‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 109 sur 159 · DESPOTISME IMPERIAL. — BLOCUS CONTIKÈNTAL · texte numérisé non relu

DESPOTISME IMPERIAL. — BLOCUS CONTIKÈNTAL

GHERRE D'ESPAGNE.

Napoléon disait à TUn de ses aides de camp^ en traversant les Alpes : yous croyez donc que c*est quelque chose de bien grand d*étre empereur des Français et roi d' Italie f Je ne me fais pas d'illusion, je suis F instrument de la Providence, qui me conservera tant qu'elle aura besoin de moi : cela passé, elle me brisera comme un veih^e ».

Que ne se souvint-il de ces paroles , et que n*dgit-il en conséquence ! Mais sa grandeur le fascina ; ilVabandonna à son orgueilleuse ivresse : il ne parla plus des peuples , il n'entendit plus la voix de la raison ; Tobéissance à ses côtés avait cessé de raisonner. Il éloigna Talleyrand , qui inclinait pour la paix ma* ritime , et qui^ trop pénétrant pour ne pas apercevoir le but où tendait Napoléon , voilait à peine sous la raillerie ce que d'autres dissimulaient. Il supprima le tribunal, effaça sur les monnaies et sur les formules le titre de république française , et répara Saint-Denis pour y installer les sépultures impériales. Il commandait la moralité comme un cérémonial , et le cérémonial comme un devoir. La cour se trouvait embarrassée de ces po{(npeux uniformes, de ces cérémonies aux règles invariables, deiîes réceptions du matin à Tancienne manière ; et le bon sens n*y trouvait pas moins à redire qOe Tanciènne noblesse. Napoléon représentait mal en Louis XIV ; il n était bien qu'au milieu «Pim état- major. La France pouvait désirer un souverain, mais lion ce faste par lequel il semblait renier son origine.

La réaction la plus déclarée contre les grands changements de 89 fut la création de majorats et de fiefs. Les territoires cédés il Napoléon par l'Autriche et par la Prusse en firent les frais ; h*s douze pairs de Philippe- Auguste et les chevaliers de la

' Mémoires du colonel de Baudus.

'2?»0 DKSPOTISllE IMPÉBIAL.

Table Konde lui servirent d'exempte. Il constitua donc dans l'I^tat vénitien douze duchés, auxquels il affecta un quinzième du revenu qu'en pouvait tirer le royaume d'Italie. Il se réserva six grands fiefs à sa nomination dans le royaume de Naples; il en créa d'autres, sous des titres de victoires, tant en Italie qu'en Allemagne; tout cela, sans interroger les peuples ni demander l'assentiment des cabinets.

L'homme qui distribuait souverainement honneurs, titres, pensions, royaumes, était l'objet de telles adulations, qu'elles pouvaient dépasser jusqu'aux désirs du maître <. £n détachant les esprits des illusions, il voulut aussi les détacher des réalités. Après avoir imposé le silence aux haines, il en vint à prétendre l'imposer aux opinions : il comprima la pensée et riustruction ; bientôt ce fut le tour de la foi religieuse ; et il voulut qu'aucune force ne subsistât hors de sa sphère. I^a guerre rendait l'impôt très-lourd, et il était perçu avec rigueur. La loi de la conscription ne respectait aucune affection; les réfractaires étaient condamnés aux travaux forces avec les voleurs, et Ton envovait des garnîsaires vivre à discrétion chez les parents, pour les obliger à dénoncer les fugitifs.

L'absolutisme engendre le mécontentement, et accroît le besoin de l'absolutisme. Une police très-active veillait sur les grands comme sur les petits; et indépendamment du pouvoir discrétionnaire qui lui était laissé, indépendamment de l'institution des cours spéciales , Tordre constitutionnel pouvait être suspendu dans des départements entiers. Napoléon reproduisait les formules de Louis XIV, lorsqu'il disait : « En Angleterre, « le pouvoir est monarchique, aristocratique, fractionnaire: « c'est pourquoi la nation en est séparée, et une opposition est H nécessaire. Mais ici le peuple m'a transmis ses pouvoirs ; le « peuple, c'est moi, et il ne peut avoir un intérêt distinct du « mien : me contredire, c'est attaquer en moi lintérêt public

* '( Quelle monstruosité pour ciixl quel renversement de tous Iimii^ principes ! Que de choses extraordinaires j'ai fait faire I Et pourtant ritii de tout cela n'était commamlc^, pa.s m^nic aperçu ! » Mém. de Sainte-

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« tout entier. » A ce langage, ne semblerait-il que rien en France ne s'était fait depuis 1789 ?

Napoléon lui-même sentait combien son règne était fragile depuis qu'il avait perdu Tappui de la liberté , et il songeait à se fortifier en s'entourant de rois de sa fiimille ■ ; mais il se trompa en morale comme en politique. Il avait placé Joseph à P^aples, puis Jérôme en Westphalie, en lui faisant épouser une princesse de la maison de Wurtemberg. Afin de s'assurer Tobéissance de la Hollande , point important , parce qu'elle était exposée aux attaques des Anglais , il lui donna pour roi son frère Louis (juin 1806), âgé alors de vingt-huit ans. Jérôme en avait vingt-deux; et tous deux, également insouciants, ignoraient complètement le caractère de leurs peuples. ]Napoléon ne s'en inquiétait guère , pourvu qu'ils restassent sur le trône, assujettis à ses volontés comme des espèces de- pachas. Aussi les tenait-il liés à l'empire par quelques hautes dignités : Joseph était grand électeur ; Louis, connétable. Mais il ne put les empêcher d'épouser les intérêts de la natiofi qu'il leur donnait à gouverner, et ^^ souvent étaient en contradiction avec ceux du maître qui avait la prétention d'exploiter leurs Etats. Dans le royaume d'Italie, outre les grands fiefs et le tribut de 30 millions, Piapo* léon se réserva sur les monts-de-piété une rente de 1,200,000 fir. pour les généraux et officiers qui avaient bien mérité de lui. 11 ruina ce pays par le système continental , et plus encore la HoI« lande, qui ne vivait que du commerce : ce fut à tel point que Louis résista , et voulut s'opposer aux spoliations arbitraires des généraux français; mais, sentant son impuissance , il tomba dans lé découragement. L'Allemagne répugnait aussi à tant de

' « Je sentais mon isolement ; je jetais de tous côtés des ancres de saiut au fond de la mer. Quels appuis plus naturels pour moi que mes firoclies? Pouvais-je mieux attendre de la part des étrangers? Je n'ai pas eu le bonheur de Gengiskhan avec ses quatre fils, qui ne connaissaient d'autre rivalité que celle de le bien servir. Moi , nomràais-je un roi ? il se croyait tout aussitôt par la grâce de Dieu , tant le mot est épidémique! Ce n'était plus un lieutenant sur lequel je devais me reposer, c'était un ennemi de pins dont je devais m'occuper. » Mém. de Sainte- Hélène.

