A QUESTIONS RELIGIEUSES
soit pour imprimer de l^unité à radministration , soit pane qu^il voyait dans le protestantisme une nouvelle barrière contre la France. Les catlioliques étaient écartés des fonctions les plus importantes, soit dans Tarmée, soit dans la maison durai. L'instruction inférieure dépendait entièrement du ministère: pour renseignement supérieur, les universités de Berlin, de Kœnigsberg, de Halle, de Gri&wald, étaient exclusivement protestantes; il n'y eut de mixtes qae celles de Bonn et de Breslau.
Tout cela provoquait des plaintes , autant qu'il peut s'en faire entendre dans un pays sans représentation. Il y avait une question, celle des mariages mixtes, qui devenait un sujet de trouble non-seulement pour les consciences, mais encore poui le culte. L'Église catholique ne bénit les mariages avec les protestants qu'avec les plus difficiles restrictions. Or les employés, presque tous protestants, que la Prusse envoyait dans les provinces catholiques, y épousaient des jeunes ûUes catholiques; et un décret avait prescrit que les enfants devaient être élevés dans la foi du père. En 1828, le roi obligea les prêtres à bénir les mariages mixtes , et Pie VIII (1830) poussa la condescendance jus qu'à ses dernières limites, « en permettant au prêtre d'assister à la célébration , mais sans prononcer les prières ni accomplir 1« autres cérémonies , si Ton ne promettait pas d'élever les enfants dans le catholicisme. »
Le gouvernement prussien ne s'arrêta point là ; et en 1845 il étendit sa décision aux provinces rJiénanes. L'évêque de Cologne , Drost, refusa l'autorisation de bénir les mariages mixtes. Le gouvernement, ne pouvant rien obtenir, fit enlever l'évêque et l'enferma dans une forteresse, mettant en avant une de ces imputations générales qui peuvent , au besoin , suppléer aux accusations positives.
Une affaire particulière venait d'émouvoir alors l'Église de Cologne. Un chanoine de Bonn , nommé Hermès ( 1831 ), en recherchant « s'il est possible de démontrer sûrement la vérité du christianisme , comme révélation divine , au moyen de la raisoo et de l'analyse , » forma un système de croyance qui prit beaucou\) d'eiXimvQ!^. Condamné en 1835, il fut soutenu par \i
gonvernement ; mais M. Drost destitua les professeurs de théologie de Bonn qui y adhéraient r ceux-ci persistèrent, s^appuyant sur Tautorité , et il en résulta un violent conflit. Le gouvernement se trouvait enhardi par là à persécuter l'évéque ( 1837) ; mais si les hermésiens approuvèrent son enlèvement ou gardèrent le silence, le reste du clergé protesta, et adressa ses plaintes à Rome , qui , se mettant au-dessus des ménagements politiques, vint en aide aux catholiques. Cet acte de fermeté produisit un grand effet : le clergé , que Ton croyait asservi au gouvernement, se leva avec énergie à la voix de son chef; et tous les évéques s*associèrent à cette résistance.
Frédéric-Guillaume, entraîné dans une persécution inattendue qui répugnait aux idées du siècle et à son propre caractère, «fe trouva obligé de se justifier par la voie de la presse. Le pape fit ressortir la mauvaise foi des allégations. Toute TAUemagne, eatboliques et protestants , s'occupa de cette querelle au point de vue théologique comme au point de vue du droit. Elle agita surtout Munich , où le roi se montra ferme dans sa résistance , tandis que les autres princes d'Allemagne courbaient la tête. Gorres publia CAthanase, comme pour offrir un rapproche* ment entre les persécutions des premiers siècles et celles du temps présent. Il y révéla, avec une éloquence puissante et une conviction chaleureuse, les résultats funestes de cette politique qui voulait asservir ce qu'il y a de plus libre au monde ^ soit à ime administration formaliste , soit à un libéralisme dévoyé.
A la mort du roi Frédéric-Guillaume IV , son successeur fîit entraîné , par les vœux très-prononcés des populations rhénanes , à faire cesser les poursuites contre les prélats arrêtés , et à rendre à Fautorité épiscopale les pouvoirs qui lui appartiennent dans Tadministration des sacrements.
