REGNE DES PHILOSOPHES
activité : il réglementa la vente des marrons, laforHie des tim- Inres de poste , les vignobles , dont il fit sacrifier un tiers à la culture du froment, m^me dans les lieux qui n*y Paient pas propres. Il voulait tout renouveler, sans écouter de conseils ni souffrir la contradiction , sans attendre Fœuvre du temps. 11 réussit toutefois à procurer d^énormes richesses à sa famille, et à satisfaire sa passion de vengeance. Il favorisa la marine , mais il négligea les armées de terre, pour ôter cette ressource à la noblesse. Il humilia les nobles, mais il convoita leur alliance; il chassa les jésuites, et conserva les ordres mendiants ; il abolit le monopole du tabac, et établit celui du sel; il fit traduire Vdtaire, Rousseau , Diderot , et brûler Raynal ; il applaudit aux nouvelles doctrines, et défendit tout ouvrage périodique à Lisbonne, où il ne voulait pas que la poste arrivât plus d'une fois par semaine ; il réprima Tinquisition , puis lui donna le titre de majesté pour la faire servir à ses vengeances : il nomma son frère grand inquisiteur. Il trancha de l'esprit fort, et il accrédita les miracles de l'évéqae d'Osma , ennemi des jésuites ; il détruisit la puissance de cette compagnie et celle des nobles, mais pour lui substituer le despotisme ministériel ; il confisqua leurs richesses, mais pour s'en gorger lui ou les siens, sur qui il accumula titres, charges et honneurs.
Il établit ainsi un pouvoir sans limite, et qui touchait à la tyrannie. Déjà, avec une sévérité orientale, il avait condamné au gibet, ipso facto, ceux qui avaient commis des vols pendant le désastre de Lisbonne. Mais souvent il fadsait pendre comme voleurs des gens qui se plaignaient de misères auxquelles il ne savait pas remédier ; et l'on dit qu'il en envoya sommairement au supplice jusqu'à cent dans un jour. Il offrit vingt mille cruzades de récompense à quiconque dénonçait un citoyen pour avoir dénigré des actes publics , ou des agents du gouvernement Il fit un crime de lèse-majesté de toute résistance à la volonté du souverain, c'est-à-dire à la sienne. Ses ordres se terminaient d'ordinaire par cette phrase : « Nonobstant toute loi contraire. » Correa Garçao, surnommé l'Horace portugais , rédacteur de la gazette, s'étant permis de dire quelques vérités, fut jeté dans une prison, où on le laissa mourir. T/évéque de Goïmbre
ayant publié une pastorale contre le^ mauvais livres qui circulaient librement , et surtout eontre la Pucelle , le ministre le fit renfermer dans un souterrain.
Mais le héros favori du siècle fut le roi de Prusse Frédéric II, qui régna de 1740 à 1786. Esprit vif, plein de liberté , caustique surtout en fait d'irréligion, comme c^était alors la mode. Dans son sanctuaire de Postdam , ce nouveau Julien se riait de Dieu, des rois, et même des philosophes. Son père se servait du bâton, et lui de Tépigramme, dont les atteintes sont bien plus cruelles; il ne cessait d'en lancer contre les petits princes allemands , criblés de dettes et pleins de vanité ; contre la bigoterie de Marie- Thérèse , les appas de madame de Pompadour, les prétentions poétiques du cardinal de Bemis, les galanteries de Catherine II, et l'intolérance dé Voltaire.
L'éducation de Frédéric avait été négligée : il ne savait que les auteurs français, encore assez mal; ses secrétaires avaient eoutinuellement à corriger ses solécismes , à rajuster ses rimes. Voltaire se moqua de lui comme poëte ; mais il reste parmi les bons historiens , parce qu'il traita de matières qu'il connaissait bien. Il dut ses succès à la force de sa volonté. Il paraissait opiniâtre dans ses projets , parce qu'il les avait longuement médités. Dans les périls il se montra grand, actif, plein de ressources.
Il gagnait les riches par des titres , les gens de lettres par des faveurs , les consciences par la liberté , les vaincus par le respect , les indigents par des secours. Il toléra la liberté de la presse ; aucun prince ne fut en butte à tant de libelles ; aucun ne les laissa si impunis. Voyant une foule se presser autour d'une afGche satirique dirigée contre lui , il la fit abaisser, afin qu'on pût la lire plus commodément. Nous nous sommes en" tendus, disait-il; je laisse mon pevple dire ce quil veuf., et il me laisse faire ce qui me plaiL C'était moins de sa part amour de la liberté que confiance dans ses baïonnettes. Comme on lui parlait de quelqu'un qui le haïssait : Combien de baïonnettes a-t'ilàsa disposition^ répondit- il.
Quoique despote, et sans sympathie pour le peuple., il fut généralement aimé, et les philosophes le proclamèrent un An-
120 BÈGNE DES PHILOSOPHES.
tonin ; les Allemands retroitivaient dans ses manières négligées et dans sa valeur le type de leur nationalité , bien que lui-même ne la comprît guère et n*y songeât nullement.
Il refusait tout pouvoir arbitraire aux magistrats et aux ministres : il s'en r^rvait seul le monopole , et souvent il ût emprisonner des gens par passion personnelle ou par caprice. Il faisait tout par lui-même : il expédiait en personne des affaires que partout ailleurs les ministres auraient abandonnées à leurs subalternes. Il était son chambellan, son expéditionnaire, son intendant; il ne croyait pas que Tunité de vues pût se concilier avec la division du travail. Il ne voulut luême jamais d'un conseil d'État, qui , dans les mouareliies absolues, est un moyen de conserver et de transmettre la tradition du gouvernement. Les talents, la probité étaient inutiles pour le servir ; il ^ffîsait d'être une machine docile à l'impulsion qu'il donnait. Comme c'était assez pour être son ministre que de savoir écrire, le mérite ne reçut de ce côté aucun stimulant; tout se réduisait à des formes minutieuse^. Il avait coutume de dire: Ne remettons rien au lendemain. En conséquence, il lisait tous les matins une masse de lettres , indiquait les réponses , les signait, et les faisait expédier. Sa journée était employée à réviser ses comptes , et à passer sa garde en revue avec l'attention minutieuse d'un sergent. Mais tandis que les autres puissances dévoraient leurs finances , il fit prospérer les siennes par l'économie : il rétribuait mal ses ambassadeurs , s^habillait très-simplement, faisait vendre le gibier de ses domaines, et, malgré son goût pour la table , ne dépensait pas , dans sa maison, plus de 50,000 francs par an.
La Prusse , n'ayant point d'assemblées d'états comme le reste de l'Allemagne, était une véritable autocratie; et l'unité de gouvernement y remédiait à la disparité des provinces. !Néanmoins , la monarchie y avait certaines restrictions consacrées , et l'administration échappait à l'arbitraire au moyen des collé* ges qui la dirigeaient. Frédéric, voyait la force non dans la constitution et dans la propriété , mais dans l'armée et le trésor. L'état militaire demeura séparé du civil , et la faiblesse de la constitution intérieure se cacha sous les apparences de la force
poblîqne. Se sentant assez fort pour rendre son peuple grand ^ il ne songea pas aux institutions , il ne pensa qu'à lui seul , et aux moyens qui, dans des mains despotiques, sont les plus prompts et les plus efficaces. Les règlements sur le commerce , sur les manufactures, sur Fagriculture, se succédaient rapidement. Il s'entendait mal au commerce , et il anéantit les sociétés marchandes en voulant les protéger; il concéda des privilèges, et , qui pli](S est , il altéra les monnaies. Mais , en voulant être philosophe, il ne sut pas dominer certains préjugés : il maintint rigoureusement dans ses armées la distinction entre les nobles et les roturiers. Il accordait difCcilement des passe-ports , et fixait , à ceux qui en obtenaient , la dépense qu'ils devaient faire durant leur voyage, comme le temps qu'ils y devaient employer.
En résumé , il ne semble pas que les philosophes aient beaucoup à se vanter de ce disciple. Sa politique fut celle d'un despote sans foi et sans remords , qui se hâta de faire oublier son Anti'MachiaveL II crut , avec les philosophes, que l'amour de la vérité consistait à décomposer, à nier, à ne rien croire. Il déploya , dans sa correspondance particulière , un mépris cynique pour toute croyance; mais il appliquait l'égoïsme de cette école à ses intérêts de roi, et il disait : Si je voulais châtier une de mes provinces, je la donnerais à gouverner à un philosophe. Il applaudit lorsqu'on lui suggéra F idée de jeter un démenti au christ, en rétablissant le royaume de Jérusalem ; mais il n'en lit rien ; et quand Voltaire lui conseillait d'ouvrir dans ses États un asile aux philosophes de France : Omî, répondait-il , poitrvu qu'Us respectent ce qui doit être respecté, et observent la décence dans leurs écrits. C'est-à-dire qu'il aimait la liberté , tant qu'elle ne portait pas atteinte à ses droits.
Un changement singulier s'opéra dans ce prince : il fut pris subitement de la passion des armes , qu'il avait détestées ; après avoir passé sa jeunesse au milieu des livres, il devint le fondateur du nouvel art militaire. Il y avait eu avant lui de grands généraux, Gustave- Adolphe, Condé, Turenne , Montecuculli , Kugène; mais ils agissaient plus d'inspiration que d'après une science faite, et tout dépendait de la valeur et des forces maté-
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rielles. Louvois avait fait des armées une partie régnlière de radministratioii , et formé des magasins pour subvenir aux besoins des troupes , qui auparavant vivaient à discrétion dans le pays. Gustave-Adolphe avait mis en usage Tartillerie légère; les arquebuses avaient été perfectionnées , les baïonnettes substituées aux piques , les compagnies formées sur trois rangs. Frédéric introduisit dans Tinfanterie Faccord de toutes les parties , perfectionna et régularisa les manœuvres.
Frédéric II fit de la Prusse une monarchie militaire, appuyée sur deux cent mille soldats [uresque tous indigènes , dlvi^ en régiments de campagne , régiments de garnison et bataillons francs. Il y avait chaque jour exercice , et de grandes manceuvres tous les ans ; les parades étaient fréquentes, les approvisionnenoents d'armes considérables , Fartillerie nombreuse. Frédéric supprima Tusage absurde de faire avancer les officiers par rang d'ancienneté. Il maintenait une discipline extrêmement rigide; et un feld-maréchal qu'il aurait trouvé, en temps de guerre, avec une cuiller d'argent aurait été sévèrement puni. Avec lui, des soldats sans enthousiasme de patrie ni de religion devinrent des héros , à l'aide du bâton et de l'exercice.
Ses premières campagnes ne promettaient pas un grand général ; mais la bataille de Hohenfriedberg révéla lé génie qui allait être le créateur de la guerre moderne. Il la soumit aux conceptions de l'esprit ; il en calcula tous les éléments, et la réduisit à l'état de science mixte. Également supérieur dans la stratégie , dans la tactique , mais excellant surtout dans la seconde , où Napoléon ne trouva rien à ajouter après lui , il les combina toutes deux ensemble. Au lieu de ces masses que l'on croyait nécessaires pour résister au choc de la cavalerie , et qui offraient au canon un plus vaste champ de carnage , il réduisit constamment les bataillons à trois files : il put ainsi déployer un front double et triple , ménager aux parties des mouvenqents plus rapides, et coordonner en conséquence les marches de manière à avoir la supériorité numérique sur les points où il voulait porter des coups décisifs. C'est à lui que revient l'honneur d'avoir érigé en principe , chez les modernes, l'ordre oblique, qui consiste à ne pas pousser parallèlement tout le front de ba-
INFLUENCE DE l'BCOLE PHILOSOPHIQUE. 123
taille , mais à concentrer reffort principal sur un seul point. Il commimiqua au soldat l'instinGt de la stratégie rapide qui multiplie les bataillons, ne se laissant pas arrêter par des scrupules de morale, violant les territoires , attaquant des États inoffensi6, el comptant sur la victoire |)our lui donner raison.
Les royaumes du Nord n'échappèrent pas plus que les autres à l'influence des philosophes français. Les Russes , peuple imitateur, étaient devenus guerriers par la volonté de Pierre V. Ce grand homme , en attirant à son service les meilleurs officiers et soldats de Charles Xll et de toute FEurope, réalisa complètement le système auquel n'avaient pu parvenir Louis XIV et le grand Frédéric , et il réussit parce qu'il avait affaire à des populations plus matérielles , et nées pour obéir. L'imprudence de Charles XII , la faiblesse des Polonais , les désastres de Louis XIV , l'abaissement de l'Autriche , l'avaient aidé à forti* ûer son empire, à créer son armée. Toutes les provinces qui environnent la Baltique lui obéissaient ; la Pologne et la Suède étaient ses tributaires.
Déjà, au commencement du dix-huitième siècle, trois femmes avaient occupé le trône des czars : Catherine r^, Annalvanowna, Elisabeth Pétrowna , portées là par des révolutions de casernes ou de palais. Catherine II y monta après elles ( 1763 ), en se débarrassant, par un meurtre, du czar Pierre III, son mari. La . Russie occupait un huitième du monde connu, mais elle ne comptait encore que vingt millions d'âmes : c'était à peine cinquante habitants par myriamètre, tandis que la France et l'Angleterre en avaient deux mille. Cet empire était une agglomération de nations différentes d'usages, de traditions, de religion, souvent nomades, et parlant un langage qu'on n'entendait pas à Pétersbourg. Le commerce n'y consistait guère qu'en matières brutes; et l'empire n'avait pas plus de cinquante millions de roubles de revenu. Catherine aurait dû maintenir la paix , puisque l'empire n'avait pas besoin de s'étendre , mais de se civiliser : elle fit cependant des guerres continuelles , dont le résultat se chargea de la justifier. Aussi inébranlable dans ses desseins qu'insatiable dans ses plaisirs, non contente de régner despotiquement en Russie^ elle voulut dicter à l'Europe ses
124 BkONE DES PHILOSOPHES.
volontés absolues, comme Louis XIV et Napoléon : elle médita en conséquence une confédération des puissances du Nord entre la Russie, la Pologne, la Suède, le Danemark , la Saxe, la Prusse et la Grande-Bretagne , pour faire contre-poids axii maisons d'Autriche et de Bourbon ; mais elle ne la réalisa pas. Klle ne laissa pas toutefois échapper une occasion d'exercer son action sur ses voisins. Continuant les projets de Pierre le Grand, elle ménagea TAngleterre, à qui elle accorda des avantages commerciaux ; elle mina Tinfluence française , intimida la Prusse , et en même temps encouragea l'Autriche. Klle fomenta les discordes de la Perse pour se rapprocher de rinde, renoua des relations avec la Chine et avec le Japon; et surtout elle battit les Turcs , qu'elle humilia par la paix de Kainarge. La prospérité lui avait réconcilié ses sujets; elle les éblouit par les récompenses qu'elle distribua , et par les monuments qu'elle éleva pour immortaliser ses victoires. Elle accorda toutes sortes de privilèges à la noblesse , que Pierre III avait affranchie. Elle aflichait de la dévotion pour s'affectionner le peuple, tandis qu'elle se faisait bien venir des philosophes par une incrédulité de parade. Chaque année, elle réunissait les ministres des différents cultes à un dîner de tolérance. Elle accueillit les jésuites proscrits, et leur permit d'établir un collège on Russie. Elle introduisit l'inoculation, en s'y soumettant ellemême , ainsi que son fils. Elle aimait les fêtes, la magnificence; fn<^'onnait les seigneurs russes aux manières françaises , et Imnr faisait lire les ouvrages franco qu'elle se chargeait de traduire elle-même.
