COMMERCE, INDUSTRIE, COLONIES, GÉOGRAPHIE
niutinerie de ses équipages avec un impérieux sang-froid, assez voisin souvent de la cruauté. .
Son voyage autour de la Nouvelle-Zélande détruisit ropinion qu*elle faisait partie d'une vaste terre australe. Beaucoup néanmoins s'obstinaient à croire à un continent méridional. Pour s'en assurer, une nouvelle expédition fut entreprise ; et Cook partit avec les deux bâtiments la Bésolution et V Aventure (1772). Un intérêt universel accompagna ce grand voyageur , député, polir ainsi dire , par toute l'Europe pour porter ses arts à ces peuplades sauvages, et réparer à l'aide du christianisme les crimes de Pizarre et de Valverde. Grand nombre de savants Taccompagnaient : Banks , Green , Sparrman , Solander, Ander* son. C'était une académie qui tenait ses séances sur deux frégates. Cook passa en serpentant à travers un archipel mal indiqué jusqu'alors^ et qu'il appela les Nouvelles-Hébrides; il poussa «isuite vers d'autres terres auxquelles il donna le nom de Sandwich, les plus méridionales que l'on eût encore visitées, toutes couvertes de glace. Après avoir couru plu^ de vingt mille lieues marines au delà du cap de Bonne-Espérance, il revint en Angleterre après une absence de trois ans.
L'idée d'un grand continent austral une fois abandonnée ( à moins de le supposer relégué à de telles profondeurs dans le pôle sud qu'on n'en pourrait rien espérer en fait de richesses ni de colonies), il restait encore douteux s'il existait un paissage entre les mers au nord-ouest. Le gouvernement anglais proposa vingt mille livres sterling à qui le découvrirait. Cook s'offrit pour cette expédition (1776). Il chargea sur ses navires des bestiau;c qu'il destinait aux îles du Sud, et reparut de nouveau sur cet ancien théâtre de sa gloire, où il laissa ses présents. Il remonta ensuite vers le nord, pour y rechercher le passage : il toucha à l'extrémité la plus orientale du continent américain, séparé à peine de l'Asie par une distance de treize lieues ; et il vérifia la largeur du détroit de Behring. Il lui fallut reculer devant les glaces; et, tournant ses voiles vers le pôle antarctique, il traversa une moitié du monde, visita de nouveau les îles Sandwich, où il reçut d'abord le meilleur accueil. Mais, voulant réprimer Tinvincibie penchant de ces peuples au vol , il provoqua la colère de
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Cook avait pris à cœur particulièrement la NonveUe-Hollande eoinme une terre féconde et riche, ce qui engagea le fouvornement anglais à y fonder la colonie de Bot^y-Bay. jLe capitaine Philips (1783 }, expédié dans ce but, trouva la positîott de Pecl-Jakson plus favorable ; et la colonie., quoique oompeséa en grande partie de malfaiteurs , ne tarda pas à proapérer. De là des explorations hardies furent poussées sur lesoâtes fomcs, où Ton forma des établissements qui purent fournir de T-eau et des havres pour la chasse aux phoques.
Ainsi l'attention se reportait sur des pays que pendant deux sîèdes l'Europe avait oubliés, et Ton donna le nom d'Oeéanie à cette cinquième partie du monde, en y comprenant le continent de.r Australie et les Iles. Cette moitié de la surface du globe était habitée seulement par 25 millions d'individus : moitié de la terre tvès*intéressante pour Fétude de la nature coœyme pour œlle de rhomme; où toutes les races semblent s'être doni^ rendesvoas, depuis l'albinos jusqu'au nègre, depuis le géant jnsqu'an pygaiée; où la société patriarcale coudoie les tribut nnthra-
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pophagfs; où des nations d'une civilisation ancienne touchent à des peuples enfants. La nature, comme une insulte à Tespèce humaine, y a mis les plus intelligents des singes à côté des plus idiots entre les hommes ; une riante v^étation y contraste avec ïes ruines occasionnées par les volcans ; on y voit les animaux et les v^étaux les plus étranges , une mer tranquille agitée tout à coup par des ouragans et des trombes épouvantables; des temples d*une antiquité immémoriale, et des îlots sortis d*hier du sein des flots. Les formes de gonvemement offrent la même ▼ariété: ici la tribu, plus loin la monarchie, variété à laquelle se joint celle des conquérants qui y dominent ou y ont dominé. Anglais, Portugais, Espagnols, Hollandais, Américains. Quant à la France , qui a eu dans ces découvertes une si large part , il ne lui en reste rien.
