QUESTIONS RELIGIEUSES
( 1827 ); mais le roi, xalviniste fervent, n'en continuait pas moins de tracasser les catholiques. Jamais il ne nomnia, quoiqu*il s'y fût engagé, les deux évéques d'Amsterdam et de Boisle- Duc, et il contraignit la jeunesse catholique à étudier dans le lycée philosophique protestant. Nous en verrons plus taid les conséquences.
L'Église avait perdu ses possessions en Allemagne. Il y avait, sous le gouvernement des princes protestants qui en avaient hérité, un million et demi de catholiques, pour lesquels ils proposèrent un concordat (1819). Ils étaient disposés à s'en passer ene» de refus; aussi leurs propositions furent telles, que Rome ne crut pas devoir y accéder ; mais on en .vint plus tard à des ooa- Tentions particulières. La bulle Frovida solersque ( 1817 ) posa les bases du traité du 9 février 1822 pour, le Wartembeig,Ie grand-duché de Bade, la Hesse-Ëlectorale , le erand-duché di Hesse-Darmstadt, le duché de Nassau , la ville libre de Fiane' fort ; puis une autre bulle ( Ad dominici gregis custodiam, 15 avril 1827) réunit ces six pays en une seule province ecclésiastique , dite du Haut-Rhin , avec un archevêque et quatre évéques. Le ministre de Prusse Hardenberg s'entendit en personne avec le cardinal Gonsaivi (1821 ) pour supprimer les évéchés d'Aix-la-Chapelle et de Corbie, ainsi que les abbayes de Neucozell et Oliva; pour que la dignité métropolitaine fût reodueà Cologne , et accordée à Posen ; enfin , pour que le droit d'élire les évéques fût maintenu aux chapitres , sauf confirmation de IVome. En conséquence, il dut y avoir, dans ce royaume, deux métropolitains, deux chapitres , six évéques suffragants, avec deux cent mille thalers. Cette dotation devait être affectée sur les biens de l'État; mais jamais elle n'a été garantie parce gouvernement.
Les difficultés ne furent pas moindres du coté des puissances catholiques; et pour les surmonter il fallut toute la prudence, toute l'adresse de Gonsaivi , qui se plia même à des condescendances que les catholiques zélés ne purent lui pardonner.
Quand Ferdinand prit le titre de roi des Deux-Siciles, le pape protesta, au nom de ses anciens droits sur ce rovaumele roi, «u retour^ ne lui reconnut d'autre suprématie que celle de
chef de l'Église. I^ vieille querelle de la haqaenée se trouva remise plusieurs fois sur le tapis , et donna lieu à une violente polémique , qui devint plus acerbe encore quand Rome se refusa à céder à prix d'argent les principautés de Bénévent et de Ponte-Corvo, source d'embarras des deux côtés. EnGn, le cardinal Gonsalvi et le ministre de Naples, Médici , convinrent que le roi nommerait aux sièges de son royaume , qui furent réduits de cent quarante-sept à quatre-vingt-douze; que les possesseurs de biens ecclésiastiques ne seraient point inquiétés ; que les biens non vendus seraient répartis entre les couvents rétablis, sans considérer à qui ils- appartenaient avant; que les corps religieux dépendraient de leurs généraux ; que les évéqnes seraient libres pour Texercice du ministère pastoral dans les limites dûs canons; qu'ils pourraient convoquer des synodes, visiter le seuil des apôtres , publier des instructions sur les matières ecclésiastiques ; qu'ils auraient la juridiction ecclésiastique et la censure doctrinale sur les livres publiés. EnGn\, rappel au saint-siége , qui se réserva douze mille ducats par an sur les revenus des évécbés , fut accordé à tous les fidèles.
On accorda au Piémont un nonce de première classe , qui ne quitterait cette cour que pour être décoré de la pourpre. Les jésuites furent chargés de l'éducation de la jeunesse; le diocèse de Savoie fut rétabli : on institua à Pignerol les oblats de la Vierge , prêtres séculiers qui faisaient vœu spécial d'oliéissance au pontife. Ailleurs, ce furent les frères de la Charité de Rosmini , sans parler des ordres anciens.
Le concordat avec la Bavière, conclu en 1818 et publia comme loi de l'État en 1821 , est celui qui se rapproche le plus des maximes purement catholiques , et qui favorise davantage les corporations religieuses.
Les négociations avec la Suisse (1821 ) amenèrent la suppression de l'évéché de Constance. II y eut cinq évêchés, Bâle, Coire , Saint-Gall , Lausanne et Sion ; dix-sept collégiales* et cent vingt monastères. Fribourg, siège de l'évêque de Lausanne , reçut les jésuites dans ses murs , et , aux termes du pacte constitutionnel , les ordres^ religieux existants durent ^tre conservés.
