‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 76 sur 82 · REVOLUTION FRANÇAISE DE 184S · texte numérisé non relu

REVOLUTION FRANÇAISE DE 184S

garde nationale , et enfin la convocation d'une assemblée pour rédiger une constitution. L'empereur confia le ministère à PiU lersdof et à d'autres honnêtes gens de la vieille école, qui se flattèrent de résister à des exigences excessives.

liC télégraphe porta en Lombardie la nouvelle de ces concessions qui, par le contraste avec les menaces et les refus des jours précédents, montraient que TAutriche couvrait du nom de concession, ce qui lui était arraché par la nécessité ; cette nécessité devait être bien pressante pour engager le gouvernement de Vienne dans une voie qui lui répugnait tant. Mais pouvait-on compter sur sa bonne foi? On aima mieux recourir à la force ( 18 mars ). Ayant en tête la représentation municipale, les habitants de Milan allèrent demander des armes pour la garde civique. On leur en promit, mais quand ils se rendirent à THôteUde- Ville pour les recevohr, ils se virent assaillis par la troupe, qui en arrêta quelques-uns et les traîna en prison. L* indignation précipita le mouvement déjà commencé ; l'exaltation se changea en fureur ; les espérances grandirent bientôt jusqu'à ridée de l'indépendance : on arbora les trois couleurs , au cri de vive Pie IX et de mort aux Allemands. Les Milanais se vengèrent de ceux qui leur avaient prodigué l'outrage, et commencèrent un combat mémorable ou , avec des barricades et quelques fusils de chasse, ils tinrent tête à des troupes disciplinées. Ni les armes qu'on disait cachées, ni les émigrés, ni les Piemontais, ni leshabitants des campagnes, qui, pensait-on, n'attendaient qu'un signal, ne se montrèrent alors; et pourtant l'ennemi avait peine à se défendre. Bientôt la rareté de ses munitions, le courage et l'union des patriotes, l'extension probable de l'insurrection , l'incertitude de ce qui se passait à Vienne, décidèrent le maréchal Radetsky à ordonner la retraite. Milan se trouva libre : ce fut une joie d'autant plus vive qu'elle était plus inespérée; Corne, puis Brescia, Bergame, Crémone chassèrent aussi leurs garnisons , ou les firent prisonnières.

La ôommotioB^^^BBitir de même à- Venise. Après avoir cherché à l'étc ^Jang , le gouverneur Palfy résigna

ses pouvoirs ai ^SUctiy, et celui-ci capitula : il w-

titavec\esin \|MM|HM|li (»isse>lesannes,

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ne compromtt leurs espérances, les nouveaux la trouvaient bonne pour aller en avant. Le roi et son ministère sentaient bien que laisser Tautorité obéir au tumulte^ c'est la compromettre et la perdre. Mais si Brlilan venait à succomber, quelle honte pour un voisin armé! Et que ferait Gènes, qui avait crié : Avec Milan, sinon , non! £t la sympatliie ne pourraitelle alors pas se tourner en haine contre le prince , et Gnir par proclamer la république ?

Pendant qu'on hésitait entre la prudence et les périls de la générosité f Milan se délivrait elle-mémç. Les Allemands, mis en pleine déroute , s'enfuirent à trs^vets des populations résolues à n'en pas laisser échapper un seul. Alors Charles- Albert se décida à jeter son épée dans la balance ;^ il annonça qu'il marcherait avec ses fils à la tête de l'armée, et prêterait secours aux Lombards comme un frère à des frères. Il ne parlait point de récompense ; seulement on déciderait après la guerre du sort de la Lombardie.

Les autres princes d'Italie répondent au cri parti de Turin : Pie IX voit la main de Dieu dans la victoire des Milanais; il dit (30 mars) que « la concorde est la première cause de la stabilité et du succès; que la justice seule édifie pendant que les passions détruisent. » Le duc de Parme, déplorant « le temps où la nécessité et sa position géographique l'avaient soumis à une influence étrangère, » promet à la Lombardie son secours et celui de ses fils. Léopold , grand-duc autrichien , excite la Toscane (25 mars ) à « ne pas rester dans une oisiveté honteuse quand la sainte cause de l'indépendanoe italienne est en question » , mais « à voler au secours des frères lombards » ; Ferdinand de Naples ( 5 avril ) invite ses sujets à courir dans les plaines de la Lombardie où va sç décider le sort de la commune patrie. » « Union, dit-il, abnégation, courage, et l'indépendance de notre belle Italie sera conquise (7 avril) ; 24 millions d'Italiens auront une patrie puissante , un commun patrimoine riche de gloire, et une nationalité respectée. » Saint accord des princes et des peuples, qui, se sentant assez forts de leur courage , excités par de longues souffrances, ne voulaient pas que l'Italie fût \e lTo\A\ée des victoires d'autrui , et répétaient le mot

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de Cbarles-Âlbert : L^Italie fera toat elie-ménie (TliaHaJara da se).

