‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 118 sur 159 · OL'KUHE DE RUSSIE · texte numérisé non relu

OL'KUHE DE RUSSIE

omit ne teut pas être l'ennemi de t Angleterre. LafaiaUlé arevfjie la Russie : que ses destins s'accomplissent! Et il traversa le >'iémen, étonné de ne pas trouver de résistance. Alexandre avait compris la nécessité d'opposer à une semblable iofasioi la guerre nationale et Tesprit religieux , et il parla aussi le langage d*un prophète : Cet ambitieux insatiable a réponds par la perfidie a notre loyauté. Sourd aux propositions ks plus modérées, il vient par surprise dans nos foyers. Mo» peuple défendra ses familles , sa patrie, findépendance russe; et la Providence favorisera notre cause.

Dès lors Alexandre ne donna plus Timpulsioii , il la snirit; à une armée enivrée de gloire il opposa un peuple enivré d'obéissance. 11 seconda Tenthousiasme national en mettant à la tête des troupes le Lithuanien Barclay de Tolly ; Bagration, pnéral redouté des Français eux-mêmes ; surtout Kutnsow, qw ses \ictoires sur les Turcs avaient rendu extrêmement popolaire. lis se proposèrent de détruire renvahisseur, quoi qu'il dUt en coâter. Le cri de la croisade retentit dans les villes saintes; les reliques furent portées en procession ; l'archimandrite Pli* ton , âgé de cent et un ans , lança des imprécations contre le Goliath qui envahissait les tentes d'Israël. La noblesse se r^ trempa dans ce cataclysme , et courut aux armes de partost. Les Tartares, les Bachkirs, les Cosaques se pressèrent en foole autour de l'effigie de saint Serge et au son de la cloche de Moscou. Onze cent mille combattants figuraient sur les cadres; et si l'effectif était de beaucoup au-dessous de ce nombre, c'étaieot des hommes braves et patients. La cavalerie était nombreuse, Partillerie formidable ; et les Cosaques, troupe légère, semaient (levant eux Tépouvanle. On ne rencontrait, sur le théâtre de «•ette nouvelle guerre, que des villes clair-semées, entre lesquelles s'étendait un désert.

Tout le monde conseillait à Alexandre de ne pas risquerde J)ntaillc, mais de faire une guerre de positions , de harceler les Français avec des bandes de Cosaques, d'assurer toujours la retraite, et de laisser avancer son ennemi : « INapoléon, danssa fougue habituelle, lui disait-on, viendra succomber ici coniine en V,î:y\>\e , i^ouAAWç (^w V.svaîine. » l'.n nirine temps , Alexandre

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multipliait les négociations. II s'alliait avec TAngleterre, qui aussitôt se rendit médiatrice entre la Porte et lui : le Grand Seigneur consentit à la paix ; et quatre-vingt mille hommes de plus vinrent grossir Tarmée russe. Alexandre reconnut les cortès d'Espagne, traita avec la Suède, à laquelle il offrit la Norwége en place de la Poméranie envahie par Napoléon , et fit alliance avec elle (24 mars).

Au moment où les rois prenaient la liberté pour auxiliaire, Napoléon se rappela ces idées populaires qui avaient tant contribué à ses lj:iomphes et à sa grandeur, et il songea à la Pologne. 11 s'était, grâce à elle, ouvert un passage jusqu'aux frontières de la Russie , et elle lui avait fourni de vaillants auxiliaires. Comme il ne pouvait raisonnablement se flatter de refouler les Russes en Asie, la politique lui disait de refaire de la Pologne une nation, pour la placer entre eux et lui , sûr qu'il était de se faire bénir. en effaçant le crime des trois puissances. Mais il était l'allié de l'Autriche, qui avait ày perdre quelques dépouilles; et il n'osa tenter cette restauration magnanime. Puis, lorsque les siens se furent fait détester dans le grand-duché de Varsovie par des pillages et des excès de tout genre, il ne sut plus que demander des soldats aux Polonais. Ils lui parlaient de reconstituer leur royaume, mais il les entendait à peine; ils lui demandaient qn mot, un Fiat, et il répondait par des phrases, par des promesses, et marchait en avant, demandant une bataille.

