COMMER€C, INDUSTRIE, COLONIES, GEOGRAPHIE
êe cette péoinsule, commande le détroit que traversent les bâtiments expédiés dans les mers de la Chine. Singapour, fondée par Kaffles, savant orientaliste qui a écrit Thistoirede Java, s^accrut avec mie telle rapidité, que des navires de tous les pays abordent aujourd'hui où n'existait en 1819 qu'Une poignée de t>échéors et des pirates malais. En 1825, l'Angleterre partagea entre elle et la Hollande la domination de l'archipel d'Asie et de la péninsule , les Hollandais conservant toutefois les îles les plus riches en productions, telles que Sumatra, Java, les Moluques; tandis que les Anglais se réservaient les positions les (HiK importantes pour l'établissement d'un commerce d'échanges entre l'Asie orientale , l'Inde , et l'Europe. It en est résulté que les colonieà de Singapour et du Prince de Galles sont -devenues le centre des nouvelles relations entre l'Oceident et les contrées les plus reculées de l'Orient, relations qui maintenant s'étendent jusqu'à ia dilne.
Nous ne connaissons pas exactement le revenu des colonies hollandaises; mais le produit minéral y est immense, s'il est vrai que Sumatra produise 10 millions de livres anglaises de poudre d'or; Bohiéo, pour 13 millions de francs; Banca, 5 millions de liVres d'étain. Raffles estime a 100 millions de frmen ce que rapporte annuellement Java ; et Ton peut cal^ culer à 20 millions ce que donnent les Moluques.
L'Europe Ti*avait jadis rien à échanger avec l'Asie; mais aujourd'hui ses manufactures lui fournissent des objets de trafic, surtout des étoffes de coton, si convenables à ces climats brûlants, où l'on ne s'habille pas autrement.
Voilà pourquoi les colonies sont essentielles à Texistence de l'Angleterre; car c'est par elles seulement qu'elle peut fournir un débouché à ses manufactures, et soutenir cette foule de prolétaii'es qui, exclus de la. propriété, lui demandent du pain. La Chine seule n'a pas besoin de ce que lui offrent les Anglais; mais ils ont réussi à lui rendre l'opium nécessaire, en dépit des lois impériales; et aussitôt ils ont supprimé dans l'Inde h culture du blé, pour lui substituer celle du pavot. En échange de ce narcotique, ils reçoivent des Chinois le thé, qu'ils revendent avec grand profit à l'Kuro|io, d'où ils tireat du Wé, <!^ V^^
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Indiens sont obligés de payer d'autant plus cher qu'il vient de plus loin. Cette longue diatne d'opérationf en partie me^ cantiles , en partie fiscales, se briserait tout à coup si la Chine réussissait à exclure Topium , et à faire cessée cette cause d'abrutissement et de mort pour ses populations.
L'Angleterre, quand il s'agit de coloniser, laisse bien \m tous ses rivaux, soit dans le choix des positicms les plus frvorâbles pour dominer les mers et pour assurer le dâ>it de «es marchandises, soit dans sa persistance à les obtoiir. Partout, en un mot , elle cherche des marchés qui lui assurent de nombreux consommateurs sans aucune concurrence; et rien. n'échappe aux efforts , à l'attention , à la hardiesse , à la persévérance de cette nation.
Les voyages de circumnavigation ont aujourd'hui beaucoup de détracteurs; car tout étant désormais découvert, ils ne peuvent fournir que quelques observations aux astronomes, ou certains détails soit sur le magnétisn>e terrestre , soit sur la température sous-marine; mais d'autres les croient encore utiles pour faire respecter le pavillon des puissances qui manquent de colonies dans des pays barbares qui par malheur sont armés, et pourront devenir bientôt des États redoutables*
Les derniers voyages ont contribué aux progrès d'une science nouvelle, ranthropologie.Blumenbach avait fondé la distinction des races sur Torganisation et principalement sur la conformation du crâne. 11 en distinguait cinq, d'après une division plus géographique que scientifique. A cette étude s'associèrent celles de la linguistique et de l'histoire. Enfin, de nos jours on a constitué cette science en lui donnant pour première base les caractères physiques, comme les plus stables et les moins arbitraires, mais en les confrontant avec l'histoire .
