‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 8 sur 82 · REGENERATION DE LA ORKCË · texte numérisé non relu

REGENERATION DE LA ORKCË

la barbarie semble destinée à servir d'excuse à la Turquie, coinine Tivresse aux violences d'un furieux. Il entrait bien dans les dispositions religieuses d'Alexandre de prendre les armes et de tomber sur Tempire ottoman , si longtemps convoité par ses prédécesseurs; mais les puissances européennes conçurent des craintes quand elles virent approcher la chute du colosse aux pieds d^an^e. Sans s'arrêter aux promesses de partage , elles s'engagèrent à le conserver , et cherchèrent , en éloignant une rupture avec la Russie, à le réconcilier avec les Grecs.

I..es Grecs Grent parvenir leurs griefs au congrès de Vérone : « Nous avons, disaient-ils, secoué un joug d'infamie. Que de- « mandons-nous? Que la religion soit libre, que nos femmes > soient en sûreté , que la chasteté de nos enfants soit respectée. « Nous avons versé pour cela des torrents de sang ; il n'est plus ^ possible que nous subissions de nouveau le joug des ennemis X du Christ et de la civilisation. Voudriez-vous arracher la « croix du front de ceux qui se sont rachetés.' nous contraindre « à livrer de nouveau nos femmes pour les harems , nos fils « pour les bagnes.' Non , aucune convention ne sera acceptée « par nous , si nos députés ne sont admis à la discuter. Quand « bien même leurs plaintes ne seraient pas écoutées , cet acte « vaudra du moins une protestation; et, ne nous confiant plus « qu'en Dieu, nous recommencerons à combattre , pour mourir • chrétiens ,'ou pour vivre avec le Christ. »

Mais des rois ligués pour dompter les révolutions pouvaientils appuyer celle de la Grèce.' Ils allèrent jusqu'à défendre à Métaxas, porteur des vœux helléniques , de se présenter au congrès, ce qui était plus facile que de lui répondre. Les souverains alliés, montrant au Grand Seigneur les dispositions les plus amiables, l'invitèrent à envoyer un représentant ; mais il déclina la proposition. Alexandre hésita entre les anciennes idées de Catherine et la craiute des révolutions ; Capo d'istria le poussait contre les Turcs ^ Nesselrode le retenait par amour de la paix ; Metternich surtout, qui avait pris de rinflueuce sur son esprit, mit tout en œuvre pour qu'il ne vît plus dans ce soulèvement des Grecs qu'une « des iétes de i hydre révolutionnaire. » Si bien que l'autocrate , abandonnant ses propres idées , se con-

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cei'ta avec TAutriclie , désavoua les insurgés, et raffermit le Grand Seigneur. « 11 ne peut plus y avoir, disait-il à Chateau- » briand, de politique anglaise, française, prussienne; il faut n adopter une politique générale pour le salut de tous; il faut « qu'elle soit acceptée par les peuples et les rois. Cest sur ces « principes que j'ai fondé la Sainte- Alliance. Le soulèvement » de la Grèce est une belle occasion; et la guerre religieuse « contre les Turcs paraîtrait conforme à mes intérêts et à Topi- <( nion de mon pays. Mais j'ai cru apercevoir dans les troubles « du Péloponnèse l'empreinte révolutionnaire, et je me si|is « abstenu aussitôt. Qu'ai-je besoin d'accroître mon empire? La « Providence a mis sous mes ordres huit cent mille soldats , uon » pour satisfaire mon ambition , mais pour protéger la religion , « la morale, la justice , et pour faire régner les principes d'ordre « sur lesquels repose la société humaine. »

Ces hésjtations mêmes , ces déceptions amères , contribuaient «1 exaspérer les esprits , et à envenimer les rivalités entre les Grecs. Des jalousies de pays et de personnes empêchèrent Démétrius Ypsilanti de maintenir l'unité de gouvernement et de commandement , comme aussi de mettre obstacle aux excès commis dans les villes conquises. Alexandre Maurocordato, consommé dans l'intrigue et sachant se plier aux temps, n'épargna ni ses biens ni ceux de la nation pour se donner la meilleure part du pouvoir , changeant de conduite selon les circonstances, ou selon l'intérêt mobile de son ambition. Ce fut lui toutefois qui organisa la Grèce en lui donnant une administration et un sénat, dont il se fit le président.

Soixante-dix-sept députés réunis à £pidaure en congrès général sous sa présidence ( 15 octobre ) , après avoir assisté à la messe célébrée sur un ancien autel d'Esculape, discutèrent les lois à adopter, et promulguèrent une constitution : elle créait un sénat législatif composé de députés élus par les provinces , et un conseil exécutif de cinq membres, annuels tous les deux. Corinthe devint le siège du gouvernement. Les anciennes lois byzantines furent remises en vigueur, et le code français dut régir les transactions commerciales. La liberté religieuse et l'égalité entre tous les Grecs furent proclamées ; le mérite seul

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