‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 6 sur 82 · BÉGÉNÉRÀTION DE LA GRÈCE · texte numérisé non relu

BÉGÉNÉRÀTION DE LA GRÈCE

FAutriche mit la main sur ce vaillant homme, et le livra à la Porte , qui le fit empaler. •

Si la première hétérie ne parlait que d'émancipation , il s'en forma une autre ( 1806) dans Fltalie supérieure, qui méditait de reconstruire l'empire grec , et de Tailler à Tempire français. Napoléon lui donnait des encouragements , et déjà vingt-cinq mille fusils étaient en dépôt à Corfou , pour armer une population dont les troupes françaises devaient seconder l'ardeur; mais la chute de Napoléon entraîna celle de cette seconde hétérie, qui , moins en vue que l'autre, influa peut-être davantage sur l'avenir.

Mahmoud avait souscrit en 1812 à la déplorable paix de Bucharest, au moment où la situation de la Russie attaquée par Napoléon aurait pu lui procurer de meilleures conditions , s'il n'eût pas été , comme le sont toujours les Turcs , dans une ignorance complète de la politique extérieure.

Il n'avait été rien stipulé au congrès de Vienne relativement à la Turquie, et il en résulta que les périls commencèrent pour cette puissance lorsqu'ils finissaient pour les autres. Quant à la Grèce , les considérations mercantiles arrêtaient tout élan généreux en sa faveur; les Francs, surtout les Anglais, redoutaient d'elle une concurrence , en sorte qu'on maintint la Grèce esclave. Alexandre cependant, par cela même qu'il voyait la nécessité de la paix en Europe, reconnut le besoin d'y donner un débouché à l'activité des esprits, et il songea à le lui ouvrir en Orient. Une alliance qui se qualifiait de sainte ne pouvait être que menaçante pour l'islamisme. Dans un temps donc où l'Europe entière parlait d'indépendance, Alexandre montra aux Grecs le labarum déchiré par les guerriers de Mahomet , le cimeterre musulman suspendu sur leurs têtes , la fraternité des Slaves avec les Hellènes , enfin l'héroïsme et le génie de leurs ancêtres. Il déplora avec eux l'abomination à laquelle était livrée la maison de Dieu , et ils se sentirent animés d'une nouvelle espérance. Il se forma en conséquence une troisième hétérie à Vienne et à Saint-Pétersbourg ( 1815 ). La première avait caressé les démocrates; la seconde, Napoléon. La troisième s'attacha à Alexandre , mettant dès lors en première ligne la

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religion , et se proposant de répandre parmi les Grecs les arts et les sciences. Avec le secret, qui est le don des peuples opprimés , Tassociation adopta diverses formules des anciennes fraternités grecques ( âSsX907co(7)ai( }, les échanges d'armes et les serments sur les autels; et comme les princes ^l.iés s'étaient faits les protecteurs d'une société de philomuses qui devait propager Tinstruction parmi les Grecs, les chefis répandirent le bruit que ces princes étaient d'accord avec l'hétérie ; ils envoyèrent des émissaires dans toute l'Europe, tandis que d'autres agitaient la Grèce , eu se disant envoyés par la Russie.

Le mépris pour les Turcs s'était joint à la, haine qu'on leur portait, depuis que trente mille avaient fui devant huit mille Russes. Beaucoup de Grecs employés eu Russie n'en sentaient que mieux, par comparaison^ combien était dure la condition de leur patrie ; d'autres , qui avaient combattu pour la France, pour la Russie , pour l'Angleterre , licenciés depuis la paix , désiraient l'occasion de reprendre leurs armes. Quelques-uns pensaient qu'il fallait commencer par vaincre les Turcs en ci« vilisation; et, sentant d'instinct quels sont les deux ennemis nés du despotisme, ils fondèrent des instituts scientifiques et commerciaux ; d'autres s'adonnaient à la médecine , et puisaient dans les universités de l'Europe la connaissance et le désir d'une condition meilleure. Alexandre favorisait les liétéristes, ne fût-ce qu'en reconnaissance des 'secours qiii^iLs lui avaient fournis contre Napoléon. Pour assurer leur triomphe , il n'avait qu'à laisser rentrer dans leur patrie tous ceux qui servaient sous ses drapeaux. Il s'écriait : « Pauvres Grecs ! ils désirent « (oiyours une pairie, et ils r auront certainement» Je ne mour- « 7'ai pas content, si Je n'ai fait quelque chose pour mes pau- « vres Grecs. Je n* attends qiCun signal du ciel. » Le signal ne vint pas, et sa politique se borna à régénérer ce pays par les arts et la civilisation, à faire prospérer les familles grecques établies à Constautinople, à s'attacher, en un mot, les esclaves sans offenser le maître , à tenir les premiers par l'espoir dans sa dépendance, et le second par la crainte.