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remaoiement, d'autaot plus que Napoléon imposait aux princes du Rhin, ses vnssaux, des conditions de nature à rendre tyranujques ces gouvernements, naguère paternels.

Après les grands coups frappés à Austerlitz et à léna, il n'avait plus en face de lui que TAngleterre. Le principal but de sa politique était de rabattre, et cependant jamais il n'étudia à fond ce pays : il n'en connut ni Faristocratie , ni la liberté, ni le sys* tème militaire et Ûnancier, ni les parlements ■. Il ne savait que lui jeter les noms de perfide Albion, de nation de boutiquiers, voulant que ses panégyristes Timitassent; c'était une manière de lui faire la cour. Il considérait les plaintes de l'opposition dans le parlement comme des symptômes de révolte , lui qui n'était habitué à entendre que des louanges. Pï'étant point au fait de ces manèges, les pétitions pour la paix lui paraissaient sincères; et il ne méprisait, pas moins que leur gouvernement ces soldats anglais avec lesquels il ne s'était mesuré qu'à Toulon. Ainsi, ne comprenant ni la constitution anglaise * ni la théorie du crédit, il croyait, qliand son oreille était frappée des déclamations du parlement et des tumultes des meetjpk^y que rile allait être bouleversée d'un moment à l'autre. Mais les emprunts énormes contractés par le gouvernement se fondaient sur le crédit; les subsides qu'il fournissait aux puissances étrangères animaient les manufactures, et rentraient en échange de leurs produits ; tandis que la France n'ayant plus d'échanges à faire, faisait sortir de tous côtés de l'argent qui ne revenait pas.

L'Angleterre au contraire, sûre d'elle-même, étudiait à fond son ennemi : elle n'entreprenait la guerre que lorsqu'elle se sentait appuyée de bons alliés, sur lesquels tombaient les premiers coups ; elle n'employait que des armées d'élite, paroe qu'elles

* M. Tliiers et d'autres écrivains affirment , au contraire^ que Napoléon » dont la pensée était sans cesse tournée vers ce pays , en avait acquis la connaissance la plus détaillée , au point d^étonner dans ses conversations les ambassadeurs anglais. ( Au. R. )

' 11 disait encore à Sainte-Hélène : La pauvre constitution anglaise est gravement compromise aujourd'hui ! ( C. C. )

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sont peu nombreuses, formées d'hommes de bonne volonté, et d'une admirable discipline. Les généraux, qui avaient à rendre compte à la nation , se retiraient sans consulter leur amourpropre, si cela pouvait assurer des succès à venir ou épargner des désastres inutiles ; s'ils réussissaient , ils savaient que les rangs de l'orgueilleuse aristocratie leur seraient ouverts : accord singulier d'héroïsme et d'esprit mercantile. Napoléon prenait ces précautions pour de la peur, ces retraites pour une fuite ' .

La marine de l'Angleterre était, en présence de celle de France, ce qu'était Napoléon en face des armées autrichiennes. Les amiraux français, fidèles à Taucienne tactique, se formaient en grandes lignes, et tâchaient d'en venir à l'abordage ou de tourner l'ennemi, pour le placer entre deux feux. Nelson, au contraire, concentrait le grand effort sur un seul point, coupait la ligne ennemie, et, les escadres une fois séparées, il les attaquait isolément. Cette tactique téméraire lui réussit, parce qu'il avait des hommes admirablement exercés dès leur enfance à l'artillerie comme aux manœuvres ; si bien que chaque vaisseau, avec une discipline parfaite, un ordre rigoureusement établi , pouvait se mesurer avec avantage contre un navire ennemi. De là vient qu^autant Napoléon était heureux sur le continent , autant il avait à souffrir sur mer. Au moment où la France se donna à lui, elle possédait quatre-vingts vaisseaux, soixante-dix-huit frégates , quarante-sept corvettes ; l'Espagne mettait à sa disposition soixante-quatorze vaisseaux et cinquante-six frégates ; les Provinces-Unies, quarante vaisseaux et trente-huit frégates. Tout cela fut perdu à Trafalgar, ou périt après dans des attaques de détail. Chaque expédition qui sortait des ports français procurait un triomphe aux Anglais, de sorte

* M. Cantu, qui épargne si peu le blâme à Napoléon, et qui juge toujours avec une extrême rigueur les fautes de ce puissant génie, use envers TAngleterre d'un procédé très-différent : ni son despotisme maritime et sa violence envers les neutres , antérieurs au blocus continental , ni ses prétentions arbitraires ou cupides, n'encourent ranimadversion de rhistorien. M. Cantu croit-il avoir présenté à Fltalie le règne de Napoléon sous un jour bien vrai , et avec une impartialité digne de son talent? Nous en doutons. ( Am. R. )

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qiM ee furent véritablement les guerres de Teinpire qui assarènnt la suprématie maritime de rAnglaterra. L'amiral Linois, qai avait mission de reprendre Pondidiéry dans Tooéan Indien , ftittaiDcu par une escadre marchande ; puis , à son retour, étant tombé au milieu de Fescadre de ramtral Warren, H fot forcé de se rendre. Une autre flotte, sortie de Brestpoor approvisionner la colonie de Saint-Domingue, fot battue et capturée; d'autres ftvent dispersées.

napoléon avait en mépris les spéculations, qui pourtant fiitsalent la grandeur de l'Angletenre; et Ton eut peine à lui fiûre comprendre l'utilité d'une banque» qui fut fondée à Paris par détf patticuliers.

