‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 75 sur 82 · RÉVOLUTION FRANÇAISE DE · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION FRANÇAISE DE

la main , crut ses intérêts menacés de nouveau par ce mariage. Elle rompit l'accord qui servait seul de contrepoids à Tabsolutisme septentrional , et n'aspira phis qu'à se venger. En Algérie , on n'avait encore rien fondé de stable. Le développement prodigieux donné aux travaux publics ( nouvelle ère de la vie industrielle en France ) avait grossi la dette de treize cent millions, et faisait peser sur le présent les prospérités de Tavenir.

U appartenait aux chambres de conduire le pays sans secousses aux réformes utiles ; et les chambres, au contraire, ne savaient que rirriter par leurs déclamations , sans cesse accusant le pouvoir d'avilir la France au dehors , pendant qu'il étouffait à l'intérieur ses développements. Comme si l'agitation constituait un progrès, on passait d'un ministère à un autre sans motif, si ce n'est peut-être, pour dire le lendemain que les nouveaux venus étaient pires encore. que leurs prédécesseurs. Le dernier de ces ministères fut celui de Guizot, l'historien illustre, caractère plus rigide que ne l'eussent voulu les passions ahibitieuses, et plus pur au moins que ses compétiteurs. Appliqué à sauvegarder la paix comme moyen d'affermir la moilàrêliie représentative et la nouvelle dynastie, soumis au roi dans l'ocre constitutionnel, et ayant pour lui la majorité dans les chambres, les plus vives attaques lui venaient de ceux dont la politique différait le moins de la sienne, c'est-à-dire de ceux qui aspiraient à le remplacer : c'était Thiers, attaché comme lui à la famille d'Orléans ; c'était Odilon Barrot, représentant d'idées plus avancées, quoique constitutionnelles. Mais ce qui faisait l'acharnement de cetta lutte, ce n'était ni la diversité des principes, ni de généreux désirs : ils s'irritaient qu'un ministère eût duré sept ans dans un pays où la stabilité semble une calamité publique, et sous une constitution qui, selon eux^ ne permettait au roi ni volonté ni S}'Stème. Il fallut à tout prix avoir raison de ce ministère, sans prévoir qu'on renverserait avec lui la monarchie. Alléguant que le pouvoir avait faussé les élections, on reprit le vieux thème de la réforme électorale, et ce fut surceterrain que se livrèrent les combats dans la chambre et au dehors. Un grand mouvement alors se pr.opa%ea\l eu Suisse, en Italie, dans les pays slaves :

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-a< ■ kPan fi ifrpwifiïililf. Ce lot le silà BÛB année et U réforme, . La ç»ie BStioBale anemblée mêla ses IL Gaîsol dépon son poitcfiniîlle, ec liais il pvift bîatfdi insoffisant, et eéda ta a Odîlon Barrot; mais le tomulte allait grandiamitcnraiBoii de ees cnndfSfHMiinrfff, et Paris défà s'était eamrert de faaiTîeadeL fl ne restait plus qQ*à employer la forée, ou à signer me abdication : Loois-Pliilippe préféra ce dernier parti ; et, pemadé par les siens que son départ calmerait Paris, il abdiqua, ets'âoigna, comme ChaiiesX, entre le rogisBement de Pinsorrection et l'inaction de ses amis. Le comte de Paris, son petit-fils, conduit par sa mère à la chambre des députés, allait recevoir le serment de fidâité de rassemblée, quand une poignée d'insurgés fit irruption dans la salle au cri de f'ive la république! Cétait la Yoix étouffée en 1830 qui dominait enfin les débats parlementaires. Le poète Lamartine paraphrasa ce cri dans une improvisation dont le sens se résumait par ces mots : Jleajacta est! Le royal enfant sauvé à grand*peine, et la princesse sa mère, quittèrent la France en secret; et tandis qu*au dehorson égoigeait, on saccageait, pour obtenir quelques réformes partielles, on apprit bientât qu'il n'y avait plus ni roi ni gouvernement.