C'est dans cet esprit qu'ont été conçus le travail d'Ëwardset les recherches sur l'histoire physique de l'espèce humaine, du docteur Pritchard. Les peuples de l'Amérique méridionale ont été étudiés de près par d'Orbigny. En 1817, Louis de Freycinet fut envoyé dans l'hémisphère austral, pour y observer, outre les phénomènes magnétiques et météorologiques , les langues et les mœurs*, Dumont-d'Ucville , dans ses voyages d'Océanie, a
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recueilli des cadavres, des modèles, des empreintes, des renseignements sur les caractères physiques et moraux des races nombreuses qui se trouvent mêlées dans ces contrées. Il rapporta huit cent soixante-six dessins d'hommes , d'armes , d'habitations , d'ustensiles; quatre cents de côtes et de paysages , cinquante-trois cartes terminées ; puis des esquisses de côte» : de ports, de rades; car s'il suffisait autrefois, lorsqu'on avait trouvé une île, d'en déterminer la position en se tenant en rade, on veut aujourd'hui en connaître chaque anse, tous les fonds, tous les passages ; et il est nécessaire de joindre aux indications astronomiques des notions de physique et d'histoire naturelle.
Ainst l'Europe a répandu , dans l'espace de trois siècles., sa population sur le monde entier, sans s^ppauvrir elle-même; tandis que les autres races, exclues selon tonte apparence de cette grande loi de progrès , déclinent en nombre et en puissance ■. En Amérique, même dans les pays à esclaves, les nègres disparaissent, soit par la mort, soit par le mélange* ; et. les tribus indigènes se retirent devant les semeurs de grains^ qui avancent toujours. Désormais, quelle que soit la contrée du monde dont on parle, c'est d'Européens qu'il s'agit ; nos intérêts déterminent les alliances ou les guerres de l'Inde ; ce sont les ambassadeurs européens et les chambres européennes qui . parlent au nom de la cour de Perse, et qui dictent les firmans> du Grand Seigneur. La destinée des nègres et celle des races jaunes ou des peaux rouges dépendent du scrutin.
Dans rOcéanie, où près de vingt-cinq millions- d'hommes si différents s'agitent sur un espace de plus de six cent mille lieues < carrées , le christianisme , les sciences , le commerce introduisent une vie nouvelle , à tel point que les vicissitudes de ce
^ Ona cherché demièrenient à expliquer physioiogiquement le dépénssement des races indigènes , en affirmant que lorsqu'une femme da couleur a engendré d'un blanc , elle n'est plus susceptible d'être fécomiée par un individu d'une race inférieure ; d*où il résulte que le nombre des enfants de couleur diminue , et que les nuances se multiplient.
* Il en faut excepter les États-Unis, où la population noire s'est considérablement accrue, depuis l'abolition de la traite. (Ah. E.)
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monde lointain influent déjà sur celles de l*Kurope. Cette inOnité de côtes facilite partout ral)ordage, autant que 1» masse compacte de TAfrique le rend diflicile ; désorntais les nations anciennes se raniment au contact des nouvelles , et elles profitent de Tactivité que vont exercer au loin le zèle du missionnatre, Tavidité du négociant.
Le collège de la Propagande est assurément une des institutions les plus surpreniHites du catholicisme : une armée de missionnaires part de Rome pour se répandre dans le monde entier : gens qui, par la seule force de la doctrine, de la persuasion , de la charité, ne redoutent ni la distance , ai le péril, pour attirer des âmes à la religion, c*e8t-à-dire à la société civile , aux mariages légitimes, aux idées de propriété, aux espérances immortelles. La philosophie la plus raiilleuse ne l^eut^e refuser à admirer ces frères héroïques.
