‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 100 sur 159 · NAPOLEON EMPEREUR · texte numérisé non relu

NAPOLEON EMPEREUR

« qui adviendrait du vaisseau de la république, s'il avait le « malheur de perdre son pilote avant d'être flxé par une ancre « inébranlable. Interrogez tous les Français , et ils vous diront « tous : Grand homme, achevez votre œuvre en la rendant im- <t mortelle comme votre gloire. Fous nous avez tirés du chaos « dupasse^ vous nous faites bénir les bienfaits du présent; « garantissez-nous Cavenir. Dans les cours étrangères, la saine <c politique vous tiendrait le même langage. Le repos de la « France est le gage du repos de TEurope. »

Le nom de roi sonnait mal aux oreilles de ceux qui avaient juré haine éternelle à la royauté : c'est ce qui fit préférer le titre d'empereur, suggéré par les réminiscences de Rome et de Charlemagne. Le tribunat , comme représentant le peuple, proposa de le lui décerner; le sénat rendit le décret, et le pays entier salua de ses acclamations l'empereur des Français Napoléon I" (18 mai 1804).

La France était lasse de tant d'essais successifs, de l'oppression de 1793 , de la constitution anarchique de 1795 ; elle ne voyait de salut que dans le retour au passé. Désillusionnée depuis 1789 , elle implorait le despotisme , et elle ne le voyait alors que sous la forme militaire. Cessant de croire aux idées , elle croyait à un homme, et les espérances comme les admirations se tour* paient vers Bonaparte. Il avait ramené l'enthousiasme par le prestige de la gloire , et montré , par sa conduite en Italie, qu'il savait transiger avec le passé. Il paraissait donc seul capable de faire rentrer la France dans la grande communauté des nations. La tyrannie de la gloire et du génie parut un mai tolé* fable au moment où l'on échappait à une ignoble tyrannie.

II sut ramener à l'obéissance Tépoque la plus indisciplinée , ^t employa à l'œuvre de la reconstruction les hommes qui s'étaient montrés les plus actifs à démolir l'édifice.

Ainsi , à une révolution ennemie jurée de l'histoire succéda l'empire, où tout fut imitation : pour symbole, l'aigle tenant la foudre; dans le palais, les dignités militaires et civiles, telles qu'on les trouve dans Hincmar ; un grand aumônier, comme aq temps où les Capets jetaient des poignées d'or au peuple ; enfin , !a loisalique, comme règle de la succession au trône. Si ?fapoléon

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veuait à mourir sans enfauts , ses successeurs désignés étaient Joseph, puis Louis, mais non Lucien ni Jérôme, qui avaient épousé des plébéiennes. La confédération du Rhin rappela la ligue du Rhin , imaginée par Richelieu ; il y eut un pacte de famille , comme sous Louis XIV ; la Légion d'honneur ressuscita les ordres chevaleresques, et Napoléon 1*envoya avec une prodigalité solennelle aux rois et aux princes , qui lui décernèrent en retour leurs décorations ; des familles historiques sollicitèrent des pensions et des titres de l'homme du peuple. Dans ce brusque passage de la république à l'empire , les sansculottes de la veille se trouvèrent des altesses, des monseigneurs, des connétables, des grands électeurs, des arcliichanceliers, des maréchaux ; des couronnes ducales surmontèrent des noms régicides; des conventionnels portèrent la clef de chambellan ; le peuple s'empara de tous les hochets arrachés à l'aristocratie.

Le nouveau pouvoir cependant ne rejeta aucune des formalités propres à le faire respecter. Un registre -ouvert dans toutes les communes , et où l'absence devait être considérée comme une adhésion tacite , donna à Napoléon la sanction du suffrage populaire. Il voulut avoir celle de la religion ; et Pie VII , consentant à couronner le guerrier qui venait de s'incliner devant le Christ , heureux d'exercer ainsi une dictature morale , reconnue par le génie le plus vigoureux de l'époque, se mit en route a l'âge de soixante-deux ans , non , comme son prédécesseur Pie VI , pour subir à Vienne les outrages d'une antique dynastie , mais pour en consacrer une nouvelle.

Le pontife fut traité avec des égards et des respects à travers lesquels perçait l'orgueil. Ou remarqua que Napoléon, qui se porta à sa rencontre, monta dans le carrosse le premier, y précédant, lui homme d'hier, le pontife de tous les siècles. Fonctionnaires, citoyens de tous rangs vinrent s'incliner devant lui , aussi facilement qu'ils avaient , le jour d'avant , renié Jésus-Christ et son vicaire. Pie VII gagnait les cœurs par sa mansuétude. Comme il donnait uu jour la bénédiction au peuple agenouillé , il vit un jeune homme resté debout, le chapeau sur la tête : Mon ami, lui dit il, si vous ne croyez, p«s à i efficacité de la bénédic*

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tion du pontife , croy£z du moins que celle d^un vieillard ne saurait porter malheur.

La solennité du couronnement fut pleine de pompe ; mais elle put paraître étrange à ceux de ces grands dignitaires qui se rappelaient leur rôle de la veille. Napoléon prit la couronne des mains du pape, et se la posa sur la tête (2 décembre) ; il couronna ensuite Joséphine, qui, le jour précédent, avait reçu la bénédiction nuptiale. Les journaux anglais ne manquèrent pas de jeter le ridicule à pleines mains sur cette solennité , qu'ils appelèrent une mascarade ; et Napoléon eut le déplaisir de s'y voir comparé lui-raéin^ à Dessalines , qui venait aussi de se faire couronner «mpereur.

Les Bourbons protestèrent contre ce couronnement , et tinrent une réunion à Calmar, où furent jetées les bases d'un système représentatif à donner à la France lors de la chute de Napoléon. Ainsi la vieille dynastie songeait à fonder les libertés publiques , alors que la nouvelle les démolissait. Mais leur parti au dedans diminuait chaque jour : la Vendée et la Bretagne étaient domptées ou divisées, et il s'y faisait de grandes améliorations ; la police surveillait les menées d'un. petit nombre de gentilshommes , et elle en tenait les ûls, toute prête à frapper quand il serait nécessaire de faire quelque exemple.

Le serment prêté par Napoléon consacrait, d'autre part, les conquêtes immortelles de la Révolution : l'égalité civile , le concours de la nation dans la confection des lois , la libre admission de tous les citoyens aux emplois et aux dignités.

Gharlemagne avait été roi d'Italie : ce titre devait aussi tenter Napoléon ; il l'avait une seconde fois conquise ; il s'agissait de i'orgaiiiser de nouveau. Les patriotes italiens se flattaient que Napoléon , volonté inébranlable , organisateur puissant , réunirait cette Italie que la nature avait faite une, que les conventions politiques seules ont morcelée. Mais déjà le Piémont se considérait comme attaché de fait à la France. La Toscane avait été érigée en royaume d'Étrurie pour un infant d'Espagne. Il fallait concéder un domaine temporel au pape, avec qui l'on était réconcilié. La volonté de la Russie protégeait le royaume de Naples ; la possession de Venise avait été confirmée à l'Autriche. Les Italiens s&

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