‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 147 sur 159 · ET LÀ SAINTE- ALLIANCE · texte numérisé non relu

ET LÀ SAINTE- ALLIANCE

en un mot, qui , comme le dit de Booald, est Tâme de la société, le principe de sa vie , de sa force , et de ses progrès.

Cette irruption de Fadministration dans la sphère de la vie civile et privée exigea un nombre infini de salariés , pour remplir toutes les charges auxquelles vaquaient gratuitement , en d'autres temps , soit les seigneurs , soit les corps municipaux et d'État, soit les ordres religieux. Cette classe nouvelle, tout occupée de Tapplication des ordonnances , prit partout une importance inaccoutumée , et il en résulta ce que Ton nomme la bureaucratie. Ces employés, ou destitués par les nouveaux gouvernements, ou rejetés aux derniers rangs, voulaient les uns se venger, les autres s'élever; habitués aux chiffres, aux tableaux, aux ordonnances, ils s'imaginaient qu'il n'en fallait pas plus poor régler le monde , et que , pour adapter une constitution à un pays, il sufGsait de la mettre sur le papier.

A Fintérieur éclataient les vengeances des gouvernements et les haines entre particuliers : ceux qui avaient souffert voulaient faire souffrir ; ceux qui avaient dominé s'arrangeaient mal ée l'obéissance. Les États faibles supportaient impatiemment de se voir à la merci des forts ; ceux dont la nationalité avait été foulée aux pieds frémissaient ; il en était de même de ceux qui avaient tant souffert et tant agi dans un temps où les rois avaient trop promis et les peuples trop tenu.

Napoléon , en se retournant vers le passé au lieu de suivre sa voie vers l'avenir, n'avait donné rien moins que des exemples libéraux. Mais il avait été l'ennemi de ceux qui régnaient après lui , qui faisaient ressortir sa gloire par la peur qu'ils avaient de son souvenir, et en outrageant sa gloire alors que la majesté du malheur l'entourait d'une auréole. Son gouvernement, fruit de la Révolution, avait eu des parties excellentes que Ton ne manquait pas de surfaire encore, comme il arrive de tout gouvernement déchu. Les ambitions trompées , les vanités éconduites , les imaginations en travail, faisaient regretter, lorsqu'on l'avait perdu , ce que l'on avait peut-être détesté quand on le possédait. Les militaires avaient en horreur cette paix qui ne leur offrait plus un avancement rapide, et leur enlevait les occasions de gloire. Les administrateurs , habitués aux

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ordras despotiques , qoi franehaieiit MNMfann hs diiahB, i^accommodaieiit avec peine an lentmm, qui demnatié eessain» lônqa'fl Uût que tons lès droits màeeX pnl^,i que la justlee, od toot da moiiis la l^pdité^ soit obKnie.

Od avait Ciit, pendant la goenrç, un grand osageilelaini périodique; Gelle-de Paris dénigrait les prinees amt fvh force les ranfcrsât ; celle delxmdrès se moquait de en nsè parade, vassaiu de Pempereur ; de cette eonr desomnmiMsn naiteance ^ de princes sans édaerttion. En Allemagne, Il pas eieitait l'aideor natioiude contre rétrahger. CSetts anwàliB trempée ne s'émonssa poifit lorsque la paizfàt venin; et ils roîs gardèrent Imm années, les peuples eonser?èMitIi|ni et le libre eiamen. On s'injuria de naticm à nation; Oiik paraître force libelles, oà Anglais, Français , A]lemaidi,''a chargèrent de malédictions.' Gomme on amit maudit pttfm celui qui était tombé , on le divinisa fiar représaiUes. Li pras se donna carrière partout où elle avait le champ libre; aîDein, oa écoutait en silence et Ton épiait les événements '.

' Avant la Ré?olatioii, la liberté de la presse était complète dob-s» lement en Angleterre et en Hollande , noaisen Suède, en Danemark, ai Prusse, et dans les autres États protestants d'Allemagoe. Ce fiit 80d^ ment en 1810 que la Suède , pour ne pas déplaire à Napoléon, y ail quelques restrictions pour les journaux; elle ne fut restreinte aaai ci Danemark que sur la demande de Bonaparte. Dans le duché de Bna»wich, on réclama la censure pour modérer ce qui se disait en (àxfv de la Révolution française ; mais le duc la refusa, comme répugnait i Topinion publique; et tandis quMl combattait les Français, on les défendait ouvertement dans son pays.

