CONSTITUTION ESPAGNOLE. — INSURRECTION DE
L*Espagne religieuse et chevaleresque, restée fidèle aux traditions du passé, avait conservé sa personnalité parmi les autres peuples. L'influence des philosophes français et la propagande révolutionnaire n'y avaient point pénétré dans les masses ni modiOé leurs sentiments nationaux; et le pays développait à l'écart les éléments qui lui étaient propres , lorsque Napoléon vint le bouleverser violemment. Les Espagnols s'insurgèrent contre le conquérant au nom de la religion, de l'indépendance et du roi. Mais dans un pays où il n'y avait plus debout qu'un roi et un peuple, lorsque le premier eut disparu, il ne resta plus que le second. Une nation éminemment monarchique se trouva donc soudainement démocratique , mais dans un sens différent de celui des révolutionnaires : ce fut une confédération de républiques qui combattaient pour le roi.
Tout en se soulevant au nom de Ferdinand , il était évident que les autorités ne tenaient pas leurs pouvoirs du prince ; et bientôt la discussion, la publicité et l'esprit philosophique se développèrent dans la résistance. Aussi , à c6té des patriotes ^ qui étaient le peuple et les paysans soulevés par la foi politique et religieuse , surgirent les libéraux, disciples des idées révolutionnaires, moins dirigés par la vertu ou par les préjugés, et plus spéculatifs, décidés à séparer les nouvelles constitutions des anciennes, que le peuple aimait parce qu'il avait grandi avec elles. Les libéraux comprirent que ce mouvement serait favorable à leurs idées de réforme, et proposèrent un -système de centralisation pour faire converger les opérations des juntes isolées et des guérillas indépendantes. Eh conséquence , trente-cinq députés des classes supérieures s'érigèrent en junte centrale à Aranjuez, où figurèrent en première ligne Florida-Bianca , ancien ministre de la marine, et Melchior Jovellanos , tous deux hommes mûrs et éclairés. Mais l'un voulait,
436 etfwyriTutiow sspjlghoui.
comme pendant Mm nibistèn, finriiller I>^ grand ennemi de Godoi et de la dépnratioii de h eov,àmandait dedz chambra : ee diMentimept eotnliia dm leatai et des divisions. Lonqoe TAndaloosie fbt enTahie, les nmfaRi de la junte forent fineés de ae léfoper à 111e de Léon, dm b baie de Cadix. Sur la jnnte eentrale préralorent alors les jmto isoléei; et les cortèss'asseniblèrentaa nom da peaplesouvrai. Les nobles et le clergé y siégèrent sans distinetion, et r^plilé à laquelle la conquête avait réduit les Eapvgnoii s'y déplojiai même temps que la liberté. En effet, le peuplé qui parainilb plus arriéré se trouva le plus libre de tous; car il mit dmh nation la base de toute autorité , et se eonstftoa pouvoir neverain Jusqu'au rétablisaement de Ferdinand VIL Les eortâ publièrent en 1818 une constitution fondée sor Taneien s^slte de la nation , et sor la nécessité de défendre llndépendmee nationale, si le roi venait à manque^; constitution en eoa» quence très-libérale. En voici les bases : La souTeraineté réside dans le peuple; la religion catholique est « la seule vraie, à rexclusion de toute autre ; » le gouvernement est monarchique; les trois pouvoirs sont séparés; le roi est inviolable, mais sans la sanction absolue ; la législature ne forme qu'une seule chambre. Les certes sont la réunion de tous les députés élos par les assemblées de provinces , composées d'électeurs nommés par des assemblées de district , et ces dernières , d*électeun nommés par des assemblées de paroisse ; dans celles-ci , toos les citoyens ont droit de suffrage. Les électeurs de paroisse doivent être âgés de vùigt-cinq ans , de même que les électeurs de district ; un revenu sufBsant est en outre exigé des députés aux cortès. Les députés sont nommés pour deux ans , à raisoo d'un député par soixante-dix mille âmes. La session des cortès est au moins de trois mois chaque année : elles votent les impôts , proposent les lois , que le roi sanctionne et kiit exécuter; mais, en cas de refus de sa part pendant deux ans, il y est obligé à la troisième. Le roi fait la guerre et la paix ; il nomme aux magistratures , aux évéchés, aux bénéGces, aux commandements de terre et de mer; mais il ne peut empêcher, suspendre ou dissoudre les cortès, ni sortir du royaume, ni abdi-
INSURBECTION DE 1820. 437
quer, ni faire des alliances ou des traités avec les puissances étrangères, ni asseoir des impôts, sans le consentement des certes, à qui appartient la nomination aux fonctions publiques. Les soldats ont droit d'examen et de discussion en tout ce qui touche à leur organisation. La constitution ne peut être revisée qu'avec le concours de trois législatures successives , et par un décret qui n'est point soumis à la sanction royale.
Il est facile de distinguer la partie de cette œuvre qui , imitée de l'étranger, fut greffée par les libéraux sur les coutumes nationales. Mais la nation s'en tinta ces dernières, sans comprendre le surplus ; elle ne considéra pas la constitution comme un acte politique, mais comme un fait social. La trahison de Bayonne avait disposé d'un peuple comme d'une propriété ; et ce peuple protestait , opposant au despotisme du conquérant la volonté de tous , et se soulevant pour la religion , l'indépendance , et le roi. Les masses ne comprenaient que cela, et c'est pourquoi elles défendirent cette constitution. Quoiqu'elle parût trop libérale aux puissances étrangères, elle fut reconnue par l'Angleterre et par la Russie , qui s'en servirent contre la France.
Quand Napoléon , réduit à l'extrémité, mit Ferdinand VII en liberté ( mars 1814 ) pour retirer ses troupes de la Péninsule , ce prince rencontra à l'entrée de ses États les cortès , qui lui rendirent la couronne conquise pour lui et sans lui. « N'ou- « Ollez pas , lui dit-on , que vous la devez à la générosité « de vos peuples, La nation ne met d'autres limites à votre « autorité que cette constitution adoptée par ses représenta tants. Le jour où vous la violerez, le pacte solennel qui « vous a fait roi sera rompu. »
L'enthousiasme général qui accueillait Ferdinand VII comme le représentant de la nationalité, ne l'empêcha pas de repousser cette constitution; et, par l'éditde Valence (4 mai 1814), il la déclara « un attentat contre les prérogatives du trône , corn- " mis par un abus coupable du nom de la nation. »
Le peuple avait combattu pour la religion , pour l'indépendance , pour le roi : cela obtenu , il n'avait plus rien à demander à la constitution. Il suftit donc de ce décret pour l'abolir; et Ferdinand aurait pu gouverner en roi absolu et faire bénir son