BEGEMEBATION DE LA GREGE
dut être un titre aux emplois. Les lois devaient sauvegarder la propriété, Tbonneur, la sûreté des citoyens; eoGn Tindépendance de la Grèce fut proclamée. « On déclara que la guerre «c n'était inspirée ni par la démagogie ni par la rébellion , mais « qu'elle était nationale et sainte; qu'elle avait pour but de réin- « tégrer la Grèce dans tous ses droits touchant la propriété , « l'honneur et la vie. » ( 29 janvier 1822. )
Jusqu'alors quiconque déployait un drapeau , et entraînait à sa suite une poignée d'hommes résolus , avait le titre de capitaine, et faisait le plus de mal qu'il pouvait aux Turcs. On forma dès ce moment des corps nombreux et organisés , soumis à une hiérarchie militaire. Le bataillon des philhellènes se composa d'étrangers. Des fonds de terre furent assignés au lieu de solde, et Ton recouvra ainsi la propriété territoriale.
Scio chercha à demeurer neutre dans le soulèvement , soit pour conserver son riche commerce, soit par crainte du voisinage des Turcs. Ceux-ci lui demandèrent quatre-vingts ot«iges, pour être renfermés , quarante à la fois , dans la citadelle , où ils mirent en outre un corps de troupes qui s*y comporta comme en pays ennemi. Cependant deux mille Samiotes mal armés se jetèrent sur Tîle , plutôt pour la saccager que pour la délivrer. La flotte turque survint, et extermina les habitants , sauf quarante mille qui furent vendus ( 23 mars 1822 ). Scio ne fut plus qu'un monceau de ruines, où la luxure se donna carrière. Les derviches ivres exécutèrent leurs danses parmi des milliers de têtes fichées sur des pieux , et les agas se montrèrent parés de colliers d'oreilles. Mais , au milieu des fêtes , Canaris vint attacher un brûlot au vaisseau du capitan-pacha , qui sauta avec trois mille Turcs gorgés de vin. Au même instant , l'étendard de la croix flatta sur la citadelle d'Athènes.
Le sort de Scio prouvait aux Grecs qu'ils avaient tout à redouter des Turcs, et qu'ils n'avaient rien à espérer que de-leur courage. Les efforts décisifsdevaient se faire dans laMorée, qui embrassait ving^quatre cantons avec neuf cent soixante-cinq villages, et un demi-million d'habitants. C'était là que Dcmétrii's Ypsilanti avait dirigé l'effort delà guerre. 11 s'y rendit maître de Tripoli et de Corinthe, où éclatèrent d'horribles réactions, qui
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donnèrent la mesure de Toppression soufferte. Dix-huit mille Grecs tenaient bloqués dans Nauplle , point extrême du Péloponnèse, cinquante-cinq mille Turcs.
Ce fut sur ces entrefaites que le château de Tébélen fut emporté par les Turcs ; mais Ali se retira dans un souterrain rempli de poudre, avec ses trésors et ses femmes, prêta s'ensevelir sous les ruines avec ses vainqueurs. Ceux-<ci, saisis d^effroi, se retirèrent , et lui promirent sa grâce dès que la mèche incendiaire serait éteinte ; mais , trahi lui-même après tant de trahisons, il fut assassiné ( 5 février 1823 ).
La Turquie, enorgueillie de son triomphe sur Ali-Tébélen et de la faveur des puissances , releva la tête contre la Russie , et leurs différends» se compliquèrent. Alexandre exigea de ses alliés quMls rappelassent leurs ambassadeurs de Constantinople; mais l'Autriche, en haine des révolutions, et l'Angleterre, dans l'intérêt de son commerce , ne secondèrent pas ses intentions , et persuadèrent à la Porte de nommer des hospodars dans les principautés, en les prenant parmi les nationaux.
Tout cela n'avait pas ralenti les hostilités, même dans ces deux provinces, et Jassy fut réduite en cendres. Maurocordato se proposait détendre l'insurrection de la Grèce, en franchissant les Thermopyles pour soulever TÉpire ; et , à la tête de deux mille hommes seulement, il alla soutenir les Souliotes. Marc liotzaris le seconda avec sa troupe héroïque ; mais , cernée par des milliers de musulmans, redoutant à chaque pas des trahisons, il fut contraint de se retirer vers Missolonghi. Le Grand Seigneur distribua ces contrées à divers officiers, à la condition de les conquérir ; et, en attendant, il mit sur pied plus de forces que jamais la Porte n'en réunit. Cent trente voiles partirent de Ténédos; Méhémet-Ali s'apprêta à attaquer Candie; les Barbaresques parcoururent l'Archipel , tandis que les Grecs se disputaient entre eux, et se livraient à de déplorables excès. Dram-Ali franchit, à la tête de trente mille hommes, les Thermopyles abandonnées (juillet 1823 ) ; il prit l'Acrocorinthe , mit les biens au pillage , incendia les maisons , et passa tout ce qu'il trouva au fil de l'épée. Les Péloponnésiens firent retirer leurs troupes sur les hauteurs , et cachèrent leurs récoltes dans
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les cavernes , ea laissant à l*abandon leurs campagnes dévastées; et le gouvernement se réfugia sur un vaisseau.
On ne tient un pays qu'autant qu*on tient les hommes. Démétrius Ypsilanti , renfermé dans Argos, îirréta cette avalanche jusqu'à ce que la Grèce eût préparé sa résistance. En effet, Colocotroni coupa la retraite aux Turcs , et , à la tête de huit mille montagnards, il exerça Tautorité suprême. Les Maïnotes et les Arcadiens, qui se levèrent en masse , se joignirent c^ lui pour harceler l'ennemi , qui n'aspirait plus qu'à sortir du pays ; mais, assaillis aux Thermopyles par Nicétas, surnommé le Mangeur de Turcs (22 août) , ils furent taillés en pièces, et Dram-Ali en mourut de chagrin. Les brûlots de Canaris portèrent à Ténédos l'extermination dans la flotte turque, secourue en vain par les Anglais et les Autrichiens, armés contre la croix.
Alors les affaires des Grecs s'améliorèrent : ils dégagèrent Missolonghi, défendue par Botzaris et Mauroçordato; ils se rendirent maîtres de INapoli de Romanie , la plus forte place de la Méditerranée , qui leur procura un arsenal et un port , où leur marine devait trouver un abri , et le gouvernement un lieu de sûreté. L'Europe applaudissait à ces héroïques efforts ; les rois s'effrayaient. De l'argent , des munitions , des hommes étaient envoyés aux Grecs par les philhellènes ; secours souvent interceptés par les croisières anglaises et autres. Les ennemis les plus dangereux ne venaient pas de Constantinople, mais bien de Corfou. Quand les Turcs se trouvaient réduits à l'extrémité et refoulés vers la mer, les bâtiments autrichiens et anglais arrivaient à leur aide , leur fournissaient des munitions , ou les transportaient sur des points plus favorables. En conséquence , les Grecs proclamèrent que tout bâtiment portant des troupes ou des munitions serait passé par les armes. En vain les jour naux mercenaires poussèrent des cris d'indignation contre la piraterie des Grecs ; une pareille résolution leur valut ce respect que n'avaient pas obtenu leur gloire et leurs infortunes.
Mais déjà les Grecs s'étaient divisés, et tournés les uns con* tre les autres. Leurs députés tinrent leur seconde session au milieu des cèdres d'Astros. Ypsilanti y représentait les premiers efforts des héléristes , Ulysse, la valeur farouche-, Colocotroni,