Quand la Prusse réclamait , en 1843, et demandait de ne pas é(r« k seul peuple de l'Europe civilisée qui n'eût pas le droit d'exprimer so pensées sans Tagrément d'un chef, » on publia la lettre suivante di comte de Fodenriff, secrétaire Intime de Frédéric U, au. directeur de la |)olice à Berlin :

« Monsieur, sa majesté m'a gracieusement ordonné de tous (aiit « savoir qu'elle entend laisser aux journalistes de cette ville la libertf « illimitée d'écrire tout ce qu'ils voudront sur ce qui arrive ici, saib « qu'il soit besoin de censure; car, ainsi que sa majesté Ta ditrn prw- « pros icvme;^, cela la d^ioerui ; v^^t^'^ VîwXvLVwfe, v'^^s^Nîti^^N^ssa^jLv

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Uinstruclioa s'était répandue dans toutes les classes , mais sans les moyens d'en tirer un parti immédiat comme le deman* dait le goût croissant des jouissances matérielles ; Tambition chez la plupart , étant hors de proportion avec les facultés , ne faisait qu'allumer le sentiment de Tenvie. Aussi ces gens-là , pressés de mettre leur fortune de niveau avec leurs talents , criaient-ils contre un gouvernement qui ne savait pas profiter du secours de leurs lumières.

Comme la classe qui lit, écrit, raisonne ou déraisonne sur les intérêts généraux , et qui passe pour représenter la vie nationale , s'était extrêmement étendue , le mouvement ne pouvait plus se concentrer chez un seul peuple , ainsi qu'en 1789. Dans cette vaste ébullition de l'Europe entière, qui ne se serait cru appelé à juger les droits respectifs du prince déchu et du nouveau ; à prononcer entre ceux-là qui triomphaient et se proclamaient des héros , et ceux qui , ayant succombé , étaient traités d'usurpateurs? Les plus chauds partisans du droit divin avaient excité les peuples à la révolte , c'est-à-dire à s'arroger le droit de juger de la légitimité du souverain. Ainsi la discussion du droit succède à celle du fait : on veut savoir à quelles lois il faut obéir, pourquoi on doit y obéir, et dans quel but. Les rois, prétendant régler seuls le bonheur du genre humain, mesuraient naguère la liberté à leurs sujets, mais à titre de concession et d'usufruit; les peuples bénissaient un bon prince comme on bénit une bonne moisson , sans être sdrs de sa durée.

On avait vu Napoléon détruire les vieilles royautés pour en créer de nouvelles; et cette grande ironie ne semblait-elle pas dire que les couronnes étaient un jeu delà fortune ou de la force, tout aussi bien qu'un don de Dieu ? Une foule de princes ne

« s*en acquittent de telle sorte que les ministres étrangers ne puissent n élever de plainte , au cas qu*ils trouveraient quelque chose qui leur « déplût. Pour rendre les ga/etles intéressantes, il ne faut pas qu'elles « soient gênées. Cela s'entend principalement des articles sur Berlin ; et « quant aux autres puissances, il faut en user ctim grano salii, et » avec une grande circontiPeciion. « Lesur, Annuaire, 1843, p. 273.

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iresuientrils pas dépouillés an profit des piÛÊmA.wfàih bouleversements de la guerre, dans le calme même deiaéiM» tioDS ? c*était nnner Tantique foi aux dynastiis. CanA wim qui remontèreat sur le trdne 8*étaient préraki dm efielièli Eévolotimi et de la conquête. Lors done.qae les nâ naitaient à jouer le rôle de révolntioaiiaires en délniisiil m f» Tiléges qui ne manquâeot à aucun peuple avantklMi* tîon , et en édiGant un absolutisme adoamisitnitîf , tai pn|lB en vinrent à croire que Thistoire n'était rien« que ks esirilitions pouvaient se faire e| se défidre non^sealeasenl pski» giès naturel des temps et par les moyens légaiD^ nansiiiW et à force .ouverte. La plupart des aoaverains ^iiritaiMIèa pkn Ntronver ces dociles sujets de la fia du dix4milièBaB^ de; les sujets, de leur cdté, se plaignaîmit de promsawiM» entées; ils prétendaient obtenir des instîtiitîoiis, dm pnriJs»

réglant les droits et la part de chacun dans l'État I eanim èiiii et du positif, ils se jetaient dans Firoagiiiaire.