L'Angleterre usant de rigueurs contre les neutres^ Napoléon arrêta de même contre elle le plan d'un grand système proliibitif. Lldée du blocus continental avait commencé à: être npjfiïqoéa en Amérique. La convention avait, par le décret do 18 vendémiaire an XI , proscrit toutes les marchandises et pfodnits manufacturés des pays soumis à l'Angleterre, 'et cria sous des peines sévères (jusqu^à vingt ans de fer pour les contrevenants). Napoléon avait donc pris le principe de son système à ces deux républiques ; mais il y donna une extension bien plus redoutable par les moyens qu*il y employa, et par l'intention évidente d'une domination universelle. Il songea à ceindre l'Europe entière d'un littoral tout à lui, depuis la Hollande jusqu'aux ties Ioniennes, d'où l'Angleterre devait demeurer exclue, la contraignant ainsi à mourir de faim, faute de débouchés pour ses manufactures et pour les produits de ses colonies. *

Un décret daté de Berlin, puis un autre de Milan , plus terrible encore, déclarèrent prisonnier de guerre tout Anglais trouvé dans les pays occupés, et de bonne prise tous navires, marchandises , propriétés , magasins appartenant à des sujets britanniques. Ordre fut donné de repousser tous bâtiments provenant des ports anglais.

Puérilité gigantesque , qui portait à une foule d'intérêts un coup funeste , et tournait la guerre contre les peuples , plus difficiles à vaincre que les rois. Il en résulta des pillages, des confiscations et un espionnage organisé dans toute l'Europe , la

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violation des magasins et celle des correspondances, la ruine des villes commerçantes, et la nécessité d'un despotisme auquel n'avait pas été réduit le régime de la terreur. Un bâtiment neutre cessa d'être respecté, lorsqu'il avait subi la visite des croiseurs anglais ; ce qui porta le dernier coup au commerce , puisque les navigations neutres ne pouvaient plus subsister.

Napoléon voulut donc accabler les Anglais, mais en commençant par accabler le monde entier : les hommes devaient se condamner aux privations , les terres produire des fruits inaccoutumés , les rois déployer une force despotique , que tous n'avaient pas ou dont tous ne voulaient pas user ; les pays même qui ne produisent rien, et n'ont ^ comme la Suède, que des côtes et des ports , devaient être obligés de les fermer. La ruine du continent en était le résultat certain ; et il n'était pas possible qu'une violence qui mettait l'empereur en opposition avec la civilisation entière , en voulant réduire à un trafic local tout le commerce qui naguère embrassait l'univers , il n'était pas possible qu'une telle violence fût de longue durée.

Des bûchers s'allumèrent (nouvelle inquisition commerciale) pour brûleries marchandises provenant de l'île ennemie; puis l'avidité en fit permettre l'introduction moyennant une prime de cinquante pour cent, et ensuite pat des licences particulières qui multipliaient la contrebande (1810). Des plaintes, des violations, des résistances, s'élevaient de toutes parts; le besoin de sucre, de café, de coton, devint une arme contre Napoléon, à qui une erreur économique nuisit bien plus que l'inimitié des rois '. L'industrie nationale fit des progrès; mais à qui profite- t-elle , si elle ne donne les objets meilleurs et à plus |)as prix ? Il avait pensé que les avantages dont jouissait l'Angleterre provenaient du commerce extérieur, et qu'elle succoinberait lorsque le continent européen lui serait fermé. Mais il aurait fallu fermer le monde ; sans quoi on montrait à l Angleterre

' Coletla est le seul écrivain , que nous sachions , qui défende ou rxcuse le système continental ( liv. VI ) , et blAnne la présomptueuse Italie ( livre VU ), qui n'était pas ciiarinée de se voir contrai nie à subir toutes les mesures françaises. ( C. C. )

3t6 BB8P0T1SME IMPÉilIAL.

combien elle était potnante, paisqu^dle pouYait te panarde TEurope. De ce moment , la politique de Napoléoii el eiUede r Angleterre se traduisirent, la première parle mol probURdoB, la seconde par celui de liberté du commeroe; et c^ett ao ana de ces principes que se tirent les guerrea el les •ilianffff qui aôvirent.

Les plans de Pitt araient été repris par Himnii^ et 'par Gastelreagh , qui étaient persuadés^ avec toute la nation,- de la néeeisité d*tme lutte à mort contre la prépondéraBce de Napoléoa. L'empereur déclarait le blocus de TAngleterre, quand fl m pouvait mettre un bâtiment à la mer sans qa*il fât prir par la croisières britanniques ; mais TAngleterre , en déelaranl qoe le pavillon neutre ne couvrait pas la marchandise, et qfoe tout bâtiment qui toucherait les côtes de France serait eaptoré, îméaBlI véritablement le commerce français.

L'Angleterre, informée qu'aux termes d'un arli^ seentdi traité de Tilsitt(1807), les flottes russe, portugaiae et danein devaient s'unir contre elle à celle de laFranoa, etivoya ds forces redoutables devant Copenhague (août), et exigea qoe sa flotte lui fût livrée jusqu'à la paix ; il fallut en eonaéqwnoe lui donner vingt vaisseaux , armés de plus de deux mille canoos. I/empereur Alexandre s'indigna de cette violation du droit d« gens , dont la sécurité publique fut le prétexte , et adhéra ai s^ème continental (octobre), bien qu'il y fût déterminé ea réalité par le désir de ne pas être troublé dans les conquêtes qu'il méditait ; et , s'unissant à Napoléon malgré la répugnaice de sa nation et de sa famille pour cette alliance , il déclara la guerre à la Grande-Bretagne.

