‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 71 sur 82 · JIIST. DE CENT ANS. — T. IV · texte numérisé non relu

JIIST. DE CENT ANS. — T. IV

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f;(Mit et les livres sont un onpitnl circulant. Mais, dans les comitinaisons par lr.s(pipllrs les produits du travail s'échangent entre eux au moyen <le Tardent, qui réglera le prix -des choses? I,a demande et l'offre. '

Smith nous a donné la meilleure analyse du travail : selon lui, les pro<rrès de cet élément de'ricliesse sont en proportion de sa subdivision, de sorte que les machines deviennent les hienfaitrices de l'humanité , malgré leurs inconvénients passagers. La richesse peut donc i^tre créée, accrue, conservée, aceunnilée , détruite ; la stérilité du travail est une erreur, et les classes manufacturières échappent à la prédominance des classes agricoles.

Passant ensuite aux revenus de TÉtat comme corps politique, Smith détermine à quelles dépenses la société entière doit contribuer, quelles sont celles qui doivent peser seulement sur certaines classes, et quels sont les avantages du système colonial. Quiconque est apte à créer des valeurs doit fi ri^itat des subsides et des taxes, en retour de la liberté de son travail ; il n'est plus de professions stériles dès qu'elles peuvent donner aux choses une valeur échangeable au moyen du travail. Choeun peut donc acquérir l'indépendance; récononrie devient une vertu active, et le champ des valeurs échangeables est infini. Les premiers économistes avaient attribué aux gouvernements une part telle qu'ils faisaient de leur science et de la politique deux choses synonymes; au contraire, Smith veut que le gouvernement reste passif. Supprimez les entraves , et les capitaux préféreront toujours l'emploi qui profilera le plus à l'industrie nationale. La paix, des taxes supportables, la justice, sufYîsent pour porter un peuple de la barbarie à la plus haute civilisation. 1/intérèt individuel est le mobile de chacun, et la concurrence , le meilleur des stimulants. L'égoïsme est donc le fond (le son système ; c'est par l'ésoisnie qu'on travaille, qu'on invente, qu'on, fait des efforts pour améliorer sa condition. One chacun s'ingjénie de son mieux, et cette activité de tous suffira à la prospérité et à la richesse de la nation : en con.séquenee, liberté absolue, concurrence, émulation. Smith opposait ces théories a\\\\A\\?>\QQ,T5ktesv sans prendre leur ton dogma-

tique, mais simplement) et en tirant ses exemples des objets les plus usuels. SMI ne fut pas toujours rigoureux dans ses conséquences; si, en combattant des "erreurs enracinées, il tomba quelquefois dans d'autres excès ; s'il n'apprécia pas toute l'importance de la terre et des capitaux; s'il ne donna pas la théorie la plus exacte des machines ; si , épris des valeurs échangeables, il ne songea pas aux valeurs morales, qui sont la gloire, l'ornement des nations, et s'il négligea les médecins, les avocats, les prêtres, les magistrats, sans s'apercevoir que le talent est un capital accumulé , il faut le lui pardonner, eu considération des difGcultés qu'il rencontra , et de l'inexpérience qu'avaient montrée ses prédécesseurs. Il se laissa surtout abuser par la philosophie écossaise , qui cherchait à suppléer, par la méthode, au défaut de principes , et à combler par l'expérience le vide laissé par le sensualisme de Locke.

En outre, ni Smith ni ses disciples ne s'inquiétaient^ dans la libre création des richesses, si elles. tournent au détriment des pauvres ; aussi l'Angleterre , qui fit l'application la plus large de sa concurrence universelle , se trouva-t-eHe accablée sous la masse de ses prolétaires indigents. Depuis qu'à cette avidité de l'intérêt privé est venue s'ajouter la puissance énorme des machines à vapeur, on s'est demandé de plus en plus si le monde a beaucoup gagné à cette création de richesses , qui , sans frein de justice ni de morale , plonge dans la misère une multitude de gens ; tandis que les richesses, pour être un bienfait réel, demanderaient à se trouver également réparties entre tous les producteurs. Heureusement la position de r Angleterre, sur laquelle Smith a fondé ses doctrines , ne4sera jamais celle de toute l'Europe. Non , l'homme n'est pas destiné à ce travail solitaire , à cette hostilité de la paix ; et nous avons la confiance que V association sera substituée un jour à la co/zcurrence.

Les doctrines de Smith pénétrèrent rapidement dans la pratique, firent tomber beaucoup d'entraves, donnèrent une meilleure idée des colonies, réveillèrent le crédit public , et réduisirent les balances de commerce et les systèmes restrictifs, non moins que les théories des physiocrates , à n'être plus que des

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errain historiques. Ces vieilles théories avaient pourtant profité à 1« France, car cette natîoii sympathique ne pouvait, siinsi qw Smith, concevoir sa mission eidueivemeot oomine Qv'marehand, k qui il sufBt de réaliser de gros bénéfieev. EHe voulut effacer les restes de la féodalité, et la nuit du 4 août-t78Q fit opérer plus de réformes que n*avaien( osé bd- réélamer les économistes. On débattit longuement la question de savoir su quelle classe il fallait foire peser l'impAt; l'éoole de Quêmy avait adopté une définition trop étrdtede la valeur, et elle-airin à des idées exclusives ou fausses , en foisant loat peaer sur U terre, comme Tunique source des richesses. La Révolution , qui appliquait la doctrine de ces économistes , aeoihla d'impAb ki propriétés foncières, et laissa perdre à la natioii ce qu*cUi aurait pu tirer, à 9on grand profit, dea capitaux et de rindo»* trie. 11 follut donc forcément émettre des assignats sur les faieu du dei^é et des émigrés. Mais comme cette resBouree iie poih vait suffire pour résister à toute TEurope , on eut recsours à àm .expédients ruineux , auxquels , disait-on, on était contraint pv le salut public. L'argent fut prohibé, pour donner cours aux assignats ; la valeur s'en étant accrue , on prétendit fixer le maximum des prix ; et alors les marchandises et les denrées disparurent à leur tour. Les violences qui suivirent ces mesures obligèrent à prendre des partis désastreux < Mais Napoléon luimême appelait le système continental un retour à la barbarie ' ; et ses erreurs en économie politique lui furent plus nm* sibles que ses erreurs d'ambition.

Tandis que la France démocratique pesait sur la propriété foncière, en Angleterre raristperatie grevait les impôts indirects. Dans ce pays toutefois s'étaient. créés la grande industrie, le crédit moderne, la dette consolidée , puis la dette- flottante, par rémission des bons du trésor, qui , dans des temps calmes, devinrent pour les États des expédients très-commodes, en les dispensant de conserver Targent improductif pour des besoins

* n II nous a coûté de revenir , après tant d'années de civilisation, aux principes qui caractérisent la barbarie des premiers âges des natiotis. » Message dn 21 novembre 1806.

imprévus. Or, l'Angleterre , ^vec son commerce Immense, avec ses colonies , avec sa libre discussion , était le pays le plus propre à produire des théories, et à les autoriser par une vaste pratique. Les esprits pénétrants -virent la fausseté du système commercial en vigueur, qui considère Vargent comme Tunique richesse , et tend à en attirer la plus grande somme possible en vendant beaucoup et en achetant peu ; système sur lequel étaient basées les lois de douanes de toute l'Europe.

Le crédit rapproche les deux éléments , trop souvent divisés, de toute production, le capital et le travail : il fait que les capitaux , quoique employés, peuvent encore concourir utilement à d'autres entreprises ; et le crédit anticipe sur l'avenir. C'est au crédit qu'est due la supériorité de l'Angleterre ; les banques sont le crédit élevé à sa suprême puissance. Henri Thomton entreprit de justifier la suspension des payements de la banque, d'après ce principe quela circulation profite également , soit en numéraire , soit en effets , et que les banques peuvent fàivoriser indéfiniment le travail et multiplier la production sans recourir au numéraire , pourvu que les émissions soient modérées. Pitt soutint que le capital fictif , créé par le prêt, se transformait en capital fixe , et devenait par là aussi avantageux au public que si un nouveau trésor était ajouté à la fortune publique : c'est là une absurdité , et pourtant quelle force prodigieuse en résulta !

Mais lorsqu'en 1810 les efforts de la Grande-Bretagne contre Napoléon eurent porté l'État à des dépenses énormes, et démesurénient accru le prix des denrées , Cobbett lança son opuscule intitulé le Papier contre l'or, ou Mystères de la banque (T Angleterre : chef-d'œuvre de bon sens , soutenu par une logique inflexible , à l'aide de laquelle il pénètre les questions les plus épineuses, et dévoile les tromperies du gouvernement en matières de finances.

Ricardo lui vint scientifiquement en aide ( Du haut prix des denrées, 1809), en prouvant que la hausse et la baisse du cours étaient des termes relatifs, et que le cours, tant qu'il ne circule que des monnaies d'or et d'argent ou du papier conversible en numéraire, ne pouvait hausser ou baisser plus que dans

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les autres pays , au delà de ce qui est nécessaire pour les frais de transport de Targeiit et des lingots. Si au contraire les billets ne sont pas conversibles , ils ne sont pas reçus au dehors, et dès lors la baisse quils éprouvent indique une émission excessive. Or, il projeta une banque où les billets seraient, échangéi, non contre de l'argent , mais contre des métaux ; ce qui conciliait la sûreté des porteurs et celle de la banque, en éritant les frais de monnayage et le danger des réclamations instantanées. L'expérience n'en a pas été faite jusquMci. • Le même écrivain soutint ensuite (1817), dans les Principes de Nconomie politique et de r impôt, toujours avec 'des formules abstraites et algébriques , que le revenu est indépendsDt des dépenses de production, et que la bausse des salaires diminue les bénéfices , mais non le prix des denrées, et vice versa. Les salaires, selon lui , et par suite les bénéflces, sont déterminés par les frais de production de ce qui est nécessaire à la consommation de l'ouvrier. Quelque chers que soient ces objets, l'ouvrier doit toujours en recevoir autant qu'il lui en faut pour vivre , lui et sa famille. Cette théorie a été combattue ; mais elle a amené de belles idées sur les bénéGces , les salaires , les produits bruts , l'influence des taxes sur la production.

