‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 113 sur 159 · GUERRE D'AUTRICHE. — WAGRAM · texte numérisé non relu

GUERRE D'AUTRICHE. — WAGRAM

taut sur réit%igie des niasses, tandU que Napoléon marchait entouré d*un cortège de tois ses alliés , mais ayant contre lui Teeprit populaire, et accusant ses éftnemis de recourir à Tinsurrection.

Il sentit le péril qui le menaçait, et y opposa tout son génie. Il condamna à mort tout Français au service de Tétranger, en* voya ses meilleurs maréchaux sur le Rhin et en Italie, et fit une des campagnes les plus étonnantes dont l'histoire fasse mention. Son armée-, qui n'était pas considérable, se composait presque entièrement d'étrangers et de troupes des confédérations ; mais il s'appliqua à dérouter, à l*aide dé la grande stratégie, les mouvements et les calculs du prince Charles, toujours admirable dans la guerre défensive. La fortune se balança dans plusieurs engagements ; mais , après la bataille ou plutôt les cinq batailles successives d'Eckmùhl (18-23 avril), le prince Charles, qui venait d'approvisionner Ratisbonne , fut repoussé au delà dU Danube, où il laissait à découvert l'archiduc Jean qui s'avançait dans le Tyrol , et envoyait au delà des Alpes des proclamations remplies de brillantes promesses, et dans lesquelles il engageait « la parole sacrée et immuable de l'ampereur François II, » ■

Napoléon, sentant le besoin de frapper des coups dédsifs, marcha sur Vienne. On arma la landwehr pour la défendre ; on chercha à exaller le courage par les exemples de l'Espagne et par les souvenirs teutonique&;'4nais ce fut en vain, et Vienne capitula peu de jours après (12 mai). C'était un événement de peu d'importance , puisque l'armée restait forte, derrière le Danube. Alexandre avait déclaré la guerre à l'Autriche, mais sans aucune démonstration; l'archiduc Ferdinand était vainqueur en Pologne; Tinsurrection s'étendait en Altoxiagne. Le prince Jean avait battu à la Piave l'armée d'Italie, commandée par Eugène Beauharnais , et menaçait le coe^r du royaume d'Italie , lorsqu'à la nouvelle des victoires de Napoléon il se décida à revenir sur ses pas. Napoléon , par un décret daté de Schœnbrunn , ordonna la réunion des États pontiGcaux à l'empire, et médita le démembrement de la monarehie autrichienne ; il fulmina contre la landwehr, et prononça la peine de mort

3â8 CINQUIÈME COAUTIOII.

contre les àrigandi, dcn^nt cous ce nom j4|||^*à det foié-: iMix qui faisaient kionne et loyale guerre.

11 passa alors le Danube )«iaii le prinee Cl^rlce le aHrpal^ Ëssling (tl jnai), où Lannes périt avec la grone eavfiWi presque tomeatière, et bù il ne resU aux Françua qat^l^Mn de s'être vaillaromeat défendus. ^ Avee plan de havdîe«|eJni^ ehidue Gliarles eontraignait Napoléon à ee raodre aveel^ rartnée quiafait passé lé Oeuv^, Pendant qu'il héfîtaît» Jlii|0t% UoD aeretira dans Itle de LotifÉïnip t>ente-eînq Hdl^hbMHMi, *^ où Ton comptât six mille h^mrimtj ifii» jj^raifuif quiTtrii pie de munitions, point de vivree«4mH>nll7Gepeiidaat MaaM par? int à les aoulenir, tout en disant : Si favaU été fanéi* éw, pas tm Français n'aurait échappé pour porter ht mt neiiê du désastre.

L'Àliemagne fut transportée de joie en voyaat « Napaljsi pris comme i^n^ du Danube dans la souiiioftère de Lafaaa.i De tous odllRliiziBerre et les intrigues n|H7rent avee une aoavelle forée ; M*Éiétontenteni«its éclatèrent en Franee. Ono^ posa aux bulletins mensongers et inhumains lei récita exagM de blessés jaMi^dans le Danube, et ces paroles adreeaées, éisait-oD , par Lânnes mourant à P^apoléon : f^ous été* cimse et ma wtort; vous nous ferez tous tuer ft^n après fautrà, far votre insatiable ambition.

Cependant Napoléon avait pu repasser sur la rive droite da fleuve, rétablir ses ponts , ramiaer ja confiance ; et il voolat relever sa réputation par une grande bataille. Le priaee Cbario demeurait inactif, faute d'avoir assez de foi dans ^e» soldait; Tarchiduc Jean n'avait pu empêcher Beauhamaia et MacdoiiaU, à la tête de murmée d'Italie , de se joindre, après la bataille do Raab , à cële de Napoléon. L'empereur étudia attentivement le Danuiie; et, au moment où il était attendu sur un point pu quatre cents caùofis autrichiens , il passa le fleuve au nâyei d'une nuit orageuse, se rangea en bataille près de Wagraip aw cent cinquante mille hommes,. cinq .cent cinquante bocîèlicsà feu, la plus grande force qu'il eût encore réunie sur upiful point ; et, après un carnage horrible, remporta la victoire (9 jjsil- |et). Il se vanta de n*avoir perdu que quinze cents honNueSi

GIJEUUK d'aL'TBICHE. — WAGRAM. 2Ô9

mais il en eut véellement trente-troi^niille hors de combat; il périt vingt mille Autrichiens, dont un grand nombre de généraux ' . Berthier Jut fait prince de Wagrain ; Masséna , qui le méritait plus que lui, joignit à ses autres titres celui de prince d'Essling ; Davoust devint prince d'Eckmûhl ; Maodonald , Marmont, Oudinot, furent élevés à la dignité de maréchaux ; Bernadotte fut laissé dans Foubli , parce qu'il donnait de Tombrage en cherchant à acquérir de la popularité en Allemagne.

