UIST. DE CENT ANS. — T. II
SU8 QUESTIONS aELlOlEUSES
iLylise gallicane. I^ Révolutiou avait été sanguinaire, tout en llattant riiumanité. De Maistre se lit implacable, dans riotéret du salut. Eu voyant ces événements merveilleux où la part de rhomme restait si petite, il reconnut le gouvernement temporal de la Providence, qui, même dans cette vie, produit pleinemotf son effet. 11 bat en brèche avec acliarnemeut la société actuelle, et voit le signe d*une vengeance éternelle dans ces maux qui accablent l'humanité. Le mai est nécessaire , par suite du premier péché ; il a pour remède la prière et l*expiation, qui ait retomber sur les enfiauts le châtiment des fautes commises par les pères. De là les sacrifices anciens , (es supplices , la rédeôption. De ce point de vue élevé , il nous fait voir rabnitissemest chez les sauvages-, chez les peuples, civilisés, des luttes et des guerres presque sans fin. Dans les sociétés dont le cbâtùnent est Tunique frein , le bourreau est le grand prêtre qui administR Texpiation, comme les pestes, comme la guerre, comme ks animaux qui vivent de destruction. Le juste en est aussi Ti^ time, attendu que, pour qu'il en fût autrement, ilfoudrait qu'un miracle fît exception en sa faveur, et qu'il eût sa récompense ici-bas ; attendu aussi que , la réversibilité établie, le juste paye pour les coupables. Si donc la race humaine est pff* verse , il faut en avoir raison par la force. De Maistre dév^ loppe en conséquence la justification théorique du pouvoir absolu avec une véhémence toute démocratique ; et sa logique implacable le conduit jusqu'à faire l'apologie de Tinquisitioo. jusqu'à la cruauté systématique.
Il sillonne de mille coups de foudre les nuages amoncelés par les philosophes du siècle précédent : d'une érudition très-vaste, mais partiale, il réfute en exagérant, riposte à l'affirmation par une s^rmation plus intrépide. Dans la Révolution française il poursuit de ses railleries ces hommes qui , dans leur pré somption , s'imaginaient la conduire ; tandis que Dieu seul la dirigeait, pour expier les fautes de la France, des rois, et de la Révolution elle-même. Avec la prévoyance de la haine, de Maistre nie la possibilité d'une grande république, surtout en France, parce qu'elle n'y était pas née spontanément de la nation ^ de& idées ^ des mœurs .
Comme les rois eux-mêmes peuvent faillir, qui les châtira et les corrigera ? Les baïonnettes , les tribunes , les parodies de souveraineté populaire , n'aboutissent à rien : il faut d<Hic un contre-poids au pouvoir, non en bas , mais en haut. Le pape , qui , dans le moyen^ âge , était le tuteur des^ peuples , l'effroi des rois, est encore le protecteur de la justice et de la liberté. Que Tinteiligence et le glaive, la liberté et le despotisme sMncUnent devant lui. Quelles déplorables conséquences n*a pas eues le schisme d'Orient , et à quelle misère ne se trouve pas réduite aujourd'hui la Russie ! Quelles chétives combinaisons que celles des libertés gallicanes , véritable esclavage de rhomme en ce qu'il a de plus libre! car elles soumettent la conscience à la décision des rois , l'intérêt de l'Église aux caprices d'un homme couronné.
