Î2 IMIILOSOPIIIE
• Apros avoir admis (|ue \a seHsiciié a of(re que des peroeptiom Minples , Kaiit IVxc^liit du domaine philosophique; et la raison pure se réduit par là à do simples possibles. Les idées de Dieu, d^âme, de bien et de mal, dépassant le cercle de rexpérience, sont donc destituées de valeur réelle , c*est-à*dire qu'elles oe peuvent pas être contrôlées expérimentalement. Kant, se refusant à cette conclusion , fut contraint de s'orienter dans la nature, et de repousser les conséquences de son propre système, en réédifîant par la force de la volonté ce qu*il détruisait par la force de la raison, lient donc recours à ia raison [nratique, qui a pour objet le bien et le mal; et, après avoir proscrit TaUsoIu dans rintelligence, il songe à le réintégrer dans la nwrale. La volonté se détermine par un élément matériel et par un élément formel, c*est*à-dire par des motifs qui agissent sur la sensibilité, et par des motifs désintéressés qui se rattachent seulement à la raison pure , et qni se refusent à cet impératif catégorique : Agir selon une règle qui puisse être regardée eomnié loi gênércde des é 1res raisonnables.
Kant crut pouvoir suppléer ainsi à Timperfection des méthodes précédentes; et, se proposant de combiner le principe ' sensualiste de Bacon avec le principe idéaliste de Leibnitz , il a \ le mérite d'avoir mieux distingué que tout autre philosophe moderne le sentiment de rintelligence, la perception des idées, j et d'avoir vu que toutes les opérations de Tentenden^ent peuvent ■ se réduire à des jugements ; par conséquent , qu^il fallait avant tout scruter les fonctions du jugement. Il exposa ses idées dans une forme bizarre, hérissée de néologismes et de formules. Mais \ dans ces analyses rigoureuses, dans ces distinctions infinies, véritable algèbre de rintelligence, on aperçoit plutôt Tenthousiaste qui veut paraître un homme extraordinaire, que le tranquille investigateur de la vérité ; on voit Tesprit orgueilleux, qui se considère comme au-dessus de cette pauvre humanité , jouet du hasard et de Tiliusion. Ce fut en vain qu'il se flatta de ren* verser par la critique le véritable scepticisme. £n plaçant la loi suprême de la nature dans les seules facultés de notre intelligence , il chancelle ; déplus , nos facultés ne peuvent atteindre à la connaissance des causes et des effets réservés à l'intuition
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expérimentale. Esprit très-pénétrant^ admiré et rarement lu, faux dans l'ensemble, il servit la vérité par sesnombreux aperçus ; car il repoussa l'empirisme mesquin , et dirigea l'attention sur les éléments simples et transcendants de nos connaissances. '
Il porta aussi sa pénétration sur l'histoire : De même que Copernic a trouvé, a t-il dit, que le soleil est le centre du système planétaire, on finira par trouver que l'homme est le centre' du système moral. Il admettait, en effets une loi, un but à toutes les choses ; et à plus forte raison pour l'homme , dont les dispositions naturelles doivent se développer pour une On , non toutefois dans l'individu , mais dans l'espèce; car, en même temps que les individus périssent , l'espèce est immortelle , et profite des améliorations de chaque génération. Or , le problème le plus important vers lequel la nature porte l'homme, est d'établir une société civile et générale qui maintienne le droit et la liberté de chacun ; et l'on pourrait composer une histoire universelle sur un plan de la nature qui aurait pour objet d'assurer une société civile parfaite. Kant posa aussi des limites rigoureuses entre la jurisprudence et les autres sciences qui s'y rattachent , et il y ijitroduisit les principes tirés des formes de la pure raison , faisant d'elle ainsi une véritable science. Mais les sophismes du temps et les idées protestantes le conduisirent , comme bien d'autres , à constituer le système de la force., c'est-à-dire un état social où chacun pût être réprimé dans Texercice de ses droits de manière à ne pouvoir, quand il le voudrait , nuire à ses semblables.
Kant resta inconnu à sa patrie jusqu'au moment où les journaux se mirent à le prôner. Reinhold , professeur a léna, substitua à la phraséologie technique du célèbre philosophe de Konisbergun langage plus populaire. Alors une tourbe d'écoliers se jeta sur les traces de Kant, et en exagérales défauts. Beaucoup de philosophes, se donnant commepartisans du cnï/cêsme, devinrent dogmatiques en prétendant analyser toutes les fonctions; et, négligeant ^'expérience, ils se fourvoyèrent dans des hypothèses transcendantes ^t ridicules. Si Kant, malgré sa critique, se vantait d'établir une nomenclature exacte des facultés de l'esprit humain , ses partisans allèrent jusqu'à fixer les limites de
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rcsprit, iiuiiqiièrent les bases des sciences à naître. , elle point auquel il était permis d'aspirer. S'il introduisit des ternies noo- ▼eaux pour rendre des idées nouvelles , ses disciples réduisireot la philosopliie à des expressions techniques , ce qui était la soustraire au peuple. Kant créa Fidéalisme critique transcodant, qui est devenu le caractère particulier de la philosophie allemande; ses successeurs en ont déduit des systèmes dififéreots du sien , et en ont tiré des armes et des matériaux en finveur da scepticisme, auquel il prétendait Topposer.
Ses disciples se sont mis à la recherche de cette meonnoe qui se trouve à la base de toutes nos connaissances , et Us créait des hypothèses là où les éléments positife manquent sur des questions qui surpassent Texpérience.
Rant s'était demandé , Comment pouvons-nous cannaitref & il en résulta le criticisme ; Qu'est-ce qui est? et il en résulta le dogmatisme. En répondant, Kant s'était arrêté au doute. Ficbte ((762-1814) répondit par /^ mot, et prétendit établir un nouveau système pour réduire à Tunité la matière et la forme , de même que pour expliquer le rapport entre les représentations et les objets. Il admet pour seule vraie la philosophie critique; mais celle de Kant ne lui paraît pas une critique pure. Il entreprit d'é tablir systématiquement et en elle-même la théorie de la ccdnaissance, voulant découvrir et la science des sciences, et dans i*ette science un principe suprême , absolu dans la forme poor la science, absolu dans le fond pour l'être; principe et des choses en elles-mêmes , et de la méthode qui le fait connaître. Ce principe est le moi pensant ; or, tandis que dans Texpression de Descartes la pensée ne faisait qu'attester Texistence , chez Fichte, en pensant qu'elle pense, elle se réalise elle-même: Texistence n'est pas une induction , mais une production de la pensée; elle est cause et effet, et affirmer équivaut à créer.
Le non-7}wi existe, mais le moi seul le connaît; c'est dire qu'il n'existe qu'au moyen du 7noi : on n'arrive aux choses objectives qu'en vertu des nécessités subjectives de la morale. L'essence du 7noi consiste à avoir la conscience de soi : il se crée donc lui-même par l'acte de sa conscience, et par suite il pense ce qui n'est vas hioiy c'est-à-dire le monde extérieur, et même Dieu.
Le moi et le non-moi , voilà le thème continuel de la philosophie de Fichte : il rejette le formalisme des écoles , qui cache souvent le vide du fond , et aborde les questions capitales , en tes dédaignant toutefois tant qu'elles restent à Tétat de< spéculation. C'est ainsi qu'il construisit la tnorale et la politique entière sur rindépendance spirituelle.
Cet idéisme transcendantal , qui servit de transition entre ridéalisme subjectif de Kant etTobjectifde Scheliing^ éleva les esprits aux problèmes les plus sublimes; et, tandis que le siècle était plongé dans la matière, il présenta la vie de l'esprit comme la seule véritable.
De là chez l'homme , enorgueilli de la puissance de son esprit, une conGance, une audace qui se révéla avec uu éclat voisin du ridicule^, lorsque Fichte, ce Messie de la raison pure ', dit, du haut de sa chaire : Dans (a prochaine leçon, Je $n' occuperai de créer Dieu..
Voulant donc donner une base au eriticisme sans sortir de l'analyse transcendante, Fichte agrandissait l'abîme qui se trouve entre Fintelligence et la nature ; il absorbait tout dans la subjectivité, dams la conscieoce^ de telle sorte que hors du moi rien n'existe , si ce n'est la limite du moi , limite posée par le moi lui-même. Mais, au lieu de voir dans le nçn-moi une production du moi, on pouvait voir dans le moi une forme essentielle et typique du non-moi. Le monde idéal et le monde réel deviendraient ainsi identiques , et les différents états dans lesquels nous concevons la réalité objective ou subjective , matérielle et intellectuelle , ne seraient que des degrés ou des formes de l'être. Ce fut là la conclusion de Schelling. Les procédés coimus jusqu'à présent n'expliquent pas comment de Vun peut sortir le multiple, et vice versa. Il faut donc une philosophie dans laquelle les deux choses se réunissent. Telle est Videntité absolue du subjectif avec l'objectif, et cette identité caractérise l'absolu , ou Dieu , pour qui être et connaître sout identiques; de là le parallélisme constant qui se manifeste entre les lois de l'intelligence et celles du monde.
' C^est ainsi que rappelle Jacobi, dans une tiès-bcUc i<^futation.
3dG PHILOSOPHIE.
Il n*exi8te qu*un seul être identique, et les choses diffièrent en quantité, mais non en qualité, attendu qu'elles sont une manifestation de Tétre absolu sous une forme déterminée, et qirelles existent uniquement en ce quelles participent de lai. Cette manifestation de Vabsdu se fait par les rapports et les oppositions , qui se révèlent dans le dévdoppenoent total , où prédomine tantôt Tidéal , tantét le réel. La science qui étudie ce développement est l'image de l'univers, en tant qii*elie déduit les idées des choses de la pensée fondamentale de TabsolD,' d'après le théorème de l'identité dans la variété. Cest là précisément ce qui forme l'édifice de la philosophie : le plan généni offre l'absolu d'abord, se manifestant eu nature dans les 4lein ordres relatifs, le réel et l'idéal. Sous la force de gravité, c'est la matière; le mouvement, sous celle de la lumière; la vie, sous celle de l'organisme; la science, sous celte de la vérité; la religion, sous celle de la bonté ; l'art, sous celle de la beauté; Aadessus, comme formes rénéchies de l'univers, sont Thomme ^ l'État , le système du monde et l'histoire.
La diversité une fois supprimée, la religion et la morale sont impossibles : Schelling fait pourtant de sa doctrine la base de la croyance h un Dieu. La vertu est l'état de l'âme se conformant à la nécessité interne de sa nature. Le bonheur n'est pas un accident de la vertu , mais la vertu elle-même ; et la moralité est la tendance de l'âme à s'unir à son centre. L'ordre social est le résultat d'une existence commune, conforme au type divin. L'histoire est dans son ensemble une révélation de Dieu , qui se déroule dans une progression continue.