Cette bataille de Wagram ne fut pas une victoire décisive;^ en effet, le duc de R(nrigo, grand admirateur de son maître, dit dans ses Mémoires : « L^archiduc se mit en retraite sur tous les points , nous abandonnant le champ de bataille , mais sans laisser de prisonniers ni de canons, et après avoir combattu de manière à rendre prudents tous les auteurs d'entreprises téméraires. On le suivit sans trop le pousser, attendu qu il n'avait pas été mis en déroute , et qu*il ne nous convenait pps de le faire se remettre en bataille. »

En effet , le prince Charles se retira vers la Bohême , dan^ Tespoir que la Prusse se déterminerait a faire un mouvement. Les Anglais promettaient d'opérer un débarquement à Str^lsund, ce qui aurait pu permettre de couper les communications (Je INapoléon sur TElbe et sur le Rhin. I^Iais Napoléon pvtvint l'ennemi par sa rapidité , et mit tout en œuvre pour livrer une autre bataille. L'archiduc Charles ne se fia pas assez en hiir même ; et comme il avait dans ses conseils des personnes qui penchaient pour la France , il demanda un armistice à Znaïm , quand il n'en avait nullement besoin; et T Autriche, qui avait partout excité l'eathousiasme des peuples, les abandonna.

Brunswick ayant réuni un corps dç hussard^ dont l'uniforme

' Il serait bien étrange «{ue le vainqueur eût été plus maltraité à Wagram que le vaincu. On aait combien il est diflicile, même après des recherches scrupuleuses dans les documents authentiques, de connaître exartement, soit le chiffre des combattants effectifs dans une grande affaire telle que Friediand ou Wagram, soit le nombre des morts et blesfés. Les évaluations les moins suspectes portent à vingt-quaire mille le nombre des tnés et blessés du cMé des Autrichiens à Wagram, <*t à quinzl' ou (iix^iuit mille celui dt* Français. (An. R.)

2r»0 CINQL'IKME COALlTIOZf.

«tait entièrement noir, a\tc une tête de mort paiv s}'mbole, fit par lui-même une guerre héroïque , qui fut célébrée dans les chants des poètes populaires. 11 continua de combattre m^ après Tarmistiee, sema Tefifroi sur son passage, et parvint enfin â s*embarquer pour l'Angleterre , d'où il revint pour mourir à Waterloo. 1^ major Scbill sortit de Berlin avec un corps deeivalerie légère, composé déjeunes gens hardis qui s'étaient lié dans des sociétés secrètes , et portaient à leur drapeau la cravate que la reine y avait attachée de ses mains. Il renversa TécussoD du royaume éphémère de Westphalie. Vivement poursuivi, il se réfugia à Straisund; mais, n'y trouvant pas de bâtiment pour s'embarquer, il se défendit contre dix mille Danois et Hollaodais , et périt en combattant (31 mai ).

T^ soulèvement était prêt à éclater sur d'autres points, et des généraux , des ministres de Napoléon y donnaient la main. Une Hotte anglaise, forte de trente-sept vaisseaux de ligne et de vingt-huit frégates , débarqua , à Itle de Waldieren sur PEscaut, trente-huit mille hommes, qui prirent Flessîngue ( 14 octobre); mais ces troupes restèrent ensuite dans rinactioo,€o attendant les soulèvements de l'Allemagne et de la Hollande, qui n'eurent pas lieu.

Hoffer, riche cabaretier tjTolien , d'une stature athlétique, chasseur intrépide , se mit à la tête de l'insurrection de son pays , au nom de la Vierge et de Tempereur d'Autriche. Il se rendit si redoutable , que deux régiments furent obligés de mettre bas les armes devant les carabines des brigands , qui chassèrent les Bavarois du Tyrol , et poursuivirent le cours de leurs victoires jusqu'au moment où elles furent interrompues par l'armistice de Znaïm. Alors Hoffer; se fiant à l'amnistie proclamée dans le l'yrol , et ayant d'ailleurs obtenu un saufconduit , descendit des montagnes ; on lui fit son procès , et il fut fusillé (février ISIO). Pe nombreuses exécutions de patriotes se firent en Allemagne, et onze officiers prussiens fureut mis à nK)rt d'une seule fois ; d'autres furent ensevelis dans les bagues.

Lichtenstein , à qui le commandement de l'armée fiit donné lorsque le prince Charles s'en fut démis, inclinait tout à fait pour la France, et il détermina François H à conclure la pai\-

SYSTEME IMPEfilAL. 261

Ko conséquence , TAutriche , bien qu*elle fût encore dans une position florissante, se résigna à perdre plus de sept cents lieues carrées qui furent réunies à la confédération du Rhin, avec trois millions et demi d'habitants, les mines abondantet'de Salzbourg et soixante-quinze millions de florins , et donna -son adhésion au système continental. Les murs de Vienne furent démolis.

Une paix acconnpagaée de pareilles violences pouvait-elle durer?

SYSTEME IMPEUIAL.

Les Français , . qui ont aimé successivement Louis XIV et Louis XV , Marat et Robespierre, se sont passionnés aussi pour I^apoléon ', qui leur coûta si cher, et qui les menait vers un abîme. Il n*y a point d'enthousiasme plus facile à concevoir que celui que ISapoléon excita. Fils de ses œuvre3, éclipsant de Péclat de sa fortune les monarques héréditaires, représentant de la nation , il conserva l'empreinte populaire et celle dé la liberté , même après qu'il eut renié Tune et l'autre. L'historien sincère et fidèle au culte de la liberté ne peut lui garder son admiration et son amour ; mais il aurait tort de ne point excuser de pareils sentiments , quand il a besoin lui- même de toute sa raison pour s'en défendre.

On ne peut déduire un système général de la tactique de Napoléon , attendu que son art consistait à adapter les mouvements à la situation. L'ennemi croit l'atteindre lorsqu'il as-

' Rien ne justifie de pareils rapprochements. Louis XIV et Napoléon ont fait iribrer chez les Français de nobles sentiments : le sentiment de la DStionalilé et celui de la gloire; aussi la nation entière s^est-elle rnthonsiasmée pour eux. Quant à Marat, qui représentait des instincts tout opposés, il n'a trouvé de culte que dans la lie du peuple parisien , <i une époque de perturbation et de délire : c^est une Infore sans portée de prétendre que la France a aimé Robes|>ierrc et Marat. (Av. R.)

202 SYSTKMK IMl»KRiAL.

siiége Mautoue , el il n'hésite pas à laisser cette place ei à godcentrer ses forces, pour marcher contre Tennemià Castiglione. Il se hasarde à Arcole dans une route entourée de marécages, et il annulle ainsi la supériorité numérique de fennemi. A Rivoli, Finfanterie allemande couvrait les hauteurs, tandis que rartillerie et la cavalerie tenaient la plaine ; il se jette entre elles, empêche leur jonction , et les culbute séparément. A Marengo et à Ulm, il prend ses adversaires à dos; a Austerlitz, ileofonce le centre de Tarmée ennemie. Son but unique est la >'i^ toire ; ses moyens varient à Tinfini.