' Aufond, cen'était pas même lebesoinde cesréfonnes, C6n*é* tait pas le généreux d^tr de la grande pacification de la déinocrntle, c'était la révolte d'une minorité inconsidérée qui bouleverinlt aii^ la France. Après avoir éprouvé tour à tour depuis soixontr ans les angoisses d'une révolution sanguinaire , les vertiges do

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la gloire militaire, puis les humiliations de la défaite ; après la moiiarcliie absolue du géaie, la monarchie tempérée sans génie, la légitimité, la quasi-légitimité, les pouvoirs foiklés sur latradi tiou, ceux fondés sur les intérêts, la France allait expérimenter une souveraineté non plus compressive, mais expaii3ive, la souveraineté de tous, en détruisant tout droH héréditaire, çt le dernier privilège politique, le cens, comme le dernier privilège social, la noblesse.

Telle est la concentration des pouvoirs en France, que Paris seul fait et défait le gouvernement. Aussi le télégraphe n*eut qu'à transmettre la pouvelle d*ùne insurrection triomphante, pour changer en un moment tout le 'pays en république. Mais au lieu de proclamer la liberté avec la république, au lieu de restituer à rindividu et à la commune la responsabilité de leurs propres actes, en ne réservant au gouvernement que la tutelle de Tordre et l'administration de la justice , on ne songea qu'à exagérer l'autorité; les doctrines socialistes des journaux passèrent dans les ordonnances , et des sociétés secrètes dans le cabinet du ministre. La démagogie prétendit que, capables ou non, tous devaient avoir part égale dans les affaires ; la philanthropie communiste voulait que tous, travaillant ou non, eussent une égale part aux jouissances. Louis Blanc s'en fit le missionnaire, et proclama que le gouvernement était tenu de fournir du travail à tous les citoyens ; que chacun avait droit au salaire, non pas en raison de sa capacité, mois en raison de ses besoins, les droits étant proportionnés aux besoins, et les devoirs aux facultés. En conséquence, on ouvrit des ateliers où cent mille bras inoccupés s'en allèrent demander non du travail, mais une paye. Tl en résulta bientôt une dépense prodigieuse et un immense danger, quand on vit ces masses oisives discuter au lieu de travailler, et, le fusil au bras, menacer l'honnête ouvrier qui continuait sa libre industrie. Les anciennes institutions étaient détruites , et les nouvelles n'existaient pas encore ; partout une multitude violente , exaltée, régnait dans Paris. Comme en 1830, toute l'Europe ressentit bientôt le choc de ces événements. La veille , tous les peuples ne songeaient encore qu'à se donner des gouvenie«\ftu\% çoxfâ^\\>jL\:vy^^ i bientôt ils ne songèrent

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Nous avons racouté quelles étaient alors les espérances de VI* talie : partout elles se traduisaient encore en applaudissements pour les gouvernants nationaux. . La Lombardie seulement Mmissaît dans l'attente. Nous avons dit ce que cette province souffrait du joug étranger. Si quelques heureux 8*étourdissoient au milieu de leurs jouissances, en prétextant l'imponiiihilité du mieux , d'autres résistaient aux caresses et aux menaces : cette' patrie perdue, ils gardaient un cœur pour Taimer, une voix pour Tayertir, un jugement pour la diriger. DepuiR

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longtemps la I.ombardie était en possession des réformes concédées aux pays voisins , grâce à Tantique tradition municipale ; mais elle brûlait du désir de serégénérer. Le but pour elle était déterminé : il s'agissait de reconquérir cette nationalité sans laquelle il n'est pas de libjsrté, de dignité, de développement complet et véritable ; mais si la conscience se soulevait contre un gouvernement obstiné à briser les volontés, la raison n*entrevoyait d'émancipation possible que dans un bouleversement européen.