Mais, au lieu d'une bataille , il trouva un climat d'une inconstance extrême , des maladies', une grande disette de vivres. N'importe : il avança toujours. Charles XII n'avait pu vivre dans ces contrées avec vingt-quatre mille soldats : comment y subsister avec un demi-million d'hommes? Ils mouraient donc, quoique l'empereur eût dit : Des soldats bien commandés ne meurent jamais de faim. Il traça les marches sur la carte, d'après les principes de la grande stratégie; mais il fut arrêté par des marais et des monticules. Ses généraux-rois ne voulaient pas toujours obéir ; lui-même montra une lenteur qui tenait de l'épuisement, et que ses panégyristes eux-mêmes ne peuvent expliquer que par une disposition maladive.

Cependant les Russes disparaissaient devant l'armée française,^

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c|ui marchait toujours, D*apercevant devant elle que solitodf; elle endura des fatigues inouïes avant d'atteindre Witepsk, vide elle-même de ses habitants (août 1812 }.

Les maréchaux conseillaient à Napoléon d^y passer lliifer. Mais il voulait atteindre Moscou : Moscou, encore un de ces noms fabuleux qui parlaient tant à son imagination, comme ceU des Pyramides et du Saint-Bernard. Napoléon semblait avoir oubliéla rapidité de ses premiers mouvements. CTétait, il est mii une tout autre guerre : peu de grandes routes , les points importants à des distances infinies , l'espionnage presque impoisible , et les reconnaissances à pousser à travers un nuage de Cosaques. Les cartes étaient d'ailleurs très-inrparfaites, lesrciseignements sur le théâtre de la guerre très-insufQsants '. Suivent il fallait suivre , cent lieues durant, la même direction, faute d'autres routes, et attaquer l'ennemi de front, au lien à tomber sur lui de différents côtés , comme en Italie et en Ah magne. A peine un mouvement était-il projeté , qu'il était deviné dès les premiers pas; les grands plans stratégiques étaient donc impossibles.

Les engagements étaient fréquents; mais les pertes se b>lançaient,, et il n'en résultait rien d'important. L'armée française éprouva une résistance plus sérieuse à Smolensk (17 août): mais à peine y fut-elle entrée, qu'elle trouva la place vide et livrée aux flammes. Elle avança donc encore, sous le soleil d'aoât par une poussière brûlante, au milieu d'escarmouches incessantes, de pertes continuelles, qui lassaient sans jamais ameocr de résultat, sans que jamais le courage trouvât, pour serefcver, la joie féroce d'une bataille. Déjà cent mille hommes avaient

' Ce qui frappe le plus dans l'Iiistoire de cette expédition, éctUt par Boutourlin, qui, indépendamment des documents russes, acoisullé ceux qui furent enlevés aux Français , c^est la connaissance trèsimparfaite des ennemis qu^on allait combattre. Lorsque Frédéricll» examinant Pexpédition de Charles XII, en décrit les résultats dév* treux, il prévoit les revers qui atlendcnt Napoléon. De même lesi«structionsde la guerre de Louis XIV, qui se trouvent aux archives * Paris, auraient pu épargner Ips nombreuses erreurs de l'expéditio» d' Espa'^ue . (, C . C j^m v . ]