I^ république avait , dans ses idées d'égalité , attribué une grande autorité aux généraux de division, en les rendant presque indépendants du général en chef, qui se trouvait ainsi géuf entre les ordres du comité et les prétentions des subalternes. Cest pour cela que les batailles générales furent rares, et les ' combats d'avant-garde fréquents. Napoléon, au cœitrairccoDcentrait tout en lui-même; c'est tout au plus s'il manifestait ses projets à Berthier au moment de les exécuter.

Il n'eut aucun changement essentiel à apporter dans la tactique établie par Frédéric II : seulement il en étendit l'application à des circonstances nouvelles ; il mit en plus grand crédit Tordre eu colonne. Le carré, dont il avait appris l'importance en Egypte, devint xle règle dans l'offensive aussi bien que dans la défensive ; le feu successif par file fut adopté contre la cavalerie ; les troupes furent exercées à aplanir, à creuser le terrain, à élever des fortiûcations. Le camp de Boulogne surtout, si inutile du reste , offrit un grand et continuel exercice , où les généraux apprirent , sous les yeux de Tempereur, la pratique des grandes évolutions.

Quand tous les vétérans eurent péri , Napoléon , n'ayant plus que des recrues, voulut y suppléer par un matériel immense; alors ses trois cent mille hommes traînèrent quatorze cents pièces d'artillerie, c'est-à-dire près de cinq par mille hommes. Beaucoup d'offîciers marquants désapprouvaient ce système, et disaient que les autres armes suffiraient à peine à garder rartillerie : ce qui arriva dès le premier désastre. Quoiqu'il en soit, ces bouches à (eu s auxquelles il donna une mobilité prodi*

gieuse , dévoraieut dans les batailles une masse énorme de ce qu'il appelait chair à canon.

Sou grand mérite consistait encore dans Tattention personnelle qu'il apportait à toutes choses. Sans regarder aux sacrifices , il se procurait des espions et des plans ; il poussait des reconnaissances en personne , et faisait engager de petites escarmouches, tandis que, posté sur une hauteur, il observait le pays et tous les mouvements. Il ne calculait jamais ce que pourrait coûter Tacqubition d'un point décisif; et, durant toute la bataille , il restait à regarder, aussi impassible que dans son cabinet, soigneux de ne jamais laisser apparaître sur son visage ni la joie ni l'inquiétude , et n'écoutant aucun avis.^ Ses proclamations, avant et après l'affaire, étaient une partie de sa tactique. La bataille gagnée, il expédiait rapidement les corps encore frais, ou ceux qui avaient le moins souffert , sur les traces de l'ennemi, pour compléter sa défaite.

De même que la tactique était sortie des guerres de Frédéric , des campagnes de Napoléon naquit la grande stratégie,* et «'est en méditant sur ses vastes plans que les écrivains ont posé les éléments de 'cette science nouvelle.

Admirable pour créer, réunir, viviûer les moyens proportionnés à l'entreprise; prompt à s'assurer toujours l'initiative, à pénétrer les projets de l'ennemi et à les déjouer, sans lui. laisser le temps de la réflexion ; sachant employer les masses , tirer parti d'un petit avantage pour en obtenir de plus grands, inspirer aux autres sa ténacité et sa conOance , il semblait avoir enchaîné la victoire à son char.

Habile à la préparer par les iqtrigues de cabinet , il comprit que ce moyen devait en Allemagne marcher de pair avec les batailles. Il excellait surtout à exciter parmi les siens l'émulation, qui tient lieu de pratique ; à inspirer au soldat la conviction de sa supériorité sur tout ennemi , de manière à regarder la victoire comme article de foi : et la foi est un admirable principe d'action.

Il fut bien servi en outre par le caractère de ses ennemis.

Les Autrichiens sont braves, mais sans émulation , et enchaînés

.par une stratégie de cabinet, dont il avait fait maintes fois Texr

164 SYSTEMS IXPBAIAI*.

périenee ; il sait dooc qu'en s*y pnnai^ de tdfe on telle sorte, il est assuré de les battre. Chez les Prussiens il tONive mmméb' ment le système de Frédéric» mait eneore ses bomjvws : vîet- Isrds gui ne sauraient tenir eontre la ^vaelléliémbiae dciMld|Us <itte la Rérdution a fiormés ^ l4» gqerres e».Àsie onî cm les Russes, et Ten^usiasme de robéî«iniee les rend pbisndoutables; c'est pour cela que Wapoléoii caresse Ateyandre. L» généraux ennemis étaient ou soumis à des de^pqt^, on|v* lottés par les ordres de^cabinets éloigû^« M entufés psr k présence des princes ; les plus distingués, n'étnieat habiles qm dans Fart de résister et de battre en relAile«lieegilsmsdsk Révolution avaient préparé a Napoléon des erméee wlniiriMis dont chaque soldat était wi,homme, et veleh , pensait, .^l^iil comme tel ; aussi en vil-e|i^|prtir des généraux da |ias hist mérita, capables de comspiider une aroiée, à pins forte raisos d'exécuter les grands dessdns du chef, et, an besoin, de ki modifier fax le terrain.

Que n'auralt-il pas pu faire avec de pareils instruments? Es établissant l'égalité au dedans, la Révolution avait senti qu'il lui fallait se faire respecter au dehors, et pour cela s'enfermer dans les limites naturelles , et proclamer que persûoinne n'avait le droit de s'immiscer dans l'administration intérieure des autres pays. Bientôt elle fiit entraînée hors de ces limites ; elle avouait toutefois la nécessité d'y rentrer, et la convention ainsi que le Directoire suivirent une politique rationnelle : ils firent la paix quand ellefut-utile, répandirent les germes démocratiques là où ils trouvèrent un fonds propre à le faire fructifier. Le gouvernement ne se découragea pas à la suite des désastres de 1799. et poussa les conquêtes de la France jusqu'à ses frontières na-

' M. Cantu ne manque point une occasion de faire un mérite à U Révolution ( qu'il a cependant assez nialtraitée en beaucoup de ponts) d'avoir formé les généraux et les soldats de Napoléon , comme si ce dernier n*était point capable de les avoir formés lui-même. Il hérita tê» nul doute des éléments vigoureux que la Révolution lui transmit, mm il les perfectionna beaucoup. Quant aux vétérans des premières fcoerrrs, il en dut rester pen à Napoléon après les campagnes désastreoses d*Égypte et de Sainl-Doimii«^it^. i, K^,^.^

SYSTEAiE IMPÉRIAL. 365

turelles. Cependant le besoin de la paix était si généralement senti , que ce fut comme moyens 'de Tobtenir que Ton accueillit le consulat d^abord, puis l'empire.