Comme il est constant que la modération des désirs ne provoque pas la production , Ricardo a prétendu que , pour rendre un peuple actif et industrieux , il fallait accroître le nombre de ses besoins. Il a donc plus en vue la richesse collective des nations que le bien des individus, et il pose ainsi les bases de son système : Déterminer les lois qui règlent la distribution des produits en rentes, bénéfices, salaires y tel est le problème capital de V économie politique. L'objet de son ouvrage est de le résoudre , et c'est aussi le but que se sfont proposé James Mill et Torrens.

Mac-Culloc, qui définit l'économie politique « la science des valeurs , » modifia les idées de Ricardo, tout en les rendant plus populaires ; il adopte aussi l'inflexible absolutisme du système manufacturier, sans égard pour les travailleurs : la plus grande féUdVé eow^\sl<i^ik ses yeux, dans la plus grande richesse

sociale ; d'où la nécessité de lois qui en règlent la distribution.

Ainsi voilà Téconomie publique tout àfait matérielle: Thomme est une machine de travail , les nations sont autant de manufactures; le monde est régi par la fatalité des lois économiques. L'humanité est-elle broyée sous les roues des machines ? il n'importe. On oublie que Taugmentationdes produits n'est désirable qu'en considération des hommes : on songe à la richesse et à. la prospérité de la nation, mais non à celle des individus.

A coup sûr, depuis que Arkwright et Watt changèrent les conditions du travail en substituant aux bras les machines, les grandes associations ont succédé aux petites manufactures, et tes finances se sont portées sur l'industrie ; c'est-à-dire qu'elles ont aggravé de plus en plus les impôts indirects, qui forment même l'unique revenu dans certains pays , comme aux États- Unis et en Angleterre. Mais quelques-uns s'aperçurent que si les prohibitions accroissent la production , elles mettent toutefois obstacle à la consommation. S'opiniâtrer à fabriquer ce qu'on peut se procurer à meilleur marché est une faute semblable à celle de l'Espagne, qui seonina pour multiplier l'or, qui faisait augmenter les produits manufacturés de la Flandre. La prospérité à laquelle étaient parvenus les États-Unis , où l'industrie et les manufactures n'étaient ni favorisées ni protégées , démentait l'école protectionniste, ainsi que le régmie colonial, et démontrait que les balances du commerce étaient fausses, et les lois protectrices, imprévoyantes. En conséquence , le ministre Huskisson attaqua la prohibition « à l'aide, disait-il, de ces changements graduels et pondérés qui,. dans une société d'une forme ancienne et compliquée, sont les préservatifs les plus convenables contre les innovations imprudentes et dangereuses. » Il affranchit donc la navigation et l'entrée des soies étrangères ; aux objections des uns il opposa celles des autres , et démontra par liB fait que rabaissement des taxes profite à l'État. Son triomphe fut si complet , que peu d'années après on proposait d'employer Iç canon pour iaire adopter partout la liberté.

Henri Parnell , qui vint après lui , passe en revue, dans sa Réforme financière y le système ^nomiqiie anglais, et les

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germes d'améliorations dont il e«t suceptible en fiait de dousKt et d'intérêts commerciaux. Les Anglais ont le fprand avanta^B d'apporter dans les systèmes une expérience qui leur sert à dktinguer les idées pratiques des illusions passioanéee, et de voit les réformes triompher dans Topimcm avant 4'êtr0 diaeidées, m parlement, dont tout le rtie consiste alors à 'décider' des qoes: tîQns dé{à bien débattues. Cest ainsi que le ministère de Robert Peel put affranchir des droits de douane une partie oonsdétéb\t d(és marchandises; et Ton en vint à. defnander.binttt qu'il en fût de même pour le reste. Les. partisans de h liberté du commerce formèrent en peu d'années un parti, qui prit 1« dessus sur les deux partis anciens; on le vit .lëiinir dans vm soirée 15 millions de francs pour tenir tête à Faristocntie; s'appuyant sur le peuple, il a le sentiment de ses bésoinset ihiorise ses réclamations. Ce pays, qui devait sa grandeur, séralain au système prohibitif, qui avait repoussé si longtemps tfiôto marchandise importée sous pavillon étranger, s'est 'décidé (1860) à abolir tout privilège. de navigation ; il a ouvert ses parti et ceux de ses colonies à tous les produits et à tous les (nfd- Ions.

Ainsi , un principe opposé à celui qui a dominé jusqu'ici est proclamé, celui de la libre concurrence entra les nations. Cependant les lois prohibitives ressuscitent dans la ligue douanière de l'Allemagne. Dans cet autre pays, les matières premières sont exemptes de droits; une taxe légère frappe celles qui, ayant été à demi ouvrées , servent au travail ; mais les objets manufacturés y sont grevés de droits très-lourds ; les denrées intertropicales y sont asssujetties à diverses taxes '..L'a-

' Le thé paye 36 pour cent ,' le sucre 50, ce qi^i a fait beaucoop augmenter le sucre de beUerave ; le riz 25, les tabacs 60, etc. ITauraitil pas été plus opportun de faire des arrangements avec l'Amérique, d'autant que FAlleina^ne, qui n'a pas de colonies, n'a pas de monopole à protéger,' et qu'elle aurait pu obtenir ^ bas prix ces denrées, pour les répandre dans toute l'£uro|)e? On évalue la consommation du sncre, dans les pays civilisés, à trois kilogrammes par tête. Or, l'Anglais Frédéric Sciieer a calculé que l'Europe, les États-Unis» le Canada, en ont consommé , en W\%^ S4G millions de kilogrammes. La consommatiOB,

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vantage intérieur fut très-grand. Le revenu net, cfui avait été dans la première année de 45 millions et demi , s*éleva presque à 87 millions en 1843 , défalcation faite des frais de perception. Dans la première année , la ligue comprenait 23 millions dlndividus; on avait donc gagné 1,94 par tête : en 1843, il y en avait 23 millions et demi , ce qui donnait 3 fr. 11 par tête. La population, indépendamment de Taugmentation des personnes employées , trouve donc son avantage dans Taccroissenient des salaires et des industries, et dans la plus-value des propriétés.

Les restrictions sont-elles donc avantageuses ? La ligue anglaise contre les douanes est-elle donc absurde? Voilà les^ faits à Fappui des deux théories : Tavenir décidera entre.elles.

Cest à Jean-Baptiste Say (1767-1832) que la France fut redevable de Fimportation des théories, anglaises. 11 érigea en principes ee qui pour Smith avait été des preuves, et en propositions générales les simples conséquences. 11 accepte ee qui est comme droit, et relègue à Téeartles questions abstraites r n'ayant que Tobservation des faits pour théorie, il réduit la science à Tempirisme , et loi donne son passé pour avenir. L'économie politique e^ pour lui la science de la producti<Hi , de la distribution et de la consommation des richesses'. Il combat le système exclusif et colonial , en démontrant que les nations payent les produits avec les produits, et que toute \ot qui entrave rachat entrave la vente. Si donc la récolte est mauvaise dans un pays , les manufactures s'en ressentent ; si un pays prospère , ses voisins en profitent >, ou par les demandes qu'il

dans la Grande-Bretagne , est de 8,4e par tête, de 8 dans les États- Unis, de 5,41 en Hollande, de 3,61 en France, de 1,20 en Autriche^ de 3 dans le reste de TAlIemagne ; de 0,77 en Russie. En supprimant les entraves, la consommation décuplerait peut-être^

' il est vrai quMl a avoué depuis que cette manière de voir était trop restreinte, et que la science doit embrasser tout le système social ; mais, dans la pratique, il ne s'écarta pas de ses premières données.

' On peut juger à quel point il s'éloigne de VolUire, qui écrivait : « Telle est la condiUon humaine, que souhaiter la grandeur de son pays, c'est ^uhaitef du mal à ses voisins... Il est clair qu'un pays ne penl gagner sans qu'un autre ne perde. » Dktionn. pMlosoph,t Patrie.

9Êê tCIIHCIS MCIAftBti:

fait , OU par le bon mardié qai en léivlle. Q«*«i eenèteei ie Dvire lédproqiKflMDt : ph» dé guenvo, fifiet pour le Taiuqueor; la politique habile fiewaiile à ae BUtneUement la iiiatii,dkux uatioiiiilairt entieefla àmoL piMnoea. Qu'elles eniplolest doue lena fbreea à draguer la nature, et à en tirer la rieheaae qaà. «t Moroa da k puiaaanee.

Quant aui elaam pauvrea, Say ne ifen iiiqidèle pua, et» foirf admirateur de llnduttrie anglaiie, il ne so doute pua dea anai cauaéa par une eoneorrenee sana frein. Si lot ricJioaaea-aantli produit deYinduatrie de rbonime eomlrànéé atee lot muait » turela et avee lea capitaux; la nation qui po^aédran le plua éi machinée aéra la plua riche. L*entreprmeuir et le eapUaUMe oont tout; le travailleur n*eat rien. Se faiaant «m arme, aoua h Reatauration , dea doetrinea agreiaivea du libéraiieme , il déaigrait le gouvernement , et repouaaait toute interventieii dé m pert dana Tindustrie et lea travaux publiée; il voulait fi'ai e*en remit de tout à Fintérét individuel. Ceat adan ee qu%iril voulu Smith, qui réduit le rôle do gouvernement à une pars aurveillanee, et n'entend pas qu*il dépense rien ni pour lecaltt, ai pour les beaux-arts , ni pour la charité.