1 /habitude des petites intrigues gâtait ses grandes qualités. Naturelle dans la rie privée , liabile à dissimuler dans la vie publique, elle savait commander à sa colère et à ses vengeances. Au milieu des saturnales de son palais , au milieu des jalousies d'Orloffet de Potemkin, quVUe savait réprimer, elle tendait au loin les filets d*une politique habile. Elle concevait de grands desseins^ mais ne les menait pas toujours à fin. Plus désireuse onoore dt' parattre que dVtre , elle appelait les étrangers, leur pntmettani des privîU^es , la liberté de leur culte , la £aculté de sVn aller quand ils voudraient ; mais elle les laissait mourir de
faim. Elle fondait des villes , et ces villes restaient sans habitants ; elle poussait au commerce, et il était tout en &veur de FAngleterre ; elle encourageait les arts , mais les étrangers seuls s'y livraient ; et elle négligea les moyens lents qui l'auraient aidée à vaincre l'ignorance superstitieuse, à déraciner les habitudes brutales de la servitude. Toujours avide de grandir dans l'opinion du monde civilisé , elle disait que la gloire consistait dans l'approbation des hommes de génie ; elle la recherchait en prodiguant aux dispensateurs de la renommée les roubles et les louanges. Elle faisait ainsi vanter son esprit, ses connaissances , et porter aux nues , par les philosophes , les ukases inexécutables qu'elle promulguait et qu'elle oubliait. Elle s^arrangeait pour que ses réformes fussent annoncées longtemps à l'avance , et exaltées après. C'est par ces moyens qu'elle se fit pardonner ses forfaits, et passa pour une héroïne. Tous les ouvrages publiés en France lui étaient envoyés sur-le-champ. Elle fit traduire le Bélisaire de Marmontel par quatorze personnes de sa cour, dont chacune fit un chapitre : ce fut elle qui fit le meilleur. Elle envoyait à Buffon les objets rares trouvés dans ses États , avec des lettres flatteuses : le savant y répondait en l'appelant c tête céleste, digne de régir le monde entier ; » ou en souhaitant une nouvelle invasion du Nord vers le Midi , a pour la régénération de ^ette partie de l'Europe, plongée dans la fainéantise. » Lorsque les encyclopédistes furent inquiétés en France , elle songea à les appeler à Saint-Pétersbourg, pour qu'ils pussent y terminer leur ouvrage. Elle proposa à d'Alembert de se charger de l'éducation de son fils. Elle attira Diderot, et se plut à l'entretenir tant qu'il ne lui parla ni des droits du peuple ni de l'avenir. Eu effet, son libéralisme n'allait pas plus loin que celui de Frédéric. Pourtant Voltaire s'autorisait de son exemple pour reprocher aux Français certains abus qu'ils toléraient encore. Il faut voir, dans leur singulière correspondance, comment Catherine quête l'approbation de ce roi de la renommée, et avec quelle coquetterie elle le courtise. Elle s'abandonne quelquefoisjusqu'à lui vanter « l'aîné des Orloff, qui a l'âme d'un Romain , et qui est digne des plus beaux temps de la république. » Tantôt c'est le dc-
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membrement de la Pologne, exécuté pour propager la tolëranee religieuse, qu'elle veut lui faire approuver; tantôt elle hii laisse entrevoir le projet d'affranchir les serfs de l'empire,, plus souvent celui de délivrer la Grèce.
Voltaire lui répondait , avec cette familiarité de protecteur : Un temps arrivera, madame, je le dis tot^ours, où la lumière viendra du Nord, f^otre' Majesté impériale a beau dire: je vous fais étoile , et étoile vous serez.
Pour se conformer à l'allure philosophique , Catherine convoqua à Moscou une commission qui devait préparer un code destiné , selon les idées d'alors , à régir les cent races qui habitent l'empire. Des députés du sénat, du saint synode, de chaque collège , de la noblesse , des villes , des paysans libres , des paysans de la couronne , des soldats agricoles , des Cosaques , se rendirent aux ordres de la souveraine. L'instroetkm qui fut donnée à ces législateurs , dont beaucoup ne savaient pas même écrire, était toute philanthropique , libérale, mais de fort peu d'à-propos. On y parlait à de braves gens , soumis à leurs popes, élevés dans une docilité absolue , la langue des disciples de Voltaire ; on leur citait des maximes et des fragments de Montesquieu , le tout pour le bien et la plus grande gloire de l'empire. On dit que , dès la première séance de cette mascarade arrangée eu T honneur de la philosophie française , un Samoyède , qui raisonnait mieux que les utopistes , s'écria : Nous sommes des gens simples et droits; nous faisons pattre nos rennes , et nous n'avons pas besoin d'un autre code : faites-en plutôt un pour les Russes nos voisins et pour Ses gouverneurs que vous nous envoyez , afin de réprimer leurs brigandages. Bientôt Catherine avoua ( chose facile à prévoir) l'impossibilité de l'entreprise ; elle congédia en conséquence les législateurs , en distribuant à chacun d'eux une décoration en or, qu'ils vendirent aux bijoutiers.
Les Hbellistes pourtant ne l'épargnèrent pas , et ce n'est pas sans raison ; car dans ce règne de quarante années , rempli d'événements si divers, elle montra et des qualités grandioses et les vices les plus bas. On ne peut méconnaître en ella la vigueur du caractère, l'habileté , la justice, une activité infatigable, et
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un talent particulief pour gouverner les hommes ; les Russes firent plus de progrès €n savoir et en politesse qu'ils n'en avaient fait depuis un siècle. Mais la civilisation française fut trans» plantée chez eux sans y être enracinée : on faisait venir du dehors les maîtres et les livres. 11 en résulta que cette nation n'eut rien de chevaleresque , et que , dans son passage rapide de la grossièreté aux raffinements , elle n'a pas connu cet âge intermédiaire, l'âge des nobles élans et du sentiment religieux.
Les guerres avaient accru la dette publique ; Catherine altéra les monnaies et introduisit l'usage du papier. Elle fonda une banque territoriale, pourtivancer des sommes aux propriétaires et aux communes; un mbnt-de-piété, des maisons pour les veuves et pour les femmes en couche , un collège de médecine, des écoles de marine à l'anglaise. Lorsqu'elle apprit que dix bâtiments marchands de ses États étaient passés de rArchipel dans la mer Noire , elle en fut aussi heureuse que 4*vme victoire. Quand les îles Aléoutiennes furent découvertes , elle y envoya des naturalistes et des savants pour les explorer. Nous devons aux expéditions scientifiques faites par ses ordres les immortels travaux de Pallas et de Gmelin , ainsi que le dictionnaire d'Adelung. Elle envoya des jeunes gens à Pékin, sous la direction d'un archimandrite, pour y apprendre la langue et les sciences du pays.
Catherine nourrissait de grands desseins, et se proposait notamment d'ouvrir trois canaux : le premier, entre les mers Blanche et Caspienne; le second, entre la mer Caspienne et la Baltique; le troisième, entre cette dernière et la mer Noire. >I..es Anglais étaient presque seuls en possession du commerce du Nord ; ils remplissaient la Baltique de leurs bâtiments , Tempire de leurs marchandises. Les Français se voyaient à regret obligés de faire passer leurs vins par les mains britanniques , pour qu'ils pussent arriver dans ces contrées , au lieu d'en avoir eux-mêmes le bénéfice , et de tirer de là le chanvre et les autres denrées nécessaires à la marine. Ils proQtèrent d'un moment de brouille pour obtenir de Catherine un traité qui leur accordait, à charge de réciprocité, des franchises et des facilités , mais qui cessa à Tépoqde dé la Révolution.
128 fiÈGNE DES PHILOSOPHES
La czarine réorganisa radmiDistration du royaume, et divisa la Russie en quarante-trois gouvernen»ents généraux. Elle ne put supprimer ]a servitude, et on Faccusa d'avoir fait à cet égard moins que ne le comportait la philanthropie qu'elle affichait. Elle dut même régler la sujétion des ser& comme ou garantit ailleurs la propriété des terres , et elle distribua à ses favoris des milliers de paysans ; mais la condition des serfs ne se trouva qu'empirée par l'éducation à la française, qyi rendit les seigneurs de plus en plus étrangers aux usages moscovites ».
' Acquisitions et conquêtes faites par Catherine
MlUe* carr. Ames. Années.
Fn Pologne : Premier partage 2,019 1,300,000 1772
Deuxième ~ 4,ôô3 3,011,680 1793
Troisième — 2,030 1,176,690 1795
Par Tacte de soumission , les duchés de Courlande et de Sémigalle. ... 452 407,000 1795
/i'w Perse : Les provinces de Kokhet, Cadouet et Daghestan ; le pays des Ossètcs , et autres dépendances de la Géorgie, avec une partie du Chirvan au nord du Kour 600 206,000 1787
En Turquie : Azov avec son territoire, \ Kerts , le pays entre le Bog et le Dnié- J per; puis, par Tabdication du khanf et la convention de Constantinople,/ * la Crimée, l'Ile de Taman, et partiel f ^^^
du Kouban /
Par le traité de Jassy, la plainte d^Otchakov, entre le Bog et le Dniester. . 410 150,000 1792
Par la soumission du czar Salomon , la Mingrélie , la principauté d'imérétliie, le pays des Abazes, des Tchékis, des Circassiens et autres de la Géorgie. 1,800 600,000 1795
Les Cosaques du Don et de la mer Noire ■. 4,628 260,000 »
Totaux 17,517 7,361,270
Catherine vengea la longue humiliation que les Tartares avaient fait subir à la Russie. Souvardv en fit égorger trente mille , par Tordre de Paul Potemkin. Ce parvenu , qui reçut le surnom de Taurigue, fut chargé d'organiser la Tauride à la russe, et d'opérer la fusion des deux pays. 11 s'en acquitta avec une telle férocité , que la plupart des habitants émigré* rent ; et dans ce pays , où lé khan s'était maintes fois montré à la tête de cinquante mille hommes ,. on ne comptait plus , deux ans après la réunion , que dix-sept mille mâles.
Potemkin, pour qui la fortune avait tout fait , voulut offrir à sa souveraine et maîtresse un spectacle de magnificence et de mensonge dont on parlât. 11 réunit sur le Borysthène une armée; et, mettant en œuvre le talent des peintres de décors, il étala aux regards l'apparence menteuse d'un pays florissant. I.es rives du fleuve étaient couvertes de villes ; mais c'étaient des villes peintes sur toile : on voyait des cathédrales en construction , des navires qu'on lançait , des villages qu'on bâtissait. Les Tartares , poussés de loin à coups de ner& de bœuf sur les rivages , simulaient une population ; et des troupeaux , amenés de quatre cents lieues à la ronde , y paissaient l'herbe qu'ils foulaient pour la première fois. Cette représentation coûta plus que n'eussent fait des établissements utiles.
A la mort de Catherine, la Russie avait :
Armée de terre. Flotte.
Garde impériale 11,300 Vaisseaux de ligne de 110. . . 8
Infanterie 181,740 — — de 74. .. 22
Cavalerie 83,170 — — de 66. . . 20
Artillerie et génie. . . . 29,060 Frégates de ligne de 44. . . 1
Garnisons 83,200 — — de 38. . . 17
Corps détachés et inva- — — de 32. . . 4
lides 34,680 — — de 28. . . 5
Cosaques • . 100,000 Autres bâtiments de 6. . . . 4
Total 523,150 — de 16. . . 2
— de 12 à 18. 17
Brûlots 4
Galères . . 200
Total 304
130 BÂGNB DES PHILOSOPHES.
Catherinese laissait abuser, pour abuser l'Europe sur \ei forces de son empire et sur sa propre activité. Les rois même vinrent se joindre à son cortège ; Joseph II raccompagna jusqu'à Cherson , ville qu'elle avait bâtie , et dont une des portes portait cette inscription : Route de Constantinople. Le roi de Pologne dépensa trois millions , en trois jours qu'il y resta. Potemkin réussit à imposer silence aux plaintes qui s'élevaient de toutes parts contre son administration ; et le monde, qui philosophait au lieu d'examiner, célébra à l'envi ces triomphes de l'industrie et de la civilisation.
Le sultan Abdul-Hamid, voyant que la Russie méditait sa ruine , se prépara à résister, et demanda à la France des ingénieurs et des artilleurs >. L'armée turque fut réorganisée , et la flotte créée avec une promptitude merveilleuse. Le divan , déployant une énergie qu'on n'aurait pas attendue de lui après tant de condescendances, demanda que le consul russe en Moldavie , instigateur de révoltes , fût éloigné ; que les troupes fussent retirées de la Géorgie , et les bâtiments russes qui passeraient le détroit , soumis à la visite. Enfin , cédant aux sollicitations de l'Angleterre et de la Prusse, ainsi qu'aux intrigues du grand vizir Gogia- Jussuf-Pacha , il se décida à la guerre pour recouvrer la Crimée. Le ministre russe fut mis aux Sept- Tours, et un nouveau khan des Tartares fiit proclamé.
Ce fut un sujet de joie pour Catherine , que Potemkin avait enivrée d'idées de conquête , et qui croyait, avec toute l'Europe, que rien n'était plus facile que de porter le dernier coup à cet empire vermoulu. Telle était aussi la croyance ambitieuse de Joseph n ; mais Marie-Thérèse connaissait mieux la vérité des choses. De fait, la Turquie en sortit ébranlée, mais encore
■ On lit dans deux dépéciies du bailli Augustin Garzoni , du 10 novembre 1785 : « La France, qui a toujours pris intérêt à Texistencede cet empire, s'aperçut que le principal boulevard de la Crimée lui étant enlevé, son destin devait être considéré comme très- vacillant. En concevant donc des alarmes, elle envoya à cette cour un nombre considérable d'officiers tous à sa solde , de tout genre et de toute profession, pour introduire Tordre, la discipline et la science parmi les Turcs, et lK)ur les mettre en état de résister aux attaques de leurs ennemis. »
sur pied : TAiitriche perdit à cette guerre de sa forée et de son crédit.
(1748.) La souveraine de cet empire, Marie-Thérèse* a?aH gardé sur le trône , au milieu des tristes exemples du temps , sa dignité de femme. Elle sentait à un haut degré son rang d'impératrice; et si Frédéric se moqua, de sa dévotion, ses peuples n'en parlaient qu'arec une vénération dont la postérité se souvient toujours.
Le prince de Kaunitz , ce seigneur morave « qui unissait à la lég^eté d'un Français la pénétration d'un Italien et la patience d'un Autrichien , » dirigea ses conseils pendant quarante ans. Probe et disert , il cachait , sous un air de franchise ex* traordinaire, une profonde dissimulation : affectant l'indolence et la mollesse , il savait mieux que personne les ressources de chaque État; son esprit embrassait de vastes combinaisons; mais 9 au rebours de la plupart des hommes, il cherchait toujours à mettre en scène un autre que lui , sauf à le diriger. Son but sqpréme était l'agrandissement de la maison d'Autriche ; et lorsqu'il vit le moment propice, il n'hésita pas à répudier une politique séculaire , et à s'unir à la France.
Marie-Thérèse s'appliqua sans cesse à combler les pertes qu'elle avait faites , au moyen de nouvelles acquisitions ; elle écarta toujours son mari du gouvernement. Toujours hostile à la France , cet empereur ne put empêcher l'alliance de l'Autriche avec elle. Il s'en dédommaga en se livrant au commerce, où il fit fructifier les capitaux (ju'il tirait de la Toscane. Il prétait de l'argent au gouvernement; il soumissionnait les fournitures militaires , la ferme des douanes de Saxe , et jusqu'aux fourrages de l'armée prussienne , en guerre avec Timpératrice. Il dépensa beaucoup à rechercher les secrets de la nature , à essayer de faire de l'or, et fondre ensemble de petits diamants pour en former un gros. Marie-Thérèse eut de lui seize enfants , dont neuf survécurent.
Joseph II, l'aîné, qui fut élu empereur (1765), donnait de grandes espérances : il était jeune, plein d'imagination, d'instruction , et montrait pour la guerre plus de goût qu'on n'en a d'ordinaire en Autriche. Marie-Thésèse Taimait peu, le jugeant
1S3 BEOim PES PHILOSOPHES.
grossier et dur de cœur '. Pendant le temps qu'ils régnèrent ensemble , ils vécurent peu d'accord : elle , désirant conserver par la paix ce qu'elle avait acquis; et lui , aspirant à l'accroître par la guerre.
Il avait étudié le droit public plus que les princes n'en ont l'habitude. Il contracta dans la lecture des économistes , alors en grande faveur, dans la conversation des hommes instruits et dans ses voyages , cette manie de réformes qui se produisait en tout. Les obstacles qu'y apporta sa mère ne Grent que l'accroitre , d'autant que toutes les suppliques , toutes les doléances s'adressaient , comme il arrive toujours , h l'héritier du trône. Devenu maître^ à l'âge de quarante ans, il voulut se hâter, pour regagner le temps perdu ; et comme il ne pouvait réformer tout l'empire , il se mita l'œuvre dans ses provinces héréditaires , où il se proposait d'introduire tout d'un coup cette unité et cette centralisation qu'il voyait en France , en dépit des privilèges et du régime provincial.