Des doctrines semblables furent soutenues par M. de Bpnald, avec moins de poésie et plus d'étalage scientiGque. Li^abbé de la Mennais , apôtre de cette école qui défend l'absolutisme papal avec une chaleur démocratique, répéta tout ce qu'on a jamais accumulé d'arguments contre la certitude. Il en conclut que, dans l'ordre des principes, elle est impossible sans l'existence d'une autorité infaillible, et que, dans Tordre des faits, une autorité semblable a toujours existé : c'est l'Église catholique , dans la triple manifestation de la parole divine , par la tradition patriarcale, par Moïse, par Jésus-Christ. Dans V Essai sur Hndifférence en matière de religion, où un raisonnement serré se fortifie d'une éloquence vigoureuse, il concède aux philosophes que l'adhésion de l'intelligence est le caractère distinctif de la vérité, à condition toutefois que l'adhésion ait le double caractère de l'universalité et de la perpétuité. Or cela ne se trouve que dans l'Église catholique , dont le symbole est conforme au sens universel, puisqu'elle est un écho traditionnel de la parole divine en tout lieu et en tout temps. Descendant ensuite aux applications ( De la religion considérée dans ses rapports avec Tordre politique et civil), il combat l'esprit irréligieux de la politique. Au moyen âge , le catholicisme proclama le dogme des croyances et des devoirs , et sur la société l)ouleversée il en constitua une di^vine, indestructible, tendant à
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ramener tout à Tunité , h coordonner les nations comme les membres d^une seule famille. Les croyances une fois ébranlées, « la politique ne reste plus que- la force dirigée par rintérêt; il n>xiste plus entre les peuples d*autre loi que la force brutale et aveugle; entre le pouvoir et les sujets, que la force brutale et aveugle. » Trois systèmes dominent en Europe : le système catholique, qui interpose entre les sujets et le souverain le pou- Toir spirituel de r Église; le système gallican , qui, faisant les rois inamovibles, les affranchit de toute loi réellement obligatoire, et ne hisse, contre la tyrannie, d'autre remède que la tyrannie; enfin, le système philosophique, qui rend le peuple juge de toutes les questions de souveraineté. Comme conséquience de ces principes, la Mennais réclamait la liberté de la presse , de renseignement, le droit d'association ; et dès lors il plaçait la souveraineté dans le peuple , avec le droit de destituer le nionarque quand il viole la loi.
Les libéraux, atteints de myopie, n'aperçurent pas la portée de ces idées-là; et ils sifflèrent ce prêtre, qui remorquait le monde jusqu'aux pieds de Grégoire VIL Mais les rois s>n aperçurent, et ils le citèrent devant les juge& correctionnels. Plusieurs prélats , atterrés de cette hardiesse > firent à Paris une déclaration de leurs Sentiments sur rindépendance des rou dans C ordre temporel, à l'appui de la déclaration de 1682. Dans une réplique mordante , la Mennais malmena rudement les libéraux et les gallicans, qui, en affranchissant le pouvoir de toute dépendance religieuse , s'exposaient aux dangers d^une autorité arbitraire. Il plaignit le sacerdoce de se faire le courtisan et le dominateur. des gouvernements qui le protègent pour avoir son appui ; tandis que les rois persécuteurs , qui lui arrachent les diamants et la pourpre , lui apportent la gloire du martyre, qui' sanctifie la terre.
Il était étrange de voir dans la patrie de Voltaire, dans ce pays où la Divinité avait été abolie et rétablie par décret, cet écrivain et d'autres encore, prophètes du passé y relever, ave^ tant de force et d'étoquence, le trône de Grégoire Vil, comme sauvegarde de toutes les libertés conquises par le monde. Dao^ un pays c\\îl\ wv^\^ \^ ^\vU<\ue à toute vérité , ils révélaient cer-
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tainement une nouvelle ère de penseurs , une association future du catholicisme avec la liberté.
A cette époque, la chrétienté entière et la France d'abord instituèrent des associations de charité nouvelles , ou qui se rattachaient aux anciennes. Les unes prirent soin des petits Savoyards; d'autres , des Glies repenties, des pauvres honteux, des nouveaux convertis , des libérés. Les frères des écoles chrétiennes s'adonnèrent à l'instruction des enfants pauvres; les sceurs de Charité, à l'héroïsme de la miséricorde. On vit renaître la Trappe et la Chartreuse, pour ceux qui voulurent chercher la solitude au milieu du monde. Les prédicateurs, s'adresçant à des esprits plus ou moins sceptiques , le prirent sur un ton nouveau; et Fabbé Frayssinous renoua, dans ses Conférences philosophiques, l'alliance de la philosophie avec la foi. La congrégation de Saint Sulpice redevint florissante. La société des prêtres des Missions de France vint en aide au clergé peu nombreux, tandis que les lazaristes portaient au loin la parole sainte. Dans l'œuvre de la Propagation de la Foi, instituée en mai 1822 dans la ville catholique de Lyon, chaque souscripteur donne , outre des prières , un sou par semaine ; contribution qui suffit ( tant elle est étendue ! ) à fournir des sommes considérables pour la conversion des infidèles.