Ce besoin général de liberté prenait, selon les pays, ses nuances particulières. En Pologne et en Italie, il avait pour bot la nationalité ; en Allemagne, l'idée de 1- unité ; en France, b dignité blessée de la patrie; en Angleterre, la réforme du système électoral.

Les sociétés secrètes, sous Tempire, avaient réveillé le sntiment national , et encouragé la résistance contre roppmsioD étrangère. Lorsque la paix fut rétablie, les gouvemeroeols, sans les poursuivre à outrance, leur suscitèrent bientdt des ^* casseries ; de telle sorte que, changeant non de but mais d'objet, elles se tournèrent contre ce nouveau despotisme, et finiRit par attirer à elles les mécontents de chaque pays.

Celle des carbonari, née dans les Calabres sous le gouven»* ment de Murât , était dirigée contre la domination étrangèit et contre ses idées. Elle tenait en grande partie des rites maçoa* niques ; mais tandis que les francs-maçons, tout en se proposant de venger Hiram , professaient dans leurs banquets un déiase conforme à la philosophie du dix-huitième siècle , les premien carbonari , animés d'une énergie mélancolique, voulaient venger la mort dti-Christ et rétablir son royaume* La police napolitaine,

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II* ayant pu arrêter leurs progrès, songea à corrompre leur association , comme on Tavait fait de la franc-maçonnerie , en y introduisant des espions , des fonctionnaires , et jusqu'au roi lui-même, lorsqu'il eut des idées d'indépendance. L'armée de Murât, qui y était affiliée tout entière, laissa, lors de sa dernière invasion, un grand nombre de ventes dans les Légations, d*où elles se répandirent dans la Lombardie , surtout à Bologne , à Milan et à Alexandrie. Quelques exilés italiens firent pénétrer le carbonarisme en France, où les francs-maçons étaient toujours nombreux ; ils y étaient divisés en loges du rit moderne, du rit ancien ou écossais, du rit de Misraïm ou templiers, et avaient, dans la formule Liberté-Ëgaiité-Fraternité, substitué à c« dernier ternie le mot Humanité *. La charbonnerie fut greffée sur ce tronc, principalement par Armand Bazard , qui devint ensuite un des premiers saints-simoniens ; par le Florentin Buonarotti, ancien partisan de Babeuf > par Flottard et par Bucbez.

Voici , en peu de mots , l'organisation de ces sociétés : Une vente particulière ne comprend pas plus de vingt bons cousins en relation entre eux , mais isolés des autres ventes ; les députés de vingt ventes partielles forment une vente centrale qui, au moyen d'un député , communique avec la haute vente ; puis celle-ci reçoit , par un délégué , l'ordre de la vente suprême et d'un comité d'action ; ce qui assure le secret, la facilité de se réunir et de s'étendre, sans nuire à l'unité.

Les carbonari n'écrivaient rien , et communiquaient toujours entre eux de vive voix. Ils se reconnaissaient au moyen de cartes découpées et de mots d'ordre , qui étaient Espérance et Foi. Ils alternaient les syllabes de cha-ri-lé; en se serrant la main, ils formaient avec le pouce les lettres C et N, Tout parjure qui dévoilait aux païens le secret des signes , du règlement et du butde l'association, était puni de mort. Tout membre devait se procurer un fusil , une baïonnette et vingt-cinq cartouches ; la cotisation à la caisse commune était d'un franc

' Maintenant, en France, ils d^pemlrnt toiiA du firand^Orient, qui 6C connpose dcii députés des loges particulière».

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