' Les économistes kvaient donc démontré comment se produisent et se consomment 1^ richesses. Mais pourquoi ne soatelles pas également distribuées dans la société? Pourquoi taat de misère ? Le mal vieot-il de la nature, ou de la aociété ? Peuton y trouver un remède? La Révolution, passionnée pour lei abstractions et les déclamations, ne comprit pas qu'il y avait mieux à -faire qu'à renverser les privilèges et à discuter les institutions; que la déclaration des droits réclamait une orgaoi* sation sociale qui en rendît la^ jouissance possible; que les citoyens , une fois déclarés libres et égaux des réformes économiques, étaient nécessaires pour soustraire le peuple à la tyrannie de la faim , plus indomptable que celle des rois. Barrère avait dit à la tribune que a les pauvres sont les puissances de la terre, et ont droit de parler en maîtres aux gOMvernements qui les oppriment ; » et, en conséquence de ces abstractions, on eut recours à des moyens inouïs pour soulager la misère,

jusqu'à lui donner droit à une rente de 160 francs par tête : remède aussi vain que le furent la guerre, le maximum, les emprunts forcés, la banqueroute, Tabolition des contributions indirectes, et la guillotine \ la tourbe des pauvres ne diminua pas. La science se fatigue inutilement sur ce terrible problème. Guillaume Godwin (1793), nouveau Rousseau, en accuse, dans sa Justice politique , les institutions sociales. 11 faut détruire les gouvernements, la religion , la propriété^ les mariages; introduire une égalité où les riches ne soient que les adnrinistrateurs du bien d'autrui , et où Ton considère comme injuste toute jouissance dont un membre quelconque serait exclu.

Robert Malthus (1786-1836), au contraire {Essai sur te principe de la population ), trouve l6 vice non dans la société, mais dans les individus, surtout dans Tignorance et la dégradation des basses classes ; et il nous endurcit aux soufifrances de nos semblables , en les regardant comme mérkées. Il déduisit , des recherches de Hume , de Wallace , de Smith , de Price, que Tespèce humaine multiplie en propoirtion géométrique, et les moyens de Tentretenir en raison arithmétique; d'où il suit qu'ils deviendraient insuffisants , si les maladies et les guerres n'y pourvoyaient. Si le vice et la misère augmentent avec la population, que restera- t-il à faire à la société, sinon d'exclure du banquet de la vie tous ceux qui s'y présentent lorsque les places sont déjà occupées ? Il faut donc ne distribuer ni aumônes , ni encouragement; il ne faut pas nourrir les enfants trouvés, ni fournir de subsides qui multiplient les malheureux en encouraj^eant l'oisiveté. Tourbe misérable , qui assiégez les portes du linancier en demandant l'aumône, ou le comptoir du manufacturier en sollicitant du travail , videz la place, vous gênez ! la place est aux plus riches. Prétendriez-vous qu'au moins les douceurs. du mariage, de la paternité vous ont été accordées p«'ir le ciel , et que la société ne peut vous les enlever? Nullement. Il faut qu'il vous soit défendu d'engendrer ; que la nature reste chargée du soin de vous punir du crime d'indigence. (Jue riicrédité et les privilèges, au contraire, soient sacrés, pui.squc régalité ne ferait qu'augmenterles crimes et la misère.

Jofnais, depuis le Cnrist,on n'avait condamné aussi effronté-

300 ' ; -fcinicit •oGiAus.

ment la charité, et râiabRité la peito, la giMrre •! touft tat fl^ Halthosy fut poiMsé |W te déskd'M9igiMrà Ja oiîaèn^ unique, tandû que cet causes lont.loi^oun eompleièa; f absoudre par antidiMtiohiés gouvememeota, et de prendre foér naturels les abus d'un état social et induatrM eontnân'ssi lois régulières de la poimlatioa. Il eiagéra. la ivoportioadtfi laquelle elle se multiplie, en eoftpruntast à TAniériqae « points de comparaison > ; il ne vît parque iea popalationlsoit auijourd'hui plus nombreuses, et pourtant mieoi noosin, mieux Têtues qu^autreiofs, et que Taugmentatioa dea bescÉa stimule Tindustrie , et aide à triompher de la iuftiire.. OoodîhB de pays encore inhabités ou incultes reperroot rexcédànt éi ceux qui sont à naître r Le commerce ne remédie-t-il pas.à nisuffisance de Fagriculture? - ^

Des théories qui mettaient les inégalitéa aocinlea aous biaivegarde de la Providence ne pouvaient manquer dctaonrirsasi heureux du siècle, et parurent jusâfiéea ppr Iea emèajde laBèvolution. En Angleterre^ ceux qui demandai$iit qu*eii diminsll les secours légaux aux pauvres ne manquèrent paa de a'en Mn une arme. C'est fort bien; mais il faudrait auparavant renverser les obstacles et les institutions qui empêchent- la richesse des grands de descendre jusqu'aux pauvres, même après aVoirsupprinîé les lois qui empêchaient l'homme laborieux de deveoir propriétaire.

Du reste, les Anglais seuls érigèrent réeçnomie en véritable science , et dans les limites hors desquelles il ne reste que LV topie* la spéculation. Elle ne fut traitée ailleurs que d'une manière cplectique, et on l'appliqua aux besoins de chaque peuple, sans. s'élever à Tidéal : ainsi Ganilh pour la France, Merwal pour la question des colonies, de Laborde pour celle des associations, Naville pour la charité légale; Flores, Estrada, UUoa, Pebr-er, Ramond de la Sagra, pour l'Espagne; Kluitet Quételet, pour la Hollande et la Belgique; pour la Russie»

' L'Américain ËTerett, réfutant et Godwin et Malthus (1828), prétciul , au contraire, démontrer que là ou la population s'accroît coam» 1, .*{, 4, 6, l«;s ressources augrjncntent comme 1, 10, 100, 1000.

Henri Storch, qui apprécie magistralement le travail des esclaves , source pour cet empire d'une si grande richesse nationale.

Les Italiens n'eurent guère à s'occuper des sciences économiques, sinon historiquement ■ ; et, comme dans les siècles précédents , ils furent plutôt administrateurs et économistes politiques que plîilosophes. Romagnosi forma une école qui s'appuyait sûr la jurisprudence. Melchior Gioia ( 1767-1829 ), sectateur de Bentham dans l'économie, de Locke dans la logique, a dit : lierkercfier les faiU, voir ce qui en résulte, voilà la philoso* phie. Les sciences ne sont que le résultat défaits enchaînés, de telle sorte que Vintèlligenceen soU facile, et le souvenir durable. Il nesat donc donner qu'une philosophie ^Igaire : il observa les pliénomènes sans en rechercher les causes ; après avoir émis un fait , sans même qu'il s'inquiète parfois de le prouver, il en déduit une théorie. Pour lui, la morale est la science du bonheur, et le bonheur est la somme des sensations agréables, soustraction faite du chiffre des sensations pénibles : « Lois, droits, devoirs, contrats, crimes, vertus, ne sont que des additions, des soustractions, des multiplications, des divisions de plaisirs et de douleurs. La législation civile et pénale n'est que l'arithmétique de ta sensibilité >. Les discours comme les actions sont subordonnés à la loi générale de la plus grande utilité et du moindre dommage ^ ; et une bonne digestion vaut mieux que cent ansdMmmortalité 4. » Bn conséquence, il méprise le peuple, préfère les grands manufacturiers aux petits, les grandes propriétés aux médiocres ; il proclame la tyrannie administrative , et ne traite ni des institutions politiques, ni des rapports entre Téco-

' Nous citerons-la Raccolta degU eeonûmisti, publiée par le baron Ciistodi ; la Sloria dell' economia publica in Italia, de G. Pecchio, résumé de Touvragc précédent; et le récent travail de L. Biancliini, Delta scienza del ben vivcte sociale, e dcU* economia degli Stali; Palerme, 1845. Les étrangers ont appris de Pecchio qu'en cette matière « il n^avait été rien produit en Italie dans l'espace de trente ans. »

* Pré/ace au Traité du divorce.

^ Mcriie et Hécompense^ t. I, p. ?.31.

•• Auovo Galatro, p. 35o.

303 KIBICSS •Or.l41.CT,

nomû! et la lëgislaHop, non plus que des ^aancw ni 4ufMi(ié' ritiM. Dam MéfiU et Rècompenêe, il fmt qut l'œil- di l'a»* torité pénètre jusque dan^ le foyer domettiqne '.

Miit taudis que Bitlthus s'élèTe eootrata eaCmti j^ntaÉtent sans moyens d*eiistenoe, et-eonseillé patanMUementkcAilnt am deux tiers du genre humain ;> tandis qpm Rienido eakile dans son cabinet eombian il font saerifier d« vieHneft tte eoa- Gurrence, les sentiments dtieimaiiîlé remppilnjiift chevd*» 1 très; surtout lorsqu'aux embarras-de la gnmrn aveeédénit ceux de la paix, et qu'à la suite des changeoaeiiii'.uppatt^ fsr la Rié?oluti<» 9 ^n^arurent ceux des maehines, plnagiMdB» core, et surtout inattendus.

Tant que rbomme avait eu unmattn* il avait fngsuuOiii de la ftûm, non. fdus que le diiea ou le cheval» A mnsnra qsi rindépendance s'aoorur, bi pauTrelé • eugmenta ; les eaipénrtiofis d*art8 et métiers une. Ibis dissonles; cbaevD se tram isolé; les pauvres de laoampa^iQ. qui avaleiftt aiitrtfiMf dssi asiles, le château et le couvent, lorsque Am ^ rairtielQraft abattus^ afiQuèrent dans les* villes. Partout joù la RévolaliflB passa, elle détruisit les institutions de charité, de même q» les institutions populaires. Mais c'est dans les pays surtout où ëoniînent le crédit et les manufÎBictures, qu*apparatt plus cette plaie dévorante de la mendicité ; Tindiistrie fait que les ouvriers les moins habiles suffisent au travail, et qu'on les préfère, parce qu'ils.sont moins chers, : ils n'6iit|rftf en conséquence (i*état régulier, et se trouvent facileaiOBt rédwli n rinaction , c'est-à-dire à la misère. .

