‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 80 sur 82 · L*AUTRICHE · texte numérisé non relu

L*AUTRICHE

conToçpiée à Vienne ; sa mission, c'était de fonder la monarchie constitutionnelle. L'élection ayant eu lieu d'après le suffrage universel à peu de chose près , on vit figurer dans cette assemblée les révolutionnaires les plus fougueux. Les gens du peuple y formaient la majorité ; on y trouvait le plus bizarre mélange de costumes , de langage, de mœurs : c'étaient des Galiciens et des Croates d'une ignorance quasi sauvage , et qui révéraient l'empereur comme leur sauvegarde contre les nobles qui les opprimaient ; des Bohèmes d'une édubation relevée, et qui vantaient l'établissement d'un empire slave; des Magyars attachés à tous leurs privilèges de conquérants ; des Roumans, des Siotes et autres nations esclaves , très-ètonnés de se voir appelés à siéger aux côtés de leurs maîtres. Tous cherchaient, à leup manière, l'occasion d'améliorer leurs vieilles institutions nationales ; mais il y avait parmi eux un parti libéral à la française, qui repoussait toute tradition, tout précédent, pour n'admettre qu'un droit métaphysique. Dans ce cahos d'éléments hétérogènes il était facile aux intrigants et aux furieux de s'emparer de la direction de cette assemblée. On congédia le ministère Pillersdorf, qui, incapable, malgré de loyales intentions, de réaliser aucun progrès, semblait continuer les traditions de l'ancien statu quo, et laissait de la sorte grandir le désordre. Il fut remplacé par un cabinet où entrèrent Dobblof, Wessemberg, Bach, libéraux avancés. Ce ministère, composé d'hommes vigoureux, commença par dissoudre le comité de sûreté publique, ressaisit l'autorité, et, laissant la diète discuter, gouverna comme il l'entendit. Il rassembla des troupes et les dirigea sur Tltalie, « afin, dit-il, de relever Thonneur des armes impériales , et de faire une paix honorable pour l'Autriche. » Décidé à ne souffrir aucun démembrement de la monarchie, le ministère prit le parti d'opposer la force à toute contrée qui parlerait de s'en détacher. C'était dans ce but qu'un corps d'armée venait d'être réuni à Vienne pour marcher contre la Hongrie rebelle, quand le peuple se souleva pour s'opposer à son départ. Force futdetourner contre l'émeute les armes de ces régiments; mais le peuple déchaîné resta le plus fort. Le ministre de la guerre, Latour, fut massacré par des furieux -, l'arsenaV iuXi^û^^ ^\.la caçitale se couvrit de barricades;

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si bien que l'empereur prit la fuite et que la diète resta seule souveraine. Messenkauser et le Polonais Bem (6 octobre) prétendirent défendre Vienne contre Tarmée impériale ; mais combien , lians ce temps- ci, n'a-t-on pas vu de villes victorieuses dafis un soulèvement, succomber bientôt après. Jellachich, Auersperg, Windisgraetz, qui étaient occlipés à combattre trois insurrections différentes, se concertèrent pour marcher sqr Vienne, qui fut prise d'assaut (31 octobre). L'état de siège et le gouvernement militaire y déployèrent toutes leurs rigueurs ; beaucoup de gens furent jetés en prison, un certain nombre passés parles armes : parmi ces derniers Messenkauser etBlum, député à la constituante germanique. Quant à la constituante viennoise , elle fut transférée à Kremsier, soustraite ainsi à l'influence de l'esprit révolutionnaire qui avait agité Vienne. Un nouveau cabinet, présidé par le prince de Sch warzenbérg, se prononça résolument contre les prétentions fédéralistes, en déclarant qu'il accepterait loyalement la constitution, mais avec un caractère unitaire. La Lombardie en devait être partie intégrante, et y trouver de nouveaux gages pour sa propre nationalité.

