‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 128 sur 159 · COALITION. —CAMPAGNE DE SAXE · texte numérisé non relu

COALITION. —CAMPAGNE DE SAXE

en outre le duché de Parme et de Plaisance pour Marie-Louise, deux millions de rente pour lui, un pour Joséphine, ud établissement hors de France pour Eugène : il ne parla pas des peuples.

Son dernier adieu ne s'adressa pas à la nation, mais à rarmée: « Soldats, dit-il, nous avons combattu vingt ans ensemble; « fai été content de vous, et je vous ai trouvés toujours turk « chemin de Thonneur. Toute l'Europe 8*est ^pmée contre « moi ; j*ai été trahi par ceux dont j'aurais dû Tattendre le n moins. La France a voulu changer de gouvernement. Avec da « soldats tels que vous , j'aurais pu triompher; mais j*abbom « la guerre civile. Que mon intérêt cède à celui de la Franee! « Je pars ; conservez votre foi au nouveau prince. J^e me phi- « gnez pas ; je serai heureux , si je sais la France heureuse; « j'écrirai les grandes choses que nous avons £aites ensemble. * Puis il les embrassa tous dans la personne de leur général, et donna un baiser à Taigle du drapeau : « Adieu , camaradei, « ajouta-t-il; mes vœux vous suivront toujours; ne m'oubliez « pas! »

Les soldats pleuraient; mais les sentiments du peuple avaieBt tellement changé , qu*en se rendant au port où il devait s'em* barquer, il fut contraint de se déguiser pour se soustraire à la fureur des populatious.

Le gouvernement provisoire hésita entre les différents partis qui s'étaient reformés à la chute du maître. La faction républicaine vivait encore; mais Talleyrand, qui avait dit, à la nouvelle de l'expédition de Bussie, Cest le commencement di la fin, sut faire prévaloir ses vues. D'accord avec Pozzo di Borgo, il fît circuler le nom des Bourbons, à qui les rois alliés songeaient peu, et le peuple encore moins. Le sénat discota une constitution improvisée sous les baïonnettes, mais qui garantissait les libertés refusées jusque-là ; et les Bourbons, à qui la France était rendue , grâce au concours d'anciens jacobins, se firent précéder par des proclamations, hésitant entre la né- (^essité de promettre et le danger pour eux de promettre trop.

KOYAUME D'ITALIE.

Ce fut une belle création de Napoléon que le royaume d^Italie, quoiqu'il manquât de cette unité et de cette grandeur que Ton espérait de son indomptable volonté , quoique le peuple n'y fût ni consulté ni compté, et que la France eût fîni par l'asservir. Napoléon n'avait pas eu besoin de modifier la ^constitution républicaine donnée dans la consulte de Lyon; elle se trouva monarchique, rien qu'avec un changement de nom. Quelques-unes des garanties obtenues à Lyon furent confirmées; les deux couronnes furent déclarées distinctes (Napoléon seul devant les réunir jusqu'à ce que tout péril eût cessé), puis héréditaires en ligne masculine, ou transmissibles à un fils adoptif, pourvu qu'il fût citoyen français ou italien. La consulte avait demandé que la religion catholique, l'intégrité du territoire, la liberté politique et civile, Tirrévocabilité des ventes nationales, fussent garanties; qu^il ny eût d'impôts établis que par une loi ; que les nationaux seuls fussent promus aux emplois : mais Napoléon ne s'occupa point de satisfaire à ces vœux.

Les Italiens, avec cet enthousiasme qui souvent n'est que l'expression de l'espérance et s'évanouit avec elle, s'empressèrent de construire des arcs de triomphe avec ce qui avait été des arbres de liberté. Napoléon régla tout, jusqu'aux affaires des théâtres, il se rendit à Milan, où se renouvelèrent les pompes du couronnement. En ceignant, dans la cathédrale de cette ville (16 mai 1805) , la couronne de fer « pour la retremper et la raffermir, » il dit : Dieu me ta donnée, malheur à qui la touchera! mot qu'il voulut perpétuer en l'inscrivant sur la croix d'un nouvel ordre de chevalerie. Il ouvrit en personne le nouveau corps législatif, et désigna pour vice-roi Eugène Beauharnais, son fils adoptif, qu'il était assuré de trouver soumis et médiocre , et qui n'eut pas l'art de se faire

aimer. Il imptisa au pays le code civil français, puis il ordonna de préparer un code pénal et un commercial ; mais il coupa court aux discussions et aux travaux d*examen, en foisant traduire les codes qu*il avait donnés h la France. Les jugements furent publics , mais sans jury ; et les commissions spéciales ne furent pas épargnées. Le mont Napoléon consolida la dette publique ; les hommes les plus distingués furent appelés daos le s<'*naî, destiné à figurer comme représentation d^appirat, plutôt qu'à exercer une action modératrice. Le tribunat et 1rs censeurs de la constitution n'étaient que de simples titres. le corps législatif des jeunes et des anciens dut voter en silence. Il se hasarda un jour à faire une objection ; Napoléon etitra m courroux, et dit que « vouloir le faire céder, ce serait vouloir faire reculer la lune; » et il leva la séance '. Les Italiens comprirent par la ce qu*était la constitution. Mais quatre nmtes ouvertes à travers le Simplon , le mont Cenis , le mont Genèm et le col de Tende, réunissaient le pays à Tempire; une eoor splendide , des ministres magnifiques, des ambassadeurs, nn institut, des écoles spéciales, des cérémonies fréquentes, des constructions grandioses, apportèrent à Milan un fieiste qui faisait oublier la lil)erté.

> 11 écrivit de Boulogne, au D)ois d'août 1805, au président du corf» législatif du royaume (ritalic : « Monsieur le président Tavema, je reçois votre lettre du V août, au nona du corps législatif. Les assurances de son attachement me sont d^autant plus agréables que sa condoite ii^a démontré qu^il ne marchait pas dans la même direction qaemoi, (|u^il avait d'autres projets et d'autrtts vues que moi. J^ai pour principe <le me servir des lumières de tous les corps intermédiaires , soit léçs* latifs , soit même collèges , toutes les fois quMIs auront la même tendance que moi ; mais toutes les fois qu'ils apporteront dans leurs délibérations un esprit factieux et tiirhulent , ou des projets contraires a ceux que je puis avoir médités pour le bien ou la prospérité de mes peuples, leurs efforts seront impuissants. Il ne leut restera que U honte, attendu que, malgré eux, j^accomphrai tous les desseins, toutes les opérations <(ue j^aurai crues nécessaires h la marche de mcn gouvernement, et à la grande idée de reconslifuor et d^illustrer I* royaume d'Italie. »>

BOYAUME D^ITALIE. 325

Ce qu'il y avait surtout d'important pour Napoléon dans le nouveau royaume , c'était la conscription. Le but du voyage qu'il y fit fut entièrement militaire , et il organisa des corps de réserve sur le P6 et sur l'Adige , comme des flottilles sur la mer (1805).

Il y reparut de nouveau en 1807 , et questionna dans ses visites beaucoup de gens, avec sa brièveté impiirieuse, s'informant des besoins des villes en passant , mais s'occupant peu d'y satisfaire.