Mais ee qui est plus merveilleux encore, s'il est possible, c'est de contempler, dans ces régions, le travail de la nature, à mesure qu'elle construit de nouvelles terres. Des coraux et des madrépores élèvent du fond de la mer leurs mille rameaux, les entrelacent de manière à en faire un obstacle insurmontable aux frégates elles-mêmes, et finissent par entourer d'une elôture une certaine étendue d'eau qui, bientôt remplie par les dépôts marins et par d'autres polypes, devient une Ile. Cest ainsi qu'on en voit apparaître de nouvelles chaque année; quelques-unes s'élèvent déjà majestueusement au-dessus de la mer, changées eu un sol fertile ; d'autres se montrent à peine à fleur d'eau ^ revêtues seulement du gracieux feuillage du pandanus odorant, qui offre aux naufragés qui s'y trouvent jetés le lit et la nourriture. Celles-ei se cachent commeun piège sous les eaux; celles-là se dressent perpendiculairement du sein d'abîmes dont la sonde n'atteint pas le fond. Ailleurs ces rescifs de corail créent des baies et des anses autour des anciennes îles, ou obstruent celles qui existent ; et peut-être le temps viendra-t-il qu'étendant leurs ramifications d'île en île, ils transformeront en un vaste continent cet immense archipel.
Les voyages récents ont prouvé qu'il existe dans les îles de l'Océanie un Système de langues, dont on a essayé de rapporter à une langue générale antérieure les nombreuses ressemblances :
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langue qui aurait laissé des traces sur des points très-éloignés les uns des autres, dont les idiomes offrent autant de rapports qu'en auraient les dialectes de provinces coQtiguës, tandis que ceux des points intermédiaires en diffèrent considérablement. I^ linguistique a ainsi rapproché des peuples entre lesquels on n'aperçoit pas d'autre lien , et qui se trouvent disséminés sur quatre-vingt-dix degrés de longitude. Le plus grand orientaliste de notre époque, Guillaume de liumboldt, a poussé très-loin l'étude de ces langues; et dans son ouvrage posthume sur le kawi , langue liturgique et littéraire des anciens Javanais, il poursuit les affinités et les développements de toutes les langues océaniennes, non par curiosité de grammairien, mais pour &ire connaître toute la variété des formes de la pensée, et ajouter à rintelligence des monuments et des traditions. Comme Guillaume Schlegel , son émule en savoir et en sagacité, il ne limite pas la comparaison des langues aux mots seuls; maiç, sans négliger ceux-ci , il examine tous les rapports des formes grammaticales. Il arrive de la sorte à constituer cinq groupes de langues : le malais et le javanais, l'idiome desCélèbes, celui de Madagascar, celui des Philippines et de Formose ; enfin le dernier, comprenant les langues de la Polynésie orientale, doDt les dialectes principaux sont ceux des îles Tonga, Sandwich, de la Nouvelle-Zélande, et de Taïti.
La grande île ou le continent de la Nouvelle- Hollande offre un aspect stérile et monotone , habitée par une race noirâtre aux formes grêles, où les animaux et les plantes semblent contredire nos idées et nos classifications. Là , dans un sable aride, s'élèvent des arbres gigantesques ; les orties et les fougères y rivaliseraient avec nos chênes ; mais un feuillage rude et blanchâtre y remplace la riante verdure de nos forêts. Là manquent tous les fruits qui sont ailleurs la nourriture de Thomme; les animaux qui vivent sur la terre y sont rares, tandis qu'y abondent les oiseaux et les plus beaux coquillages; le chien seul y vit à rétat domestique ; le cygne y est noir ; un autre animal (l'ornithorinque) y tient tout ensemble du quadrupède, du reptile, du poisson et de Toiseau. On trouve dans ce pays un volcan qui jette des flammes, mais point de lave ; de grands fleuves
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se précipitent des montagnes, mais ils se réduisent à un filet d'eau avant d'arriver à la mer. Là les montagnes n'ont point de vallées, et sous ce climat favorisé du ciel vit une race dégénérée qui mérite à peine le nom d'hommes. Difformes et faibles de corps, sans notion d'aucun art ni delà propriété, ces naturels vivent abandonnés à de grossières superstitions.
