‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 61 sur 82 · POPULATIONS BABDARBS, VOYAGES · texte numérisé non relu

POPULATIONS BABDARBS, VOYAGES

dans riiide; là refluait aussi celui que les HoUandais tiraient du Japon. Quoique Tlnde eiU besoin de girofle , de cuirre , de eaniielle, de uoix muscade (qu'elle recevait par Tintennédiaire des IJoUandais), de Tetain de TAngleterre, dès chevaux de 1* Perse et de TArabie , du musc et des vases de la Chine , des fruHs du Calvoul , des perles de Bahraïn , elle échangeait tous œs produits <*oDtre ceux de son sol.

Les choses ont bien changé depuis la conquête de Tlnde par les Anglais , et surtout depuis que l'homme a mis la vapeur à son service. L'Europe envoie en Orient, non plus son argent seulement, mais les produits de ses fabriques, et même des tissus qu'autrefois on demandait à la Chine et à l'Inde. Les Anglais, en épuisant, comme ils le font, cette dernière contrée, ont réduit l'indigène a leur acheter ce dont il a besoin poar se nourrir ; tandis qu'il voit ses champs envahis par la eolture exclusive du pavot, qui fournit la denrée destinée.à empoisonner la Chine, afîn que celle-ci donne en retour son thé à TAngleterre, qui s'en fait encore de l'argent.

Et cependant, tant qu'exista le monopole de la compagnie des Indes, le commerce anglais fut enchaîné dans des opérations '(]ue rindustrie privée aurait seule pu rendre proGtables; la nation payait plus cher les marchandises qui provenaient de TOrient, et la compagnie des Indes néanmoins se trouvait en décadence. Mais a peine le monopole fut-il aboli en 1814, que nous vîmes ces mers se couvrir de spéculateurs entreprenants; l'activité et les bénéOces s'accrurent, la consommation augmenta , l'importation des tissus anglais devint cinquante fois plus considérable : et tout cela en épargnant à l'État les dépenses énormes que lui coûtait le maintien du monopole.

Nous savons les motifs que l'on allègue en faveur de l'ancien monopole colonial et des colonies elles-mêmes, l'exercice qu'elles procurent à la marine , le respect qui en rejaillit sur le pavillon de la métropole; enfin, la gloire de garder sa conquête. INIais l'Asie n'est plus aujourd'hui ce qu'elle était au temps de Vasco de Gama , d'Albuquerque ; et il n'est plus à craindre que le croissant vienne à reprendre le dessus. De son côté, l'Amérique ne songe cerlainemenl pas à conquérir l'Europe ; elle tend plu-

ÇOMMEBCE, INDUSTfilE, COLONIES, GÉOGRAPHIE. f*S9

tôt à consolider son afKVanchissement, et à . nous fournir des exem[des de liberté, comme unique Yengeance des coups que lui ont portés nos pères.

Cependant les budgets de tous les États montrent combien les colonies sont onéreuses; ainsi, là Martinique et la- Guadeloupe doivent à la France 130 millions, tandis que la Taleur de toutes les propriétés immobilières n'y est pas estimée plus de300 miU lions. On ne fait donc, avec les colonies, que restreindre le Bombredes consommateurs et des vendeurs. La législation se trouve poussée à des mesures absurdes pour soutenir un ordre de choses qui répugne à la nature. Puis la morale s'élève contre l'esclavage , inévitable avec ce système , qui succomb^a tôt ou tard par l'effet de l'affranchissement des noirs. Les colonies du nord de l'Amérique ont pu s'émanciper parce qu'elles sont agricoles , et devenir presque aussitôt une grande -nation , ne relevant que d'elle-même ; mais il en est autrement des Indes, et des possessions de l'Espagne et du Portugal. Des événements extraordinaires comme la révolution française et les guerres d'Espagne ont pu créer une république de nègres à Haïti, et des constitutions dans la Colombie ; mais rien ne met les colonies en voie naturelle d'émancipation, sauf le cas où les Européens se décident à les abandonner, pour aller demander les mêmes produits à des pays plus rapprochés.

En effet, on se demande pourquoi Ton va faire dans ees îles lointaines des plantations qui prospéreraient en Sicile, en Espagne, et surtout sur les côtes d'Afrique, où croissent spontanément le coton^ la canne à sucre, le café^ et où sont à peu près à l'état indigène'les nègres que l'on transporte à si grands frais en Amérique? Puis la science demande à son tour pourquoi nous^ allons chercher le sucre à la Guadeloupe et à la Havane, quand on peut le tirer chez soi du maïs et de la betterave ?

Nous savons les réponses que l'on fait à ces questions ; maiis elles ne paraissent pas décisives, et nous ne pensons pas qu'elles aient beaucoup de force dans l'avenir.

Si la civilisation a marché, pendant tant de siècles, d'orient en occident, on est frappé de sa tendance constante à retourner vers sa source , et de celte idée qui a préoccupé tous les euk-

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