‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 101 sur 159 · SUISSE UNITAIHB. — CAMP DE BOULOGNE · texte numérisé non relu

SUISSE UNITAIHB. — CAMP DE BOULOGNE

voyaient doue arracher encore une fois Tespérance de Funité ^ de la liberté de leur patrie , qu^ils attendaient de Tépée victorieuse et de la volonté de fer d'un héros issu de leur sang. Il ne restait de disponible que Milan et la Lombardie , belle et forte contrée toutefois , qui avait cinq millions d'habitants , soixantedix à quatre-vingt millions de revenu, et quarante mille hommes capables de porter les armes. Talleyrand proposait d'en faire, au lieu d'une république, un royaume pour quelque prince autrichien, comme compensation et gage de paix; mais Bonaparte , qui avait un faible pour sa première conquête, et qui savait que le vœu des Italiens était de n'appartenir ni aux Français ni aux Allemands , résolut de conserver l'indépendance de cette province. De bonnes fortifications devaient la défendre contre les Autrichiens postés au delà de l'Adige, et en garder toujours l'entrée ouverte à la France, qui, en conservant le protectorat, serait à portée de faire passer de là ses ordres dans les contrées du midi , jusqu'à ce que le hasard des événements la mit à la tête d'une confédération italienne. Pour arrêter les bases d'une constitution , il convoqua ( janvier 1802 ) à Lyon, à moitié route de Paris et de Milan, une assemblée de quatre cent cinquante représentants cisalpins. Le premier consul s'y rendit en personne, avec l'intention d'y passer solennellement en revue les vingt-deux mille soldats revenus d'Egypte sur la flotte anglaise. Cette constitution créait trois collées électoraux permanents et à vie , qui se complétaient eux-mêmes; savoir, trois cents grands propriétaires, deux cents gros négociants, autant d'hommes de lettres , de savants et d'ecclésiastiques. Ils avaient à choisir dans leur sein une commission de censure de vingt et un membres , chargés d'élire tous les corps de l'État ; plus , huit consulteurs pour veiller au maintien de la constitution et délibérer sur les traités ; ils devaient nommer enfin le président de la république. Un conseil législatif de dix membres était appelé à préparer les lois et les règlements, et à soutenir les projets devant le corps législatif, composé de soixante- quinze membres, dont quinze, désignés comme orateurs, devaient discuter les lois soumises au vote de l'as* semblée.

NAPOLEON EMPEREUB. 203

Telle était la constitution que les représentants cisalpins ne firent qu'accepter ; puis, s'humiliant jusqu'à Taveu de leur impuissance , ils déclarèrent qu'ils ne connaissaient personne plus digne d'être président de la république que !Napoléon Bonaparte ' (26 janvier). 11 leur adressa ces paroles : « La république « cisalpine , née du traité de Gampo-Formio , a subi de nom- « breuses vicissitudes, et les efforts faits pour la soutenir ont été et vains. Envahie récemment , elle semblait perdue, quand, pour n la seconde fois , le peuple français est venu vous venger et vous ft rendre l'indépendance. Depuis lors^ que n'a-t-on pas tenté « pour vous démembrer? Mais la France vous a protégés ; vous « avez été de nouveau reconnus à Lunéville ; votre territoire « s'est accru d'un cinquième ; vous existez avec plus de force « et d'espérance. En vous donnant des magistrats , je n'ai songé a ni aux lieux , ni aux factions , mais seulement à vos intérêts. « Je n'ai trouvé parmi vous , pour les fonctions éminentes de « président , personne d'assez accrédité, assez libre de préjugés, « ni qui ait assez mérité du pays par ses services. J'adhère au « vœu qui m'^ été exprimé, et je conserverai , tant qu'il sera « nécessaire, la grande pensée de vos affaires. »

Cet État , qui se composait , comme le disait Bonaparte , de dix nations différentes > , reçut le nom de république italienne. Alors commença l'une des époques les plus calmes et les plus prospères dont ait joui ce pays. Le président était éloigné; Melzi, qui en remplissait les fonctions à sa place, était bienveillant et aimé. Le mérite et les talents furent bien traités , le commerce, l'armée dans un progrès croissant, les transactions faciles, les espérances pleines d'ardeur.