On ignore comment se sont peuplées les innombrables petites fies de la Micronésie semées sur la vaste étendue de l'Océan : les uns les font remonter aux Phéniciens, les autres aux Japonais , ceux-ci aux habitants de Java ; ceux-là les considèrent comme les restes d'un grand continent submergé. L'unité de leur origine, outre la conformité de langue dont nousr avons parlé, se trouve établie par certaines coutumes générales en deliors des besoins naturels, et par certaines analogies de culte. Il semblerait qu'à une race primitive sont venues s'en ajouter d'autres, lesquelles, pourvues de droits à des degrés divers, ont constitué différentes castes. Le plus grand nombre de ces groupes obéit à des rois qui commandent à d'autres chefs. Ils diffèrent de religion, mais tous croient à la Divinité, un grand nombre d'entre eux à la trinité, à la vie future, et à l'expiation ; et ils ont sur la cosmogonie les idées les plus bizarres, et qui varient à l'infini. Quelques-uns offrent à Dieu les prémices des biens de la terre; le plus grand nombre croit l'apaiser par des sacrifices humains, en torturant leurs victimes sur les marches de leur moraï, autels et tombeaux autour desquels ils se réunissent cx)mme les druides gaulois autour de leurs dolmens. Ils célèbrent la victoire eh mangeant leurs ennemis. A la Nouvelle Hollande, on sacrifie des hommes au génie du mal. La famille est-elle trop nombreuse? la mère pose le doigt sur la fontanelle de son nouveau-né, et le tue. Ils trouvent naturel de se manger entre eux parce que les poissons et les autres bétes en font autant ; mais ils dévorent leurs ennemis encore plus volontiers , parce quils supposent qu'en détruisant le corps ils détruisent aussi l'âme, qui vient alors augmenter ta leur. Tous ces effets de la superstition sont d'autant plus étranges, que les Polynésiens sont par caractère pacifiques et doux.
^ Le docteur Ôiamisso, Duperré, d'Urville, ainsi que les Hussea
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Lutko et Martins, portèrent successivement la Initiièfe s«r Fardiipel des Carolines. Ce fut en Thonneur du roi OiarleB II que ce nom leur fiit donné par l'Espagnol Lorenzo, qui le premier découvrit une de ces îles en 1668; les voyageurs qui vinrent après lui en virent d*autres auxquelles ils appliquèrent le même nom, pensant que c'était toujours la même. Bientôt les mîssionnairei accoururent de Manille , et firent mieux connaître ces groupes; mais ils réussirent peu dans leurs efforts poury feîre dea couver* sions. Cet archipel resta oublié jusqu'au moment où tjéntUope, navire de la compagnie anglaise, commandé par Henri Wilsoo, se brisa sur les rochers des îles Pelé w (1793). Quand la tempête cessa et que le jour reparut, ils aperçurent la terre, et, se jetant dans les chaloupes et sur des radeaux, ils l'atteignirent. C'était une île déserte, soumise au roi Pelew, qui envojra du monde en aide à ces naufragés, si bien qu'il s'ensuivit des rapports d*amitié, au milieu de l'étonnement qu'ils se causaient réciproiiqiiement. Les Européens secoururent ce roi contre ses ennemis ; pois ils réussirent à construire un bâtiment sur lequel ils partirent Le fils du roi voulut les suivre ; il se fit instruire à Londres, où il mourut de la petite vérole.
Le naufrage du Mentor, bâtiment américain, fit connaître les îles Martz, Chiangle, Lord-North et des Martyrs. Quant aux Carolines proprement dites, Martins, Morrell et dlJrville en parlent comme de pays enchanteurs pour leur climat, peuplés d'une race belle, industrieuse et vaillante, remplie d'égards délicats envers les femmes, et étrangère à ces mœurs lascives qui paraissent générales dans l'océan Pacifique. Leurs tissus se font remarquer par leur finesse .
Il serait trop long de redire les aventures bizarres par suite desquelles tantôt un bâtiment perdu, tantôt un baleinier, tantôt un naufragé, amenèrent la découverte de pays qui avaient échappé aux recherches attentives des expéditions les mieux combinées. Ainsi en 1785 le capitaine d'un navire de la compagnie des Indes, ayant jeté l'ancre au port de Penang pour feire eau, fut aperçu par la fille du roi, qui s'en alla prier son père de le lui donner pour mari. Elle obtint ce qu'elle souhaitait; i'fle lui fût accordée pour dot, et l'heureux marin la vendit trente
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mille livres sterling à la eompagnie des Indes, qui lui donna le nom de Prince de Galles, et en fit son principal entrepôt pour le commerce de Topium. Bateman, en se rendant ^e la terre de Yan-Diémen au port Philips, trouva chez Içs naturels certains vestiges de nos connaissances et de nos arts ; il «d devina la cause quand il rencontra un bhmc qui, abàndonnié là depuis 1803 ^ avait vécu, près de quarante ans parmi les indigènes, à qui ii avak appris, nouveau Robinson, ce qu'il savait des arts de TEarope.
