IIIST. DE CENT ANS. — T. H. 'I
2ÎI0 ÉPISODE DES AFFAIBES DE SUÈDE.
I>erdaii>nl dans la splendeur de la gloire napoléonieuue, ils dis* tinguèrent le seul qui eût conservé son individualité. Leur choix tomba (juillet 1810) sur Bemadotte, prince de Ponte-Corvo, qui s^était rendu populaire en Allemagne par la modération qu'il mettait dans Texercice de la guerre.
Ce choix fut peu agréable à Napoléon ; et quand Bemadotte refusa de fermer ses ports aux Anglais , ce qui aurait acbeTé la ruine du pays, il se mit en grande colère contre ce panram, coupable d*étre monté sur un trône sans être son parent et sans qu*il Vy eilt porté , et il se promit d'en tirer vengeance. D*ua autre côté, les puissances caressaient chez. Bernadette une ambition qui n'allait pas moins qu'à porter les yeux sur la couronne de France.
La Porte était devenue hostile aussi à Napoléon , depuis qu*ii Pavait trahie en livrant à Alexandre la Moldavie et la Yalachie ; il s'ensuivit que , sourde à ses propositions , elle sospea* dit ses hostilités contre la Russie.
On sentait approcher la tempête. Alexandre avait bien po s'éprendre de Napoléon ; mais il n'en avait point été ainsi des boyards , envers qui le czar est obligé d'employer plus de ménagements qu'on ne se le flgure. L'empereur se vit contraint par la noblesse de promulguer un nouveau tarif de douanes qui grevait les marchandises françaises , et permettait l'entrée des denrées coloniales sous pavillon neutre. Le peuple, endoctriné par le clergé, regardait avec horreur les Français , contre lesquels les églises retentissaient d'anathèmes. L'impératrice mère était extrêmement hostile à Napoléon ; on avait des affronts à effacer, et une amitié qui veut asservir ne saurait être durable. Alexandre ne voyait pas, sans ombrage, l'occupation du duché d'Oldenbourg , l'agrandissement de celui de Varsovie, la prise de Dantzick , et l'accroissement continuel de la France au détriment des neutres ; puis cet esprit mystique et libéral s'affligeait de voir la liberté foulée aux pieds en Europe, et il regardait , dans sa conscience , comme un devoir de s'en déclarer le soutien '. Un agent secret alla porter ses propositions
^ Le IraducUwt d^ ce IWcc n'a pas la prétention de se substituer shv
LÀ LIBERTE REVENDIQUEE CONTRE L*EMPEREUâ* 191
à Moreau , qui , réfugié en Amérique , n'avait cessé d'observer les mouvements de son rival; persuadé que son système d'aller toujours en avant, en se Gant dans son audace et dans la stupeur des autres , finirait , une fois ou l'autre , par amener sa
cesse à Vauteur, de combler par des notes toutes les lacunes d'un récit nécessairement abrégé, ni de contester tous ses jugements alors quMIs lui semblent contestables; cela nous entraînerait trop loin. Ici cependant il est indispensable de rappeler, comme Tune des principales causes de la rupture d^ Alexandre avec Napoléon, le mariage de ce dernier avec une archiduchesse, son rapprochement de TAutriche, ainsi, que les mécomptes de Tambition russe par rapport à la Turquie. Napoléon n'était pas seul ambitieux; et le condamner en tout, mettre tous les torts à sa charge, c^est faire la part trop belle à ses ennemis. Nous n'avons cependant pas péché par excès dMndul^ence envers lui , comme on le jugera par cette citation :
« Napoléon s'était fait un empire qui surpassait en étendue relui de Charlemagne; pourtant il s'agitait dans ce cercle immense, et s'élargissait toujours : il avait le tourment des grands ambitieux. Toute acquisition nouvelle devenait pour lui comme un stimulant nouveau. Il envahissait au dedans, il envahissait au dehors. Peut-être s'est-il mal comw et mal interprété lui-même , quand il a mis sur le compte des nécessités de son système les conséquences de sa propre nature , exagérées encore par la fortune. La fortune, en Je comblant toujours, irritait davantage cette maladie du pouvoir et de la persoaiulité , qu^'l prenait à tort pour de la logique. Le goût de Tunité chez lui dérivait de la passion plus encore que la pensée. Il est resté victime d'un malentendu avec lui-même
A L'empire, Il est vrai, ne cessait de grandir matériellement; ses deux bras enveloppaient l'Allemagne , menaçaient d'un côté tout le nord de FEurope, et de l'autre la Turquie et l'Orient. La forme en avait été découpée avec un calcul savant et une habileté -profonde; et si la monarchie universelle apparaissait au bout à Napoléon, comme on Ta supposé , jamais chimère du moins n'avait été combinée plus fortement Mais l'empire, malgré les accroissements de territoire qui se continuaient encore , avait passé les beaux moments de sa prépondérance morale.
n L'époque d'Austerlitz en fut le véritable apogée. La décroissance , ^us ce rapport, data de la campagne de Prusse, qui désaffectionna l'Allemagne , et s'augmenta du traité de Tilsitt , de l'entreprise d'Es-
MÈ KIMSODB des ÀFFAIfiES DE SUÈDE.
diute. Le géaérai ne résista pas à la tentation , et il apporta à la Russie (juillet 1813), pour Taider à renverser sonanciea rival , riutelligence et le bras qui naguère avaient sauvé la France.