En effet , il y avait dans cet héritage autant de nations que de provinces , avec des langues , des habitudes , des civilisations différentes : ici , la féodalité était en pleine vigueur ; là , elle se trouvait modérée par des lois et par des coutumes ; il y avait presque partout des états , composés de deux ordres privilégiés et de quelques députés des villes royales, qui partageiûent avec le roi le droit d'asseoir des taxes; les bourgeois étaient sans représentation; dans certains lieux les paysans n'étaient pas affranchis du servage.
Joseph rêvait un vaste système d'unité administrative , où tous participeraient aux charges et aux avantages de la société. 11 commença donc par abolir la féodalité, le droit d'aînesse, les servitudes personnelles, les ohasses réservées, les corvées, les états provinciaux, toute espèce de dépendaneo autre que celle du souverain , qui , comme père , devait pouvoir tout ce qu'il voulait. Il allait jusqu'à Tidée d'obliger tous ses sujets à parler une même langue.
* Selon Coxe, elle disait à un artiste célèbre : J enseigne à monjiis à aimer les arts, pour qu'ils le dégrossissent. Il a le cccur dur.
INFLUENCE DE l'ÉCOLB PHllOSOPHIQUE. 133
C*est ainsi qu'il appliquait les généralités abstraites, dont on faisait alors grand bruit, et qui tendaient à un but sans tenir compte des moyens. Les provinces jetèrent les hauts cris en se voyant dépouillées de privilèges protecteurs et anciens. Les corvées étaient des droits réels, les dîmes une copropriété; de telle sorte que leur suppression soudaine était une atteinte à des possessions reconnues. La taxe unique se trouva moins^avantageuse au peuple qu'elle ne le paraissait en théorie; car, dans certains pays, elle s'éleva jusqu'à soixante pour cent du revenu.
La philosophie ne fit pas oublier à Joseph les habitudes despotiques. Une fois convaincu de la bonté d'une chose, il ne se préoccupa ni des races , ni des coutumes , ni des sentiments , ni des droits des étrangers. Quiconque résistait était un coquin. Il se mêlait des choses les plus frivoles, des vêtements, des cloches ; il prétendait changer en quelques années ce que le génie des peuples ne produit que dans l'espace des siècles ; et , comme s'il eût eu le pressentiment que ses jours dureraient peu, il publia dans les trois premières années de son règne trois cent soixante-six ordonnances générales pour tous les états , indépendamment des édits particuliers , tous également destinés à périr.
Son code civil et son code criminel ( 178G-1787) , rédigés 5 la bA te, réclamèrent promptementdes interprétations et des changements. Joseph abolit la peine de mort, mais non pour les crimes d'État. Il prodigue la bastonnade, et la marque sur lo visage ; il conserve les horribles cachots où la respiration est interceptée sous des grilles massives, et où Feau et le pain suffisent à peine à la vie du prisonnier. Il ordonne que les peines ne portent pas préjudice à la femme, aux enfants , aux parents du condamné; mais il confisque les biens du criminel d'État, sans égard pour ses héritiers. }\ envoie les blasphémateurs aux pf tites- maisons ; mais il ajoute la bastonnade aux travaux forcés pour les perturbateurs du culte , les débauchés, les immoraux , les bandits, les condamnés en rupture de ban. Il créa les crimes politiques, qui furent punis par le chef du gouvernement. Le rapporteur de ces procès devait rester inconnu; et le juge pou-
134 BÈGNÈ DES PHILOSOPHES.
vait , à «on gré , soumettre le coupable au jeûne et à la bastonnade. Ce prince , qui avait tant voyagé , défendit de voyager avant vingt-trois ans , et décréta une taxe des absents sur les propriétaires qui passaient la frontière , en prononçant la conâscation de leurs biens présents et futurs lorsqu'ils prolongeaient leur absence. Ce prince , qui proclamait la liberté , prohiba les marchandises étrangères, et accorda des privilèges à des compagnies.
Les questions religieuses furent pour lui tin écueil plus grand. Après la Réforme , elles avaient été assoupies en Allemagne , mais non éteintes ; beaucoup de princes avaient ea l'intention de mettre d'accord les calvinistes et les luthériens. En 1631 , Guillaume IV , landgrave de Hesse-Cassel , convoque les théologiens dans sa capitale. Mais cette tentative de paix n'amena qu'une recrudescence de haines.
La politique avait également fait désirer cette réunion au premier roi de Prusse : elle était favorisée par sa femme Sophie-Charlotte et par Leibniz. En conséquence ,^ un synode fut réuni à Berlin en 1705 , pour aviser aux moyens de s'entoidre; mais il se termina aussi par des anathèmes. Le roi cependant fit ISlever une église commune aux deux cultes , sur l'autel de laquelle étaient placés la confession d'Augsbourg et le catéchisme d'Heidelberg.
Frédéric 11, tolérant par indifférence, laissa chacun suivre les rites qui lui convenaient ; et le temps rendit la réunion moins difficile, en détruisant les haines nées de convictions profondes. On se rapprocha donc , les calvinistes renonçant à la prédestination , les luthériens à la présence réelle. Restait , il est vrai , le côté politique : les luthériens attribuant au prince tout le pouvoir ecclésiastique ; les réformés faisant reposer l'autorité dans la réunion de tous les fidèles. Marie-Thérèse n'accorda jamais la liberté des cultes à ses sujets, et chassa les protestants de Salzbourg ; influencée par Kaunitz , elle bannit aussi les jésuites.
L^opinion catholique , en Allemagne , fut indisposée contre Jlome , non par les jansénistes , écrivains trop subtils , non par les philosophes , trop railleurs pour une nation grave et pen-
IRFLU£NCB BB L*ÉCOLE PHILOSOPHIQUE. 186
saïAe, mais par un prélat catholique, Nicolas de Hontheim, évéqne suflïri^ant de la métropole de Trêves , renommé pour son intégrité et sa piété. 11 publia en 1763 , dans l'intention de rapprocher les dissidents catholiques , un petit livre Sur Cétat de r Église et la puissance légiiime du pontife romain, qui, réimprimé avec des additions , devint le manuel de son parti. Il cherche à y établir que le pouvoir ecclésiastique n*a pas été attribué à un seul personnage infaillible, et autorisé à publier des lois obligatoires pour tous les chrétiens; mais quMl a été donné à FÉglisé entière , qui Texerce par ses ministres. Le premier d*entre eiix est l'évéquede Rome , chef visible de TÉglise; mais rÉglise pourrait transféra «e peo¥Otr à on autre évéque quelconque ; et comme cette institution a pour but de maintenir dans l'unité l'Église, les prérogatives sans lesquelles l'union se dissoudrait, celles de présider les conciles généraux, de maintenir les lois ecclésiastiques, d'en proposer de nouvelles, d'en promulguer, d'en dispenser, ne sont que des prérogatives accessoires. Le droit de confirmer ou de transférer les évéques, de statuer par appel de leurs jugements et autres droits accidentels , porte atteinte à ceux des églises particulières et des évéques , et il n'est fondé que sur les fausses décrétales. Sa conclusion était qu'il fallait supprimer les abus et les excès de la puissance pontificale , et que les dissidents rentreraient dans le giron de l'Église ; que le mieux serait que le pape lui-même le fit spontanément, avant que les princes s'en mêlassent. C'est ainsi que, sous un air de conciliation, il aigrit les esprits contre Rome , en excitant la jalousie des princes et en les exhortant à restreindre sa suprématie. Il emprunte aux protestants et aux gallicans leunr objections et leur haine , sans tenir compte des réfutations.
Cet ouvrage , où brillait, du reste , fort peu d'art , secoua la torpeur des Allemands; les éditions, les traductioDS se multiplièrent. Rome condamna , mais les évéques s'en inquiétèrent peu; Venise laissa réimprimer le livre. Aux nombreuses réfutations, l'auteur répondit avec érudition, avec hardiesse, protestant très-haut de sa foi catholique.
Sur ces entrefaites, les quatre principaux prélats d'Allemagne
I3G BEGNE DES PHILOSOPHES.
se réunirent à Ems, près de Coblentz , et décidèrent que les évéques , comme successeurs des apôtres , ont le pouvoir immédiat de lier et de délier ; que les religieux ne peuvent irecevoir d'ordres de supérieurs résidant hors de TAUemagne ; que les bulles et les dispenses de Rome n'ont de force qu'avec l'approbation des évéques. En conséquence, ils conclurent à la nécessité de changer la forme du serment , de diminuer les taxes pontificales , d'enlever au nonce toute ingérence dans les affaires ecclésiastiques.
Divers prélats adhérèrent à cette déclaration. Les mariages se célébraient en vertu de dispenses accordées par les'^véques , alors sans souci des réclamations du pape. Le [)ontife s'adressa au clergé inférieur, ce qui fut taxé d'abus; et il y eut un déluge de plaintes. Les droits pontificaux furent contestés dans une multitude d'écrits. L'indépendance des évéques fut préchée du haut des chaires; on y proclamait qu'ils ont le vote résolutif dans les conciles, qu'ils sont tous égaux, qu'ils peuvent dis* penser même de l'observation des canons généraux ; qu'une loi papale n'oblige qu'autant qu^elle est consentie par les évéques. L'écrit d'Eybel , intitulé Qu'est-ce que le pape ? fit surtout grand bruit : il fùf , dit-on , proposé à l'empereur d'instituer un concile national , afin de rendre les appels à Rome inutiles , ainsi que les envois d'argent. Les princes ecclésiastiques croyaient assurer par là leur indépendance, et ils creusaient l'abîme dans lequel devait s'engouffrer, vingt ans après , leur puissance territoriale.
Joseph n trouvait donc les esprits préparés; et, secondant de son coté ce mouvement , il s'appliqua à restreindre la prérogative pontificale, peut-être même au delà des limites catholiques.41 révoqua l'édit de Ferdinand II , qui interdisait en Autriche tout autre culte que le catholicisme ; il permit aux juifs de se livrer à tout métier, à tout commerce quelconque , mais non de devenir propriétaires; il les admit, du reste , à tous les droits de bourgeoisie. Il assura aux protestants de Hongrie la liberté religieuse , ainsi qu'aux Grecs non-unis , les admettant à toutes les charges , sans autre serment que celui que permettait leur croyance. Les enfants mâles, ncsde mariages mixtes, durent
INFLUENCE DE l'ÉCOLE PHILOSOPHIQUE. 137
être élevés dans la foi catholique , si c était celle du père ; autrement , la chose était à la volonté des parents : les GUes devaient suivre la religion de la mère. Le mariage est un contrat civil , en conséquence le divorce est permis ; les en&nts naturels ont les mêmes droits que les légitimes : plus de pompeuses obsèques, puisque la tombe nivelle toutes les inégalités.
De plus en plus résolu à réunir dans sa main toutes les forces de la monarchie, Joseph ne tolérait pas les rapports de ses su-r jets avec Rome, et les libertés ecclésiastiques, les seules qui eussent survécu, ne trouvaient pas grâce devant lui. Il ordonna donc qu'aucun bref ne fût publié sans son assentiment ; il abolit les recours à Rome pour les affaires réservées , et autorisa les évêques à donner les dispenses pour cause de parenté. 11 voulut avoir pour la Lombardie le droit de nommer les prélats , comme dans le reste de ses États ; et il notifia au gouverneur qu'il sa croyait autorisé à disposer de tous les bénéfices ecclésiastiques. Il nomma l'archevêque de Milan , sans en informer ni le corps municipal ni le pape. Le pontife lui ayant adressé ses plaintes à ce sujet , Joseph renvoya le bref, comme n'étant pas libellé eu termes convenables.
Il fit traduire la Bible en langue vulgaire. Il se proposait d'y mettre aussi la liturgie, de supprimer les ornements et certaines images, les processions, les pèlerinages, les confréries. Il lit arracher des bréviaires Toffice de Grégoire VII , et, partout où elles se trouvaient, les bulles In cœna Domini et Vnigenitus , défendant de discuter sur les propositions qui y étaient con-^ tenues. H interdit aux monastères la subordination à des chefs résidant hors du pays , chaque fondation devant être régie par des provinciaux dépendant de levêque, et ne pouvant ni envoyer des députés a des chapitres tenus au dehors , ni avoir des étrangers pour chefs., ni permettre à aucun religieux do faire le voyage de Rome. Il détruisit deux mille vingt-quatre monastères , n'en laissant subsister que sept cents , et réduisit le nombre des moines de trente-sept mille à dix-sept mille. Ceux qu'il toléra durent se livrer à l'enseignement ; et il les dispensa de chanter au chœur, ainsi que des autres pratiques nuisibles a la santé.
Us
138 BÈGNB DES PUILOSOPUES.
Devenu Tadministrateur du temporel de I^Église , il constitua avec les biens confisqués un fonds ecclésiastique ; il en destina nne partie à salarier les curés , dont il augmenta le nombre. Il enleva aux évéques deLombardie la direction des. grands séminaires , qu'il remplaça par une école de théologie unique à Pavie, 011 il transféra le collège germanique de Rome; il y nomma naturellement des professeurs partisans des doctrines monarchiques, à qui l'on donnait en Italie le nom de jansénistes, tels que Pierre Tamburiui , coryphée de cette école , et Joseph Zola, auteur d'une Histoire ecclésiastique jusqu'au temps de Constantin. Le bruit courut que son intention était de confisquer tous les bénéfices, et de rendre le clergé salarié de l'État. Joseph alla jusqu'à taxer lui-même les dépenses des fbné* railles, prescrire les heures pour sonner les cloches et tenir les ^lises ouvertes. Cest pour cela que Frédéric appelait Tempe* reur Monjrère le sacristain, disant que, par malheur, il ne joignait pas au désir d'enseigner la patience de s'instruire.
Le prince de Kaunitz répondait, à tous ceux qui venaient ré« clamer et se plaindre , que toute considération doit céder à 1*0* bligation où se trouve un monarque d'exécuter un système reconnu conforme au bien de ses sujets et à la prospérité de la monarchie. L'empereur lui-même accomplissait tout cela avec l'absolutisme d'un homme convaincu. Il répondait à un supérieur de couvent qui lui parlait de ses scrupules : Eh bien! aUez-vous-en où il n'y a point de pareilles lois; et à un évéque qui , après lui avoir fait un long discours sur ses propres devoirs , lui demandait ses instructions : Vinstruciion est que }e veux être obéi. Un prêtre suisse , nommé Plorer, nommé directeur du séminaire de Brùnn , se vit repoussé par l'évéque en qualité de janséniste : il fut promu par l'empereur aux mêmes fonctions au séminaire de Vienne ; et l'archevêque Migazzi, qui le repoussait aussi , fut disgracié, et obligé de quitter son siège. L'université de Bonn fut fondée par des protestants , pour répandre les maximes de Joseph II.
Pie VI , ne voyant pas où s'arrêterait ce déluge d'innovations, s'en effraya ; et ses remontrances ayant été vaines, ainsi que les réflexions respectueuses qu'il a> ait adressées à plusieurs reprises
INFLUENCB DE L'bCOLE PHILOSOPHIQUE. 139
h Tempereur, il prit enfin le parti de se rendre en personne près de lui. Combien les temps étaient changés , depuis Tépoque où ]es papes citaient devant eux les Césars! En vain ceux qui prévoyaient les inconvénients d'un pareil voyage cherchèrentils à Fen détourner : Pie Vf, confiant dans sa cause, dans son aspect imposant et sa vive éloquence , se mit en route , après avoir prié une nuit entière sur le tombeau des saints apdtres.
Joseph lui rendit toutes sortes d'honneurs; mais il évita d'en venir avec lui à une discussion sépeuse , et il ne laissa personne le visiter sans sa permission. Kaunitz, à qui le pape pré» senta la main , la lui serra comme d'égal à égal , et ne lui parla que de beaux-arts. Pie VI s'étant montré prêt à approuver eertaines mesures, pourvu qu'elles fussent modifiées, il lui fit comprendre que cela n'était pas nécessaire. « Le pontife, profondément affligé de l'inflexibilité de Joseph , rougissant d'un vain cérémonial et d'une vénération mensongère pour le saint-siége au moment même où on le dépouillait de ses plus beaux privilèges, quitta Vienne» après y avoir séjourné un mois, en suppliant , au pied de ce même trône que les foudres du Vatican avaient ébranlé plus d'une fois '. »
Joseph rendit ensuite au pape sa visite à Rome, où il vécut en simple particulier, mangeant à l'auberge. On remarqua qu'au lieu de se servir du magnifique prie-Dieu qu'on lui avait préparé dans Saint-Pierre, il s'agenouilla par terre. Cependant ce voyage lui fit mieux comprendre la difficulté de réduire le pape à n'être que l'évêque de Rome ; et il accepta l'induit que le pontife lui offrit pour la nomination à i'archevêclié et aux bénéfices de la Lombardie. Le pape dut céder même la nomination des évéques d'Italie au prince qui avait aboli jusqu'au couvent où il était venu conférer avec lui.