Les Iles de la Société ont été décrites par beaucoup de voya* geurs : la nature y est riante, les mœurs 7 sont douces et aimables, le sol y est fécond. Les poètes et les romanciers ont célébré les habitudes enjouées et hospitalières des habitants de Taîti , cette reine de tk)céan Pacifique, Les edons anglais, informés des immenses ressources que Tarbre à pain pouvait ofifrir, dé« mandèi^t au gouvernement de leur en procurer. Le lieutenant Blig fut en conséquence expédié à Talti ( 1787) où il en embarqua plus de mille pieds , avec autant d'eau qu'il &k fallait pour les arroser; mais son équipage révolté l'abandonna en mer dans une dialoupe, avec dix-neuf hommes qui lui étaient restés fid^es. Sans perdre coursée, il continua sa rolite, sut réâster à toutes les souffrances de sa position ; et après un trajet de douze cents lîeues, il atteignit Coupang, dans l'iîe -de Timor, où le gouverneur hollandais lui ■ fît l'accueil que méritaient son infortune et sa constance. De retour en Angleterre, Blig y obtint justice, et fut pronm au commandement d^une nouvelle expédition qui arriva en huit mois à Taïti. Il réussit à faire un nouveau chargement ; eX deux ans après il était de retour en Ângl^erre, sans avoir perdu un seul homme de son équipage. Les colons anglais obtinrent ainsi cet arbre précieux*; mais ils n'en tirèrent pas tous les avantages qu'ils en espéraient, * car les esdaves à l'iriimentation desquels ils le destinaient préférât à son fruit celui du bananier.
Vingt ans après le voyage de Cook, Vancouver visita la voluptueuse Taïti ; mais , au lieu de ses beaux et joyeux habitants, il n'y trouva qu'une population livide, décharnée, en proie aux guerres civiles. Cest ainsi qu'ils s'étaient modifiés par le contact
IIS -MMILàTIOHS BAIBABU, TOUMN^xrK' -
des Européeuf. Cette limpûeité nniTe qjA afrit'Hq^ émkélm premién na? igateun avait diapara font à !MI ; el llr JEriMéi râ^ ▼idité, fiiiiti de la dviliiatioD , É'éndent iànôèâlm jpml en avant lea vertus qui y.metteDt im.-freiii* Les IwBQiliia^élilite ie^' «rua, mail non les moyens de lessatisdnra ; la raee VétaitaHMe par l'effet dea maladies importées dam le paya ; et loÉifiM CM: yoofnptait cebt mille hiîiltanta, Foiater ernUk iffmàlÊàBHàmi mille, lea missiomiaires n'en p<Hrtaienr plna temnilM^B^àifipt mille en 1838. Ils raffolent aujourd'hui dea armes et det iétoroents de FEiurope : peu leur impMe qulb aole|it «nliiilliNit , uaéa ou neufs, trop larges ou tropétroits,d'homme <>lidè,ftnaBe; de juge ou d'arlequin : si bien que les mildoti ÉietlHttè eon* tribution les boutiqueade fripiers, et les Taltléns vont sa péfi-' nant dans Taccoutr^ment le plus étrange qu'on poiâBelBpgjiiir.
L'introduction du christianisme aauasi pradnitUeaiâBM^sa^ géments dans ce pays. Les minionnanres avnieat anèét 'asee^ eux un cheval qiii émerveilla lea natarda, eôinflae Taviit ii^à'ftit celui de Gook ; ils firent aussi veàir une presse; et, en 1919, 1» roi en personne voulut tirer les premières féuittes de TÉvangHe dé saint Luc, traduit dans, la langue indigène : ce fut une fiSteet un étonnement pour tout le pays. Taïti, en 1838, se déclara indépendante des Anglais; elle a été gouvernée depuis par itte reine du nom de Pomaré. Les missionnaires y ont oonisarvé de l'influence.
Les missions rencontrèrent plus d'Obstacles dans la.JÏottvelle- Zélande , en i*aison de la discorde qui existait entreilea ehefe et rorgueil qui caractérise ces populations ; elles sont, du jreste, très-courageuses, très-activés; et très-propres au service k bord des navires. €es indigènes font trafic de leurs bois de construction et de leurs chanvres, qui sont excellents ; et l'habitude do travail finira sans doute par modérer leur humeur indonaptable.
La Grande-Bretagne, impuissante à nourrir la popôlati^ de ^es trois royaumes , prend soin de lui trouver des débquohés au dehors. Elle a jdéjà formé beaucoup d'établissements, ccdoAisé sur plusieurs points, la Nouvelle-Zélande, les divers arobipels de la Polynésie; elle travaille à se rendre maîtresse de toute la IVouvelie Hollande. Une compagnie sud-australienne s'est