Mais Napoléon jeta la France dans des entreprises désastreuses, dont le motif fut moins le bien de la patrie que ses passions et une soif immodérée de guerre. Si, jusqu'à TUsitl^ il n'avait fait qu'affaiblir les autres pour se consolider' lui-même, il devint après ouvertement agresseur, et attaqua des puissances que leur patriotisme on leur position rendaient invincibles; il attira ainsi sur lui la guerre populaire. Il disait, selon le témoignage du général Foy, que « sa mission n'était pas seulement « de gouverner la France, mais de lui soumettre le monde, « sans quoi le monde l'anéantirait Partant de cette supposition <t gratuite, il organisa l'empire pour la guerre étemelle. Ce ne « fut pas pour acquérir le droit d'être prince absolu qu'il com* « battit sous toutes les latitudes : qui l'empêclait de l'être à « moins de frais ? Au contraire , il fonda le despotisme pour « créer, vivifier et renouveler sans cesëe les éléments de. com* « bats. »

Alors s'établit un empire immense,* avec unité de gouvernement et sans unité d'intérêts; on y vit les plus étranges mé« langes de peuples : on vit les Cipayes combattre en Egypte, les Espagnols à Dantzick, les Italiens à Varsovie, les Polonais à Saint-Domingue. Ce que Rome avait fait en trois siècles avec tant de persévéfance , Napoléon voulut l'accomplir en un moment. Mais il ne fît qu'une propagande de famille : quant aux populations, il leur imposa des rois qu'il ti:aitait comme ses sujets.

Il arriva dans un temps où les gouvernements étaient désorganisés : il ne lui fut donc pas difficile de les renverser ; mais il ne s'aperçut pas que derrière eux étaient les peuplés. En conséquence il mit en pièces les pationalités, il foula aux pieds les constitutions; il fit d'une république un royaume ou une viceroyauté; il mêla, selon son caprice, les peuples anciens et nouveaux , sans souci des religions , de la langue et des mœurs ; il détaeha le Tyrol de l'Autriche, à laquelle il livra Venise; il sépara Rome et Florence de l'Italie, dont elles sont le cœur; il

9M SYSTÈME mVÉEIAL.

mit un roi dan» la HetlaBderépnblieaiiie. 11 déCadM tesftliMi •Hemands de Imaar ampereur ;*U prétaDdH Dhi» plirr ITTijim 80U8 des rois étrangers. Il vovlut mtn imposer à to«s ■BacadU et son adminislratknl; puis il fraissa les iaténte da Mwpark syatètnecontiBeatel.Castainsiqae^déaaflértiooaBBtléapBiiplM^ U sHmposa la néoessilé de gooventer smm oeaae; en Jl ^'igaa* rait pas ffoU ett ploa IMIe de maltriaer îm pniple dalia Tagptation que dans le repos. Réduit à k méasHité ém tMJaiift mincie, il feisiiltde elmqiie bataUlaiinrfeit «à Uria^wittM *.

La fortune lui souriant tOQiwn, U m résHlH qiw la este de la force se sabstitita âi la religien sévèee dé la liiierté. B entretenait Fardeur des preaélytéa par dni rétMmpenaea^ds honneors : créant-àfbiinftdiaieomlea, dtàdoQs^-H 4aaMba- Mers; prodiguant à ses gihéNMl dotations, mutas « bîeiia es»fisqùés, ju8Cpi*è cenlqiiat«iité''niillioos thrinrann annwal il» fut pas Mointf^pénéreux pour lea ianranls, bm |MHr ce lalib aniour de la^ aeledoe qui veut la maifltetii^ pm^ >Mia pour 8*en faire un- nntniiiient dé gouvemeMéot oa .ub moyea d'éblouir. U méprisait du reste les théoriciens « qu'il tiallât d'idéologues : il se raillait de Necker et de Say, non nuHM que de Benjamin Constant et de Traey. Comme les théo^ de Smifh et des autres économistes ne donnaient pas-ua résuBit pratique immédiat , il les laissa de cdté , et s'entêta dans le système prohibitif.

L* Angleterre grandissait par le crédit; et Napoléon thésaunsait dans les caves des Tuileries , comme le6 ancièiifi rois daai les siècles d'ignorance , ne s'ehnbarrassant fias de compta à rendre ^ L'AngFetenre proclamait là liberté du commerce; cl

> « Si je n'euMie vaineu à Auste^litz , j^allais avo^r toute la Pcoiie sur les bras. Si je n'eusse triomphé à léna , l'Autriche et TEspi^ se déelaraient sur mes derrières. Si je n'eusse battu à Wagram ( qol se fut pas line victoire aussi décisive ), j*avais à craindre que la BMiieie nrabandonnât , que la Prusse ne se soulevât; et les Anglais élaieBiMi devant Anvers. » Mém. de Sainte' Hélène.

' » L'empereur disait avoir eu dans ses caves , aux Tullerfea^ Jwfal quatre cenU m\\\\ow% %ii <^r^ ^ui étaient tellement à lui qiru a'c» eûi*

lui , il ordonnait la prohibition : il Toalait que toutes les nations Tadoptassent , qu'elles eussent ou non besoin des noarchandises anglaises, qu'elles eussent ou non la force de maiitr tenir cette exclusion et la possibilité de suppléer à ce qui était proscrit. Les Anglais couvraient les mers de leurs croisières. £h bien ! que Ton se passe de colonies et de navigation , que Ton s'efforce de produire dans nos climats du sucre, du café, du thé, du girofle, du poivre ! Honneur et récompenses à qui trouvera des équivalents, à qui filera le coton, à qui rivalisera avec les manufactures britanniques ! Mais, en attendant, il faut payer un prix énorme les denrées coloniales et les tissus; le gouvernement perd les droits imposés à l'introduction des marchandises ; il perd encore à donner des primes aux manufacturiers; la navigation périt, et la contrebande grandit par l'appât de bénéfices incalculables ; Fempire est infesté de douaniers ; négociants et ' particuliers sont troublés par des visites domiciliaires et des confiscations.