Tandis que les Turcs goûtaient 1a^ sécurité de gens qui n(> comptent les Insurrections que par les massacres dans lesquels^

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ils les ont étouffées, la Grèce sentait sa rédemption prochaine. Une image de la Vierge avait pleuré ; les caloyers d'un couvent avaient entendu une voix qui disait d*espérer ; des tles qui s'étaient montrées ou abîmées, des tremblements de terre, des éruptions de volcans , des jiets d'eau bouillante , semblèrent aux imaginations exaltées des indices d'un changement prochain.

Les révolutions d'Espagne et d'Italie encouragèrent les hétéristes, qui avaient des éphories daîns les villes principales de la Turquie et de la Grèce; ils crurent donc qu'il convenait de se hâter. Déjà l'extermination des beys et des agas de l'Ëpire, par Ali-Pacha, aplanissait la voie, lorsque la Porte, incapable d'exécuter par elle-même la sentence rendue contre Ali , excita les Grecs à s'armer contre le pacha proscrit ( 1820 ). De son côté , Ali montrait , aux populations soulevées du Pinde aux Tliermopyles , que seul il pouvait les aider à chasser les barbares au delà du Bosphore. Les Grecs ne se décidaient qu'avec regret à associer leur sainte cause à celle d'un monstre couvert de crimes ; mais les ravages de l'armée turque , qui , précédée par l'excommunication, s'avançait contre lui, triomphèrent de leurs incertitudes.

Parmi les philhellènes se distinguait Jean Capo d'Istria , médecin de Ck)rfou. Alexandre, dont il avait caressé les penchants mystiques , l'avait employé dans des missions importantes , el notamment au congrès de Vienne, dont il entrevit toutes les erreurs : consommé diplomate, c'était un homme d'État médiocre. Les Grecs cherchèrent à l'avoir pour chef de l'insurrection ; mais, tout en servant les rois, il n'avait pas oublié l'hétérie; et il refusa, croyant que le moment était prématuré. On résolut néanmoins de la tenter d'abord en Moldavie et en Valachie. Ces deux contrées obéissaient à des princes nationaux ( hospodars ) , élus par le clergé et par la noblesse. Ils avaient pour gardes des Arnautes , et se reconnaissaient vassaux de la Porte ; liiais il était stipulé qu'elle ne s'ingérerait pas dans l'administration intérieure , et ne tiendrait pas de troupes dans le pays. Les révoltes qui éclatèrent lui fournirent un prétexte pour fouler aux pieds ces conventions , et la Porte choisit les hospodars parmi les Fanariotes ses créatures. Durant les guerres avec la Russie,

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doutées eontrées éUMt le Aatmpàt touille lubitad. U Porte , trat es se léïKiijyt li ■omiuAioii àe rhospote; sV bGgeiàBepascBlnvierkcaitechiclîeD^ii reopiw- le tribat. tous les den w,pvrcHbcmise^ dépdéi cBvmvs à Coustantôiople, gt à ee f>srwn!;iwlfr; eafia, à labser àh R«sdaas loirtie ciraoBStanee, le droit de parier en Icor ùt-