Dans la politique extérieure , Joseph s'éloigna de l'esprit con servateur de ses ancêtres , en s'abandonnant à une vague ambition et à de grands projets irréalisables, dans Tétat des cabinets européens.
' Coxe, Histoire de la Monarchie autrichienne.
140 BEGNE DES PHILOSOPHES
Par la paix de Munster, les dix provinces belges restées fidèles à TEspagne s'étaient vu enlever leurs avantages commerciaux et la libre navigation de FEscaut , dans l'intérêt de la Hollande. Philippe IV avait vu sacrifier les Flamands fidèles aux rebelles Hollandais. L'accroissement de cette puissance avait amené la France à considérer les Pays-Bas catholiques comme sa barrière; et, par le traité d'Utrecht , ils avaient été laissés à TAutriche, avec l'obligation de tenir garnison dains un grand nombre de forteresses. Joseph H, visitant ce pays (1781), résolut de les démolir pour la plupart; et, sans s'inquiéter des réclamations qui s'élevèrent dans le sein des États Généraux, il déclara qu'il n'y avait plus besoin de barrière contre la France, puisque c'était une puissance amie. Acte arbitraire qui eut son châtiment, quand la France , en révolution, se jeta sur ce territoire sans y rencontrer d'obstacles.
La mollesse avec laquelle la Hollande se plaignit enhardit Joseph à élever ses prétentions ; et il occupa violemment des territoires sur lesquels elle avait juridiction. Il répondit aux doléances , selon sa coutume. Il déclara obstinément qu'il considérerait toute opposition comme une déclaration de guerre. Ceût été le comble de la lâcheté de céder à cette arrogante violation des traités. Les États placèrent donc une escadre à l'embouchure de l'Escaut. Joseph II , averti par Kaunitz de prendre ses précautions , répondit : Ils ne tireront, pas! Peu de temps après, Kaunitz lui adressait une dépêche ne contenant que ces mots : Ils ont tiré. En effet, les Hollandais, sans s'effrayer des menaces, inondèrent le pays, et se virent aidés par la France. Kaunitz, désireux de conserver l'amitié de cette dernière puissance , fit accepter sa médiation.
Joseph insistait pour que l'Escaut fiH libre, et qu'on lui cédât Maestricht ; mais il se contenta de dix millions de florins; et les Hollandais refusant de les payer, Louis XVI en donna quatre et demi. On aboUl le traité des Barrières , et les entraves imposées aux Flamands.
Les entreprises de Joseph contre la Turquie réussirent moins encore; il se vit réduit à une désastreuse retraite. Jamais la maison d'Autriche ne s'était attaquée ainsi aux intérêts des au-
très peuples et aux principes du droit public; aussi les publicistes et les cabioets se récrièrent-ils , et un mécontentement f2:énéral éclata parmi les peuples. Une insurrection complète eut lieu en Transylvanie. La Hongrie, la visière haute, résista aux décrets qui supprimaient le servage et Tusage de la langue nationale , qui Imposaient une contribution unique et le recrutement militaire. Ce qui fut surtout un outrage pour les Hongrois, ce fut la translation à Vienne de la couronne angélique, à laquelle la nation croyait -son existence attacliée. Les plaintes eurent tant de retentissement, que Joseph II fut forcé de la restituer, en rétablissant les états provinciaux et l'ancien ne constitution.
Les diverses provinces de Belgique soumises a TAutriche * jouissaient chacune d'une constitution particulière, que Tempereur s'était obligé de conserver par le traité d'Utreclit; au cas contraire , elles pouvaient lui refuser Tobéissance , aux termes de Tart. 59 de la Joyeuse entrée.
L'Autriche les possédait comme en usufruit ; en outre, elles lui servaient , bien que détachées , de barrière contre la France , et la mettaient en contact avec les puissances maritimes. £n 1 7 1 7, le gouverneur, marquis de Prié, voulut restreindre leurs privilèges ; mais Bruxelles se souleva, et le chassa. Annessen , chef de la sédition, fut décapité par les Autrichiens : les Belges le considérèrent comme un martyr, et les morceaux de la hache qui avait servi à le frapper furent vendus comme des reliques. Joseph II s'en vint bouleverser tout dans ce pays , comme il avait fait en Italie. Mais le commerce , la liberté , la foi , sauvèrent la nationalité belge, en amenant une révolution qui mérite d'être étudiée , parce qu'elle ressemble au fond n celle de 1830, malgré la différence des circonstances.
Joseph débuta par un tel déluge d'ordonnances, qu'eu Tannée 178G le conseil de Flandre lui représenta que Charlesijuint, en cinquante ans, en avait rendu moins que lui en
I C'est-à-dire les ducliés de Brabant, de Gueldre, de Luxembourg; 1(^ comtés de Flandre, de Hainaut, de Naniur; les seigneuries do Malineset de Tournai.
142 BEGNE DES PHILOSOPHES.
quelques années. Puis , dans ce pays soumis à un clergé puifsaat , et qui fondait sft morale sur une piété profonde , if défesiidit les processions et les pèlerinages , supprima lescouvoiti^ confia rinstruction aux séculiers. Il substitua aux sém^^ôres diocésains un séminaire général à Louvain j avec des professeurs de son choix ; et, dans le plan des séminaires généraux, il ne cacha pas Tintention de « substituer à la théologie catholique les sciences, la physique, la chimie, Tagronomie, Téconomie politique; ni le dessein de faire succéder, à Téducation monacale et à régoïsme des couvents , Tenthousîasnie de la patrie et rattachement à la monarchie autrichienne ; d'écraser Thydie ultramontaine , d'établir le règne 4.es lumières. »
Les séminaristes lui présentèrent unanimement une pétition, à Tefifet de rester soumis à leurs évéques respectifs pour la dis^ cipliue et le dogme. L'université de Louvain, qui se disait foih dée pour être le boulevard et le soutien de la foi catholique, se déclara contre le nouvel enseignement; et Joseph la transféra à Bruxelles. Trouvant que sa sceur, gouvernante de ces proTince3, avait trop d'indulgence, il la rappela, et la remplaça parle comte Trautsmandorf , quMl investit d'une autorité illimitée. U congédia le nonce apostolique; appela à Vienne Tarchevéque de Matines , pour se justifier ; déposa et exila celui de Namur, en réprimanda d'autres , et expédia des ordres portant que son édit sur l'établissement du séminaire général à Louvain devait être obéi sans retard et sans réplique. Il supprima les couvents de moines réguliers qui n'obtempérèrent pas à cette injonction; abolit les abbayes et les églises , ainsi que la fameuse société des Bollandistes.
Joseph II réforma ensuite de fond en comble l'ancien gouvernement : il substitua au conseil d'État et aux autres corps constitutionnels un gouvernement central ; supprima les justices patrimoniales, en établissant de nouvelles cours dépendantes de la cour suprême de Bruxelles. Il anéantit les stipulations de la Joyeuse entrée y et détruisit la nationalité des Pays-Bas, en les déclarant provinces de la monarchie autrichienne ; enfin il ordonna « à tous ses sujets, sans distinction, d'obéir, sans réplic^ue ni retard , à tous les ordres de ses agents, lors
même qu'ils paraîtraient excéder les limites de leur autorité. » Il en résulta d'abord un sourd frémissement ; puis , comme on voulait transférer un prévenu à Vienne , contrairement au droit des Brabançons d'être jugés dans leur pays par leurs concitoyens , le peuple se leva en tumulte, les États refusèrent les subsides annuels, et, leur hardiesse augmentant, ils exposèrent leurs grieis. Le conseil de Brabant abolit les nouveaux tribunaux; rarchiduchesse Marie-Christine et son mari le duc de Saxe-Taschen furent obligés de promettre le rétablissement des privilèges.
Les Belges pourtant se montraient disposés à obéir; mais ils voulaient que les États fussent consultés. Au lieu de faire droit à leur dé^r, Joseph II envoya des troupes. Kaunitz voulait ramener à un arrangement : Le feu de la révolte, lui dit Y^mpereur, ne s'éteint que dans le sang. Il inscrivit, sur une réclamation du cardinal de Frankerberg : Varchevéque doit plier ou casser. Mais lorsqu'il vit les Brabançons en appeler à Dieu et à leur épée, se confédérer et s'armer, il s'effraya; et, ses rêves de bien public s'évanouissant , il s'aperçut qu'il avait perdu Topinion dont il s'était fait une idole. Il.versa des larmes, déclara qu'il avait été abusé par de faux rapports , et en revint n demander conseil à Kaunitz , qui l'^^Dgsgea de nouveau à des concessions; mais il était trop tard. Joseph II s'adressa au pape, pour qu'il invitât les évéques à la soumission : il demanda des secours , mais l'Empire ne s'y prêta pas. La Prusse fomentait, au contraire, ces haines ; la France avait bien d'autres embarras; l'Angleterre avait été offensée et trahie par lui; la Turquie le menaçait; les États héréditaires frémissaient. Il expédia donc des troupes poi^r en finir, et il dit : Le plus ou moins de sang que peut coûter une (elle opération ne doit pas être mis en compte^... Je récompenserai mes soldats comme s'ils avaient combattu les Turcs «. Ses troupes, commandées par Kli6der, furent battues; la Flandre se souleva comme le Bradant ; Gand fut bombarde , mais la garnison en fut repoussée , de même qu'à Bruxelles ; et la désolation des villages n'eni-
' Lettre du 31 octobre 1789.
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pécha pas le cri de rindépendance de retentir de ville en ville.
Mais , comme il arrive toujours , les dissensions intérieures commencèrent. Le parti de Favocat Van der Noot penchait pour que Ton revint à TAutriche, ne réclamant qu'un meilleur système de représentation dans les États, dont il défendait les privilèges. Mais Tavocat Vonck, plein d'ardeur pour les idées révolutionnaires , aspirait à l'indépendance et à la souveraineté. Les vonckistes s'appuyaient sur leurs seules forces; les autres espéraient dans l'étranger et surtout dans la Prusse , désireuse d'affaiblir l'Autriche. Mais la fausse politique du cabinet autrichien , s'effrayant des anciennes franchises que réclamait Van der Noot, caressait les vonckistes; c'est-à-dire qu'elle excitait les masses, tandis qu'elle persécutait les modérés, qu'il eût été possible de satisfaire.
( 1 790. ) Dans le principe, les deux partis tombèrent d'accord : ils signèrent une confédération des États belges unis, établissant un congrès souverain de ces États, dont chacun conservaitson indépendance. Une pareille oligarchie déplut aux vonckistes, qui, se récriant contre Tidéc de se fier aux étrangers , disaient qu'il ne fallait pas les attendre , mais mettre toute sa confiance dans le peuple, et s'insurger. Quoiqu'ils eussent, en effet, poussé à prendre les armes, et que leur cause eut triomphé, les aristocrates l'emportèrent, et punirent leurs adversaires de l'emprisonnement et de la confiscation. Joseph put se réjouir de ce que l'ambition , qui avait causé sa ruine , tournait aussi au détriment de ses ennemis; mais il mourut sans avoir vu leur chute.
A l'égard de l'Kmpire, Joseph tenta des excès de pouvoir du même genre , quoiqu'il n'en fiit que le chef électif. Il annonça rintention de corriger divers abus, et notamment ceux de la chambre impériale de Veztlar en matière de juridiction. Elle exerçait, conjointement avec le conseil aulique, la haute juslice en Allemagne. Mais si ce conseil , placé sous les yeux de lempereur, resta dans les limites du devoir, Tautre abusa de Tespèce d'indépendance dont elle jouissait, et elle fut accusée de prévarication, de négligence, de partialité; d'un antre cote, ses niemi)rcs , en hostilité entre eux , formaient deux fac-
INFLUENCÉ DE l' ÉCOLE PHILOSOPHIQUE. f4ô
tiens ennemies , qui s'entravaient réciproquement. Les empereurs avaient cherché plusieurs fois à y remédier. Joseph voulut y donner suite ; mais dix années se passèrent en discussions de grande importance alors , sans aucun intérêt aujourd'hui.
En vertu d*un usage antique , les empereurs pouvaient donner des lettres de pain (Panisbriefes), dont le porteur obtenait, de certains couvents, la nourriture, le vêtement et le logement. Joseph voulut les soumettre tous à cette obligation , et faire entretenir ainsi ses propres serviteurs ; mais la plupart s'y refusèrent , et l'empereur y compromit en vain son autorité. On vit combien cette autorité était faible, lorsque Joseph , qui n'avait point de fils, voulut faire élire roi des Romains , non son frère , mais François , son neveu bien-aimé , préférence qui jeta la discorde dans la famille impériale.
Les entreprises de Joseph sur la Bavière causèrent dans l'Empire de plus graves mécontentements. Cette maison électorale , issue de la branche cadette des Wittelspach , s'étant éteinte en 1777 , l'électeur palatin , chef de la branche aînée, revendiqua Théritage. Mais l'électrice veuve de Saxe élevait des prétentions sur les biens allodiaux ; Joseph réclamait , en qualité d'empereur, quelques fiefs dont cette maison avait été investie séparément ; Marie-Thérèse en revendiquait d'autres , comme reine de Bohême et archiduchesse d'Autriche : c'était en réalité pour arrondir ses États. On alla déterrer dans les archives un diplôme de 1426; et Charles-Théodore , électeur palatin, pour succéder tranquillement au reste de Théritage, consentit au démembrement. En conséquence, l'Autriche occupa les pays dont fut formé le cercle de l'Inn, sans en rien donner aux lignes intéressées. Mais Joseph , qui aspirait à arrondir son duché paternel, en échangeant la Bavière contre les Pays-Bas , trouva la compensation bien chétlve. Il proposa donc cet échange à la maison palatine avec le titre de royaume de Bourgogne , en apaisant avec de l'argent les prétentions des collatéraux.
Joseph croyait pouvoir tout oser, dans l'état d'épuisement où se trouvaient la France , l'Angleterre , l'Espagne et la Hollande, après les campagnes d'Amérique. Frédéric II jouissait en paix des fruits de la guerre ; et l'empereur ne pensait pas qu'il
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voulût les risquer jamais pour défendre les intérêts d*un tiers. Mais si Joseph eût consommé son projet, la Prusse se fût trouvée environnée parles possessions de l'Autriche,. qui aurait embrassé toute l'Allemagne méridionale. Frédéric reconnut vite de quelle importance il serait pour lui de se faire Torgane des mécontentements de toute TAllemagne. Avec la résolution vigoureuse d*une politique supérieure à Tégoîsme , il repoussa des propositions avantageuses ; et s'il s'était montré usurpateur dans d'autres circonstances, il se leva alors pour défendre la constitution de TËmpire , menacé, disait-on, par cette insatiable ambition.
Marie-Thérèse voulait un arrangement ; Joseph s'y opposa, au point de la menacer de transférer dans quelque autre ville la résidence impériale; et, avide de se mesurer avec Tancien adversaire de sa maison , il accepta la guerre. Il quitta Vienne avec Lascy à la tête de cent mille hommes. Le vieux Frédéric se mit en marche , à la tête de ses vétérans. Mais la France et l'Angleterre s'interposèrent; on fît la paix Tescben (1779), tout à l'avantage de l'électeur palatin.
Cette tentative de Joseph donna naissance à une confédération ayant pour but de prévenir de nouveaux abus de la force, et de sauvegarder la constitution. En conséquence, la ligue des princes ( Filrsienbund) s'organisa entre Frédéric , la Saxe , le Hanovre; d'autres États y adhérèrent. La mort de Frédéric (17 août 1786) empêcha d'y donner suite ; mais ce fut la première idée de Tunité germanique sous le patronage du roi de Prusse, à Idquelle teiulirent constamment tous ses successeurs.