« Par la paix de Presbourg (30 mars 1806), disait Napoléon, « j'ai réparé le mal que je m'étais vu forcé de faire aux pauvres « Vénitiens à Campo-Formio et à Lunéville , en les délivrant au « joug allemand ; et ce peuple bon et doux se trouvera satisfait n de se voir réuni à ses compatriotes. »

La constitution de Lyon fut étendue aux provinces vénitiennes ; les routes et les ponts s'y multiplièrent comme dans le reste du royaume, et les eaux y furent réglées de la même façon. Mais si l'administration procédait régulièrement dans l'ancienne Lombardie , déjà habituée à obéir et à payer, il n'en était pas ainsi dans les pays nouveaux , accoutumés à un gouvernement faible et à des impôts très-légers. Quand Napoléon se rendit à Venise (1807), il y trouva ce qui pouvait le mieux lui plaire : le spectacle d'une grande force maritime; il donna beaucoup d'ordres relativement à la sûreté et à 1^ prospérité, de cette ville. II lui accorda la franchise de son port, et connnanda des travaux hydrauliques pour en protéger l'entrée. Mais Venise, qui avait repris quelque activité sous l'Autriche, se voyait en* lever tout commerce par le blocus continental. Le trafic des verroteries, sa principale industrie, était anéanti ; les biens na* tionaux avaient été dévolus à l'État ou à des étrangers. Les impôts paraissaient tellement lourds , qu'un grand nombre de petits propriétaires abandonnaient leurs immeubles , dont l'administration passait aux municipalités.

En 1808, Napoléon réunit au royaume d'Italie les légations de la Romagne , qui formèrent les départements du Métauro , du Musone et du Tronto. Il dit a Paris à leurs députés : « J'ai « vu les vices de l'administration de vos prêtres : que les ecclé»

IIIST. DE €ENT ANS. — T. II. i&

1 siastiques.gouverneDt les âmes, qu^ils enseigneat la théolo* « gie , et rien de plus. L*ltalie est déchue depuis que les pié- « très ont prétendu la gouverner. J*ai à me louer de mon clergé « d'Italie et de France ; niais si, dans vos contrées , quelque « fanatique ou quelque ambitieux voulait employer l'isilaeiiee « spirituelle pour agiter les peuples, je saurais le réprimer. >

Les légations trouvaient aussi d'une extrême pesanteur ks charges inaccoutuméesqu'elles avaient à supporter» et les cooscrits se dérobaient en foule au service militaire. Eugène y lança une proclamation, où il disait : « Vous tous plaignez que * chaque décret promulgué dans vos départements est oae « charge nouvelle. Quoi ! nesavez-vous donc pas lire? Vous de- « vriez voir, au contraire , qu'il n'y a pas un de ces décrets qui « ne soit pour vous un bienfait. »

Le Tyrol méridional fut aussi réuni « au beau royaume é'Italie, » dont les vingt-quatre départements embrassèrent ainsi soixante-dix-neuf rilles, sur vingt-huit mille quatorze lieues eir rées, et une population de dix millions sept cent mille honuBes organisés à la française^. A quelle époque les Italiens avaient-ils eu plus de motifs d'espérer f

Mais tout cela était donné, et non pas acquis. Napoléon considérait le pays comme subordonné à l'intérêt de la France; il en détachait des portions à son gré, construisait et abattait des États , en même temps qu'il faisait espérer l'indépendaDoe à l'Italie, lorsqu'il lui naîtrait un second fils '.

A peine le royaume fut-il fondé , que la plupart des couvents furent supprimés, pour être abolis en totalité bientôt après; le gouvernement préleva sur leurs biens une somme destinée à terminer la façade de la catbédrale de Milan» U diminua le

. ' «< Napoléon voulait régénérer la patrie italienne , réunir les Italien en une seule nation indépendante.... C'était le trophée immortel qaH élevait à sa gloire.... Tout était disposé pour créer la grande patiie italienne.... Napoléon attendait impatiemment un second filspoork mènera Rome, le couronner roi d^Jtalic, et proclamer rindépeadaDoe de la belle i)éninsule , sous la régence du prince tlugènc. » Mémmrts dictés ù Moniholon.

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nombre des ps^roisses dans les villes , détermina celui des séminaristes, organisa militairement les lycées et les universités. L'uniformité des poids et des mesures , ainsi que celle des mon* naies , fut au moins décirétée.

La puissance excessive des préfets et les exigences militaires troublèrent souvent ce bel ordre administratif; et la justice , rendue avec la publicité des débats et des jugements, fut entravée souvent par les cours spéciales et les lois militaires.

£n 1805 , Crespino, dans le département du Sâs-Po, s'étant révolté, fut mis hors la loi, et abandonné à la discrétion d'un colonel de gendarmerie; enfin, l'empereur daigna pardonner aux rebelles, à la condition que quatre chefs du complot seraient livrés ; et il en fit exécuter deux.

£n 1809, Tarchiduc Jean , après avoir soulevé le Tyrol , s'adressait en ces termes aux Italiens ; « Vous êtes esclaves de la « France; vous prodiguez pour elle votre or et votre sang. Le « royaume d'Italie est une chimère ; la conscription, les charges, « les servitudes de tout genre , voilà la réalité. Si Dieu seconde « l'empereur François, l'Italie redeviendra heureuse et respectçe ; « une constitution, fondée sur la nature et sur la vraie politique, « ser\'ira de barrière à. l'Italie contre toute force étrangère. L'Eu- « rope sait que sa parole est sacrée. Réveillez-vous, Italiens! « rappelez-vous votre antique gloire! » Quelques habitants de la Valteline se laissèrent entraîner, et prirent les armes. Un curé de Vallentelvi entre autres, nommé Passerini, crut, lorsque Napoléon avait promis l'indépendance, puis manqué à sa parole, qu'il suffirait d'un seul mot pour soulever les populations et leur faire réclamer leurs droits. Il se mit donc, avec un petit nombre de prêtres et de paysans armés de fusils rouilles, d.e bâtons durcis au feu , à proclamer l'indépendance. Une poignée de soldats suffit pour réprimer ces mouvements, dont l'échs^aud fit une justice rigoureuse.

Le budget du royaume alla toujours augmentant ; dans les dernières années, il montait à cent vingt millions. Cependant la plus grande partie était dépensée dans le pays pour l'entretien de l'armée française. Prina , ministre des finances , était très-fécond en expédients pour satisfaire les exifieuces croissantes de l'empe-

reor ; il eKcellait à disposer Isa oomptesiiaiiiés defiiçoiiiin apparattre am regards une ^nen^able praapAM". Qaoifrï en soit, le royaume et Mîlaa'aortoiit àvaioift un aipeellii» saut; mais ceux qui savaient à qttol prix eetlB |awpéritf Ai achetée reconnaissaient qn^eBe ne poqunil dl|irtr, car ëb >

reposait que sur te désir effréné de oonnaâiider et d'tttaar. Li révolution, transplantée en Italtet &!y avnh pas mâiias de longues vicisntndes, sa marehe n'y snmit pua été comme en France; toutefois eMe y avsdit répsoida bemeosplî' dées vraies, justes , généreuses, confoimea an temps; etdkf prit pied, quoiqu'un pouvoir sans lliiiitn etvnegMReamfc Fempéchassent de porter aea fruits. lies écoisa, tesarisvrh* dustrie , furent favorisés comme ils ne TaifBraiil jamais éléni les anciens maîtres. Lesesprits^ arraches an nigisbéisne et m frivolités, se portèrent vers les choses utfleB; la jjeaBCSsestoii avec ardeur la carrière des emplois, eelle-dea artieStèigiÉ dvfl ou militaire. L*éloqueBce poMtique se raviva dkns les tmseils dei*Ëtat, dans Tes liarangues publiques; et si Napoléoi, dans les vertiges dé la gloire, la traita parfois avec dédain,! disait, du fond de son exil : « Les orateurs italiens n^étaienta discoureurs ni métaphysiciens, mais ils traitaient de îenrs irtérets , dont ils avaient la connaissance ^ avec une logique jetc et exempte de pr<^jugés. Pauvres Italiens , les voilà de noureH divisés! »

