‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 114 sur 159 · CONFLIT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

CONFLIT RELIGIEUX

qui , une fois princes , voulaient échanger leurs femmes plél)éiennes contre des princesses?

Kapoléon exigeait en outre qu'un tiers des cardinaux fût fruiçais , avec vote au conclave , dans la pensée peut-être de hin élever le cardinal Fesch , son oncle , au pontificat. C'eût été de la part de Pie Vil une sorte d'abdication; il s'y refusa dime. Il s'abstint aussi d'applaudir, selon le style d'alois, aux violence! exercées dans ses États. Napoléon traitait cette résistance d'ingratitude, et s'irritait contre ce pouvoir moral que les baionoetta ne pouvaient atteindre : ÇueÙe est Finsolence de ces prétrfsl disait-il. Ils se réservent dans le partage de l'autorité tadiM sur t intelligence , sur la partie la plus noble de l'homme ; et ik prétendent me réduire à n'agir qtœ sur le corps. A eux F&me, à moi le cadavre !

1^1 ais il ne ménageait pas non plus ce cadavre, quand ilvwlait contraindre le pape, comme prince, d'entrer dans mie Wfme offensive et défensive, et d'épouser ses inimitiés. Pie Vil répondait qu'étant le père de tous , il ne pouvait se déclarer TeoDemi d'aucun. Alors ^'apoléou prétexta la nécessité de n^avoir rien qui rompit la communication entre ses rovaomes d'Italie et de Naples. Le général MioUis, qui ne devait que passer à Rome pour cheminer vers Naples , occupa le châteao Saint- Ange ( 2 février 1809), pour prévenir un prétendu soulèvement des Transtévérins, et il en pointa l'artillerie contre le palais Quirinal. Il enjoignit alors aux cardinaux des royaumes de Naples et d'Italie de se rendre dans leurs pays ; il s'empstra des bureaux de la poste, et viola le secret des lettres; il fit arrêter à son gré toute personne suspecte; il congédia les soldats pontificaux , et, portant lé trouble jusque dans le palais du pape, il y pénétra à l'aide de la ruse et de la force. Pie Vil s'en plaigait à Napoléon, qui, en réponse, déclara les provinces d'Urbin, d' AncÔne, de Macerata et de Camerino réunies au royaume d*ltalie , avec ordre aux natifs de ces territoires de quitter immédiatement Rome pour rentrer dans leur patrie, et auxévéquesde prêter serment de fidélité à leur nouveau souverain. Puis, maîlw devienne à ce moment, il prononça à Scliœnbrunn la réuniou à Tcmpire fraitmsd^ttats pontificaux (17 mai), qui avaient été

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donnés au saint-siége , disait-il , par Charlemagne , son auguste prédécesseur, à titre de fief, mais sans que Rome cessât de faire partie de son empire. Ainsi il trouvait que le moment était venu de reprendre ce don, et de séparer de nouveau la croix du glaive.

L*exécution du décret fut confiée à Mui^t , qui déjà aspirait h régner sur Tltalie entière , on du moins sur la moitié deja Péninsule. Des soldats pénétrèrent, de nuit, à main armée dan» le Quirinal , sous les ordres du général Radet. Le pape ne tomba pas en silence comme les autres princes, et en applaudissante sa propre chute : le cardinal Pacca afficha dans Rome une proclamation contre Tusurpation ; Pie VIT se plaignit de la violence qui lui était faite, et de ce que Napoléon avait mis en oubli les services qu'il lui avait rendus ; il excommunia les usurpateurs, et se laissa emmener prisonnier à Savone.

L'État pontifical forma deux départements français , c^lui de Rome et celui du Trasimène. La ville étemelle devint la seconde ville de Tempire ; et le prince héréditaire prit bientôt le titre de roi de Rome. En ce qui concerne les matières ecclésiastiques, les papes devaient jurer, à leur aVénement, de ne rien entreprendre contre les libertés de l'Église gallicane , qui furent étendues à toutes les églises catholiques de l'empire; ils devaient jouir de deux millions de revenu en immeubles exempts de charges ; les dépenses du sacré collège et de la Propagande devaient être à la charge de l'empire ; mais l'un et l'autre^ amsi que la daterie, les archives et tout le reste , devaient être transférés à Paris, où des millions étaient destinés à élever un nouveau Vatican. Napoléon aurait pu créer un patriarche en France , attendu que l'empire comprenait les cinq sixièmes de l'Europe chrétienne ; mais il préféra un pape placé à Paris, dans la pensée que son influence s'en accroitraitsur l'Espagne, l'Italie, la confédération du Rhin et la Pologne. Des missions en Amérique et en Asie devaient répandre au loin la gloire et le pouvoir de la France, La religion devenir l'instrument de sa politique, les conciles de Paris représenter la chrétienté : Tintention de Napoléon était d'être, comme les souverains de la Prusse, de la Russie et de l'Angleterre, le chef de la religion, autant que le catholicisme pouvait s'y plier.