Ainsi Flchte avait dit que du subjectif naît l'objectif, mais sans le démontrer; Schelling croit qu'on peut arriver au moi en partant aussi de la nature : de là une double philosophie, la philosophie transcendantale et la philosophie de ta nature. Cette dernière prend son point de départ du moiy libre, un, simple, pour en déduire la nature : diverse, nécessaire; l'autre soutient le contraire : toutes deux tendent à expliquer les unes par les autres les forces de la nature et de l'âme; d*où il semblerait résulter que les lois de la nature se rencontfenr en nous comme lois de la conscience, et que celles-ci se retrouvent dans
le monde extérieur comme lois de la nature. Fichte a puisé dans son système des idées originales relativement au droit, dont il a fait une science indépendante , entièrement appuyée sur le principe de la liberté et de Tindividualité ; et, en ce qui touche à la morale, il a remis en honneur les idées stoïciennes du devoir pur et désintéressé. Ce que Ton admira dans la doctrine de Tidentité de la nature de Schelling, ce furent la liaison des parties, la largeur des applications , la manière dont elle embrassait le cercle entier des spéculations humaines , en effaçant la différence entre les notions empiriques et les notions rationnelles ; aussi eut-elle une grande influence sur la théologie , l'histoire, la médecine, la philologie, Fart, la mythologie, et principalement sur Testhétique, ce dont elle fut redevable aux Schlegel. d'autres philosophes en tirèrent des paradoxes , se livrèrent à Des extravagances mystiques ; Schelling lui-même proclama trois périodes religieuses : la doctrine de saint Pierre, c'est-à-dire la doctrine catholique ; celle de saint Paul, c'est-à-dire le protestantisme; celle de saint Jean, c'est-à-dire l'école mystique.
George Hegel, de Stuttgart (1770-1832), tenta une réaction aride et scolastique contre la forme poétique et séduisante de Schelling. Critique profond , il ne se fia pas à ce que Schelling appelle l'intuition intellectuelle , qui conduit quelquefois à la vérité, mais par une voie peu sûre; et il réduisit la philosophie à une science que la dialectique peut embrasser : science de la raison, qui , contenant en soi tous les principes particuliers, acquiert par l'idée la conscience d'elle-même et de tout ce qui est. Il distingue donc la philosophie en logique, science de ridée en soi et pour soi ; en philosophie de la nature, science de l'idée qui se retrouve elle-même au dehors; et en philosophie de r esprit, science de l'idée gui de l'extérieur rentre en elle-même. L'identité du subjectif avec l'objectif forme le sa* voir absolu, auquel l'esprit doit s'élever, et qui consiste à croire que l'être n'est que l'idée en elle-même. Kant voudrait qu'avant de se livrer à des investigations métaphysiques on en examinât rinstrument. Hegel trouve là un cercle vicieux , attendu qu'on ne peut entreprendre cet examen qu'avec la pensée elle-même. Il commence donc par la logique, dans laquelle l'absolu est
non -seulement le principe , mais la matière ; et il la divisait en objective, c*està-clire de Télre, et en subjective, c*est-à-dire de ridée. L'objet de la philosophie est la vérité ; Dieu est la seule vérité, la seule réalité ; donc Tobjet absolu de la philosophie est Dieu. Une connaissance purement subjective de Fétre ne suffit pas , mais on doit lui donner une valeur nécessairement objective. Le but final de la science est de concorder avec la réalité; c'est Texpérience interne et externe.
Dieu est Tessence générale des phénomènes qui s'offrent à la pensée. La pensée procède de Texpérience, .et lui imprime le caractère de nécessité ; elle s'élève ainsi à l'absolu , et elle scrute non plus les phénomènes présentés par rexpérience, mais les idées, les catégories , les notions qu'elle repr^nte. I>a philosophie doit précisément enlever aux faits de l'expérience le caractère de données immédiates, et leur imprimer la forme de nécessité ; c'est-à-dire ce qui n'est possible ni réel dans la représentation ou dans le sentiment , mais seulement dans la pensée. Hegel relie ainsi la philosophie et l'histoire de la philosophie : Tune, développement de la pensée dans son propre élément, et l'autre , représentation de ce développement sous la forme des faits.
L'histoire de la philosophie est celle des découvertes de la pensée sur l'absolu, qui en est l'objet. La religion est la conscience de la vérité telle qu'elle convient aux hommes , quel que soit leur degré de culture intellectuelle : mais la connaissauce scientifique de la vérité est un autre mode de conscience, (|ui exige un travail dont peu d'hommes sont capables. La religion ne peut subsister sans la philosophie > ni celle-ci sans la première. Tout ce qu'il y a de sublime et d'intime a été éclairci dans les religions , dans les philosophies , dans les arts , sous des formes plus ou moins pures et nettes , parfois même sous des formes arides. Le contenu , le réel , demeure toujours \eune ; les formes seules vieillissent. Les philosophies précédentes sont donc les dépôts plus ou moins purs de toutes les vérités concernant le droit, la cité, la morale , la religion ; notre savoir est le fruit des siècles passés ; la tradition nous a fait ce que nous sommes \ mais, en nous en assimilant la substance ^
nous la transformons , à l'aide d'éléments nouveaux. Uégel attaque en conséquence les catholiques et les piétistes, et il enseigne que le christianisme doit passer à Tétat de philosophie , et « prendre conscience de lui-même. »
L'idéalisme objectif absolu d'Hegel tend à nier le monde spirituel, non moins que le monde physique. Dieu n'est pas distinct du monde , attendu qu'il est la vie , l'âme , l'esprit , le mouvement universel; il n'a pas d'existence personnelle, et il ne doit la conscience de lui-même qu'à la pensée humaine. C'est là un spinosisme évident; c'est du panthéisme, non pas matérialiste, mais spiritualiste. Il anéantit ou Dieu , ou l'immortalité de l'âme; et c'est renverser les principes de- la moralité, que de n'admettre ni liberté, ni différence réelle entre le bien et le mal. La moralité est une harmonie de l'homme avec la nature. Ia raison de la volonté , pourvue d'une activité extérieure , produit l'action ; et Faction doit être déterminée par la connaissance de la différence entre le bien et le mal. La volonté est donc sa fm à elle-même, et dans la moralité l'intention est distincte de. l'acte.
Hegel attribue à l'homme les prérogatives de la Divinité, non toutefois à l'individu, mais à l'hoinme collectif, au genre humain simultané , ordonnateur de l'univers, et comme lui indestructible. Or, l'homme collectif étant toujours et partout constitué en sociétés politiques appelées États, il en déduisit sa théorie del'État-Dieu, dans lequel l'individu est absorbé comme les naâons le sont dans le monde , et comme l'est le monde dans l'esprit. Le droit n sa base dans rintelligence, et part de la libre volonté, par laquelle nous lui attribuons une forme; la réalité subjective a une histoire représentée par la famille , i)nr la société civile, par l'État, par l'histoire du monde. La familln se développe sous trois aspects : le mariage, la propriété, Téducation. La société, unie par les besoins, parle travail, par les échanges , établit la loi du droit, c'est-à-dire la justice. L'État est l'expression la plus élevée de la volonté et de la liberté; le monde, la formule la plus élevée du droit; et la substance de l'esprit universel s'y développe dramatiquement , dans l'art comme image et miroir , dans la religion conune sentiment et
représentation , dans la philosophie comme pensée , dans Vhistoire du monde comme résultat vivant et intelligent de tout ee qui est extérieur.
L'histoire est le développement de l*esprit universel dans le temps ; l'histoire politique en particulier est le progirès de la conscience de la liberté. Un peuple n'existe dans l'histoire da monde qu'autant qu'il représente une idée nécessaire : temps durant lequel les autres n'ont ni force ni droit contre lui. Cet esprit du monde s*est réalisé dans quatre principes. Le premier fut la manifestation immédiate de l'esprit universel, forme substantielle , où l'unité gisait presque ensevelie danis sa propre existence. Vint ensuite la conscience de la substance, qui produit le sentiment, l'indépendance, la vie, l'individualité sous la forme du beau moral. Puis parut le développement plus profond de la conscience , dans l'opposition entre une universalité abstraite et une individualité plus abstraite aussi. Lorsque cette opposition a cessé, surgit le quatrième principe, consistant dans la possession de la vérité concrète des choses-, de la vérité morale. Telle a été la série parcourue par les peuples orientaux, puis par les Grecs, par les Romains, enfin par les Allemands.
Tlégel donne à la philosophie du droit un caractère inconnu d'élévation et de rigueur. Il dit que l'État est la société ayant conscience de son unité et de son but moral, qu'elle est portée à atteindre par une seule et même volonté : aussi c'est à Hegel que se rattache l'école historique de la jurisprudence. Lorsque auparavant on représentait la législation comme l'origine du droit positif, la nouvelle école, ayant à sa tête Savigny, proclama la soumission au pouvoir de fait, et soutint que l'État ne doit pas être édifié , mais être considéré comme rationnel. Chaque peuple a des facultés primitives et des besoins particuliers, d'où natt le droit qui lui convient ; et comme le langage ne saurait naître du hasard, de même les lois ne sauraient naître du caprice du législateur; mais elles sont des expressions de la conscience rationnelle. Les jurisconsultes doivent se borner à connaître les croyances communes sur lesquelles elles reposent: le législateur a rendu obligatoire le droit positif, qui naît des l>esoins intimes de la société. Les législations spontanées sont
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donc préférables anx constitutions rédigées, et c'est u& attentat que de faire des codes.
Penseurs intrépides et concentrés comme ils le sont, les AHe» mands , peuple éiu de te philosophie , associant la science avec la vie, lorsqu'ils se sont attachés à une idée, y ramènent tout; ifs en imposent la physionomie à la science et à Tart, et soutiennent leur doctrine à Taide d'un vaste appareil de connaissancespositives, surtout en ce qui concerne l'histoire , Tantiquité, la philosophie ancienne , les sciences naturelles^
Ainsi Kant, comme jadis Socrate, donna le jour à des école» bien différentes. A cette question, Qu'est-ce qui existe f il nV vait répondu que par le doute; Fichte répondit Le moi; Schelling, Le mal et le non-moi identifiés, en penchant toutefois pour le non-moi, c^est-à-dire pour la nature, ce qui le conduisît au panthéisme. Mais l'identité absolue se trouvant irréconciliable , d'autres se tournèrent vers le dualisme de Kamt^ les uns préférant la partie matérielle avec OlLen, les autres la partie intellectuelle avec Hegel. Kant nous dit que Fidée s'afGrme seulement elle-même ; Fichte ajoute que seule l'idée affirme l'être; Schelling proclame ensuite que l'être produit l'être : enfin Hegel veut que l'idée soit l'être , et il arrive ainsi au panthéisme. Les conséquences de ce système, que ses élèves ne dissimulent pas, renversent la morale et révoltent le sens commun, qui voudrait retourner à des principes plus sains et plus solides.
