de la côte, qu'il souleva contre eux, mais à leur grand dommage; puis il leur déclara la guerre, pour son malheur, puisqu'il y fut vaincu et tué. Dans une nouvelle bataille (1826) la mitraille anglaise allait échouer encore contre Tintrépidité des Achantis, quand les fusées à la Congrève décidèrent la victoire, et déterminèrent le roi Sày-Touto-Kuamina à demander la paix.

Le Bénin, au fond du golfe de Guinée, dans le vaste delta du JNiger, compte beaucoup de peuplades industrieuses et hospitalières , mais rapaces. Idolâtres et superstitieux , ces nègres n'accomplissent jamais sans sacriûces humains leurs cérémonies religieuses : il faut que le sang consacre les colliers de corail , qui sont la marque distinctive des nobles. Le roi peut en vingtquatre heures appeler cent milie hommes aux armes. Tous m'aintenant sont pourvus de fusils. La loi n'admet aucune distinction dans ses rigueurs : le marin Landoiphe et le naturalistc Poiissot s'efforcèrent en vain , en 1797, de sauver un

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