Mais, dès ce moment, les esprits prévoyants disaient que la république italienne était le prélude d'un royaume. En effet , quand Napoléon fut devenu empereur, le vice-président et tous les hommes influents lui demandèrent un roi qui ne relevât pas directement de la France, qui n'employât que des fonctionnaires

> C'est la première fois que ces deux noms se trouvent réunis. ' Milanais, Mantouans, Bolonais, Navarrais, Valtelinois, Romagnols, Vénitiens subdivisés en Borgamasques , Brémasques et Brescians.

304 SUISSE UKITÀllE. — GÀI(r<|M,BOULOOHB.

Misas, el sans année francise. Josaph.Jkmap«rte fax déugiié (1S0&) ; mais comme il refusa , Napoléan eirat pcuiTOir di^osor èMngréd^un État que lui-même avtit ciéé, et mettre sur fs tête la couronne de fer. La création iu royaume d'Italie fiusaît pressentir la mine de ees autres républiques édoses au bmitda canon , de ces constitutions qui a*étaieat basées ni sur les moeon ni sur Tbistolre ; et i*on prévoyait que Napoléon, qui n*aiin«it pas les États faibles , arriverait à réunir ritaUe-dao^ un grand «orps. Il rassura les princes, en leur déclarant qu'il s*tti8Sttt uniquement d'un changement de titre, et. que du resa Une détendrait pas. NéaoQioins, pour empêcher les déluffqueoMBls des Anglais, il trouva que Gênes, Lucqueset livounieliD étaient nécessaires. Gènes ^ dit-il, est deitfnée à formerez matelots : elle doU avgir six miiie hommes à bord des esta* dres, etfai besoin de vieux marins. Ce prétexte lui parut sof* fisant , bien qu*il eût promis au sénat français qu'il ii*iyoutenit pas une province à Tempire. Les patriciens génois , poussés par Saliceti, vinrent eux-mêmes s*offrir (juin); et il adoucit pour leur pays la perte de Tindépendanoe, en y envoyant pour Torganiser rarchitrésorier Lebrun, homme conciliant et prud^t '. INapoléon avait promis à Paul I^' de restituer le Piémont à la maison de Savoie. Mais ce prince une fois mort , il s'embarrassa peu de sa promesse , et il garda ce pays comme division militaire, sous le commandement de Jourdan. Sa politique ne manqua pas d'y entretenir les rivalités et les intrigues, et il favorisa Taristocratie piéoiontaise : après avoir res^tué au royaume d'Italie les pays qui avaient appartenu anciennement à4a Lombardie, il réunit le reste à l'empire français. 11 faisait ainsi dépasser à la France ses limites naturelles ; il fondait une autre domination étrangère dans cette Italie, qu'il avait promis de délivrer do joug étranger.

' Il lui écrivit de Boulogne, le 11 août 1805 : « Je n'ai réuni Géses que pour avoir des matelots. Avez-vous espéré gouverner des peuples sans les mécontenter cl*abord? Vous savez bien qu'en fait de gonvemem&ai, justice veut dire force comme vertu. Serais-je assez décrépit pour qu'on pût me faire peur du peuple de Gènes? La eeule réponse à c^'ltc dépêche, c'est : Des matelots! des matelots! w

TROISIÈ&IE COALITION. — PAIX DE PBESBOUBG. 206

Le duc de Parme et de Plaisance, ii*ayaut pas voulu accepter rÉtrurie qui lui était offerte en échange, resta eu possesdon du duché jusqu*à sa mort (oct. 1802) ; la France, après, lui fit administrer ce petit État sans destination arrêtée, et le réservant comme appât, soit pour le pape, qui réclamait une indemnité pour les légations, soit pour la maison de Sardaigne, soit pour rÉtrurie, qui, en s'incorporant ce pays, serait devenue la seconde puissance de Tltalie. La rupture avec la Russie étant venue affranchir Napoléon de tous ménagements, les deux duchés furent réunis à la vingt-huitième division militaire de la France (2t juillet 1805). Déjà i'tle d'Ëlbe était passée entièrement sous la domination française ( 11 septembre 1802). Louis, roi d'Étrurie, étant mort en 1804, cet État devait passer à Tinfant d'Espagne Charles-Louis , sous la régence de la reine douairière Marie-Louise. Celte princesse reçut en effet le serment ; mais Murât fit occuper Livourne , Piombino et le littoral toscan, en attendant le moment d'oser davantage.

TROISIERre COAUTION. — PAIX DE PRESBOURG.