Ck)mme le criticisme, entraîné par le préjugé exclusif de la connaissance démonstrative et médiate , paraissait écarter toute notion du supra-sensible, Jacobi opposa à la philosophie systématique la croyance et le sentiment ; il prétendit fonder la con* naissance philosophique sur- une espèce d'instinct rationnel, un savoir de sentiment immédiat, une perception directe de la vérité; sentiment intérieur, sur lequel il fonde aussi la morale. Cette « théorie du sentiment et de la croyance » ( réalisme spirituel ) trouva des partisans parmi les nombreux esprits qui sentent le besoin d'élever la nature humaine au-dessus des aridités spéculatives; mais elle conduisit facilement au mysticisme»
L'école supra-naturaliste, s'apereevant que la logique seule aboutit inévitablement au panthéisme^ s'efforça de réhabiliter la
m PBlLOtO»HIJi.
liberté hiimaiiie; a elle foutiiit, une Baider, HeinrMh et Eiehenmayer, que la religion eet le oompMsiei|t indiepeutaUe ds noe faeoltéf naturelles; que rame peut reeeroir la. notion de Dieu, mais non la créer; et qu'elle Ta reçue longue DieiiK fat révélé à l'homme pour satisArire les f aguea et profonde éUn dont il est tourmenté. Selon H. Wromki, lé napudo» danaioi développement progressif et uniforme, pareowt deu époques, Time i^ysiqoe, l'autre rationnelle ; et entre éUc» deux une phais intermédiaire, mêlée de nature matérielle et de lUrture spirituelle, rune soutenue par rexpérienee-, l'autre par 1» connaiisance et par le sentiment; attendu que la téalitë de lliemnie m peut se manifester que par la ommaissanee et Je Beotkusnt. ,
Ainsi now voyons fonder uniquement la eonnaisnnoe sur k témoignage des choses eitérieuies, et les -uns ée borner à l'eipé-. rience , tandis que d'autres se hftwnt seuléméotaiir. la eoaidence, et s'en tiennent à la révélation. Le premier systèaie identifie la pensée avec la matière; le langage alon a'ett qu'une fixation arbitraire dé la pensée ; il .n'existe point dani k monde d'intention finale ni d'ordre providentieL La théorie ds sentiment porte, au contraire, à croire que Thomme a été créé immortel avec la conscience, et capable d'un savoir absolu^ les esprits^upérieurs, dégénérés, onteugendréle péché; la matière du monde physique est une modification produite par le Créateur ; de lui dépendent tous les actes , et le langage est le moyen de communication de la pensée humaine et le symbole de la révélation.
Au premier système se rattache le sensualisme de Locke et des Écossais; le second est Tidéalisme des Allemands. Mais certains principes de la raison humaine ne permettent ni à l'un ni à l'autre de régner absolument, et ils doivent se concilier dans le vrai absolu, c'est-à-dire en Dieu. Kant a proposé le problème de Vabsolu, pour la solution duquel il faut parcourir toutes les régions temporelles de la connaissance humaine, afin de remonter à la religion révélée ( Messianisme ), qui seule peut expliquer le mvstère de la création.
Ainsi les critiques et les idéalistes tombent dans un excès pafeil. On ne peut s'v «ousUaire c^u'à Taide d'un réalisme rationnel
qui remette rintelligence en harmonie avec Tunivers, sans absorber Tun dans l'autre : c'est dans cette voie qu'il faut chercher le vrai progrès, qui doit affirmer et non détruire tout.
Dans le reste de l'Europe , les philosophes se sont traînés , partie sur les traces de Locke, partie sur celles de Kant, en croyant innover ; d'autres se sont donnés pour créateurs, en empruntant à toutes les sources.
L'Angleterres'enest tenue au sensçommun de l'école de Reid et de Stewart. Cette école s'appesantit beaucoup sur les prémisses, mais elle ne conclut pas, ou nele.fait qu'avec timidité. Elle observe ce qui est, au lieu de découvrir ce qui devrait être ; elle ne crée rien, mais elle prétend constater, et ne rien laisser sans explication.
En France, la Révolution fut le produit du sensualisme. Aussi les fils de cette révolution ne manquèrent pas de le défendre comme le dernier mot de la science. Yolney , qui conclut de l'étude des ruines au néant des religions , composa un catéchisme dont les règles sont la conservation de Tludividu et la jouissanîbe. Destutt de Tracy , tirant les dernières conséquences que Condillac avait esquivées en sa qualité de prêtre , réduit l'idéologie à la pensée , et celle-ci à la sensibilité , qui est le principe et la forme de toutes les facultés de l'âme , le critérium de l'esprit , enfin la règle du bien et du mal. Il faudrait, disait-il , extraire de Cabanis et de moi un petit catéchisme populaire, et le répandre , à profusion. Cabanis s'exprimait ainsi ; // n'est pas besoin de prouver que la sensibilité phy si" que est la source de toutes les idées et de toutes les habitudes; personne n'en doute plus parmi les gens instruits.
De Cabanis sortit l'école des physiologistes , qui convertirent le principe de l'activité passive de Condillac en un principe purement physique, en faisant découler les idées et les habitudes de la sensibilité exercée au moyen des nerfs ; en expliquant les faits mélangés d'intelligence et d'organisme , à l'aide de la simple économie animale , et en réduisant la pensée à une opération cérébrale. Cabanis avait dit que le cerveau est un organe spécialement destiné à produire la pensée, comme les intestins à opérer la digestion ; les impressions sont les aliments du
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cerveau, el elles chemineiU fers eèt orgUM eomme les AUmoiis ▼en restomac. La nourrituret en tomlMnl dnis l'eattHnae, Texciteà la séerétioa; de même lea impnaûont, en arrifaat an cerveau, le font entrer en. aetifîfeé ; les fiimenls tomlieot dans restomac avec leurs qualités proprei et A iortnit avie des fualités nouvelles, de même les impreadons arrivent m cerveau isolées « incohérentes; mus le cerveau réagît sor eUci, fft les renvoie transfimnées en idées. D'île il eradut, aiee te^ aUude, que le cerveau digère les impre^siana, at Idt oiguiF ' queraent la sécrétion de la pensée.
Cette théorie fut soutenue p«rLamarck,,qnl iepgardaitl'hooiHN comme le dernier anneau d^uiie diatne progreaaite d*<Kgamntion, et par Broussais, qui, voulant établir le matérialisme aÉ la physiologie, supposa que les tissus sont conqpoaéa de fibM : lorsque celles-ci se contractent, il en résulte V^xMaiùm; é 1 cette dernière est excessive, elle produit VirrUaUam, Vmuào\ jj mie démentait cette fibre oontrâctile du qfatème aierveBx; Broussais n*en prétendit pas nibins expfiquer par elle ks.aelei intellectuels. Une excitation de la pulpe cérébrale produit ks perceptions ; il déduit de la même origine le jugement, la com» paraison , la volonté. Les mots d'âme , d'intelligence et d*esprit lui échappent à chaque instant ; et que fait-il ? il y ajoute quelques points , comme un temps d'arrêt ou une correction , et il y joint une périphrase , qui révèle plutôt le désir que la possibi* lité d*échapper à une coutradiction perpétuelle ^ Il dit qu'aprà avoir reconnu que le pus, accumulé à la surface du cerveaa, détruit ;ios facultés , et qu'elles réapparaissent lorsqu'il est évacué , il n'a pu les concevoir que commme des actions du i3e^ veau. Broussais, adversaire violent des professeurs de métaphysique, les déclarait en état d'irritation cérébrale, et soutôidt qu*il n'appartient qu'aux médecins d'examiner tout ce qui se rapporte aux phénomènes intellectuels. Tous les adeptes de Gali se rattachent à cette école. Ainsi, la science était devenue va instrument d'impiété, soit en construisant avec Lanaarck This*
* Par exemple : % Les objets sont perçus par notre intelligence.... je veux dire.que nous percevons les objçis. »
toire naturelle sans Dieu , ce qui était un pur épicuréisme ; soit en établissant le panthéisme avec Oken, et en regardant le monde comme un grand animal.
Déjà, au milieu des saturnales de la Révolution , Saint-Martin, le philosophe inconnu, avait jeté le gant aux doctrines matérialistes : il ébranla le trône de Condillac, en proclamant qu'on ne peut connaître les choses supra-sensibles que par une illumination d'en haut ; il rappela la philosophie à l'étude de l'homme, formé à l'image de Dieu, pur et innocent, et qui peut redevenir tel par la prière. Il soutint que lés inégalités sociales sont le résultat de la chute originelle ; il admettait daivs le christianisme des doctrines exotériques ; et II se crut sérieusement un voyant, un inspiré, dépositaire de vérités nouvelles.
De Maistre explique le gouvernement temporel de la Provi* dence, l'existence du mal, l'origine des idées et du langage, en un mot les problèmes fondamentaux de la philosophie, en supposant une révélation primitive de la parole et des idées, obscurcie ensuite par la chute de l'homme. Il réduit la science à la foi.
Bonald rapporte à la théorie du langage jusqu'aux questions qui paraissent s'y rapporter le moins. Les idées entrent dans l'esprit par la parole : l'homme n'est donc que tradition et autorité, « intelligence servie par des organes. » L^homme pense sa propre parole; il ne pourrait donc penser sans elle < : il ne peut U tenir que de Dieu seul ; et Dieu ne saurait avoir voulu nue l'homme demeurât un seul jour dans l'état stupide d'un être muet, En la lui révélant, il lui révéla aussi les idées qu'elle exprime; la société s'établit sur la double base d'une règle de conduite et d'une règle de croyance , première et indispensable révélation qui constitua le pouvoir religieux et le pou-voir politique. La première vérité révélée par la parole fut : Tout a une cause; puis, Entre la cause et V effet il y a néjcessairement un terme moyen : axiomes féconds. Bonald voit partout la Trinité, et il invoque dans les gouvernements l'unité de constitution ,
' Pour Platon aussi, la parole et la pensée sont une seule et même chose; sauf que la pensée est la parole au dedans de l'âme, et qui n'est pas proférée par dc« sons.
runiforiiiitc (radininistrntioii, runidii entre les hommes. Cette unité équivaut pour lui à la monarchie absolue , où Dieu, le pnHre et le fidèle constitueut les trois personnes de la société religieuse ; le père, la mère et le fils» celle de la société domestique; le roi, le noble et le peuple, celle de la société politique. 1«a loi est aussi pour lui Texpression de la volonté générale ; mais la volonté générale est celle de Dieu, manifestée par la religion, attendu que tout pouvoir politique vient de Dieu, représenté par le pouvoir religieux. La première condition du pouvoir, c'est d\Hre inamovible ; le plus complet est celui du pape, vicaire de Dieu, et il serait à désirer que sa suprématie fût ^néralementrei*onnue. Le dogme impie et insensé de la souveraineté populaire a été la cause de la Révolution. On a retenu ce mot de Bonald, que la littérature est l'expression de la société,
Bonald avait donc abattu le sensualisme ; de Maistre avait appliqué la doctrine à Tordre théologique , et voulu mettre les foudres de Grégoire Vil dans les mains de ses paisibles successeurs ; tâche aussi peu réalisable que de faire endosser ror* mure de Charlemagne au dernier empereur d'Allemagne. Vint Lamennais, qui combattit la religion individuelle ; il reprocha à la philosophie de n'admettre d'autre certitude que l'évidence, tandis que la théologie n'accepte d'autre évidence que celle de l'autorité. Il voudrait les concilier toutes deux, en prouvant à la philosophie l'évidence de l'autorité, qui ne résulte pas de la raison privée, mais du sentiment universel du genre humain. Or, comme le genre humain a toujours cru les dogmes consacrés par l'Église catholique, celui qui ne prétend pas donner sa [)ropre raison comme supérieure à celle de toute l'humanité doit avoir foi en cette Église. Lamennais abolissait donc la raison individuelle au nom de la raison générale , et établissait l'autorité pour règle des jugements.
