‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 7 sur 82 · BÉGÉNÉRÂTION DE LA GRECE · texte numérisé non relu

BÉGÉNÉRÂTION DE LA GRECE

ancien lieutenant d*Ali-Tébéien , souleva la Thessalie , à la tète des Clephtes.

A la mort de Soutzo , les boyards , seigneurs indigènes de la Valàchie, réclamèrent de la Porte le droit d'élire leur hospodar; mais elle s*y refusa. Alors Théodore Wladimiresk , aventurier obscur, souleva le pays , non pour lui donner la liberté, mais pour obliger le gouvernement à lui rembourser une certaine somme; et, à la tête des Bulgares et des Pandours , il offrit à Ypsilanti de £nre cause commune avec lui ; mais comme on découvrit qu'il négociait en même temps avec la Porte , il fut fusillé , et ses troupes se joignirent à celles d*Ypsilanti. Ce prince, entouré d'intrigants dont il ne voyait pas les artifices , distribua les emplois sans réflexion ; il vit s'évanouir les promesses , toujours très-larges , des exilés , et abuser de la liberté avant de ravoir obtenue. Ceux qui cherchaient à le perdre Tadulalent comme un roi. Attaqué par les armes et par la trahison , il vit les siens s'enfuir, à l'exception du bataillon sacré , qui mourut les armes à la main ; et lui-même fut contraint de se réfugier sur le territoire de l'Autriche , qui ne le livra point aux Turcs , mais qui le jeta dans une prison , où il expira de chagrin.

Il fut remplacé par son jeune frère Démétrius , de chétive apparence» mais d'une âme héroïque, s^ns jactance , loyal jusqu'au scrupule , et aussi indifférent aux plaisirs qu'à l'ambition^ A la tête des escadres réuuiesdes Hydhotes et des Ipsariotes, il lança contre la flotte turque les terribles brûlots , dont les Grecs se firent une arme redoutable contre leurs ennemis.

Selon l'usage des gouvernements absolus , la Porte ne voit rien d'abord, et exagère ensuite. Elle jura d'exterminer les Grecs , oubliant qu'elle ne pourrait subsister sans eux. Mahmoud , sentant que c'en était fait de la conquête tout entière s'il laissait le prestige de la force s'évanouir sur ce point, voulut faire un dernier effort. Il expédia jusqu'aux extrémités de l'empireies Tatars , ses courriers , pour proclamer la guerre sainte et demander au fanatisme ses derniers secours. Les imans enflammèrent dans les mosquées la multitude contre les infidèles; les étudiants sortirent des médressés pour prêcher la mort des chrétiens. La guerre commença, cruelle sur tous les points. Les

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janissaires à Constantiiiopte Yonlureiit an^ leur part de sang et de butin ; et le- sultan, impuisBant à refréner lens râieUions, les laissa se voiler par des aasasinats. Croyant frapper la retigioo dans son chef, il fit pendre, le joarde Plqoes, le patriarche de rÉglise d^Orient , en habits pontiicai , au milieo des applaudissements d'une tombe sairrage et de joif s , qui traînèrent le pontife dans la 6nge; le synode entier fot Kvré à tout le raffinement des tortures orientales , et la mer rejeta en foule les cadarres des chrétiens, qui servirait de pâturé anx chiens de Constantinople.

La Torqnie était pins forte encore qu'on ne se le figurait : elle possédait quinze faôseaus de ligne, dix-sept frégates, Tingt-quatre eonrettes , et beaucoup d'antres bâtiments plus petits; cent soixante régiments de janissaires, beaucoup de troupes Itères , une riche artillerie , ringt forteresses défendues par quatre-Tingt mille soldats. L'Egypte et les États barfoaresqnes devaient se prononcer pour eUe ; FAlbanie et la Bosnie , lui fournir d'intrépides soldats Sept cent mille Grecs , soulevés contre un si yaste empire, avaient pour eux rhorreur d'une longue servitude et le désespoir. Leurs bricks combattaient sur mer, comme leurs bandes sur terre. Aussi les victoires furentelles féroces comme des vengeances ; les combats et les sièges différèrent peu de ceux de Y Iliade , car il n'y manqua ni les moutons rôtis servis entiers aux héros, ni les poètes aveugles qui les animaient de leurs chants.

Mais ces traits de courage , de générosité, de cupidité , de terreur, mériteraient d'être mieux chantés ; ils attendent un autre Homère. Le Cretois Antoine Mélidonius , libérateur de l'île de Jupiter, trouva dans une vallée une foule d'enfants , de jeunes filles, de vieillards turcs , qui s'y étaient réfugiés ; il les sauva , et écrivit au pacha de Mégalocastron : « fai agi en fis envers « vos pères, en père à F égard de vos enfants, en frère « envers vos femmes :faiteS'en de même avec les Grecs pri- M sonnlers. » Nicétas, après de riches victoires , envoya à sa fi^mme une tabatière de bois , avec ce billet : « Mes soldats f m'ont offert cette boUe et une épée d'un grand prix ; fai

donné cette vi aux primats (Cllydra pour les besoins de la

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• fioiie; je te fais passer l'autre, à toi qui, après ia patrie, ^ esce qmefai de plus cher. > A la bataille de Galatz, KoUras, cerné de toutes parts par les Turcs, s'écria : « favais soi/du

• samg musulman; voilà foccasiom d'en faire une orgie : que « ceux-là me suivent à qui il en faut comme à mol! Aujour*

• dChui nous me verrons pas coucher le soleil. • Accompagné de Yingt-cinq des siens, il se précipita sur les Turcs et en Gt un grand massacre. Entré dans une maison où une troupe de mu> sulmans étaient à s'enivrer, il les tua , et sV fortifia ; puis , en* touré par les flanmies , il périt avec ses compagnons.