Nous avons vu quels saeriflces avait feits à la république française le roi d'Espagne Charles IV. Un sentiment de loyauté et de solidarité royale l'avait fait protester avec force contre Tarrcstation de Louis XVI, et dépenser des sommes oonsi^lfêrablés pour le sauver. Après la mort du roi, il déclara à la France la guerre la plus patriotique , car le peuple lui offht soixantetreize millions pour en faire les frais. Cependant les premières défaites le découragèrent, et Charles fit la paix avec la répuUi* que. Devenu v\euiL etdégpûté des affaires, il mettait son plaisir

BLOCUS CONTI?IENTAL. — GUERBE d'eSPAGNE. 237

à faire observer Tantique cérémonial , à vivre en famille, à chasser assis dans son fauteuil , laissant toute Tautorité à la reine Louise de Parme, femme active et spirituelle. Emmanuel Godoï, simple garde du corps, s'était élevé au premier rang par sa grande capacité * ; il eut l'ambition de régénérer l'Espagne , et s'entoura des hommes les plus capables du pays *. Amant de la reine et favori du roi , il saisit Toccasion de se grandir et d'étaler son influence en décidant le traité avec la France , ce qui lui valut le titre de prince de la Paix. Cependant lorsque Napoléon eut renversé les Bourbons de Naples (5 octobre 1806), et enlevé les îles Baléares à l'Espagne en compensation de la Sicile, Charles IV, concevant des soupçons, entra dans la coalition , et le Midi répondit au cri de guerre poussé par le Nord. L'Espagne , restée à découvert par le désastre de la Prusse , se ré« signa à subir toutes les conditions; et Napoléon, qui ne se piquait pas de générosité , lui enleva son armée : seize mille hommes, sous les ordres du marquis de la Romana, furent envoyés combattre dans le Holstein.

La couronne de Portugal reposait sur la tété de Marie I*"^ : on dit que les découvertes amenées par le procès de Pombal augmentèrent son hypocondrie habituelle , et la mirent hors d'état de gouverner jusqu'à 1816, époque de sa mort. Don Juan, prince du Brésil, son fils, prit le titre de régent. Une éducation claustrale avait fait de lui un prince sans énergie, qui chantait au lutrin. Il se jeta dans la première coalition contre la France , et y envoya des troupes ; mais les corsaires français capturèrent pour deux cents millions de chargements qui venaient de l'Inde

' Le mérite de Godoï nous semble ici au moins exagéré : on sait de reste que sa grande capacité, si toutefois elle exista, ne fut point la cause la plus efficace de son élévation. M. Cantu accuse ici, dans une note que nous ne reproduisons pas, M. Thiers d^avoir répété sur Godoï les accusations les plus injustes de ses ennemis. M. Thiers nous parait . d'accord en cela avec la plupart des écrivains, tandis.que nous ignorons ftur quelle grave autorité M. Cantu se fonde quand il parle de la grande capacité de ce personnage. (An. R. )

* Jl suffit de citer le grand économiste Jovellanos et le poêle Mclende?..

38S DESPOTISME IMPimi AL.

et du Brésil. Une mauvaise administration aecnit les dépesm de ces armements, et, en 1797, il fiillut ôéer un pspi»> monnaie. Depuis lors les finances tombèrent de ^Ins en |^; puis TAngleterre occupa les forteresses qui entome&t Liibonne , et mit une garnison dans la Tîlle, eooi j^iétexte de ii garantir.

Juan avait épousé Charlotte-Joaehime, fille ' dfe Oiarics Hf d*Espagne , femme aMère et fougueuse , qui gonnnaDd^ h fainéantise de son mari, et vivait en mauvaise intirtUgeiieeam lid. Pris de mélancolie , il s'enferma daps le monastèfedellafra , où il vécut presque invisible (1805) ; mais ayant iléeDavnt une trame dont le but était de le faire passer pcmr aliéné , l^devint ombrageux : il prit sa femme en haine, et sHmâgiBavoir un ennemi dans tout homme de talent. L'intendant gâiéral de police , Ignace de Pina Manique, qtd semait les soapçons dm son esprit, possédait seul sa confiance.

Napoléon , à cette Craque , s*unit à TËspagne eôntre le PttPtugal , qui , abandonné par PAngleterre, aeheta la paii noaseulement par des sacrifices d'argent , mais encore avec des provinces , et fut obligé d'engager H la Hollande les mines ds Brésil. Mais la paix d'Amiens rendit une grande prospàilé à Lisbonne , qui redevint le marclié du monde , et où arrivèitst les galions , qui de longtemps n'avaient pu y aborder.

Napoléon éblouit Charles IV en lui proposant un partage ds Portugal , dans lequel la partie sepjkîntrionale aurait été dosnée au roi d'Étrurie , les Algarves au prince de la Paix,ia capitale remise aux troupes françaises ; puis il offrait à CharieslT le titre d'empereur des deux Amériques. L'ayant entraîné par ces belles promesses , il envoya eu Espagne un corps de troupes françaises (1807), commandé par Junot^ pour mardier sur le Portugal : il n'était composé que de vingt-quatre mille conscrits, n'ayant que des chevaux neufs et une artillerie novice , atteoda qu'il faisait peu de cas des liommes du Midt. Il enjoignit alors au Portugal de déclarer la guerre aux Anglais (octobre), de remettre la flotte aux Français, de fermer les ports diiTage, et de détruire les vignes de Porto , la richesse du pays.

Napoléon , V\îb\X\v^ îi Vi>3A. taire à coups de décrets, déclara

BLOCTIS CONTIINËMAL. — GUEBBE D £S]PAai|£. 2."9

que la maison de Bragance avait cessé de régner ». Il espérait qu'au moment où paraîtrait ce manifeste, Junot aurait déjà mis la main sur la famille royale et sur les diamants du Brésil ; mais il n'avait pas bien calculé les marches à travers les montagnes, sur lesquelles le despotisme ne peut rien. II avait écrit : (Jne armée de vingt-quatre mille hommes peut se nourrir même dans un désert, £n dépit de sa parole impériale, l'armée, dénuée de tout , eut horriblement à souffrir, et fît souffrir les autres. On fît des cartouches avec les archives ; on ôta le pain de la bouche des paysans , qui conçurent une haine mortelle contre les amis de leur roi, et commencèrent la guerre à coups de couteau.

Le régent se vit forcé de signer la ruine du Portugal ; mais Sidney Smith arriva avec sa flotte pour prévenir le coup, et obliger les rois d'Espagne et de Portugal à se retirer en Amérique sous la protection britannique; ce qui devait rendre les colonies indépendantes , et fournir des débouchés à l'industrie anglaise.