Gerbet joignit à ces idées la formule des progressistes, et considéra la philosophie comme une science fondamentale et infinie, attendu qu'elle aspire à la sagesse infinie; les autres systèmes se condamnent mutuellement , selon lui , parce qu'ils opposent le limité au limité , le doute au doute : la religiou seule offre l'unité universelle. Il voit trois modes dans le mouvement de
rhumanité : le cycle, qui répond au panthéisme ; le mouvement rétrograde , acte de désespoir; \^ progrès, qui, seul vrai et ra^ tionnel , est le propre du christianisme seul , lequel , par le dogme de la grâce , établit le gouvernement divin de la liberté humaine.
Bautain nie aussi que la raison humaine puisse s'élever à la connaissance du premier principe sans le langage , ni 3'exercer sans des axiomes, qu'elle est obligée d'udmettre, sous peine de s'annihiler. En conséquence , la philosophie, dont le but est de nous fournir des vérités fondamentales sur la raison , l'origine et la fin de l'homme, ne peut être que la parole de Dieu révélée, qu'il faut admettre comme vérité antérieure à toutes les autres. Les vérités métaphysiques ne diffèrent pas des vérités théologiques, et la science de l'homme est la science de Dieu,
Comme en France on fait arme de tout , le gouvernement comme l'opposition s'emparaient de ces théories. L'école théologique était pour les législations spontanées , pour l'autorité domestique * pour les hiérarchies <ia moyen âge , pour la variété : il faut prescrire les lois , mais non pas les écrire , tant qu'il s'agit de refaire la société. Lorsqu'elle est ramenée à l'état normal , il faut les écrire , mais non les prescrire y et n^ pas empêcher, par la l^islation scientifique , les développements de la législation spontanée. Pour l'école sensualiste, les lois spécu-* latives a priori peuvent donner à la société une physionomie et des penchants opposés même à son état antérieur : l'homme voit facilement ce qui^lui est avantageux , et il peut se perfectionner indéfiniment ; ce n'est point le passé qui est à considérer : l'avenir s'ouvre à toute espérance hardie. Ces doctrines étaient regardées, par le libéralisme négatif et destructeur, comme l'expression des idées généreuses , uniquement parce qu'elles étaient en opposition avec les théologiens et avec le gouvernement.
La Révolution avait proclamé des dogmes absolus ;- elle fut combattue de la même manière. Mais tout à coup une troisiènie école prétendit s'élever entre les deux partis extrêmes , et les soumettre au libre examen. Déjà , parmi les idéologues, Maine de Biran avait aperçu quelque chose qui^différait de la sensar
tioii; Comlkllac avait nié Tactivité personnelle de Tâme, \9 roncevant comme une table rase , qui ne Ml que reoevoir les empreintes transmises par les sens. Mais comment et à quelle condition nous connaissons-nous nous-mêmes, sinon comme cause sans cesse agissante ? De quelle manière puis-je nEie eoiiiprendre moi-même , sinon en me distinguant de ce qui n'est pas moi ? Pour cette opposition , il est nécessaire d'agir et de réagir; d*oii il suit que tout fait de conscience suppose Factintéda mot. Biran concluait de là que Fâme est un pnneipe essentiellement libre et actif; il établit la perception interne immédiate, attribua à la volonté une sphère plus étendue que Teffort musculaire , et il aida ainsi à rétablir la philosophie sur la base de 1» psychologie. Laromiguière aussi , bien que procédant de Gondillac , admit aussi Tesprit , et distingua le sentiment de la peosée. Royer-Collard décrivit l'intelligence d'après Reid y et la volonté selon Biran : quoique expénmentaliste et psychologiste, il répudia le pur matérialisme. Mais tout en protestant contre cette philosophie dépourvue de vérité « de noblesse et de grandeur, contre cette idéologie qui voulait réduire le àfisàH à une question de logique et de grammaire , ils ne parvinrent pourtant à rien édifier sous ces ruines.
Kant expose Torigine des idées et de notre connaissance avee 'autant d'assurance que si lui-même en avait été le créateur. Mais vient-il à en rechercher la réalité et la certitude , il n'a plus que des doutes ; de sorte que , partant de l'afBrmation la plus positive , il arrive à la négation universelle. Faire disparaître cette contradiction , c'est-à-dire ce qui est inconciliable, telle fut la tâche entreprise par Téclectisme, au nom de la spontanéité de V intelligence. C'est ainsi que M. Cousin , représentant et historien de cette école , a appelé le développement de la raison antérieur à la réflexion^ le pouvoir qu'elle a de saisir en un instant la vérité , de la comprendre , de l'admettre , sans savoir s'en rendre compte. En effet, nous ne commençons pas par la science , mais par la foi en la raison , dans laquelle tout existe. Puis , en agissant , cette pensée instinctive nous offre notre existence propre, celle du monde, celle de Dieu , et les catégories de U raison» L'erreur n'est qu'une vérité incomplète
convertie en vérité absolue : aucun système n'est faux ; beaucoup sont incomplets. Ainsi tout est vrai pris en soi , mais peut devenir faux, si on le prend exclusivement. L'erreur a aussi son utilité; c'est la forme de la vérité dans l'histoire. La philosophie, qui e3t un produit nécessaire de l'esprit humain , a pour tâche de rassembler ces parcelles de vérité. .
L'école éclectique se fonde donc sur l'observation appliquée aux phénomènes de la conscience ; elle ne prétend rien exclure, mais, au contraire , choisir ce qu'il y a de mieux dans chaque système. Cependant, pour distinguer le mieux, ne faut-il pas avoir l'idée première du bien ? C'est à ce système que correspond en politique le juste milieu , et en histoire l'école fataliste. En effet, l'histoire est fatale, ajoute M. Cousin, et tout y est bien ; car tout mène au but marqué par la Providence. Le grand homme est l'expression invincible d'une pensée qui sommeille dans une nation ; c'est un système fait homme ; il doit exprimer la généralité du peuple, qu'il domine par sa puissante individualité. La gloire est le jugement de l'humanité sur un de ses membres, et l'humanité n'a jamais tort. Or, le caractère du grand homme est de réussir : on peut avoir pitié du vaincu , mais on doit toujours se ranger du parti du vainqueur ; il est juste , il est moral , il est le représentant de la vérité. L'école éclectique eut son utilité en ce qu'elle étudia les différents auteurs, multiplia les traductions, et offrit, sous un aspect plus vrai, la pensée de chaque époque historique. Une vivacité ingénieuse, de l'élégance, la connaissance du monde , une piquante familiarité , rendent les philosophes français attrayants, et ont popularisé leurs travaux; mais ils manquent d'originalité, et de cette construction scientifique qui est le fait des Allemands. Aussi ont-ils donné, dans ces dernières années, d'excellentes histoires des philosophies particulières , plutôt que des systèmes.
Cependant la jeunesse , fatiguée de doute , de négation , appelait une réorganisation : aussi à l'école théologiquè du. passé, et à l'école éclectique du présent, succéda celle de l'avenir^ qui lit une grande place aux idées religieuses, après les avoir combattues d'abord. Les unis se sont attachés à un christianisme
timide, et ont remis en honneur la scolastique , de préférence aux méthodes p[recqnes. D'autres, au contraire, attaquent tIgoureusement la psychologie au nom d'une philosopliie humanitaire, et considèrent comme un progrès le catholicisme, qui cependant doit faire place à un progrès plus grand encore. Chateaubriand a proclamé que « le christiaBisme deviendrait philosophique sans cesser d'être divin , et que son cercle fleocible s'agrandirait avec les lumières et la liberté , la croix continuant toujours d'en marquer le centre immuable, u Lamartine enteigne « une foi clirétienne , fondée sur la religioD générale, ayant pour organe la parole, pour apôtre la pressé, pour dogme Dieu un et parfait. » Bref, chacun s'est fait son symbole religieux ; ce qui prouve que tous sentaient bien que la pure raison ne sufGt pas pour satisfeire toutes les facultés humaines.
D'autres cependant, même après la philosophie du progrès, sont restés sensualistes. Charles Comte, en traitant De la tégUlation y aboutit au dogme de l'utile , et fonde les sciences morales sur la seule expérience. Auguste Comte , dans la Philosophie positive , établit que toutes les sciences passent par trois phases, théologique, scientifique, positive; que cette dernière est la phase définitive de Tintelligence humaine ; et il envisage tous les phénomènes comme sujets à des lois naturelles invarrables. Il a fait depuis, de son Positivisme, un véritable culte où Ton adore Thumanité, en place de Dieu.