11 fit agrandir le port de Venise, quMl voulait mettre en étt de recevoir de gros bâtiments. Il projetait un arsenal à RagOK, à Pela, t Ancône, surtout à la Spezzia; il en construisit mi Génes^ IndépendàmiAent des routeS~du Simplôn, du mont Oois, du col de Tende, il en fit ouvrir d'autres à travers rApauûB.Ii avait décrété la jonction de TAdriatique et delà Méditermée, au moyen d^nn canal qui aurait été d^Alexandrie à Savone, et traversant l'Apennin. Le canal de Bologne abrégea lecounéi

■ Il est difficile, au milieu des railleries de Botta, du déaigreoMSt^ Coletta, des louanges de Peccbio et des critiques de Cormecini , qi'ia' lûbtoire de Tltatie à cette époque puisse être considérée eenune ivf*^ tiale.

BOYÀUME D'ITALIE. 339

Reao ; celui de Pavie réunit le lac de Côme à TAdriatique. A Milan , la façade de la cathédrale fut terminée , et Ton commença Tare de triomphe du Simplon. Une école de mosaïque fut instituée pour éterniser la Cène de Léonard de Vinci, qui dépérissait. Amici fut chargé de confectionner, dans les fonderies de Pavie , un miroir réflecteur de cinq pieds de diamètre ; et Canova, de sculpter le Thésée, destiné à orner la place Royale '. A Rome , un grand nombre d'édifices publics furent dégagés , notamment te forum de Trajan , et Ton projeta le dessèchement des marais Pontins. Alexandrie , Gènes furent fortifiées , ainsi que les lagunes de Venise , où s*élevèrent les forts Malghera et Brondolo ; Ancône fiit rendue inexpugnable. Tout cela se faisait dans un temps d'agitation , au milieu de guerres continuelles et d'efforts incessants.

Quant au reste de l'Italie, Parme et Plaisance furent réunies à l'empire sous le nom de département du Taro. Lucques fut bouleversée en 1800, et les conquérants qui s'y suc^îédèrent la dépouillèrent de son argent et de ses armes; enfin,. elle fut organisée en république démocratique par Saliceti * (1801). Lorsque Napoléon fut empereur, on ouvrit aux citoyens de cette république , comme d'habitude, des registres dans chaque paroisse , pour témoigner du voeu public et réclamer une autre constitution. Ce fut avec autant de liberté qu'ils demandèrent pour souverain Félix Baciocchi, prince de Piombino, mari d'Élisa, sœur de l'empereur ( 180.5), sous l'unique réserve d'être exemptés de la conscription. Ainsi finit une autre république qui datait de six cent trente-neuf ans.

Massa et Carrare furent réunies, pour l'administration, à cette principauté , ainsi que la Lunigiane , pour être érigée en fief ducal de l'empire. Les couvents , les établissements pieux et jusqu'aux simples bénéfices laïques, ayant été abolis par l'ordre de Napoléon , cette petite principauté se trouva riche de

' 11 a été porté à Vienne, ainsi que îa Cène.

' Il est prouvé qu'il fut payé en plusieurs fois à Saliceti , de la main h la main, par le trésor de Lucques, la somme de 618,750 fr. C'est ainsi que se payait la liberté. Voy. Mazzarosa.

vingt millions. Avec ces ressources via vive et spirituelle Ëlisa, qui était tout dans cette contrée , sut , en se réservant sa part, doter des hôpitaux, secourir les pauvres et les infirmes , ouvrir des routes , encourager les l)eaux-arts et les études. De nouveaux collèges furent fondés , ainsi qu'une académie qui commenca Timportante publication des documents de rhisloirede T^cques. Un aqueduc fournit aux besoins de la ville; les lois pénales et la procédure furent réformées.

Par le traité de Lunéville , FinCant de Parme était deveon roi d'Étrurie ; il mourut ( 27 mai 1 803 ), laissant un fils de quatn ans sous la tutelle de sa mère. Napoléon signifia au cabinet de Madrid qu'il avait Tintention d'occuper la Toscane , afin qu'elle ne servît pas d'appui aux Anglais. Charles IV se chargea de la garder lui-même, et y envoya 5,000 hommes ; mais quand l'Espagne elle-même eut été envahie , la Toscane fût organisée à la française par le général Menou , puis attribuée à lEisa, qui prit le titre de grande-duchesse, et abandonna Lucques, a|XfS y avoir résidé quatre ans.

Tant que son frère Joseph resta à Maples , Tempereur le tnlQ en maître , lui reprochant d'être mou , vain , irrésolu ; de ne pomt savoir lever d'impôts, avoir une armée, reconquérir Gaête, et se préparer à une invasion de la Sicile. Il lui indiquait les moyens de défendre son royaume avec peu de troupes, enks échelonnant depuis Naples jusqu'à la pointe des Calabres. Il voulait qu'il créât une grande place de guerre au centre du pays, où le roi pourrait s'enfermer avec le trésor, les archives et les restes de l'armée, et résister au moins six mois à soixante mille Russes et Anglais. INaples lui semblait peu propre à jouer (V rôle, outre qu'un roi étranger ne s'y maintient pas sans péril au milieu d'un peuple nombreux et naturellement hostile ; il préférait Castellaniare , et il voulait y dépenser cinq ou six millions par an '.

Joseph fut remplacé à Naples par Joachim Murât, soldat de fortune , excellent dans une attaque , mais bien plus fait pour

' Lettres de Napoléon des c et 9 mars, 20 avril, 2 sqitcmbrc ISC^^i rilécR var Tlûeis, Uist. du Consulat et do riympirr, livre X\V.

briller à la guerre ou dans une cérémonie, qu'à la tête d'un gouvernement. Il jura le statut que son prédécesseur avait donné de Bayonne ( 5 septembre 1808), mais jamais il ne Texécuta. Cependant il fut à peine installé sur le trône , qu'il diminua les rigueurs résultant de Tétat de guerre. Il fit adopter les codes français , tint la main à l'abolition des privilèges féodaux, et prononça la suppression des couvents propriétaires; mais il respecta ceux des ordrea mendiants. Les évéques eurent ordre de ne publier leurs pastorales qu'autant qu'elles auraient reçu l'autorisation royale. Des sociétés d'agriculture furent instituées dans chaque province avec des terrains pour leurs expériences, et un jardin botanique fut créé à IVaples. La culture du tabac devint le monopole du gouvernement.

Murât réussit à se procurer beaucoup de soldats, mais non à les avoir bons. £n habituant le pays à la conscription, il put mettre sur pied soixante mille hommes de troupes régulières et vingt mille de gardes nationales ; il multiplia les grades, donna de brillants uniformes à ses troupes, et passa force revues. II fonda des écoles de génie et d'artillerie. Ne se résignant pas, comme Joseph , à .souffrir un voisinage injurieux, il- attaqua Caprée , occupée par les Anglais sous les ordres d'HudsonXiOwe, le futur geôlier de Napoléon , et les fit capituler.