Leis gouvernements ont compris que c'est pour eux non-seuiement un devoir, mais une nécessité, de relever les classes laborieuses. Ils ont donc cherché des remèdes au mal, mais au hasard ; et ils ont voulu leur donner 1 location, avant de Icff avoir assuré le travail.

■ Voici le jugement qu^en (iortait Romagnosi : '< L'écononoJe poSfi* que, telle qu'elle est exposée aujourd'hui, prend un. •air de t/amM mesquine et tyrannique, dans laquelle se trouve ouhliée la partie la H* précieuse âe Va cV\at\lé elde la dignité de Tespèce humaine. »

Sismondi, appliquant le bon sens à la science sociale, s'éleva contre les abus des doctrines industrielles , en demaiulant grâce aux banquiers et aux machines, pour les souffrances de& hommes. Les moyens économiques de la production sont un bien social quand la consommation y correspond, et quand chaque producteur en retire ce qu'il en obtenait avant que cette économie fût introduite , c'eàt-à-dire quand elle rend réellement un produit plus considérable. Mais la concurrence, qui est une lutte de tous contre tous, amène Feffet opposé ; elle y ajoute, de plus, de graves complications et de cruelles injustices. Dans, cette guerre faite à la petite industrie par hss gros capitalistes,, ligués avec les banques pour créer dés machines qui multiplient les marchandises, dont Taccumulation occasionne de grandescrises, c'est le peuple qiii souffre. Le conflit des intér^s individuels ne suffit pas à produire le plus grand bien de tous; et les entraves que les anciennes corporations mettaient à Texubé^ rance de la production avaient de salutaires résultats.

Ainsi , tandis que Smith exclut Fintervention du gouverne^ ment dans Findustrie et le commerce, Sismondi rappelle ; i^ repousse la libre concurrence, et soutient que le bien-être physique de rhomme , « en tant qu'il peut être Fœuvre du gouvernement, est Tobjet de Téconomie politique. » Il établit néanmoins, avec d'excellentes intentions, deux classes distinctes, le pauvre et le riche ; il veut la légalité de la bienfaisance, mais il n'indique rien de bien efficace en faveur de ces classes laborieuses auxquelles il est presque le premier, parmi les économistes, qui ait montré un intérêt bienveillant.

U est certain que le peuple jouit aujourd'hui de plus de bienêtre qu'avant l'emploi des grandes machines ; il parcourt des rues plus belles , sa route est éclairée ; il a les chemins de fer, l'enseignement gratuit, l'habillement à bon marché. Les machines, en économisant le temps, épargnent à l'homme les travaux pénibles de la brute , et en exécutent d'autres qui , sans elles, étaient impossibles. Mais l'avidité les rend désastreuses. Du reste^ il est .des maux qui ne guérissent que lentement; et il est facile de les révéler, comme il est toujours aisé de critiquer. Cependant d'autres écrivains répondirent à cet appel fait aiu

sentiment en faveur des classes souffrantes, en accusant de matérialisme récole anglaise, en combattant son but égoïstei en dirigeant enfin la science vers le bieii-étre et le perfectionnement de l'homme , vers ce qui éclaire son intelligence , stimule son activité, et soulage ses maux.

Droz veut que les richesses soient non le but, mais le moyen; le bonheur d'un pays ne dépendant pas, selon lui, de la quantité des produits , mais de la manière dont ils sont répartis. Dunoyer se plaît à exhiber, au contraire, les torts des basses classes, leor imprudence , leur ignorance, l'impossibilité de les contenter : idées dénuées de fondement scientifique. Villeneuve-BargemoBt ne voit de remède que dans la charité chrétienne. En général, l'école des économistes catholiques regarde la misère comme résultant en partie de la condition de l'homme, en partie du vice, et pense qu'il faut, pour y remédier, la parole du prêtre, le repentir du coupable, et la grâce de Dieu.

Eugène Buret, étudiant, non plus la théorie de là richesse^ mais celle dé la misère >, en fit un tableau d'autant plus déchirant qu'il n'inspire pas de défiance, comme tant d'autres ouvrages passionnés sur la pauvreté, sur les classes dangereuses, sur la prostitution. L'Angleterre principalement eut à s'occuper, après la réforme parlementaire, des souffrances de la multitude; et les commissions envoyées en Irlande et dans les villes manufacturières pour y visiter les tristes lieux où vont s*entasser la misère et la malpropreté, révélèrent une telle dégradation de la race humaine , qu'on ne pouvait en être témoin sans chercher à y remédier. Le choléra vint inspirer aux riches la crainte de voir l'infection de ces bouges immondes gagner leurs brillants hôtels ; une insurrection désespérée fut Tœuvre de ces malheureux pour qui la grandeur et la prospérité de la patrie n'existent pas, condamnés qu'ils sont à l'incertitude de l'existence , au travail sans espoir. Alors des milliers de jeunes garçons que l'ivresse et la débauche faisaient chanceler, de

' Eugène Buret; De la misère des classes laborieuses en FYanct et en Angleterre ; de la nature de la misère, de son existence, de sa causes ; de l'insu/ficance des remèdes qu'on lui a opposés jusqnin.

femifies qui ii*avaieiit rien de leur sexe , d'ouvriers qui n'avaient jamais entendu le nom du Clirist, et qui ignoraient souvent leur propre nom , conjurèrent contre ces richesses dont ils sont les premiers artisans \ et, sans qu'un seul eût révélé le secret commun, ils eurent bientôt réduit en cendres l'industrieuse ville de ShefGeld, au cri de a Mieux vaut la mort que la faim ! » Ce système de charité légale, qui ne soulage le corps qu'en abattant l'esprit , avait élevé la taxe des pauvres jusqu'à 4,000 millions de francs annuellement. Cette dépense exorbitante croissait d'année en année, et d'inconcevabks abus en attestaient l'inutilité. On se mit en quête de quelque, autre remède. On substitua à l'aumône que distribuaient les paroisses., des maisons de travail ( work-houses ), où les pauvres furent dirigés de points très-éloignés , pour y peiner comme des bétes de somme, loin de leurs enfants; véritable châtiment infligé à cette pauvreté qui ne dérive pas de la mauvaise conduite, mais de l'inégale répartition des biens. Le gouvernement anglais institua un bureau spécial {poorlaw-board) pour les mesures à prendre relativement aux indigents ; il envoya étudier dans tous les pays les règlements. concernant les pauvres; et l'on trouve . dans l'ouvrage de Porter les précieux résultats de cette enquête, qui toutefois ne produisit pas d'améliorations décisives. t>es colonies de pauvres ont été fondées par la Belgique , la Hollande , la Suisse ; mais elles ont plus coûté qu'elles n'ont rapporté.

Le dernier siècle s'est glorifié d'avoir détruit les maîtrises et ramené l'homme à la liberté, c'est-à-dire à l'isolement qui décharge le riche de Tobligation de donner, et prive le pauvre de la ressource de lui demander assistance ; mais on reconnaît aujourd'hui la nécessité de pourvoir d'une manière quelconque à cette décomposition. On a essayé, dans le comté de Coruouailles, de rapprocher les ouvriers en les intéressant dans le produit des fabriques , comme font les baleiniers anglais , qui répartissent les bénéfices entre les armateurs et les équipages.; on a introduit les assurances et les pensions mutuelles, on a tenté de nouvelles corporations d'une nature purement morale. T^es caisses d'épargne imaginées par Wilberforce, mais qui n'ont guère existé que depuis 1810, sont une garantie de moralité, et

308 BBFORMES £T AMBLIOBATIOMS.

•depuis des siècles, et se reconstitue dans son unité; ce qui lui Ipermettra de séparer entièrement le pouvoir administratif de l'autorité judiciaire. Les pouvoirs aristocratiques ont disparu .avec les anciennes républiques ; les cantons suisses, où il e& avait survécu quelques parties , sont arrivés à Fégalîté ; oiiiOf Iles petites seigneuries vassales se sont effacées, en reconnaisunt rentière souveraineté des princes d*AUemàgne. La révolution, qui concentre les pouvoirs dans les mains de l'administration, se trouvant presque partout aocomplie^ celle qui les restituera à qui de droit se prépare peu à peu ; et maiiitenantqiw les chaînes de l'esclavage sont brisées, il reste à briser la plu terrible de toutes, celle de la misère. Tant de discussions qoi se sont engagées sur l'économie politique et les systèmes sociam prouvent assez que tous veulent avoir part- aux affaires qui concernent tout le inonde. On veut que l'État ne se mêle du travail social que dans les limites de la stricte nécessité ; qu'il considère le droit de tous comme l'unique restrictiod an droit de chacun ; et l'on commence à donner plus d'attention aux libertés réelles qu'aux libertés théoriques.

Les guerres tendent à devenir de plus en plus impossibles ; et on doit espérer qu'elles ne se feront plus pour le caprice des rois , mais seulement pour l'émancipation et le bonheur des peuples. Que si le système, de la paix armée ruine les finances, il ne ruine pas les peuples; car les impôts d'un gouvernement régulier, quelque lourds qu'ils soient, n'équivalent pas^ à beaucoup près, aux maux qu'une guerre entraîne avec elle.

Dans les pays où il y a une religion d'État , on peut défendre l'exercice public d'un culte dissident; mais nulle part on ne persécute plus les croyances et les pratiques privées. Les ecclésiastiques n'ayant qu'une puissance purement morale , leurs biens sont soumis aux mêmes charges que ceux des autres citoyens, leurs personnes aux mêmes juridictions; le droit canonique va se restreignant de plus en plus. Si dans quelques pays (l'Angleterre, la Norwége, l'Ecosse) le clergé participe au pouvoir législatif, c'est plutôt comme un des éléments du patriciat que comme classe distincte , et tendant à un but particulier.

