‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 56 sur 82 · COMMERCE, INDUSTRIE, COLONIES, GEOGRAPHIE · texte numérisé non relu

COMMERCE, INDUSTRIE, COLONIES, GEOGRAPHIE

tous les princes indigènes de leur autorité. Java fut rendue en 1814 à la Hollande, qui y maintint le système anglais, nommant un chef pour chaque village , et lui donnant à ferme Texploitation des terres.

Mais le gouvernement, trouvant lé revenu insufGsaht, força les fermiers de planter des cafiers, et retint à son profit les deux cinquièmes de la récolte. Il en résulta une oppression intolérable pour les naturels, qui vendirent leur café en contrebande aux étrangers , surtout aux Chinois.

Quand cette denrée vint à baisser de prix, le gouvernement, perdant une partie de son revenu , y suppléa par un gros emprunt au taux de neuf pour cent. Ne pouvant plus. soutenir la concurrence contre les Anglais, qui inondaient le pays de leurs marchandises et accaparaient le café , toutes les maisons de commerce se trouvèrent ruinées. Une compagnie, dont le roi lui-même se fit le chef, se constitua en 1834 pour tenir tête à une concurrence si redoutable; mais le pays tomba d'un mafi dans un autre. Diépo INegoro, Tun des eheû indigènes, leva l'étendard de la révolte ; les naturels opprimés coururent aux armes, et engagèrent une lutte à mort ; si bien que la Hollande, après avoir dépensé trois cents millions en moins de cinquante ans , fut à la veille d'abandonner la colonie.

Mais le général van der Bosch, nommé gouvenieur en 183D , s'empara de Negoro, termina la guerre, et sut asseoir une administration meilleure que celle dont on avait fait Pessai. Il exigea que chaque commune abandonnât au gouvernement un cinquième des rizières, pour y cultiver les plantes les plus prisées en Europe; moyennant quoi il les exempta de tout impôt et de toute corvée , et même leur assura une part dans les bénéfices de cette combinaison. H établit en outre des ateliers avec des ouvriers, pour faire la récolte' et les préparations sous des chefs Indigènes ; il parvint à vaincre par l'appât du gain la répugnance des naturels pour le travail. L'exemple les engagea bientôt à cultiver pour leur propre compte, et à vendre leurs produits à la compagnie, qui arriva à amortir une bonne partie de ses dettes, et le transport des denrées ranima aussi la navigation. Grâce aiix Chinois, méprisés comme les juifis, et pourtant indi3*

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pensables , Java eut bientôt une culture et un commerce florissant. £n 1839 , elle produisit cinquante-six millions de kilogrammes de café, quarante millions de sucre, soixante- huit mille d'indigo; et comme le monopole y est aboli, tout bâtiment y est admis en payant un droit. La capitale de rtlJB est régulière, propre, active comme les cités hollandaises, et riante de végétation comme celles de l'Asie; mais le climat tue ceux ^ui vont y chercher la richesse.

Les deux extrémités de FAsie sont occupées par Fempire Indo* britannique et par Tempire russe, entre lesquels s'étend Timmense territoire central, qui, depuis la soumission des Éleutlies, appartient en totalité à la Chine. Ainsi, ces deux pays ne communiquent que par les basses régions de la Bactriane à l'extrémité sud-ouest, par les plateaux du lac Aral et le rivage oriental de la mer Caspienne. Les convulsions de l'Asie centrale ont poussé jadis les peuples de ces contrées sur l'Europe, dont ils ont changé la face; mais aujourd'hui le péril n'existe plus; sans être arrivée à l'unité sociale, elle commence à régler ses mouvements , elle est moins étrangère aux idées d'ordre et de travaii, elle perd de ses habitudes violentes : c'est une œuvre à laquelle la Russie et la Chine ont travaillé. Au Tibet , plus de cent mille individus mâles vivent dans les couvents bouddhistes, dont la règle est très-douce ; les autres adoptent l'existence des Cosaques russes; et comme le voisinage de deux empires puissants leur permet moins de se livrer au pillage , ils sont employés à en garder les frontières , à fournir des escortes aux caravanes, à servir d'éclaireurs dans les guerres. Les tribus ou bandes qui se sont maintenues indépendantes sont toutes en rivalité entre elles, et s'affaiblissent conséquemmènt. Elles sont d'ailleurs divisées en deux grandes catégories par le désert de Cobi : celles du côté du midi , qui gardent la frontière de la Chine contre Ja Russie , ont abandonné leurs coutumes sauvages; elles cherchent à obtenir des faveurs, des privilèges, et servent à maintenir les communications commerciales entre les deux extrémités du Céleste Empire. C'est de lui que dépend nominalement la grande horde des Kirgbises, établie à l'occident de la Dzoungarie, tandis que la petite et la moyenne relèvent

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dé la Russie ; des tempêtes de neiges, qui durent souvent trois jours entiers ', portent la désolation parmi ces peuplades.