Lors de la guerre de 1809, lord Stewart et la reine (Caroline, toujours avides de recouvrer Naples ou au moins d'y porter le trouble, firent en Sicile des préparatife considérables ; et une expédlition anglo-sicilienne se dirigea sur la Calabre avec soixante bâtiments de guerre, deux cent six de transport, et quatorze mille hommes de débarquement (juin), outre un grand nombre de brigands qui furent jetés sur différents points. Naples fut témoin d'une bataille au milieu de son golfe (26 jMUet ); mais, se souvenaift de Nelson , elle repoussa d'un effort énergique ses implacables maîtres. Les Anglais débarquèrent à Procida; ils trouvèrent de la résistance à Ischia ; à Scilla , ils furent refoulés daus la mer. Alors ils recommencèrent avec plus d'ardeur la guerre d'intrigues et de menaces , tentèrent divers débarquements dans l'Adriatique , et poussèrent des bandes de malfaiteurs jusqu'à Rome, où IMiollis allait se trouver en dangf^r, si

333 BOYAUMB U*lTALiE.

Joachim ne lui eût envoyé des troupes. La victoire de Wagram enleva aux agresseurs Fespoir de réussir; mais des milliers de bandits continuèrent d*infester la Pouilie* la Basilieateeth Calabre ; et Caroline ne cessa de fomenter des insurrectioniH dedans et des inimitiés au dehors.

Murât tenta un débarquement en Sicile , voulant aussi imiter Napoléon à Boulogne. Les Anglais se mirent en défense, et loe guerre de forbans commença sur mer avec grande dépense de sang et d*argent , sans amener aucun résultat. Les banctits inondaient la Calabre , et on leur ût la chasse avec une férocité $m exemple : tous les liens de la nature furent foulés aux piedi.

Malheur a qui leur procurait un asile ou leur prétait secotn! Un père fut mis à mort pour avoir donné du pain à son fils, enrôlé parmi ces bandits; la femme d'un antre alla confier reniant dont elle venait d*accoucber à une amie : la charité fut dé* noncée, et la malheureuse fut envoyée au supplice. Legénoal Manhès était le farouche exécuteur de ces ordres terribles; les insurgés , traqués sans pitié de toutes parts , furent réduits à rinaction, et ils se résignèrent à attendre.

JNapoIéou , selon toute apparence , fut poussé par Murât à faire conduire Pie VII en France ^ dans Tespoir d^ajouter quelques provinces à ses États. Mais la tiare outragée n^n devint que plus vénérable ; Tltalie se prosterna devant le pontife prisonnier ; le conQit religieux fournit de nouveaux griefs au mécontentement , et raviva le désir de secouer le joug étranger. Joachim éprouva lui-même quelques velléités d'indépendanee italienne, lorsque Napoléon voulut, au faîte de sa puissance, réduire à l'état de vassaux les rois qu'il avait créés. Il se mit donc h exclure les Français des emplois et de l'armée, et à résisterai» pretentionsimperiales.il en fut gourmande rudement, et delà prirent naissance les rancunes qui éclatèrent au moment des revers.

Tant d'événements avaient ranimé l'esprit militaire en Italie. Le Piémont donna d'excellentes troupes à la France, surtout lorsqu'il eut été incorporé à l'empire. Gènes, fortifiée ainsi qu'Alexandrie, dut consacrer trois millions à la marine, avoir un arsenal de construction , et entretenir au moins dejix vaisseaux de soixante quatre canons, deux frégates, quatre corvettes. La Cisalpine,

BOVAtJMB J>^lTAtfB. 3SS

créée à peine , arma des gardes nationaM et des corps réguliers déjeunes gens qui portaient gravés sur la chair du bras ces deux mots : La république y ou la mort! Elle fournit dès le principe de vaillants officiers , tels que Lahoz, Fantucci , Pino, Teullé^ Balabio, Fontanelli , Rossigndli, Porro, Pittoni , qui se montrèrent dignement aux batailles d*Arcole et de Bassano , à la prise de Mantoue, de Faënza, d''Ancône, et plus tard. En 1801, Tarmée cisalpine fut portée à vingt-deux mille hommes; la république italienne y ajouta soixante mille homme& de réserve ; elle acheta de la France , au prix de quatre millions , les canons nécessaires pour garnir ses places fortes, et prit à sa solde deux demi-brigades polcmaises et un régiment de cavalerie légère de cette nation. Elle eut deux équipages de pont , des fabriques d'armes à Màntoue et à Pizzighitone , seize cents gendarmes , un régiment de grenadiers pour la garde du gouvernement , ainsi qu'une garde nationale composée des citoyens de dixrhuit à soixante ans.

En 1803 , une division, sous les ordres du général Leechi , fit avec les Français la campagne de Génes.à Naples; une autre, commandée par Pino , se tenait prête à Boulogne pour la descente en Angleterre. La Lombardie avait offert pour cette expédition quatre millions de livres milanaises destinées à construire deux frégates, le Président et la République y et, en outre, douze chaloupes canonnières portant chacune le nom d*un département. L^ltalie enfin devenue un royaume , Tarmée fut passée en revue par Ferapereur, dans la plaine de Montechiaro. Sur un mouvement que firent les Bourbons de Naples, Eugène réunit un camp de gardes nationales entre Modène et Bologne, accorda à chaque département VhonTtewr d'y envoyer de cinq cents à mille hommes, inhabiles au sertice , qui^É^Qt arrachés à leurs foyers. La conscription, toujours odieuse quand elle choque les habitudes d'un peuple , pesa chaque jour davantage. Pour atteindre les classes supérieures, ïïapoléon institua les vé lites de la garde , dont chaque soldat devait recevoir annuellement deux cents livres de sa famille ; un régiment de la garde , deux compagnies d'artillerie à pied , une d'artillerie légère , une de marins, outre l'ancien régiment de grenadiers; enfin, les

S3I ROYAUMK 1> ITALIB.

gardes d'honneur, à qui leur Camille assurait un revenu de douze cents francs.

Les Italiens s'habituaient ainsi aux armes i ils eurent bientôt un corps du génie et une marine , des fabriques d*annes dan les Marches et les Légations, des fonderies à Brescia et à Pavie, des collèges pour les jeunes gens, des hôpitaux militaires, dei hospices pour les vétérans ; et leur ancienne valeur se réveiUi dans les écoles , sous les drapeaux , à l'espoir des rta>mpeiisa promises ou espérées.