BÉFORMES ET AMéLIOfiATIORS. 309

Le droit d'aubaine est aboli , au moins par des conventions réciproques. La foi publique forme Tune des bases du système financier, de même que les économies utiles et la publicité des comptes. Les falsifications , les fraudes en matière de monnaies disparaissent ; les douanes sont établie^ de manière à ne plus nécessiter Timmoral remède de la contrebande.

On a dérogé à beaucoup de prescriptions du droit civil qui dérivaient du droit politique, entre autres au partage in^al de rhéritage paternel. Quelques écrivains se sont même élevés contre le droit de tester^ respecté pourtant dans toutes les législations. L'autorité paternelle a été modérée, mais maintenue ; dans les pays où le divorce est permis, les motifs en ont été restreints.

L^importance. attribuée à la propriété foncière dans le moyen âge n'a pas diminué, mais la propriété mobilière est mieux appréciée ; et les constitutions accordeût . une représentation non-seulement à la richesse industrielle, mais encore à la pensée. La publicité des hypothèques garantit les créances^ et diminue les causea de procès. En ce qui concerne rimp6t,'tous' les économistes admettent qu'il doit être basé sur le revenu avec une extrême modération, et qu'il peut être refusé lorsqu'il excède les besoins réels de l'État. Il doit être proportionné aux facultés de ceux qui doivent lepayer^ comme prix de la protection et des avantages sociaux; ceux-4à étant tenus de donner plus, qui ont plus besoin d'être garantiiâ. Partout on frappe de réprobation la taxe personnelle, qui atteint non le revepu, mais l'existence , et qui , instituée à l'origine en ren^placement de l'obligation du service militaire , est maintenue aujourd'hui conjointement avec ce service.

La loi n'est plus un acte de puissance , mais de raison ; et, même dans les États absolus, des règles foiidamentales limitent Faction du pouvoir suprême; là où il n'y a pas de garanties dans le gouvernement , il y en a daâs l'administration. Les droits des nations sont déclarés imprescriptibles, et tout pou^ voir qui réprime arbitrairement ce qui est néces$aire au bien et à l'extension des facultés- humaines ne tardera pas à êtreregardé comme immoral. En effet, connaître, aimer, agir^ c'est

StO ' liFOBHKB ET AlIBLIOBÀTlOlUk

tout rhomme. Les gouvernemeirts qui Teuleat le féduke à Qoe Mille de ees itoiltés se fouiroient. Gomment nier le ptogrês? n *en ert*ee pts vn déjà notable, qoé nom attribniont le mérite êa bien*étre aciael à rabolitioo de eet'nkMirts, à raîdetefvellés nos pères se flattaient é^y arriver ?

Le progrès n*eiiste pas moins dans Fordre intèlleelttrt. L» Tiolenoe , qui est un moyen de tyrannie , fliH place à la pondération des fbrees et des moyens , à des dispositféiia dans tlotéift dn plus grand nomlyre, à fassoelation des forera, à des éorits où l*on attaque les passions et non les hommes , oiik l'on sooHeni le droit sans blesser les eonvenanees , oà Pon- parle \le |astle» aux foti, de paix aux opprimés. Les seieneea ne regardenim! pas leur mission comme accomplie, si elles n^appliqaaientkaïf conquêtes anlbien général. Elles onttiadlité par le veeensefitent la r^inrtition de Timpôt; éllea ont mieux malh^isé les eaux, et les ont dispensées en proportion des besoins ; elles donnent ijei eonSeilB à la bienfaisance pour Smâiorttr les hôpitaux ci ki • priaims. L'économiste étudie la question es» sàllaifea ; JittqA quel degré il convient d'organiser lés classes-laborieuses j- sans entraver Tinstinet et Tintelligence de l'individu ; comment <m peut rendre moins pénible le travail des* enfants dans Tes manufactures; quelles institutions facilitent aux pauvres'uh iheilleur emploi du produit de leur travail ; comment on peut les accoutumer à Téconomie et ji la prévoyance, favoriser les entreprises par des banques agricoles et d'escompte , faire que les travaux d'utilité publique tournent au plus grand avantage da particulier , combiner les intérêts du Gsc avec la suppression des loteries, la diminution de l'imijôt du sel, des douançs, et des autres taxes indirectes ; enfin on cherche à résoudre le grand problème d'équilibrer la subsistance avec la population.

La société a compris qu'elle perd le droit de punir le délit, si elle n'a eu recours à tous les moyens de le prévenir. Cest pour cela qu'on s'est tant occupé de l'enseignement. Le nombre des établissements pédagogiques s'est donc énormément accru; mais on y a conservé (défaut capital) les systèmes d'une société bien différente , et l'on a abandonné à des mains vénales l'application de ce\i\ (\ui ne convenaient qu'à des corporations.

BBFOBMES £T AMELIOBATIONS. 311

Or, les corporations une fois détruites, il aurait fallu qae les systèmes fussent complètement changés.

Quelques tentatives ont été faites dans ce but. Il n'était possible d'instruire le peuple que par des méthodes promptes : il y avait bien moins à lui charger la mémoire qu'à développer sou moral, et à faire en sorte que Fenfant se trouvât amélioré par les choses qu^il apprend, et par la méthode à Taide de laquelle i l'apprend. N'est-ce pas ainsi que font les mères, qui, parlaparole , comnmniquent aux enfants les idées du juste et du bien? C'est précisément en méditant sur l'éducation maternelle <jue le père Girard pensa que l'étude du langage, qui est en résumé l'étude de la pensée, peut devenir l'instrument d'éducation le plus complet , comme il en est le premier ; or il voulut jqu'à tout travail de la mémoire et du raisonnement se rattachât une leçon religieuse ou morale. Pestalozzi, de Zurich , fut l'auteur d'une méthode qui tend à ce que l'élève développe par lui-même ses notions et ses qualités propres , indépendamment des opinions de l'instituteur , et qu'il appuie ses propres données sui^ la connaissance distincte des parties inté^antes et essentielles des objets. Il voulut donc que le maître ïùt formé par l'élève , et qu'il lui donnât à son tour l'impulsion; que le savoir et le. faire se trouvassent réunis ; que les facultés physiques , morales et intellectuelles de l'enfant pussent s'exercer harmoniquement. Mais , exagérant une pensée de Locke, il fit des mathématiques la base de l'éducation ; comme s'il était possible de ne pas accepter aussi les vérités prouvées par la conscience et par le cœur !

Former le peuple à la morale plus encore qu à la science, à Taide d'une méthode accessible à tous, et assez peu dispendieuse pour n'avoir pas besoin du gouvernement, tel est le but que se proposa Lancaster. Déjà Bell, prêtre anglican, s'était ;i perçu qu'il était possible de transmettre l'instruction aux élèves :m moyen des élèves eux-mêmes ; et il avait fondé , d'après cette idée, une école à Madras. Lancaster établit aussi son enseif];nement mutuel : procédé mécanique par lequel les enfants s'instruisent Pun l!autre, les plus avancés servant de directeurs, de moniteurs, de maîtres, sous la direction d'un instituteur,

SIS lérOBHBt BT AHÉLlOftAnont. '

qui est platdt on sunreillant. Il ouvrit, dans le qaartier le ploi misérable de Ixindres, une éeo|.e pour la leetare, réerituiecf le calcul , ne demandant que la moitié du prix exigé par ki autres maîtres. Épargnant la dépense des livres , il n'avait qu^oa seul exemplaire snspendQ^ à la muraille, qu'il feisait eofksr^ sait sur le sable avec le doigt, soit sur l'ardoise avec on erayon. Il parvint à rendre l'enseignement gratuit au taoyen de souserip: tiotis , et 4'on s'étonna qu'un sw\ homme put suffire pour dis milliers d'élèves. Mais comme il était quaker, el^^'U recevait des élèves de tout sexe, quelques ecdésiastiquea s'ef&ayèrent di son succès. Lui-même ne sut pas s'aecommikler aux néeMstsi dont tout novateur est assailli^ auflai vécut-il tvèa-mifénble, chargé de dettes, et en butte aux persécutioiis.

Sa méthode se propagea, malgré des eontiadietioiis de tout genre; le sentiment religieux y trouva place; ear déaoroMi personne, à Texeeption d'Ovroi , n'admet plus le païAdosa de . VÉnkile, qu'il ne Çout point, donner aux enfanisv dana- le premier âge, ridée de FÊtre suprême^ MaiSi dans las pays 'humfacturiers, les parents, assujettis à un travail journalier, sont contraints de laisser à l'abandon leurs enfants , qui grandissent dans la misère et da;is Timmoralité. (Test pour suppléer à te déplorable abandon qu'ont été institués les asiles pour l'enfance : innovation excellente, pourvu qu'elle ne dévie pas de son but , qu'elle ne détache pas les enfants de leur état ^ qu'elle ne relâche pas , entre les enfants et les parentis , ce Àïeu. qui sera toujours le principal frein du vice.

Kji général , l'instruction du peuple ne sera jamais qu'une déception et une moquerie partout où on lui apprendra à lire et à écrire , sans qu'il puisse en faire usage. Quant au liaut en- F^ignement , qui trop souvent engendre des talents secondaire etiion paside grandes intelligences, les gouvernements tendeot à s'en emparer comme d'un moyen d'actiou , c'est-à-dire à eo faire un monopole , jusqu'à ôter aux pères de famille le droit précieux d'élever leurs enfants dans les idées qu'ils croient les meilleures. On ne sait trop, par malheur, ce que Ton veut en fait d'éducation et d'enseignement.- Nous critiquons ce qui est vieux , sans nous çutendre sur ce qu'il y a à y substituer de

BBFORMKS ET AMELIORATIONS. 3f3

neuf; nous allons à tâtons. Cela est si vrai, que nous nous débattons non sur le fond , mais sur les méthodes. Que dironsnous de ces pays imitateurs^ où Ton prétend copier des méthodes faites pour d'autres tout différents , et qui ont un but tout contraire k celui auquel ils doivent viser? Que dire de ces prôneurs de liberté qui imitent les despotes dans le monopole de renseignement , et qui imposent aux pères de famille, dont le droit, le devoir est de donner à leurs enfants Tinstruction la plus saine, et de choisir par conséquent leurs maîtres', des sys- . tèmes et des instituteurs désignés par Tautorité civile?