Ailleurs encore surgissaient des défenseurs de la suprématie papale et des pratiques du catholicisme. Léopold de Stolberg ( 1750*1819 ) , traducteur d'auteurs grecs, charmé de la lecture des Père», se fit catholique, et con^mençaune histoire du Christianisme, remplie d'un enthousiasme mystique. Alexandre- Léopold, dix-huitième fils du prince de Hohenlohe, élève des jésuites, s'étant rencontré avec Martin Michel (1821), paysan badois, qui opérait des guérisons prodigieuses, commença aussi uae série de prodiges qui devinrent l'édification des uns et le scandale des autres.
Louis de Ualler, membre du conseil de Berne, et auteur de la Restauration de la science politique, sentait dans cette science, comme dans la religion, le besoin d'une autorité visible et d'une société gardienne de la vérité : en conséquence il se fit e^tholifjue. Berne l'exclut des emplois publics, et décréta
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que iquicoaque Qhan^emt de fini perdnftt le droil de dtqe dans sa cominuiie; intolénnoe eontre laquelle koMNià gsnt se récrièrent.
A edté de ees inetolrei de. la foi oathoKqiM, lesfiMtilik» vèrent plus d'une oeeasion de gémir. Dde le ■ooMil km reloiir, le pape folnilna eQiiti:^ les soeiétés bifa^^ pour lépendregratatonent ou à tràe-tea prix rÀocMl* ment, traddt dans in esprit proteetBiit. BlaÉel^défaili'ai' raînoa pas; et l'en oompte gue, depois 180S, il esi a Héfr trîboé quinxe miUîpns d'exemplaires ea qntfaMe^nûf ii«x Aussi Grégoire XVI rencnurelait-^O (i84d} ses ^aiotasisisîl.
La religion se révèle anxsens eomioe pnissaiwg, ilMi' genee comme nécessité, sa cœur eoauneamovr. LspiMa tisme Toalui la briser comme pcdasanee; mais, sprii m rompa l'équilibre que le eatbolieiame pouvait seul oMftsir entre l'actiTité ind^endante, déréglée de L'esprit et s à* cilité routinière, la raison et l'amour se trouTèrent sépaéi: n'étant plus conciliés par la charité, comme lorsqu'il étàeS réchauffés tous deux âam le-sein maternel de l'Église , YnAéHgence se jeta dans les foi;mules abstraites , et le sentiment bleae se réfugia dans le piétisme. L'une mine tout sentiment % FatiR
<La condamnation du rationalisme, dans la bouche de Beojaaii Constant, est chose remarqtiable : « Qoelqaes-uns , frappés des d» gers d'un sentiment qui s'exalte et .s*égare , et au nom dnqad fereit commis des crimes innombrables, s'effrayent des émotions nH^mm, et voudraient y substituer les calculs exacts, impassibles, înTariibte dePintérét bien entendu, qu'ils croient so/fisants pour rétablir l'orérf et pour représenter les lois de la morale... Mais... nous serons coolraiitf< de demander si , en repoussant le sentiment religieux ( bi^ diflérot des /orme» religieuses), et en visant au seul intérêt bien eateiKhi. le genre humain né se dépouille pas de tout ce qui constitue sa soprtmatie, en abdiquant ainsi ses titres les plus beaux , en 8*élolgnant de si véritable destination, en se resserrant dans une sphère qui n'est pas U sienne , et en se condamnant à un abaissement contraire à sa natorf .... Si vous ne voulez pas détruire l'œuvre de la nature « respectei cewtiment dans chacune de ses émotkiiia. Vous ne pouvez couper ow hranche de V arbre ^\» «\\\<t v Vcwsnr. x^r ^\\. Vc>j^j^>^ ^^«^5^^»»
lES PAPÏS. — LES CONCOBDÀTS. 403
s'égare. L'enthousiasme religieux envahit les églises catholiques, et plus encore les églises protestantes. Les méthodistes en Angleterre, les hemutes et les piétistes en Suisse et en Allemagne , en reviennent à un rigorisme que la civilisation ne peut plus tolérer, à de nouvelles rév^ations , à de nouvelles effusions de lumière. Ils s'écartent de la tradition chrétienne pour se livrer aux vaines illusions d'une religiosité sentimentale.