Napoléon promettait Tordre et la gloire, en compensation de la liberté: il sentait la nécessité d'illustrer son nouveau titre par des victoires : d'autre part, en se donnant pour le successeur de Charlemagne, il annonçait qu'il n'y avait point place pour lui dans le système politique de l'Europe, et qu'il aspirait à y prédominer. En effet, il foula aux pieds non-seulement le droit des gens en violant le territoire neutre de Baden pour y enlever un prince voué à la mort, mais il fit voir qu'il ne respecterait les agents diplomatiques ni dans l'Empire , ni même dans les pays neutres. Il fit arrêter en Hanovre le ministre d'Angleterre; d'autres, à Munich et à Stuttgard, ne durent leur salut qu'à la fuite ». Il avait cru surprendre aussi, avec le duc d'En-

' 11 serait juste do rappeler que les agents que nous avons nommés

30l> TBOISIÈME COALniON.

ghien, Gustave- Adolplie de Suède, roi chevaleresque, qui protesta contre Tassassinat du prince. Alexandre de Russie protesta également ; il aspirait à se poser en protectear du corps germanique, quand T Autriche et la Prusse laissaient faire en silence.

En réalité TAutriche restait indifférente à tant d*outrages, hien que son titre impérial lui commandât de prendre en main la défense des droits germaniques : elle ne s*occupait que de ses propres affaires. Tout en donnant à la France des assoranoes de paix, elle mettait sur pied trois cent mille hommes, à Texeinpie de Napoléon. Voyant son influence perdue en Allemagne, et qu*un empereur pourrait bien être élu en dehora de sa maison, die mit pour condition à la reconnaissance de Napoféon la faculté de pouvoir attacher le titre impérial à ses États héréditaires. En conséquence , François II s'intitula empereur élu d*Allemagne et empereur héréditaire d'Autriche (Il août 1804). L*effroi paralysait les autres princes allemands, qui saluai^ten tremblant le nouvel empereur, tout en faisant des vœux pour l'Angleterre, qui reprenait une attitude hostile. A peine l'homme de la guerre, Pitt, fut-il rappelé au ministère (1805), qu'il demanda aux communes cinq millions de livres sterling pour soutenir la politique de sécurité , c'est-à-dire pour faire que chacune des puissances de l'Europe fût assurée de son existence : il entraîna ceux qui hésitaient, en déclarant ennemis les États neutres , ce qui s'adressait à la Hollande et à l'Espagne. La Russie accéda à cette ligue formée pour la paix et l'indépendance de l'Europe. Le czar devait fournir cinq cent mille hommes; et l'Angleterre, un million deux cent mille livres sterling par mois , pour chaque cent mille soldats que ferait marcher la Russie. Une fois d'accord, les deux puissances demandèrent l'évacuation du Hanovre, du nord de TAIlemaf'ne, de l'Italie et de l'île d'Elbe, le rétablissement du roi de Sardaigne avec augmentation de territoire , l'indépendance du rovaume

plus haut se trouvaient compromis, par dt's lettres et des pièces autlirntiqties, dans les complots qui menaçaient alors la vie de ^^1po]éon.

( Am. R. )

PAIX. DE PflESBOURG. 207

de Naples. Elles exigeaient que TEurope fût organisée de manière à la rassurer contre de nouvelles insurrections , et à garantir rindépendance et la nationalité de chaque puissance. Pas un mot, au reste, du rétablissement des Bourbons ; elles protestaient même qu'elles ne se mêleraient en rien du gouvernement intérieur de la France, et ne feraient point de conquêtes pour elles-mêmes.

L'Autriche se laissa aussi séduire par les avantages considérables qui lui furent offerts ; et,, sons sortir de sa dissimulation, elle mit sur pied trois cent vingt mille hommes, avec promesse de trois millions sterling en 1805, et de quatre Tannée suivante. Les coalisés entraînèrent facilement les puissances secondaires. Pour décider aussi FEspagne, ils n'épargnèrent ni ses rares bâtiments ni ses nombreuses possessions , et l'on se tint pour assuré qu'au premier revers de Napoléon elle se tournerait contre lui, ce qui ferait une puissante diversion. Le Portugal marchait avec l'Angleterre ; Caroline de JSaples adhéra en secret à l'alliance, la Suède ouvertement , et la Turquie elle-même entra dans la coalition. Le Danemark resta neutre, ne pouvant se résoudre à s'unir avec la Grande-Bretagne après les insultes qu'il en avait reçues. II en fut de même de la Saxe. La Bavière resta ûdèle à Napoléon. La Prusse, royaume de création récente, n'avait pas hésité, bien que frémissant encore du meurtre du duc d'Enghien, à reconnaître Napoléon ; elle s'obstinait dans une neutralité désormais impossible, et que Napoléon lui-même avait violée. Il lui offrait, si elle voulait faire cause commune avec lui, le Hanovre, la Poméranie suédoise, et les villes hanséatiques. Alexandre menaça, pour lui faire adopter le parti contraire; elle leva des troupes , et s'obstina dans une inaction qui allait compromettre le succès des efforts dirigés contre la France.