Les troupes italiennes se signalèrent dans ks campagna d'Allemagne et d'Italie; et quand Eugène et Macdonald rânirent, après la sanglante bataille de Eaab (14 juin 1803), à joindra Napo]À)n avec l'armée italienne, il la salua de cette prodimation : ii Vous avez glorieusement atteint le but que je vous il s indiqué : le Semering a vu votre jonction avec la grande a^ « mée ; soyez les bien-venus! Je suis content de vous. Supfii « par un ennemi perfide avant que vos colonnes fussent réonitfi « vous avez dû rétrograder jusqu'à l'Adige. Mais quand vous « reçûtes l'ordre de marcher en avant , vous étiez sur le mémo- « rable champ d'Arcole , dt , sur les mânes de nos héros r-vous « fîtes le sermentde triompher. Vous l'avez tenu dans les batailles « de la Piave, de Saint-Denis, de Trévise , de Goritz; vousavei « pris d'assaut les forts de Malborghetto et de Prédill , et vous ft avez fait capituler la division ennemie qui s'était retirée sous « Lubeck. Vous n'aviez pas encore passé la Piave , et d^ « vingt- cinq mille prisonniers, soixante pièces de campagne, « dix drapeaux, avaientsignalé votre valeur. La Drave, la Save, « la Muhr, n'ont pu retarder un instant votre marche. La co- « lonne autrichienne qui entra la première dans Munich , et « donna le signal des massacres du Tyrol , entourée à Salnt- « Michel , est tombée sous vos baïonnettes. Vous avez fait « prompte justice des débris échappés à la colère de la grande « armée. Soldats, l'armée autrichienne, qui a souillé un mo « ment mes provinces de sa présence, qui prétendait briser nu « couronne de fer, battue , dispersée , anéantie , grâce à vous, « sera un exemple de la vérité de cette devise : Dieu me Fa « donnée ; malheur à qui la touche ! »

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Les Italiens ne se signalèrent pas moins dans la fatale guerre d* Espagne ; et neuf mille à peine en reyinr^t, sur plus de trente mifle qui y étaient entrés. Mais ils ne combattaient que sous des maréchaux étrangers. Les Napolitains , qui avaient bien servi l'Autriche , ne se montrèrent pas moins v&leufeux sous Murat^ qui en commandait cinquante mille en 1812.

A ce moment , le royaume d'Italie se trouvait avoir soixante* quinze mill« hommes sous les armes, deux divisions en Es* pagne , quatre en Dalmatie et en Italie ; et beaucoup de réfractaires pourtant^ échappés à la dure loi du maître, vivairat armés dans les bois «t les montagnes.

Au moment où se préparait la guerre d'Espagne ^ tous les citoyens furent répartis en trois bans r de vingt à vingt>-six ans dans le premier; de vingt-six à quarante dans le second; de quarante à soixante dans Tarrière-ban. Le 18 février 1812) quarante mille Italiens se mirent en marche sans savoir contre qui, mais gais^ disciplinés) pleins d'espérance, se confiant en leur chef et en eux-mêmes. Ils formèrent le quatrième corps de la grande armée , et se trouvaient déjà à Kalwary , en Pologne , lorsque la déclaration de guerre leur fut connue. Le gouvernement polonais , par une proclamation tout à fait classique, les convia à la délivrance d^un pays si semblable au leur, leur rappelant que la belle Italie avait reçu avec effroi les Russes dans 9€S riantes campagnes, en invoqucmt vainement un nouveau Marius; que les hurlements du Scythe sauvage avaient retenti sur le tombeau du cygne de Mantoue. Les Russes, de leur côté , répandaient des proclamations pour exhorter les Italiens à déserter les drapeaux de leur tyran. Leur courage et leur fidélité ne se démentirent pas , bien qu'Eugène , qui les commandait, laissât percer de la défiance, et fît souvenir parfois qu'il n'était pas Italien > ; quoique Napoléon ne les animât pas. par sa présence, et ne fît presque pas mention d'eux dans les buN letins. Ce ne fut qu'au moment des désastres qu'il redevint caressant pour eux.

* Il laissa échapper, dans une altercation , des paroles comme cellesci : Je ne crains ni vos tapées ni vos stylets.

SS6 BOYAUMB D'iTALlS-

Cependant les Italiens se signalèrent h la bataille de U Moscowa, et plus encore « au retour, à Maiojaroslavetz,oùils couvrirent la retraite; aussi Rapp^écrivait-il que « Tannée d1talie pouvait inscrire cette journée dans ses fastes. ■ En effet, Boutourlin en rapporte tout rhonneur à la garde du viee-ni; et Robert Wilsoa admire rhéroisme des Italiens, qui, w nombre de seize mille au plus, avaient tenu tête à quatre-viogt mille Russes.

Après avoir passé le pont de Brison , Tarmée italienne se rit réduite à deux mille cinq cents hommes; le reste avait péri, et ce n'était pas pour le salut de leur pays, pas même pour a gloire. Blurat avait aussi montré le plus brillant courage pendant la campagne de Russie , et rendu de grands services à IbpoléoR. Les Cosaques avaient pour lui une admiration mâée d'épouvante; et ils Texprimaien^ par leurs hurlements, quand ils voyaient cet homme à la taille majestueuse , au oostune éclatant, s'élancer sur eux comme un ancien chevalier.

Napoléon demanda à l'Italie comme à la France de dooveaux sacrifices , sans savoir se faire des amis dévoués de ceui qu'il asservissait. A son arrivée à Dresde (8 mai 1813), lorsqu'il eut quitté le commandement de l'armée de Russie, Eugène lot envoyé à Milan par Napoléon, pour y appeler tout le monde sous les armes. Il avait réuni , dès le commencement d*aoât, cinquante mille hommes tant Français qu'Italiens , qu'il dirigea sur rillyrie et le Frioul pour tenir en respect l'Autriche , dont les troupes , commandées par Hiller, étaient en force sur la Save. Les hostilités commencèrent le 21 août, et firent répandre sans résultat un sang précieux^ Mais, après l'issue des grandes batailles , Eugène , voyant l'Italie menacée du coté do Tyrol, se transporta de l'Isonzo à l'Adige. Sorti de Vérone le 15 novembre, il surprit l'ennemi à Caldiero , et le repoussa sur l'Alpone; mais il ne put poursuivre sa victoire , dans la crainte que les Allemands ne descendissent par le Tyrol, et que lespo* pulations, mécontentes de la domination étrangère, ne vinssent à se soulever.

Il existait alors (1813) entre Murât et Beauhamais une rivalité jalouse ^ rivalité entretenue par Napoléon , qui , dans se»

BOYAUME D*1TAL1£. 337

lettres particulières comme dans ses jouruaux, rabaissait le premier et exaltait le second ^ Murât se plaignit de cette tyrannie dénigrante. « Mille fois, disait-il , j'ai regretté le temps « où , simple officier, j'avais des supérieurs , non un maître, a Devenu roi, et tyrannisé par votre majesté, dominé en fa- « mille , j!ai senti le besoin de Tlndépendanee. Je réprouve « davantage quand vous me sacrifiez à Beauhamais , mieux vu « parce qu'il est silencieusement servile, et parce qu'il a gaie- « ment annoncé au sénat français la répudiation de sa mère. Je « ne puis refuser à mon peuple de lui laisser la faculté de se « procurer par le commerce quelque soulagement aux graves « dommages que lui a causés la guerre maritime. »

C'est ainsi que les liens de la servitude se relâchaient. Les charges pesantes qu'elle traînait à sa suite avaient fortifié chez les Italiens l'indestructible désir de l'unité et de l'indépendance *. Séduits d'abord:en entendant ce nom de royaume d'I-

> Napoléon disait: « 11 faut à un génëcal du génie» des connais^ sances, du courage. Murât a plus de courage que de génie. Il n'a réussi ni en Espagne , ni en Russie, ni à Naples; il ne manquait pas de connaissances acquises sur les champs de bataille ; il avait un grand courage, à ce point que personne ne pouvait résister à ses charges de cavalerie. Masséna aussi avait un grand cx>urage et peu de génie; mais» sur le champ de bataille, il lui venait, comme par miracle, d^eureuses faisplrations. Chez Eugène , ces qualités s'équilibraient : il n'avait pas un grand génie, mais il était proportionné à son courage, et il possédait plus de connaissances que les deux autres. Formé par Napoléon en Italie et en Egypte, il deviendra Fun des meilleurs généraux , s'il en a Poccasiott. » On-'sent ici la passion, comme toujours. 11 disait une autre fois : « Murât n^a ni caractère ni tète ; excellent cœur, mais vain et léger : ses dernières années sont celles d*un fou qui court de faute en faute. »