Les revenus demeuraient hors de proportion avec de Ibî énormes dépenses ■ . Il est vrai que les frais des /guerres de Napoléon lui furent presque toujours payés par les vaincus ; mais celle d'Espagne était un gouffre ; puis, tant de luxe, tant de'cérémonies pompeuses, cette foule de courtisans, dont plusieurs étaient des rois , coûtaient immensément. L'impôt fut donc porté à un taux qu'il n'avait jamais atteint; les'contribu«« tions indirectes devinrent exorbitantes , et les douanes- seules' comptèrent trente-f cinq mille employés. La loterie et les jeux de hasard, sagement abolis par la BLévolution, furent rétablis. Puis le maître apprenait-il que quelqu'un eût fait de gros bé- '

tait d'aatres traces qu^un petit livret, dans les mains de soo trésorier

particalier. » Mém, de Sainte- Hélène.

' Les dépenses de guerre approuvées par le ministre des finances ,

de 1802 à 1813, montèrent à 4,733,000,000

En 1814 et 1815 267,000^000

La France dépensa donc 5,000,000,oo<j

Les pays étrangers au moins pour une somme égale. 5,000,000,000 Ainsi les guerres napoléoniennes coOtèrent en tout. . 10,000,000,000

néllcai dans une afibm avec TÉtat, V ffiait iw lui «nb laUn de change : une teole compagnie eut kpayer, daaaîHp mMtae, mis milHoni inr une sommatiDn.

be despotisme fait de grandes choses, jet «eoauipllt eo fmid» temps ce que la liberté n*obtient qii*«pvèi do lon^i cfloils; mais le despotisme ne grandit qU*ua homme, tandia quels & berté fait grandir la nation entière. Le nom da NapoMoB nsli associé à des entreprises immortelles, et auttont i celles qv tendaient à accélérer le mouvement intérieur. Partout s'ouvrirent des routes, dont quatre magniûqnes unirent l'Italie à Is France. Des canaux furent creusés entre le Rhin, la Meuse, la Seine, la Loire, du lac de Côme à 1* Adriatique, dÙ Rhdne à fOeéan. Nous ne dirons rien des manu&ctiBrea d'armes, des ans? naux, des nitriçres. Les sciences marchaient à grands pas-: Chaptal publiait ia Chimie appliquée aux arts; il. chercha ki moyens de remplacer le sucbb, lindigov la cochenille. BèrIhoibI, Biot, Gujrton-Morveau, analysaient le sel marin, les 8ulfnrfa,ki combinaisons gazeuses, le diamant. Cuvier, Humboldt , Geel' froy Saint-Hilaire,. agrandissaient rbistmre naturelle. De€Mdolle, Jussieu , Jaume Saint-Hilaire , donnaient à la botankpie un nouvel essor ; Yiscopti et Larcher continuaient les travaux d'érudition sur Hérodote ;Gail, sur Xénophon; Sainte-Croft, aur les historiens d'Alexandre ; Quatremère de Quincy donnait la théorie des beaux-arts ; Mitlin étudiait les médailles ; Denoa, les antiquités égyptiennes ; Sacy, les langues orientales ; Walekenaer et Malte-Brun approfondissaient la géographie.

Mais l'histoire restait pauvre et déclamatoire. Pour avoir une histoire de France, Napoléon fnt réduit à en charger Anquetil, écrivain sexagénaire, qui fit un ouvrage décoloré, monotone, où l'on trouve la science d'emprunt, la décision superficielle, et les préjugés du temps. Les histoires de Michaud, de Lacretelle,de {Sismondi, sont toutes empreintes du sentimeiit.de cette époque. Daunoii et Ginguené écrivirent sous Tinfluence d'idées voltairiennes. Dom firial poursuivit la Collection des MstorieHê dek France; Pastoret, celle des ordonnances royales; Tlifstitnt, celle des chartes et diplômes^ commencée par Brequigay; Daunou, l'histoire littéraire. D'autres écrivains moraUsaisot,

sans religion. Madame Gottin faisait des romans a sentiment; madame de Genlis reportait îes esprits vers )a cour de Louis XI V% que les nobles vantaient par esprit de satire, et les parvenus par imitation.

Comme on dépouillait les vainïsus des principaux che&<d*œuvr& de Tart, il était faei|e de réunir à Paris le musée le plus riche qu'on eût encore vu. On mit à contribution les écoles de l'Italie, de l'Allemagne, de la Hollande, indépendamment des nombreux tableaux qui provenaient des églises et des couvents détruits. Les observateurs s'extasiaient devant ces richesses sans égales ; mais rétincelle du génie ne s'en raviva pas, et l'époque de l'empire ne se distingua dans l'histoire des arts que par un style académique, emprunté à la statuaire, correct, mais froid et sans relief. Le prince de cette école était David, qui, après avoir dirigé les fêtes républicaines, consacrait alors ses pinceaux classiques aux fastes napoléoniens. Girodet peignait le déluge; Gros , la bataille d'AboUkir ; Gérard , celle d'Austerlitz ; beaucoup d'écoliers, imitateurs de ces maîtres, s'exerçaient à peindre la victoire, et une fouie de poètes leurs émules à la chanter. Les théâtres , la musique , la danse furent en grande vogue sous l'empire : mais, parmi tant de productions dramatiques, combien en a-t-ii survécu ? Les ouvrages qui remportèrent le prix décennal mériteraient tout au plus d'être cités.

C'est que cette protection officielle n'ennoblissait ni n'élevait l'esprit; elle l'absorbait au contraire, et le faisait mouvoir à son profit. Comme elle payait les louanges, elle les commandait. Il ne se prononçait pas un discours, il ne se publiait pas un recueil où il n'y eût uki grain d'encens pour l'empereur; les auteurs dociles avaient droit, en récompense, à une critique élogieuse dans les journaux du gouvernement. Les artistes représentaient Napoléon en héros, en demi-dieu ; les médailles reproduisaient l'adulation dont Louis XIV avait été l'objet. M. de Fontanes avait de magnifiques paroles pour proclamer officiellement les mérites du maître. Mais les louanges ne suffisaient pas au grand homme , si elles n'étaient assaisonnées de blâme œntre ses ennemis. Le Moniteur était au service de ses passions, tantôt pour maltraiter les auteurs qui lui déplai-

270 SYSTÈMB IMPÉBIAL.

aaieDt, tantôt pour injurier Rome, TAnglctterre , les fois, et préluder par Tinsulte à TagressioD armée. Paris, ce foyer d*où étaient sorties les étincelles qui avaient embrasé le monde, Paris était muet. On supprimait des livres déjà imprimés avec autorisation ; on retirait leur brevet aux imprimeurs dont on était inéeontent. Le prêtre devait pousser à la guerre, chanter les hymnes pour les victoires , sous peine de se voir jeté dans une maison de fous. L*àdulation se glissa jusque dans le catéchisme, qui imposait Tamour de Napoléon en même temps que ramour de Dieu et de nos parents. La pensée lui était suspecte. Sieyes, à qui Ton demandait un jour, Que pensez^voysf répondit : Je ne pense rien. C*était le cas de tout le monde.