péri , et Moscou était encore à quatre-vingts lieues ; Moscou , la ville sainte où les attendaient le repos, Tabondance, et la paix. Cependant les Russes appelaient aussi une bataille, et Kutusow la promettait au nom de la patrie et des saints nationaux. Cent trente-deux mille Russes, pourvus de six cent quarante canons, combattirent à Rorodino ( 4 septembre ) , sur la Moscowa , contre cent trente^trois mille Français et cinq cent quatrevingt-sept boucbes à feu. Soixante -dix mille morts ou blessés restèrent sur le champ de bataille, dont vingt-sept généraux français , et beaucoup de généraux russes , entre autres Ragration. Les chants joyeux ne retentirent donc pas de tente en tente, comme d'ordinaire après la victoire; il ne restait plus à Napoléon que la moitié de sou armée , et Alexandre se retirait sur Moscou , en disant qu'il fallait encore d'autres sacrifices pour dompter T Antéchrist. Cette ville avait pour gouverneur Fédor Rostopchin, véritable caractère russe, mélange de sauvage et d'homme civilisé, d'un esprit fin et moqueur, non moins dévoué à la cause de la patrie que Kutusow , prêt à la servir avec les mêmes moyens et la même résolution. Les Russes s'étaient proposé d'incendier tout village , toute place fortifiée où les Français pourraient trouver abri *, ils n'hésitèrent pas à en faire autant de Moscou ^ Sur trois cent mille habitants, il en

' Proclamation de Rostopchin :

u Son altesse le prince Kutusow , afin de se réunir plus promptelYient aux troupes qui venaient le rejoindre, a abandonné Mosaïsk pour occuper une forte position t où Tennemi ne se présentera pas de sitôt. Quarante-huit canons et des munitions lui ont été' expédiés ; il dit qu'il défendra Moscou jusqii^à la dernière goutte de sang, et qu'il %e battra encore dans les rues. Les tribunaux ont été fermés. NMmporte, mes amis, il faut accommoder ses affaires; il n*est pas besoin de tribunaux pour faire le procès à un scélérat. SMl était nécessaire,- je prendrais des jeunes gens de la ville et de la campagne. Dans deux ou trois jours, je donnerai le signal. Armez- vous de haches et de piques, ou, ce qui vaut mieux , de fourches à trois dents : le Français ne pèse pas phis qu^une botte de froment. Demain , j'irai visiter les blessés à rhôpital de Sainte-Catherine ; j'y ferai dire une messe , et bénir Peau pour leur prompte guérison. Quant à moi, je me porte bien. Savais mal à un œil, mais à cette heure j'y vois parfaitement de tous deux, m

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n*stn à peine vingt mille ; les autres émigrèrent , à la tnanière des peuples nomades^ aux approches de T^nemi.

Les Français y entrèrent en grande tenue ( 14 septembre), comme s'ils eussent revu leur patrie, joyeux d'être enfin dans une ville , d'y trouver leurs aises et rabondance au miliea d'êtres humains. Mais personne ne ^Int à leur rencontre , ils ne virent pas une sentinelle ; c'était un vide, un silence comme lorsqu'on traverse Pompéi. Le soir, les soldats affamés burent et numgèrent en toute sécurité , sans prévoir l'événement du kak- 1 main.

L'entraînement qu'il ressentait vers les capitales enneaiies avait poussé Napoléon à se procurer là encore un vain triomphe, qui lui coûta une armée et Tempire. Tandis qu'U siégeait avec orgueil dans le Kremlin , forteresse dont les murs sont des montagnes, et qu'il dictait des règlements pour les théâtres de Paris , les Russes disaient : Le voilà pris ! Napoléon crut b campagne finie; Kutusow pensait , au contraire , qu'elle ne ttsait que commencer ; et un ministre russe disait au czar : Sirti remerciez la Providence : la Russie est sauvée! Les Rosses, qui avaient offert la paix à Smolensk , se gardèrent biendt l'offrir de nouveau à Moscou , résolus qu'ils étaient de coopcr la retraite à Tarmée française, pour que l'hiver achevât deb détruire. Alexandre fit répandre cette proclamation dans l'effipire : « L'ennemi est entré à Moscou , mais la gloire de l'emptR « n'en est pas obscurcie. Quelque regret que l'on puisse éproo- « ver de voir Tancienne capitale au pouvoir de l'ennemi , il n'es « possède que les murailles , sans habitants ni provisions. 11 « s'était imaginé , Torgueilleux , qu'il allait devenir, en entrait -« à Moscou , l'arbitre de l'empire , et lui dicter une paii dê- « sastreuse. Espérances déçues! Les troupes, qui cba(|iK « jour se réunissent des provinces voisines , garderont tous « les passages , et détruiront les dctacherneuls qui sortiront df '< Moscou pour fourrager. L'ennemi , à son entrée en Russie. « comptait trois cent mille hommes; une moitié a été détruit' « ou a déserté. Il a occupé Moscou avec le reste; mais si son « orgueil en est satisfait, le dénoûment se fera voir bientôt « La R\iss\e VA se courbe pas sous le joug , et elle versera tout