En Italie, Soave avait préparé les voies au sensualisme de Condillac, bien qu'il eût pour adversaires des esprits plus sérieux. De ce nombre furent Gerdil , qui, partisan de Malebranche, soutint que ridée de Fêtre ne peut dériver des sens, et qu'elle est cependant une idée formée; Falletti, qui substitua au principe sensuel celui de la raison suffisante de Leibnitz , et l'idée générale de l'être déduite du wio/ pensant; Draghetli, qui s'éleva à une doctrine plus complète sur les facultés de l'âme, en la fondant sur l'instinct moral et sur la raison; Mi- «îeli, qui , repoussant V Ontologie de Woif, devança Schellin<; dans ridée d'un nouveau système des sciences ; Pino , dont la Protologic se ptoposç \îv\ftd\fttçl\c, d'un(;;TWi/t';', non subjec-
tif , mais réel ^ et fondement de la science. En même temps Palmieri et Carli combattaient les conséquences du sensualisme appliqué à la religion et au droit public. Ils furent peu écoutés, et ils n'empêchèrent pas les Italiens d'accueillir à bras-ouverts l'idéologie mesquine de Tracy , à laquelle le traducteur ajouta un catéchisme moral tout à foit empirique. Pascal Borello , sous le pseudonyme de Lalebasque, soutint, dans la Généalogie de la pensée, que la sensation était l'idée. Il faut ranger Romagnosi parmi les empiriques^ bien qu'il le fût dans un sens large, en recherchant les causes assignables ; teWemeuï qu'il 9 l'air d'un spiritualiste. Chez lui la morale ne se sépare pas du droit. Il rendit h cette dernière science des services remarquables, en résumant la doctrine du siècle précédent dans la Genèse du droit pénal et dans le Droil public unicersel.
Tamburini , répudiant comme impuissants le sensualisme et la morale de Tintérét , fit dériver l'obligation morale du besoin de la perfection; il réfuta le progrès indéfini de Gondorcet. Il est oublié aujourd'hui , de même que ses doctrines ecclésiastir ques. Mais d*autres ont tenté de concilier l'expérience avec la raison , persuadés que de leur accord seul peut résulter un système basé sur la vérité. Pour Mamiani , la méthode pliilosophique est tout , et toute réforme ne résulte que du changement et du progrès de Ce procédé ; la différence entre la science et la vérité consiste dans la méthode; la science n'est, en dernier lieu , que la vérité méthodique ; et toute discussiori philosophique peut se réduire à une question de méthode. Le temps , c'est-à-dire l'esprit humain , fait toujours un choix ; et il fait servir ce qu'il y a de vrai dans chaque méthode à accroître ses richesses : le reste est emporté par. le temps. Au dire de Mamiani , les anciens Italiens connurent la vraie méthode , et celuf qui la ferait revivre restaurerait la science du même c^up; d'où il faudrait conclure que les dernières conséquences de la philosophie rationnelle doivent se confondre avec les maximes du sens commun. Daiis cette restauration du passé, il se trouve d'accord avec le père Ventura , qui veut ressusciter la scolastique , afin d'identifier la philosophie avec la révélation. L'éclectisme universel de Poli diffère de récleclisn\e fcaxvc^vs. ^w ^^
qu'il iremprunte pas ce qu'il y a de vrai dans les systèmes op posés, mais qu'il juet en rapport entre eux les deux principes extrêmes de Tempirisme et du rationalisme. Il ne trouve pas , comme Cousin , tous les systèmes vrais , mais il les croit tous imparfaits ; il rejette Tart du syllogisme, et il aspire à Tori* ginalité '. Galuppi, philosophe expérimentaliste , n'admet pas seulement des éléments objectifis de la connaissance , mais encore Tesprit humain , qui s'élève par la méditation du cooditionuel à l'absolu , par l'effet de l'intuition médiate dû raisonnement établi sur les notions acquises. L'identité et la diversité sont les éléments subjectifs de nos connaissances. 11 y a done des vérités primitives d'expérience intérieure ; elles ne procèdent pas d'un pur empirisme ni des principes a priori dé Rant, mais de la subjectivité même de l'esprit , comme ses leis originelles. La conscience, la sensibilité , l'imagination, l'analyse, la synthèse , le désir, la volonté , sont des facultés élémentaires. La conscience et la sensibilité fournissent à Tesprit l'objet des pensées; l'imagination reproduit les perceptions; l'analyse isole les objets ; la synthèse les groupe ; la volonté mène et dirige les opérations synthétiques et analytiques, en formant ainsi Tédificc des connaissances humaines. Dans la doctrine morale, Galuppi admet des jugements pratiques a priori , et il place h loi morale dans la droite raison , qui dirige la volonté vers notre bien-être , en nous indiquant les actes qui peuvent produire oa empêcher le bonheur. Telle fut sa tentative pour renouveler parmi les Italiens la critique de l'entendement. Bien inférieur à Kant , il rencontra en outre des entraves particulières dans son pays.
Les deux philosophes les plus originaux de Tltalie sont rigoureusement catholiques , et adversaires de l'empirisme qui domine dans les écoles et dans les sciences appliquées. Ros-
' Les étrangers ne font pas à Técole italienne l'honneur de la nommer. Poly a élevé la voix en sa faveur dans les noies étendues qu*il a ajoutées à sa traduction de Tennemann , où il classe les penseurs modernes de ritalie non comme littérateurs, mais cTaprès leur tendance philosophique.
mini renverse avec une logique irrésistible les systèmes des écrivains précédents , qui , «n recherchant Torigine des^ notions indispensables pour former un jugement, ou refusent trop ou exigent trop. Il démontre qu*il n'est nécessaire d'adtnettre comme innée que Tidée de la posâbilité de Fétre ; que cette idée , unie à la sensation , suffit pour former toutes les autres , ainsi que Tintelligence et la raison humaine. Cette première perception intuitive de Tétre en général est la source de la certitude ; les sceptiques ne peuvent supposer qu'elle soit une illusion; c'est donc la vérité elle-même; et elle engendre la connaissance des corps , celle de nous-mêmes , celle de Dieu ^ celle de la loi morale, lien du monde idéal avec le monde réel , de la vie théorique et spéculative avec la vie pratique. Bosmini a fait des applications de ce principe à l'anthropologie, à la morale , au droit , à la théodicée ; et il continue de les étendre de manière à en faire résulter cet ensemble sans lequel il est difficile de juger un système. Il mérite dès à présent la. reconnaissance de l'Italie pour le mouvement nouveau qu'il a imprimé à la pensée philosophique , qu'il a dégagée de ses entraves et de l'empirisme.
Son adversaire le plus marquant est Vincent Gioberti. Celui^ ri prétend substituer à la-tnéthode psychologique , qu'il regarde comme la cause de la décadence actuelle de la philosophie , la méthode ontologique de Leibnitz, de Maiebranche, de Yico, ces derniers philosophes dont la voie a été faussée par Descartes , « qui , nouveau I^uther, a substitué le libre examen à Tautorité catholique. » En conséquence , Gioberti part d'un principe ontologique dans lequel sont comprises en puissance toutes les notions possibles ; et il l'exprime par cette proposition : Cêtre crée les existences. Dans cette proposition , le premier membre est une réalité absolue et nécessaire, le dernier une réalité contingente ; et le lien entre eux est la création , acte positif et réel , mais libre. Voilà trois réalités indépendantes de notre esprit ; voilà l'affirmation du principe desubstance^ de celui de cause , de l'origine des notions transcendantes , et de la réalité object-ive du monde extérieur. 11 en déduit l'encyclopédie entière , en assignant à l'être la philosophie , à Tacto
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delà eréation les mathématiquet, etaui eûsteaeci-lapIqpBiqâK L*idée de Tétre comme premier f$yehi^OffkpÊie cH teeeptée par Gioberti ; mais il ne lui suffit pas qn^élle mH SBQknMtf possible : il croit, au contraire, qu'ilest illogique dafifare'BJdhi ridée de la réalité de ieelle de la possibilité; et» an tuppoosl que celle-ci existe sans Tautre, on arriVierait au nihiltoe si au panthéisme. La formule idéale de Gioberti est doue le pnmief philosophique^ qui comprend le premier pcfehologfiqwrt le premier ontologique : c'est-à-dire la première idée ellefn* mier être. Il supprime donc tout intermédiaire , dans Fiatsi* tion de Tabsolu , entre Tesprit créi§ et l'être en qui sont ebgeeti' Yement toutes les idées.ll yeut quS^l'hituitioDde Teiprit haiBrii soit dans Vétre divin, idéal , réel, qui crée ; tandia que R» mini fiiit lïntuiHon idéale de sa nature, et établit te léii comme but du sentiment. Il en résulte que notre esprit n'a pu directement Vintuition de Dieu , et que lldée ^e rétrOf or la représentant l'être comme > possible et HmiTerset ^ pe lolfil pas distinguer le nécessaire du contingent \ tandis que le sortiment de la réalité divine appartient à un -état au-dessus dé It nature. Il a fait de cette doctrine des applications étmidufs* Mais on ne pourra juger en dernier ressort son système que quand il aura reçu les derniers développements.
Mais le but que Tliomme se propose n*^t pas seulement de connaître; il veut aussi aimer et agir. Les actes de la raison sont accompagnés et souvent modiûés par ceux de la sympathie ; les œuvres commencent sans attendre la démonstration. C'est pourquoi , tandis que la philosophie théorique poursuit la recherche de la vérité absolue , la philosophie pratique atteint la justice et la bonté.
Quiconque connaît Thistoire sait combien la spéculation théorique influe sur Tordre pratique. Après avoir dit que toutes nos
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connaissances dérivaient de la sensation , Locke et Condillac auraient dû en induire que le sentiment nnoral ne consiste que dans rutile, c'est-à-dire dans l'intérêt ou le plaisir. Ils ne le disent pas , parce qu'il fallait que toutes leis croyances fussent sapées avant d'arriver à établir la morale sur Tintérét , comme leût Jérémie Bentbam (1748-1832), en confondant la raison et le sentiment , et en prenant pour un fait éternel ce qui est particulier au temps : dernier pas de l'école matérialiste, en révolte contre l'idéalisme chrétien.
Bentham n'eut jamais pour bréviaire que le livre d'Helvé* tius , et jamais il ne conçut un doute sur la doctrine de l'égoïsme qu'il y puisa, et qu'il prêcha dans le cours de sa longue existence. Son pays lui montrait la légalité , jamais le droit; il n'y avait donc pas moyen de le réfuter , lorsqu'il appliquait aux lois de sa patrie un critérium , quel qu'il fût. Il combattit Blakstone> qui donnait pour base à cette législation un contrat entre les nobles, le roi et le^peuple; et il leur donna pour règle suprême l'utilité générale. Ce point une fois adopté, il se trouva plus fort que ses adversaires, et poursuivit sa route sous l'influence du philanthropisme et de la misérable métaphysique du temps. Bentham ne veut pas que la justice se rende au nom du roi , ce qui est un reste de la féodalité ;. chaque tribunal doit être compétent pour tout; mieux vaut un seul juge que plusieurs; point de vacances; des juges amovibles; publicité de l'accusation et de la défense ; point de nrionopole d'avocats; point de jury en matière civile ; des codes clairs et absolus. Il prit part à la Révolution française ; mais pouYait>il faire écouter sa doctrine égoïste au milieu des admirables sacrifices d« ce grand mouvement ? Il se retira donc en Angleterre ; et il cultiva , avec non moins de persévérance que de foi , ses doctrines, qu'il vit se répandre surtout en Amérique.