Mais, au milieu de ce concert d'applaudissements, quelques esprits d*élite savaient résister, ne fût-ce qu'en gardant le silence. Chateaubriand, nommé à une ambassade, renvoya sa nomination lorsqu'il apprit Tassassinat du duc d'Enghien ; Chénier, qui avait chanté les premiers triomphes de Bonaparte, se tut plus tard, et s'attira la haine de l'empereur '. Ducis , à qui il offrait un siège au sénat, lui répondit : Je <vû un canard sauvagey de ceux qui sentent de loin l'odeur du fusiL Ne perdez pat votre temps ; faime mieux porter des hailions que des

* Crédule , j'ai longtemps célébré ses conquêtes : Au forum , au sénat , dans nos jeux , dans nos fctcs , Je proclamais son nom , je vantais ses exploits , Quand ses lauriers soumis se courbaient sous les lois , Quand , simple citoyen , soldat du peuple libre , Au bord de l'Ëridan , de l'Adige et du Tibre, Foudroyant tour à tonr quelques tyrans pervers , Des nations en pleurs sa main bridait les fers; Ou quand son noble exil, aux sables de Syrie, Des palmes du Liban couronnait sa patrie. Mais lorsqu'en fugitif regagnant ses foyers, Il vint contre l'empire échanger ses lauriers , Je n'ai point caressé sa brillante infamie ; Ma voix des oppresseurs fut tonjQurs ennemie ; Et, tandis qu'il voyait des flots d'adorateurs Lui vendre avec l'État leurs vers adulateurs , Le tyran dans sa cour rcmar({ua mmi alwcnce ; Car jo chante \a %Mv(^ , rt non pas la puissance.

SYSTÈME IMPEBIAL. 27 t

chaines. Beethoven s*écria, quand il le vit se faire empereur : Celui-là aussi n'était donc qu'un homme ordinaire! Chérubini n'eut pas sa faveur, parce qu'il ne le flattait pas. Bernardin de Saint-Pierre , admis à TFnstitut par son appui, refusa 4'écrire ses campagnes *. Lemercier renvoya à Napoléon Tordre de la Légion d'honneur, en lui déclarant que si jusqu'alors une affection sincère s'était jointe à son admiration, il lui étaitttrbp pénible de le voir, quand il pouvait se placer dans l'histoire parmi les fondateurs, préférer se mettre au rang des imitateurs. Bonald, outre la Législation primitivey restauration d'idées alors en discrédit, soutint contre le divorce l'indissolubilité du mariage. La tragédie des Templiers de Raynouard, qui fut très-applaudie, censurait l'oppression exercée par un roi et par un pape : en conséquence, Napoléon ordonna à sa critique de le dâiigrer.

La société d'Auteuil faisait une guerre sourde à l'empereur; elle se composait de Ti^cy , Cabanis, Daunou, Thurot, Ginguené, Chénier, Garât, Volney, et' d'autres qui restaient plus ou moins attachés aux idées de la Révolution, et qui, tout en admirant le général , détestaient le despote. De là vint la haine de Napoléon pour les idéologues : c'est ainsi qu'il appelait ceux qui ne se contentaient pas des faits , mais qui en recherchaient les causes, et en tiraient des idées générales. Il voulait une littérature qui ne s'occupât que de ce qui est purement littéraire, sans (nétaphysique, sans histoire, sans droit publie.

En même temps il s'aliénait les femmes par des insultes gratuites : il disait à l'une qu'elle était vieillie, à l'autre qu'elle

' 11 prononça un éloge de Tempereur, mais en affectant d'y mêler force louanges en Thonneur de la paix ; le cardinal Maury et Regnault de Saint-Jean-d^Angély y firent de nombreux retranchements, en disant q\\e Tempereur n'aimait ni les leçons ni les conseils. Les pl^ilosophes , non moins intolérants que le matlre , tracassaient aussi Bernardin de Saint-Pierre , leqr collègue, parce que le mot l)icu se trouvait souvent dans ses rapports. Cabanis, dans une séance de Hnstitut, en 1798, proposa de décider qiio le mot Dieti ne serait plus prononcé au sein (le ce corps savant.

279 SYSTÈME lUPÊRIAL.

était mal mise, ou qu'elle avait la même toilette qu*à la fête précédente ; il leur demandait combien elles avaient de garçons. Il dit à madame de Staël que la femme la plus estimable était celle qui avait fait le plus d'enfants: c'était leur déclarer qu'elles n'étaient bonnes qu'à lui fournir des conscrits.

Madame de Staël poursuivait celui qu'elle appelait un Robespierre à cheval, d'épigrammes et de traits acérés qui, répétés dans le monde, mettaient Tempereur en courroux. N'ayaot pas trouvé un mot de louange à son adresse dans Corinne , il commença une persécution contre la lille de Pfecker, qu'il fit d'abord harceler par les journaux , et reléguer ensuite à vingt lieues de Paris. Après avoir visité l'Allemagne et ^'Italie, elle s'arrêta près du lac de Genève, où elle réunit autour d'elle les hommes les plus distingués. Elle vanta l'Allemagne, quand ^'apoléon cherchait à la dénigrer ; elle exaltait les Anglais, et appelait les Cosaques « les chevaliers de la race humaine. » Napoléon disait au fils de cette femme illustre : Elle a beaucoup (f esprit; mais elfe ne se plie à aucune subordUuUion. Elevée au milieu des désordres de la Révolution ou de la monarchie expirante, si elle restait un mois à Paris, je serais obligé de l'envoyer à Bicélre. La chose ferait du bruit, et Copinion se déchaînerait contre moi. Dites-lui donc que, tant que je vivrai, elle ne reviendra pas à Paris. Le règne dt. intrigants estjjassé; il faut de la subordination y il fautres' pecter l'autorité, parce que Cauiorité vient de Dieu,