Le régent de Portugal , qui s'était embarqué dans un dénûment tel qu'il eut à pâtir de la. faim (25 novembre 1807 ) , accepta un asile sur les bâtiments anglais ; et Junot , à la tête d'un petit nombre d'hommes «xténués de fatigue , entra dans Lisbonne. Il était impossible de tenir un royaume avec si peu de monde ; mais Napoléon commandait , et il n'y avait pas de raison à lui opposer. Quand une députation de Portugais se présenta devant lui à Bayonne , sans attendre qu'ils' eussent pris la parole, il leur dit ; Je n^ sais pas encore ce que je ferai de vous ; cela dépendra des événements. Étes-vous dans le cas déformer un peuple ? avez-vous le volume nécessaire ? Fotre prince vous a abandonnés; il s'est fait conduire au Bréail par les Anglais : il a fait une grande sottise, il s' en repentira *. Cent millions furent imposés au pays par les conquérants ; des

' Malgré rassertion de divers historiens , il serait difficile de produira le texte offieiel de ce décret, qui ne se trouve ni au Moniteur, ni «lans les Archives. ( Ah. R. )

' De Pradt. Son livre sur les affaires d'Espagne peut être consuUé utilement, mais avec précaution.

240 ^^' DB8P0TISI1S IMPillIAL.

(«odamnalioBi à mort furent prononoéet, et il Art qoctfoOf pir raifon de sûreté , d'envoyer en France les soldait ainsi quel» hommes les plus marquants. La crainte que oe projet iMpîn redoubla le désir de secouer le joug, et les sèolèveiiMBti qid édatèrent eu Espagne en fournirent roccaaioii.

Ferdinand , prince héréditaire d'Espagne, eemetèrè ardent, souffrait de voir sa patrie réduite au rAle desatellHede Inftranee^ et livrée aux intrigues du prince de la PafiL : dissfandlant doue à demi ses projets, il s*était concerté avec BeaohamaisV ambassadeur de France, pour renverser ce parreim "Jnsdleat Charles IV, en ayant eu soupçon, accusa pnbii^pieiiieBt soi fils d'avoir voulu attenter à 9a vie , et le fit arrêter. Napolta ne fit qu'en rire : LaUsez-ks , dit-il , $*arrangêr entre eaar d ê'^iaiblir. il en résulta que Ferdinand deaumda à genoux ua pardon, qne son père lui accorda « par égard pour Napoléon. »

Dans le même moment, l'emperrar, fidèle à sa politique, faisait occuper l'Espagne par Murât, à la tête de quatre-vingt* quinze mille hommes, conscrits pour la plupart. Ces piteutas alliés devaient protéger le pays contre la perfide Albioa; mais ils se livrèrent à des excÀ de toutes sortes : ils pUlèreat, ib violèrent les églises.et les couvents, et surprirent les forteresses. L'empereur, qui de lion s'était fait renard, dissimulait encore ses pcQJets , attendant qu'on laissât tomber à terre cette eoiàronne, pour la ramasser avec son épée. 11 menaça , épouvanta la cour, pour la décider à s'enfuir en Amérique. 11 avait toutefois pris ses mesures pour la capturer en route. Mais le peuple , qui voyait déjà des t)Tans dans ses hôtes^ se souleva, et <sounit en tumulte à Aranjuez, où la cour était réunie, criant : yive ie prince des Aêturies ! mort à Godoî ! et le favori , qui s'était caché , fut fait prisonnier ( 17 mars 1808). A ce coup funeste, la reine éperdue ne garda plus de ménagement ; elle écrivit à Murat les lettres les plus abjectes % pour le supplier de sauver cette téie chérie, lui disant que leur seul désir était de vi^re ensemble tous trois. Ils of&irent tout pour obtenir ce^e grâce : Charles s'engagea à abdiquer en faveur de son fils Ferdinand. Ge prince

' Elles ont été publiées par Toreno.

BLOCUS CONTINENTAL. — GUEBBB D'ES^imV. 241

sauva Godoï en le faisant mettre en prison ; et il fut proclamé avec enthousiasme par le peuple (19 mars) comme le représentant de la nationalité, trahie par Charles et par Godoï.

Cependant Murât s'avançait ( 23 mars ) : lorsqu'il fut entré dans Madrid , il devint le centre de toutes les intrigues et dé toutes les espérances. Napoléon voyait avec déplaisir un roi faible remplacé par un prince dans la force de Tâge < ; en conséquence, il se proposa comme médiateur et arbitré entre le père et le fils. Trop peu confiant dans Famour du peuple, Ferdinand se laissa persuader de se rendre à Bayonne pour se concilier la faveur du fort (avril 1808). C'était un piège ; et Napoléon espérait bien l'amener à échanger le trône d'Espagne contre celui d'Étnirie, en épousant une de ses nièces. A peine fiit-îl arrivé, que Savary, instrument de cette fraude, lui enjoignit d'abdiquer. Ferdinand résista : le chanoine Escoïquiz , son confident , exposa ses motifs; de Pradt, évéque de Poitiers , qui plus tard

' M. ThierSy qui prétend avoir eu en main beaucoup dé documents nouveaux, et qui entre dans de longft détails sur ces honteuses intrigues, arrive à cette conclusion : c'est-à-dire que Napoléon imagiua de ne pas reconnaître Ferdinand VU, dont la royauté jeune , désirée des Espagnols, serait difficile à détruire, et de considérer Charles I V comme étant toujours roi , parce que sa royauté vieille , usée, odieuse aux Espagnols, sei'ait facile à renverser. 11 convient aussi que Napoléon, d'astuce en astuce, devenait à chaque instant plus coupable. Outre Tabbé de Pradt, nous avons des témoins oculaires, tels que Pedro Cevallos, Exposition des moyens employés par Napoléon pour usurper la couronne d'Espagne , Madrid, 1808; et Jean Escoïquiz, Exposition des motifs qui détermi' nèrent en 1808 Sa Majesté Catholique à se rendre à Bayonne, Paris, 1816. Il n'y a dMmportant^ dans le livre du général Foy sur cftte guerre ( 1824 ) , que le morceau sur l'organisation militaire de la France et de l'Angleterre. Les Mémoires des maréchaux Suchet et Gouvion Saint-Cyr concernent des opérations partielles. La meilleure relation est VHîstory of the war in the Peninsula and in the South of France, from Iheyear 1807 to theyear 1814, hy W.-F.-N. Napier, 1841. Voyez la Storia délie campagne degV Italiani, du général Vaccani , ainsi que V Histoire de la guerre et révolution d* Espagne, par Toreno ( Note de V auteur. )

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devait juger iNapoléon avec tant de sévérité , fut chargé de les réfuter ; mais les infants résistèrent à la tyrannie. Alors Napoléon eut recours à d'autres artiûces : il se fit envoj^er Godoî, qui avait été mis en liberté, appela Charles IV et la reine, puis les reconnut comme seuls souverains de VEspagne. Le vieux roi voulut , en présence de Tempereur, forcer Ferdinand à lui rendre le sceptre, et alla même jusqu'à le menacer de sa canne. Le prince dit qu il y consentait, pourvu que ce fût devant les cortès du royaume.