Les contrées qui ont pris tour à tour, des différents peuples qui s*y sont succédé en si grand nombre , les noms de l^ythie t de Bactriane, de Sogdiàne, Transoxiane, Touran, ôrande-Boukarie , Turkestan, sont comprises entre Tempire russe, les dépendances occidentales de la Chine, et les hordes des Kirghises. Les Turcs-Usbecks '•, qui y dominent, n^obéissent plus à un chef unique; ils sont divisés, sous une foule de khans très-inégaux en forces , Turcs pour la plupart. Nous avons vu récemment lo khan de Khiva causer de graves embarras à Fempire russe. Le khan de Boukhara , le plus important de tous , possède les meilleures campagnes , où croissent des mûriers et des céréales en abondance ; mais le dixième à peine en est cultivé. La capitale, où se pressent pêle-mêle des Turcs, des Usbeks,.des Persans, des Afghans, desKalmouks, n'est plus la florissante métropole des Sassanides, mais c'est ^core un des centres de llnstruction musulmane ; dix mille étudiants y consument leur jeunesse sur le Koran et sur ses commentateurs. Samareande , l'ancienne résidence dé Tamerlan, est vide d'habitants; Balkh ^ sur l'Oxus, autrefois la demeure des rois bactriens et la patrie de Zoroastre^ qui servait d'échelle entre l'Orient et l'Occident pour le commerce de la moyenne Asie, compte à peine deux mille habitants;, parce que les eaux , amenées par dix-huit aqueducs magnifiques^ inondent la campagne et y exhalent des vapeurs méphitiques. Le khan, maître absolu comme tous les chefs turcs, &it tour à tour des guerres sans profit ou des traités de paix avec la Chine* ainsi qu'avec ses voisins du Kaboul , de Khiva , de Kundouz. Les habitants de ces vastes contrées se livrent à un commerce actif, trafiquant jusqu'avec l'Indoustan par le Kachemyr. Le Kaboul seul est traversé tous les ans par plus de deux mille chameaux; d'autres se dirigent par Balkh, Kashgar, Yergend,

' En 18)7, un de ces ouraguns de neige, qu'on appelle borans, chama vers Saratov le» troupeaux de la bordé intérieure, entre rourai méridiooal et le Volga, et il y périt 280,000 chevaux, 30,000 bêtes à cornes» 10,000 chameaux , et plus d'un roillkm de moutons. ( Humboldt. )

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vers la Chine, d'où Boukhara seule tira en 1S32, selon le voyageur Bornes, neuf cent cinquante charges de thé. Des chargements considérables d*opiuin , expédiés de Peree dans le CélesteEmpire, traversent également Boukhara.

Ces grandes invasions qui ont fait jadi? trembler FEurope sont devenues impossibles aujourd'hui , grâces aux divisions politiques de ces contrées, où les populations se sont raréfiées par le manque de subsistances : ainsi les difficultés même y viennent en aide aux premiers pas de la civilisation , et aux relations pacifiques introduites par la Chine et la Russie.

Les peuples occidentaux de l'Asie , ces guerriers sans frein naguère , prennent, comme les Cosaques , des habitudes sédentaires : les populations se groupent dans les villes et se fixent sur le sol ; et bien que ces Afghans, ces Usbecks et ces Turkonoans soient fort loin de la discipline européenne, ils ont renoncé aux habitudes désordonnées des hordes primitives. La Tartarie, d'où sortirent les dévastateurs de l'Asie et de l'Europe, ren« ferme maintenant un grand nombre de populations que le bouddhisme a paciOées. Des caravanes russes traversent les steppes des Kirghises , le Turkestan , Khiva, la Turkomani'e ; la Russie y envoie des négociateurs, et, à leur suite , des géomètres, des naturalistes. Tout enfin annonce que l'Asie est destinée à passer un jour sous la domination ou au moins sous le protectorat des Européens. L'Europe , comme une souveraine qui veut reconnaître les pays soumis à son obéissance , s'en va visiter ses anciennes conquêtes et en préparer de nouvelles , parfois dans le pur intérêt de la science et de la vérité.

L'ère de la navigation scientifique fut inaugurée par le célèbre Cook (1769). Il avait été choisi pour commander le navire expédié dans l'autre hémisphère à l'effet d'observer le passage de Vénus sur le disque du soleil. I/expédition se rendit à Taïti, que l'on avait signalé comme le point le plus favorable à ses observations. Tandis que les savants contemplaient le ciel, Cook portait ses regards sur la terre, reconnaissant ou découvrant de nouvelles îles dans la mer du Sud. Ame de feu dans un corps de fer, hardi à concevoir, résolu dans l'action, fécond en pxpédients, indomptable dans les traverses, il réprimait la

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