‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 11 sur 159 · PHILANTHROPIE · texte numérisé non relu

PHILANTHROPIE

transformé en maifions et en meubles? La semence n*aagmeutet-dle pas de valeur dans le^ein de la terre autant que l'or dans la main du bijoutier ? L'histoire prouve en outre que l'industrie et le commerce , mieux que Tagriculture, accroissent la valeur échangeable , soit par la division du travail , soit par remploi des machines. Gènes et Venise vécurent très-bien sans terres et sans culture, attendu qu'un peuple manufacturier et commerçant peut importer beaucoup plus de subsistances que ses terres ne lui en fourniraient.

Quoi qu'il en soit , ce principe demeura établi par les économistes , que les richesses d'une nation sont les objets de consommation produits par le travail incessant de la société. Ils étaient unis dans une seule pensée ; ils employaient ce ton dogmatique qui impose au vulgaire, une langue sacramentelle, une précision mathématique, et des chiffres. Ils ennoblissaient la condition du paysan, détournaient les regards des villes pour les porter vers les campagnes, et faisaient la guerre aux monopole, qui s'étaient introduits partout.

Bien que leurs théories soient discréditées , il faut rendre hommage à leurs intentions. Les écrits de l'abbé Morellet, de Dupont de Nemours, de Chastellux, plaisent encore par la chaleur et la philanthropie qu'on y trouve.

Par malheur les économistes , dans le désir d'affermir une autorité tutélaire , subordonnaient leur science au gouvernement : ils faisaient du roi un père de famille, c'est-à-dire un despote, quelque soin qu'ils prissent d'embellir la chose, et de se montrer convaincus qu'il lui serait impossible de résister à l'évidence de leurs démonstrations économiques; en un mot, ils se confiaient plus dans un homme que dans tous , dans le bon sens et dans le bon vouloir d'un seul que dans celui de la nation : erreur excusable au moment où vécurent ces premiers réformateurs.

Quesnay met pour épigraphe , en tête de son Tableau économique : Pauvres paysans , pauvre royaume ; pauvre royaume, pauvres paysans ; et , en traçant la distribution des revenus territoriaux , il prend pour objet principal les impôts , les emprunts, et les dépenses publiques. A part ce despotisme légaU

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se répandait toutefois plus d'une idée pratique et utile : fes abus des maîtrises, des douanes, des corvées , furent dévoilés ; l*on demanda des remèdes aux plaies sociales, et il parut aisé de les obtenir. Et quels étaient ees remèdes? La liberté du commerce , la fraternité des nations ; plus de taxes personnelles , plus de contributions indirectes ; c'est où conduisait lé faux principe du produit net. C'était ainsi que les économistes aidaient à l'œuvre révolutionnaire des encyclopédistes , quoique avec des principes plus positifs et plus modérés.

Mais si les besoins financiers de la France y stimulaient l'étude de la richesse sociale , la politique y semblait plus urgente encore; et les physiocrates eux-mêmes confondirent Téeo* nomie avec la politique ; de là vint le nom donné à cette sdence.

L'intendant Vincent de Goumay, élevé dans le négoce , après avoir médité 'les ouvrages du Hollandais Jean de Wittet des Anglais Ghild et Culpeper, qu'il traduisit, ne vit pas tout dans la seule agriculture; la pratique était chez lui à côté de la spéculation. Le fabricant aussi bien que l'agriculture crée, selon Goumay , de nouvelles valeurs. Chacun connaît son propre intérêt mieux qu'un indifférent : les règlements , les gabelles , tous les obstacles à la production et à la circulation sont funestes. Laissez faire, laissez passer, devint un mot d'ordre. La guerre commença contre toutes les entraves apportées au commerce.