Le vieux Dumouriez, implacable ennemi de l'empereur, avait donné à Wellington le plan de la guerre d^Espagne; ce fut. lui qui suggéra aussi à Alexandre les moyens à employer dans celle-ci. Son idée favorite était de relever le trône de France à Taide d'une constitution sur de larges bases, et d'y placer Louis-Philippe d'Orléans. C'est ainsi que les rois rappelaient sur la scène les vieux républicains, pour abattre le maître de la France. J>es ministres anglais Castlereagh et Liverpool continuaient le système de Pitt. Un journal de Londres ayant osé conseiller assez clairement Fassassinat de Napoléon, on demanda dans la chambre des communes qu'un acte de réprobation ne laissât pas supposer que la nation fût complice d'une pareille doctrine. Le marquis de Wellesley dit en cette circonstance : a L'écrivain dont il s'agit dit que le dominateur de la « Franche s'est mis au-dessus des lois; mais j'espère qu'il existe « en ce monde un tribunal devant lequel il sera cité à bon « droit. Or, les nations de l'Europe le peuvent, non pas avec le » poignard , mais en réunissant leurs efforts , et en le punissant « sur le champ de bataille des perfides attaques qui le rendent « éternellement odieux. »
Il y avait donc un vaste concert de l'Europe, qui) sortant de son étourdissement , avait compris que Napoléon opérait à Taventure, et que ce qui est violent n'étant pas durable, il suffirait de persévérer.
pagne , du blocus et de toutes les conséquences oppressives cpi'il ent pour les peuples. La force et les succès militaires avaient conduit Napoléon par la main ; il leur demanda de dénouer tous les problèmes qu'il rencontra dans sa carrière; il prit Tliabitude de matérialiser son œuvre toujours davantage, et de n^apercevoir à la suite de ses actes que des effets visibles plutôt que des résultats moraux. Habitué qu'il était aux lignes géométriques des armées, il n*apercevait plus, dans la masse des peuples, que ce que les cadres militaires en contenaient. » An. Ri&MÉc, art. ISafioléon de VEncyc. des gens du monde»
GUEBBE DE RUSSIE. 903-
Napoléon voyait ces symptômes ; mais il se confiait dans son épée, dans son épée seule. INIalheur à lui donc le jour où elle se romprait!
Il avait une armée admirable pour la tenue et pour Tensemble : cent soixante généraux de division, trois cent quarante généraux de brigade, cent dix aides de camp. La moitié de TEurope lui fournissait des soldats. Sa volonté ne trouvait plus de limites. Il pouvait tromper Topinion par ses gazettes, disposer à son gré des quatre cents millions qu*il avait déposés dans les caves des Tuileries, et de soixante-douze millions de sujets, parmi lesquels il n'était pas resté l'ombre d'institutions protectrices.
Mais pour avoir des troupes exercées il lui fallut les retirer de l'Espagne : diversion des plus fatales. L'Angleterre n'épargnait pas l'or pour entretenir la guerre dans cette contrée et ailleurs; elle enlevait les bâtiments neutres, et en jetait les équipages sur ses vaisseaux. L'Amérique du Nord seule, poussée par Napoléon , déclara à la Grande-Bretagne une guerre qui eût pu devenir dangereuse , alors qu'elle avait l'Europe entière sur les bras. L'Angleterre stipendiait huit cent mille hommes, dont un quart sur mer, et qui étaient répandus partout. Le parlement ne regardait point aux énormes dépenses dirigées contre la France , car l'esprit public était de moitié dans ses haines, comme en témoignaient les injures dés journaux et les caricatures dont Londres fourmillait.
La Prusse languissait humiliée, surtout depuis la mort de la reine Louise. Le comte de Ilardenberg, ayant pris en main les affaires extérieures , rendit quelque énergie à ce gouvernement. Il chercha à se procurer de l'argent, sachant qu'avec cette ressource il ne manquerait pas de soldats. I>es trente mille hommes auxquels se trouvait réduite , aux termes des traités, la monar-
294 OUEBBE DE BUSSIB.
chie de Frédéric 11 , ne passaient qu'un an sous les drapeaux : expédient trcshabile, qui donnait une réserve déjà exercée, susceptible d'être réunie en un moment. Bln outre , les sociétés secrètes pouvaient être d'un grand secours. Napoléon, se préparant à faire la guerre à la Russie, força la Prusse à marcher avec lui , et à fournir vini:^ mille soldats à rarmée impénale.