Ainsi, grâce à l'armée, se réédifiait la monarchie autrichienne^ si près de se dissoudre la veille. Mais l'empereur Ferdinand, reconnaissant le besoin d'un bras plus jeune que le sien pour le raffermir, céda le trône à son neveu, le jeune François-Joseph (2 décembre). Ce nouvel empereur, dans sa proclamation, reconnut la nécessité d'institutions libérales en rapport avec le besoin du temps. Ce fut au milieu de ces circonstances que la constituante poursuivit sestravaux. Le débat principal était entre ceux qui voulaient conservera l'Autriche son unité, par la centralisa-, tion du pouvoir et de l'administration, selon la manière française, et ceux qui, alléguant la diversité de caractère et de mœurs de ses provinces, préféraient le système fédératif. Puis, quand on en vint * à discuter sur le principe même de la souveraineté, le côté de l'assemblée qui représentait le principe populaire fut sur le point de triompher : ce qui aurait changé la base et la nature du gouvernement , et dépassé le but qui avait été assigné aux délibérations de cette diète. Le ministère saisit ce prétexte pour dé-

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iHBfses abstracliotit, au lieu de itrel que d'ailleurs tous lu peure|»vseDléa dans U diKt d* la dîssoudie 1 1 mars 1 8«), B Elle était conçue h»base r unité de l'ein- •atçMHM^ riBhiijJlîuiu hardie, sorte de proieib- ■■«■■■»• h «■rfnB«llffi«i«iq«B, qui, à ce moment-la, ifll- «hatfedfairAcM ■Mnciatmiuiidela putssaDceauthciiieiiH. >llfafcwl»liMjiM îrwiWfdhBrttëgam : ilnVa Ëlluipu ^OBI^ paat pMOMr à htM ka dans privUêgiMs et douDH h^lMl fÏHiCillM |ta.'ULlu^uile qm toutes celles quel'ib- ■iMBBaanilia^nqaén. Efe unmU de saag la Honnie, qui, ^a^^ÊmMMttÊÊBbtmÉmamt Toulot rien voir que lamiade Tâ^âAaa'in ■ lil w T»' frôJegw aaltonam. Elle De Toatot de Tempemir Frédéric et laïo»nî,a>aa^^aanût pasêtééln par iadiéiei A diBfM oMMBiM dk ofpaHit ne demande pin Uf8& Ea^ fc. actnaM de tMe tool noçen trrme, elle prononça h sfpantic-c d; J ii.:.-;r- t: i- : \j-.r:.;'je i! pende Itmpiapreslf cw-

L Aumche. dans cène question, avait pour elle le côte libei^. ddtindaDt le droit de rhumanilé et de l'^alité dâ races, elle liait pour eik toutes les oatioas soumises au joug des Mifij-ars- Les Citâtes lui emoyèrent tout ee dont ils purent disposer. Es Trau-ilianie. les liistrieis sasom prononcèrent leur sépantkiQ de Li Hongrie sitôt que eelle^ se fdt détachée de l'AutritlK ; d'autres em-ore se prouoDcèrent contre le rétablissetnenl du despousioe masTir. Bwo plus . une fovie de Serbes et de Bulgares, sujets de b Turquie, nmrarent soos les drapeaux de Jetlarbidi. Mais l'esprit miliiaire des HoosTois, la oature du pa>^. \n alentï de Geôr^y.de Dembinski. rintrépidité de Bem, de Klapki. de Mezzarof. l'eloqueoce populaire de Kossuth, vinrent en aide 3 la rrststaïK-e des Hongrois, si bien qu'après des pertes inealculaUes. r Autriche se rit réduite à implorer le seemira de celle Russie doDl elle irait épié jusqu'à ce moroeot les démarches atee tant d'inquiétude, et au moment même où elle anit le i^ib

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de sujets de la redouter. De telle façon que la Russie, attentive à tous les mouvements de T Europe , eut à peine vu s*agiter les nations slaves de^a Turquie , et les Valaques réclamer ce que les T^cs avaient promis, qu'elle envahit avec soixante-quinze mille hommes les principautés du bas Danube, sans que la di* plomatie élevât la voix contre cette occupation, dont la menace seule avait, en 1829, décidé Metternich à déclarer la guerre à la Russie.

Si rAutriche eût succombé dans la lutte avec la Hongrie, les populations slaves de cette contrée seraient vraisemblablement tombées Tune après l'autre sous la domination de la Russie. Le soulèvement de la Hongrie devait donc tourner de toute manière à son profit. La Russie pourtant mit de côté ses convoitises, pour éteindre d'abord un incendie qui pouvait gagner Jusqu'à elle;^lle se rendit aux prières de l'Autriche, et jeta le poids de son armée dans la balance ( août 1849 ). La Hongrie dut succomber. Une réaction odieuse suivit cette victoire que la trahisoji ■ avait préparée. Ce ne fut pas seulement la Hongrie et l'Italie que la secousse ébranla; il fallut que TAutriche bombardât la plupart de ses capitales; presque partout l'état de siège fut établi.

lie salut de l'Autriche, ce fut dç n'avoir pas concentré toute Tautorité dans Vienne. Aussi est-ce en cédant qu'elle résista ; et quand Tempereur en fuite se jeta dans Olmùtz , dans Inspruk , rien encore n'était désespéré. La vie de l'Autriche était dans son armée, qui resta inébranlable dans sa discipline.