Ces systèmes et d'autres conduisaient à créer une science économique ; mais la France en fut détournée par les réformes politiques, dont l'idée s'y mêlait. En Angleterre la révolution s'était accomplie dans le siècle précédent, et les colonies, les grandes spéculations, les immenses abus, y offraient un plus vaste champ ; la patrie de Law devait donc donner naissance au créateur de la science économique, Adam Smith. Une nation sympathique comme la France ne pouvait concevoir sa mission exclusivement comme un marchand , à qui il suffit de réaliser un gros bénélice. Elle voulait faire disparaître les restes de la féodalité , et aspirait à un avenir qui vînt satisfaire tous les besoins à la fois.

£n effet, la question pendante entre l'agriculture et l'indus-

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trie embrasse tous les éléments de la vie sociale ; et comme le commerce demande justice , sécurité , liberté , on réclama en son nom de nouveaux codes , Fégalité des droits , rabolitiou des entraves de douanes , de mainmorte, de fidéicommis. Les écrits des philosophes sont pleins de ces réclamations.

Les lois étaient un assemblage de romain , de barbare , de féodal, de communal, et Ton ne comptait pas en France , dit-on, moins de cinq cent quarante coutumes ; de telle sorte qu'on avait raison dans une province et tort dans une autre. La discordance fondamentale des principes mettait en lutte le flsc et la jurisprudence, la juridiction ecclésiastique et la juridiction séculière ; puis dans le doute on avait recours à la loi écrite , sans jamais renontor à un droit général , supérieur aux usages particuliers. Les propriétés étaient liées par les mainmortes et par des restes de servitude personnelle , qui portaient atteinte au droit même de tester. L'industrie était enchaînée par les corpe* rations , qui de sociétés d'assistance mutuelle étaient devenues pour tous de lourdes chaînes.

Les gouvernements étaient parvenus à centraliser la puissance publique , et à enlever aux seigneurs féodaux tous les pouvoirs de la souveraineté. Au gouvernement appartenait le droit de repousser les agressions extérieures , de maintenir la paix au dedans , de rendre la justice au civil et au criminel , de conserver le domaine public , d'administrer le domaine utile de. TÉtat , de guider les provinces et les communes dans leur administration privée. Mais , oubliant que l'autorité la meilleure est celle qui se fait le moins sentir, le gouvernement prétendit administrer toutes les affaires de la société, intervenir dans chacun des actes de la vie , dans les arrangements domestiques, dans les successions , dans les conventions volontaires entre particuliers. <

L'Europe ressentait sUttout les défauts et les abus du pouvoir judiciaire. Les procédures secrètes , l'instruction inquisitoriale, a Taide de laquelle le juge peut faire dire ce qu'il veut à raccusc et aux témoins intimidés ou ignorants , continuaient de subsister ; on condamnait encore par contumace, et Ton appliquait la confiscation , la plus injuste de toutes les peines ; on refusait

des défenseurs pour des crimes qui conduisaient à Féchafaud , tandis qu'on en accordait pour des affaires de quelques sous. Si , sur dix juges, six se prononçaient pour la peine de mort, elle était appliquée. On arrachait encore des ayeux par la torture.

L'expérience nous montre partout que les tribunaux inclinent h la rigueur et à Taggravation des peines au delà de Fintentioii du législateur, comme s'ils mettaient une sorte de point d'honneur à découvrir et à châtier les coupables. Le parlement de Paris s'obstina, pendant tout le règne de Charles Y, à refuser on eonfesseqr aux condamnés à mort, malgré un ordre du roi et une bulle du pape. Quand Louis XYI ordonna, en |778, qull y eût un intervalle entre la sentence et l'exécution capitale y4e parle? ment résista à cet ordre, en y opposant des sopbismes hjrpo-r crites. Le garde des sceaux d'Armenonville , trouvant exori}itante la peine de mort appliquée à toute espèce de vol ou lardn, recommanda d^écarter cette peine disproportionnée; mais les magistrats s'autorisèrent de la loi , et continuèrent de i'inQiger.