Frédéric II avait effectué des changements sans s'occuper des individus , et comme s'il eût opéré sur une matière inerte. Mais la Prusse puisait sa force dans la centralisation du pouvoir, les habitudes militaires du peuple , et dans le génie du législateur; eu Autriche, une aristocratie vigoureuse, un caractère flegmatique , des habitudes stationnaires , étaient autant d'obstacles; une foule de maréchaux et de généraux empêchaient de régénérer l'armée. Les innovations du monarque prussien n'atteignaient que l'armée et l'administration , tandis que Joseph s'attaquait à l'intelligence et aux sentiments. Frédéric fut
béni de sa Dation , qu*il éleva au premier raog. Joseph échoua, et sa puissance se trouva compromise; aussi s'écriait-il , dans Tamertame de son cœur : « Si je n'avais pas connu les devoirs de ma position ; si je n'eusse été convaincu que la Providence veut que je porte mon diadème avec la somme des devoirs qu'elle y a attachés, mon cœur serait déchiré, et mon désir le plus ardent serait de cesser de vivre. Mais je connais aussi mes intentiotts, et j'espère que, lorsque je ne serai plus, la postérité appréei^a avec plus de justice ce que j'ai fiiit pour mon peuple. »
Ainsi , à la fin de sa vie , Joseph II se voyait battu par les Turcs. La Grande-Bretagne, la Prusse et la Hollande s'étaient liguées contre lui; la Hongrie et les Pays-Bas étaient en insurrection; partout éclataient des plaintes; tous ses projets avaient échoué , le trône était ébranlé au moment où il avait le plus besoin de solidité, et ce prince ne transmettait à ses héritiers que la haine des innovations. Repentant et résigné sur son lit de mort , il disait : Je ne regrette pas le trône : un seul souvenir me pèse, c*est que f ai fait peu cT heureux et beaucoup (V ingrats.
Il composa lui-même son épitaphe : Ci-gil Joseph II y malheureux dans toutes ses entreprises.
Ces princes dont les querelles et les jalousies avaient rempli le siècle, ne purent s'entendre que sur deux points : l'abolition de l'ordre des Jésuites , et le partage de la Pologne.
La Société de Jésus, fondée en 1539 par Ignace de Loyola pour arrêter le protestantisme , y était parvenue. Mais l'esprit d'indépendance venant à renaître deux siècles après, et trouvant devant lui cette barrière , la renversa. Une organisation compacte avait porté la compagnie de Jésus à cette grandeur inouïe qui fit d'elle un objet de crainte pour toute l'Europe, pour les peuples comme pour les rois , et qui lui valut des persécutions dans un siècle qui proclamait la tolérance. Nés au moment où les lettres et la civilisation s'épanouissaient, les jésuites ^ au li<:u
de pousser la société en arrière, de prêcher la pauvreté» de bouder la science , secondèrent le mouvement. Ils se vouèrent à rinstruction de la jeunesse, alors très-négligée ; ils ne se ea? chèrent pas dans les déserts , mais, s'établissant dans les villes^ dans les cours , et ambitieux de se faire valoir, ils entreprirent de diriger les rois. Des gymnases, des académies, des théâtres, furent les moyens dont ils se servirent pour préparer leurs élèves à la vie sociale ; leurs églises offraient aux beaux-arts Toccasion de s'exercer ; ils cherchaient dans les missions les avantages temporels , en même temps que le salut des âmes. En ré* sumé, ils se transformaient selon la marche du siècle; et tandis que le siècle se moquait des franciscains , parce qu'ils étaient sales ; des dominicains, parce qu'ils étaient persécuteurs; des religieux de Cîteaux, parce qu'ils étaient oisifs; des chartreux, parce qu'ils se renfermaient dans la vie contemplative , il voyait les jésuites se mêler à la foule vêtus comme le reste du clergé, missionnaires dans les colonies, poètes aimables, écrivains polis, historiens soigneux à l'usage des écoles ; c'étaient en même temps des courtisans déliés, qui connaissaient les faiblesses du temps, savaient manier les hommes, et des publicistçs dont l'indépendance avait devancé celle des philosophes.
IMais loin d'entendre le progrès à la manière du siècle, c'està-dire comme un divorce avec le passé et avec l'Église , ils restaient étroitement attachés à Rome. Le souverain pontife désapprouvait-il certain esprit de tolérance dans leurs missions en Chine ou au Malabar? ils n'hésitaient pas à obéir, dût-il leur en coûter les conquêtes achetées par deux siècles de mart3rres, et l'espérance de convertir le plus grand empire du monde^
Ils soutenaient les droits de la cour de Rome avec une fermeté qui ne cédait rien à ce besoin croissant d'émancipation qui se faisait sentir partout. La supériorité conquise par ces religieux, qui n'étaient point assujettis aux austérités des anciennes règles, inspirait de la jalousie aux autres ordres, qui désapprouvaient leur esprit séculier. Ils leur imputaient de s'être écartés de leur institution première , pour se consacrer abusivement à des occupations mondaines et se faire accu^r des puissants.
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Tant de griefe cependant peuvent se réduire à deux principaux : On lesaccusait de professer certaines doctrines tout à fait révolutionnaires ; de mettre le peuple au-dessus des rois , en lui reconnaissant le droit de désobéir aux tyrans , et même de s*en dâiarrasser par le meurtre. On les accusait encore d'une tendance très-progressive , comme on dirait dans le style d'à présent : protestants et jansénistes prétendaient ramener le christianisme en arrière, et retrouver son caractère primitif; les jésuites, an contraire, tentaient d'adapter aux progrès du temps non le dogme qui est inaltérable , mais la discipline.
Voyant le monde s'éloigner de plus en plus des pratiques religieuses, ils les allégèrent. Pour empêcher que le frein trop tmdu ne se rompit, ils le relâchèrent, cherchant des excuses aux égarements, mais sans vouloir pourtant disculper le méfait. On leur imputa en conséquence, avec une subtilité toute scolastique , un laisser aller qui faisait de la passion , de l'exemple, de l'habitude, autant d'excuses. Quelques-uns excusaient, en effet, le duel, lorsqu'on ne pouvait s'y refuser sans perdre l'honneur ou ses grades; de même la violation d'un serment prêté sans l'intention intérieure de le tenir. lis professaient que dans les cas douteux ou pouvait suivre l'opinion probable', c'est-à-dire celle qui avait été soutenue par un auteur grave ; qu'on pouvait même, pour apaiser ses scrupules, s'accommoder à la plus indulgente.
Ily avait telles opinions en matière de controverse qui n'appartenaient point aux jésuites exclusivement, telles autres qui n'étaient point communes à tous les membres de la Société ; mais , selon la tactique des partis , on avait attaché à leur nom la doctrine de la haine des rois , comme celle de la morale relâchée. Ces deux thèses trouvèrent d'ardents contradicteurs dans un parti rival, celui des jansénistes.
Au milieu des fêtes païennes de Versailles, il s'était élevé une question théologique sur la grâce , et sur la manière dont saint Augustin conciliait cette faveur divine avec la liberté humaine ^ On découvrit dans les écrits de Jansénius, évéquç
' Ce ne fut pas précisément à Tépoque des fêtes de Versailles , mai&
dTpres, certaines propositions que Ton trouva téméraires et hérétiques. Mais le parti auquel Jansénius donna son nom soutint que ces propositions n^ét^ient point dans ses livres , ou quMl fallait les entendre autrement. De là une guerre de subtilités et de sophismes , qui s*étendit à une foule de points de discipline et de pratique , sur la facilité des absolutions , le culte des images, Tautorité du souverain pontife. De pieux et savants personnages qui vivaient à Port-Royal, dans le voisinage de Paris, flrent aimer et révérer la cause janséniste , et détester les jésuites, qui devinrent leurs ennemis déclarés. Tandis que les jansénistes donnaient à la grâce une prépondérance qui allait à annihiler tout libre arbitre , les jésuites s'en firent les soutiens : les premiers entamaient Tautorité pontificale , dont les seconds se constituaient les champions ardents.
f 1 en résulta une guerre qui ne fut loyale ni généreuse de côté ni d'autre. Ce que les jansénistes , par^dessus toutes choses , attaquèrent chez leurs adversaires , ce fut leur condescendance pour le siècle , leur ardeur à défendre la liberté et la responsabilité humaine ; puis certaines dévotions qu'ils traité* rent d'irrévérentieuses, comme celle du Sacré-Cœur. Ils prirent à partie certains casuistes qui avaient écrit pour des directeurs de conscience , et en latin ; ils en exhumèrent des impuretés, comme celles que Ton pourrait tirer des livres de médecine. De ce déluge d'écrits , d'opuscules pleins de personnalités , d'exagérations, de mensonges, il n'est resté debout que les Provinciales de Pascal ; ce fut un grand coup porté aux jésuites, une blessure bien autrement profonde que ne l'avait cru son pieux auteur. Enfin , l'autorité se mêla de la controverse ; et les biaïonnettes dispersèrent les solitaires de Port-Royal. Pour faire apparaître l'injustice de leur condamnation , les jansénistes eurent recours aux miracles : les jésuites s'en moquèrent, comme les jansénistes s'étaient moqués de ceux que les jésuites
plus de vingt ans auparavant, que la querelle du fansénisme prit naissance. La bulle d'Urbain VIII, qui condamna le livre de Jansénius , est datée du 6 mars 1642. La faculté de théologie de Paris défendit de soulaoir les propositions censurées dès Tannée 1644. ( Ah. R. )
se vantaient d'avoir opérés dans la Mongolie et au Japon. Rome publia la bulle Unigeniius , qui condamnait cent une proposi* tions attribuées aux jansénistes^ repoussait du sacerdoce et des sacrements quiconque ne professait pas une foi conforme à celle de cette bulle. Si bien que cette décision pontificale , qui devait terminer la dispute , ne fit que Tenvenimer davantage. La cour, selon les influences qui venaient à prévaloir, favorisait à tour de r61e jésuites et jansénistes : chose bizarre, que de voir les habitués de la corruption prendre parti pour la morale sévère contre la morale indulgente , pour le passé contre l'avenir, les mondains bafouer ceux-là qui leur rendaient le confessionnal plus accessible , eux qui ne s'en approchaient jamais ; et enfin déverser le ridicule sur cette conciliation tentée entre la perfection divine et Flnfirmité humaine. Les parlements français prirent vigoureusement parti pour les jansénistes, faisant une guerre commune aux décisions de Rome et aux décrets du roi. Ainsi, pour des questions théologiques qui n'étaient point de leur compétence , ils forcèrent le pouvoir de recourir aux coups d'État, habituant ainsi le peuple à la résistance légale, et commençant une opposition qui ne devait s'arrêter qu'à la ruine de tous les pouvoirs.
Dans cette croisade du parlement , des jansénistes , des gens de lettres , le véritable vaincu fîit toujours en effet le gouvernement ; car la liberté semblait être du côté de l'opposition et des parlements. Cette guerre contre l'Église fut ridicule dans ses accidents et terrible dans ses conséquences : « on voyait chaque jour, dit Voltaire, le bourreau brûler des pastorales d'évêques qui contestaient la juridiction du parlement ; des sergents de justice faire communier les malades, la baïonnette au bout du fusil. » Les écrits et les discours propageaient le scandale , discréditaient les deux partis, et faisaient beau jeu à l'incrédulité. Les jésuites étant devenus tout-puissants dans les dernières années du règne de Louis XIV, on leur imputa des rigueurs iosensées contre leurs illustres adversaires , dont les partisans leur vouèrent une haine implacable , et qui put se donner carrière lorsque les parlements reprirent le dessus.
Les jésuites avaient donc contre eux les dominicains , pour
leur opposition à la doctrine de saint Thomas; les franciscains^ pour leur grande autorité dans les missions ; l'université , pour la concurrence qu'ils faisaient à ses écoles, quoique sans privilèges ; les négociants , parce qu'ils redoutaient en eux des concurrents actifs ; les instituteurs ou ceux qui voulaient le deve* nir, et qui voyaient les élèves accourir en fouie à ces rivaux, dont l'enseignement était solide et gratuit; les évéques, qui, à l'exemple du gouvernement, tendaient à rendre l'autorité locale , tandis que les jésuites soutenaient le pouvoir pontifical. Les philosophes ne prenaient guère d'ombrage des ordres vieillis ; mais ils redoutaient celui qui , jeune et actif, avait pour lui l'instruction et la connaissance du monde. Ils sentaient qu'on ne pouvait abattre les autres qu'en passant sur le cadavre de ces janissaires du saint^iége * , comme ils les appdaient.
Les rois eux-mêmes , qui se fortifiaient partout, ne devaient pas voir de bon œil ces religieux qui leur échappaient , et qui, très-nombreux , liés par une correspondance aussi prompte que sûre . informés de tout ce qu'il y avait d'important, répandus dans toutes les contrées de la terre , se rattachaient à an chef dont la puissance était absolue sur chacun d'eux. D'un autre côté , la compagnie passait pour être excessivement riche. On parlait de tonneaux de poudre d'or amoncelés dans ses caves , de caisses adressées à certaines maisons de l'ordre, et qui, confisquées par les douaniers , s'étaient trouvées contenir, au
* Une fois que now aurons détruit les jésuites, nous aurons beau jeu contre Vinfdme, écrivait Voltaire à HeKétius en 1761.
D'Alembert écrivait : « Le plus difficile sera fait , quand la philosophie sera délivrée des grands grenadiers du fanatisme et de l'intolérance : les autres ne sont que des Cosaques et des Pandours, qui ne tiendront pas contre nos troupes réglées. » — Œuvres , tome XV, p. 297.
Duclos, voyageant en Italie, s^étonnait delà jalousie dés autres ordres religieux,, et de la joie qulls manifestaient, jusqu^au scandale, de la suppression des jésuites : « Le premier coup de tonnerre, dit-il, est tombé sur la Société, arbre dont la trge perçait la nue; mais combien de moines doivent penser que si Ton coupe les chênes avec la cognée , on faudke l'herbe! » — ■ Voyage en Italie, p. 40.
liea de chocolat , des tablettes d'or pur : il en résulta que les gouYernements , dont les finances étaient épuisées, espérèrent se procurer un puissant secours dans leur pénurie, en mettant la main sur de telles richesses.
Quand des hommes et des partis d^opinion diverse font la guerre à un homme ou à une institution , sans se faire conscience des moyens à employer, on peut être certain que la cause en est tout autre que celle qu'on allègue.
Leà missions éloignées, établies par les jésuites, étaient entretenue» à Taide des produits de leurs terres , c'est-à-dire des épices et des objets fabriqués par les colons. Pour échanger ces denrées contre celfes qui sont nécessaires à la vie, il fallait les expédier en Europe. Elles étaient déposées, à cet effet, dans des magasins à Lisbonne, où chaque province avait un procureur de la compagnie pour les recevoir, les vendre , et acheter, avec le produit de la vente , ce que réclamaient les besoins des pères et des néophytes. Voilà donc les jésuites négociants , ayant des maisons d'expédition et de banque, et se livrant à des spéculations. Il y avait là un côté mercantile, qui allait mieux au siècle qu'au caractère religieux. Leur collège de Rome faisait fabriquer des draps à Macerata ; des affaires de banque se traitaient entre les divers collèges et avec les colonies. Toutes ces spéculations aboutirent à une faillite: voulant en éviter la responsabilité, les jésuites la rejetèrent sur un des leurs ; ils furent contraints par là de produire les constitutions de l'ordre, et s'exposèrent ainsi aux coups de leur plus grand ennemi , le parlement.
Sur la rive orientale de l'Uruguay se trouvait un pays cédé par le Portugal à l'Espagne ; les jésuites y avaient fondé sept paroisses ou réductions; avec un art admirable, ils y avaient introduit l'agriculture et l'éducation chrétienne. Un gentilhomme portugais , nommé Gomez Pereira , grand faiseur de projets , publia que le Paraguay regorgeait d'or, que les jésuites en tiraient trois millions de cruzades par an , et que c'était là le motif pour lequel ils tenaient ce pays dans un isolement mystérieux. Il avait proposé en conséquence de faire recouvrer au Portugal les sept districts de l'Uruguay, moy.en-
naut la cession à TEspagne de la colonie de Sacrauiento. Son idée sourit à la cour de Lisbonne ; elle plut davantage encore à celle de Madrid, qui, en échange d'un territoire improductif, acquérait une place d'une importance extrême pour les propriétaires américains, en même temps qu'elle excluait les Portugais du commerce avec Tintérieur de TAmérique méridionale.