L'Europe -s'avançait donc de nouveau contre elle, ayant pour trésoriers les Anglais , la Russie pour arrière-garde : cette foFs ce n'était plus pour étouffer la liberté chez une nation qui l'avait conquise, mais pour rendre aux populations leur indépendance, menacée par l'ambition d'un conquérant. C'est ainsi que la Révolution voyait son triomphe proclamé par la bouche de Tarmée qui naguère avait marché contre elle.

208 TB0181ÉME COALITION.

Les armateurs français faisaient chaque jour de riches eaptures sur les Anglais ; et Napoléon eut la pensée d'envoyer dans rinde trente-six mille hommes en aide aux Mahnittes, pour arracher cet empire à ses conquérants. Mais Nelson et Sidney Smith eurent ordre de couler bas tout bâtiment capturé qui jaugerait plus de cent tonneaux, d'expédier les autres à Malte, d'incendier les ports et les rades de TËspagae. Surinam fut occupée par les Anglais , ainsi que Corée. On ne respecta ni pavillon ni territoire neutre, et cette violation du droit des gens parut justifiée par celles de Napoléon. De nouveaux projectiles semèrent l'incendie dans les ports. Restait cette foule de bâti> ments réunis à Boulogne par Napoléon; mais, bien que les brûlots sous-marins inventés pour les détruire manquassent leur effet, toute tentative de descente fut empêchée par la supériorité de la marine britannique, et les souante-dix vaisseaux qui devaient protéger la flottille se trouvèrent dispersés ' . Dès lors il fallut renoncer au coup hardi qui, dans la pensée de Napoléoo, devait trancher à Londres les mailles du filet dont l'Europe entière cherchait à Tenvelopper.

Napoléon s'attribuait le rôle de la modération, et prétendait avoir voulu la paix; mais la France frémissait > en se voyant en-

' La supériorité de la marine britannique n'eût peut-être pas empèciié la descente , si la conception de Tempereur avait été exécutée par ses amiraux. Le plan de Napoléon consistait à faire opérer à la Martinique la jonction de Villeneuve avec les Espagnols ; à débloquer, au moyen de ces deux escadres réunies, la flotte qui était à Brest, commandée par Gantheaume ; et à entrer immédiatement dans la Manche avec toutes ces forces, pour y protéger le débarquement. La première partie de ce plan avait réussi ; mais Pamiral Villeneuve , après son heureuse navigation de la Martinique, qui avait dépisté les Anglais, perdit courage tout à coup et trompa Tattente de Tempereur, qui l'attendait dans la Manche; il se retira, déconcerté, vers Cadix, qui devait être bientôt le théâtre d'un grand désastre. On peut consulter à cet égard les Études sur les guerres maritimes, par M. Jurieude la Rovière, homme du métier, et très-habile écrivain. ( âm. R. )

' La France put regretter la paix , mais sans accuser son gouvernement, qui en cette circonstance avait témoigné, par ses offres, un désir sincère d'^accommodeiueiit.

