REVOLUTION FRA.NÇAISE DE
La France, depuis un siècle, a déeidéde tous les mouvements de l'Europe ; mais , après tint de gloire et de conquêtes, elle ne s'est point agrandi^ à l'égal de ses rivaux. La France a perdu Saint- Domingue et la plupart des Antilles, le Canada, la Louisiane, et toutes ses positions sur les golfes du Mexique et de Saint-Laurent ; en AfHque,^Madagascar et l'île de France ; dans l'Inde, tout le pays du cap Comorin jusqu'au Gange et à Surate ; en Europe, nie de Minorque et les places dont Louis XIV avait garni, les frontières. Ce ne sont plus des principautés ecclésiastiques sans force qui s'interposent entre elle et le Rhin, mais la Prusse et la Confédération germanique. En compensation, elle a conquis l'Algérie, les Marquises; et elle a soumis à son influence !es îles Sandwich , placées à mi-chemin entre l'Amérique et la Chine. Mais autant la France avait perdu en étendue, autant elle avait gagné en force morale.
N'eût-elle tiré à l'intérieur d'autre avantage de la Révolution, elle en sortit une, compacte, plus que tout autre peuple de l'Europe; elle en sortit lavée de la grande iniquité de la conquête, qui partout ailleurs embarrasse encore les progrès, et perpétue le règne de l'iniquité. Elle est devenue comme le laboratoire des expériences sociales. Un changement de ministère et même de gouvernement, l'acquisition d'une frontière plus forte sur le Rhin et sur les Alpes, l'alliance russe ou anglaise, ce n'est point là ce qui peut faire l'importance de la France. Ce qui la carac* térise, c'est celte passion des sentiments généreux qui souvent les produit , ce sont ses promptes et ardentes sympathies , cette vanité , cette vive imagination qui font d'elle l'objet de la colère, de l'engouement et de l'imitation des autres. Sa littérature est celle de toute l'Europe ; sa langue est comme le moule universel de la pensée ; sa tribune semble celle de tout peuple qui en est privé -^ ^\ c)c\^^^\Qut rend plus vrai ce que disait
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Jefferson : Tout homme a deux patries , la sienne et la France ; nation conduite phis par TimaginatioA que par le calcul. 11 s*y r^eontre des hommes de cœur, pour toute initiative généreuse. La France s'est mainte fois, dévouée pour la cause de la liberté ; elle a envoyé des combattants partout où brillait un éclair: de régénération. C'est avec son or et son sang qu*elle a donné à TEurope la sécurité de la Méditerranée; ef^sur ces rivages de r Afrique que l'Atlas sépare du désert, elle féconde une terre baignée du sang de saint Cyprien, de saint Louis, du roi Sébastien.
Mais l'implacable besoin du mouvement ne lui laisse pas de repos, et la jette continuellement dans de nouvelles expériences et de nouvelles tempêtes. Louis-Philippe, placé sur le trône comme un bouclier contre la république, réussit à l'arrêter durant dix-sept ans. Il avait remédié aux plaies que laisse denûère elle toute révolution , fait refleurir les finances , revivre le commerce, respecter l^autorité,* grandir la prospérité matérielle en favorisant l'aristocratie du commerce, qui avait fini par remplacer celle des familles nobles. Il avait encouragé- les lettres, les arts, les sdences jusqu'à en faire une puissance ; il avait conservé la paix au milieu des plus flagrantes occasions de suerre ; restauré la marine de telle sorte qu'elle pût paraître avec honneur jusque sur les mers les plus lointaines. Il avait laissé iine grande liberté à la parole, à la presse, à la tribune. Mais ce gouvernement n'avait pas eu pour le consolider l'action du temps, parce qu'il n'avait d'autre origine qu'une révolution. Ceux qui n'avaient pas trouvé place dans cette révolution s'efforçaient d'en préparer une autre, dont les déshérités ne manqueraient pas dé -travaillera leur tour à une troisième. Forcé de chercher des adhésions de toute part, Louis-Philippe avait à caresser les intérêts privés ; force lui était de céder, de vaciller, de reculer souvent au lieu d'avancer ;. et, après dix-huit ans de règne^, il se trouva moins solidement établi qu'au début.
