‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 116 sur 159 · M ÉPISODE DES AFFAIRES DE SUÈDE · texte numérisé non relu

M ÉPISODE DES AFFAIRES DE SUÈDE

. Le roi (loiïiia une nouvelle charte, il y conserva les États; il ne pouvait sans eux faire ni abroger les lois, déclarer la guerre, établir d^impots , sauf le cas de défense. Mais il se résenrait de convoquer les diètes où et quand il lui plairait. Dix-sept sénateurs, à sa nomination , avaient voix consultative; et la couronne restait toujours maîtresse de prononcer, de conclure ks traités de paix et d'alliance , avec le commandement des forces de terre et de mer, la nomination aux hautes charges civiles et militaires, et le droit de ccmférer la noblese. Les commissions extraordinaires de justice furent toutes abolies.

. On reproche à Gustave d'avoir détruit les libertés de son pays. Ne profanons pas ce nom sacré en rappliquant à raoarebie; remarquons seulement que cette révolution déplut au Daaemark, qui désirait l'affaiblissement d'une puissance voisine, eomme à la Russie , avide de prétextes pour intervenir dans le pays comme en Pologne.

A rimitation du. grand Frédéric son oncle, Gustave III introduisit beaucoup d'améliorations; il abolit la torture , les visites domiciliaires, simpIIGa la procédure, rétablit la liberté de la presse, chercha, en faisant adopter un costume national, à refréner le luxe ; il institua des maisons de travail et de refuge pour les orphelins et les vieillards, sous la surveillance de Tordre chevaleresque des Séraphins ; puis une banque d'escompte et des assurances contre l'incendie. Il encouragea l'agriculture , afln que la Suède pût suffire à sa subsistance ; donna toute liberté au commerce des grains ; fit adopter de meilleures méthodes pour l'exploitation des mines et pour la navigation ; favorisa In pèche du Groenland , et distribua généreusement des secours pendant une famine qui désola toute Ttlurope. Il défendit la distillation de Feau-de-vie, dont on faisait un abus incroyable, et s'en réserva la vente , comme monopole royal. 11 donna unf nouvelle version de la Bible , et laissa à tous les chrétiens la liberté de leur culte.

Lorsque la guerre éclata entre l'impératrice Catherine et la Porte (1788). Gustave renouvela l'ancienne alliance de la Suède avec Constantinople, et occupa la Finlande russe a la tête de

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trente-six miile hommes. 14 songeait à tomber sur Saint-Péters^ bourg et à y dicter la paix , quand il fut arrêté dans ses projeta par la noblesse suédoise , qui, toujours en éveil pour Tessaisii* Tautorité, l'accusa d'avoir violé la constitution en déclarant \à guerre sans Taveu des états; et, à l'instigation de Catherine,' plusieurs ofGciers conclurent un armistice.

.Gustave accourut indigné à Stockholm. Le peuple y désirait la guerre contre la Russie, et le clergé, les bourgeois, lei^ paysans «n demandaient la continuation. Le roi, certain de cet appui , se décida à consommer rabaissement de la > noblesse^ Affrontant l'opposition violente de la diète , il dit qu'il aurait pu au mois d'août 1772 obtenir une monarchie absolue ; qu'il y avait pourtant renoncé spontanément , mais qu'il ne souffrirait pas le retour de l'anarchie. Il fit arrêter vingt-cinq no-t blés des plus turbulents (1789), et publia un nouveau statut ou acte d'union et de sûreté ,'par lequel il réservait au roi seul 1« droit de gouverner et de défendre le royaume, de faire la guerre, la paix, les alliances, d'administrer la justice , de nommer aux emplois. Le sénat, réduil à n'être qu'une cour suprême de jus^ tice, ne devait plus participer au gouvernement; tous les Suédois étaient déclarés citoyens libres avec des droits égaux , sous la protection des lois; le mérite seul devait avoir des titres> aux emplois, à l'exception des charges de cour réservée^s à la noblesse; la liberté individuelle et le droit de propriété étaient également garantis à tous.

Les trois ordres inférieurs adhérèrent à ces dispositions : les nobles protestèrent, et se démirent de leurs charges ; mais la fermeté de Gustave l'emporta. Il obtint des subsides pour con-* tinuer la guerre ; mais si elle avait pu d'abord se terminer d'un seul coup, elle coûta désormais trois années de sang. Unefoulo de petits faits d'armes par terre et par mer ne décidèrent rien; entin la victoire des Suédois à Suenksund amena la paix de Varela (1790), qui remit les choses sur l'ancien pied.