De ce moment F Espagne fut bouleversée d'un bouta l'autre. Déjà le peuple, dont le bon sens était plus clairvoyant que toute Tastuce des conseillers royaux, avait tenté d'enip{}cher le voyage de Bayonne ( 22 mai ) , et le sang commença à couler dans Madrid ; le couteau fit plus que la mitraille , et cinq cents soldats français manquèrent à Tappel. .Murât fit en conséquence afGcher cet ordre du jour : « Quiconque sera pris les armes à la « main sera fusillé ; de même ceux qui recèleront chez eux des « personnes armées. Tout attroupement de plus de huit per- « sonnes sera dispersé à coups de fusil ; tout lieu où il aura été <f tué un Français sera brûlé. Quiconque fera ou distribuera « des écrits provoquant à la sédition, sera fusillé. I^e^s maîtres » seront responsables pour leurs domestiques , les marchands « et les chefs d'ateliers pour leurs ouvriers , les père et mère « pour leurs enfants , les supérieurs des couvents pour leurs «1 religieux. » L'effet suivit les menaces; mais le peuple vénéra les victimes comme des martyrs.

Napoléon enjoignit impérieusement à Ferdinand de rendre la couronne à son père ; et des menaces corporelles , des terreurs morales, ainsi que la peur qu'on lui fit d'un procès relatif au soulèvement de Madrid , déterminèrent l'adhésion de ce jeune prince (6 mai 1808), placé entre un lâche favori, un père aveugle, et un voisin tout-puissant. A peine Charles IV fut-il redevenu souverain, qu'il céda l'Espagne et les Indes à Napoléon, à la condition d'y placer un roi indépendant de la France. Il obtint pour lui le château et les chasses giboyeuses de Compiègne, avec trente millions de réaux; quatre cent mille francs pour les infants*, la restitution de tous ses biens ù Godoï, qui avait

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ménagé le traité; et à Ferdinand le titre d*altesse, avec des biens en Navarre '. C'est ainsi que Napoléon détrônait la famille royale d'Espagne , et disait au peuple, dans sa proclama* tion : « Après une longue agonie , votre nation périssait. J'ai « vu vos maux , et je viens y remédier. Vos princes m'ont cédé « la couronne des Espagne». Je ne veux pas régner sur vos pro* « vinces, mais acquérir des titres éternels à l'amour et à la re*^ « connaissance de votre postérité. Votre monarchie est vieille; « ma mission est de la rajeunir. Confiez-vous dans le présent ; « car je veux que vos neveux gardent souvenir de moi ^ et disent : « Il a régénéré notre patrie ! »

Cétait un acte non-seulement inique, mais inutile; car Napoléon pouvait déjà tout ce qu'il voulait dans ce royaume , tandis qu'il se compromit par là en face de l'Europe, non plus en l'effrayant par l'enlèvement et l'exécution d'un prince , mais en s'abaissant jusqu'à l'intrigue, lui qui avait la force à sa disposition.

Les parvenus aspiraient au trône des descendants dégénérés de Charles-Quint et de Louis XIV , et Murât se croyait certain d'y monter. Mais Napoléon jugea qu'il y fallait un homme plus habile dans le gouvernement. Comme il n'avait pu se réconcilier avec Lucien, dans une conférence qui avait eu lieu àMantoue, il y fit passer Joseph , qui régnait à Naples , sans plus consulter le peuplequ'il nel'avait fait sur l'abdication. Une constitution fut donnée à l'Espagne, dans une représentation dont la mise en scène eut lieu à Bayonne; et c^est à peine si d'anciennes dénominations y servirent à déguiser les fqrmes françaises.

Napoléon s'empara à Madrid de tout ce qui appartenait à l'inquisition , et il ne trouva dans le palais de ce redoutable tribunal que sept cent cinquante mille francs, sans un seul détenu?

' Napoléon l:ii donna pour résidence le château de Valençay, appartenant à Talleyrand, auquel il écrivait de procurer au prince des distractions et des plaisirs ; de ne le laisser manquer ni de linge ni de batterie de cuisine; de lui amener quelques dames ; et concluait : Quant à vonSf votre mission est assez honorable ! Lettre de Bayonne, du 9 mai 1808.

944 DESPOTISME IMPUIAL.

Lé noareau roi Joseph fut traité en vaaal : «mondoniiftet ëêpesa tout sans même i*éeooler, ee qui cousita set pUuiteB;it ci monarque intrus se trooni sans ir^eiit 9 imiee qoe les pvofiiiGa ne payaient point. Napoléon , peu habitiié Jyaqofl-tt à eompier avee les nations, croyait que» tout éttint fini avee la cour. Sa était de même avee le peuple. Au oontraire: après avoir cntoré un roi , il se trou?a en face d*un peuple qui , .débonaasé di mattres timides, put embrasser avec anleur la came nationale, inaccessible aui séductions « aux intrigues , aux fainas firayens, et ne voyant» selon l'ordinaire du peuple , qa*an aenl but, vos lequel il s'élança sans dévier.