(1 avait été décidé d'abord que les habitants de Sacramento et ceux de l'Uruguay resteraient dans leurs pays respectif, en changeant seulement de maître ; mais on décréta ensuite qu'ils seraient contraints d'émigrer réciproquement. Ce sentiment profond qui nous enchaîne au sol où nous sommes nés fit comprendre aux Indiens l'iniquité de ces mesures; il répugnait surtout aux colons du Sacramento de s'en aller dans des plaines stériles. Ils brûlèrent les poteaux aux armes d'Espagne plantés sur leur territoire natal; et, prenant les armes contre les Espagnols et les Portugais, ils attendirent de pied ferme les troupes, qui , en une demi-heure , en tuèrent deux mlUe , dispersèrent les autres, ou les firent prisonniers.
Comme on savait l'autorité que les jésuites avaient sur eux , on cmt qu'ils les avaient poussés à la révolte, et que leur intention était de fonder une république au milieu des possessions d'un roi, pour y souffler la rébellion. Ils déplaisaient à Pombal , ministre despotique , qui voulait détruire tout obstacle : spéculateur lui-même , il prenait ombrage de la concurrence que ces hommes actifs pouvaient lui faire; adepte des philosophes , il avait à cœur de se faire applaudir.
Dans la soirée du 19 septembre 1757, les jésuites reçurent tout à coup l'ordre de sortir immédiatement de la cour, pour n'y plus reparaître. Aussitôt Pombal commença contre eux une guerre de plume , ainsi qu'on en usait alors , dénigrant à tout propos la conduite des pères en Amérique, et les désignant comme les auteurs du mécontentement et de la rébellion que ses ordres avaient occasionnés dans le Paraguay. Il demanda au pape de s'employer à faire cesser les abus , les excès , les crimes journaliers de ces pères , et de les rappeler à leur sainte observance primitive.
Tout à coup le bruit se répandit que trois coups de fusil
LES JESUITES. ITiô
avaient été tirés sur Joseph , roi de Portugal. Personne ne les avait entendus , le roi n'avait été vu par personne, excepté par son chirurgien et par Pombal ; mais on répéta que Tattentat avait été dirigé par la main des jésuites, et une commission, présidée par Pombal , fut instituée pour juger les coupables. Plusieurs nobles furent anrétés ; et le duc d' Aveiro , mis à la Jtorture , confessa avoir voulu tuer le roi , à Fiostigation des jésuites. En vain se rétracta-t-il aussitôt : la sentence fut prononcée, sans rien articuler de plus positif que des propos , des bruits de conspiration. £n conséquence, Ferreira, valet de,chambre du roi , fut condamné au feu, et les autres à la roue (1759). Ëléonore, des marquis de Tavora- par la grâce de Dieu , qui avait été vice-reine à Goa , femme instruite et l)elle , fut décapitée, son mari écartelé, ses fils, son gendre et ses domestiques étranglés ; leurs biens furent confisqués , leurs hôtels rasés, leur nom aboli. Les temps les plus barbares ne présen- ^ tent pas d'exécutions plus atroces.
L'infamie du procès est ce qui plaide le mieux pour Finnocence des accusés ; car il suffira de dire qu'outre le profond secret avec lequel il fut conduit, le roi défendit qu il fût jamais revisé. Tout ee qu'on en put découvrir, c'est que le roi , revenant d'un rendez-vous amoureux avec la marquise d'Aveiro , fut assailli par le mari et par le beau-frère de. la dame; le cocher leur ayant crié que c'était le roi , ils s'enfuirent. C'est là ce qui paraît le plus probable ; ce qui l'est moins , c'est une conspiration. Au fond c'était une vengeance de Pombal , a qui la main d'une Tavora avait été refusée pour gon fils : ils furent unis néanmoins après ces sanglants préludes. Ou bien le ministre fit naître cet incident, ou il sut en profiter pour frapper à la fois l'aristocratie et les jésuites , double pouvoir qui s'opposait au despotisme central qu'il avait rêvé.
On répandit , en conséquence , le bruit que les jésuites avaient été les instigateurs du crime , et nommément les pères Alexis de Souza , Jean de Mates et Gabriel Malâgrida. Pom- M, pratiquant alors la maxime imputée aux jésuites eux-mêmes, que la fin justifie les moyens , déclara les jésuites coupables ; et il ordonna que , « non par voie de juridiction , mais par me-
sure d'économie , et pour la protection de la personne royale et de Ja tranquillité publique, leurs biens fussent séquestrés el; leurs personnes renfermées , en assignant à chacun soixante centimes par jour.
Les philosophes eux-mêmes désapprouvèrent hautement de pareils procès; mais Pombal passa outre. Un acte d'accusation fut adressé au pape contre les pères, dénonçant leur négoce « leur tyrannie dans le Paraguay , le régicide dont on assurail que la preuve se trouvait dans des lettres interceptées. Des écrits envenimés paraissaient chaque jour contré la Société. On commença par enlever aux jésuites les écoles , que Ton donna à des séculiers ; et Ton Ct traduire pour l'enseignement des livres nouveaux, qu'on alla jusqu'à prendre parmi ceux des protestants allemands. Enfin , ils furent chassés du royaume comme rebelles manifestes, traîtres , et ennemis de l'État. Ainsi, dans ce temps précurseur du libéralisme, les jésuites se virent bannis comme rebelles au pouvoir absolu.
Cent trente jésuites s'embarquèrent en chantant In exiiu Israël de jEgyptOy et furent transportés, les uns à Givita-Vecchiâ, les autres ailleurs. Cinq cents pères qui se trouvaient au Brésil furent jetés sur des bâtiments , et transférés dans les prisons de Lisbonne, ou déposés dans les États du pape. On agit de même à l'égard de ceux des Indes orientales. Sur deux cent vingt-quatre jésuites arrêtés dans le royaume , trente-sept moururent , trente-six furent déportés ; les autres restèrent détenus jusqu'à la mort du roi , et alors on les fit sortir du territoire. Pombal , devenu plus hardi , renvoya le nonce, rappela son ambassadeur, et entreprit des innovations ecclésiastiques. Il fit enfermer au fond d'une, tour l'évêque de Coïmbre , pour une encyclique publiée par ce prélat contre les livres impies, et qui fut brûlée par le bourreau. Aux soixante-dix prisonniers d'État détenus par ses ordres, il en ajouta alors beaucoup d'autres ; et le tribunal spécial d' Inconfidenza condamna plusieurs personnages de distinction.
Dans la guerre engagée alors avec les philosophes, Rome était saisie d'une crainte qu'elle cherchait d'autant plus à cacher que sa frayeur était plus vive : pour ne pas donner la moindre
prise sur elle , elle modérait le zèle de ses défenseurs. Elle n'osa donc soutenir les jésuites. Elle sentait que le respect du saint-siége périssait moins chez les peuples par amour de la liberté, que du côté des princes par amour du despotisme. Tout pontife enclin à défendre la prérogative de Rome se voyait raillé par les écrivains et traçait par les princes > ; maïs les uns et les autres applaudirent de concert au choix de Prosper Lambertini, lorsqu'il devint pape sous le nom de Benott XIV ( 1740 ), moins recommandable par la sévérité des mœurs que par Tamour des lettres , la science canonique , un caractère aimable, et la condescendance pour les idées du temps.
I Nous trouvons un exemple du sy^me de conceflsions où la cour de Rome se trouvait réduite , dans les exigences insatiables d^Élisabeth Farnèse. Comme elle ne voyait point de couronne à donner à son troisième fila , elle le fit nommer par son mari Philippe Y à l'archevêché de Tolède , le premier et le plus riche de l'Espagne : il était alors âgé de sept ans. Clément XII refusa les bulles dMnvestiture, qui auraient rappelé scandaleusement les temps de Marozie ; mais il fut harcelé de toute» parts; toutes ses dépêches étaient interceptées et ootrageusement ouvertes. Ce fût en vain qu^il assigna au prince , enfant, une grosse pension sur cet archevêché : on voulait à la fois le lucre et riionneur. Enfin le successeur de Grégoire YII se résigna à l'accorder, en ajoutant cette clause: que « Tinfant, une fois parvenu à Tâge canonique, serait confirmé dans la dignité archiépiscopale, s^il avait Paptitodeà ce requise par les canons. » Cette clause parut offensante; elle causa une rumeur incroyable , à tel point que le pape Teffaça ; et , pour comble de faiblesse, il nomma Pinfant cardinal. La cour de Madrid en fut transportée de joie , et en retour il fut décidé qu^on donnerait aux cardinaux le Utre à^Éminentissimes , au lieu de celui d'Illustrissimes. Ce ne fut pas encore assez : la cour d^Espagne demanda que Farchevêché de Séville (Ùt réuni à celui de Tolède; et, malgré les prescriptions du concile de Trente, le pape y consentit. Le premier rapportait 100,000 écus, et le second 200,000. Le roi d^Espagne exigea ensuite du pape la foculté de percevoir la dlme sur tous les biens ecclésiastiques ; et le pape Benoit XIV Paccorda, en recommandant verbalement « qu'on ne s'en servit pas pour troubler le repos des princes catholiques. » Plusieurs chapitres s^opposèrent à cette mesure; mais Pinquisitlon punit ceux qui osaient désapprouver la concession du saint-siége , et la force
les réduisit à Pobéissance.
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Afin que son clergé ne restât pas en arrière des progrès du siècle , il fonda à Rome quatre académies , pour les antiquités romaines, pour les antiquités chrétiennes , pour Thistoire ecclésiastique et celle des conciles , pour le droit canonique et la liturgie. Il forma un musée chrétien, acheta pour le Vatican la bibliothèque Ottobuoni , qui comptait trois mille trois cents manuscrits; puis créa des chaires de chimie et de mathématiques au collège de la Sapience, des chaires de peinture et de sculptur» au Capitole. Les PP. Boscowitch et Christophe Maire mesurèrent par ses ordres deux degrés du méridien;, il régla les droits des églises d*Orient , en faisant de larges concessions ; réprima les superstitions, en posant des règles sages pour la sanctification; diminua le nombre des jours fériés , renouvela les anciennes condamnations contre le duel , régla la justice dans Rome , et voulut que le commerce fût libre entre la capitale et les provinces. Quant aux droits pontificaux , Benoit XIV, porté au saint-siége au milieu des querelles , et n'ayant peut-être pas , en sa qualité de Bolonais, une grande idée de la papauté, était tout prêt, dans l'intérêt de la paix , à faire bon marché de ses prétentions.
La Russie , la Prusse, TAngleterre , puissances prépondérantes, étaient hérétiques ; des évêques grecs avaient été institués en Pologne ; le parti protestant et les Fébroniens- s'étaient relevés en Allemagne ; les Anglais entravaient les missions des colonies ; dans les pays catholiques eux-mêmes , se manifestait une incrédulité orgueilleuse et servile. La position des papes devenait donc de plus en plus embarrassante. Cependant le Vénitien Charles Rezzonico, qui succéda à Lambertini (1758), n'imita pas sa condescendance : plus jaloux dé conserver l'intégrité du patrimoine de l'Église , il fut indigné que les puissances s'arrogeassent le droit de disposer du duché de Parme et de Plaisance , ancien fief du saint-siége ; il s'aliéna ainsi toutes les branches de la maison de Bourbon. Le parlement de Paris déclara injuste , illégal, contraire à l'autorité des puissances , le bref qu'il publia à ce sujet. Un corps napolitain fit semblant de vouloir envahir l'État de l'Église ; mais le pontife dit : « Eussions-nous même des forces à opposer, nous nous abstiendrions,
laDgi^e, M uigut! ijuu lui, uoiiiiteuua paa iudus ae Ja : les Fraudais occupèrent Avignon , tandis que les NapoUenvahissaieiit Ponte-Corvo et Bénévent ( 1 768). Le Portoonlant aussi faire acte de vigueur, défendit, sous peine de on, de publier le bref pontifical, ou de le posséder chez 'enise restreignit la juridictioa ecclésiastique. Ainsi Clé- Aait combattu entre l'idée du devoir et la pression des qoi s'entendirent alors pour demander l'abolition des s.
FHmcele duc de Clioiseul , ministre deLouis XV, et made Pompadour, sa maîtresse, amis complaisants tout dâ encyclopédistes et peu soucieux de religion , répé' uns cesse au roi que l'Église avait duré quinze siècles fsuites, qu'elle pouvait donc bien subsister encore sans [ae ces religieux étaient ennemis des rois ; qu'ils permetde tner les mauvais princes; que d'ailleurs ils conspipour hSter l'avènement dû Dauphin au trône. Louis XV, i£iireux du repos que de la vérité, ordonna, par lassione enquête sur les constitutions des jésuites, afin de nr si elles n'avaient rien de contraire à la morale , à la a et à 1b politique.
Dnipbin eut connaissance de ces manèges , et il prit les
bien mériter des philosophes, qui la comparaient à cette Agnès Sorel dont les conseils avaient délivré la France des Anglais.
Choiseul et les philosophes , dont les écrits étaient dévorés par toute l'Europe avec Tattrait du fruit défendu , se firent forts de ces haines féminines. On se mit à accuser les jésuites de mauvais goût en littérature ; puis à leur reprocha leur esprit mercantile , reproche bizarre dans la boudie de ceux qui ne cessaient d'attaquer les moines pour leur oisiveté; on alla même jusqu'à dire (et le siècle del'analyse seul pouvait prêter croyance à de pareils contes) qu'ils aspiraient à une monarchie universelle, dont les missions du Paraguay devaient être le premier fondement
Le parlement , jaloux de son omnipotence , désapprouva les ménagements dont la cour usait encore, et, possédé plus que jamais de sa fureur théologique , il déclara abus toute bulle pontificale ou bref portant concession de privilèges à l'ordre. Selon lui , l'institution de la Société était contraire à l'autorité de l'Église, des saints conciles, du siège apostolique , des supérieurs ecclésiastiques et civils. Il fit imprimer un Extrait des assef' Uons dangereuses et pernicieuses enseignées et soutenues par les soi-disant Jésuites , et il condamna les écrits de vingt-sept jésuites , publiés avec l'autorisation de la Société, à être brûlés par la main du bourreau , comme renfermant des doctrines ou séditieuses , ou contraires à la politique et à la morale. Défense ait faite à tout sujet du roi d'entrer dans l'ordre , d'en fréquenter les écoles, les noviciats, les missions, ou d'avoir communication avec ses membres. Le même arrêt leur enjoignait à euxmêmes de prêter serment comme tous les autres ec-clèsiastiques, et de professer les libertés de l'Église gallicane et les auatre articles.
Louis XY convoqua le haut clergé pour examiner ces constitutions ; mais les quarante-cinq évêques et cardinaux appelés, à l'exception d'un seul , le supplièrent de conserver une institution si avantageuse , disaient-ils , à l'Église et à l'éducation , honorée de la confiance du roi et du peuple (1 762). Le parlement ne s'inquiéta point de leur avis ; et, sans avoir entendu les jésui-
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tes , il les foudroya comme appartenant à un institut vicieux et condamnable, tandis qu'ils étaient bannis du Portugal pour s'être écartés de leur saint institut. Il leur fut interdit de correspondre avec leur général, d'exercer aucunes fonctions, à moins de prêter serment au roi et aux libertés de l Église gallicane , et de s'engager à combattre les principes immoraux de la compagnie '.