* Fouché écrivait à Napoléon , en novembre 1813 : « Je suis arrivé à Rome. Ici , comme dans toute Pltalie, le mot d'indépendance a acquis une vertu magique. Sous cette bannière se rangent sans doute des intérêts divers , mais tous les pays veulent un gouvernement local ; chacun se plaint d'être obligé d'aller à Paris pour des réclamations de la moindre importance. Le gouvernement de la France , à une distance aussi considérable de la capitale, ne leur présente que des charges pesantes, sans aucune compensation. Conscription , impôts, vexations, privaliçns,

r»3H I10\AIMK i> ITALIE.

talie,ils vireut bientùt ^'opoIéon incorporer à Fempire une partie notable de la Péainsule, et faire de Naples on royaume h part. Alors ils désespérèrent d'obtenir l'amté de Tltalie; mais le sentimoit s'en étant encore accru sur les diainpft de bataille, dans la cononranauté des fiaitigues et des dangers, ibb préparèrent par desourdes intelligenees, par des sodétésseerèles, comme celles des Raggi à Bologne , des carlx>nari d«M les Calabres. Ces derniers dérivaient des francs-maçMis , qoe Napoléon protégea , tout en les faisant surreiller par la police. Mais s'ils adoptèrent leur hiérarchie et quelques-uns de leurs rites, ils ne se contentèrent pas de s'occuper de bienfaisanee et de plaisirs : ils prirent pour but l'indépendance nationale et le gouvernement des majorités; ils avaient même constitué en Calabre, leur point central, une véritable république. Lapalice, abusée, favorisa cette secte, bien que le comte Dandolo, di royaume d'Italie, Peut dénoncée à Murât comme hostile «x souverains ; elle se répandit donc de plus en plus , attendu qoe son organisation la rendait admirablement propre à se r^iandre, et grâce surtout à l'adroite dissimulation des Napolitains; elle couvrit même le reste de la Péninsule , et devint un éléoMDt actif des révolutions qui se préparaient.

Les patriotes italiens s'efforcèrent de tirer parti de l'ambition mal dissimulée de Murât , qui prêta l'oreille à leurs propositions , mais en garda le secret tant que Napoléon fut puissant. Sitôt que cette gloire se fut éclipsée, ils renteuièrent d'instances plus pressantes, loi représentant que T instant était favorable ; que Tltalie était dégarnie de troupes, indécise sur son sort ; que ses peuples étaient dégoûtés également de leurs anciens et de leurs nouveaux maîtres ; enGn , que les alliés euxmêmes donneraient la main à celui qui se déclarerait contre Napoléon , comme ils l'avaient fait avec le roi de Suède. Murât

sacrifices, voilà, se disent les Romains, ce que nous connaissoiis do gouvernement de la France. Ajoutons que nous n^avons aucune espèce de commerce, ni intérieurni extérieur; que nos produits sont sans débouchés, et que le peu qui nous vient du dehors, nous le payons un prix excessif. »

s'aboaeha avec lord Bentindi, qui se trouvait en Sidle; mais tes prétentions exorbitantes du gouvememeot anglais le déterminèrent à accéder aux nouvelles propositions de Napoléon : il alla donc combattre pour lui en Allemagne, laissant le sceptre aux mains de sa femme.

L'Angleterre envoyait en Sicile dé l'argent et des troupes, et payait à la cour un subside annuel de quatre cent mille livressterling. Mais l'impérieuse Caroline ne savait pas se plier aux exigences de ses amis. Déjà le gouvernement britannique avait répudié le brigandage qui continuait en Calabre au nom de OÛroline et de l'Angleterre; puis, un impôt d'un pour cent, dont Caroline avait grevé toutes les transactions, entravait les opérations des négociants anglais. Des plaintes s'élevèrent dans le parlement contre un gouvernement qui était, disait-on, le plus despotique et le plus détestable qu'il y eût. Lord Ben* tinck , nommé généralissime de rarmée anglaise dans ces parages , acquit la certitude des mauvaises dispositions de Caroline. Informé d'un plan concerté entre elle et Napoléon contre les Anglais, il l'obligea à quitter l'île , où il introduisit une constitution sur le modèle de celle d'Angleterre, avec un système d'élections mieux conçu, le Jury, et la liberté de la presse (1S12). Cette constitution maintenait toutefois la propriété féodale et les biens de mainmorte ; mais les barons proposèrent eux-mêmes l'abolition des privilèges d'origine féodale. La Sicile put donc jouir d'un gouvernement libre; mais elle eut à regretter de le devoir à l'influence étrangère.

Les c^rbonari napolitains , qui aspiraient à une constitution semblable , nouèrent des intelligences avec les Siciliens et avec lord Bentinck, qui leur en promettait une, si les Bourbons étaient rétablis. Murât en eut connaissance, et , non moins ennemi que Napoléon de tout statut , même de celui de Bayonne ■, il proscrivit les oariK)nari , et redoubla de vigilance. Ayant en-* voyé en Calabre, où était le noyau de l'association, le redoutable Manhès , Capobianco , qui en était le chef à Cosenza , fut

■ Statut donné par Joseph au royaunpo de Naples, au moment oii il allait prendre la couronne d^Espagne.

340 BOYAUME D*1TAL».

pris par trahison et mis à mort (1814); pais on eut recours aux mesures les plus violentes , comme s'il se fût encore agi de lirigands ; beaucoup s^enfuirent en Sicile.

Cependant de brillantes propositions, de la partderAntriche, vinrent tenter Murât : il conclut un traité avec eette puissance et un autre avec F Angleterre, s'engageant à faire la guerre à la France avec une armée de trente mille hommes, et à ne traiter que d'accord avec ses alliés (janvier 1814). Ces deox États lui promirent de leur côté de lui conserver le trooe de Naples , en ajoutant à ses possessions des pays dépendant do territoire romain. Alors le commerce reprit , et la richesse afflua dans le royaume. Mais les Anglais exigèrent en garantie h remise d'Ischia, de Procida et de Caprée, avec toute la flotte napolitaine. Cette exigence aurait dû ouvrir les yeux de Hurat, et le faire souvenir qu'il avait derrière lui la famille de Sicâe, dont les prétentions ne pouvaient être réprinoées que par Napoléon. S'il se fût préoccupé, non de sa propre ambition, mais du salut de son bien&iteur, il aurait pu, en se réunissant à Eugène sur PAdige, refouler les Autrichiens dans riUyrie, et marcher sur le Rhin , en prenant à dos les alliés. Eugène D*attendait que lui pour s'avancer peut-être jusqu'à Vienne, quand il apprit que la France comptait en lui un ennenni de plus. Il dut alors non-seulement rétrograder de TAdige sur le Mincio, mais encore envoyer des troupes sur la rive droite du Pô, pour garder Parme et le passage du fleuve à Plaisance. Murât occupa Rome et Ancône; il lança de Bologne une proclamation ( 10 février), dans laquelle il disait que tant qu'il avait cru que Napoléon combattait pour la paix et pour le bonheur de la France, il lui était resté fidèle; mais que, l'ayant vu perpétuer la guerre, il s'en séparait par amour pour ses sujets. « Deux drapeaux flot- « tent en Europe, syoutait-il ; sur l'un est inscrit : Religion, « morale, justice, modération y loi y paix, bonheur^ sur « l'autre : Persécution, artifices, violences, tyrannie, larmes, « désespoir des familles. Choisissez ! »

La colère de l'empereur, à cette nouvelle , fut extrême ; mais il ne pouvait punir. Il se décida alors à rendre la liberté au pape. Pie Vil r^\\ul en triomphe ; mais il trouva ses États occupés

BOYAUME D'ITALIE. 34 1

par Murât. S*étant arrêté à Césène, il convint avec les puissances que ce dernier garderait les Marches, qui probablement lui avaient été promises par les alliés; mais qu'il lui remettrait Rome , rOmbrie , la Campagne , Pesaro , Fano, Urbin.