On dit que Gustave, de mœurs très-dépravées , proposa 4 sa femme de se prêter à d'autres embrassements, pour assurer un héritier au trône : elle y consentit , mais après son divorce secret avec le roi , et s'être mariée avec celui qui la rendit

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iDcre de Gustave iV. i/est ainsi que ie fait est rapporté ■. Gus* tave III ayant légué à l'université de Stockholm une cassetu en fer qui ne devait être ouverte que cinquaute ans après sa mort, on crut y trouver la révélation de ce mystère. Lorsque le terme attendu avec tant d'anxiété arriva , on ouvrit 8olameU^ ment la cassette , et Ton n*y trouva qu'un gros manuscrit iatitulé Lettres, mémoires, bagaietles, plang de fêtes, anecdotes de mon régne , mais rien d'important.

La Révolution française éclata ; elle ne dut-pas plaire à un roi qui avait réprimé les prétentions de ses sujets. Aussi cet esprit chevaleresque résolut-il, quand les autres rois n'écoutaient que Tambition et la politique , de se mettre à la tête des prioees émigrés et de délivrer I^uis XV I ; mais le colonel J.-J. Ankarstrôm le tua, dans un bal, d'un coup de pistolet, pour venger sa caste et lui même ( 1793). Le supplice infligé au régicide ferait horreur dans les siècles même les plus féroces.

Gustave- Adolphe IV lui succéda ( 1793) ; il était âgé de treize ans, d*une légitimité douteuse, élevé dans le mysticisme; il détestait la nation française comme athée , et se défiait du duc de Sudermanie , son oncle , qui avait désapprouvé la croisade de son père contre la Ré\'olution. Mais les idées françaises avaient pénétré dans ce pays , dans l'armée surtout, où couvait le projet d'une république fédérative, ce qui empêcha le régent d'entrer dans la confédération du Nord en 1794. Catherine de Russie , qui le baissait, le tenait en suspicion, menaçait, et voulait que le roi épousât la grande-duchesse Alexandrine. On préparait déjà les fêtes du mariage à Saint-Pétersbourg, tout le monde était réuni pour la cérémonie, quand Gustave se refusa aux concessions qu'on lui demandait en faveur du rit ^rec; et Taffaire fut rompue , au grand déplaisir de Gathorine.

Ousiave, parvenu à sa majorité, devint ridicule et extravagant : il vouliiit être roi, pontife et prophète; il tyrannisa la princesse de Bade , sa femme ; il s'attacha avec obstination aux An<î)ais; il regardait Napoléon comme la bêle de l'Apocalvpse.

. * Voy . Btiwer, tes Cours du .Vo/d ( anglais ).

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et ripostait par d'autres insultes à celles des journaux français ' ; et , s*adiamant dans Fintention de rétablir les Bourbons , il ne plia pas même après la paix de Tilsitt devant le vainqueur des rois.

Alexandre , qui s'était engagé à lui faire accepter le système continental , n'ayant pu y réussir, voulut venger son honneur compromis en lui enlevant la Finlande, que la Russie convoitait depuis si longtemps. Il l'envahit à l'improviste ( 1808), et s'en empara sans que Gustave sût soutenir le courage des habitants. Ce prince imprudent provoqua aussi le Danemark, et lui déclara la guerre; il envahit la Norwége, soutenu par l'or des Anglais , qu'il s'aliéna au moment même où les Français l'attaquaient. Bernadotte , à la tête d'un corps de Français et d'Espagnols , tint les Anglais en respect , tandis que les Russes avançaient , et qu'après avoir réuni la Finlande à leur empire , ils menaçaient là capitale. Alors l'armée suédoise se révolta, probablement par l'effet d'une trame ourdie depuis longtemps ; et on substitua à Gustave , qui fut déposé , non pas son fils , trop jeune encore pour des circonstances aussi graves, mais le duc de Sudermanie (29 mars 1809).

Ce prince, sous le nom de Charles XIII, se laissa imposer par la diète une nouvelle constitution très-libérale , alors qu'il était plus que jamais nécessaire que la force fût concentrée pour repousser deux armées ennemies. Après avoir conclu la paix (17 septembre ) avec la Russie moyennant la cession de la Finlande et des îles d'Aland , c'est-à-dire un tiers du territoire et de la population, la Suède, resserrée entre la Baltique et la ^orwége , adhéra au système continental.

Vieux et infirme , Charles XIII était le jouet du plus fort ou du plus intrigant. Son fils étant venu à mourir, la diète s'assembla pour lui désigner un successeur. Plusieurs membres jetaient les yeux sur le roi de Danemark , dans la pensée d'opérer la fusion Scandinave tant de fois appelée; d'autres tournèrent leurs regards vers la France , et , parmi les maréchaux qui se

' On lut dans le Moniteur cette phrase , très-probablement dicf ée par Napoléon : « Sa main est trop faible pour soulever Tépée de Charles XII , dont il n*a que la folie et les boites. »

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