Ce qui restera des révolutions avortées de 1848, c'est le mérite d'avoir procuré l'affranchissement à tous les serfs de l'empire ; les paysans ont cessé d'appartenir aux seigneurs ; les biens seigneuriaux et communaux ont été mis sur le même pied , la propriété foncière s'est trouvée tout à fait affranchie ; tous les droits provenant de servitude personnelle ont été abolis sans indemnité. Quant aux provinces italiennes qui étaient en possession , depuis 4>lus d'un siècle, de toutes ces franchises, elles n'ont rien retiré de cette commotion : elles n'en ont connu que les désastres.

Frédéric-Guillaume IV avait renouvelé, à son avènement (1840), la promesse déjà faite par son prédécesseur, et toujours éludée, de convoquer les états-généraux. Ce ne fut qu*en 1847, que, grâce à une certaine liberté de presse et de discussion tolérée par !e gouvernement prussien , ces assemblées furent enfin convoquées. Homme de savoir et de conviction, adepte de Téeole historique, le roi, après Touverture des états, protesta contre les chartes et les constitutions écrites; n*admettant pour seule base des institutions que les précédents, les traditions de sa monarchie. Ce langage, joint aux restrictions que Ton mit à son rôle, dégoûta à ce point rassemblée, qu'elle se sépara en protestant et en grand courroux. Le roi, qui regardait comme un acte de pure munificence plutôt que comme une obligation cet appel à une partie de la nation, se montra peu disposé à la convoquer de nouveau. Mais les mouvements populaires s'annonçaient de toutes parts : les succès des démocrates suisses amenèrent des tentatives contre Bade et le Wurtemberg; puis Tévénement du 24 février propagea Fincendie. Frédéric-Guillaume promit alors de réunir périodiquement les États de sa monarchie. Chaque pas qu'il faisait dans cette voie servait à ébranler aussi le vieil édifice autrichien. La révolution de Vienne éclata, et toute T Allemagne se trouva en feu. Partout on vit flotter les couleurs rouges, jaunes et noires ; on ne pétitionna plus , on exigea ; on ne se contenta plus de discourir, on s'insurgea. A Munich, les étudiants «chassèrent une courtisane qui avait jeté l'opprobre sur le gouvernement, et le roi abdiqua (17 mars). Une révolte sanglante éclata à Berlin, où le roi se vit réduit à saluer les cadavres des insurgés, et 5 promettre une amnistie (18 mars). ISous avons déjà rencontré tant d'émeutes sur notre route, qu'il n'importe guère de s'arrêter à tous les mouvements qui se succédèrent à Berlin ; si bien que ¥T^<\ét\ç, Guillaume, pour tâcher de se tirer des

mains de ses sujets, se proclama roi de l'Aliemagne. Comme tous les autres, il convoqua une constituante, et comme les autres aussi, il prit le parti de la dissoudre quand il la vit s'attaquer à ses ëroits de souveraineté, ou plutôt quand il se sentit plus fort. Il promit de donner une constitution d'après des principes qu'il fit connaître ; il réforma, en attendant, ses tribunaux et leur procédure. Les chambres furent convoquées en avril 1849; mais elles se mirent en opposition ouverte contre le cabinet i^. Brandebourg-Manteuffel, et le roi finit par les dissoudre. Ce ne fut qu'en février 1850 que le roi octroya sa constitution, semblable en beaucoup de points à la constitution belge : deux chambres élues à deux degrés, la première, représentant les cercles, composée de 180 membres ayant atteint 40 ans, et nommés pour un an. Tout citoyen âgé de 24 ans choisit un habitant sur 250, lequel devient électeur de la seconde chambre, qui représente les populations ; ses membres sont élus pour trois ans, et reçoivent une indemnité. Le budget se vote pour un an. La nouvelle charte consacrait d'ailleurs l'égalité des citoyens, l'abolition des privilèges, des servitudes, des fidéioommis , proclamait la liberté de commerce, d'association; elle donnait aux fonctionnaires des garanties contre l'arbitraire, plaçait tous les cultes sur un pied d'alité , et les déclarait- indépendants de l'État, chacun pouvant correspondre directement avec son chef.