La bienfaisance est devenue plus active à sonder les plaies de rhumanité, et plus ingénieuse à les guérir. Les hôpitaux ont été améliorés autant qu'ils peuvent Fétre dans des mains vénales. On veut que les jeux dé hasard ne soient plus un revenu de finance, que les maisons d'enfants trouvés cessent d'être un cimetière, et que l'œuvre de la charité ne soit point convertie en supplices. Il a été établi à Londres, sur un vaisseau (le Dreadnougth) ^ un hospice pour les marins, où l'on reçoit ceux de tous les pays , comme des gens dont la mer est In patrie commune. Dans les contrées catholiques, les ordres hospitaliers ont été rétablis ; et les sœurs grises , ainsi que les s(curs de Charité , ont mérité tout à la fois les sarcasmes et la confiance du siècle des machines. L'éducation des sourdsmuets et des aveugles s'est perfectionnée , et l'on s'est occupé des moyens de secourir efficacement les asphyxiés. Le principe d'association a produit les compagnies de secours mutuels et d'assurances contre l'incendie, la grêle et les risques maritimes ; d'autres associations se sont formées pour veni^^ en ;iide aux orphelins, aux jeûnes débauchés, aux filles perdues, îiux enfants trouvés, dont le nombre augmente d'une manière effrayante dans le monde entier '. L'œuvre de la Sainte-Enfance .sVst proposé pour but de recueillir les nouveau-nés qu'on

• Necker évaluait à 40,000 le nombre des" enfants exposés et entretenus dans tous les hospices de France avant 1789. Il y en avait f>7,î)6C en 1815, 99,346 en 1819, 129,689 en 1834, et la dépense s'élevait à près <le dix millions. ( Contre-enquêtes sur les enfants trouves, mai 1839.)

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114 miffOlllU BT «MUlOftATOMIS.

eipote en Chine par millien; Une sodété €mX eonitituée dwi roeéanie pour eommenoer Téddeition 4ee peuples qoiivqmk; une autre en Algérie , poor eoniwrtir les Afiriniiis. Yfmtàm rachètent lea esclaves, et travaillent à rabdiitkm de IVeadavafi:

ies paroles ne suiQsent pas pour louer le cèle devnniirionnalrei, ces pacifiques conquérants.

Si Fignorance et le besoni continuent de poUMer an cria» tant de misftrahles, on fait des prisons un niou^ -de eoneptifla et de régénération . Lorsque TAngletem eut potin ses co1on« d'Amérique, elle déporta ses crimmels à la NonveileHEtolIanic, où elle fonda la colonie de la Nouvelle-Galles du Sud ; ai 1817, «Ile créa celle du pays de Vaa*IMéroen. Les émigrés voiontaires prospérèrent aussi dans ce pays fertile, qui n*a point de bétK féroces, et où les troupeaux sont une sourae de richesse. Là, des hommes dont TEurope n^aurait su foire que des halMtoéi de prisons , ont formé là des villes fiknissBntes. Mais il; arriTs malheureusement qu^ils se corrompent les uns lea autres don le trajet, et que ce châtiment n*effraye pas asses pour délovner du .crime. - .

Le docteur Ruseh lut en -1787, chez Franklin , des Recherches sur les effets des châtiments sur tes coupables , ce qui conduisit à former une. société pour Camélioraiion des prisons; et des essais de régime pénitentiaire. En 1790, fiit fondée à Philadelphie la prison d'État, dirigée par dix citoyens honorables : les détenus y furent distribués en prévenue , en condamnés pour fautes graves et pour légers délits, en vagabonds et en débiteurs ; tous y travaillaient à leur profit , et la bonne conduite leur valait une abréviation de peine. Ils y étai^t isolct jour et nuit , tandis que dans les prisons d'Aubum ils- travaillent ensemble' dans la journée, mais en silence : ces deux systèmes sont' en présence, et tous deux tendent également à empêcher la contagion entre les prisonniers. L^ Angleterre a imité ces établissements ; mais les effets n'ont pas répondu à tout ce qu*on attendait, et ils n'ont guère servi qu'à faire briller rhéroïsfnede quelques philanthropes , tels que La Pry, qui entreprit à Jitmgate, d'améliorer la condition des femmes détenues. Les maisons pénitenUake^ d^ Genève ( 1820) et de Lausanne ( 183i)

AMÉLIOEATtaNS BEYBES. — SOCIALISME. Zt^

ont donné des résultats dignes d'éloges; aujourd'hui tous les pays civilisés en possèdent ou en réclament.

£n somme, aucun genre de souffrances n'écbappe^ux efforts combinés de la science et de la bienfaisance, qui s'empressent d'accourir partout où il y a des consolations à -donner^ des secours à préparer, des lumières à répandre. Mais l'expérience a bien démontré qu'elles ne réussissent à rien, ou ne recueillent que de mauvais fruits, quand elles ne sont pas inspirées par la religion; c'est d'en baut seulement que peut venir le kmurne qui restaure.

AMéUGRATIONS RÊVÉES. «- SOGlAUS&tE»

. Depuis la paix, les gouvernements se sont obstinés à maintenir des lois économiques, faites pour un temps déjà éloigné où l'industrie était bien loin de son développement actuel ; aux nraux qyi résultent de cette contradiction y I9 philaMhropie n'a encore su trouver que des palliatifs. Les uns n'en meurent pas moins de faim, les autres de réplétion. L'abîme se creuse de plus en plus' entre les entrepreneurs millionnaires et les ouvriers indigents, lorsqu'un petit nombre de mains accaparent l'industrie, et peuvent réduire le peuple au pain pour toute nourriture, ou le jeter, du jour au lendemain^ sur la voie publique. Dans les pays agricoles et en Angleterre surtout, le système des fermages a amélioré les campagnes , simplifié les administrations publiques et privées; ^ais il a réduit à la misère les basses classes, obligées de tout donner à un fermier^ qui se trouve dégagé de toute clientèle d'affection envers les propriétaires traditionnels , envers les corporations religieuses ou bienfaisantes, qui comptaient au nombre des fruits du champ la vie de leurs paysans. £st-il bien permis de désigner comme la plus riche des nations celle où, chaque année, une multitude de gens est réduite à mourir littéralement de faim ? Les socialistes ont cherché un remède radical à ces maux

816 AMÉLIOIÂTIOMB lAvSBS.

et à d'autres encore dont ils font dVffroyablès et irritants tableaux, et dont ils accusent la société actuelle. Us se comiwsent de différentes sectes qui sont en désaccord entre elles^ non-seulement dans l'application , mais jusque dans leurs principes les plus abstraits. Dans toutes ces écoles, les vieilles idées de démocratie se sont associées au déyeloppenient nouveau de rindustrie, et au désir de réformer le droit individuel et le droit réel, ramenés à une théorie absolue. Aussi leurs docteurs croient que la science économique ne sert à rien , si elle ne se fonde sur le système social tout entier; et ils se mettent à repétrir le monde. Philosophes non plus du passé ni du présent, mais de Tavenir, leur science est une révélation , leur inétliode rhistoire, la synthèse leur but; c'est-à-dire qu'ils prétendent identiGer la religion et la phHosophie en une science de la vie et de l'action, ou, si l'on veut , de la société.

Saint-Simon (1760-1825), d'origine aristocratique, et cependant frappé de l'injustice des inégalités sociales, prit pour devise : Améliorer le sort de la classe la plus pauvre, « Si tous les princes du sang , disait-il , les ofQciers de la couronne, les ministres , les présidents, les évéques, venaient à mourir aujourd*hui , ainsi que les dix mille plus gros propriétaires de France , on en serait affligé sans doute , car ce sont d'excellentes gens; mais l'État n'en éprouverait pas le plus petit mal, et le lendemain la perte de ces trente mille colonnes serait réparée, attendu que des milliers d'individus sont capables de faire ce que font les princes du sang , les ministres , les millionnaires, les grands prélats. Si, au contraire, les principaux artisans, les principaux producteurs venaient à mourir, et aussi les chimistes, les physiciens, les peintres, les poètes, etc.,

la perte serait irréparable I.e peuple a beaucoup gagné dans

les dernières luttes, il a surtout gagné la connaissance de luimême et de ses propres besoins : aussi ne croit-il plus à la nécessité de souffrir et d'être opprimé. Mais si la féodalité aristocratique est brisée, celle de la richesse subsiste; et la jouissance oisive est encore le partage des uns, lès fatigues et les privations le partage de ceux en qui résident les puissances créatrices du travail, du géuie, dvi U civilisation. Ces heureux, qm ont la

S0GUU8HB. 317

plénitude des droits civils, sont en France le vingt-cinquièine de la population : gens improductifs, qui imposent des lois au reste. En même temps les pt'ogrès de- là civilisation sont abandonnés au hasard, les sciences cultivées et appliquées de même au hasard ; les découvertes restent éparpillées , jusqu'au moment où Tavidité d*un capitaliste vient faire, violence aux habitudes manufacturières; les faillites, les changements de mode, plongenttlans la misère des milliers d'ouvriers. Il y en a qu'enrichit le hasard d'un héritage ; les machines et *le9 capitaux restent inféodés, tandis que tous les chemins sont fermés à ceux qui ne sont pas propriétaires , pour tirer parti de leur propre génie. Il y a des pauvres, parce que trop-de gens vivent, non pas de leurs travaux de tête ou de main , mais des travaux d'autrui, et qu'ils consomment tant, que le labeur ne peut sufiBre et à leur subsistance et à celle des travailleurs. Il* y a des pauvres, parce que ceux-ci comptent sur les aumônes privées , aumânes faites par ceux qui ont à bail les terres i?t les capitaux. » Saint-Simon remplaça la qualifieation de libéral par celle di industriel, qu'il trouvait mieux appropriée à des gens qui veullent instituer un ordre stable par des moyens pacifiques, et accomplira volonté de Dieu, qui est que chacun puisse travailler, et soit rétribué selon ses œuvres.