Mais dans TÉglise protestante le désordre allait toujours croissant. Les séparatistes, qui se détachèrent de l'Église évangélique chrétienne, devinrent 'sans cesse plus nombreux ; et dans le concile général des protestants allemands, tenu à Berlin en 1846, la commission proposa que les livres symboliques conserveraient pour les différentes Églises nationales la valeur qu'elles croiraient devoir leur accorder,
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<:'est contre l'I'^^lise catholique qu'étaient dirigés les seuls efforts efficaces du protestantisme , qui n'a pour unique sentiment général que sa haine contre elle. Cesi dans ce but que s'est établie en Allemagne la Société de Gustave- Adolphe, ainsi qu'une autre à Philadelphie (1844), sociétés dans lesquelles les différentes sectes se donnent la main pour une propagande protestante. De là des déclamations violentes et des insultes contre le papisme , qui sont allées jusqu'à la violence.
Ce n'est pas à telle Église plus qu'à telle autre que les écoles rationalistes font la guerre; mais elles attaquent les fondements de toutes. !Nous avons déjà montré comment la philosophie française flt son entrée en Allemagne , non sans lutte et sans protestation. Edelmann, Bahrdt, Basedon, se servirent simplement des armes françaises ; Lessing , Mendelshon, Ruymarcer, employèrent la flegmatique hostilité des Anglais. Lessing devança de quatre-vingts ans les hardiesses de Strauss ; mais il rencontra partout des adversaires, jusqu'à Semler. Ce dernier fit autant de mal que lui lorsqu'il voulut expliquer la formation successive du dogme catholique , portant jitteinte , dans cette tentative, à l'autiienticité des livres saints, en n'admettant comme légitime que l'interprétation naturelle, cherchant à montrer comment , dans TËvangile , le Christ et les Apôtres s*accommodaient à leur temps ; de sorte que beaucoup de vérités précitées par le Messie n'auraient qu'un caractère temporaire et local.
Les doctrines de Kant ne furent pas moins hostiles au christianisme, car il n'admet de croyance véritable que celle quinait et se développe dans la raison de chacun ; et la religion révélée ne fait , selon lui, que venir en aide au sentiment philosoplu* que. Jacobi alla plus loin encore, en faisant reposer la croyance sur une perception immédiate de la vérité et du supra -sensible, sans qu'il soit besoin de démonstration. La doctrine de l'identité. en conduisant à Tanéantissement de la personnalité , battait aussi en brèche le christianisme ; et les hégéliens , qui divinisaient l'État, arrivèrent à un panthéisme dont la dernière conséquence était la négation de la morale. Uanthropolâtrit d'WéÇjÇl dégénéra chez ses adeptes en autolàtrie; et ils purent,
sans sortir du protestantisme , nier les mNraeles , l'existence même du Christ, et jusqu'à Timmortalité de Tâme , parce que le protestantisme n'est qu'une négation.
Plusieurs écrivains , dans les universités , combattirent ouvertement l'inspiration supérieui^e des Écritures , comme inutile et impossible , soutenant qu'on ne saurait admettre que Dieu manifeste sa puissance par des prpdiges , sa prescience par des prophéties , sa sainteté par ses commandements. 11 n'est point nécessaire à l'homme , disent-ils , d'avoir foi à une révélation immédiate , et les vérités religieuses naissent de la pure raison. Le fondateur du christianisme, personnage insigne, Voulant établir une religion universelle , et partant non positive, n'institua point de pratiques extérieures ni de sacrements. La preuve de sa divine mission est la conformité de ses dogmes avec la raison^ Comme homme toutefois , il n'était pas exempt d'illusions personnelles ; et les apôtres, ne pouvant se dépouiller des préjugés judaïques , le firent parler à leur manière , et souvent même l'entendirent mal. On se mit ainsi à analyser le Fils (comme disait Hegel) avec une tranquillité bien étonnante pour ceux qui considèrent quel vidé immense laisserait , dans les consciences comme dans l'histoire , la disparition du Christ, qn'ils réduisent à un caractère idéal.
On tourna contre la religion les grandes conquêtes de la science; on s'en alla chercher, dans les Indes et en Perse, l'origine de ces dogmes et de cette morale qui est pour nous une révélation du Verbe de Dieu ^
L'exégèse et l'histoire ecclésiastique foumireht aussi des armes à des attaques ou générales ou partielles contre les Livres saints. Les travaux du siècle précédent avaient préparé des nuatériaux à la critique. Michaëlis avait donné à l'Allemagne ,
Le premier fat Luyser, De origine eruditionis non ad Judeos ted ad Jndos referenda, 1716. De notre temps cela fut soutenu par Lichtenslein , Uber Indien alsquelle der mitologie ; par Winzor, De Daemonologia insacris Novi Testamenti libris proposita; par Creuter et son commentateur Guigniaut; par Rhode, par Bohien , Dell* /n< dia in relazktecolV Egitlo; par Pautliier et beaucoup d'autres.
