LES ALLIÉS EN FBANCE
L'épidémie se déclara parmi ces hommes exténués. Les Bava • rois voulurent barrer le passage à Napoléon ; niais il les culbuta à Hanau (30 octobre). Rentré en France, il redemanda des hommes pour combler les vides énormes de cette seconde armée.
du chaos , où Tentassement bizarre des éléments suffit pour produire l'horreur : hommes, chevaux, soldats, chefs, bagages, chariots, canons, s'avançaient lentement et pêle-mêle.
« Au plus épais de cette tourbe, on reconnaissait, avec un frémi^Bseroent involontaire, Napoléon, qui, pressé, porté plutôt que suivi, ne paraissait plus maître de ses propres mouvements; dont le visage pâle, éclairé de temps à autre par les torches des vivandières, s'offrait, dans ce tableau sinistre , comme pour laisser à Timagination , daiis un seul souvenir, tout ce que le génie peut subir d'erreurs, combien la fortune et la grandeur humaine peuvent avoir de revers et de retours douloureux Que les temps sont changés! Ce n'est pins ce soldat volontaire que nous avons vu partir en 1792, après un si long repos de « nos armes; homme de vingt à trente ans, qui abandonnait avec joie la maison paternelle, impatient des loisirs et de l'innocente tranquillité des occupations domestiques ; qui marchait d'un pas ferme et assuré , le jarret tendu , la tête haute, l'œil plein d'audace et d'avenir; dont le geste exprimait la vigueur et l'intelligence; toujours dispos, toujours avisé , connaissant tout , répondant à tout , capable de donner à l'occasien un conseil salutaire, un avis utile à son capitaine, à son général; affrontant les périls comme les fatigues, supportant gaiement des priva* tiens forcées , et content du nécessaire an milieu de l'abondance.
« Vingt ans de guerre ont passé ; le conscrit de 1 81 3 est un être fluet , à moitié formé, moins encore au moral qu'au physique; pauvre garçon étourdi du passage subit de la paix et de l'abondance grossière du toit rustique à la vie bruyante et aventureuse, aux fatigues et aux privations des camps , acceptant la guerre et ses efforts avec une résigna? tion sans volonté , miné par la nostalgie , découragé depuis qu'il a perdu de vue le clocher de son village; à qui on a donné un fusil, mais non la manière de s'en servir; qui a jeté au loin cette arme inutile, ou la traîne d'un pas chancelant, le visage amaigri, l'œil fixe, et qui ne sait répondre si on l'interroge Spectacle alimenté par des convois toujours nouveaux de recrues de dix-huit ans; et lorsqu'on voyait ces malheureux passer la - première et dernière revue de l'empereur, on croyait entendre sortir de leurs faibles poitrines ce triste cri des gladiateurs romains : Ceux qui vont mourir ie saluent:
tl6 COALITtOn. — CAUPAGNB DE 8AXB.
Lors même que Napoléon eût été vainqueur à Leipsick, il n^aurait retardé sa chute que de quelques jours. L'annooee de sa défaite suffit pour renverser tout l'édifice qu*il avait élevé : Jérôme Bonaparte s'enfuit à Cassel ; Dalberg , grand-duc de Francfort, à son évéché de Ratisbonne; la Prusse, TAngleterre, la liesse, Oldenbourg, Brunswick, reprirent tout ce qalls avaient perdu. Le Wurtemberg , Baden , Hesse-Darmstadt, assurèrent leur existence par des traités particuliers avec FAutriche. Pendant ce temps, Wellington battait en Espagne les Français à Vittoria. Le roi Joseph était repoussé dans la Biscaye, et il fallut penser désormais à défendre aussi le territoire français du coté des Pyrénées.
Une fois la confédération du Rhin dissoute, les villes lian* séatiques se soulevèrent. En Hollande , le prince d'Orange déclara, dans une proclamation, que « le moment était venu de recouvrer Tindépendance nationale. » Pressé de tous côtés de reprendre la couronne, « je n'y consentirai, ajoutait-il, qu'avec une constitution sage qui protège la liberté contre tous lesabos possibles. »
L'Illyrie et le Tyrol s'agitèrent; Murât prôta l'oreille aux propositions que lui firent secrètement les alliés : las des insultes de son beau-frère , il occupa Rome , après s'être entendu avec les Autrichiens. L'Angleterre lui offrit vingt-cinq millions et vingt-cinq mille hommes pour s'assurer la possession de TI* talie, qui appelait l'indépendance de tous ses vœux. Élisa négocia avec les ennemis de son frère. Enfin , la Suisse s'unit aux Autrichiens.
On n^avait songé jusqu'alors qu'à faire rentrer la France dans ses limites du Rhin. Napoléon reçut à Francfort, comme à Prague , de nouvelles propositions dans ce sens. Les alliés lui offraient encore une large part , en proposant de « maintenir la prépondéramie de la France entre le Rhin , les Alpes et 1« Pyrénées, et d'assurer en même temps l'indépendance des nations continentales et maritimes. » Mois il tergiversa, et les souverains prirent le parti d'entamer le territoire de la France. Les Russes brûlaient du désir de venger sur Paris 1« désastre de Moscou; les Prussiens, de réunir à T Allemagne
LES ALLIÉS EN FRANCE. ZUf
r Alsace et la Lorraine {aï?ulsx Imperii) ; T Angleterre , de réduire ce royaume à ce qu'il était eu 1789^ et de lui enlever Anvers.