Les jésuites se résignèrent , «t ne prêtèrent point le serment^ à l'exception de cinq sur quatre mille. L'archevêque de Paris adressa des éloges aux membres de l'ordre , ce qui était une désapprobation de la manière illégale dont avait procédé, le parlement : en conséquence , le parlement fit brûler la pastorale par le bourreau , et le roi exila le prélat à cinquante lieueà ( 1754). Puis , cédant aux artifices de ^ Pompadour et à la politique de Choiseul, il supprima ttT6i7oca6/émen^ l'ordre en France. « Les parlements, dit Voltaire, le supprimèrent sur quelques règles de son institut, que le roi pouvait réformer ; sur des maximes horribles, il est vrai , mais dédaignées, la plupart publiées par des jésuites étrangers, et répudiées par les jésuites français. Dans les grandes affaires il y a toujours un prétexte qui se montre , et une cause véritable qui se cache. Le prétexte pour punir les jésuites était le danger de leurs mauvais livres, que personne ne lit; la cause , leur crédit , dont ils abusaient. »
Charles III d'Espagne, homme religieux et clairvoyant, vivait
■ L'arrêt rendu par le parlement, en 1762, condamne les jésuites comme « notoirement coupables d'avoir enseigné dans tous les temps, et personnellement avec Tapprobation de leurs supérieurs et généraux , la simonie, le blasphème , le sacrilège, le maléfice , l'astrologie, l'irréligion, l'idolâtrie, la superstition, Timpudicifé, le parjure, le faux témoignage, la prévarication des juges, le vol, le parricide, Thomicide, le suicide, le régicide... ; comme favorisant l'arianisme, le socinianisme, le sabelUanismé, le nestorianisme..., les luthériens, les calviiistes et autres novateurs du seizième siècle... ; comme reproduisant l'hérésie de Widef..., et les erreurs de Tichonius, de Pelage, des semi-pélagiens , de Cassius , de Faust , des Marseillais... ; comme favorisant l'impiété des Montanistes..., et easeignant une doctrine injurieuse aux saints Pères,
aui apôtres, à Abraham. »
sure d'économie , et pour la protection de la personne royale et ii de Ja tranquillité publique , leurs l>iens fussent séquestrés et.^ leurs personnes renfermées, en assignant à chacun soixante '^ centimes par jour. r
Les philosophes eux-mêmes désapprouvèrent hautement de pareils procès; mais Pombal passa outre. Un acte d'accusation fut adressé au pape contre les pères, dénonçant leur négoce «' leur tyrannie dans le Paraguay , le régicide dont on assurait . que la preuve se trouvait dans des lettres interceptées. Des écrits envenimés paraissaient chaque jour contré la Société. On commença par enlever aux jésuites les écoles , que Ton donna à des séculiers ; et Ton ût traduire pour l'enseignement des livres nouveaux, qu'on alla jusqu'à prendre parmi ceux des protestants allemands. Enfin , ils furent chassés du royaume comme rebelles manifestes, traîtres , et ennemis de l'État. Ainsi, dans ce temps précurseur du libéralisme, les jésuites se virent bannis comme rebelles au pouvoir absolu.
Cent trente jésuites s'embarquèrent en chantant In exitu Israël de jEgypto, et furent transportés, les uns à Civita-Vecchia, les autres ailleurs. Cinq cents pères qui se trouvaient au Brésil furent jetés sur des bâtiments , et transférés dans les prisons de Lisbonne, ou déposés dans les États du pape. On agit de même à l'égard de ceux des Indes orientales. Sur deux cent vingt-quatre jésuites arrêtés dans le royaume , trente-sept moururent , trente-six furent déportés ; les autres restèrent détenus jusqu'à la mort du roi , et alors on les fit sortir du territoire. Pombal , devenu plus hardi , renvoya le nonce, rappela son ambassadeur, et entreprit des innovations ecclésiastiques. Il fit enfermer au fond d'une tour l'évêque de Coïmbre, pour une encyclique publiée par ce prélat contre les livres impies , et qui fut brûlée par le bourreau. Aux soixante-dix prisonniers d'État détenus par ses ordres, il en ajouta alors beaucoup d'autres ; et le tribunal spécial d'inconfidenza ccmdamna plusieurs personnages de distinction.
Dans la guerre engagée alors avec les philosophes , Rome était saisie d'une crainte qu'elle cherchait d'autant plus à cacher que sa frayeur était plus vive : pour ne pas donner la moindre
prise sur elle , elle modérait le zèle de ses défenseurs. Elle n'osa donc soutenir les jésuites. Elle sentait que le respect du saint-siége périssait moins chez les peuples par amour de la liberté, que du côté des princes par amour du despotisme. Tout pontife enclin à défendre la prérogative de Rome se voyait raillé par les écrivains et tracassé par les princes ' ; mais les uns et les autres applaudirent de concert au choix de Prosper Lambertini, lorsqu'il devint pape sous le nom de Benott Xrv ( 1740 ), moins recommandable par la sévérité des mœurs que par l'amour des lettres , la science canonique , un caractèreaimable, et la condescendance pour les idées du temps.
* Nous trouvoiis un exemple du sys^me de conceKions où la cour de Rome se trouvait réduite , dans les exigences insatiables d^Élisabeth Farnèse. Comme elle ne voyait point de couronne à donner à son troisième fils, elle le fit nommer par son mari Philippe Y à l'archevêché de Tolède , le premier et le plus riche de TEspagne : il était alors âgé de sept ans. Clément XIl refusa les bulles dMnvestiture, qui auraient rappelé scandaleusement les temps de Marozie; mais il fut harcelé de toutes parts; toutes ses dépêches étaient interceptées et outrageusement ouvertes. Ce fut en vain quMI assigna au prince , enfant, une grosse pension sur cet archevêché : on voulait à la fois le lucre et rbonneur. Enfin le successeur de Grégoire VU se résigna à l'accorder, en ajoutant cette clause : que « IMnfant , une fois parvenu à Page canonique , serait confirmé dans la dignité archiépiscopale, s'il avait Taptitude à ce requise par les canons. » Cette clause parut offensante ; elle causa une rumeur incroyable, à tel point que le pape l'effaça; et, pour comble de faiblesse, il nomma l'infant cardinal. La cour de Madrid en fut transportée de joie , et en retour il fut décidé qu'on donnerait aux cardinaux le titre à^Éminentissimes , au lieu de celui d'Illustrissimes. Ce ne fut pas encore assez : la cour d'Espagne demanda que l'archevêché de Séville fût réuni à celui de Tolède; et, malgré les prescriptions du concile de Trente, le pape y consentit. Le premier rapportait 100,000 écus, et le second 200,000. Le roi d'Espagne exigea ensuite du pape la faculté de percevoir la dlme sur tous les biens ecclésiastiques; et le pape Benoit XIV l'accorda, en recommandant verbalement « qu'on ne s'en servit pas pour troubler le repos des princes catholiques. » Plusieurs chapitres s'opposèrent à cette mesure ; mais l'inquisition pimit ceux qui osaient désapprouver la concession du saint-siége, et la force les réduisit à l'obéissance.
158 LBS JESUITES.
Afin que son clergé ne restât pas en arrière des progrès du siècle , il fonda à Rome quatre académies , pour les antiquités romaines, pour les antiquités chrétiennes , pour Thistoire ecclésiastique et celle des conciles , pour le droit canonique et la liturgie. Il forma un musée chrétien, acheta pour le Vatican la bibliothèque Ottobuoni , qui comptait trois mille trois cents manuscrits; puis créa des chaires de chimie et de mathématiques au collège de la Sapience, des chaires de peinture et de sculpture au Capitole. Les PP. Boscowitch et Christophe Maire mesurèrent par ses ordres deux degrés du méridien ;,il régla les droits des églises d*Orient , en faisant de larges concessions ; réprima les superstitions, en posant des règles sages pour la sanctification; diminua le nombre des jours fériés , renouvela les anciennes condamnations contre le duel , régla la justice dans Rome , et voulut que le commerce fût libre entre la capitale et les provinces. Quant aux droits pontificaux , Benoît XIV, porté au saint-siége au milieu des querelles, et n'ayant peut-être pas, en sa qualité de Bolonais, une grande idée de la papauté, était tout prêt, dans l'intérêt de la paix , à fadre bon marché de ses prétentions.
La Russie , la Prusse, rAngleterre , puissances prépondérantes, étaient hérétiques; des évêques grecs avaient été institués en Pologne ; le parti protestant et les Fébroniens s'étaient relevés en Allemagne ; les Anglais entravaient les missions des colonies ; dans les pays catholiques eux-mêmes , se manifestait une incrédulité orgueilleuse et servile. La position des papes devenait donc de plus en plus embarrassante. Cependant le Vénitien Charles Rezzonico, qui succéda à Lambertini (1758), n'imita pas sa condescendance : plus jaloux dé conserver l'intégrité du patrimoine de l'Église , il fut indigné que les puissances s'arrogeassent le droit de disposer du duché de Parme et de Plaisance , ancien fief du saint-siége ; il s'aliéna ainsi toutes les branches de la maison de Bourbon. Le parlement de Paris déclara injuste , illégal, contraire à l'autorité des puissances , le bref qu'il publia à ce sujet. Un corps napolitain fit semblant de vouloir envahir l'État de l'Église ; mais le pontife dit : « Eus- >ns-nous même des forces à opposer, nous nous abstiendrions,
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ne foàlant, comme père oommmi , a?oir la guerre avec aucoo prinoe chrétiai , encore moins avec des princes catholiques. resçère que les souverains ne feront pas tomber leur mécontentement sur mes sujets , innocents de cette affaire. Si c'est à moi qu'ils en veulent , et s'ils songent à me renverser, comme met prédécesseurs, je choisirai Texil plutôt que de trahir la cause de la religion et de FÉglise. »
Ce langage, si digne qu'il fdt, n'empêcha pas l'abus de la force : les Français occupèrent Avignon , tandis que les Napolitains envahissaient Ponte-Gorvo et Bénévent ( 1768). Le Portugal , voulant aussi faire acte de vigueur, défendit, sous peine de trahison, de publier le bref pontifical, ou de le posséder ches soi. Venise restreignit la juridiction ecclésiastique. Ainsi Clément était combattu entre l'idée du devoir et la pression des rois, qui s'entendirent alors pour demander Vabolition des jésm'tes.
En France le duc de Choiseul , ministre de Louis XV, et madame de Pompadour, sa maîtresse, amis complaisants tous deux àés encyclopédistes et peu soucieux de religion , répétaient sans cesse au roi que l'Église avait duré quinze siècles sans jésuites, qu'elle pouvait donc bien subsister encore sans eux; que ces religieux étaient ennemis des rois ; qu'ils permettaient de tuer les mauvais princes; que d'ailleurs ils conspiraient pour hâter l'avènement du Dauphin au trône. Louis XV, plus désireux du repos que de la vérité, ordonna, par lassitude , une enquête sur les constitutions des jésuites , afin de s'assurer si elles n'avaient rien de contraire à la morale , à la religion et à la politique.
Le Dauphin eut connaissance de ces manèges , et il prit les jésuites sous sa protection. Il était déjà en butte aux railleries de ceux dont il n'imitait pas la dépravation. Louis XV le haïssait, comme un censeur de ses désordres; la marquise de Pompadour pensait que , d'accord avec la reine et avec les jésuites, il épiait chez le roi un moment de faiblesse ou de raison, pour le ramener à une vie meilleure. Elle s'acharna donc à vouloir la destruction de cet ordre , tant pour se délivrer de ses ennemis que pour brouiller Louis avec sa famille , et pour
bien mériter des philosophes, qui la comparaient à cette Agnès Sorel dont les conseils avaient délivré la France des Anglais.
Choiseul et les philosophes , dont les écrits étaient dévorés par toute l'Europe avec Tattrait du fruit défendu, se firent forts de ces haines féminines. On se mit à accuser les jésuites de mauvais goût en littérature ; puis à leur reprocha leur esprit mercantile , reproche bizarre dans la bouche de ceux qui ne cessaient d'attaquer les moines pour leur oisiveté; on alla même jusqu'à dire (et le siècle del'analyse seul pouvait prêter croyance à de pareils contes) qu'ils aspiraient à une monarchie universelle, dont les missions du Paraguay devaient être le premier fondement
Le parlement , jaloux de son omnipotence , désapprouva les ménagements dont la cour usait encore, et, possédé plus que jamais de sa fureur théologique , il déclara abus toute bulle pontificale ou bref portant concession de privilèges à Tordre. Selon lui , l'institution de la Société était contraire à l'autorité de l'Église , des saints conciles, du siège apostolique, des supérieurs ecclésiastiques et civils. Il fit imprimer un Extrait des asser» Uons dangereuses et pernicieuses enseignées et soutenues par les soi-disant jésuites , et il condamna les écrits de vingt-sept jésuites , publiés avec l'autorisation de la Société, à être brûlés par la main du bourreau , coaime renfermant des doctrines ou séditieuses, ou contraires à la politique et à la morale. Défense ait faite à tout sujet du roi d'entrer dans l'ordre , d'en fréquenter les écoles, les noviciats, les missions, ou d'avoir communication avec ses membres. Le même arrêt leur enjoignait à «uxmêmes de prêter serment comme tous les autres ec-clésiastiques, et de professer les libertés de l'Église gallicane et les quatre articles.
Louis XY convoqua le haut clergé pour examiner ces constitutions ; mais les quarante-cinq évêques et cardinaux appelés, à l'exception d'un seul , le supplièrent de conserver une institution si avantageuse, disaient-ils, à l'Église et à l'éducation, honorée de la confiance du roi et du peuple (1 762). Le parlement ne s'inquiéta point de leur avis ; et, sans avoir entendu les jésui-
LES JESUITES. 16t
tes , il les foudroya comme appartenant à un institut vicieux et condamnable , tandis qu'ils étaient bannis du Portugal pour 8*étre écartés de leur saint institut. Il leur fut interdit de correspondre avec leur général , d'exercer aucunes fonctions, à moins de prêter serment au roi et aux libertés de l'Église gallicane , et de s'engager à combattre les principes immoraux de la compagnie '.
Les jésuites se résignèrent , et ne prêtèrent point le serment^ à Texception de cinq sur quatre mille. L'archevêque de Paris adressa des éloges aux membres de l'ordre , ce qui était une désapprobation de la manière illégale dont avait procédé le parlement : en conséquence , le parlement fit brûler la pastorale par le bourreau , et le roi exila le prélat à cinquante lieues ( 1754). Puis , cédant aux artifices de la Pompadour et à la politique de Choiseul , il supprima irrévocablement l'ordre en France. « Les parlements , dit Voltaire , le supprimèrent sur quelques règles de son institut, que le roi pouvait réformer ; sur des maximes horribles, il est vrai , mais dédaignées, la plupart publiées par des jésuites étrangers, et répudiées par les jésuites français. Dans les grandes affaires il y a toujours un prétexte qui se montre , et une cause véritable qui se cache. Le prétexte pour punir les jésuites était le danger de leurs mauvais livres, que personne ne lit; la cause , leur crédit , dont ils abusaient. »
Charles III d'Espagne, homme religieux et clairvoyant, avait
' L'arrêt rendu parle parlement, en 1762, condamne les jésuites comme « notoirement coupables d'avoir enseigné dans tous les temps, et personnellement avec l'approbation de leurs supérieurs et généraux , la simonie, le blasphème , le sacrilège, le maléfice , l'astrologie, l'irréligion, ridolâtrie, la superstition, Timpudicifé , le parjure, le faux témoignage, la prévarication des juges, le vol, le parricide, l'homicide, le suicide, le régicide... ; comme favorisant l'arianisme, le socinianismc, le sabelUanismë, le nestorianisme..., les luthériens, les calviiistes et autres novateurs du seizième siècle... ; comme reproduisant l'hérésie de Wiclef..., et les erreurs de Tichonius, de Pelage, des semi-pélagiens , de Cassius , de Faust , des Marseillais... ; comme favorisant l'impiété des Montanistes..., et enseignant une doctrine injurieuse aux saints Pères, aux apôtres, à Abraham. »
assuré les jésuites de sa protection ; mais , circonvenu par le comte d'Aranda son ministre , adepte des philosophes , il crut sa propre vie en danger par ïeiïel de leurs machinations. On lui présenta une lettre attribuée au pèreRicd (fabriquée, diton, par le duc de Choiseul lui-même), où Fauteur affirmait qu'il avait en main des documents suffisants pour prouver que Charles était adultérin. Il n*en fallut pas davantage. A la suite d'une procédure tout à fait secrète (avril 1767), des ordres scellés avec le plus grand soin , comme s*il se fût agi du salut public, furent adressés aux alcades dans tout le royaume, pour être ouverts par chacun d'eux à la même heure , sous peine de mort : ces ordres portaient l'expulsion des jésuites. On en arrêta en conséquence six mille en un instant, vieux, jeunes, sa< vants, infirmes , nobles , sans aucune distinction; on fit inventaire de leurs biens ; et, après avoir permis à chacun de prendre son bréviaire , un sac et les bardes à son usage , on les entassa à fond de cale sur des bâtiments qui les transportèrent à Qvita- Vecchia. Le pape , trouvant qu'il était inique de jeter ainsi sur ses rivages, sans même lui en donner avis, des individus étrangers à ses États , refusa de les recevoir. Gênes et Livourne en firent autant. Après avoir erré six mois , ils furent poussés sur les côtes de' la Corse , où ils eurent à endurer une véritable famine et toute espèce de privations. Enfin , le pape consentit à les recevoir, sous la condition que l'Espagne leur assurerait un mince subside. Il en arriva autant dans les colonies d'Ame* rique, d'Afrique et d'Asie.