Le protestantisme n'a pas cette unité , cet esprit d'exclusioib qui fait la force du catholicisme; mais il tient aussi à bien mé* riter de lliumanité en s'employant à adoucir les barbares. Depuis cent cinquante ans, les différentes communions protestantes d'Angleterre, d'Amérique et du continent européen, principalement les méthodistes, ont formé des sociétés pour la propagation du christianisme; ils y dépensent des millions chaque année, et répandent par centaines de mille des Bibles , qui , en vérité ne sont pas le livre le plus propre à faire éclore et à cousohder la foi des peuples nouveaux. Dans les seuls comptoirs de Canton, Malacca , Batavia , Penang et Singapour , il a été imprimé, soit en malais, soit en chinois, plus de quarante-quatre mille ouvrages touchant la doctrine chrétienne. Les missionnaires anglais qui abordèrent à Taïti en 1 799 réussirent fort peu jusqu'en 1807, oùPomaré se déclara leur proteclrice, et promit de mettre de côté son dieu Oro, pourvu qu'on lui donnât en retour un peuple vêtu et surtout armé, outre le nécessaire pour écrire et imprimer. Le marchéfiit bientôt accepté, et les Taitiens cessèrent de se tatouer, d'aller nus; leur langue se perfectionna, et l'île fut bientôt comme une sorte de séminaire d*où sortirent des maîtres nombreux, qui répandirent les idées chrétiennes dans les. pays voisins.
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Aux i\es Sandwich, que Cook avait trouvées en pleine barbarie, les missionnaires américains débarquèrent en 1820, avec de jeunes indigènes devenus chrétiens qui avaient été élevés aux États-Unis. Quoique repoussés d'abord, ils finirent par s'tmpatroniser dans le pays, surtiout après la mort du roi Lilrafiho, violent et ivrogne, qui alla mourir en Angleterre en 1830. Sa veuve se fit chrétienne, et beaucoup de chefs suivirent son exemple. A' cette heure un tiers de la population sait écrire : on y trouve des écoles nombreuses , quatre imprimeries, une infinité de manufactures; les haches de fer ont remplacé les haches de pierre ; ils construisent des barques, des tables , toutes sortes d*nstensiles domestiques ; et autour de ces autels qu'ils inondaient de sang humain , ils se réunissent aujourd'hui pour le sermon et hi prière. Ces rois, dont l'un faisait tuer quiconque s^offrait à ses yeux mieux orné que lui, et dont un autre entourait son palais d'un mur de crânes, ont aujourd'hui des lois et une administration. Mais le prédicateur s'en va avec femme et en^* fants ; il ne faut donc pas s^étonner s'il manque de résolution pour braver le martyre, et s'il prêche une morale avec des intentions plutôt droites que généreuses. Des gens qui savent h peine lire interprètent souvent, de la manière la plus étrange, les récits mystiques de la Bible. Les catholiques n'ont pas encore pu réussir beaucoup chez ces peuples nouveaux. La congrégation de la Propagande confia en 1833 les missions de l'Océanie orientale aux prêtres de Picpus, qui ont converti les îles Gambier; en 1837 , seize cents insulaires avaient déjà reçu le baptême. C'est de là que partent ces sentinelles avancées de la vérité, franciscains et augustins, dans l'Amérique méridionale et dans l'Asie inférieure-, capucins, dans l'Asie supérieure et en Afrique; carmes, en Palestine; lazaristes, dans l'Amérique septentrionale; |)ères de l'Oratoire , à Ceylan. Mais les revenus de la congrégation ne dépassent pas trois cent soixante mille francs, somme bien insuffisante pour envoyer des ouvriers sur tous les points du globe. On s'est efforcé d'y subvenir par quelques institutions récentes, comme le séminaire des Missions étrangères à Paris , la société Léopoldine en Autriche , mais surtout par l'œuvre de la Propagation de la foi, institua à Lyon en 1822 : tous les
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catholiques sont appelés à s^associer à cette pieuse tflehe,' moyennant la modique contribution d'un sou par semaine. Cette faible aumône , multipliée par le grand nombre des souscripteurs, rapporte chaque année des sommes considérables qui viennent en aide aux missions, et servent à imprimer et à répandre rhistorique des généreuses enMprises de ces héros de la foi et de la charité.