PAIX DE PBESBOURG. 2C9

traîoée dans une guerre générale par Fambition d'un homme qu'elle avait élevé pour rendre le calme au pays. Les vains efforts tentés à Boulogne avaient épuisé le trésor : en conséquence, l'empereur obligea la banque de France à lui donner cinquante millions; de plus, il avança la conscription de 1806, raviva les haines contre l'étranger, et réveilla Fenthousiasme militaire.L' Autriche, qui avait mis sur pied tous ses archiducs, renonça à ses habitudes de temporisation : au Heu d'attendre l'arrivée d'un demi-million de Russes , elle crut mieux faire de passer l'Inn , afin d'empêcher la Bavière de s'unir à la France. £lle résolut donc d'occuper Clm, puis de se placer sur le Danube, en cherchant à entraîner les populations de Wurtemberg et de Baden : alors la Prusse renoncerait probablement à sa neutralité armée, ce qui formerait un jfront redoutable. En même temps une seconde ligne opérait en Bohême , flanquée par un corps russe. Mack devait par le Tyrol s'appuyer sur l'armée du prince Charles en Italie, tandis qu'on ap{)ellerait le pays à l'indépendance, ainsi que la Suisse. François II et Alexandre devaient former une arrière-garde formidable ; l'Angleterre assiéger la Corogne, et favoriser en Espagne une révolution de cour ; on exciterait INaples à seconder le prince Charles, en prenant ainsi à revers le royaume d'Italie.

Fouché avait dit à [Napoléon : // vous faut un autre Marengo, et cela dans les premiers mois; tout retard est mortel. En effet, l'empereur fit partir l'armée réunie a Boulogne ; et, méditant un de ces coups hardis que le succès seul justifie, il se dé* cida à se porter en arrière du corps de Mack, pour lui couper toute communication avec les Russes. 11 savait qu'en violant le territoire de la Prusse il s'attirait cette puissance sur les bras; mais il n'hésita point. Bientôt Mack fut enfermé dans Ulm, et trente-trois mille Autricliiens mirent bas les armes, sans qu'il y eût une goutte de sang versé (octobre 1805) ; fait si honteux, qu'on a voulu l'expliquer- par la corruption. L'Autriche punit sévèrement les généraux qui avaient donné un si lâche exemple.

Le prince Charles, qui manqua de son habileté ordinaire contre Masséna , eut peine à se tenir sur la défensive en Italie , et battit en retraite vers A'ieone, tandis que Napoléon devait à

210 TIOUIÈMB COAÙTIOH.

marches stratégiques des victoim qui ne lui eodtaieBt qie des pertes légères. Quarante-quatre mille Autricfaieiis étalc&t priaouDÎers ; il renvoya sur parole einquante-trois o&iden supérieurs, après les avoir gagnés par des iouanges et dei distûMtions.

Mais déjà les Russes s'avançaient rapidement. Aleiandie arriva à Berlin pour déterminer le roi de Prusse à se déelarar; il importait donc beaucoup à napoléon d*atterrer sans retari ses ennemis. En conséquence il mareha droit sur Vienne» où â entra en mattre, et data ses décrets du palais impérial de Sebcenbrunn. S'étant emparé par surprise du pont du Danube, il pan en Moravie, décidé à livrer une grande bataille. Il ea aiiit besoin pour tranquilliser Paris, où déjà se manifestait quelqse disposition à détacher la cause de Napoléon de la cause nationale. En outre, le danger était toujours imminent du ctté de la mer. La flotte française et espagnole, composée de trentotrois vaisseaux, ayant rencontré à TVafalgar celle des Anglaîi, qui en comptait vingt-sept, avait été écrasée; mais T Angleterre avait payé de la vie de Nelson ce succès , comparable à celui d*Aboukir.

Uue victoire était donc indispensable à Napoléon. Les alliés s'étaient concentres ; ils avaient derrière eux d^autres Russes qui s'avançaient, et la Prusse qui hésitait encore. Ils ne pouvaient soupçonner que Napoléon voulût s'écarter de sa base d'opérations, pour s'aventurer dans un pays dangereux. Il eut l'art d'entretenir chez eux cette confiance ; puis il engagea à Austerlitz (2 décembre ) une bataille qui démontra ce que peut Faodace du génie , avec d^ forces inférieures. Le carnage fut horrible : les Russes et les Autrichiens y perdirent quarante mille hommes, tués ou blessés ; neuf généraux et huit cents officiers restèrent prisonniers.

« Soldats, dit Napoléon, je suis content de vous ! Vous aves « à la journée d' Austerlitz justifié tout ce que j'attendais de votre « intrépidité : vous avez décoré vos aigles d'une inmiorteUe « gloire. Une armée de cent mille hommes, commandée par les « empereurs de Russie et d'Autriche, a été en moins de quatre • heures co\içto o\xdv&\y«t«ée. Ce qui a échappé à votre fer s'est

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noyé dans les lacs. Quarante drapeaux , les étendards de la « garde impériale de Russie, cent vingt pièces de canon, vingt « généraux, plus de trente mille prisonniers, sont le résultat a de cette journée à jamais célèbre. Cette infanterie tant vantée, <t et en nombre supérieur, n'a pu résister à votre choc, et désor- « mais vous n'avez plus de rivaux à redouter...»