Gomme garantie de la charte, le roi croyait qu'il suffisait de sa parole royale et de sa haute piété. Mais s'il est chose dont aujourd'hui les libéraux se défient, c'est une parole de roi ; l'esprit du moment d'ailleurs n'admetait plus l'équilibre des pouvoirs; -l'opposition réclama donc une seule chambre et l'élection directe.

Mais, tout en agitant ces questions intérieures, la Prusse épiait l'occasion de remédier à sa forme vicieuse par quelque accroissement de territoire ; elle visait surtout à se placer à la tête de l'Allemagne. Elle incorpora, en effet, les principautés de Hohenlobe et de Sigmaringen, et fit admettre ses États slaves dans la confédération germanique.

Quand la révolution de 48 éclata, il n'était pas un coin de r Allemagne où le mouvement libéral n'eût pénétré. La censure avait été abolie à peu près partout; des réformes électorales, ju-

diciaires avaient été accordées ; et partout le tiers état y avait obtenu accès. Ou avait tant parlé de nationalisme que ces vieilles espérances semblaient mûres enûn : il s'agissait d'unir plus étroitement les différents membres du corps germanique, de façon qu'une confédération d'États se transformât en un État confédéré ayant une seule et même constitution , un seul et même drapeau, une seule diplomatie, un seul mode de naturalisation, ; ot Gnalement un seul cbef supérieur aux trente-sept princes, et de qui émaneraient comme d'un centre toutes les libertés populaires. Voilà ce que l'empereur d'Allemagne n'avait été dans aucun temps, et c'était à tort que l'on offrait comme une restauration du passé ce nouvel édiûce dans lequel tous les Ëtats voyaient périr leur indépendance. Plusieurs d'entre eux étaient des puissances de premier ordre, comme l'Autriche et la Prusse : il était peu croyable qu'elles consentissent à se soumettre à un chef électif.

La thèse semblait donc être de l^ordre spéculatif, bien plutôt que de l'ordre pratique ; mais les docteurs allemands, quand ils ont posé un théorème, l'appliquent imperturbablement. Alors on croyait à la toute-puissance de l'opinion publique, aux révolutions pacifiques; on croyait que la volonté éclairée devait £aure tomber les armes aux mains des princes : c'est ainsi qu'une cinquantaine de doctes esprits se rassemblèrent à Francfort et se mirent à discuter tour à tour sur les intérêts de la patrie, et, encouragés par les applaudissements du dehors, allèrent jusqu'à convoquer une diète constituante. L'Allemagne démocratique applaudit avec enthousiasme à l'idée de ce nouveau pouvoir tout moral ; les princes , ballottés par le tourbillon , n'avaient pas encore repris leur équilibre : ils obéirent à cet appel en ce qui les concernait ; et les députés de toute l'Allemagne s'assemblèrent à Francfort dans l'église de Saint-Paul (IS mai 1848). Ils se donnèrent pour président le Hessois Henri de Gagem. Mais la constituante prussienne était déjà réunie ; la constituante autrichienne allait être convoquée : le parlement de Francfort déclara donc nul à l'avance tout ce qoe ces assemblées pourraient faire en opposition à ses décrets.

Le premier pas a lïJÀtft ^V.\v\\. de constituer un pouvoir central ;

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mais par qui le faire élire, par les priaces ou par le peuple ? Blum et les plus ardents de son parti obtinrent des ovations bruyantes, tandis que Ton poursuivit de huées Vinkç et tous ceux qui parlèrent en faveur du droit historique contre la souveraineté populaire. Reconnaissant qu'il était injuste de constituer un pouvoir central, Gagern proposa à rassemblée de créer un vicaire impérial, choisi dans une maison souveraine et que Ton déclarerait irresponsable. Le choix se porta sur l'archiduc Jean d'Autriche, qui avait une sorte de renom populaire; on lui donna un miuistère, et bientôt l'ancienne diète fut déclarée dissoute.