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Une poignée de Lombards jeuues et courageux s'étaient élancés sur lès traces de l'ennemi ; mais les campagnes ne secondèrent pas 4'élan des cités dans la hautç Lombardie. Radetsky arriva , sans être même attaqué , jusqu'au Mincio , et dans le formidable carré des forteresses de Peschiera, Mantoue,. Legnago, Vérone ; il y rallia ses troupes , en attendant de non- Yelies recrues, et se disposa au combat. L'armée piémontaise, bien inférieure en nombre à ce qu'on avait espéré , traversa la Lombardie, et se campa sur TAdige, en couvrant UDe ligne de 36 milles. Alors commença une guerre de détails, une lutte de positions, où L'incapacité stratégique fit échouer une valeur qui se fit jour partout ou l'on en vint aux mains. Quand la victoire était l'unique but vers lequel devait se diriger l'ardeur nationale, on ne sut où l'on ne voulut pas se résoudre h une levée en masse ; l'armée régulière faisait peu de cas des volontaires, alors que l'ennemi utilisait tous ceux, qui accouraient des écoles autrichiennes ou des forges de ht Styrie. Au lieu d'incorporer les conscrits dans les cadres de l'armée, on en forma des corps nouveaux,, avec une lenteur exttrême ; une imprudente confiance en soi et uu mépris non moins imprudent de l'ennemi endormirenl les efforts des patriotes ; au lieu d'offrir tous ses biens , tout son sang pour le crachat de la patrie , on se plaignait des contributions ; et des hommes jeunes et robustes n'eurent pas honte de rester chez eux et de se pavaner dans les gardes nationales.

Bientôt des nuages obscurcirent ces brillantes lueurs dpnt se pace l'aube de toute révolution. Beaucoup de ceux-là qui, par mode ou par vanité, avaient invoqué la tempête, tremblèrent

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de la voir déclialnée , le spectacle des troubles de la France leur faisant craindre la guillotine et le communisme. La multitude qu*on avait nourrie de mille espérances de soulagement et de bonheur, au lieu de lui apprendre d'abord fa nécessité des grands sacriûces , maudissait déjà ses flatteurs. Les gouvernements corrupteurs entrevoyaient déjà l'avenir; Ton manquait d'hommes capables d'ouvrir la nouvelle ère ; les raisonnements , les jalousies individuelles ou locales, les habitudes plus fortes que tous les intérêts détruisaient toute l'harmonie.

Dans un pays livré, comme Tltalie, à un long repos, les qualités négatives l'emportent communément sur les qualités positives; l'homme qui ne fait rien et ne peut rien, s'il n'est pas plus estimé, se voit moins dénigré d'ordinaire que celui qm peut et qui agit ; on ne laisse pas impuni quiconque dépasse cette médiocrité qu'on décore du nom d*égalité, la moquerie ^'attaque à l'ardeur et à 4'exaltation des nobles sentiments. Nous étions trop habitués à nous haïr, à nous railler, à trembler devant les mépris de gens très-méprisables. Les esprits ékfsvés étaient inex* perts aux dffâires, aux combats, à la vie politique ; eu outre, ils se trouvèrent en butte aux soupçons et à l'envie. Beaucoup, passant de l'idolâtrie de l'absolutisme à l'idolâtrie de la souveraineté individuelle , croyaient que l'insolence envers les gens de mérite était une marque d'égalité ; ils les déclaraient au-dessous des circonstances et les attaquaient avec acharnement.

Dans ces dernières années, on était arrivé à ces exagérations (lu bavardage qui déshabituent de la vérité et rendent inbabile à la pratique , car rien ne répugne tant aux discoureurs que la réalité. Élevés à la déclamation, ils déclamaient encore quand il fallait agir. Auprès des nouveaux pouvoirs ^e pressaient en foule les serviteurs du pouvoir déchu , qui ne voulaient pas tomber avec lui. Des persécutés vrais ou faux demandaient des récompenses ; des statisticiens improvisés offraient des conseils; des marchands spéculaient sur les armes , les places , les réputations.

