‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 81 sur 82 · A ITRANGE ET LES AUTRES ÉTATS EUBOPÉENS · texte numérisé non relu

A ITRANGE ET LES AUTRES ÉTATS EUBOPÉENS

bout de la France à l'autre. Une levée de boucliers eut li«u à Paris, et quarante mille hommes convoqués par Blanqui au Champ de Mars ( 16 avril ) marchèrent sur Thôtel de ville, en demandant la république démocratique et sociale et Torganisatlon du travail : les baïonnettes de la garde nationale flrent échouer leurs projets.

Une assemblée constituante, sortie du suffrage universel, se réunit à Paris, le 4 mai, sous la présidence du pliilosophe Bûchez; composée d'hommes nouveaux et sans expérience , sentant le besoin de flatter la foule, qui la soutenait de ses acclamations ; tumultueuse au dedans, menacée au dehors, elle se mit à Foeuvre au milieu du déchaînement des clubs, qui battaient en brèche le gouvernement républicain, comme on avait fait longtemps du régime monarchique. La ruine du crédit qui frappait Tindustrie paralysait des millions de bras laborieux^ tandis que d'autres, oisifs volontaires, prétendaient subsister des deniers de l'État, rois du moment qui voulaient vivre à la faconde ceux d'autrefois. De nouvelles recrues afQuaient chaque jour à Paris. Sous prétexte d'une démonstration en faveur de la Pologne, les dubs se mirent en campagne (15 mai), et envahirent l'assemblée; une partie de ces insurgés se rendirent de là à l'hôtel de ville, et y proclamèrent un gouvernement provisoire. Quelquesrégi ments, appuyés de la garde nationale, sauvèrent le pays d'une nouvelle révolution. Mais ce temps d'arrêt ne fut que d'un moment. Les ateliers nationaux subsistaient toujours ; l'assemblée essaya soit de les dissoudre, soit de leur assigner une destination et du travail. Peu disposés à s'y soumettre, ils se soulevèrent et couvrirent Paris de barricades et de sang. Durant trois jours la mitraille joncha les rues de cadavres, ruina les édifices. L'armée perdit six de ses généraux : plus qu'il n'en périt le plus souvent dans une bataille ; l'archevêque de Paris, s'avançant pour s'entremettre au milieu de cette lutte fratricide, trouva le martyre sur une barricade. Le parti républicain, qui gouvernais la France, prit contre cette révolte des mesures de rigueur devant lesquéU les eât reculé le gouvernement monarchique. Il déporta sans jugement dix mille insurgés, licencia les ateliers nationaux, mit Paris pendant six mois sous le régime de l'état de siège, et

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abandonna au géuêral Cavaiguac une dictature qui semblait déjà nécessaire pour rendre à la vie civile un peuple à qui la veille la liberté constitutionnelle la plus large ne suffisait pas.

L'assemblée continua, sous la protection des baïonnettes, à compiler tant bien que mal sa constitution , qui fut proclamée le 12 novembre. Par le Cait, il en sortit un régime bien moins propre à initier le monde aux avantages du gouvernement démocratique qu'à servir de texte à tous les ennemis du système républicain. Mettant une fois encore les mots à la place des choses, on déclara que la France, disposant librement d'ellemême, se constituait en république, afin de pouvoir marcher plus à Taise dans les voles du progrès et de la civilisation. La souveraineté reposa dans Tuniversalité des citoyens ; tout Français Agé de vingt et un an se trouva, sans condition de fortune, déclaré électeur, et concourut à Télection des députés ; rassemblée, nommée pour trois ans, composée de sept cent cinquante membres, se renouvelait int^alement. Le pouvoir exécutif était conGé à un président, élu par le suffrage universel pour quatre années; il n'était rééligible qu'après un intervalle de quatre ans. Un conseil d'État présidé par le vice-président de ia république, devait être consulté sur les projets de loi; il se composait de quarante membres nommés par l'assemblée nationale pour six ans. Dans la dernière année seulement de la législature, rassemblée pouvait décider s^il y avait lieu de modifier la constitution.

L'élection du président se troiivuit donc remise au vole de la nation. Le parti républicain se flattait de faire triompher le général Cavaignac, a qui on rapportait le mérite d'avoir sauvé l'ordre et empêché la république de se déshonorer par le pillage et le meurtre. Mais n'est-ce pas comme une fatalité commune à toutes les crises révolutionnaires de rendre bien vite odieux quiconque possède quelque lambeau de pouvoir ? La France est d'ailleurs travaillée par un incurable besoin de nouveautés dans les personnes comme dans les choses , auquel le vote universel ne se prête que trop bien. Un nom dont la multitude était restée idolâtre, fut plus fort que tous les efforts improvisés d'une république aec\det\\e\\ç .^isur 7,327,345 votants, Louis-Napoléon

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