Mais une bataille ne décidait pas du sort de la guerre, alors que des forces innombrables restaient encore aux alliés. Cependant si les Russes brûlaient de prendre leur revanche, les Autrichiens étaient plongés dans un tel découragement, que le parti de la paix l'emporta. Une entrevue fut ménagée entre François II et Napoléon, qui aimait ces conférences royales; et l'empereur d'Autriche y fut amené à conclure une paix séparée.

Alexandre, blessé de se voir abandonné des Autrichiens qu'il était venu secourir, évacua leur territoire. Napoléon put alors traiter sans façon ses ennemis déclarés ou douteux; il obligea la Prusse à faire de nouvelles concessions de territoire et à occuper le Hanovre , en la faisant mentir à l'Angleterre , avec qui elle négociait alors.

Talleyrand traita de la paix à Presbourg avec Lichtenstein et Giulay, tous deux portés pour la France. Napoléon put donc disposer des différents pays comme il l'entendait « pour assurer la paix. » Talleyrand lui avait représenté qu'il fallait laisser subsister l'Autriche , pour maintenir par sa masse l'équilibre de l'Europe ; lui enlever le territoire vénitien , le Tyrol , la Souabe , pour l'éloigner de la Suisse , et l'empêcher de fomenter éternellement des guerres en Italie, mais en lui donnant pour dédommagement la vallée du Danube, fleuve autrichien, avec la Moldavie, la Yalachie, la Bessarabie et la Bulgarie septentrionale. La composition de cet empire eût été ainsi plus homogène, et aurait procuré à Napoléon le titre de civilisateur; cette g'rande mesure eût réellement affermi la paix. Mais, fidèle à son système d'affaiblir les États, il ne voulut ni se concilier lo vaincu , ni le détruire : il ne fit ainsi que créer des mécontentements , et se condamner lui-même à combattre sans cesse ceux qu'il ne pourrait vaincre toujours. Voilà pourquoi les

311 TAOISIBMB COU.1TION. * PAIX D£ PfiBtWMlÉft.

difliêrentes paix qu*il conclut ne furent que des UMMunts de npo8 , et comme des étapes pour son armée.

L'Autriche céda donc au royaume d'Italie Venise, avec la Dalmatie et rAlkianie; à la Bavière, le Tyrol, la principauté dTEiehstadt , l'évéché de Passau et la ville d*Aiig8lx>urg ; au Wurtemberg, à Baden, à la Bavière, ses possessions héréditaires en Souabe , dans le Brisgau et dans TOrtenau ; en tout , cent trente-trois milles géographiques carrés, avec un million sqpt cent mille habitants et quatorze millions de revenu. £Ue reooo- But en outre la constitution suisse, ainsi que les. électeurs de Civière et de Wurtemberg en qualité de rois. Enfin François 0 fut obligé de payer cent quarante millions pour les frais de ta guerre, c'est-à-dire autant qu'il avait reçu de Pitt en snbsidei

Ce n*était qu'une demi-paix, puisque la Russie n'y prenait aucune part; on ne pouvait d'ailleurs espérer que l'Autriche, qd perdait ses barrières du Tyrol et de Venise « ainsi que les fitats méridionaux de l'Allemagne 4es plus voisins delà France, dût se résigner à cet abaissement. Ces changements de domination relâchaient eu outre les liens réciproques entreies peuples et les rois , et irritaient les premiers , en blessant leur nationalité '.

' « Une de mes plus grandes pensées avait été l'agglomération, la csaicentration des mêmes peuples géographiques, qu'ont dissous, wmodes les révolutions et la politique. Ainsi, Ton compte en Europe, bien qu'épars, plus de trente millions de Français; quioxe millioiH dïipagnols, quinze d^Italiens, trente millions d'Allemands. J'eusse voaki ftlre de chacun de ces peuples un seul et môme corpa de nation. C'est avec un tel cortège qu'il eût été beau de s'avancer dans la postérité et la bénédiction des siècles! Je me sentais digne de cette gloire. » Jfiâa. de Sainte' Hélène.

CONFEDEBATION BU BHIN. 218

CONFÉDÉRATION DU RHIN. — QUATIllEME COALITION. — BATAILLE D'IENA. — ROYAUME DE NAPLES.