L'ennemi s'avançait sur l'Italie ; Bellegarde , qui était entré à Vérone avec soixante-dix mille Autrichiens (1^' février 1814), n'envahit pas la Lombardie. Par suite de ménagements politi* ques, il courut s'entendre à Bologne avec Murât. Eugène désirait reconquérir par des exploits militaires Taffection des soldats, qui lui échappait : illivra en conséquence plusieurs combats; mais , bien que Je résultat en fût heureux , il se sentait si £ûble» qu'il se retira derrière le Mincio.

Les alliés, voyant que le succès leur serait difficile par les armes , eurent recours aux intrigues. Le général Pino se laissa entraîner. Lé comte Nugent, qui intriguait dans les Légations, allait répétant aux populations : f^ous avez enduré assez long' temps un joug insupportable; rétablissez votre patrie ksarmfs à la main, et devenez indépendants. Lord Bentinck , à la tête de quinze mille hommes qu'il avait débarqués à Livourne, marcha sur Gènes (16 mars), en arborant un drapeau où se lisaient ces mots : Liberté, indépendance italienne î Les promesses les plus opposées et les plus illusoires étaient faites à la fois par le vice-roi, par les Allemands,, les Anglais, les Napolitains ; aussi les Italiens étaient-ils fort indécis.

Ce moment unique et précieux fut donc perdu. Napoléon , informé de ce qui se passait, ordonna à Eugène de jeter des troupes dans Mantoue, dans Alexandrie , daus Gènes , et de rejoindre Augereau en Savoie par le mont Cenis , de prendre à Lyon le commandement d'un autre corps, d'attaquer l'Autri* chien Bubna , et de sauver la France. Eugène eût mieux lait d'obéir ; mais il regrettait d'abandonner la Lombardie , et quelques cJiances heureuses lui firent croire les choses moins désespérées. Tandis que Murât se fourvoyait dans ses hésitations et ses continuels détours , les carbonari proclamaient les Bourbons, avec la constitution , et déjà étaient maîtres de la Calabre e^ de l'Abruzze. Ils furent néanmoins écrasés ; et Murât, séduis par quelques victoires des Français , adressa à Eugène de nou-

343 ROYAUME 1> ITALIB.

velles propositions. Mais le vice-roi révéla ses menées aux Autricliiens, ce qui le décida à agir plus résolâinent, aOn d*e&oef les 80up<^ons que sa conduite avait fait naître.

Les alliés étaient entrés dans Paris (1^ avril ), que ]Napoléon ne se considérait pas encore comme vaincu tant que le drapeau tricolore flottait à YenlEe, à Gènes, à Mantoue, à Alexandoe. Un de ses projets était de descendre des Alpes avec cent daquante mille hommes, et de renouveler la gfierre dans cette Italie où il avait acquis sa première gloire, ce qui lui aurait assuré d*honorables conditions. A ce moment cela était praticable encore ; mais les événements et son hésitation le réduisirent bientôt à abdiquer.

Eugène, dans ces extrémités, traita avec Bell^;arde ( 1 6 avril ) : il fut convenu que les troupes françaises , sous les ordres du général Grenier (vingt mille hommes et quarante pièces dVtillerie), rentreraient enFranee; que les troupes italienae» conserveraient la ligne du Mincio et du Pd , jusqu'à ce ^ le sort de leur patrie fût déddé ; que Venise, Palma-Nova , Osopo, Legn^go, seraient remis aux Autrichiens. Eugène, appuyé par le roi de Bavière son beau-frère et par Joséphine, avait intrigué pour être reconnu roi indépendant, sur la demande du sénat itaïieD. Cette idée souriait à beaucoup de gens, attendu qu'en eonstituaot rindépendance, qui était le rêve de tous, on s'exposait le moins possible à ces changements qui sont toujours à regretter. ]VIais Eugène s'était fedt trop d'ennemis ; il venait encore de s'aliéner Tarmée, en retardant le payement de la solde. D'autres tournaient leurs regards vers Murât, qui , meilleur soldat et déjà roi, était l'allié des vainqueurs; d'autres encore , se souvenant de l'ancienne domination de l'Autriche, qu'ils se figuraient comme la plus douce, penchaient pour elle '.

> Dans les combinaisons préparées par la Russie en cas de victoire» '\\ (levait être constitué un royaume cisalpin , formé du Piémont sans b Savoie, mais comprenant Gènes, la Lombardie et TÉtat vénitien, iwur <^tre donné à la maison de Savoie , comme noyau d'une Italie indépeidantc dans l'avenir. Cet État, en attendant, devait être uni par une confédération au royaume des Deux-Siciles,au pape, grand cliancdior de U vonféiloraUon , au royaume d'Klrurir, ol aux pdKs KCats de Lu(q^I^

BOYAUM£ D'ITALIE. 343

La pire position est de ne pas avoir de parti arrêté. Au mi^ lieu de tant d'opinions, les intrigants prirent le dessus. Un soulèvement éclata à Milan contre la demande du sénat ; une populace, soudoyée par ceux dont le tumulte servait les vues, massacra le ministre Prina (20 avril ). On forma une régence provisoire , qui apaisa les esprits, en promettant de demander ce qui « est le premier ïÀen et la principale source de la féli« citéd'unÉtat '. »

Mais cette régence n'avait ni fiait ni compris la révolution : impuissante devant les peri^exités da présent et les incertitudes de l'avenir, elle crut que toute sa mission consistait à faire, passer pacifiquement le pdysd^une domination sous une autre. Le général Pino , qui avait pris le commandement des troupes^ répondit aux députés que la garnison de Mantoue lui en-, voya pour lui offrir ses services : « Qu'ils ne rendaient pas justice aux puissances , en doutant qu'elles désirassent l'indépendance italienne, et qu'il fallait se reposer les yeux fermés sur leur probité. » Toujours les mêmes leurres, les mêmes espérances, et jusqu'aux mêmes paroles ! Cependant lea alliés, sous prétexte de calmer le tumulte, passèrent leMincio , qui était la limite convenue , et occupèrent Milan ( 26 avril ). Beaiihamais voyant sa cause perdue du côté du peuple, et espérant encore du côté des rois, céda par dépit Mantoue à Bellegarde , avec l'armée qui n'était pas à lui>, mais bien aux Italiens^ et partit pour Paris avec son trésor. Il y reçut un accueil bienveillant d'A* lexandre , qu'il trouva disposé à parler en sa faveur, pour lui faire obtenir un État indépendant ( 3 juillet.). L'impératrice Joséphine, sa mère, expira dans ses bras; et comme il fut atteint le même jour d'un mal subit , on sema le bruit qu'il avait été empoisonné par l' Autriche, dans la crainte qu'il ne

Raguse, Malte, lies Ioniennes. Les rois des Deux-Sîciles et de Piémont en auraient été alternativement les chefe. La Savoie, la Vàlteline et les Grisons, auraient formé un canton suisse. L'indépendance de l'Italie était aussi la base de négociations entre la Russie et ^Autriche, au mois U^octobrc 1804. ( C. C )

• IMocIamations du 27 avril <'t (l«i \ mai 181 i.