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« son sang pour défendre ses lois, sa religion , sa liberté. Dieu « tout-puissant , tourne ton regard miséricordieux sur l'Église « russe ! soutiens le courage et la patience de ton peuple , qui « combat pour une cause juste et puissante ! Qu'il triomphe , « par ton secours , de Torgueilleux qui Ta attaqué , et qu'en « triomphant il délivre les rois et les nations opprimées!»

A peine les Français furent-ils maîtres de Moscou , que les incendies y commencèrent ; éteints dans un lieu , ils éclataient dans dix; les hôpitaux devenaient la proie des flammes, et les blessés se traînaient avec effort pour mourir hors du brasier. Les soldats , fatigués d'éteindre le feu , retournaient à leurs quartiers , et ils n'y trouvaient que des charbons. En trois jourà la ville sainte fut réduite en cendres , au milieu desquelles le Kremlin seul resta debout. L'armée victorieuse fut réduite à camper autour d'une ville embrasée. Dans la campagne détrempée par la pluie, le feu des bivouacs était alimenté avec des tableaux , des meubles précieux ; on voyait alentour des officiers , des soldats, déchirés, brûlés, s'étendre sur des châles de cachemire , sur deâ pelisses de Sibérie^ des tapis de Perse'^ la vaisselle d'argent était répandue partout; on heurtait à chaque pas des timbales, des vases du plus grand prix : triste dédommagement aux souffrances de la faim , et à tant de maux que l'on commençait à entrevoir !

L'énergie des sociétés secrètes se réveilla à la nouvelle de ces désastres; en niéme temps, les corps laissés sur la route pour protéger la retraite furent pris en flanc. C'est en vain que Napoléon proposa la paix , c'est en vain qu'il chercha à faire cesser du moins la fureur d'une guerre populaire : C ardeur que met un peuple à défendre ses foyers contre T étranger y répondit Kutusow, ne saurait aller trop loin.

Napoléon , voyant l'étendue du péril , méditait une nouvelle hardiesse de sa stratégie , toujours dirigée en avant : aller attaquer Pétersbourg et y passer l'hiver, ou trouver à s'y ouvrir par eau des communications avec la France. Cest alors qu'il sentit combien il aurait eu besoin de l'amitié de Bernadette, qui pouvait à ce moment recouvrer la Finlande et tomber sur Pétersbourg. ^îais il était déjà avec ses ennemis. Les géné-

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raux de la grande armée , à qui les revers rendaient la hardiesse que leur avaient enlevée les victoires, déclaraient qu lis étaient las ; car, n'ayant plus de gloire à acquérir, ils avaient hâte de jouir enûn de leurs richesses et de leur grandeur. L'armée commença donc sa retraite sur Smolensk ( J 9 octobre), traînant des voitures et des caissons chargés de trésors , d'argenterie, de fourrures. Les soldats marchaient avec leurs sacs bourrés d'étoffes de soie , de bagatelles précieuses , heureux, à chaque pas, de se rapprocher de leur patrie. JKapoléon ordonna de dévaster ce qui restait de Moscou , et de détpùre les armes , les poudres , les vivres , frémissant de n'avoir à se venger que sur des objets inanimés.