Dans V Introduction aux principes de morale et de législation, il remonte aux principes philosophiques de ses opinions : n'envisageant les actions que du côté social , il perd de vue leur côté moral ou individuel » et il fait reposer uniquement la différence des actes sur leur plus ou moins d'utilité. Il se rattache ainsi à Épicure et à Hobbes. La légitimité d'une ac-
STC SCIEHCF.S SOCIALES.
tiaii, sn bonté, sa moralité , De si^iifient rien que s«i 1,'intér^t de l'individu est la plus grande somme dek ([ laquelle il puisse aiteiadre; ('mtérc-C de la société, i somme des intérêts de tous ses membres. A cet intérêts^ et l'ascétisme , qui conseille des actions causant du dê| et vice versa , et la sjmpalliie ainsi que l'antipathie, qi font regarder une action comme Imnne ou mauvaise, pi raisons indépendaoles de ses conséquences. LTiomim donc (]ue par calcul d'intérêt, et la science ne peut qui seigner à bien Caire ce calcul ; la législation, à bien tu les plaisirs et les peines résultant d'nne loi , et à comU causes qui dérangent cette économie. 11 n'y a donc pa voir : " la vertu n'est un bien que pour les plaisirs q» eoulent; leTÎce, un mal que pour les peines qui en réfl le droit dérive simplement de la loi. -
Bentbani traita , après Dragonetti , de la vertu et da| penses. Mais les services pour lui constituent la vertu ; et| n'£5t juste qu'autant qu'elle sert à empêcher le délit. li vais sujets sont des gens qui calculent mal ; et , pour 1 l'cquilibre de leur jugement , il faut changer l'orçauisaf prisons. Reniant l'histoire , ne connaissant point de ditei temps ni de nation, il croit à une législotion absolue, fon des règles égales pour tous : en conséquence , son code t corps inétliodique et immuable de toutes les règles d'actii proclame la libre concurrence ; plus de colonies , poini Iravcs à l'usure; point d'écoles publiques , liberté absolu les discussions des chambres.
Mais comment fonder quoi que ce soit avec son i lisme? Comment passer de l'intérft privé â l'intérêt gi l'Iein d'inconséquences, il admit non -seulement les plai l'âme , mais jusqu'à ceux delà piété, et les Jouissano trieuses " qui résultent de notre couviclion de posséder la de la Divinité; " et il sc(i[iurait preitdre ainsi l'Iiommet l'st. « Donnez-moi les alïections liiin);iines , joie, d( plnisir, déplaisir, et je créerai le monde moral ; je pr» non -seule ment la justice , mais encore la générosité , le j lisme, b phihnlliropie, toutes les vertus aiuiables ou sub
^ dans leur pureté et leur exaltation. » Comme si les affections •^ étaient séparées <les pensées ! Sa confiance éclate dans ce-s paro- ^ les; et en effet 11 était convaincu que son code, n'offrant ni la* ,^ cune, ni obscurités., ni difficultés, deviendrait universel, et ^ qu'il serait le législateur de l'avenir : Je voudrais , disait-il , ^ que chacune des années qui me restent à vivre fût transportée a la fin de chacun des siècles à venir, pour être témoin de . r efficacité de mes ouvrages. Il voulut en mourant être utile à rhumanité, et il abandonna son cadavre aux anatomistes. Le droit ainsi réduit au fait, il ne faqt pas s'étonner si Beji* J: tham en vint à proclamer l'utile comme la mesure unique du . droit. Il fonda sur cette base un projet de paix perpétuelle. Un . souverain n'a pas de meilleur moyen de régler sa conduite en* . vers les autres nations, que de rechercher le plus grand avan« 7age de toutes. La loi internationale aurait donc pour but Tiu^ térêt général : 1^ en ce qu*une nation ne serait à. charge aux autres qu'autant qu'il est nécessaire à son propre bieii-être ; . .2" en ce qu'elle ferait aux autres nations le plus grand bien compatible avec le sien , ce qui constituerait ses devoirs à remplir; 3'^ en ce qu'elle ne souffrirait des autres nations aucun dommage , au delà de ce que réclamerait leur propre bien ; 4^ en ce qu'ejle recevrait le plus grand bienfait des autres , leur propre bien-être une fois assuré : voilà en quoi consisteraient ses droits. On ne connaît jusqu'ici d'autr-es remèdes aux violations du droit que la guerre ; le cinquième but du code international serait donc de pourvoir à ce que la guerre n'entraînât que le mal indispensable pour arriver au bien qu'on aurait en vqe.
La guerre est une espèce de procédure , à l'aide de laquelle une nation revendique ses droits aux dépens d'une autre. Les causes qui l'engendrent le plus ordinairement sont : rincertitude dans les droits de succession ; les agitations intestines chez des voisins , dérivant soit de cette source, soit de disputes sur le droit constitutionnel ; l'incertitude des droits sur des pays nouvellement découverts ; les haines et les préjugés religieux ; les querelles entre des États limitrophes. 11 conviendrait donc, pour les écarter ; l» dé réduire en code les lois non écrites, mais qui
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ton', consacrées parTusage; 2® de faire de noavenes conveitioni et des lois intematîonalei sur Ions les points boq délaminés ; 8^ de pecfectkimier le style des lois et des Mires acto. Mais comme ces choses dépendent des intérêts et des- passkisi humaines , les remèdes seraient insuffisants ; «n eonséqué&ee Bentliam imagine une paix perpétuelle, fondée «ur deux poials essentiels : 1® la réduction et la fixation dei forces mûitâiies et natales; V l^mandpationdes colonies , |qui 8<mt toi^ioiirsoDéreuses à leur métropole , contrainte qu^eîle est de les pral^ par une marine dispendieuse. ^
Un tribunal arbitral^ sekm Bentliam, serait indisiiensabie pour prévenir les dissidences d'opinion entre les Bégociateois. des deux puissances; et la -décision tfe ee tribnmd sao^f^rderait du nmins llionneur de la nation qui sucoomberait. On a imaginé diverses combinaisons , comme la neutralité arniée^ It confédération américaine^ la diète germanique, la ligne suisse. L'histoire nous montre ainsi que la coniianoe entre nations D*eit pas un fedt anormal. (?est ainsi que l'on pourrait former ûa congrès généra^ où chaque puissance enverrait deux députési, et qui aurait autorité pour rendre sa décision , pour la faire publier dans les deux États , et pour mettre au ban de l'Europe celui qui n'y obtempérerait pas. Comme dernier expédient, on pourrait fixer le contingent de chaque État pour l'exécutioa des sentences prononcées. Mais on préviendrait cette néces^té en autorisant le congrès à donner la plus grande publicité à ses jugements motiyés , ce qui serait un appel solennel à l'opinion.
Tel était le rêve de Beutham en 1789 , la veille de la conflagration générale , où Ton vit apparaître la plus flagrante violation de tous les traités positifs. Klle avait déjà éclaté , quand un autre philosophe, Emmanuel Kant, imagina une paix perpétuelle, constituée aussi sur une confédération de toute l'Europe , représentée par un congrès permanent. La première condition, c'est que les Ëtats soient républicains , c'est*à-dfre que chaque citoyen concoure, par ses représentants, à faire les lois et à décider de la guerre ; cai* un despote n'Iiésite guères à rccourir au^ armes: mais le peuple sait qu'il s'expose à toutes
les charges et à tous les maux qui suivent un appel à ta force. Par constitution républicaine il entend un gouvernement limité par une représentation nationale , -oi!i . le pouvoir législatif est séparé du pouvoir exécutif; tandis que la démocratie rend toute représentation impossible , et qu'elle est Hécessairément despotique, attendu que la volonté de la majorité de ces mille- souverains dont elle se compose ne se trouve pas limitée.
Une paix perpétuelle exigerait encore que Falliance se fon* dât sur une confédération d'Ëtats libres ; mais Pétat naturel entre les nations a été jusqu'à ce jour celui de guerre déclarée ou imminente ,. et leurs droits ne sa débattent que sur les champs de bataille, où la victoire tranche la -question , mais ne la résout pas. La paix devrait donc être garantie par un pacte spécial qui ait pour but de mettre un terme à toutes les guerres, et par lequel les nations renoncent à la liberté anarchique des saqvages , pour former une cioitas gentium. Si par hasard un peuple se constituait en république (gouvernement qui tend de sa nature à la paix perpétuelle), il deviendrait le centre de cette confédération, à laquelle d'autres s'associeraient pour garantir leur propre liberté , selon le droit public. « Car s'il est juste d'espérer que le règne du droit public se réalisera par des progrès graduels , mais indéfinis , la paix perpétuelle , qui succédera aux trêves appelées jusqu'ici traités de paix, n'est pas une chimère , mais bien un problème dont le temps nous. promet la solution ; et ce temps sera vraisemblablement abrégé par l'uniformité des progrès de l'esprit humain. » En tous cas, ce sera toujours l'un des rêves les plus séduisants pour les cœurs généreux, et pour ceux-là surtout qui, s'écartant des dogmes religieux , croient au bonheur sur la lerre. L'assemblée constituante avait proclamé que le peuple est un grand individu , et que )e monde civilisé n'est qu'un seul peuple , dont les diverses nations sont les provinces; que l'humanité est une seule famille, qui doit être gouvernée par la loi de justice et de liberté; que la politique est distincte de la morale, mais, ne lui est pas opposée. Elle chercha cependant en vain à édifier un code de droit international ; l'ancien droit ressuscita bientôt , n'ayant pour règle que la force et les conventions. Plus tard, la sainte-alliance se (lattis
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de réaliser ce coneert; et quarante ans d*aii6. paix que les ea^ lamités dé la guerre n*ont point attristée « n'ont eependinttifli détruit de oe qui pourrait amener des eonflits nonveamt*.*
Après les dépenses incaleulabléi que les guerres de l*£nipîn! oeeasionnèrent, la géioequcttois les goufemenimt» ég^ima^ènÊL du système de la paix armée, il fiillut bien aviser à y tronrar des remèdes : ce fut ce qpie se proposèrent ces eongrès deit paix, dont rAméricain Burrik fut le propagateur. Leii gens ki mieux intentionnés du monde se réunissent dças cet assen* blées, pour déclamer et protester, contre les iiorniiirs de li guerre , pour montrer ma peuples et aux rois œ' ga*4le eoâts aux uns comme aux autres; mais, au milieu de ces idyHes ai rhonneur delà paix; les peuples, vietimiBS de vieilles oppreasiôni, ne voient que la force pour s'en affranèhir, de mèmequelef rois n'attendent que d'eue seule leur consenration.