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D*autres couventions à part furent faites avec rÉglise hon groise, avec T Amérique septentrionale et divers États catholiques ou non. Qu*en résulte-t-il ? C*est que Tunité diseiplioaire manque, et que le nombre des fêtes, les règles établies pour la nomination ou la présentation des digoiiaires, pour la peroeptioi des dîmes, pour les questions matrimoniales, varient dans les différents pays. Dans quelques États , même catholiques, c'est un délit de la part des dignitaires ecclésiastiques de commuDi- ' quer directement avec Rome. Les immunités perscmnelles et locales ne subsistent nulle part dans leur intégrité; partout le droit d^acquérir les biens de mainmorte est limité. La plupart des prélatures sont h la nomination du gouvernement, ou du moins faites sur sa présentation ; les propriétés ecclésiastiqoes sont surveillées, et les décrets de Rome soumis à Vexeqtuùv- L*Église perdit en outre les ordres militaires , ainsi que ses fie6, qui étaient une force pour le pouvoir ecclésiastique, tandis qui les ûe& laïques sont une cause de faiblesse pour le pouvoirdTil.
Le concordat conclu entre Rome et la France , en 1817, annula celui de 1801 , et rétablit Tœuvre de Léon X : il réorganisa les diocèses avec leur dotation , et raya le divorce du code civil ; mais la liberté nouvelle et les privilèges anciens, les jansénistes et les gallicans, se liguèrent contre ce concoi^t. L*abbé de Pradt tourna en ridicule les trois concordats, soutenant que le meilleur parti à prendre était d'isoler la religion de Tordre civil ; si bien que le ministère retira Passeotiment qu'il avait donné. L'ancien concordat se trouvant ainsi aboli sans que le nouveau fût accepté , on intrigua pour déterminer les évéques à reconnaître , comme décisions de foi , les quatre prDpositions de 1G82; mais ils s'y refusèrent.
On volt combien les pontifes eurent de peine , auprès des princes catholiques, pour concilier les nouvelles prétentions de la souveraineté avec la vieille discipline de TÉglise. Le cardioal Gonsalvi , qui avait Texpérience des cours et celle du malheur, inclinait pour faire toutes les concessions compatibles avec la dignité du saint-siége; aussi était-il mal vu des catholiques zélés. A la mort de Pie VH ( 1823 ) , ils appelaient de tous leur* vœu\ wu ^^^e \ilus rigide en fait de discipline, et moins inal-
léable aux exigences des cours; mais \a faction des couronnes, pleine de ménagements pour les princes , déploya toute son activité durant le conclave et pendant tout le règne du nouveau pontife , qui prit le nom de Léon XII. Gonsalvi , éloigné des affaires, ne tarda pas à mourir: tous les présents qu'il avait reçus des souverains , à Voccasion de tant de négociations diplomatiques, furent consacrés, selon ses volontés dernières, à ériger dans le Vatican un monument en Fhonneur du pontife dont il avait étéTappui.
Léon XII (Ânnibal délia Genga) s'annonça comme Tadvérsaire déclaré de cette politique méticuleuse qui, toujours timide envers les forts , affectait la hauteur à Pégard des faibles. Lorsqu'il publia le jubilé , qui n'avait pu être célébré depuis longtemps, la bulle fut mal accueillie par les divers souverains. Elle ne put être publiée en France; et l'Autriche n'en accepta les dispositions qu'en ce qu'elles auraient de compatible avee les lois et avec les intérêts de l'État.
Pie VI JI ( Xavier Castiglioni), son successeur (31 mai 1829), attaqua dans une encyclique les sociétés bibliques , la philosophie irréligieuse , les sociétés secrètes , les mauvais livres , U peu de respect pour le mariage. Mais il ne tarda pas à mourir, et il eût pour successeur Grégoire XVI ( Maur Cappellari ) ( 2 février 1831 ), qui était réservé à traverser des circonstances extrêmement difûciles.
En effet, si Ton parut considérer pendant quelque temps la religion sous son aspect purement bienfaisant; si l'on se flt scrupule d^abord de troubler cette source sacrée des consolations célestes , on s'aperçut bientôt que son soutfle se répand dans toutes les questions; et les passions politiques eu pbiloso* phiques la firent intervenir dans tous les débats. .1 Les libertés gallicanes trouvèrent en France d'éloquents ad* é versaires. Le comte Joseph de Maistre, ambassadeur de Sardaigne à Saint-Pétersbourg , puis ministre d'Etat , doué d'une grande hardiesse d'esprit , d'une conviction ardente , d'une vigueur de style enflammée par la colère, exposa et appliqua son système de philosophie théologique dans trois ouvrages publiés successivement : les Soirées de Saint-Pétersbourg , le Pape^