Bientôt parut une pragmatique, portant que la sûreté de l'État, et autres motifs que le roi tenait renfermés dans son auguste cœur (indépendamment de complots ourdis pour lui donner la mort et pour démembrer la monarchie ), le déterminaient à expulser les jésuites et à confisquer leurs biens. Il adressa en mêmejtemps des éloges aux autres ordres qui ne se mêlaient point des affaires temporelles , et assigna à chaque père jésuite cent piastres , quatre-vingt-dix aux laïques; il ne donnait rien aux novices. Puis il ajoutait (chose remarquable) que si jamais il était publié, à titre de défense, quelque écrit contraire à cette resolution royale, la Société entière perdrait tout
droit à la pension ; que ce serait un crime de lèse-majesté de parler, soit pour, soit contre Tordonnance , « attendu qu'il n*appartient pas aux particuliers de juger ou d'interpréter les volontés du souverain. » Cela fiaut, Charles s*écria ; J'ai conquis un royaume! Naples ^ Panne agirent de même , et tous les princes de la maison de Bourbon se mirent d'accord pour demander au saint-si^e Fabolition de Tordre.
Avec un autre général , et en mettant en jeu cette souplesse dont on accusait les jésuites , peut-être aurait-il été possible de sauver Tordre en le transformant. Mais Ricci, quoi qu'il en dût arriver, ne vit que Tinjustice faite à la Société , et il répondit : Sint ut sunt, aut non sint! Il demeura comme un capitaine de vaisseau qui veut sauver son équipage, ou périr avec lui. D'un autre côté, demander au pape la suppression des jésuites, c'était (disait d'Alembert) comme si Ton eât demandé au roi de Prusse le sacrifice de ses grenadiers. N'étaient-ils pas les meilleurs champions des droits pontificaux ? N*étaient-ce pas eux qui , par leurs recrues dans le Chili , dans le Paraguay, en Chine, compensaient les pertes faites par Thérésie et par le schisme? Le pape répondit donc que Tordre était trop expressément approuvé par le concile de Trente et par les constitutions de ses prédécesseurs ; puis il le raffermit par la bulle Jpostolicum (1765). Il protesta , il écrivit ; mais il n'avait personne sar qui s'appuyer. Marie-Thérèse le laissait dans Tembarras , lui répondant que c'était une affaire d'État et non de religion ; et, tandis qu'elle donnait de bonnes paroles au pape, elle défendait à l'archevêque de Milan de publier la bulle In cœna Domini, et cherchait à profiter de cette rupture pour s'emparer de plaisance.
De nouveaux embarras vinrent au pontife du côté de Parme (1765). Le duc Ferdinand, élève de Mably et deCondillac, ayant succédé à son père Tinfant don Philippe à Tâge de quatorze ans, donna toute sa confiance à Tillot, ministre habile et desintéressé , mais qui , lié avec les philosophes , ne tarda pas à se brouiller avec la cour de Rome. On commença par lui' refuser le tribut qu'elle réclamait pour Tinvestiture ; on empêcha les libéralités des fidèles envers l'Église. Par la pragmatique de 1767 ,
il fut interdit aux sujets du duc de porter aucun litige devant un tribunal étranger, et nommément à Rome; de solliciter près d'une autorité étrangère aucune pension ecclésiastique, commende, dignité, à laquelle fût attachée soit une juridiction, soit une prérogative. Les bénéGces avec ou sans charge d'âmes , les pensions, les abbayes, ou les dignités dans l'État entraînant juridiction, ne pouvaient être conférés qu'à des sujets, et avec le consentement du duc ; et aucun acte émané de Rome ne pouvait avoir de valeur qu'avec Vexeqitatur ducal.
Clément XIII déclara (1768) ces actes téméraires et nuls, conune promulgués sans autorité : ceux qui y avaient participé furebt excommuniés, et le pape se servit du mot nos en parlant des duchés de Parme et de Plaisance. Ferdinand protesta sans s'effrayer, et tirades archives les preuves deFindépendance de son État; il fit arrêter les jésuites, qui furent transportés sur les confins de l'État pontifical , avec défense de traverser même le territoire ducal ; il démentit le bref papal , en disant qu'il était impossible qu'il etit pour auteur un pontife aussi sage; enfin il abolit l'inquisition ainsi que plusieurs monastères , et r^lémenta les autres. Les cours de France , d'Espagne et de Naples épousèrent sa cause. François III de Modène l'imita', en al)olissant les immunités des biens ecclésiastiques et plusieurs fondations religieuses : il arma même pour soutenir ses droits sur le duché de Ferrare ; mais les grandes puissances l'arrêtèrent par leur intervention. Le pape , réduit à la cruelle alternative de donner désordres méconnus, ou de recourir à des expédients que réprouvait l'opinion , gémissait dans le fond de son coeur.
Cependant les princes élevaient de toutes parts des prétentions à rencontre du saint-siége : ils s'emparaient de ses droits et de ses domaines; il fut même question de bloquer Rome, pour soulever le peuple contre le pape , « unique moyen d'obtenir l'abolition des jésuites *. »
L'Église était ainsi bouleversée, lorsque mourut Clément XIII,
* Dépêche du 30 novetabre 1768, adressée par le marquis d*Anbeterre au duc de Gboiseul. Yoy. Histoire de la chute des Jésuites, par
SAlNT-PniE9t , p. 82.
ee marchand vénitien qui osa tenir tête aux descendants de saint Louis, et le dernier pape qui ait rappelé ceux du moyen âge. L'astuce itsdieone et la toute-puissance des jésuites auraient dû alors s'exercer auprès d'un conclave d*où dépendaient la vie ou la mort de l'ordre. Les brigues des ministres et des cardinaux appartenant aux différentes cours , les menaces des ambassadeurs , l'hypocrite dédain de Joseph II , qui ne se montra que pour satiriser les papes , les jésuites et les rois ; plus de trente exclusions émanées des princes de la maison de Bourbon, firent traîner l'élection en longueur. Le choix tomba en6n sur Laurent Ganganelli, qui prit lé nom de Clément XIV (1769). C'était un homme de vertus douces, d'un caractère conciliant , à la fois simple et ambitieux. Il répondait à quelqu'un qui le détournait de se faire franciscain : Si vous parlez de piété, où hriUe-^Ue mieux que parmi les disciples de saint Françoise S'ils^agil d'ambition , n^ est-ce pas là le chemin par lequel arri* véreni à la tiare Sixte IV et Sixte-Quintf II disait des philosophes : En combattant le christianisme , ils en ont montré la nécessité; de Voltaire : // n* attaque si souvent la religion que parce qu^elle le gène; de Rousseau : Cest un peintre dé/eC" tueux dans les têtes , et qui n'est habile que dans les drape^ ries; de l'auteur du Système de la Nature : Cest un insensé gui croit qu^ après avoir chassé le maître de la maison , U pourra Fordonner à sa manière.
Il sentait le monde catholique battu en brèche par l'irréligion, qui menaçait les trônes et les autels; et cependant les rois semblaient faire cause commune avec elle , en attaquant le chef de l'Église, et en projetant d'établir partout des patriarches nationaux, indépendants de Rome : il crut que ce n'était plus le temps de résister, et qu'il convenait de céder,' oubliant qu'un pouvoir tout moral doit diriger l'opinion , et non pas s'y soumettre. Il se confiait pourtant dans la parole du Christ, et il écrivait à un de ses amis : Le saint-siége ne périra pas, parce qu'il est la base et le centre de. r univers ^ mais on reprendra aux papes tout ce qui leur a été donné. En conséquence , il laissait les princes détendre de plus en plus les liens qui rattachaient les nations à Rome. On prétendit que,
dans le conclave , il avait souscrit Tobligalion de détruire les Jésuites , et donné même Tespoir qu'il transférerait le saintsiége à Avignon : mais aussitôt qu'il fut élu, il mit tout en oeuvre pour que tout se terminât par une transaction et une réforme. Il chercha donc à calmer Firritation des princes par sa condescendance : ainsi il ne promulgua pas comme de coutume la bulle In eœna Domini; il garda le silence sur les empêchements qu'ils mettaient aux envois d'argent à Rome, à la juridiction du saint ofQce , aux acquisitions du clergé ; et il s'efforça, dans une correspondance particulière, de rétablir la paix au milieu de tant d'esprits irrités. Il envoya sa bénédiction au duc de Parme ; en retour, l'infant proposa sa médiation près des cours de la maison de Bourbon ; mais celles-ci persistèrent à demander la destruction des jésuites. Avignon, Bénéveut, Ponte-Ck)rvo, furent occupés, avec déclaration quMIs ne seraient rendus qu'après que le pape aurait cédé. On fit même semblant de vouloir aller plus loin : on alla jusqu'à lui faire entendre qu'il était environné de poignards et de poisons jésuitiques, de même que son prédécesseur, mort, disait-on, de poison philosophique. Or, pour échapper à ce danger et surtout aux visites des ambassadeurs , il se faisait passer pour malade , ne mangeait que des mets plus que simples , apprêtés par un religieux, et vivait sans amis, sans conseils.
Enfin tous les subterfuges ayant échoué , abandonné même par Marie-Thérèse, le pape fit une nombreuse promotion de cardinaux , afin d'avoir un fort parti dans le consistohre; et lorsque \ehreîDomintis ac Redemptor meus eut été approuvé par toutes les cours, il fut publié (21 juillet 1773). Ce bref contenait l'éloge de la Société : saint Ignace l'avait érigée sur de saintes bases , les pontifes avaient récompensé par des privilèges et des honneurs ses grands services : cependant elle était accusée d'avoir trop désiré les biens de la terre ; d'avoir laissé germer dans son sein des semences de dissension avec les autres ordres , avec les universités, avec les princes, qui en avaient porté des plaintes au saint-siége : celui-ci avait en vain cherché à les assoupir; mais les souverains les plus dévoués à la Société s'étaient déclarés contre elle. En conséquence, le pontife, par
amour pour la paix de l'Église , et d'après Fexemple de ses prédécesseurs, qui, par prudence,. avaient aboli les templiers et les humiliés, prononçait la suppression de cet ordre. Ses membres devaient entrer dans les rangs du clergé séculier, ou , s*ils le préféraient, dans- quelque ordre claustral , mais sans s*ingérer de Tadministratlon publique. Défense absolue fut faite à tous de parler ou d'écrire sur la suppression ou les instituts de leur ancienne compagnie. C'était mettre l'univers catholique dans la nécessité de désobéir.
Il s'agissait d'un ordre extrêmement puissant, immensément riche , dont le général commandait despotiquement à vingt-cinq mille membres chers aux peuples, en même temps qu'ils étaient admis dans la familiarité des rois. On conçoit dès lors quelles précautions étaient nécessaires pour empêcher une conflagration gâiérale. Des ordres de la nature la plus secrète furent expédiés dans les contrées les plus lointaines; les soldats pontificaux s'armèrent de tout leur héroïsme ; les baïonnettes qui s'étaient dirigées contre les religieuses de Port- Royal prirent alors d'assaut les maisons des jésuites. Mais , chose étonnante, il n'y eut pas la moindre opposition. Cet ordre puissant, cet ordre vindicatif, céda au premier commandement ; il croisa les mains sur sa poitrine , et expira en déplorant la faiblesse du pontife ou l'intolérance des temps.
Au milieu de tant d'abominations reprochées à ces pères , on ne trouve pas un coupable. Les preuves des méfaits jésuitiques devaient jaillir des archives dont on s'emparait ; la postérité aurait pu ainsi joindre sa réprobation à celle des contemporains : mais ces preuves , elle les attend encore. Les ministres promettaient de payer les dettes publiques avec les trésors* de la compagnie, et Charles III disait que ce devait être son Pérou : on se rua donc sur le butin , et Rome y apporta une avidité farouche , que les républicains eux-mêmes n'ont pas surpassée. On fit jurer au père Ricci de fournir un compte exact des biens de l'ordre; et comme on ne trouva pas les trésors que l'on espérait, le général fut mis au château Saint- Ange , protestant que les uniques richesses de l'ordre étaient celles qui lui provenaient de la piété des fidèles.
Peu de temps après , Clément XIV , dont la santé et la raison étaient gravement altérées , mourut en proie au délire , assiégé de fantômes et implorant son pardon. On a prétendu qu'il avait été empoisonné par les jésuites : la vérité est que les médecins ne trouvèrent dans son corps aucune trace de poison. Mais ne pourrait-on pas se demander comment, s'ils en avaient les moyens et la volonté , ils ne Pavaient pas fait avant que le coup décisif leur eût été porté? ou pourquoi ils n'avaient pas frappé plutôt les forts qui avaient fait violence , que le faible qui Tavait subie? Mais la passion s'embarrasse-telle du sens commun?
Pie YI , qui succéda à Clément XIV, n'osa mettre le père Ricci en liberté. Il fut en conséquence retenu dans le château Saint-Ange , sans qu'il apparût , de ses actes ni de sa correspondance, la preuve qu'il se considérait encore comme investi du généralat que la bulle pontificale lui avait enlevé. Un évéché lui ayant été offert, à la condition d'apposer sa signature à un écrit qu'on lui présentait, il le refusa (1775). Au moment de mourir, il déclara par écrit que, sur le point de comparaître à ce tribunal dont la justice est seule infaillible, il attestait, comme convaincu de la vérité et comme parfaitement informé, en sa qualité de supérieur de l'ordre , que la compagnie de Jésus n'avait donné aucun motif à son abolition , ni lui la plus légère cause à son emprisonnement ; que du reste il pardonnait sincèrement à ses ennemis , remerciant Dieu qui le rappelait à lui , et désirant que sa mort pût adoucir les peines de ceux qui souffraient pour la même cause. II répéta cette protestation en recevant le viatique , supplia toutes les personnes présentes de la rendre publique , et rendit le dernier soupir. Pie Vl lui fit faire des obsèques solennelles , et ordonna qu'il fût enseveli prés de ses prédécesseurs. L'évéque de Comacchio, qui prononça son oraison funèbre , le proclama martyr.
Ainsi périt cette société , qui n'eut ni enfance ni vieillesse. T.e pontife avait ajouté à la bulle de suppression la défense d'insulter les jésuites pour leur abolition; comme si la défense d'un pontife importait à leurs ennemis ! £n effet, on vit éclater des transports de joie : Pasquin se donna carrière ; les poètes firent assaut de vers et de félicitations ; il y eut à Lisbonne VÊP
Te Deum , des illaminations ; et Tordre fut donné de poursuivre tout jésuite qui serait rencontré , comme aussi quiconque médirait du bref pontifical.
Les princes crurent enfin pouvoir dormir en paix. Us n*acoep< tèrent pourtant une bulle si opiniâtrement sollicitée qu'avec des réserves contre tout ce qui paraissait attaquer leur autorité on celle des évéques. Le pape ayant surtout recommandé que les Mens de la compagnie fussent employés à des œuvres pies, ils déclarèrent qu'ils pouvaient en disposer à leur -gré. Cest ainsi que la faiblesse encourageait à de nouvelles insultes.
Les philosophes , qui avaient provoqué le coup , s'en firent un prétexte pour insulter la religion comme persécutrice. D^AIembert en prit texte pour vilipender les jansénistes, op- ' |H)sant à leur intolérance étroite Tindulgence des jésuites , et donnant cet acte comme un nouveau sacrifice fuit à la superstition.
Frédéric II défendit la publication de la bulle; il déclara qii*il voulait conserver, dans les jésuites, les meilleurs s prêtres et les meilleurs instituteurs qu'il connût. Catherine II , loin de détruire les jésuites dans ses États de Pologne , demanda au pape de les confirmer, et leur accorda les attributions épiscopaies dourt les missionnaires sont habituellement investis; elle écrivit au pontife , de ce ton railleur et philosophe : « La crainte convient mal au caractère de Votre Sainteté , et sa dignité ne peut s'accorder avec la politique mondaine lorsqu'elle se trouve opposée à la religion. Si je protégé ces pauvres religieux persécutés , ce n'est pas caprice , mais raison et justice , dans l'espoir de Futilité qu'en, retireront mes peuples. Cette Société d'hommes pacifiques et innocents vivra dans mon empire, parce que je trouve que , de toutes les corporations , c'est la plus propre à instruire la jeunesse et la gent inculte , en leur inspirant des sentiments d'humanité , de soumission , et les vrais principes de la religion chrétienne. Je n'ai à redouter ni cabales ni manèges de prêtres; et sous mes lois on ne persécute personne que pour des raisons évidentes. Je n'ai jamais pu voir les preuves des méfaits dont cet ordre a été accusé ; et fose dire que Votre Sainteté elle-même ne les a pas vues. »