Les anabaptistes , dont les progrès avaient tant effrayé Luther, se multiplient en Europe, et plus encore dans les États- Unis , où déjà cinq millions d'individus rejettçnt le baptême des enfants, parce qu'il n'est prescrit ni par l'Évangile, ni par la primitive Église.
A la fin du dernier siècle , George WhitefieM, théologien anglican, fonda la secte des méthodistes ,t|ui pousse à la dernière rigueur les dogmes de Calvin. Un schisme éclata bientôt dans son sein; il eut pour auteur Nesley, qui repoussait la prédestination, et qui apporta un grand zèleà secourir les classes pauvres. Cette secte s'étendit en Angleterre et en Ecosse ; mais son or • ganisation complète ne se trouve qu'aux États-Unis, où la révolution détruisit les privilèges de l'Église dominante. Ces sectaires sont divisés en groupes qui, une fois par semaine au moins, se réunissent sous un chef, qui les exhorte et reçoit leurs confidences. Les ministres tiennent des synodes annuels; et, tous les quatre an?, six évéques, choisis dans une conférence, vont à la ronde conférant les ordres , et assignant à chaque prédicateur la circonscription dans laquelle il doit exercer pendant trois ans âon ministère, à moins qu'ils n'en décident autrement; ils dispensent les dons, les pensions aux veuves et aux enfants; ils jugent en dernier appel les questions ecclésiastiques et financières entre les membres de la société. On compte environ trois
traitez <1e chimère rémotion indéfinissable qui semble nous révéler un Hra infini, âme, créateur, essence du monde ( peu importent les dénominations imparraitcs dont nous nous servons), votre dialectique ira plus loin, malgré vous... Si le sentiment religieux est une folfc |Kirce qu'il n'est pas appuyé dcpreirves, l'amour est Tine folio , Pentlioutiiasnic un délire, la sympathie une faiblesse, le sacrifice une absurdité. *
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millions de méthodistes dans Irs États-Unis ; ils savent s*accsommoder en Angleterre à Tesprit conservateur de raristocratie, aussi bien qu'à Tardeur impatiente du peuple. Le fond de leur doctrine est un rigorisme extrême, qui condamne tout luxe, tout travail de Tintelligence , tout plaisir de rimagination; un prosélytisme ardent, intolérant; un orgueil spirituel étrange. Ils professent que la Providence intervenant dans les moindres dioses, les œuvres sont sans aucune valeur; que la foi se révèle par des illuminations supérieures et des extases ; que ni la piété oHes bonnes œuvres ne peuvent rassurer la conscience , si Fod ne sait rinstant précis où , à force de larmes et de contrition, on a acquis la conviction d*étre élu. Il en résulte que le plus grand pécheur s'abandonne parfois , par suite d'une semblable certitude, aux ravissements d'un paradis anticipé, tandis que le meilleur chrétien tremble sur sa couche, bien quMl n'ait pobt de fautes graves à se reprocher. Les méthodistes ont néanmoins servi l'Église protestante en s'occupantde l'éducation du peuple, en répandant les bonnes maximes dans les basses classes, en protégeant les esclaves, et en convertissant les- sauvages.