1/ Autriche , bien qu'abaissée , se sentait encore une puissance du premier ordre, au moins par sa masse. Un mariage politique ne Tempêchait pas de répondre au vœu des autres États , et de rechercher son propre avantage. Le comte de Mettemich cherchait à lui imprimer ce caractère de puissance médiatrice qu'elle a toujours conservé , ne déclarant jamais la guerre, mais intervenant dans toutes avec la certitude d'en profiter. Par cette politique accommodante , elle renouvela son alliance avec Napoléon , à qui elle promit trente ou quarante mille soldats, mais sous les ordres d'un général autrichien , qui fut Schwartzeaberg.
Pvapoléon , au moment de faire marcher son armée , organisa dans l'empire une garde nationale, formée de tout ce que n'avait pas atteint sa conscription , avec des officiers particuliers et une solde , ce qui constituait une réserve immense divisée en trois bans, selon un âge déterminé. Puis il adressa des messages au sénat tout pleins de paroles vagues et sonores, sans même s*inquiéter de pallier par de hautes considérations les nouveaux sacrifices qu'il demandait. Afin d'assurer la sécurité intérieure, il fit transporter à Fontainebleau Pie VII mourant (21 juin 1812). Il fit donner aux princes espagnols des chevaux détestables, pour leur ôter le goût de l'équitation , dont il craignait qu'ils n'abusassent pour s'enfuir. 11 fit renfermer dans uu couvent de Rome une de leurs sœurs qui montrait de la fermeté. Il remit le soin des affaires étrangères à INIaret, dont il connaissait le dévouement, pour que rien ne pût venir le traverser; et il se confia surtout à Savary , ministre de la police. Jt rais dompter Jlexandre , leur disait-il ; ^ewx victoires, et je suis à Moscou et à Pétersbourg, Là, je dicterai la paix. Du zèle, beaucovp de zèle! et dans trois mois je vous rapporte la paix.
YX il marchai vers h Russie , laissant derrière lui des petiples
mécontents ( mai I8i2). Sa gauche, découverte par Fhésitalion de la Suède , resta exposée aux Anglais. Une colonne de la grande armée envahit rAllemagne, arrêta des employés et des militaires, frappa des contributions, ce qui convertit en fureur la haine des Allemands. Les officiers prussiens les plus braves brisèrent leurs épées plutôt que d'obéir à l'étranger Macdonald , et le roi de Suède se tourna ouvertement vers l'Angleterre.
^Napoléon avait donné rendez-vous à Dresde aux rois ses vassaux. On y vit réunis François II d'Autriche, accompagné de sa troisième femme ; Frédéric-Guillaume de Prusse, les rois de Bavière et de Wurtemberg; Jérôme, roi de Westphalie, et les grands-ducs de la confédération : pléiade éclatante , gravitant autour de ce nouveau soleil. Napoléon les regardait comme ses créatures, et disait, quand on lui annonçait des rois : Quils attendent!
Il marchait à la tête de cinq cent mille soldats , dont la moitié seulement étaient Français; le reste était composé de gens qui avaient des passions et des intérêts divers. C'étaient les Polonais avec Poniatowski , espérant mériter leur nationalité ; des Saxons, des Autrichiens, des Bavarois, des Prussiens, des Westphaliens, des Wurtembergeois, des Badois, des Allemands des différentes principautés, des Espagnols, des Portugais, des Suisses, des Italiens , sous les ordres d'Eugène, de Leccin et de Pino. Murât, dans son costume théâtral, commandait soixante mille chevaax ; Berthier était à la tête de l'état-major ». Cette campagne, aux proportions gigantesques, enflait Porgueil' de Napoléon : Châtions, disai^il , ce czar qui, naguère notre
' Effectif de l'armée que Napoléon emmena en Russie :
60,000 Polonais. 4,000 de Darmstadt.
20,000 Saxons. 2,000 de Gotha- Weimar.
50,000 Autrichiens. «,000 de Wurtemberg et Franconir.
SO.OOO Bavarois. 5,000 de Mecklembourg et autres.
22,000 Prussiens. 20,000 Italiens et ^Napolitain.*;.
20,000 Westpiialiens. 4,000 Espagnols et Portugais.
8,000 \Viirienib"rgeois. 10,000 Suisses.
8,000 de Badeii. 250,000 Français.
i:u huit, 'i98,000 lioMinies , que quelques-uns portent jusqu'à (mO.ooo.