Un million d'hommes avait été. levé en France depuis 1812; Napoléon en demanda encore trois cent mille. Les paroles qu'il adressa au corps législatif avaient une teinte de mélancolie'. Mais quand cette assemblée et le sénat demandèrent des garanties pour la sécurité des personnes et des propriétés, il y vit une insulte, et cassa le corps législatif. Tandis que les autres rois faisaient appel à la victoire en proclamant la liberté, il voyait encore dans le despotisme Tunique moyen de salut. En face de l'Europe réunie , armée contre lui seul, il se confirma dans l'idée que le pouvoir devait être concentré en lui seul : il agit en conséquence , et se créa dictateur. Il augmenta tous les impôts, offrit luimême trente millions sur ceux qu'il tenait enfouis aux Tuileries, et, s'isolant de la nation, il ne mit sa confiance que dans l'armée.
Napoléon avait encore, en effet, trois cent soixante mille combattants , mais disséminés de l'Espagne à la Dalmatie. Depuis que les forteresses n'arrêtaient plus les armées, il n'y avait plus de sûreté que dans les défenses géographiques; il fallait choisir
* « Des victoires éclatantes ont illustré Tannée française dans cette campagne, des défections sans exemple les- ont rendues inutiles; tout 8*est tourné contre nous : la France elle-même serait en péril, sans l'énergie et Tunion des Français.... N'ayant point été séduit par la prospérité, Tadversité me trouvera plus fort. Plus d'une fois fai donné la paix à des nations qui avaient tout perdu ; d'une portion de mes conquêtes , j'ai élevé des trônes pour des rois qui m'ont abandonné. J'avais conçu et exécuté de grands desseins pour le bonheur du monde. Monarque et père , je sens combien la paix ajoute à la sûreté des trâncs et des familles.... Rien ne s'oppose pour ma part au rétablissement de la paix. Je connais les sentiments des Français : je dis des Français ,
parce qu'aucun d'eux ne désire la paix au prix de l'honneur Mes
peuples ne peuvent craindre que la politique de leur empereur trahisse jamais la gloire nationale, comme j'ai la confiance que les Français se« ront toujours dignes d'eux-mêmes et de moi. »
tl8 COALlTIU^i. — CAMPAGNE DE SAXE.
OU les tiionta};iies ou les fleuves. Napoléon aurait dû, c« semble. M déterminer pour Tun ou l'autre moyen ; porter sur le Rhin une partie de ses forces , et une antre partie en Suisse , où il aurait donné la main au prince Eugène , de manière à effrayer les puissances sur lesquelles il aurait pu tomber à son choix. Il se décida enfin à ordonner la levée en masse, enjoignantm préfets et aux maires d*armer tous les hommes valides , et de traiter comme traîtres tous les récalcitrants.
Mais la nation entière appelait la paix de tous ses voeux, et à ses yeux Napoléon perdait sa légitimité en perdant sa grandeor. Jje sénat noua des intelligences avec tous les partis; TalleyraDd et Sieyes se concertèrent; chacun songea à soi : les rois d'antique race travaillaient à se procurer de Tafgent , et les hommes d*affa4res tournaient le dos au présent pour se ménager Tivenir. Les alliés firent entendre au sénat que si un gouveme nient quelconque était établi, ils le respecteraient.
Quatre cent mille hommes franchirent le Rhin à la fio de Tannée 1813, pour mener à fin la guerre des nations. Le fleuve, tant d'autres fois disputé avec acharnement , fut traversé sans qu'il y eât un coup de canon tiré. La Suisse livra passage à Schwartzenberg; Bliicher entra par Coblentz, Bernadotte marcha sur la Belgique. Les alliés violèrent les frontières de 1793, en déclarant toutefois qu'ils ne faisaient pas la guerre à la France, qu'ils voulaient, au contraire, forte et satisfaite, avee des limites plus étendues que celles d'autrefois ; ils protestèreot que leurs intentions étaient « justes dans leur objet , généreuses et libérales dans l'application, rassurantes pour tous, honorables pour chacun. »
Les puissances, réunies de nouveau au congrès de Châtillonsur-Seine (4 février 1814), offrirent à la France ses limites d'autre fois. Napoléon rejeta ces conditions; il prétendit, nonseulement conserver tout le territoire des Alpes au Rhin , mais en outre obtenir des compensations pour ses frères dépossédés, et pour d'autres intérêts de famille. En conséquence, lestroL< souverains du Nord conclurent une alliance pour vingt ans, s'ohligeantà fournir chacun cinquante mille hommes pour continuer \a guette , ot V \i\ç^leterre un subside de cinq millions