La France ne fut informée de rintrigûe de Bayonne qu*au no^ ment où éclata la résistance de TEspagne. rjwitUig 01 ome. reagh s'étaient réjouis de cet envahissemoit , penoadés qflê k peuple résisterait. Napoléon disait au contraire an chaaoisi Escoîquiz iLespaftoûUy a beauemq^ de moine» mmi /Êttin à subjuguer ; je le sais par expérience. Et à Tabbé de Pndt : « Si cette entreprise devait me coûter qualBe-vÎBgt mOfebomoKi, je ne la ferais pas ; mais douze mille y sufibront , e*est un enSmtiliage. Ces gens-là ne savent pas ce que c'est qu'une troupe française. Les Prussiens étaient comme eux , et l'on a tu coaiment ils s'en sont trouvés. Xroyez-moiy ce sera bientôt finL Je ne voudrais feire de mal à personne; mais quand mon dur politique est lancé, il faut -qu'il passe. Malheur à qui se troufe sous les roues !» II n'y envoya en conséquence que des cobs* crits; mais ee fîit encore un signe de mépris, et un encouragement à la résistance.^

L'Espagne , bien qu'en retard sous le rapport du pn^rès pratique, conservait dans son énergie un sentiment national, on déûr de régénération politique et de respect du droit, bien plus forts que chez aucune nation protestante '. Le peu pile, religieoii

* L'historien, qui s^est montré dans tout ce récit aussi iad^ilgent poor la politique égoïste et envahissante de TAngteterre qu*U est eérèreposr Napoléon, nous parait méconnaître ici les qualités fondamentales de caractère anglais , qui sont le sentiment patriotique et le respect do droit trtdUkmuftl. \a vlui^rt des autres peuples protestants de PEu-

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grossier, isolé 'de TEurope, sobre au milieu de PabondaDcc, y tire vanité de ses privations comme les autres de leurs jouissances; le clergé' y est habitué à exciter à la^ guerre , depuis le temps où Von combattait contre les Maures; et il y est aimé, parce quil partage les sentiments nationaux. Les provinces divisées et hostiles se réconcilièrent pour, combattre Fétranger, et le pays entier se souleva contre les maudits Français. Soixante mille soldats restaient encore à TEspagne, indépendamment du peuple, qui prit pour guide des chefs de bande , dont plusieurs devinrent célèbres, tels que Mina, l'Empecinado , Mancho ; les étudiants se donnèrent les noms deBrutus, de Cassius , de Scévola, soldats, généraux , héros improvisés. Une junte révolutionnaire se constitua dans chaque province : moyeu efficace pour soutenir là défense , en ce qu'il multiplie Tactivité, excite Témulation , met obstacle aux desseins de Tennemi , et empêche qu'une défaite partielle ne ruine la cause coibmune. Ailleurs c'était la guerre aux gouvernements ; là c'était la guerre au peuple : véritable armée républicaine qui obéissait à ses capitaines tant qu'ils faisaient sa volonté; qui combattait pour le roi, mais en manifestant toujours Tespéraùce d'arriver à un régime meilleur, de convoquer les cortès, de remédier aux maux éê la patrie.

lies chaînes de montagnes, qui avaient mis obstacle à l'unité du pays, devinrent les barrières de l'indépendance. Les grandes routes étaient bonnes , mais les chemins de traverse étaient impraticables ; point de villages , point d'eau, jamais d'ombre : il <^tait donc impossible qu'une armée nombreuse ne succombât pas. Les Espagnols ne considéraient pas comme une honte de fuir; ils éprouvaient donc peu de pertes dans une bataille; puis, embusqués 'dans les bois derrière de petits murs , ils tiraient à main posée , et tous les coups portaient. La victoire ne faisait gagner aux Français que l'espace du champ sur lequel ils avaient combattu ; l'énorme train d'équipages et de butin dont ils

rope septentrionale , la Ilollanrle , le bànemark , la Sirède , rAllemagne <lii Xord, ne nous semblent |»a^ mériter davantage le reproche do M. Cantii. (AH. R. )

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étaient suivis était pour eux une cause de défiHief. La liesMe et la barbarie marchaient front lefé afiee ees nnTnhiBSowi l^lais les besoins renaissants épuisaient rarmée, toujoiors eenfreinte de se retirer dans des pays incaltes, et dont on n^auit que des plans inexacts; pour vivre il CsUait dévaet«r, et par fit exaspérer les populations.

Le dépit d'avoir affaire à un ennemi insaisiasaUe exaspéraks soldats de Napoléon, qu devinrent aussi ftroeei dans^kv obéissance que les Espagnols dans la défense de leur terrilsirB. Le gouvernement se fit détester par les exéeutiains ^n'il se vit contraint d'ordonner, et par les mesures qu^exlgeaitune guem à outrance. Il fit une levée de chevanx dans la YleiUe-CMlîUe, et ordonna que Ton crevât un œil au reste , ou qn*il fit leada impropre au service militaire. Les généraux plllèrentt ites^ mirent des violations impies, parant leurs mattreaseï desdih mants enlevés aux madones. Vt semblait qoe la conduite de mettre autorisât les soldats à recourir à tontes feoites de mseï; mais ce qu'ils appelaient des stratagèmes blessait la liqfaalé espagnole, qui les accusait non-seulement d'arrogance» nali aussi de perfidie et de lâcheté.

11 ne pouvait résulter de là que des représailles te frère de Tun avait été tué après capitulation ; on avait vi femme d'un antre; on ravissait les filles d'un troisième ; et qui avaient été blessés ainsi dans leurs plus chères devenaient des brigands farouches. Les femmes se jetaient sur lei blessés pour les mettre en pièces, les faire griller sur des charbons , les égorger à plaisir ; on empoisonnait le vin des tonneaux et l'eau des puits. A Oporto , à Coî(nbre , des hôpitaux entien furent livrés au massacre ; sept cents prisonniers périrent^noyè dans le Minho. Il est vrai que les juntes patriotiques étaieot peu d'accord entre elles, et que les haines méridionales y pullulaient; mais les généraux de Napoléon eux*niénies, loin de rœil du souverain , opéraient aussi sans accord. Soult, l'un des meilleurs, avait dans Farmée qu'il commandait des républicains et des ambitieux , qui s'entendaient avec les Anglais : l'on dit qu'il fut question de le proclamer roi du Portugal. Ney, jaloux de lui , \e secotvdavl vcvîAv ^\.\Vf\A fiur le point de périr.

ttom

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Dupont se rendit par capitulation avec vingt-trois mille hommes au général Castanos , en réservant le butin qu*il avait fait, et en s'obligeant à s'embarquer pour la France. Mais les insurgés ne respectèrent pas des gens qui s'attribuaient leurs dépouilles sans garder des armes pour les défendre; aussi , lorsqu'ils furent embarqués , les Anglais les firent-ils prisonniers. Savary déclara qu'il ne pouvait* plus se soutenir à Madrid, et il se retira derrière TElbe avec un petit nombre de partisans du roi Joseph.