L'assemblée de Francfort aurait beaucoup obtenu, si elle eût pu amener rAutricheet la Prusse à s'incliner devant le dogme de l'unité germanique. Restait à régénérer la nation, à réconcilier les partis, à rejeter les races étrangères, à recouvrer les provinces perdues. Ce qui n'allait pas moins qu'à remanier une moitié de l'Europe. Mais qu'importe? Cette assemblée, qui avait la prétention de représenter les peuples, osait tout, et, selon Thabitude des corps délibérants, elle se figura qu'il n'y avait qu'à trancher les questions à coups de décrets.

Le débat s'ouvrit d'abord sur les droits fondamentaux, et des lors la logique, la poésie, la science, l'enthousiasme firent irruption : ce fut d'interminables disputes. C'était à qui emporterait les applaudissements des tribunes, des journaux, les ovations de la jeunesse; à qui se poserait devant l'univers comme le chef de son parti. Ruge proposait d'exclure toutes les religions, tandis que Dolinger baisait les pieds du pape. Les uns s'enfermaient daqs un patriotisme exclusif, tandis que les autres aspiraient à se faire cosmopolites; les premiers repoussaien^t toute intervention au dehors; il fallait aux seconds une propagande ardente. On exaltait le sentiment national; et à côté l'on entendait maudire et vilipender la Lombardie ; on surexcitait le sentiiueut germanique, en même temps que l'on huait Tarmée de Radetzky.

Bien des questions qui semblaient simples et évidentes en théorie se trouvèrent en fait très-compliquées. Par exemple, on proposa de reporter l'Allemagne à ses véritables limites, et de levendiquer tous les pays qui parlent l'allemand. Quoi de plus juste en

théorie, et en fait quoi de plus précis? Mais, sans parier des provinces qui sont devenues françaises, telle que la Loraine et PAlsace, que deviendrait le duché de Posen ? Que deviendraient toutes les parties de l'Autriche qui parlent slave, magyare ou italien? Que faire de toutes les colonies semées sur les frontières, etc. On àédàe qu'il faut reconstituer la Pologne; et, en même temps, on permet à la Prusse d'employer la force pour incorporer la Posnanie. Le Limbourg est uni à la Hollande ; le SIeswig et le llolstein sont joints au Danemarck ; il faudra donc les en arracher. P^ous avons déjà dit comment ces deux duchés s'étaient insurgés contre le Danemarck, qui ne put les ramener à lui alors même que le nouveau roi eut proclamé la constitution. Si le Holstein pouvait fournir quelque prétexte aux réclamations de l'Allemagne, à quel titre aurait -elle pu prétendre à incorporer le SIeswig? Le parlement de Francfort n'en décida pas moins que tous deux étaient partie intégrante de l'Allemagne, et qu'on les reprendrait les armes à la main. Le roi de Prusse se fit l'exécuteur du décret et se mit en campagne ; et les duchés se virent inondés de sang. Le Danemarck, de son coté, repoussa la force par la force. Ainsi donc les délibérations académiques se résolvaient en batailles ; il fallut que les puissances s'interposassent et fissent accepter un armistice. Mais l'historien Dahlmanu, champion du teutonismedans l'assemblée, s'opposa à tout accommodement : il fallait que les duchés en litige fussent conquis, et que la Prusse remplît jusqu'au bout sa mission armée. Sa proposition n'obtint pas la majorité ; mais la minorité se leva en tumulte, mit en avant le peuple, qui s'empara de la ville, en criant que l'assemblée et quiconque avait accepté l'armistice avaient trahi la cause de l'Allemagne, la liberté et l'honneur, li s'ensuivit des conflits sanglants : on égorgea plusieurs membres du parlement, entre autres le prince de Lichnowscki et le général Auerwald. C'est ainsi que, dans cette fatale année, toute initiative aboutissait à la guerre, et toute cause se souillait par des assassinats.