L'égoîsme proclamé par Bentham ne saurait empêcher les intérêts privés et les intérêts généraux de se heurter ; en conséquence, Saint-Simon y substitua la sympathie , de même qu'ail remplaça l'instinct individuel par la direction des grands hommes, des révélateurs, des initiateurs. Il accepta néanmoins fes théorèmes de Bentham : seulement, comme ce dernier n'avait pas dit en quoi consistait l'utilité générale, Saint-Simon la fit consister dans la production : idée précise , substituée à une énonciation indéterminée. De même que, dans Tordre matériel , la société est gangrenée par les souffrances des pauvres et par l'insuffisance des remèdes législatifs , de même elle est rongée, dans Tordre moral, par le manque de foi I^ croyance religieuse a péri ; il n'y' a plus de croyance politique ; Tastuce est substituée à la force; la justice a disparu; un égoisme impuissaut survit seul ; on prodigue les serments et Ton se çar^w:^ ^m

318 AMÉLI0BÀTI0N8 RÊVÉES.

gré des partis ; Tautorité et la liberté sont des mots invoqués tour à tour, et que personne ne comprend ; les châtiments sont une vengeance , bien plus qu^une correction salutaire et un moyen d*améIioration. L'éducation est réduite à un enseignement désordonné, sans but précis, sans égard aux dispositions individuelfes et aux intérêts généraux ; les déplorables écoles classiques produisent un orgueil stérile chez des honunes qui connaissent Homère, mais non- la Bible; Helvétius et Dupoy, mais non TÉvangile , et qui n'ont d'idée du catéchisme que par les sarcasmes de Voltaire. L'égoîsme émousse les passions et éteint les sentiments ; Tamour est un teafic , la littérature un jouet; il ne reste aux poètes que la satire pour le réel, et Tél^e pour cet idéal qu'ils ne savent déterminer. Comment y remédier? En faisant l'opposé de ce qu'on a fait jusqu'ici. Le passé se divise en deux grandes époques , le paganisme et le christianisme. Toys deux organisèrent la société d'après des principes universellement admis {époques organiques) \ vinrent ensuite les philosophes, qui y introduisirent l'examen {époques critiques) ^ qui fînit par saper l'édiOce. Au milieu de ce travail (rorganisation et de destruction , Thumanité avance sans cesse, constante , infaillible dans ses trois grands organes, la science, Fart, et l'industrie. Maintenant , nous sommes dans le péleméle d'une époque critique ; et il faut préparer une nouvelle époque organique, où les intérêts, les sympathies , les institutions, convergent et s'unissent. Le christianisme , mal entendu ou corrompu , doit être ramené à l'amour du prochain , et principalement des classes pauvres , en stimulant l'activité industrîeUe et en répartissant les proGts d'une manière plus équitable, en la réglant, au moyen d'un pouvoir hiérarchique , sur le modèle de TÉglise du moyen âge. La force régna d'abord avec la guerre, qui est sa manifestation , et l'esclavage, qui fut sa conséquence; le tout au détriment des masses. L'association , au contraire , l'industrie , Tintelligence , ont créé les villes et les nations, émancipé l'esclave, affranchi la pensée. Supprimer la guerre , détruire le règne de la force , et fonder l'association universelle , voilà le but de la science îiouvelle. Comme les \\ouvtû^^ ^«.ciuleut volontiers .ceux qui leur pro*

mettent toutes les félicités sociales , ces idées se répandirent bientôt. La presse exalta sur tous les tons le progrès de T industrie, combattit le système probibitiff démontra Timportance des hommes de savoir, des travailleurs, des artistes; chercha eik mémo temps à diminuer celle des hommes de guerre, à détrôner la richesse et la politique au profit du travail.

Quel est donc l'obstacle qui s'oppose à la réalisation de ce règne de Dieu? C'est un reste de la féodalité , c'est la propriété, transmise par accident ^ et non en raison du mérite : en conséquence, plus d'hérédité, et que les instruments du travail soient . distnb^s en proportion de la capacité. Ainsi l'industrie mettra chacun à sa place; le gouvernement sera une banque, qui centralisera tous les Inens , pour les répartir entre ceux qui sauront le mieux en faire usage. Mais cela détruit la famille. Eh bien ! supprimons Ift fiamille , cette servitude de la femme. Que la femme s'affiranchisse du père qui la vend , du mari qui l'achète, et qu'elle devienne aussi un agent de production. Que les enfants soiait élevés , non plus par l'égoisme domestique » mais conformément aux vues de la société.

C'est ainsi qu'on portait la hache aux racines mêmes de ta société, qu'on abolissait Thélrédité , et qu'on proclamait, non la communauté des biens , mais leur répartition selon la capacité. Les saint-simôttiens crurent voir le triomphe de leur doctrine dans la révoluâon de 1830. Us proclamèrent donc sur l'industrie , sur les banques , les hypothèques , les enfants trouvés, les travaux publi(^, le paupérisme-, l'association, même sur l'histoire et les beaux-arts, des idées dont l'invention ne leur appartenait pas, mais groupés, avec talent, en un corps de doctrine et sous forme dogmatique. L'éclectisme reçut d'eux une atteinte mortelle ; et l'on peut dire qu'ils ont jugé avec sagacité les autres systèmes , observé en: grand la synthèse générale des sciences , coinme complément de leur méthode , et proposé enfin le véritable but de la philosophie, en tant que science de la vie.

On entendit alors, non plus des t)r^tres , mais une secte qui n'était pas même chrétienne , proclamer l'importance civilisatrice de l'Église et du clergé catholique , et de la scparattoa

330 AMÉLIORATIONS BÊVÉES.

des deux pouvoirs ; déclarer hautement que l'autorité spirituelle était dans son droit quand elle cherchait à s'assujeUir Pautorité temporelle , c'est-à-dire à soumettre les droits de naissance et de conquête à ceux de la capacité ; et que le clergé catiiolique avait édiOé le premier une société à l'aide de forces pacifiques ^

Ce fut , au milieu d'un monde égo'tste , un spectacle nouveau que de voir une réunion d'hommes riches, intelligents, répudier leurs avantages personnels pour les faire tourner au profit de tous, 86 soumettre à la pratique de leurs théories et à la vie commune; des savants distingués se faire artisans et cuisiniers ,. af&onter Teunemi lé plus mortel du bien, parce qu'il est le plus redouté, le ridicule; et quand il était de mode de dénigrer l'autorité, en proclamer la- nécessité. 11 est à remarquer ici que d'un système industriel on arriva à un système religieux ; de< la liberté suprême à la papauté ^ de la loi écrite de Bentham à la loi vivante. En partant comme lui du principe utilitaire, les saint-sîmoniens durent nier l'immortalité da droit : si l'individu cessait d'être égoïste, le corps social le devenait. En conséquence , les actes, appréciés seulement en tant qu'utiles à la société , consistent soit en services grossiers, soit en désintéressements sublimes; les affections , la charité, la religion, l'art, les sacriGces, n'ont point de valeur par eux-mêmes, mais uniquement comme moyens de production.

Maintenant , pour distribuer les produits et faire l'éducation des producteurs , un sacerdoce est nécessaire. C'est ici que la doctrine se convertit en une religion dont le pouvoir devait s'exercer non-seulement sur l'industrie et le commerce, mais sur les sentiments , sur les idées , sur les découvertes. Les saint-simoniens tombèrent alors dans une théocratie hérétique , qui substituait à l'abnégation chrétienne la jouissance, la liberté des goûts, et la satisfaction des passions. Quand,

^ On trouve déjà dans Campanelia la communauté des biens, l'abolition de la famille, de la patrie, de la nationalité ; l'agriculture pratiquée en commun , la distribution des richesses selon la capacité et le travail, cl au so\\\u\<i\. ^<>, tç-V <i>iNS\^\a. ^açaulé.

sur Ip demande d'OHnde Rodrigue , Si chaque enfant pourrait reconnaître son père y Ënfaotin, leur chef suprême, répondit qu'à la femme seule appartiendrait de décider, les plus distingués parmi eux désertèrent le drapeau ; et la réprobation qui s'y attacha resta imprimée même sur des hommes fort honorables , et sur des doctrines qui ne mourront pas complètement. En effet, la prédication saint-simonienne propagea gênér^eiîient l'intérêt pour la classe pauvre^ qui s'est fait jour dans là poésie , dans les romans , dans les débats parlementaires, et dans les mesures adoptées par les gouvernements.

Owen et Fourier, bien qu'antérieurs à Saint-Simon, furent moins heureux que lui en disciples de talent. Fourier; d'une main brutale, mit à nu les maux du siècle, les souffrances des basses classes ; montra le vice opulent et l'honnêteté pauvre , la politique corruptrice, la famille divisée, le conflit entre l'ordre et la beauté physique; enHii les turpitudes morales du monde. 11 établit ainsi la théorie des cinq mouvements : le matériel t attraction du monde, découverte par JNewton; Vorganique, attraction emblématique dans la propriété; V instinctif; attraction des passions et des instincts ; Vatomaly attractipu des corps impondérables; le social j attraction de l'homme vers ses destinées futures. Les passions, selon Fourier, deviennent vices-, uniquement parce que la société les réprouve. C'est ainsi qu'il parle, sans voir que les passions ne sont en soi ni bien ni mal, maisque ce sont desforqes par lesquelles se révèle la liberté humaine. Les supprimer est impossible , ne pas vouloir qu'elles soient comprimées est un crime; et L'harmonie consiste non pas à s'y abandonner, mais à balancer le droit avec le devoir.