Cependant la science politique était l'objet d'études Mon" ques. Dans sa 5deiu^ £1^ P'cmiwrvemefU > GaqMurd de Aéal, qm traite d'une manière plus pratique que Burlamachi et Vattel, visC résumer les doctrines des publicistes classiques. JLe fécond et exact Bynkershoek, de Middelbourg, offrit le premier une exposition critique et systématique du droit des gens maritime, traitant de préféreuce certaines questions particulières d'une application pratique. Selon lui , ce qui est conforme aux lumières de la raison est obligatoire , dès qu'il est observé par b plupart des nations les plus civilisées. Le droit des gens est donc une présomption fondée sur la coutume ; d'où il suit qu'il cesse d'être en vigueur du jour où apparaît une manière de voir opposée à celle qu'il consacre. Son ouvrage sur le droit des ambassadeurs est d'une importance capitale. Tracy, dans le Commentaire sur r Esprit des lois de Montesquieu, ne reconnaît que deux modes de gouvernement , le national et le spécial ; cehii où les gouvernants sont faits pour la nation , et celui où la na« tion est faite pour les gouvernants : distinction empirique, et pourtant plus réelle que celle de Montesquieu.
Certains publicistes ont proposé, en vue de réoonoinie, les gouvernements à bon marché , supprimant la magistrature héréditaire suprême. V>aLW^ e^w^ où le ^leupleest appjplé-à prendre
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part à radmînistration , le grand problème du pouvoir est Télection. Les républicains , avec Jean- Jacques Rousseau, placent la puissance dans le nonU)re ' ; d'autres n'accordent la représentation qu'aux propriétaires. Mais la foi dans l'autorité s'étant trouvée ruinée , on s'est vu dans l'impossibilité d'établir le dogme de la souveraineté; et la majorité qu'on lui a substituée , c'est-à-dire la moitié plus un , est une base mobile et vacillante , selon le caprice de cette majorité. C.-L. Hal- \er tenta une restauration de la science politique, où l'on peut trouver du moins la réfutation des auteurs précédents. Dans son Traité de philosophie politique y lord Brougliam a passé en revue cinquante formes de gouvernements.- Il fait dériver, comme Bentham , le droit de commander et le devoir d'obéir, non d'un contrat primitif, mais de l'utilité du plus grand nombre (Expediency); de là résulte l'espèce de bascule où le peuple et le souverain se. font contre-poids , ainsi que le droit réciproque de résistance, qui, en somme, est h base des eonstitutions libérales de ces derniers temps. Il traite mieux lés principales questions de la société civile actuelle , le gouvernement représentatif, la liberté de la presse, les armées sur le pied de guerre ou de paix ; puis les débats parlementaires, le scrutin secret, la répartition des droits électoraux, la durée du mandat, les incompatibilités : tout cela^au point de vue théorique et pratique , et toujours prêt à citer les grands exemples que pouvait lui fournir le gouvernement de son pays.
Les questions de droit politique ont été plus agitées par les armes ou dans les conférences que par les écrivains ; et ces
' Fichte partage cette opinion; niais, en reconnaissant la fonne républicame comme la plus ralionnelie, ii en fait dépendre rapplicalion de l'esprit public des nations, et ne la éroit possible que là où le peuple a appris à respecter la loi pour elle-même. Toute constitution est légitime, pourvu qu'elle favorise le progrès- général et le développement des facultés de chacun. L'idéal de la perfection sociale consiste dans un accord de toutes les volontés à la loi de la raison, de telle sorte que chacun travaille au salut commun, etqiie l'activité de tous aboutisse au hten-étrc de chacun.
derniers temps n*ont produit aucun auteur classique. Mackintosh donna , dès 1797, le plan d*un cours de droit naturel et des gens , et il est fort à regretter qu*il ne Tait pas exécuté luimême. H défînit le droit naturel, la science qui enseigne ki droits et les devoirs des hommes et des États ; de sorte qu'il embrasse toutes les règles de morale , en tant qu'elles r^ sent \'a conduite des hommes entre eux dans les différents rapports de la vie , la soumission des citoyens aux lois., l'autor^ des magistrats dans la législation et le gouvernement, les rapports des nations indépendantes en temps de paix , et les limites que doivent avoir leurs hostilités. Tout en louant Grotius et Puffendorf , il voudrait un nouveau système de droit international , attendu que le langage de la science est tout h fait changé , et que chaque siècle exige un enseignement doDOC dans sa propre langue. Maintenant une philosophie plus mo* deste et plus simple s'est répandue; la connaissance de la nature humaine s'est accrue; des pays inconnus ont été explorés; les cent fleuves de la science se sont réunis en un vaste cou- «ant; rhistoire est devenue un musée où Ton peut étudier toutes les variétés de notre nature. La guerre est devenue moins cruelle, surtout envers les prisonniers; Tinstruction pra» ' tique s'est enrichie des dernières expériences ».
On pourra malheureusement opposer à ces progrès vantes des violations effrontées, des guerres poussées avec un achamenïcnt farouche , les prisonniers de guerre torturés sur les pontons anglais et dans les neiges de la Sibérie , le blocus et le droit de visite étendus*.
Quelques publicistes se sont occupés du droit des gens au point de vue purement positif et pratique, et, d'après les documents, ont établi les actes et les règles qui devaient diriger les souverains et les diplomates.
» Philosophie du droit, où tous los sysl^n>es contemporains sur la politique et le droit se trouvent exposés. V. Stahl.
^ Les derniers événements ont été étudiés dans leurs rapports avec le droit des gens par l'Américain H. Wheaton, Progrès du droit des gens en Europe, et par Maurice nr HArTF.RivF, Progrès que le droit des gem a fa\\ en lùivopc depuis (çv pau* de WesfphaUc.
Déjà le président Hénault, dans son Droit public fondé sur les traités, avait révélé ce qui jusqu'alors avait été considéré comme les arcanes de la diplomatie. Moâer s'occupa toute sa vie> du droit public, principalement de celui de 1* Allemagne. Depuis la mort de Charles VI, il ne marche, qu'appuyé sur des faits, rejetant les spéculations philosophiques, parce qu'il voit que les principes abstraits ne sont pas observés par les souverains. Martens publia en 1788 un Abrégé du droit des gens de r Europe moderne fondé sur les traités et la coutume, qui devint ensuite un manuel. 11 part de l'idée de Yattel : que ce droit est une modiûcation du droit naturel , appliqué à régler les rapports entre les nations. Kock et Schœll ont donné depuis cette Histoire générale des traités de paix entre les États européens, depuis la paix de ff^estphalie ; ouvrage que vient de continuer jusqu'à nos jours le comte de Garden.
La science de la législation , dégagée des misères et des atrocités d'autrefois, s'est préoccupée des origmes du droit pénal et des applications de la jurisprudence. Kant avait fait reposer le droit de punir sur ce principe : Que chacun soit rétribué selon ses œuvres ; et il porta sa sévérité jusqu'à l'inflexible talion. Zacharie modéra cette sévérité monstrueuse , en réduisant toutes les peines à la perte de la liberté, attendu que tout délit est un attentat à la liberté d'autrui. Mais bientôt parut la Théorie de l'amendement, de Henke, qui, refusant aux tribunaux la faculté d'apprécier la culpabilité intérieure, et par suite de proportionner la peine à la perversité du coupable , veut qu'on se borne à l'améliorer. Après lui, Weber et Schulze proposèrent pour but à la société le perfectionnement moral de l'homme : d*oii il résulte que l'État a le droit de punir la violation des préceptes qui résultent d'une telle obligation. Romagnosi récliercha l'origine métaphysique du droit de punir et ses divers degrés, en s'appuyant sur ce que la société étant l'état naturel de l'homme, sa défense en est la conséquence :d'où la nécessité d^infliger des peines, mais seulement dans les limites de cette nécessité. Quelques-uns vont chercher ce droit dans quelque chose de plus élevé , dans le principe d'expiation , et dans les inspirations d'une conscience publique, inconnues aux sen-
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sinlist€B , aiuû que dans Tonke roonl , àôtÈ tet ptti^iiriiitiOBS doivent être prévenaes cm punieipar Ici pouvoir lociak
Parmi les écoles modernes de juroiiAuleiiee « Téoole. pnipqm, qui s'est étendue en Angleterre, proclame le droit ponlif, en lui doiuiant les codes pour base, et eatédiûiant Fart à kv application. L*éoole philoiùphique, qui règne «a Allemagait eiamine avec Kant le droit comme qiielqae dioee d'absotast de pure raison, ou redierche respritcUs codes, 1^ imeqwréUMt pour en trouver les motifs suprêmes. Défendue* a^joard-fani fm Thibaut et par Hegel, CjBtte école a trouvé des erâtndiQMm dans fiugo et dans Savigny , qui lui ont opposé réoo!le AliM- 9110. Selon eux , le droit n*6Bt pas une libjre création du légida* teur, mais im fruit naturel des moeurs^ des besoins, de toai les éléments constitutif d'une nation; de lelle.aorte que k présent se trouve étroitement lié au passé , et qa*il faut dès Ion recherdier avec soin tous les débris de Tancieh droit, fiheonséquence, les juristes philosophes se sont propo6é4e fiMre m code pour toute rAllemagne, persuadés que. le dn»ft est universel , et doit triompher de toutes les variétés ide caraotère, de climat, d^origine, et identifier la science avec la pratique. L'école historique a porté une grande lumière sur le droit romain, considéré pliilosophiquement et plûlologiquemênt, en publiaat, en coordonnant, en critiquant des fragments antérieurs à Justinien, et aussi les codes des barbares, de manière à faire trionplier Thistoire, et à Tassocier à la pratique du droit. Sous ce . point de vue , Savigny considère le droit romain comme le tjp^ de la loi positive universelle, et Taperçoit partout dans ks codes modernes ; il le regarde comme la base d'un autre code, qui ne pourra être compilé de longtemps : aussi fiaut-il se contenter, quant à présent , des statuts et des coutumes que nous lepons du passé.
Cette dernière école voudrait aussi s'intituler école du proyré»,. parce qu'elle fait le droitcontinuellement variable, comme un i:ésu]tat deTexpérience, selon les temps, lespays, les usages^ ce qui fait qu'on ne doit avoir en vue que son application, tandb que ceux qui le construisent d'après des règles rationnelles le condamneul néeessairement à Timmobilité. De semblables di-
vergenceis prouvent qu'il n'existe pas encore une véritable science du droite mais eîles. donnent lieu aussi à de fortes études, à des discussions , et tetident à éclaircir Pimportante distinction entre le droit ^et la morale.