La paix rétablie, les discussions reprirent leur cours^ visant toujours aux abstractions, au lieu de résoudre les questions pratiques; rhosliWlè contre l'Autriche alla jusqu'à vouloir qu'une

puissance composée de diverses nations ne pût faire partie de la Confédération-Germanique : il fallait donc ou cesser déposséder des provinces non allemandes, ou renoncera ses sujetsallemands, et se contenter de ses États slaves. Aussi rAutriche cherchaitelle tous les moyens d*entraver les travaux de cette assemblée : cette puissance reprenait son assiette et retrouvait ses forces ; elle offrait en perspective la liberté à ses peuples, et semblait avoir renoncé tout à fait à son absolutisme. Elle repoussait de toutes ses forces cette idée d'une Allemagne unitaire ; elle consentait bien à la reconstituer, mais de façon à ce qu'elle fût forte au dehors , en laissant à chacun de ses membres sont indépendance intérieure. La Prusse, de son côté, ne trouvait pas bon que le parlement décidât de son sort ; les autres princes protestaient contre un pouvoir central qui menaçait le leur. La Russie armait, tout en disant qu'elle ne ferait rien tant que la constituante se tiendrait dans de justes limites. Mais qui serait appelé à les définir ?

Les idées absolues se trouvaient donc contraintes de transiger avec la réalité. Ce fut la tradition cependant qui suggéra ridée de créer un empereur. Le parlement le nomma, non point héréditaire, pas même à vie , mais seulement pour six ans. Ce fut le roi de Prusse qui fut salué empereur : ainsi le voilà parvenu à cette hégémonie (t) vers laquelle il soupirait depuis si longtemps. Mais l'ambition ne Taveuglait pas au point de lui faire perdre de vue combien ce titre pompeux, mais nominal, allait faire échec à sa puissance comme roi, en faisant tomber son royaume sous la dépendance d'un pouvoir central.

La constituante avait servi en Allemagne, comme le nom de Pie IX en ItaUe, pour faire la guerre aux divers princes, et tan-

(1) Mot tiré du grec ( ifiYe[J.(ov, guide , ) et Tort usité , dans ces derniers temps , par la docte et universitaire Allemagne, pour désigner la suprématie, la domination à laquelle les deux puissances rivales, l'Autriche et la Prusse pfétadent dans la confédération. C^est ainsi que Sparte et Athènes se sont disputé V hégémonie en Grèce. Les confédérations italiques, celles de la Gaule offrent également Pexcmpie de divers États ou cités auxquelles Vhégémonie appartenait tour à tour. (Am. R.)

dis que leur existence se trouvait mise en question dans les discussions de cette assemblée, le radicalisme levait la tête et voulait tout résoudre par la force. Frédéric Hecker et Gustave Struve avaient convoqué leurs adeptes à se réunir en armes à Donauerschingen (15 avril 1849); les troupes du Wurtemberg les mirent en déroute après quelques engagements. Plus tard de nouveaux soulèvements forcèrent le roi de Wurtemberg d'accepter la constitution de Francfort. Ce succès enhardit les autres ; le grand duc de Bade se vit expulsé par ses propres troupes ( mai 1849) ; la Saxe tout entière s'insurgea ; la Bavière rhénane en Gt autant. Les capitales levèrent l'étendard contre les princes, les chambres contre les gouvernements. A Lauterbach, sur les confins de la Hesse-Électorale, on assassina le conseiller Priuz ; Struve, Brentano, le polonais Mieroslawski accouraient partout où il s*agissait d'attiser ou de défendre une insurrection. La Prusse accourait de son côté pour les réprimer. Que devenait la foi que l'on avait eue à un remaniement pacifique.' La Prusse finit par voir assez clairement que son unité tant rêvée répondait mal aux besoins et aux désirs de TAUemagne, et que des États indépendants ne se résoudraient guerre au vasselage qu'on leur destinait. Guillaume IV déclara donc qu'il n'accepterait la dignité impériale, qu'autant que les princes y souscriraient ; puis, finissant par voir que cet empereur ne serait qu'un fantôme (car on venait de lui enlever le veto absolu), il refusa enfin d'accepter le titre. Il proposa la création d'un État fédéral, dont feraient partie ceux qui le voudraient bien, et il invita les autres gouvernements à envoyer leurs députés à Berlin.

Ce fut alors que les députés de la Prusse quittèrent le parlement de Francfort; il eu fut de même de ceux de F Autriche, de la Saxe et autres. Cette assemblée se vit mourir. Il est vrai que vingt- neuf États avaient accepté sa constitution ; mais ces États étaient les plus petits del' Allemagne , taudis que la Prusse, le Hanovre, la Saxe, formaient une alliance particulière contre les ennemis du dehors et du dedans, et pouvaient établir une fédération mieux que la constituante n'y serait parvenue. Beaucoup de princes étaient prêts à y adhérer. La constituante protesta et en appe\a a\\\îiTvtv^^\\t\^\sellese vit forcée d'interrompre

ses travaux ( 30 mai ), et un petit nombre de ses députés seulement se réuuirent à Francfort, et ne furent plus que la caricature de la primitive assemblée. Inaugurée sous les plus heureux auspices, elle finit misérablement; elle avait fait sonner très-haut les principes éternels de la justice, et elle se lança dans des guerres injustes ; elle prétendit à la légalité, et aboutit à des soulèvements, pour laisser plus divisé qu*avant le pays qu'elle avait la prétenon de réunir.