II nous venait aussi du dehors des influences malencontreuses; ainsi, dans un pays où le clergé tient lé premier rang, on se mit à inveclivet \es V'^to^\^'8»&>5S\5^aYS qui depuis quatre-vingts

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ans De connaît d'aristocratie que d'insignifiantes distinctions, on vociféra contre les nobles : c'ét9it nous affaiblir par la division. Dons chaque cité , le gouvernement tombît aux mains des premiers venus, ou de ceux-là' qui se contentaient d'une position sans niil avantage, mais pleine de périls,- et dont l'impopularité était la seule récompense. Afin de concentrer la résistance, le gouvernement provisoire de Milan s'évertuait à triompher de mille jalousies et d'obtenir que chaque province envoyât oin député.

C'est le lot, c'est la faiblesse de tout gouvernement révolutionnaire de se trouver en face de ses compagnons de révolte , d'être livré à tous les hasards de Tinexpérience , de la précipitation , du désordre. Celui de Milan ne songea pas à se donner le baptême de l'élection populaire, ce qui çût été facile grâce à l'organisation municipale du pays. Ce gouvernement, dans ce premier élan d'une révolution , se comporta ainsi que dans une situation normale : il voulut conserver l'ordre avant tout. Ayant affaire à une liberté qui ne faisait que'de naître, et qui était naturellement jalouse, il gouverna aussi mystérieusement que l'on conspire; 11 voulut garder le pouvoir à des conditions qui rendaient le bien impossible , et avec ces allures de la médiocrité qui ne peuvent imposer à la multitude. Persuadé, comme nous le sommes, que les révolutions échouent ou réussissent par le mérite ou par la faute des peuples , c'est à eux que nous nous en prenons de leur défiaite plutôt qu'à leurs gouvernements, auxquels le vulgaire impute tous les torts. Qu'importe de s'en prendre aux personnes qui passent, alors que le succès dépendait de vertus publiques qui ont fait défaut.

Les écrivaiiis qui d'abord avaient exagéré l'héroïsme pour entretenir le feu sacré, se moquèrent bientôt de leurs prétendus héros. Les journaux, les afQcbes, les circulaires, élevaient la voix inconsidérémrat, et forçaient le gouvernement de recoudra tous ces subterfuges, qui sont la ressource de ceux qui n'ont pas le droit de leur côté. Personne qui ne se crut capable de conseiller, personne aussi qui assumât jsur lui la responsabilité d'agir. Le peuple ol)éissait mal à un gouvernement qui semblait si peu le maître ; les milices montraient plus d'esprit de parti que d'esprit de

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corps ; et, au milieu des hymnes et des discours de fraternité, personne ne se fiait à personne. Les finances se trouvant obérées, dans la riche Lombardie on ne sut pas pourvoir aux nécessités de la guerre, alors que le premier, que l'unique besoin était de mettre sur pied des soldats et toujours des soldats. Ceux-là qui donnaient d'abord pour prétexte de leur inertie Timpossibilitéd'affironter Fennemi , eu trouvaient maintenant un autre en répétant que Tennemi était vaincu. Il n'y avait plus qu'à se croiser les bras ; et Tou se mit à discuter de quelle manière on gouvernerait la nation , avant d'être sûr qu'il existerait une nation.

Venise, devenue libre grâce à une capitulation régulière, n'eut qu'à puiser dans ses souvenirs : elle proclama la république de Saint-Marc, et les villes de la terre ferme y adhérèrent. A Milan le libéralisme consistait à abhorrer les Autrichiens. Aussi, se persuada-t-on que leur fuite avait tout terminé. Quelques uns pourtant entretenaient des intelligences avec l'entourage de Charles- Albert. D'autres trouvaient que la forme républicaine convenait mieux à un pays dont la liberté venait d'être baptisée de son propre sang ; il n'avait point de vieille dynastie à restaurer. La Lombardie d'ailleurs, dans les beaux temps de son histoire, n'avait-elle pas été une république ? Puis, ne semblait-il pas que la France, redevenue républicaine, allait faire accepter partout sa nouvelle forme de gouvernement ?

Cependant, reconnaissant que le but suprême de la révolution était l'indépendance, le parti républicain de la jeune Italie s'était engagé, dès le débu^ de Tinsurrection, à cacher son drapeau. Le roi de Sardaigne et le gouvernement provisoire de Milan avaient plus d'une fois promis qu'il ne serait question de gouvernement qu'après la victoire , et qu'alors, tous étant libres , tous décideraient. Mais, au lieu d'attendre, voilà que tout à coup l'on invite le pays à se prononcer ; voilà qu'un philosophe fameux quitte ses paisibles études pour aller prêcher partout la fusion avec le Piémont : d'autres aussitôt répondent par le cri de république.

Alors la division commença. Les désordres auxquels la France était livrée faisaient redouter au plus grand nombre le gouvernemenl Yè\)\\YA\çm. Parmi ceux-mémes qui le vénéraient

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