La^ paix de Presbourg avait affranchi la péninsule italique de la domination étrangère. Le royaume d'Italie , accru d'un territoire considérable et des côtes de l'Adriatique, avec augmentation de vingt-dDq millions de revenu , embrassait vingt-huit mille lieues carrées , peuplées de six millions sept cent mille habitants. On avait applaudi à Naples au retour du roi Ferdinand comme à un symbole de paix ; mais il ne sut point pardonner. Conservant la peur quand les périls avaient cessé, il continua de poursuivre les opinions ; les exécutions , les bannissements ne s'arrêtèrent pas. Les soldats de la Sainte Foi n'avaient pas déposé les armes ; ils parcouraient par grosses bandes les Abruzzes, combattant et pillant. Les guerres précédentes avaient épuisé le trésor , et le roi avait recours à des expédients déplorables. Cependant l'implacable Caroline ne se donnait point de repos; et à peine l'Angleterre eut-elle rompu d» nouveau avec la France, qu'elle renoua ses trames avec Londres, en dépit de la neutralité promise à Napoléon. Bientôt les Russes et les iMonténégrins débarquèrent, et le Russe Lacy prit le commandement de l'armée napolitaine (2 septembre 1805), pour se porter dans l'Italie supérieure, et donner la main aux Autrichiens , prêts à descendre des Alpes.

Mais les destinées de l'Italie se décidaient en Allemagne. La bataille d'Austerlitz terrifia la cour de JNaples; elle se vit abandonnée par les Anglais et les Russes. Napoléon déclara que les Bourbons de Naples avaient cessé de régner, et il exhala tout son couiTOux contre la reine Caroline, qu'il traita de moderne Athalie. Celle-ci recruta de nouvelles bandes, et Fra Diavolo , Nunziante , Rodio , Sciarpa , reprirent leurs armes, aussi redoutables aux amis qu'aux ennemis de leur maître. Mais à peine eut- on appris que Masséua s'avançait sur le royaume

214 GOlcrÉDEBATlON AU UUN.

(Janvier 1806) , que Ferdinand s^enfiiit àraerme , en laisiant l'ordre à la régence de ne rendre les fortereaieB à aucune eondltion , c*est-à-dire qu'il commandait rbéroîsroe en prenant h faite. A peine le drapeau français eut-il para , que Ton s'enprena de capituler. Mais les Anglais oeeupèrentCapri; Gaëte résista; et les bandes, excitées par Caroline, continuèrent leur guerre de montagne. Joseph Bonaparte, qui avait bien administré le ro^faume et maintenu la discipline , fut. créé roi de Naples (81 mars 1806). Napoléon déclara que cette courooie serait toujours séparée de celles de France et d'Italie; et il àsait en instituant : Let peupkê de NapkM et de Sicile wU tombés en notre pouvoir par droU de comquéie , H comme formant partie du grand empire. Ainsi donc il élolgnaît le moment longtemps espéré de l'unité italienne, et U élerait «ne prétention qui n'avait de base que son assertion.

Bientôt le roi Joseph organisa le royaume à la françaiie : il y institua des ministères et un conseil d'État. Le taioUen fut affermé; les vingt-trois taxes indirectes ftirenl abolies^ d remplacées sans exemption, mais sans cadastre, par Tinpot foncier; les juridictions féodales et les privii^es des aoUes furent supprimés , mais non leurs titres; les fidéicommis asnulés^ et beaucoup de couvents fermés. On oi^anisa Tiostruction publique ; les jeux et les prostituées furent soumis à des règlements , dans Tintérét du use; une route s'ouvrit, conduisant de la rue de Tolède à Capo di Monte , et toutes les rues de Naples fureut éclairées. Le code Napoléon devint la loi du pays ; et , bien qu'il y fût introduit sans le^ jury, avec des commissions spéciales et des tribunaux d'exception, il en résulta une amélioration notable dans la jurisprudence et dans la distribution de la justice, de même que l'administration y gagna en force et en simplicité.

Mais la couronne de Naples était une couronne d'épines : la guerre se déchaînait sur tous les points. Gaëte se rendit; mais partout où se trouvait une montagne ou un buisson, sui^^issaieat des bandits. Les prisons étaient pleines; à chaque instant os fusillait , on pendait, et les exécutions arbitraires n'étaient pts leuiemenl le fait des militaires. Des conjurations fréquentes ar

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