Les frères IMoraves apparurent vers fG20>: ce fut un siècle après que le comte de Zizendorf , seigneur autrichien, s'étaot fait leur protecteur, les établit dans la colonie de Herrnbut, d'où leur vint aussi le uoni de hernutes. Le fond des statuts de cette secte, c'est que les régénérés sont dans un lien d'amour continuel avec tous lea enfants de Dieu, quelle que soit leur religion. Ils ne se mêlent point de controverse ; ils ne tendent qu'à garder la pureté, la simplicité, la grAce évangéliques. Ils ne font point de différence de luthérien à calviniste; ils tiennent pour seul important le dogme de la rédemption , pour unique chef de leur société le Rédempteur; toutes les jeunes filles sont ses épouses. Ils sont agriculteurs, artisans, missionnaires; ils ont fait beaucoup de prosélytes dans le Groenland; dans la colonie de Sarepta , sur le Volga, qu'ils ont fondée, ils ont convertie Cosaques, et Ton ne peut que louer l'éducation morale qu'ils donnent en commun aux enfants. A côté de ces sectes enthousiastes on trouve des déistes, chez lesquels la tolérance a de-
Depuis la paix de Westphalie , rAIlemagne est restée divisée en deux partis religieux qui vivent en paix sans fraterniser, et dont la jalousie mutuelle empêche Tun et Fautre de prédominer. Le parti protestant eut d^abord à sa tête la maison de Saxe, à Fombre de laquelle il était né, jusqu'au moment où, celle-ci s'étant faite catholique en vue du trône de Pologne , la suprématie passa à la Suéde , à qui elle fut enlevée plus tard par la Prusse. I^'Autriehe a longtemps été la tête du parti catholique; elle parait désormais laisser cette prétention à la Ba^ère , trop faible pour porter ombrage.
Les protestants, à partir de 1805, se trouvèrent politiquement les plus forts. Les principautés ecclésiastiques ayant péri , le désordre se glissa d'autant plus dans les affaires religieuses qu'elles étaient plus intimement mêlées au temporel. Rome s'efforça au congrès de Vienne de rétablir le passé. Le comte de Hardenberg, au contraire, proposa une constitution ecclésiastique générale, avec une complète indépendance de Rome ; mais le débat , comme nous Favons vu , se termina par des concordats particuliers. Ces rois et leurs ministres erurent le siècle assez avancé, c'est-à-dire assez indifférent, pour que la réunion de religions diverses sous un même gouvernement ne devint point une cause de troubles : ce fut une erreur funeste. Ii'article 16 du pacte fédéral allemand portait : « Les confessions chrétiennes doivent être maintenues dans l'égalité des droits civils et politiques. » Les concordats stipulés avec Rome furent établis dans ce sens ; mais l'esprit protestant prévalut. Les gouvernements pratiquèrent sur les concordats l'exégèse dont les docteurs avaient fait usage sur les livres sacrés : ils réussirent à les détruire, et enlevèrent aux Églises, à l'aide des pragmatiques , ce qui leur avait été accx)rdé. Ils y furent poussés par un motif bien plus politique que religieux, ou par le désir d'arriver à cette unité, à cette force d'administration dont Napoléon leur avait laissé Fexemple. Détachés de l'Empire, ils voulurent aussi détacher leurs Églises de Rome : mais Pierre n'abdiquait pas comme César. Les catholiques ne voulant pas renier leur foi , on s'arrangea du moins pour soustraire à Rome tout ce qui tombait sous le patronage du gouvernement ; schisme
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d^adininistratioii ou de cliancellerie , que Ton décore du nom d^ind^pendauce.