Le premier code officiel fut le Landslagh de la Suède, dans lequel avaient été fondus les' douze codes provinciaux en 1442, et qui fut imprimé plus tard en 1608. Dix ans après, Gustave- Adolphe donna un nouveau statut; et, en 1731, Frédéric II fit rédigersee code général que la diète sanctionna en 1734. D'autres essais eurent lieu également Jàu dix-huitième siècle, parmi lesquels nous avons mentionné déjà les codes de Frédéric le Grand et de Joseph 11. Le code Napoléon , qui est comme une transaction entre les anciennes coutumes et les conquêtes de la Uévolution, fut porté dans toute l'Europe par la victoire ; et il lui a survécu dans plusieurs pays , où il en a inspire de nouveaux. Le code Bavarois, ouvrage de Feuerbach (1810), changea le droit criminel allemand ; et en l'imita en corrigeant ce qu'il avait de trop rigoureux. Le Digeste de r Empire a introduit en Russie l'ordre et l'uniformité (1833) : il contient les statuts organiques de l'État, Tes règlements concernqnt les finances, l'économie publique, la police intérieure, indépendamment des lois civiles et criminelles. La Grèce a promulgué un code pénal , et s'occupe de substituer un bon corps de lois civiles à l'amas de dispositions empruntées aux législations romaines et byzantines. Dans l'Amérique septentrionale, les codes se ressentent de l'influence française. Celui que Li vingston a rédigé pour la Louisiane est extrêmement remarquable -, les délits et peines y sont nettement divisés , et les limites des autorités administratives et judiciaires bien déterminées '. Dans le code Brésilien {iSZe!) , qui est d'une douceur extraordinaire, la peine de mort est réservée au meurtre et à rinsurrcction
* Li vingston discute, dans son préambule, les trois bases que Ton a attribuées au droit de punir, eherchant à concilier ceux qui le Tout dériver de la légitime défense , ceux qui le font dériver d^in contrat social, et ceux qui le rattachent à la justice divine. Rossi aborde aussi c«t examen dans son Travlé du droit pénal.
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armée des escla?e8. Celui de la Bolifie punit la tentative moins que le crime consommé , et traite , dans une partie , d^ cnmei publies, et, dans l'autre, des délits privéï. La Rnate aproorall^é, en mai 1846, un nouveau codé établi sur les eootumes antérieures , mais qui en est cependant indépendant. Le knout y est aboli, et toutes les autres peines s*y trpUTent lidoueies. •
Le code commercial français a emprunté des titres entien h l'ordonnance maritime de 1681 . Napoléon contribua beaoeoap à le répandre, et plusieurs peuples de TEurope de rAmériqne Tadoptèrent, même a(>rès la chute de Tempereur. Brème, Ham* bourg, Lubeck ont des codes particuliers. UÉdit poUUqut de navigation^ promulgué par Marie-Thérèse pour les ports autrichiens, n'a trait qu'à la discipline. Il paraîtrait que le code maritime de la Suède a beaucoup emprunté aux vieilles eootumes Scandinaves. Les autres peuples ont aussi leurs codes de commerce, sauf r Angleterre et les Ëtats-Unis, c'est-à-dire les^ nations les plus commerçantes du monde : élies préfèrent s'a temr aux jugements d'OIeron et de Wisby , et aux précédents de leur jurisprudence. Des écrivains anglais nous ont fait connaître le code maritime de la Malésie, dont les di^[)06itions s'écartent peu de celles de la justice européenne.
Tous les peuples demandent des améliorations à leur législation pénale ; l'Angleterre elle-même, où la loi est tout et où les principes ne sont rien, lutte pour rajeunir les vieilles lois. La distinction s'établit partout entre le pouvoir administratif et ie pouvoir judiciaire, que Ton rend indépendant et inamovible. Le ministère public s'y introduit également, et l'on établit divers degrés d'appel qui fixent un terme aux procès. On distingue le délit de la transgression, la tentative de ^exécution ; aijoutons ù ces améliorations frappantes la publicité des débats , les arrêts motivés , les jugements par jurés, la rédaction des lois dans la langue vulgaire, et enfin la précision des châtiments.
Le prévenu dans les prisons n'est plus confondu atec le condamné, l'adulte avec l'enfant ; et celui .qui a subi sa peine n'est plus livré à l'arbitraire de la police , mais conGé au patronage de personnes pieuses et sages. On s'efforce d'enlever au5 châtiments \e e^t^içxèi^ d^ xeii^eance^ pour leur donner celui
d'expiation, en rendant aux coupables le sentiment de leur dignité. Beaucoup de publicistes se sont élevés contre la peine de mort ; et peut-être n'est-ce que Timperfection de nos moyens de répression qui la fait conserver. L'Angleterre Ta restreinte « en 1837, à un très-petit nombre de crimes; et , en 1841 , elle en a excepté aussi les crimes d'État.
Dans les armées même, les châtiments échappent à l'arbitraire : le soldat est soumis à un jugement; on abolit les châtiments corporels, qui avilissent; et la peine do mort n'est plus prononcée pour désertion en temps de paix.
Mais depuis la destruction des anciennes corporations, qui constituaient entre leurs membres une espèce de surveillance réciproque, cette surveillance a dû se concentrer dans la police. Cette institution a donc pris une grande importance, et empiète parfois sur les attributions du pouvoir judiciaire.
La centralisation du pouvoir, et le besoin de connaître avec certitude les ressources d'tin pays , ont donné naissance à la statistique, qui est l'énumération des faits qui peuvent éclairer l'administration publique*, l'inventaire des forces d'une nation. Déjà elle avait grandi sous Napoléon, qui n'en -prit pas ombrage , attendu qu'on peut faire dire à des diiffres tout ce qu'on veut. Quelques-uns en ont abusé depuis, et en l'exagérant ont voulu, constituer comme essence de la science économique ce qui n'en était que l'instrument: ils sont tombés dans le frivole et dans le ridicule. On appuya d'un grand appareil de chiffres les maximes les plus absurdes < ; ce qui est venu en aide au matérialisme de l'administration, pour qui l'homme n'est pas un être intelligent, mais une machine qui produit ou ne produit pas.
Melchior Gioia, collecteur infatigable de faits arbitraires, dont il ne vérifiait pas la source, exposa, dans la Phiiosophie de la statistique, des tableaux où devraient figurer, dans sept catégories , tous les faits et tous les objets de la société, comme s'il était possible de ramener tout au nombre et à la mesure. T.e même écrivain a réuni sur -tous les objets possibles, dans
* " Depuis dix ans, disait Garnier-Pag^ a la chambre des députés, l'art i\vs c.liirrres est la langue du mensonge. »
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son Prospectus des sciences économiques ^ les pensées dei uges, les opinions et les usages des peuples, les actes dei gouveraennents. Sa délinition de la statistique,-* descriptiOD éronomique des nations, » n*est pas satisfaisante ^ car cette science doit dresser le calcul si complexe des forces politiqses, et arriver à marquer le degré de la vie sociale, ou Ja ?éntible puissance intérieure. . .
La Grèce antique, qui tenait peu de place dans le monde, n^en était pas moins une chose immense; Athènes, qui était pea par le nombre de ses habitants, était beaucoup parses oeuvres : cela prouve qu*il y a des forces qui échappent à rarithmétiqiie, forces qui ne peuvent ni se toucher ni se mesurer. Deux colonnes de chiffres ne suffisent pas pour déterminer la condition d*un peuple , puisqu'une grande somme de richesses peut exister avec la dernière dégradation du ciiractère - moral : en effet, rhomme n'est pas seulement un être physique et intellectuel, et sa partie morale échappe au creuset de la statistique. Que dire ensuite lorsque les chiffres sont établis d*après TopinioD de celui qui les recueille, et non l'opinion d'après les cliiffres?
La statistique doit réunir et condenser eu chiffres les faits qui doivent avoir pour résultats des théories. On n'aborde aujourd'hui aucune grave question d'économie politique , sans s'être livré préalablement à des recherches sérieuses sur les faits qui s'y rapportent. On connaît par la statistique les dépenses et les recettes, ainsi que les comptes de la justice civile et criminelle, e'est-à dire la fortune publique et les mpcurs , l'enseignement primaire , les dépenses des communes , l'entrée et la sortie des marchandises , les productions du sol, et ceUes<les mines. C'est un inventaire du présent , au profit de l'avenir.
•Dès le temps d'Aristote et de Xénoplion, les questions économiques préoccupèrent les philosophes. Néanmoins l'activité industrielle ne pouvait être très-grande chez les anciens , où la vie privée était subordonnée à la vie publique, où la première pen.*?ée du citoyen était pour l'État, et la seconde pour luimême. De même dans le moyen âge , quand la religion était la première affaire des États et des individus, l'économie sociale ne pouvait prendre un gcand essor. ]\f ais, au temps présent , la
richesse est devenue la conditioD noD-seulement du bien-être matériel , mais aussi de la dignité personnelle, de Tindépendanee, du développement intellectuel et social.
On connaît Taxiome de Quesnay : La terre ne produirait pas sans travail; donc le travail est la véritable richesse. C'est grâce au travail que la terre rapporte régulièrement, abondamment, et que les manufactures fleurissent; le travail annuel d'une nation est la source des produits nécessaires à la consommation, aussi bien que de ceux au moyen desquels on se procure les produits des autres pays. En effet, la richesse consiste dans la valeur échangeable des choses : celui-là est le plus riche qui produit le plus, ou qui possède des objets auxquels le travail donne une utilité qu'ils n'auraient pas autrement. La valeur échangeable diffère de la valeur utile , en ce qu'on peut avec la première se procurer beaucoup de choses, et que la seconde ne peut flgurer comme matière à échange. Qu'y a-t*il de plus utile que l'eau ? On ne peut cependant en faire l'objet d'un échange; tandis que le diamant, qui est si peu utile , peut servir à acheter beaucoup de marchandises. Le rapport entre deux valeurs échangeables exprimé en une valeur convenue, à laquelle on donne le nom de monnaie, s'appelle prix. Le prix nominal diffèredu prix réel, qui représente ce que les choses ont coûté de travail ; diverses circonstances peuvent faire que le prix courant s'éloigne du prix naturel , et trois éléments concourent à l'établir; car il faut ajouter au re» venu de la terre qui a fourni la matière première , le salaire de l'ouvrier et le bénéûce de l'entrepreneur.
Smith laisse une grande part à la terre ainsi qu'aux produits accumulés des richesses créées par le travail : une partie se consomme immédiatement , une partie s'accumule par l'économie et par l'épargne , ce qui constitue les capitaux , qui ne sont pas seulement l'or et l'argent , mais toute richesse quelconque résultant du travail , surtout quand cette richesse est employée à en créer d'autres par un travail nouveau. Le capital est Jixe s'il se transforme en ustensiles ; il est circulant s'il sert à payer le salaire des ouvriers et a acheter des matières premières. Améliorez-vous votre fonds? c'est un capital iixe; Tar*