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Lorsque Louis XiV voulut citef devant lui deux évéquesqoi résistaient à ses prétentions : Que ie ciel vous en garde! lui dit Boisuet. Craignez qu'on ne voie la route qu*ilt auront à traverser couverte (t un peuple immense, agenouillé pour implorer leur bénédiclion. Cest ce qui arriva pour Pie YII, qui, forcé bnital^ent de partir, eut pour consolation les hommages que partout lui rendirent les populations. Les violences ont cela de dangereux, qu'il faut, une fois commencées, les pousser à Teitréme. Le pape fut traité à Savone comme un prisonnier ordinaire; on lui assigna cinq paoli ( 3 fr. 75 c. ) par jour; il fut séparé de ses conseillers, et surveillé jusqu'à l'outrage, soosle prétexte que les Anglais cherchaient à Tenlever.

Pie VII se disposa à la résistance passive : il refusa rinstitutlon aux évéques , ce qui laissa les églises veuves ; il ne reconnut pas le mariage de Tempereur, et Texcommunia. L'archev^ de Paris étant venu à vaquer, le cardinal Fesch déclara qu'il ne le recevrait que du pape. Le cardinal Maury, dévoué à N^ poléon, l'accepta sans Tinstitution pontificale, et le chapitre se réunit pour savoir fii Ton devait lui confier l'administratioa du diocèse : le plus grand nombre fut peur Taffirmative; quelques-uns crurent l'autorisation du pape indispensable. Les brefs circulèrent, malgré les défenses et les persécutions de la police. Afin d'y remédier, et pour briser la résistance du pontife, Kapoléon eut recours à divers expédients. H fit répondre par tous les évéques de l'empire à la déclaration du chapitre de Paris; ceux d'Italie , endoctrinés par le vice rot, se montrèrent encore plus serviles : ils déclarèrent que le corps des évéques en activité représentait l'Église; que Tinstitution humaine était toat à fait étrangère à la hiérarchie ecclésiastique dans le gouvernement de l'Église, et qu'il n'y avait anciennement ni institution canonique , ni serment de fidélité. Ënfin^l'empereur convoqua oa concile de tous les prélats de l'empire et de la confédération du Rhin , à l'effet de résoudre les difficultés nées dans le sein de l'Église : parade d'un nouveau genre^ nouvelle imitation de Constantin et de Charlemagne.

Dans le comité ecclésiastique qui prépara les discussions , Napoléon débattit avec les prélats l'autorité temporelle du

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pape; et Tabbé Eymery, vieillard octogénaire, lui démontra, par un argumentai? hominem, que Bossuet lui-même avait affirmé la nécessité de ce pouvoir. Cela pouvait être vrai alors, ré* pondit l'empereur, quand l'Europe reconnaissait différents maîtres : il n'eût pas été séant que te papef&t soumis à Cuh deux en particulier. Mais il n'en peut être ainsi aujour* d*hui, que C Europe entière ne reconnaît d'autre maître que moi.

L'assemblée fut ensuite consultée sur les points suivants :

« Le pape peut-il , pour des affaires temporelles, refuser son intervention dans les matières spirituelles?

« Ne conviendrait-il pas que le consistoire du pape fût composé de prélats de toutes les nations?

« Si le gouvernement français n'a pas violé le concordat, le pape peut-il arbitrairement refuser l'institution aux évéques nommés , et ruiner la religion en France comme il l'a ruinée en Allemagne , où , depuis dix ans , 14 n'y a point d 'évéques ?

« La bulle d'excommunication a été aflichée et répandue clandestinement : comment empêcher les papes de se porter à des excès qui sont si contraires à la clKirité chrétienne et à Tindépendauce des trônes ? v

Mais avant ces questions ilty en avait une qui se présentait d'abord à la conscience des évêques : « Avaient-ils le droit de se réunir sans la permission du pontife?- » Si individuellement ils se montraient soumis à Napoléon, si dans les adresses particulières ils approuvaient le chapitre de Paris , en corps ils n'osèrent se considérer comme une assemblée religieuse. Ils éludèrent les questions, entretinrent une correspondance secrète avecSavone, et envoyèrent au pape leur soumission. Ainsi le clergé se retrempa dans les tempêtes qu'il eut à traverser; et si ce concile ne laissa pas de nouveaux et savants décrets , il donna un exemple de courage d'autant plus admirable que tous les fronts étaient courbés devant le grand homme , et que le clergé luimême croyait devoir son dévouement au Cyrus qui avait relevé .lérusalem.

Pie -VU repoussa les propositions insidieuses de lenipereur, fil disant : Laissez-moi mourir digjie des inaux que fai

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