ÉCONOMIE POLITIQUE. — PHILANTHROPIE
Ije désordre des finances , les besoins croissants d'un gouvernement qui avait à faire face aux exigences d'une politique de famille , aux caprices des princes , de leurs maîtresses et de leurs favoris, avaient appelé les esprits à réfléchir sur l'origine et la distribution des richesses, sur le luxe , sur l'agriculture. Le système de I>aw avait secondé ces tendances; et l'on vit pleuvoir les livres sur le crédit, la population, les manufactures. Ce fut à qui expliquerait la crise, et démontrerait ce que chacun avait expérimenté. Gomme la propriété foncière avait seule résisté dans cette tourmente, et qu'elle y avait profité au contraire, on en conclut que la terre était l'unique richesse réelle. Ainsi naquit I économie politique , dont le premier but était, sous une apparence de réforme politique, de faciliter la perception des imi>ots et de remédier aux détresses de la France.
I^a société vit-elle d'or et d'argent? Qu'elle mange toute Tanuée les produits de son propre sol, et à la fin elle se trouvera
n'avoir ni plus ni moins d*or et d'argent. Ces métaux ne servent donc qu'à faciliter les échanges, tandis que la subsistance ne se tire que des denrées de consommation ; d'où il résulte que la riciiesse consiste, non dans le prix, mais dans la chose. Ainsi, après avoir donné tant d'importance aux travaux qui procurent de For, ou arriva à les négliger tout à fait pour Tagriculture. Le médecin Quesnay ne voit de richesses réelles que ^ dans le produit de la terre , qui foutnit aux travailleurs la ma« tière première et la nourriture. Le travail appliqué à l'agriculture produit l'aliment, plus un excédant de valeur qui va s'ajouter à la masse des richesses ( produit net ) , et qui doit appartenir au propriétaire comme revenu disponible.
Fort bien : mais Quesnay ne voit pas que les autres industries donnent aussi un produit net; il soutient, au contraire, qu'elles ne sauraient ajouter un fétu' de paille ni à la masse des choses sur lesquelles elles s'exercent , ni à la richesse générale de la société. Les artisans ne produisent donc qu'autant qu'ils consomment durant leur travail ; lorsqu'il est fini, la somme totale des richesses ne s'en trouve ni plus ni moins considérable , à moins que les ouvriers n'aient épargné sur leur consommation. Les propriétaires doivent donc avoir le pas sur tous les autres citoyens. Mais de cette doctrine orgueilleuse sortait une conséquence qui était tout entière à la charge de l'agriculture. En effet , comment asseoir des taxes sur des gens réduits à un simple salaire? Tous les impôts devaient donc être supportés par la terre , et prélevés sur le produit net. Que restait-il ù faire à la société? Multiplier les produits agricoles, d'où elle tire de quoi alimenter l'industrie.
Turgot poussa le sophisme de Quesnay jusqu'à diviser les travailleurs en deux classes , l'une productrice de richesses véritables à l'aide de la terre, et l'autre stérile, ne produisant par l'industrie qu'autant qu'elle consomme.
Ainsi, pendant que la philosophie prêche l'égalité, voici la science économique qui divise les hommes en productifs et en stériles, et qui invente une aristocratie d'un genre nouveau.
Mais en vérité quel mérite aurait le grain produit par l'agriculture, si l'industrie n'en faisait du pain? le bois, s'il n'était