La religion était eu même temps combattue dans ses dogmes, dans ses pratiques, dans ses ministres, surtout parTorgane des journaux. Les livres symboliques furent supprimés. Oa s*inquiéta peu de résoudre les difficultés controversées; on se contenta de les déclarer vaines. Seulement,. comme cette liberté alisolue annihilait le ministère sacerdotal , qn établit la distinction entre la liberté de croire et Tobligation d^ensdpor selon certains dogmes. Mais un ministre en vint à dire que Ton pouvait écrire sur Topgle du pouce toute» les doctrines sur lesquelles les protestants sont d'accord ; et un autre , qu'à force de réformer et de protester, le protestantisme se réduirait à nue suite de zéros«
Les choses en étant là , ne pouvait-on |>as tenter de réunir danis une croyance rationnelle tous les non-catholiques? Ce fat dans ce but qu'une assemblée de ministres se tint dans le dacbé de Pïassau (9 aodt 1817) ; et Ton y décida que les deux eommunions . luthériens et calvinistes, prendraient le titre d'Église év^ngélique chrétienne , en réunissant leurs biens en un foods commun; qu'il serait libre à chacun d'interpréter l'Évangile; que les pasteurs des différents cultes donneraient la communion au même autel , à moins que les vieillards ne voulussent la recevoir séparément; et la cène fut célébrée d'accord.
Le roi de Prusse s'y employa avec ardeur : quant aux catholiques , ils formaient les cinq douzièmes de la population qui lui avait été attribuée , et Frédéric-Guillaume s'engagea à leur conserver des droits civils et politiques égaux ; mais il était difficile qu'il tînt sa parole , zélé protestant qu'il était , désireux d'introduire dans ses États l'unité de croyance , comme celle d'administration. Le premier pas avait donc été de réconcilier les luthériens et les calvinistes. £n 1817, à l'occasion de la troisième fête séculaire de la Réforme , on adressa aux consistoires et aux synodes une lettre* explicative « de cette union salutaire, désirée depuis si longtemps, et tant de fois essayée en vain. Ce rapprochement, disait-on, formera, sans que l'Église lutbét\enu« uev^td^ dans l'Église calviniste, une Église nouvelle.
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qui, selon Tesprit de leur saint fondateur, ne trouvera pas d'obstacle dans la nature des choses , attendu que les deux partis la veulent sincèrement, dans une intention vraiment chrétienne. En conséquence, ajoutait le roi, je célébrerai moi-même la fête séculaire, en réunissant les deux communions (réformée et luthérienne) de la cour et de la garnison de Postdam , en une seule Église évangélique chrétienne, avec laquelle je participerai à la sainte cène. » Ce que demandait Guillaume , c*est que cette union résultât non de Tindifférence religieuse, mais d*une conviction libre; qu'elle vînt non-seulement des livres, mais des cœurs ; ce qu'il était moins facile d'obtenir.
La garnison se présenta à la cène, par' discipline, à l'heure et dans Tordre prescrit. On consacra à Berlin^ au nouveau culte t un temple qui fut fréquenté par des membres de toutes les confessions. Un mmistre luthérien donna le pain de la communion, un calviniste le vin du calice. Le roi lui-même, pape laïque^ publia une liturgie qui différait des précédentes ^ et se flatta de constituer l'unité protestante en face de l'unité catholique ; mais Gans dit à ce propos : lis se sont vnis dans le néant
Cette unité importait peu ^u peuple , à qui l'on avait appris à faire peu de cas de toutes he^ différences de doctrines. Elle souriait à ceux qui considéraient le calvinisme et le luthéranisme comme deux expressions partielles du principe protestant, pouvant se perfectionner dans son union dogmatique et ecclésiastique. D'autres y virent néanmoins une espèce de violence , qui avait pour but de les faire entrer dans-une Église nouvelle ; et les vieux luthériens, réunis à Breslau sous la présidence du professeur Kuschke, tentèrent de se constituer en Église luthérienne. Mais qu'arriva-t-il ? Les décisions de ce synode furent déclarées antilutbériennes par les deux autres sectes nées de celle-là. Ainsi il ne suffisait pas , pour écarter les obstacles , d*avoir réduit la foi à un petit nombre de règles le moins sus»ceptibles de contestation. Il se flt , sous le manteau de la religion , une foule de persécutions , et un grand nombre de luthé^riens émigrèrent tant en Amérique qu'en Angleterre.
Combien ne devait- il pas en coûter davantage pour soumettre les catholiques ! Frédéric-Guillaume y travaillait sous main ,