La Fayette avait été lié avec Napoléon , qui aimait en lui le compagnon d'armes de Washington. Mais quand onvota-surle consulat, à vie, le général écrivit sur le registre : Non, tant que la liberté ne sera pas garantie. Alors seulement je donnerai mon vote à Bonaparte, Il lui exprimait ainsi, dans une lettre, les motifs de ce vote : « Il est impossible que vous, le premier « parmi ces hommes qui obligent, pour leur trouver un objet de « comparaison, à embrasser tous les siècles, vous vouliez qu'une « si grande révolution, tant de victoires , de sang, de douleurs, « de prodiges , n'aient , pour le monde et pour vous , d'autre « résultat qu'un gouvernement arbitraire. » Puis, le voyant persévérer dans celle \o\e,\\se retira tout à fait.

SYSTÈME IMPEBIAL. 373'

Il n'était pas jusqu'à ses propres créatures que Napoléoa n'indisposât souvent par des paroles et des actes plus que bles« sants. Malheur au ministre qui se présentait sans observer l'étiquette dans toute sa rigueur ! Talleyrand , diplomate endurci et d'une fidélité douteuse, avait plus d'une fois réparé les coups portés à la fortune par les événements ; Napoléon le congédia. Talleyrand fit entendre que le motif de sa retraité avait été son refus de se prêter à la trahison de Bayonhe, et il se mit à faire une opposition taquine dans les salons, où il traduisait en épigrammes une désapprobation qui était au fond de tous les cœurs.

L'ancien jacobin Fouché, devenu duc d'Otrante, n'aimait pas Napoléon ; il était persuadé que le colosse ne pouvait manqueic de tomber, et il regardait toujours qui pourrait lui être substitué, fût-ce même la liberté. Pendant la campagne d'Allemagne s un moment incertaine, il entretenait des intelligences avec les mécontents, et recevait de l'armée des émissaires, épiant l'occasion de faire dans l'empire une révolution qu'appelaient les pleurs des familles et les frémissements des nationalités foulées aux pieds. !Napoléon , qui n'osa se défaire de Fouché et de Talleyrand, aurait dû ménager alors ces deux personnages : en exilant Fouché il s'en fît un ennemi qui connaisss^it de longue main tous les mystères de sa politique.

Il avait mis dans le sénat quelques penseurs , mais ils y étaient muets. Les idées républicaines avaient encore des par-tisans dans l'armée, où plus d*un trouvait que la gloire ne valait pas la liberté. Masséna , Brune , Bemadottté et d'autres mur-

' « Immédiatement après là bataille d'EsslingyUn émissaire arriva du champ de bataille à Fouché , pour lui faire connaître l'état désespéré des afTaîres, qu'on pensait pouvoir être très-favorables à certains projets. Cet émissaire était chargé de prendre ses avis, et de savoir ce qu*on pouvait attendre du dedans. A quoi Fouché répondit, dans un état de véritable indignation : Mais comment revenir nous demander quelque chose , quand vous auriez déjà dû avoir tout accompli à vous seuls P Vous n'êtes là-bas que des poules mouillées qui n*y entendez rien : on vous \e fourre dans un sac, on le noie dans le Danube, et puis tout s'arrange facilement et partout. » (Note du général Pelet aux Mémoires sur la guerre de 1809.)

%J4 SYSTEMS mPBftlAL.

imiment de voir oes eourcMuies, gagnées m [^ de jjieiirniii, distribuées aux proebes de Na|K>léoB f et s'ils ne eoiijiiniaii pas, iU toumaîent l^iics regttrds v«ra y«vgn|r Japoijha iialn rexil de Bemadotte, qui répcmdil : Hpeuâ fff f^'immeçpmmuâtr OMOQ roU , maU non nu banmir à FarU.

hn roi$ méoie qu'il avait es^ as voufsieiif. ffm Vwmaucrifier les peuples à ses coinces. I<ipsph lui^l^4aia9ie'rï réunisarit à Tempire des proviocss esfagnels^, epause 3 j paraîassU dispoté ( 1809), il ybandoupsralt Is ts6i|t. JJam^ p avait montré de la géaérosîlé et du OHin^ fia HoDinde. loB d'une explosion arrivée à Leyde (18073 «t -ds riniailonta Anglais dans llle de Waleberen ( 1800), se dâbàllMt eontre ki exigences de son frère, qui se plaigiiaitque )à toupràiiaitfè^ nétcât par là en Allemagne. Comment concilier ces .sxigoNV avee le bien d'un peuple qui, vivant du cooiniefcef se troosiûttBé par le blocus oontinental? Aussi, quand Napoldiptoi fil oeeopff Amsterdam, Louis abdiqua ( 1«^ juillet 18tO ). CTélait le ssenad de ses frères qui repoussait ce qui était devenu pour lui une couronne d'épines.

Napoléon connaissait par la police Tétat de ropinioa es France : mais ses familiers lui faisaient entendre que ce mécoa* tentement venait de ce qu'il n'avait pas de successeur, et que sa perte, s'il venait à manquer, serait fatale à Tordre de choses qu'il avait fondé. Napoléon prêta l'oreille à ces insinuations de cour, plutôt que d'entendre la voix des peuples. Il se décida à répudier cette Joséphine qui avait été la première eause de sa fortune. Il ne tint compte ni de sa douleur, ni de l'opposition du sénat; et il triompha de la répugnance de l'Église, en faisant déclarer illégal par le clergé de Paris un mariage qui avait été béni par le pape, mais sans les publications préalables. Enfin, par un raffinement d'inconvenance, ce fut Eugène lui-gnéme, le fils de l'impératrice , qu'il chargea d'annoncer la dissolution du mariage de sa mère aux grands corps de l'État.

Napoléon, en cessant de s'appuyer sur les peuples, sentait le besoin de s'affermir par des alliances au dehors ; et il chercha une épouse parmi les Glles des rois. Son choix tomba sur une nièce de Marie- AuXom^Uft. ÇAV\)X0Mï8fc\ws\fc\tfJKSN4\ft. de voir

Napoléon occupé de blason, de cérémonies, de corbeille nuptiale ; nais les bons Viennois se soulevèrent presque en voyant partir a jeune princesse.