Quelles atteintes un bon code de lois, s'il eût existé, n'auraitil pas reçues des lettres de cachet, à l'aide desquelles le roi faisait emprisonner ou exiler qui lui plaisait? Les fermiers des finances ne voulaient-ils pas aussi avoir à leur disposition des sbires et des cachots, pour aider au recouvrement des impôts, entier les contrevenants ? Ils suspendaient la justice, quand ils ne régaraient pas.

L'arbitraire découlait encore des lois religieuses, dont la rigueur choquait d'autant plus qu'elle contrastait avec l'immoralité de la cour. Il y avait en 1 746 , dans les prisons ou aux galères, deux cents protestants condamnés par le parlement de Grenoble pour exercice de leur culte. En 1762, celui de Toulouse condamna un ministre à la yeine de mort.

Des procès célèbres mirent en évideUce tous les vices des lois criminelles : ceux de Calas et de Fabre, dont nous avons déjà parlé; celui de la Barre, jeune étourdi qui fut roué vif, sur le soupçon d'avoir brisé un crucifix ; celui de Lally , gouverneur de rinde. Les philosophes déclamèrent; les arts firent appel h la pitié : drames, dessins, romans s'emparèrent de ces sujets pathé-

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tiques. Morellet trouve en Italie le Directorium itiqnigiiorum , et en donne une traduction; il traduit le livre des Délits et des peines de Beccaria , et Ton en répand sept éditions dans una année. Voltaire recueille les bénédictions , en se fiiisant le défenseur des opprimés.

Dans l'attente d'améliorations sociales, force particuliers s'iqgéniaient à instruire , à moraliser les classes pauvres , à faire prospérer l'agriculture, à étudier les maladies des bestiaux, à introduire des plantes étrangères. La première société économique fut instituée à Zurich en 1747. Une société d'agriculture, fondée à Paris en 1761 , fut bientôt imitée dans les provinces. Les académies bannissaient de leurs concours les questions frivoles. L'Académie des sciences, en 1787, chargea Bailly d'un rapport sur la construction des hôpitaux, où il réunit tout ce que les sciences et la pratique suggéraient de mieux pour le sou- Ingement de l'humanité. Celle de Besançon , prenant en considération la fréquence des disettes, proposa , en 1771 , un prix pour la découverte d*un nouvel aliment à Fusage du peuple, Parmentier proposa la pomme de terre : déjà connue depuis longtemps , elle était repoussée par le préjugé ou la négligence ; mais il s'obstina, et finit par en triompher. 11 obtint du gouvernement un terrain dans la plaine des Sablons, et ce fut bientôt une mode de porter à son habit une fleur de cette plante. On plaça des sentinelles autour du champ, pour stimuler le désir et donner plus de prix à ce fruit défendu ; Parmentier donna un repas où assistaient Franklin , Lavoisier, et la pomme de terre s'y montra sous toutes les formes.

Duhamel étudia la structure d'une foule de plantes, et donna un traité général des arbres à fruit, et un autre de la culture des terres, Claude Bourgelat , de Lyon , tout occupé des chevaux et de leurs maladies , écrivit pour V Encyclopédie les articles relatifs à l'arf vétérinaire, dont il ouvrit la première école dans sa ville natale en 1762. L'abbé Rozier, son successeur à Lyon, étendit et améliora cette science. S'appliquaDt ensuite à l'agriculture , il chercha dans ses voyages et dans la science de nouvelles sources de prospérité pour le pays ; il publia un Cours d'agriculture , écrit avec chaleur et simplicité.