L'armée comptait encore c«nt miJle fantassins, cinq cent soixante-neuf canons, et deux mille soixante-dix voitures et caissons ; elle était riche et forte , quoiqu'elle eût peu de cavalerie. Kutusow vint barrer le passage aux Français à Malojaroslavetz; mais leur valeur, aidée de celle des Italiens, franchit l'obstacle. Ils traversèrent le champ de bataille de la Moscowa, où quelques blessés, restés là depuis cinquante jours, implorèrent des secours ou la mort. Partout ils se trouvaient prévenus par les Russes, plus habitués au climat et aux lieux, mieux pourvus, secondés par les paysans, exaltés par Kutusow, qui leur parlait de Napoléon comme du tyran du monde , et par le czar, qui les excitait à venger l'incendie de Moscou dans le sang français.

Les Cosaques, « cavalerie misérable, » comme l'appelait Napoléon, étaient le fléau de l'armée, à gui ils ne laissaient de repos ni le Jour ni la nuit. La confusion inévitable dans cette armée sans cohésion, où tant de coutumes et de langues différentes étaient réunies, éclata alors tout à fait; les soldats désertaient, jetaient leurs armes, se dispersaient, et la mort les moissonnait horriblement. Sur quatre-vingt mille chevaux, il en restait à peine douze mille au mois de novembre ; des cent mille hommes d'infanterie sortis de Moscou , il en arriva à peine cinquante-huit mille à Wiasma.

Alors survinrent les grands froids , qui devaient , non pa? produire le désastre, mais le portera son comble. La neige

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commença à tomber, en effaçant toute trace de routes. Il fallut donc marcher au hasard , la bourrasque dans les yeux , exposé à chaque instant à s'enfoncer dans des marais. Les malheureux soldats , suffoqués par le vent , engourdis par le froid , venaientils à heurter quelque pierre, quelque tronc d'arbre? ils tombaient , hors d'état de se relever, et la neige les avait bientôt recouverts. Les fusils échappaient de leurs mains roidies , les extrénrités gelaient et se gangrenaient ; celui qui s'endormait ne se réveillait plus. Si quelques-uns découvraient un sentier frayé et s'y dirigeaient avec espoir, les paysans et les Cosaques en embuscade tombaient sur eux avec furie , et les laissaient expirer lentement sur la neige. Les chevaux , en petit nombre , n'étant pas ferrés à glace , glissaient sur le sol durci : il leur fallait briser la glace pour trouver quelque peu d'eau , et ronger l'écorce gelée des arbres. Lorsque enfin ils tombaient épuisés de fatigue , on se hâtait de les égorger pour se jrepattre de leur chair, et pont se réchauffer les pieds et les mains dans leurs entrailles palpitantes. Chaque bivouac devenait un cimetière par le manque de feu ; les soldats s'y couchaient le sac sur le dos , les cavaliers la bride passée au bras; souvent ils se tenaient embrassés pour se procurer un peu de chaleur l'un à l'autre : mais souvent aussi, le lendemain matin, ils ne trouvaient près d*eux qu^un cadavre , et le quittaient sans plaindre son sort , car il avait cessé de souffrir. Si l'on trouvait quelque peu de bois , la marmite , précieusement conservée , était mise sur le feu , et la poudra remplaçait le sel pour assaisonner une poi« gnée de farine de seigle ou un morceau de cheval. Un égoïsme farouche remplaça alors cette générosité qui est l'apanage du soldat , et chacun ne songea plus qu'à soi ; on allait jusqu'à se disputer, le sabre à la main , une misérable croûte de pain, une botte de paille ou un fagot. On né tendait pas la main au camarade qui tombait ; à tel autre on arrachait de ses épaules , avant qu'il fût gelé et roidi , la pelisse qui le couvrait , pour l'endosser, tiède encore. C'était en vain que ceux qui gisaient sur le sol glacé, tombés d'épuisement ou blessés, pressaient les genoux de leurs frères d'armes, les suppliant, au nom de leurs parents, de leur patrie, de ne pas les abandonner;

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