Les légitimistes lui gardaient une haine implacable, et, impuissants à l'abattre, lui tendaient mille embûches. L,es républi*^ cains le regardaient comme l'unique obstacle à la réalisation de leurs desseins. 11 y a en outre un parti neutre, ami et ennemi de tous, qui profite des dissensions pour se glisser dans tou^ les
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autres, et arriver au pouvoir par surprise et par rapine. Ce qui le fait marcher, cen*est pasTamourde la gloire ni delà liberté; il agit par imitation, pour faire du brait, de la déclamation, cette arme d*à présent, comme la logique était Farmedes premiers révolutionnaires. L'opinion, toujours prête eniFrsHice à applaudir ce qui contrarie le gouvernement, perpétuait une opposition qui attend tout du gouvernement, et qui le ruine en attendant qu'^e s'en rende mattresse. Cette opposition s'empara du marteau pour démolir : dès qu'elle fut en poiisession de la liberté, elle desceo* dit de la hauteur où elles'était élevée sous la Restauration. On ne vit point surgir chez elle de nouveaux génies: les anciens déclinèrent ou se pervertirent, dans la forme, par rimprovisation, et dans l'esprit, par une démoralisation croissante. Le récit limpide de Thiers, la description colorée de Lamartine servirent à célébrer la force, rayonnante avec Tïapoléon, féroce et odieuse chez Marat et Robespierre. Lamennais employa son style brûlant et fa logique puissante à l)attre comme à coups de bélier cette autorité sur laquelle il avait naguère posé l'édiCoe de la société rt de rintelligence. Victor Hugo professait que le poète peut tout se permettre ; qu'il peut croire à Dieu , à Satan, ou à rien. Tous les écrivains de métier, flattant le besoin immodéré de jouissances matérielles , divinisaient l'épicuréisme , et plaçaieut le paradis en ce monde ; les heureux du siècle, ainsi poussés à satisfaire tous leurs désirs, restaient sans idée d'abnégation ou de charité ; et l'on attisait chez le pauvre la haine du riche > représenté comme l'usurpateur du patrimoine commun. Des romans qui, pour être lus de tous, se publiaient dans les Jouniaux, portaient chaque jour leur dose d'arsenic au scindes familles, dans les boutiques, dans les campagnes ; ils fliattaient les penchants voluptueux des riches par des images licencieuses, (!omme les passions des prolétaires en exagérant la corruption des classes élevées, lis montraient les femmes succombant iné* vitablement, à l'occasion et les hommes n'ayant de mobiles que les passions et Tinlérêt. Pour ces écrits déplorables, l'idéal consistait dans certains désordres exceptionnels de la nature et de la société ; ils initiaient les cœurs vierges à des turpitudes contre lésqueWes VX^xvw^xvt^ «&t une sauvegarde , et dont la
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emuiaissance est un aiguillon. C'est ainsi qu'une tourbe d'écrivains corrompus jetai^t la contagion parmi la partie saine du peuple. Abusant de oe mot de peuple» ils flattaient en son nom les plus grossiers appétits. Célébrant d'un côté les béros de l'en- ▼ie et de l'assassinat, ils insultaient, dénigraient ceux*là qui seuls ont la mission de consoler et d'instruire. Ils éteignaient dans les flmes toute espérance, et toute aspiration vers l'immortalité.
De jeunes et nobles cœurs, révoltés de ce honteux spectacle , en imputaient le tort à la société ; et, se persuadant que ees accidents morbide constituaient un état normal , ils songèrent à la renverser de ses bases séculaires, pour la reconstruire sur des plans nouveaux. Les âmes vulgaires, en proie à une impatii«ice fébrile, aspiraient à une explosion, moins dans l'intérêt de Tordre moral que pour mettre à leur portée ces Jouissances des seps, dont la littérature leur avait offert tant de tableaux. La responsabilité de ce désordre moral retombait en partie sur le gouvernement, qui, forcé de s'assurer les élections, de complaire à ses amis et à ses créatures, de rattacher les. intérêts grands et jtetits à sa propre durée, avait trop à faire pour s'occuper beaucoup de la vertu. Tout ce qui était intéressé à l'ordre et à la paix, ceux qui avaient h conserver emploi, pension, une place an palais ou à la chambre, désiraient sans doute que le pouvoir 8f affermit; mais ils le désiraient mollement, alors que les partis attaquaient le jgouyemement sans relâche; et^ battu chaque Jour par les coups de la presse, travaillé par l'activité fiévreuse et oisive des réfugiés de toutes cations qu'il avait recueillis, ee gouvernement, bien loin de disposer de l'avenir, pouvait à grand'peine louvoyer parmi les expédients. Un déluge d'attaques personnelles, dont Y histoire de dix ans offre le résumé, poursuivait incessamment Louis-Philippe : on l'accusait de travailler uniquement h consolider sa dynastie; on disait que, champion de la paix à tout prix, il n'avait pas hésité cependant à courir les chances d'une guerre , dès qu'il s'était agi d'obtenir une princesse d'Espagne poqr son fils, L'Angleterre, qui s'était grevée d'une dette de cent millions , lors de la guerre delà succession , pour empêcher l'Espagne et la France de se donner