Malesherbes , ministre et plus tard défenseur de Louis XVJ , avait débuté en 1756 par combattre la multiplicité et la rigueur des impôts. Il rédigea cinq mémoires sur la législation de la presse, en même temps qu'il enrichissait les jardins et les bois d'espèces nouvelles. Le médecin Helvétius enseignait les soupes économiques à la Rumfort; Parmentier améliorait le pain de munition ; Daubenton introduisait les moutons mérinos. Lombe établissait à Derby un moulin à soie dont les 26,586 dévidoirs , mus par Teau , donnaient en vingt-quatre heures une énorme quantité de fil d'organsin. Oberkampf fondait à Jouy une manufacture de toiles peintes et une filature de coton à Essonne, industries toutes nouvelles. Les indiennes de France devinrent de mode à la cour, et FAngleterre elle-mé^e les rechercha. L'abbé de Lasalle , chanoine de Reims, touché de rignorance des enfants du peuple , fonda V École des frères , et le chevalier Paulet introduisit parmi eux l'enseignement mutuel. OberUn, de Strasbourg, institua dans sa paroisse des asiles pour l'enfance ; il améliora l'économie rurale , et transforma en un véritable jardin un canton stérile et désolé des Vosges^

Montyon , si célèbre depuis par les prix qu'il institua , en fondait un premier dès 1780 pour des expérience^ utiles aux arts ; un autre , pour l'œuvre littéraire la plus profitable à la société; uu troisième, pour la découverte qui rendrait moins nuisibles les opérations mécaniques , et pour l'artisan qui simplifierait un procédé industriel ; un quatrième , pour celui qui trouverait les meilleurs moyens de suppléer ou d'économiser le travail des nègres.

Le nombre des machines s'anginenta ; ou établit les pomper à feu , réclairage public , les cimetières en plein air. Les horloges furent perfectionnées ; on introduisit le tartre émétique ; ou établit les secours pour les noyés. La chimie améliora les procédés des arts et de la pharmacie. BerthoUet enseigna à blanchir les toiles avec le chlore. Lavoisier s'ingénia à obtenir le nitre sans endommager les édifices ; il améliora la poudre à canon, les méthodes agricoles, l'élève du bétail. Poissonnier trouva le moyen de rendre l'eau de mer potable; Seguin apprit à tanner les cuirs par un système nouveau ; Thenard et Bron-

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gniart, à améliorer les peintures à rhuiie et«ur émail , ainsi qu'à foire macérer le chanvre par des procédés diimiques. Déjà Chaptal proclamait que la science est stérile, si elle n^est pas applicable : il employait sa fortune à multiplier les expériences, et à arracher à la nature des secrets profitables à l'humanité ; il inUroduisît les fabriques d'alun artificiel, d'acide sulfurique, de soude , et les blanchisseries à la vapeur.

D'Arcet , cherchant à imiter les porcelauies de Chine , étudia les procédés des potiers et des vitriers ; poussa les analyses chimiques à l'aide du feu, et accrut la célébrité de la manufacture de Sèvres. Les frères Montgolfier simplifiaient les procédés de la papeterie , la fabrication de la céruse , et la stéréotypte ; ils appliquaient le bélier et la presse hydraulique , et osèrent tenter les ascensions aérostatiques. Constantin Périer établissait à Paris les pompes pour élever l'eau et la distribuer dans les différents quartiers , comme il en existait déjà à Londres ( 1779); et sa Pompe à feu de Chaillot devenait une école de machiniste. Le mécanicien Vaucanson , de Grenoble , après avoir construit des automates qui faisaient de la musique, des canards qui mangeaient et digéraient, perfectionna le moulin à soie et la machine pour exécuter les étoffes à fleurs. Réveillon fabriquait des papiers peints; Lenoir, des instruments de mathématique; Argan, les lampes à double courant; Réaumur, le fer blanc et l'acier fondu. L'art des jardins s'améliorait aussi. Ambroise Didot introduisait le papier vélin , et, grâce au procédé de la stéréotypie, son fils Firmin Didot put donner des éditions plus correctes et à meilleur marché. Rappelons ici les nombreux ouvrages de médecine populaire, parmi lesquels il suffira de citer ceux de Tissot et de Hufeland.

