‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 62 sur 82 · POPULATIONS BABBARBS, TOT AGIS · texte numérisé non relu

POPULATIONS BABBARBS, TOT AGIS

pires dans leur plus grande prospérité , de s*emparer des lieux qui donnent passage vers l'Asie. Alexandre fondait sa eité là où risthme de Suez touche les mers qui conduisent aux extrémités de rOrient ; Constantin choisissait sur le Bosphore remplacement de sa nouvelle capitale, que devaient se disputer plu» tard les croisés, les Mongols, les.Turcs et les Russes. Les califes transportèrent de r Arabie leur berceau, soit à Bagdad, soit à Bassora, le siège de leur puissance et le grand comptoir de leur commerce; les Francs s'efforcèrent de planter la croix en Palestine et sur les côtes de Syrie; Colomb et Vasco de Gama s'en allaient par un chemin opposé à la recherche des contrées asiatiques, et c'est pour y trouver un passage plus court que Toa s*obstine encore contre les glaces étemelles du pâle arctique. Nous voyons aujourd'hui même l'Angleterre et la Russie, seules puissances conquérantes de notre époque >, s'étendre continuellement vers l'Orient, l'une par le Caucase, l'autre par l'Inde, tandis qu'elles jettent un regard de convoitise sur l'isthme de Suez et sur le Bosphore. L'Angleterre règne despotiquement sur ces pays de l'Inde dont Tantique civilisation formait une barrière devant nous. La Russie occupe le versant septentrional deTancien continent jusqu'au Kamtchatka et à la mer de Bering; et, en assujettissant les peuplades errantes qu'elle forme à la vie agricole, elle s'apprête à pousser sur la Chine les hordes qui la conquirent jadis, mais après les avoir civilisées. En attendant, les contrebaudiers se jouent de la grande muraille; ils pénètrent dans ses ports au méprisdeslois,etuneexpédition de quelques milliersd' Anglais ose attaquer un empire de 350 millions d'hommes. Peut-être cette île de Hong-Kong deviendra-t-elle aux mains des Anglais un autre Gibraltar, qui fera la loi sur le fleuve de Canton.

On peut faire aujourdliui en deux ans le tour du globe, ce n'est plus qu'un voyage d'agrément; on a vu même une troupe de chanteurs italiens Tentreprendre pour faire entendre succes-

' Est-ce que la France et les États-Unis ne mériteraient pas ansâ rhonneur d'être nommés ? L'Afrique française, aussi bien que les vastes acquisitions des États-Unis, peuvent cependant compter parmi les conquêtes de ce siècle. (Am. R.)

COMMSBCE, INDUSTRIE, COLONIES, OEOGBAPHIB. 161

sivement les cheiis-d'œuvrede Rossini au Cap, à Goa, à Calcutta, et à Macao.

L'Amérique est impatiente de franchir Tisthme de Panama, et de joindre les deux mers qui baignent ses rivages ; déjà les nations européennes attendent le moment où la route des Antilles conduira aux Marquises. Les bateaux à vapeur remontent l'Ëuphrate, le Tigre, Tlndus, le Niger ; il y a des traversées régulières de r Angleterre à F Amérique du Nord et aux extrémités de rinde. La route du cap de Bonne-Espérance n'est plus la seule qui conduise en Orient; on- y arrive par les grands fleuves de la Mésopotamie, par Alexandrie, le^Caire; on expé>die par Suez les lettres et les marchandises d'un faible volume, en attendant le moment où cette langue de terre s'ouvrira pour les vaisseaux.

C'était beaucoup naguère , à ce qu'il semblait pour les cx)urriers, de parcourir seize kilomètres à l'heure; aujourd'hui hommes et marchandises en font cinquante et plus. On remonte dans un parcours de huit et neuf cents lieues les fleuves les plus rapides, pour fonder des États dans des lieux qui semblaient devoir rester éternellement séparés des pays policés. Qui peut dire ce qui résultera des chemins de fer quand ils sillonneront tout notre continent, quand ils toucheront à Constantinople^ à Trébizonde, d'où s'ouvrent déjà des communicar tîons par Erzeroum et Tauris avec Aboukir sur le golfe Persique, et de là avec Bombay ?

C'est un devoir sacré pour chaque peuple que de contribuer aux découvertes, puisqu'elles tendent à procurer aux besoins de l'homme une plus grande satisfaction , à étendre sa domination sur les parties encore incultes de la création terrestre, à accroître et à perfectionner l'espèce humaine, à rapprocher les hommes et les nations , afin qu'ils puissent de concert dompter et exploiter la nature.

Du temps de Colomb et de Gama, les nations étaient conduites par l'enthousiasme, caractère dominant de cette époque ^ aujourd'hui tout est objet de réflexion et de calcul. On recourait à la force pour convertir ; aujourd'hui l'Angleterre pousse la tolérance dans l'Inde jusqu'à laisser encore les veuves se brûler.

IG2 POPULATIONS BARBABES, VOYAGEB4 BTC..

I>ar centaines, chaque année, sur les bûchers de lean maris. L'homme le moins dépravé, il y a quelques siècles, se permettait des actes d'oppression envers ces races conquises, dans la persuasion orgueilleuse qu'il était d'une nature supérieure; aujourd'hui le plus pervers s'abstient d'en commettre, par respect pour ce droitde l'humanité, qui trouve dans la presse un organe si redoutable à toute iniquité. La science et la philanthropie sont, aussi bien que l'intérêt , les mobiles de toutes découvertes ; et si les anciens vantaient ce roi de Sicile qui imposa pour unique condition aux Carthaginois vaincus de cesser les sacrifices humains, à l'heure qu'il est on ne fait pas un traité avec les n^pres de l'intérieur de l'Afrique, aussi bien qu'avec les princes européens, sans stipuler l'abolition d'un trafic infâme, pour la suppression duquel les abus même paraissent excusables.

A la vieille politique de haine, d'exclusion, succédera la politique d'association, de réciprocité : Thomme, étant créé pour une vie de lutte, continuera de combattre, non plus pour soumettre des hommes, mais bien pour dompter la nature; ce n'est que lorsqu'il connaîtra ce globe tout entier, qu'il pourra espérer d'imprimer à la civilisation sou caractère de grandeur et de généra^ site.

£h bien J il reste encore à explorer le centre de TAsie et de l'Afrique, celui de la Chine, et la INouvelle-Hollande ; Tardeur réfléchie qui nous porte aujourd'hui vers ces contrées semble tenir à des circonstances semblables à celles qui existaient au temps de Colomb ; il s'ensuivra peut-être des effets pareils. La poudre à canon et l'imprimerie venaient alors d'être découvertes, comme aujourd'hui la machine à vapeur et l'électro-raagnétisme. Alors tombait en Espagne la puissance musulmane, comme elle se dissout ou se transforme maintenant à Constantinople ; alors renaissaient les études classiques, comme aujou^ d'hui celles des langues orientales ; alors naquit la Réforme et se consolidèrent les nationalités européennes. Ce qui commence aujourd'hui , nos fils le verront ; mais à coup sûr les héros de l'avenir ne seront ni des Luther, ni des Charles-Quint, ni (espérons-le ) des Cortez et des Pizarre. Le continent une fois sillonne de chemins de fer, nous aurons pour voisins les pa>'s du

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