Le prinee Atemdre Tpâlaoti , fils d^nl hospodsr réAiçië à la eov de Ssint-PélerriNNirg , oo il suit été def^é faB-méme , s'étsit icteé loDgleBDpB aux sollieilstioos de liKtérie, eomuîssaot trop bien Is ûiblesse de ses icasomces ^ et la confiance qa*clle aMttait dans PsssislaDee des étiaugeis : pressé de dou- Tesfn de se mettieii la tête do moufement , il ocnsolta Temperenr Alexandre , dont fl était <^Mcr général. Sur les encoursgemoits qa^il en reçot , il cnvora des prodamatîons secrètes à tontes les éphories ( 1821 ) , et paroonnit la Russie en reeneiliant des subsides , aoxqoels il joignit généreusement , ainsi que sa sœur, de fortes sommes d*argent. Celait un bomme médiocre , instruit dans les lettres comme on peut Fétre dans les écoles , et nourri dans llntrigue comme tous les Fanariotes. Les Grecs ataient foi dans ses paroles , persuadés qu^il ne fusait que leur transmettre les oracles d* Alexandre.

Lesérénements marcbèrent rapidement : un Grec, du nom de Germanos, fils d*un berger du Ménale , qui s^était formé dans la pieuse solitude du mont Athos, avait été placé près du patriarche deConstantinople, qui le chargea des plus importantes missions : il Tenait d^étre promu, en dernier lieu, à Tarchevéché de Patras. Lorsque la révolte éclata dans cette ville et se répandit dans toute TAchaîe , il porta la croix , comme signe de rédemption. Partout on cria : Paix aux chrétiens, guerre aux Turcs! Mais les vengeances, les pillages, les réactions s*en mêlèrent; et les vieillards s'effrayèrent, croyant voir se renouveler les horrears de 1770, lorsque les Grecs payèrent de tant de sang leur confiance aux promesses de l'étranger.

Les Maînotes , ennemis implacables des Otlomans <, dél)ou< rhèrent des cavernes du Taygète , conduits par Mauromicali et Culocotroni , qui , après s'être enivrés du sang turc , donumvvX

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la main aux Achéens. Unsénat, présidé par le premier de ces cheÊs, annonça à TEurope Tinsarrection hellénique, et demanda de Tor, des armes, des conseils, à ceux dont les ancêtres avaient dû leur civilisation ^ la Grèce. Aussitôt la jeunesse grecque , allemande , polonaise , russe , italienne , accourut sous le drapeau blanc où brillait la croix rouge , avec plus de bon vouloir et d*enthousiasme que de réflexion.

Les skipétars, réfugiés dans les îles d'Hydra, de Spezzia, d'Ipsara , de Mycone , s'étaient adonnés à la pèche , puis à la piraterie , enûn au commerce , qui leur avait réussi, grâce à de nombreuses franchises; et, toujours en lutte avec les barbares,^ ils conservaient leur intrépidité native. Sur vingt-deux mille habitants , dix mille étaient marins , et la pratique seule leur avait enseigné à construire les bâtiments les plus agiles. Une de leurs chansons disait : « Hydra n*a pas de champs, mais « elle a des vaisseaux ; son domaine est Neptune , ses agricul- « teurs sont ses matelots ; avec ses bâtiments elle moissonne en « Egypte, elle s'approvisionne en Provence, et vendange sur « les côtes de la Grèce. »

Après avoir attendu le retour des bâtiments qu'ils avaient à la mer, les Hydriotes déployèrent leur pavillon , et choisirent pour chef Jacques Tombusis, qui fut aussitôt proclamé par toute l'union. On décréta que les blessés, les veuves, les orphelins, les pères et mères de ceux qui périraient dans la lutte, seraient secourus par le gouvernement; qu'il en serait fait commémoration dans l'église tous les troisièmes dimanches de carême; que les traîtres et les perfides seraient excommuniés ; que ceux qui feraient des actions héroïques obtiendraient un certificat à présenter au patriarche. Conduriotis et Orlandos s'engagèrent à entretenir une escadrille de vingt vaisseaux , qui devait coûter cinquante-six mille francs par mois : efforts vraiment héroïques. La petite Sle arma trente-six bricks de douze à vingt canons. La croix brilla sur la tête des che£s^ avec cette légende : Mort ou liberté! et sur le pavillon, qui portait l'image du Christ, étaient inscrits ces mots : Avec lui ou au fond de la mer! Ces bâtiments parcoururent les côtes en proclamant la liberté. Marc Botzaris, voulant venger Souli , menaça TAcarnanie; Ulysse >

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