La petite vérole , acclimatée en Europe dès le huitième siècle, croissait en violence depuis le commencement du seizième , et elle tuait par an un demi-million d'Européens. Huit individus sur dix en étaient attaqués; un septième succombait; les autres y perdaient quelque organe, ou restaient défigurés. Les Grecs modernes et les Circassien s apprirent , on ne sait d'où , à prévenir ce mal par l'inoculation artificielle; ou la pratiquait sur les filles , pour préserver leur beauté destinée aux sérails

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turcs. L'Europe n'avait pas ignoré ce procédé; mais elle ea avait dédaigné l'usage * , jusqu'au moment où lady Wortley Montagu, dont le mari était ambassadeur d'Angleterre à Cons-^ tantiuople , entendit raconter qu'une vieille femme de la Thessalie inoculait la petite vérole avec des cérémonies supersti* tieuses , qu'elle prétendait lui avoir été révélées par la Vierge : elle faisait, disait-on, une incision en croix sur le front ou sur le menton, puis elle y appliquait une moitié de noLx ; elle exigeait un cierge pour récompense. Quoique l'opération fût dou-r loureuse, lady Montagu voulut y soumettre son fils; elle fit tout pour mettre cet usage à la mode (1718) parmi les mères d'Europe, tandis que Maitland, son chirurgien, prenait à tâche de convaincre les médecins.

L'opposition fut violente , et les gouvernements allèrent jus-^ qu'à la contrainte pour vaincre le préjugé. Le médecin Jenner (1749 1823) observa à son tour que, dans certains comtés d'Angleterre, ceux qui gardaient les vachescontractaient, «inles .trayant, une espèce de pustule qui les garantissait de la petite ■vérole , au point que l'inoculation ne pouvait même prendre sur eux. Il multiplia les observations, les expériences, et publia ses immortelles Recherches sur les causes et les effets de la variole vaccine y qui bientôt furent traduites dans toutes les langues.

Un sourd>muet était alors une calamité dans une famille, presque un opprobre, bien que le vulgaire vénérât en eux quelque chose de surnaturel, comme on le fait encore aujourd'hui pour les crétins dans le Valais. Des tentatives d'éducation avaient été faites, surtout en Espagne et en Italie, au commcn-

' Timonk), médecin grec, qui avait étudié à Oxford et à Padoue, publia en 1715 une Historia variolarum quâB per incisionem exci' tantur. En 1717, Klaunlg, médecin de Breslau, faisait connaître, dans les Éphémérides de l'académie Léopoldine-Carolinet l'inoculation, qu*il avait apprise de Skragenstiern , premier médecin du roi de Suède. Un nommé Boyer, étudiant en médecine à Montpellier, la prit pour sujet d'une thèse. On peut voir dans Sprengel les preuves de la connaissance antérieure de Tinoculation , et de Tusage qn^oii en faisait en Chine, dans THindoiistan et dans KArabie.

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cernent du dix-huitième siècle. Le juif portugais Pereira instruisait à Paris des sourds-muets, et il en présenta quelques-uns à r Académie et au roi; mais il nVxistait pas encore de méthodes fixes , ou Ton en faisait un secret. Plein de sympathie pour ces infortunés , Tabbé de l*Épée ne recula devant aucune dif^ ficulté pour créer un intermédiaire entre le langage parlé et Tintelligence de ses élèves ; il multiplia en conséquence et fixâtes signes corporels à l'usage du sourd-muet. L*abbé Sicard perfectionna ensuite cette méthode ( 1712-1789). Pour la répandre, Tabbé de l*Épée s'appliqua à apprendre plusieurs langues ; et Catherine II l'ayant fait complimenter par son ambassadeur : QxCeUe m'envoie plutôt, dit-il, un sourd-muet à instruire. Joseph II lui ayant offert une abbaye , il lui répondit : Ce rCest pas à moi que vous devez faire du bien, mais à mon œuvre. Il lui demanda donô de fonder à Vienne un institut. « Puissent les différentes nations, répétait-il, ouvrir les yeux sur les avantages d'une école pour les sourds-muets de leurs pays ! Je leur ai offert et je leur offre encore mes services ; mais qu'elles se souviennent que je n'accepterai aucune récompense ! ' »

Hay fonda, en 1786, une école d'aveugles.