A TafEaûre de Skoullen (1819), TÉtolien Athanase, nouveau Léonidas, fit, avec quatre cent quatre-vingt-quioze bétéristes, le serment de mourir plutôt que de se rendre. Le vizir Ibrabilof les envoya soromerde déposer leurs armes : Qu'il vienne les prendre! répondit-il. On vit Spiros Alostros panser avec sa chemise une blessure qu*il avait reçue dans la poitrine, et continuer à combattre jusqu'au moment où , épuisé de forces , il écrivit avec son sang un billet à sa mère , dans lequel il la félicitait de perdre un fils pour la patrie. Non loin de lui , Sebastopoulo, de Scio, s*élançant des tranchées pour combattre de près, se retranchait derrière un monceau de cadavres d*où il continua à tirer sur Fennemi, jusqu'à ce qu'il tombât mort a son tour.

En Épire , les prêtres , les moines , les religieuses, gardaient les munitions ; les retraites monastiques se peuplaient de patriotes, et des chants de liberté se mêlaient aux hymnes sacrés. On vit reparaître alors les femmes de l'antiquité; et plus d'une arracha les armes d'un soldat timide , pour combattre à sa place. Tandis qu'Ali-Pacha assiégeait Soûl i,Mosco, femme du capitaine Tzavellas, et Caïdo , sa sœur, roulaient des rochers sur les Turcs, en chantant les prouesses de leurs parents, et en les animant à de nouveaux exploits. Au commencement de l'insurrection, la Spartiate Constance Zacharias déploya sur sa maison le drapeau national , comme signe d'enrôlement ; et aussitôt les femmes du Pentadactylion accoururent pour substituer partout la croix à l'étendard du croissant. Bobolina arma trois vaisseaux, et envoya à ^avan^garde des Hellènes ses deux fils, qu'elle avait

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élevés en leur rappelant sans cesse qu'ils avaient à venger leur père, tué à Constantinople. Lorsqu'elle apprit leur mort : Gloire à Dieu, s'écrie-t-elle , nous vaincrons, ou /loms mourrons avec la joie de ne pas laisser, après nous , a esclaves grecs dans le monde. IModène Maurogénia ayant armé un vaisseau pour venger son père , égorgé par ordre de la Porté , souleva TEubée , et promit sa main au vainqueur des Turcs. Les Arcadiennes suspendirent à Tautel de la Vierge leurs couronnes nuptiales , en se déclarant veuves si fa lâcheté de leurs maris laissait la victoire aux inûdèles. Les jeunes filles déposèrent leurs j)arures , leurs broderies , leurs fuseaux, dont eHes firent hommage aux saints. Bien d'autres n'eurent à montrer leur courage qu'au milieu d'affreux tourments, enfermées dans des sacs avec des chats et des vipères, ou plongées dans des souterrains pour y mourir de ftiim. Un Européen, qui rendait visite à la femme de Canaris , la trouva faisant des cartouches. Comme il lui disait, yous avez pour mari un brave; — S'il ne Pavait pas été, lui répondit- elle, est-ce que je V aurais épousé f

Mais si la valeur commence les révolutions , elle ne suffit pas pour les soutenir et les organiser. Or ce n'était pas tout pour les Grecs que de vaincre les Turcs, il leur restait d'autres ennemis : la diplomatie et eux-mêmes. La Porte s'était obligée envers la Russie, par les traités de 1774, de 1792 et de 1812, à protéger la religion chrétienne ainsi que ses églises, et à îaÀve droit aux réclamations du cabinet russe à ce sujet. La Russie demanda donc alors que les églises détruites fussent relevées, qu'il fût donné satisfaction pour l'assassinat du patriarche, et qu'on l'aidât à rétablir l'ordre dans les principautés de Moldavie et de Valachie , disant qu'en cas de refus elle se verrait obligée de prendre parti pour les Grecs insurgés. La Porte répondit avec hauteur qu'elle était en droit de punir des rebelles ; que tels étaient ceux qu'elle avait mis à mort , tels aussi les insurgés. Elle demanda en conséquence qu'on lui livrât ceux qui s'étaient réfugiés sur les territoires autrichien et russe, se réservant alors d'exécuter les traités. En attendant, elle fit visiter tous les bâtiments qui traversaient le Bosphore et les Dardanelles.'

C'était un motif sufQsant pour recourir aux armes ; mais

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