Fourier se proposa d'utiliser l&s passions comme forces vives, et, au moyen dé l'attraction passionnée, de SMbstituer au morceHement l'association des hommes en capital , en travail et 60 talent. Dans ce but , il entremêla tous les travaux de plaisirs; au lieu de sales villages, il imagina des phatan- 5/^r^5- élégants et commodes , où l'utilité n'était pas sacrifiée au luxe, ni l'architecture aux nécessités, et qui devaient être habités par'des phalanges de travailleurs , ceux-ci recevant des propriétaires touâ les biens, en échange d'actions transmissibles.

323 AVÉLIOtATIOHB MtltÉA.

Ainsi cessait le moreellement des propriétés et da travail igri^ oole : ehaeun choisit l'occapation qui loi platt, et en change lorsqu'elle cesse de lui conTcnir; rénolation atiin^en sans cesse ce tntail en commun: Connaissant leur importance ma* tuelle , les capitalistes tiendrant compte des manosnien^ et ceux-d des capitalistes; personne ne eonnattra le beaoin; aucune cooToitise ne sera limitée , aucun auMiir-pioprelinmilié; chacun recevra sa quote-part, en proportion du ioapital» du travail, du talent : quand le tavail le pins bas, lé plua rebutaat sera le mieut rétribué, combien de haines ceasenmt dma le monde ! Pbia, toutes les phalanges loontribueront à assurer aux grands hommes , qui appartiennent à l'humanilé entim , la fortune, les hdnnmirs et la reconnaisssncs générale. 11 aa ftp* mera des armées , non de guerriers ext«nnlnailann, maisd'ÎBdustrids et de savants, qui porteront leur «aristanoe pariât <A besoin sera.

Les détails dans le^ds entra Fourier pomr aasuiia les pbl* sirs destinés à ses phalanges, prêtèrent fteiiemmit an lîdicBle; on se scandalisa de cette assodation domestique, avec ses divers degrés de favoris et de fsLvor ites, de géniteurs et de génitrices, ete. Toutefois il se plaignait , peut-être avec raison , de ce qu'on s'en prenait aux côtés accessoires de sa doctrine, au lieu de s'attaquer au principal , qui est l'art d'organiser l'industrie, ■d'où naîtront les bonnes mœurs, raccord des dasses pauvre, riche et moyenne, la cessation des hostilités de parti , des crises financières, des révolutions; enGn l'unité universelle. Victor Considérant, qu'on a appelé je saint Paul de cette doctrine, entreprit d'éerire une histoire de l'humanité. Il commence par Vèdénisme , alors qu'il n'y avait ni propriétés individuelles, ni restriction apportée aux amours par les préjugés ou les conventions, ni conflit d'intérêts. Mais l'espèce ne pouvait se perpétuer dans cet état de béatitude , et la pénurie se flt sen^r. Alors surgit l'égoïsme , la société se dissout, la famille survit seule ao naufrage des affections, et devient la base de la société. A l'état sauvage succède le patriarcat, puis la barbarie, enfin la dvilisation : époque de souffrances nécessaires pour que l'homme enfantât \es sciences ^\. V«& ^tts. Maintenant qu'ils ont pris nais-

sance , doit venir Tâge du garantume , destiné à concilier la liberté de la nature primitive avec les raffinements de Textréme civilisation.

Owen s'élève contre toutes les religions ; il y voit la cause de tous les maux du genre humain ; il nie Tempire de la foi et des lois : il veut le gouvernement rationnel , la communauté coopérative , en améliorant la condition des travailleurs , non par des réformes économiques, mais par de bonnes règles d'administration et de moralité^ il abolit la propriété, cause deTindigence ; il réforme TÉglise et l'enseignement : plus de mariages, de familles, de propriétés; plus de droits , de devoirs , ni de croyances ; la fatalité détermine le bien et le mal ; le seul lien social doit être la bienveillance. Il supprime , en un mot , le mobile de Tintérét personnel , mais sans y substituer Tintérét religieux. 11 fit une colonie modèle de sa grande manufacture de New-Lanark , où- il dépensa beaucoup ; il y donnait l'éducation , et combattait les. inclinations perverses par des moyens ingénieux : école pour les enfants , secours pour les malades , récréations après le travail , association de chaque famille aux bénéfices, en même temps que les âmes étaient disposées, par le bien-être, à la sérénité et à Texpansion. Il obtint, en effet, d'heureux résultats ; mais il ne s'apercj.ut pas qu'ils tournaient contre lui ; car, pour ne rien dire de 9a patience particulière et de ces vertus évangéliques qu'il exerçait , tout en les dénigrant dans ses écrits , Owen était un chef d'établissement désintéressé, tenant sous sa dépendance des gens salariés, ce qui ns constitue pas une société. New llarmony, qu'il fonda en Amérique, marcha bien tant que ne s'y développèrent pas les vices sociaux ; mais bientôt les travailleurs se trouvèrent victimes des oisifs , et les hommes intelligents exploités par les ignorants. 11 exposa au congrès d'Aix-la-Chapelle ses vues économiques, les dangers d'une production excessive, et, comme les machines suffisaient désormais à approvisionner le monde entier, la nécessité de substituer à la concurrence l'unité d'intérêt. Mais ce congrès avait à s'occuper de bien autre chose qjie,des humanitaires. ^ ^' .,

Tous ces sectaires, en résumé , attaquent-, lés-uns d'une ma-

824 ▲MÉLIOBATIONS lÈVÉgf. ^ 80C1ÂLI8ME.

nière, ks autres d'une milrei legrmd problèfne de là paovreté , et chercheat à eoneiUer lei progrès <.'c8 fobriques à Taide des machines, avec un adouciaseinent dans rèàdstenee du peuple; à augmenter la, valeur personnelfe des honfrois, dans quelque profession que ee soit; i eommeneer par Tenfimcft Tamélioration de la race humaine. Quand les théoriciens économistes ont pris pour base la concurrence sans' limites,, les sociaiistes proclament Tassociation universelle ; mais tous , i commencer par Babeuf , arrivent à établir le despotisme ; en créant un pouvoir omnipotent et infeillibles qu'ils appéllenl lé gonvemement , et duquel ils attribuent la responsabilité dont Ils déchargent Ftndividu. Les socialistes oublient' que iHiomnie est quelque chose de plus que la mati^, et que.ks biens dont- il peut jouir sont le moyen et non la fin de son existence. La propriété, selon les économistes, constitue un privilège, tin monopole , mais qu'il faut respecter,, parce qu'il^est néciessaice, Ces socialistes admettent qu^elle est un pririiége nécessaire'; quais ils réclament pour ceux qui ne possèdent pas une <tompeiisation, qui est le droit au travail. Plus absolus, les commu* nistes concluent que, si la propriété est un privilège , il faut Tabolir, faire le partage des biens et des jouissances , et r^ler la part de chacun, non sur sa capacité , mais sur ses besoins. lies coiDinuutstes se trouvèrent fortement organisés en France aussitôt après hi révolution de 1830. T^es uns voulaient le triomphe de leur principe, à Taide de rinsurrection ; les autres cToyaienlrà «a diffusion lente et progressive. Les uns prodainaient Tathéisme, les autres le vague déisme du f^'icaire saroi/a rd ; d'auhres encore, Y Évangile refondu en un christianisme de leur façon. Divisés sur les questions religieuses, ils éparpillèrent leurs efforts : se recrutant des débris des différentes foetions démocratiques, ils n'ont pu s'entendre quant à l'application sociale de leur dogme de la communauté , subslilué à celui de la propriété particulière.

Lamennais , devenu d'apotre tribun , a coiffé le Christ d'un bonnet rouge : il a dépeint avec une éloquence brûlante ta misère des masses 5 de-ces esclaves modernes, plus à plaindre, dit-il, qu^-ccnx dja .vicvo^'«£v ^sy^'^ violimes innombrables d'un

SSPERAINCES DE L'iTALIE. 325

petit nombre d'heureux ou de dominateurs , dont on dirait que la félicité consiste dans la souffrance de tous. Comment guérir de pareils maux? Lamennais répond à haute voix ce que les autres murmurent tout bas ". « Peuple , révèille-toi ! esclaves , levezvous ; brisez vos £bfs ; ne souffrez pas plus longtemps qu'on dégrade en vous le nom d'hommes. Voudriez-vous qu'un jour vos fils, meurtris des fers que vous leur auriez transmis, pussent dire : Nos pères 'furent plus lâches que les esclaves romains ; car il ne s'est pas trouvé parmi eux un Spartacus f » 11 appelle donc dès à présent le peuple a conquérir l'égalité absolue , et à exercer directement sa souveraineté ; à constituer cette société libre, dans laquelle « le pouvoir, simple exécuteur de la volonté nationale, obéit et ne commande pas, de telle sorte que le monde ne forme plus qu'une seule cité , qui saluera dans le Christ 6<m suprême et dernier législateur. » Lamennais néanmoins combat les socialistes ; il croit que la propriété est une condition nécessaire de la liberté. 11 n'y a de liberté qu'autant qu'elle est individuelle. Le socialisme concentre toute la propriété dans les mains de l'État; le communisme exagère cette concentration jusqu'à l'abus^

Sur les traces de ces nombreux réformateurs est accourue péle-itaéle la jeunesse, qui se laisse prendre-à tout ce qui se montre sous un aspect de générosité, de sacrifice, ou de résistance. Elle s'est précipitée sur ces problèmes sociaux avec tonte l'ardeur de sa sympathie , accepitant aveuglément les nouveaux remèdes , comme s'il y avait une panacée pour les maux de l'humanité.

ESPERANXES DE L'ITALIE.

I.^ idées qui paraissent simples, parce qu'elles sont contenues dans un seul mot, sont celles qui exercent sur l'homme le plus d*empire. Ainsi, le sentiment de la nationalité, qui ne natt chee les peuples qu'après que le malheur leur a fait sentir la solidarité de toutes les infortunes, s'est réveillé dans l'Europe oriea-

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