En Portugal , Junot se ressentit de ces échecs. 11 était déjà dans une position difficile , lorsqu'une armée anglaise débarqua à Porto, commandée par Wellington. Un premier revers des Français, à Yimieiro, encouragea l'insurrection, à tel point qu'il leur fallut capituler, pour être transportés en France par mer. Alors le Portugal soulevé conclut , sous IMnfluence des Anglais , une ligue avec l'Espagne. Masséna , qui fut envoyé de nouveau, eut à combattre la famine autant que l'ennemi, et fut obligé de se retirer.

Les Anglais connaissaient l'importance de cette possession , et tinrent tété vigoureusement à Soult, Ney et Junot. Wellington était un général qui n'avait rien qui tînt à l'école napoléonienne : honme de raison froide et sèche, de calcul et de mesure, n^ayant rien qui sentk Tépopée ni le roman , il se montrait extrêmement soigneux de ménager les populations au milieu desquelles il avait à combattre, et très-rigide à faire observer la discipline aux siens. Dans les douze énormes volumes qui contiennent sa correspondance relative à la guerre de la Péninsule , le mot gloire ne se trouve pas une seule fois. Ses harangues à ses soldats se réduisaient à leur dire : f ous êtes bien vêtus , bien nourris ; ceux qui ne feront pas leur devoir seront pendus.

Armer les populations ; n'en venir aux mains que dans des positions sûres et bien étudiées ; couper les routes et les ponts ; détruire les moulins , les magasins , les villages ; dévaster les champs: tels furent les moyens de défense que les habitants de la Péninsule enseignèrent aux Russes. Les rois ennemis de la France avaient en vain essayé de nombreux systèmes; les

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peuples s'avisèreut seuls de celui-là. Napoléon, qui n avait jamais que les rois en vue, n*y fit pas attention; et, pecsistaot dans son système des batailles décisives, il voulut vaincre daos le même moment aux deux bouts les plus extrêmes de TEorope , en Portugal et à Moscou.

Napoléon avait ordonné de prendre Lisbonne, où Tannée, exténuée , espérait trouver du repos et des jouissances ; mais Wellington déploya devant elle , à Torres-Vedras, une admirable ligne de fortifications, et la contraignit de rétrograder par un pays dévasté.

Le corps espagnol de la Romana , qui , transporté daas le Nord , avait assiégé Stralsund , se trouvait alors relégué dans la Fionie, où il combattait les Suédois avec Bernadotte. Informés des mouvements de leur patrie , tous résolurent de lui porter le secours de leurs bras ; ils s'embarquèrent secrètement sur la flotte anglaise , et arrivèrent dans la Péninsule au nombre dedix mille. Quel enthousiasme pour les Espagnols ! quel courrom pour Napoléon ! quel exemple pour les troupes qu'il déportait! L'Angleterre semait partout Tor pour détacher de lui les corps d'armée auxiliaires , et toutes les cours prêtaient assistance ou du moins faveur ù l'insurrection. Ainsi ce grand mouvement s*or ganisait en Espagne; partout les guérillas se multipliaient, n même temps que se signalait l'armée commandée par Castaoos et parPalafox, héros comme le Cid. Ils étaient appuyés par quarante mille Anglais ; mais les haines de religion contre les auxiliaires britanniques empêchaient ce concert qui était indispensable pour chasser Joseph et les Français, concentrés à Vittoria. Ceux-ci investirent Saragosse « (janvier 1809) , ville entièrement ouverte ; mais les femmes elles-mêmes y déployèrent un courage

' La longue résistance de Saragosse serait incompréhensible, si l'on omettait de dire que les ingénieurs espagnols , très-renommés depuis k seizième siècle, avaient entouré Saragosse d'ouvrages nombreux et redoutables. Sans être régulièrement fortifiée, Saragosse était très-protégée par son site; elle avait l'Èbre pour défense, avec une enceintr et de nombreuses constructions , qui étaient de véritables forteresses; Hle renfermait une armée de quarante mille hommes, outre ses liahitants. (Km. l^.'^

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héroïque, surtout TAugustiDe et la comtesse de Burita '. Palafox répondit aux propositions d'accommodement : Guerre jusqu'au couteau l et cinquante-quatre mille Espagnols s'enterrèrent sous les ruines de Saragosse, qui succomba le 20 février 1809 ».

Napoléon faisait tout pour détruire l'impression sinistre causée par les capitulations d'Espagne et de Portugal ; mais il fallait en tirer vengeance. Il fallut recourir aux grands efforts : il dirigea alors son armée du Niémen aux colonnes d'Hercule. « Soldats , dit-il , après avoir triomphé sur le Danube et sur la A Vistule , vous avez traversé à marches forcées l'Allemagne « et ensuite la France , sans prendre un instant de repos. Sol-. M dats , j'ai besoin de vous ! L'odieux léopard souille les conti- « nents d'Espagne et de Portugal ; à votre vue , il s'enfuira « épouvanté. Portons nos aigles triomphantes jusqu'aux co- » lonnes d'Hercule , où nous avons des outrages à venger. Ce « que vous avez fait et ferez pour la féUcité du peuple français «( et pour ma glokesera éternellement, gravé dans mon cœur. »

La conscription , dont le nom devint, à partir de ce moment, un sujet d'effroi , lui fournit son contingent de 181^, adolescents destinés à périr dans les hôpitaux ; il demanda encore de nouveaux soldats aux classes déjà épuisées : mais les meilleurs généraux formés par la Révolution combattaient pour lui ^. Ces généraux réunis, il continua de vaincre ; et, arrivé près

' «Jamais, sire , écrivait le maréchal Lannes, je n'ai vu autant ^''acharnement.... J'ai vu des femmes venirse foire tuer devant la brèche ; il faut faire le siège de chaque maison. ... Enfin, sire, c'est une guerre qui fait horreur. ... Autant ils sont bons derrière leurs murailles, écrit-il encore, autant ils sont misérables en plaine. » (Am. R.)

' Il y eut deux sièges de Saragosse: l'un en août 1808, Tautre en janvier 1809. Dans le premier de ces sièges, les Français, parvenus au rentre de la ville, furent arrêtés au milieu de leurs succès par la retraite du roi Joseph au delà de TÈbre ; le siège fut repris quatre mois après, quand Napoléon entra lui-même en Espagne, en novembre 1808.

(Am. R.)

^ Les généraux des guerres de la Révolution, tels qiiê Hoche, Pichegru, Joubert, Kléber, Championnet, Desaix, étaient morts à cette

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