La foule saisissait toute» les occasions d'exprimer sa haine pour la domination étrangère, et sa sympathie pour les princes italiens. Des démonstrations fréquentes sur les places publiques coûtèrent du sang ; les municipalités, qui jusqu'alors n'avaient connu que l'obéissance passive à la domination autrichienne , sentirent, qu'il leur appartenait aussi d'avertir, d'instruire et d'exprimer les vœux du pays. Dans leurs réclamations modérées, comme dans les écrits de ceux qui risquèrent leur propre sûreté pour le bien public, il De s'agissait que de conciliation. Un mouvement légal éclata à Venise, où s'appuyant sur d'anciennes lois inobservées, on demanda une censure moins absurde, une police moins vexatoire ; et le vice-roi fit ce qu'il put pour éluder ces lois : mais les sentant appuyer par la légalité et Topinion, il s'en tira par des promesses (9 janvier). Pendant qu'on endormait ainsi l'esprit public, l'empereur déclara qu'il avait assez fait pour les peuples; qu'il n'était pas disposé à de nouvelles concessions, et qu'il mettait sa confiance dans la valeur de ses troupes. Bientôt la police obtint le droit arbitraire d'arrêter et de déporter, et débuta par les citoyens qui avaient personnellement déplu. Ces-coups d^autorité irritèrent, mais n effrayèrent pas.

On vénère le martyre , mais on ne le prêche pas. Et quel homme de bien ne tremble pas devant la responsabilité de lancer son pays dans la terrible épreuve d'une insurrection.^ Pourtant la patience cesse quand cesse l'espoir, et il arrive une heure où les nations sentent que tout lien de fidélité se brise devant le droit d'acquérir la sécurité qui ne se trouve plus dans l'ordre étabW *, eX eeXX^ Vvewx^ semblait avoir sonné pour l'Italie.

BéV0LlIT10X.FBAN(;\1SE DE 1848. 3 19

On parlait avec une provocante ostentation de nouvelles troupes envoyées d*au delà des monts , de pillages promis , de bombardement» au moindre mouvement; le vice-roi proclama la loi martiale , et s'éloigna , abandonnant le pays au pouvoir militaire. On parlait d'armes amassées dans Milan , de corps organisés par les émigrés sur les frontières , d'encouragements officiels venus de France , d'Angleterre, du Piémont. Pourtant la suite montra bien quMl n'y avajt ni armes , ni intelligences , ni préparatifs; les mazziniens même, à Paris, avaient résolu de ne pas troubler par leurs mouvements le cours pacifique du progrès italien ; mais l'étincelle jaillit d'où on l'attendait le moins.

Vienne , cette ville qui semblait matérialisée par les jouissances ^^ et dévouée à une dynastie qui la met à la tête d'un grand empire, s'était pourtant fatiguée de cet absolutisme pour lequel les mots gouverner et comprimer étaient synonymes. Un vieux ministre, qui se croyait fort parce qu'il refusait tout mou* cernent, se laissa surpitndre dans un de ces instants où avec les abus tombent aussi les institutions. Quelques ambitions de cour et de cabinet favorisèrent les aspirations libérales, surexcitées déjà par les diatribes que l'Allemagne lançait contre le gouvernement autrichien, et que la révolution de France enflammait encore. Les États de la basse Autriche se réunirent pour exposer leurs demandes. Déjà la Bohême et la Galicie avaient réclamé la liberté de la presse ^13 mars), celle de l'enseignement, et l'exemple des étudiants bavarois gagna ceux de Vienne. Une proclamation du Hongrois Kossuth, dans laquelle il demandait que toutes les nationalités dont se composait l'empire pussent se gouverner elles-mêmes et former une confédération , donna un but déterminé aux demandes des étudiants. Ils firent une pétition, et voulurent la porter à l'empereur. La cour opposa des refus, puis des délais; mais le peuple viennois s'était comme réveillé de son sommeil. Les armées étaient loin, la petite garnison de Vienne pouvait être surprise au milieu d'une foule d'insurgés; quelques coups de feu irritèrent le peuple, qui se montra plus menaçant. Les ipinistres et la cour hésitant, on obtint le renvoi de 31 ettemich , et bientôt après la liberté de la presse , la

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