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après trente ans de travaux , une édition de la Bible ; Benjamin Kennicott en avait donné une autre à T Angleterre, surks manuscrits hébraïques des bibliothèques les plus célèbres (1780). De Rossi avait réuni à Parme la plupart des manuscrits du texte hébraïque, et donné le catalogue des variantes de six cent quatre-vingts d^entre eux. L'édition de Wetstein (1752) résuma la plupart des manuscrits de FÉvangile qui existaient en Europe. On se préoccupa aussi des versions étrangères ; et Jean- Jacques Griesbach entreprit de les confronter à Tappui de sa Bible romaine , distinguant tous les textes en trois classes , selon qu'ils proviennent d'une édition corrigée en Egypte , à (}onstantinople ou en Occident. Scholz publia en. outre une édition critique du Tïouveau Testament, fruit de longues recherches en Europe et en Orient. Une fois le texte perfectionoé et la- grammaire simplifiée , grâce aux travaux de Gesenius (1817}, d'Ewald ( 1827), de Glaire, l'herméneutique s'étendit. On peot en voir les progrès antérieurs à notre siècle dans VUUtoin de ^interprétation des Livres saints dans F Église chrétienne de RosenmùUer ; elle a été depuis poussée plus avant encore par Jahn, Ackermann, Ewald, Umbreit, Hengstenberg et autres.
Bientôt les rationalistes se firent une arme de ces travaux , non plus , comme Voltaire , en renouvelant les plaisanteries et les arguties employées quinze siècles auparavant par Celse, par Porphyre, par Julien , qui voyaient partout la tromperie et la fraude; mais par l'interprétation allégorique , qui sied au génie penseur de l'Allemagne. Cette étude commença parles livres anciens; et, dès 1790, Eichhorn considéra le premier chapitre de la Genèse comme emblématique , et comme formé de fragments les uns relatifs à Jéhovah , les autres à Éloïm.
Quelques-uns admettent les Livres saints, mais en faisant plier les textes aux sens qu'ils veulent y trouver, grâce surtout à cette doctrine des accommodements, imaginée par ceux qui supposent que le Christ et les apôtres n'ont parlé.dans les termes que l'Évangile rapporte, que pour se mettre à la portée de leurs aud\leuT«.I>^i&VV»a\û\re des dogmes, enseignée^ans des chaires
spéciales , on s'appliqua à scruter l'œuvre de Timposture ou de rignorance ».
La Trinité surtout fut prise pour point de mire , et considérée comme un symbole tantôt des trois rapports entre Dieu et le monde , tantôt des trois modes différents de représenter la Divinité : Fils de Dieu signifie son favori , et la mort de Jésus- Christ ne fut plus rien qu'une parabole de la miséricorde divine.
Dès 1803 , Bruno Bauer avait fait paraître la mythologie de la Bible ; et , dans la Critique des Évangiles des synoptiquesy il déclarait la guerre aux écrits apologétiques chrétiens. Fewerbach traita , avec le cynisme des premiers réformateurs, de Y Essence du christianisme y de la Philosophie du christianisme, de la Mort et de V Immortalité , et proclama l'anéantissement panthéistique'; Schleiermacher supprima de l'Ancien Testament les prophéties (1834) ; du Nouveau, les miracles : il s'appliqua à concilier ce qui restait avec la philosophie et ses théories personnelles sur Thumanité. Voyant alors où il allait par ce chemin, il pensa qu'un temps viendrait peut-être où le christianisme serait d'un côté avec la barbarie; de l'autre , la science avec l'impiété. Penché ensuite sur le bord de l'abîme du néant qu'il avait creusé , il s'écria : « Heureux nos pères, « qui, inhabiles encore dans l'art des -exégèses, croyaient, a simples et loyaux , tout ce qui leur était enseigné ! L'his- « toire y perdait, la religion y gagnait. Ce n'est pas moi qui ai « inventé la critique ; mais dès qu'elle a conimencé son œuvre, « force est de l'accomplir. » C'est la conclusion de Kant , qui se traduit ici avec une effrayante ironie.
' Les dogmes protestants étant publiés en Allemagne du haut des chaires, Mohler voulut en faire autant pour les dogmes catholiques , et il exposa, dans W Symbolique, les divergences dogmatiques entre les catholiques et les dissidents; ce qu'il fit en distribuant, dans un ordre scientifique, les innovations religieuses du seizième siècle, et en aboutissant, par leur contradiction, à ce doute qui stimule la recherche de la vérité.
* Rosenmûllcr, Eichhorn , Ewald, Sack, etc., défendent maintenant W Pentaleu<|uc contre Welle, Gramherg, Slha»lin, Hartmann, etc.