L'esprit philanthropique apparaissait aussi dans les mesures du gouvernement. C'est à peine si sous le règne fastueux de I^uis XIV il avait été construit cinq ponts ; et les chemins étaient dans un tel état, que la plupart des gens voyageaient à dieval. Au dix-huitième siècle, les routes s'améliorèrent, les ponts se multiplièrent, et celui de Neuilly, entre autres, est un chefd'œuvre de Perronet. En 1662 , l'abbé Laudati obtint des lettres patentes pour établir, à Paris et ailleurs , des postes , où on louait un homme avec une lanterne pour se faire accompagner ; le tarif était de cinq sous par quart d'heure pour une voiture , de trois sous pour les gens à pied. On commença vers ce

■ On cite parmi ceox de ses disciples devenus instituteurs, Tabbé Stork à Vienne, Tabbé SiWestri et Tavocat consistorial de Saint-Pierre 9 Rome , Ulrich en Suisse , Dangulo et d'Alea en Espagne , Dole et (iiiyot en Hollande, Sicard , Sal van , Huby en France. L'abbé Assarolti introduisit à Gènes et y soutint cet enseignement avec ses propres ressoiirres.

temps à éclairer les mes. L'université de Paris avait fondé le service des messageries ; et elle se réserva, en les cédant au roi , une somme annuelle sur leur produit , à charge de donner gratuitement des leçons. Elles prirent alors plus d'extension et de régularité ; le service de la petite poste fut aussi organisé pour l'intérieur de la capitale , d'après un projet de Chamousset (1769). On avait placé, en 1728 , des écriteaux qui indiquaient le nom des rues. Le Jardin des plantes fut agrandi ; on commença l'exposition des arts au Louvre (1740). En 1769, on prolongea les quais de la Seine depuis Notre-Dame jusqu'à l'Esplanade des Invalides. En 1776 , fut établie une banque d'escompte, et le inont-de-piété fut créé l'année d'après. En 1780, fut fondée la Société philanthropique, et une école gratuite pour enseigner à faire le pain. Le roi prescrivit que les malades de l'bôtel-Dieu eussent chacun leur Ut , et fussent placés dans des salles dis* tinctes, selon les infirmités.

C'est de la France que nous parlons ici de préférence ; car elle aime à exercer cette mission d'initiatrice , et sait reojdre ses améliorations communes à toute TEurope en leur donnant du retentissement. Ce souffle de la philanthropie pénétra plus oa moins toutes les classes de la société européenne (1726-1790). Nous nous occuperons à part des Itahens. L'Anglais Howard, capturé par un corsaire français, médita dans sa captivité sur les maux des prisonniers, et se fit leur protecteur. En peignant au public leurs souffrances, il les fit adoucir. 11 voyagea dans toute l'Europe, dans une partie de l'Asie et de l'Afrique, examinant les bagnes et les galères , et y portant des consolations et des secours. Il montra le régime impitoyable des prisons d'Angleterre, surtout des maisons de correction, où, par un respect judaïque de la loi , on continuait de donner à chaque détenu un pain d'un sou par jour, quoiqu'il fût arrivé à peser moitié moins qu'au temps où la loi avait été faite. En outre, des gens de toute espèce, de tout sexe et de tout âge y étaient confondus, sans travail, sans instruction, sans propreté. Souvent les fièvres des prisons les décimaient. Comme les bâtin)ents étaient peu sûrs , on mettait des fers aux détenus, qui restaient exposés aux mauvais traitements des geôliers : il n'é-

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