Le conflit n'existe plus désormais qu'entre les deux principales puissances : Tune, qui se considère comme éminemment allemande, voudrait à ce titre conquérir la suprématie; l'autre qui a naturellement à cœur de conserver le po^ste d'honneur qu'elle occupe depuis des siècles, et qui sent que son individualité politique importe à l'équilibre européen, qui deviendrait impossible si une partie de sa monarchie tombait sous la dépendance de l'unité germanique. De là , considérant comme toujours en vigueur le pacte de 1815, l'empereur d'Autriche convoqua l'ancienne diète à Francfort, pour la saisir des affaires communes à la Confédération. Le roi de Prusse hésita à reconnaître cette réprésentation traditionnelle de l'Allemagne ; il penchait vers les idées populaires; il eût voulu que les petits princes et les peuples eux-mêmes fussent représentés dans la diète; mais il eût été peu opportun de rompre avec l'Autriche, alors que son royaume et toute l'Europe se trouvaient ébranlés par des questions bien plus profondes que les rivalités politiques.

. Néanmoins, TAutriôbe et la Prusse, suspectes l'une à l'autre, trouvèrent une occasion de rupture : le peuple de la Hesse ayant chasâé son électeur, l'Autriche prétendit que ce fussent les troupes fédérales qui intervinssent pour le rétablir, tandis que la Prusse prit ombrage de cette marche des Autrichiens sur sa propre frontière. Les Pn^iens marchèrent donc, l'arme au bras, contre leurs frères, eomme ils auraient marché contre des Français. La prudence intervint encore une fois, et prévint le conflit le plus imminent.

392 LA FBAXCE ET LES ACTBBS ÉTATS EUEOPBEfts.

LA FBANCE ET LES AUTBES ETATS ECEOPEElfS.

Ébranlée par les secousses du dedans et du dehors, la France s^agitait au milieu d*un malaise qui attestait combien elle était loin d'avoir retrouvé son assiette. Comme dans toute révolution, il fallut improviser un gouvernement pour arrêter Tanarchie et Teffusion du sang : gouvernement qui n*avait d*autre sanction que les acclamations de la place publique, et pour point d'appui que la foule tumultueuse, à laquelle on promettait un salaire, qu'elle eût ou non du travail ! En effet, œ qui caractérisa de prime abord cette nouvelle révolution, ce fut de voir un gouvernement reconnaître le droit de chacun à réclamer sa subsistance de rÉtat. Cent vingt mille individus tombèrent ainsi tout à coup à la charge de la nation, réunis en ateliers où la discussion occupait plus que le travail. La révolution créa en outre, pour sa propre défense, une nouvelle milice, sous le nom de garde mobile, qui se recruta parmi la jeunesse des faubourgs; d'autres soldats improvisés occupaient l'hôtel de ville : sorte de gardes du corps du gouvernement provisoire. Mais les caisses se trouvant bientôt vides et toutes les ressources épuisées, il fallut recourir à un impôt de 45 centimes sur les biens.

I.a déplorable situation de Paris gagnait aussi les départements; chacun s'apprêtait à défendre son champ ou sa maison contre l'assaut des nouvelles doctrines (1). Les clubs retentissaient d*uo

(1) Nous avons déjà fait remarquer que ce fut Brissot qui, le premier, et avant Babœuf, fit entendre ce mot fameux : La propriété, c*e^t un vol. Dans une déclaration de principes que Robespierre lut à la société des Jacobins le 21 avril 1793, l'article Xi portait : « La société est obligée de pourvoir à la subsistance de tous ses membres, soit en leur procurant du travail , soit en assurant des moyens d'existence à ceux qui sont hors d'état de traTailler. » C'est là ce que depuis on a appelé l'organisation de Tinduslrie. Le philosophe allemand Fichte avait proclamé la même doclnnc ^ows wtv^ ^wvstfi. ^Vi^traite.

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