Il put alors prendre rang parmi les vieilles dynasties. Lorsque darie-Louise fut arrivée, Tandenne noblesse, qui s'était tenue éloignée de la cour, y reparut ; les grandes dignités furent réta- )]ies, et les habits à la française rempilacèrent les uniformes. La laissanee d*un *fils (1811 ), ^ reçut le titre de roi dJA Rome, )arut à Napoléon avoir consolidé sa dynastie ; et ceux de ses croches qm visaient à l'hérédité impériale en éprouvèrent un louveau mécontentement.

Il croyait briser la résistance en doublant Toppression. Ce Put alors qu'il fit rédiger le code pénal, comme instrument' de police politique , comme un moyen de tenir en bride les nobles , les prêtres , les écrivains , et les malfaiteurs. L'exposition des motift respire, avec un mépris continuel de l'humanité, la persuasion que la société ne saurait être maîtrisée que par la force. Tout dans ce code est disposé pour assurer la sécurité du souverain , mais non pour protéger la vie du citoyen. Lit terreur avait familiarisé les Français avec le sang ; et de là vient qu'on y voit prodiguées la peine de mort , la marque, la confiscation , cette peine qui frappe le condamné dans sa postérité. La puissance de la police y est sans limites ; une foule de délits sont déclarés attentats contre là sûreté publique ; la délation y est commandée; le jury n^est appelé à prononcer que sur les crimes contre les personnes. Puis viennent les cours spéciales, les arrestations arbitraires , les prisons d'État, où pouvait être détenu, sans jugement et sur un simple avis du conseil privé de l'empereur, quiconque était réputé dangereux. l\ suffisait même d'un ordre du ministre pour faire bannir ou réléguer dans une province tel ou tel citoyen , les femmes elles-mêmes, pour une parolie, pour l'expression d'un vœu. Le sénat cassa le verdict du jury de Bruxelles ( 1812 ), et remit en accusation le maire d'Anvers, qui avait été absous légalement.

37f( CO:SFLIT UKLiniEl'X.

a).NFLIT RELIGIEUX.

Tlapoléon était mahre des eorps : pouvait-il fausser libres iei pensées et les croyances? Les rois étaient à ses genoux : poovait-il permettre que les prêtres demeurassent debout ? D*abocd il voulut que Tantique séparation du peuple juif csédât à sa lolonté. Il convoqua en conséquence le grand sanhédrin à Parii, pour quMI eût à mettre d*acoord les pratiques Israélites avec les coutumes du pays. Il y fut établi que la loi hébraïque coatenait des dispositions religieuses et des dispositions politiquei; que les premières sont absolues ; que les autres , destinées à régir Israël dans la Palestine , ne sauraient être applicables depuis la dispersion de la nation. En conséquence , la polygamie, inusitée en Occident, fut interdite; l'acte civil du mariage dut précéder la cérémonie religieuse. Quant au divorce et à la répudiation , il fut décidé que les juife se conformeraient aux loif civiles ; qu'ils pourraient se marier s^vec des chrétienoes ; qu'ils devraient regarder comme frère quiconque croit en un Dieu créateur ; que tout Israélite reconnu citoyen par la loi se soumettrait au code civil pour les contrats et pour les prêts d'argent; qu'une fois appelé au service militaire , il se trouvait dispensé des observances religieuses inconciliables avec ce service; que les Israélites exerceraient de préférence les professions mécaniques et libérales; qu'ils acquerraient des biens-fonds, comme moyen de s'attacher à la patrie et d'y obtenir la considération générale.

Fils de la Révolution, Bonaparte avait montré en Egypte beaucoup de respect pour l'islamisme; puis il avait reconstitué nonseulement le catholicisme par le concordat, mais encore la suprématie papale, en recevant la couronne de ses mains. En celason but avait été d'opposer une légitimation aux révoltes de la Vendée, de réunir en lui les droits de la Révolution à ceux de la consécration, et de se fortifier contre les rois hérétiques qu'il voulait

CONFLIT BELiniEUX. 277

combattre. Mais ce qu'il avait pris pour uue simple formalité parut autre chose au publie , qui ne se contente pas de tirer d'un principe les seules conséquences qu'il platt au chef d'admettre. On vit donc bientôt naître des pensées qui ne s'accordaient plus avec celles du conquérant ; et lorsqu'il entreprit de comprimer un pouvoir que lui-même avait relevé, cette tentative parut de sa part une usurpation. Peu de jours après le concordat , Napoléon publia plusieurs articles organiques , qu'il présenta «n même temps au corps législatif. Mais le papt ne les avait pas reconnus : il se plaignit même de cette fraude en plein consistoire (24 mai 1802 ) ; puis il protesta contre cette tyrannie que Ton imposait au pontife > de jurer, lors de sa consécration , de n'attenter en rien aux libertés de l'Église gallicane. On avait fait espérer à Pie VU que s'il venait couronneir Bonaparte, il en obtiendrait l'abolition; mais il n'en fut rien. Bientôt même l'édifice catholique fut bouleversé en Allemagne par la destruction des principautés ec'clésiastiques , et par la nouvelle répartition qui fut faite des peuples, sans nyl souci de leur religion.

Pie VII ne pouvait endurer de si graves innovations sans se plaindre et sans protester; mais Napoléon croyait avoir acquis, en consentant à ne pas l'anéantir, le droit de s'en faire un instrument , et il pensait que les foudres de Rome se mettraient à sa disposition pour frapper ses ennemis. Il avait pu voir, dans les conférences de Tilsit , que la religion ne gênait en rien l'empereur Alexandre : pourquoi aurait-elle été pour lui une entrave.' En conséquence , sous le prétexte habituel de sécurité contre les Anglais, il occupa Ancône et la Marche; créa Talleyrand prince de Bénévent , Bernadotte prince de Ponte-Corvo ; enjoignit au pape de fermer Civita-Vecchia aux marchandises bri* tanniques , de livrer Lucien , qui s'était réfugié sur son territoire , et de prononcer le divorce de Jérôme. Le» papes avaient défendu la sainteté du mariage contre les rois du passé : comment n'auraient-ils pas agi de même à l'égard de ces parveniis

• Cette protestation , présentée le 19 août 1803 par le cardinal Caprara , se trouve dans la Vie de Léon Xif , pw Artaud, c. 39.

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