On a reconnu qu'il y avait plus d'avantage à former dans 1er pays nouveaux des prêtres indigènes, dont l'influence surpasse celle qu'y pourraient prendre des étrangers. Cest sur ce pied4à que les missions sont établies aujourd'hui. Vingt évéchés ou vicariats apostoliques ont été institués de 1840 à 1844, et de nonbreux vicaires indigènes ont été établis à Ceylaa et dans la péninsule au delà du Gange. L'Australie, qui en 1820 n'avait pas un seul prêtre, a maintenant un archevêque à Sidney. Un vicairs apostolique dirige le travail des missions cliez les misérables nègres de la Guinée. Dans l'Amérique du Nord , où rien n'eatrave l'autorité ecclésiastique, il n'y avait d'autre évéque en 1790 que celui de Baltimore ; on en comptait dix en 1831 , seize en 1834, vingt-cinq en 1846, et l'on a demandé depuis trois nouveaux sièges. De Tévéché de Québec sont sortis plusieurs autres diocèses dans les contrées entre la baie d'Hudson et l'Orégon ; le saint-siège a divisé ce dernier pays en dix diocèses, et y a nommé un archevêque et deux évéques.
Dans rinde, à Hong-Kong, à Tonkin, dans la Corée, on compte des séminaires plus ou moins nombreux. Le brahmanisme et le culte rationaliste de la Chine ont peine à résister à Fexemple européen et aux missionnaires , ces précurseurs pacifiques de la lumière; et le Céleste Empire vient d'abroger les lois qui prohibaient le culte chrétien. L'islamisme ne fait plus de conversions en Asie et dans la Malaisie ; son apostolat cesse, et fait place tout à fait à celui de TKurope. Ainsi, l'Occident renvoie à la haute Asie la civilisation qu'il en a reçue jadis et il ne se contente pas d*envoyer aux barbares ses marchandises , son luxe et ses vices.
L'éducation du genre humain procède aussi par les voies paci/jques du commerce. L'homme continue en Orient à vivre de
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cette vie qui lui est psnrticulière; et il y reste statioimaire, parce qu'il est errant. Le passage des grosses caravanes ^rantit à chaque pays qu*il recevra, à une époque fixe, telles et telles denrées; en conséquence, personne ne s'inquiète d'aller les chercher, et attend leur arrivée comme on attend que le soleil mûrisse les fruits. Si le commerce européen vient à reprendre la route qu'il suivait avant de doubler le cap de Bonne-Ëspérance , les caravanes redeviendront importantes ; et les pèlerinages à la Yiile sainte, que les riches musulmans ne pratiquent plus aujourd'hui que par représentants , au détriment du commerce lui-même, contribueront peut-être, en se renouvelant, à faire pénétrer dans l'Afrique intérieure une civilisation imparfaite, qui frayera la route à une autre civilisation plus avancée.
Il y a des pays qui excluent, par crainte, tout commerçant étranger. De ce nombre est le Japon, où , depuis 1637, il est défendu aux habitants de sortir du royaume. Le seul port de Nan*^ gasaki est ouvert aux navires de la Chine, de la Corée et de la Hollande , en nombre déterminé ; et ils y sont assujettis à une surveillance rigoureuse. 11 parait que le commerce à l'intérieur est très-favorisé , et que tout y abonde; mais nous nous défions des éloges prodigués aux États qui s'enveloppent de mystère.
Les Chinois vont trafiquer au dehors , surtout dans l'archipel indien , dans l'Inde transgangétique, et dans la Papouasle ; ils font seuls le commerce des royaumes de Siam et d'Annam. Les . Ëuropé^s sont. exclus aussi de l'Inde m delà du Gange , à l'exception de l'empire Birman et de quelques petits royaumes de la péninsule de Malacca. Mais quelles barrières pourront résister aux machines à vapeur, qui centuplent la puissance productrice,, et qui nous conduisent de l'Europe dans l'Inde en six semaines, et à la Chine en deux mois?
Avant et depuis la découverte du (^ap , l'Inde avait été constamment le gouffre où allait s'engloutir tout l'or du monde : c'est là que s'écoulait celui que les Espagnols tiraient d'Amérique; les vaisseauxde la Hollande, de l'Angleterre, du Portugal, portaient les marchandises indiennes au Pégou , à Siam , à Ceylan, à Achem, à Macassar, aux Maldives , à Mozambique, dans toutes les parties de cette mer, et en rapportaient l'argent