344 BOYAUME D^ITALIB.

devint roi d'un pays sur lequel elle avaîl jeté déjà son dévolu.

Les rêves de liberté étaient alors entretenus ehez les populations par les ambassadeurs étrangers; celui d*AiiglMerre disait aux députés milanais : // faut avoir des idées et des semfiments libres; mani/este:>tes, et ma grande nation vous protégera. Mais François répondit aux envoyés « que le traité de Chldlkm lui avait déjà donné la Lombardie, et qu*il ne pouvait plus ftn question d'indépendance italienne ni de constitution; que, da reste, il savait que les lois autrichiennes ne pouvaient convenir à ritalie; et qu'il appellerait à Vienne les hommes les plus éclairés de Tltalie, pour préparer les lois du pays. ».Ce lanj^ montrait assez qu'il n'y avait plus rien à espérer que de la démence d'un vainqueur.

Lorsque Bentinck eut occupé Gènes par capitulation, fl publia cette déclaration : « Le vœu général de la nation génoise « étant pour l'ancienne forme de gouvernement, sous lequel eOe « a joui de la liberté, de la prospérité , de l'indépendance, êtes « désir paraissant conforme aux principes professés parles hautes « puissances alliées , de rendre à chacun ses anciens droits et « privilèges , l'État génois est rétabli tel qu'il était en 1797, avec « les modiGcations que la volonté générale , le bien public et « l'esprit de l'ancienne constitution pourront exiger. » £n conséquence, le gouvernement fut rétabli sous son ancienne forme, et Jérôme Serra en devint le chef.

Mais, en répétant des promesses qui retentissaient dans tonte l'Italie , le général anglais ignorait les intentions de son gouvernement; car, dès 1805, Pitt s'était proposé de réunir Gènes au Piémont, pour en faire une forte barrière contre la France. Dès que cette intention fût connue , le gouvernement provisoire protesta, en réclamant l'indépendance garantie en 1747 à Aixla-Chapelle. Sir James Mackintosh représenta au parlement que l'Angleterre ne pouvait disposer de l'État de Gênes , attendu que c'était un territoire ami, qui, momentanément occupé , devait, après roccupation, rentrer en possession de lui-même*. Mais

* Discours du 27 février 1815.

BOYÀUME D'ITALIE. 84S

la politique européenne se dirigea par d'autres motifis, et Gênes fut donnée au roi de Sardaigne. On voulait attribuer aussi à ce prince le pays jusqu'au Mincio; mais d'autres prétentions s'y opposèrent , et le Tésin resta sa limite avec la Lombardie> ce qui laissa sa frontière sans défense. Victor-Emmanuel fut alors rétabli sur le trône de ses ancêtres , avec un accroissement de territoire considérable, acquis sans effusion de sang. Les emplois , les titres , les fonctions redevinrent ce qu'ils étaient avant la révolution , dont le roi ne voulut pas se souvenir ; et YAlmanach royal de 1793 servit de règle à cette restauration.

Quelques-uns avaient proposé de donner à François d*£ste , cousin et beau-frère de l'empereur d'Autriche , la couronne d'Italie , où tout au moins le Piémont", il avait mêitae , dans cette intention , épousé la ûile de Victor-Emmanuel ; mais il n'eut pour sa part que le duché de Modène.

Ferdinand III revint en Toscane après quinze ans d'exil, et y rétablit toutes choses comme au temps de Pierre-Léopold. Pie VII rendit aussi vigueur aux lois, aux institutions abrogées, et rétablit, à l'instigation des puissances , l'ordre des jésuites ( 7 août ). En un mot, tous les princes restaurés crurent devoir, en pré* textant le bien de leurs sujets , ressusciter l'ancien ordre de choses ; et ils s'accommodèrent ea même temps des facilités que la Révolution avait apportées à l'exercice du pouvoir, en supprimant les entraves que les corps administratifs et les franchises traditionnelles opposaient au despotisme.

Les rois, réunis à Vienne en congrès pour reconstituer l'Europe, pensèrent, comme de raison, à rendre le trône de Naples aux Bourbons de Sicile. On prétend qu'Alexandre, dans un mouvement de générosité, répondit que maintenant qu'il s'agissait des peuples, on ne pouvait rendre la couronne à un roi bourreau ; et que Caroline en fut tellement irritée qu'elle en mourut presque subitement. Mais Talleytand se chargea de renverser Murât, et d'arracher le consentement d'Alexandre. Castlereagh, qui n'avait plus besoin de cet allié, passa du côté de ses ennemis ; tandis que Bentinck , resté près de lui', corrompait ses conseillers , et lui donnait à croire que la Russie , la Prusse , l'Angleterre , voulaient l'indépendance de l'Italie. Mais les yeux de

346 LES CENT-JODBS.

Blurat se dessillèrent , quand il lui fut enjoint d*avoir à céder les Marches \ il se prépara alors à coiubattre, et noua des intiellif;enees avec Napoléon.

LES CENT- jouas.

En effet, Napoléon pouvait déjà oonsidérer sa chute oooune un simple temps d'arrêt. U était arrivé à Vtïe d*Elbe avec sadame Létitia sa mère , et Pauline Borghèae sa sœur, accompa^ de cinq cents soldats de sa garde et de quelques génénn ( 8 mai ). Les rois, qui en avaient eu tant de frayeur à Pngne et sur le Rhin , semblaient Tavoir oijd)lié , et l'avaient laissé se poster en vue de ses bataillons , et comme en vedette en bm des rivages de France. Témoin de la violation des traités, Que tarda pas à concevoir Tespérance que les fautes des BooriioDS et celles des alliés le relèveraient de son abdication ; aussi sa petite île devint-elle le foyer des intrigues les plus actives.

Personne en France , après vingt ans de vicissitudes si nombreuses, ne se souvenait plus de la famille royale. Elle rentrait dans le pays sans que sa restauration lui fût un titre de gloire, puisqu'elle ne lui avait coûté aucun danger. Les Bourbons étaient rétablis par les alliés , mais non pas en vertu du droit divin , car ils avaient déclaré que leur adoption dépendait du vœu national. En conséquence, le gouvernement provisoire ioh provisa une charte ( 31 mars ), qui devait être un pacte d'union entre l'ancienne dynastie et le pays renouvelé. Le sénat s'empressa de l'accepter ; mais Louis XVIII ne voulut pas l'admettre comme émanant du sénat : il prétendit l'octroyer lui-même conunç roi , et sans consulter les corps de l'État ( 6 avril ). Cette charte contenait certainement de bonnes dispositions ; mais la forme de concession déplut à la France : c'était déclarer que tant d'années écoulées , tant d'événements , tant d'expériences, n'avaient pas fait faire un pas en avant.

I^a France était épuisée , mais comme un athlète qui a lullv

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