H CONSTITUTION ESPAGNOLE
iTpno, si son retour n*eilt été suivi d'une réaction odieuse autant qu'ingrate. Loin de réaliser les améliorations promises, il condamna à mort ceux qui , dans leurs écrits ou dans leurs discours, avaient prêché l'obéissance à la constitution. Appuyé par 1rs cabinets étrangers, il emprisonna, il exila, il déporta; et sa volonté devint la loi suprême. Tout ce que Tadministration française avait laissé de bien fut détruit; il persécuta pour des faits passés , refusa la liquidation des créances à ceux qui avaient réclamé auprès du gouvernement intrus; il réduisit les biens de Tinquisition à un tiers de leur valeur nominale, et suspendit la nomination des prélats , aûn d'employer à l'extinctioD de la dette les revenus des sièges vacants.
Les colonies d*Amériqne, qui avaient prospéré sous le gouve^ neinent constitutionnel par l'abolition des entraves commerciales, s'indignèrent du rétablissement du despotisme; et, i*onservant le maniement de leurs propres affaires, elles préparèrent de ce jour-là l'indépendance. Ferdinand VU expédia des troupes contre elles, mais sans grand résultat. Résolu à faire un efjfort décisif, il rassembla une armée à Cadix; mais, pour la transporter, la patrie de Cortès et de Pizarre fut réduite à acheter des bâtiments à la Russie.
Les anciens libéraux renouèrent leurs trames , mais cette fois séparés du peuple; ce n'était plus qu'une faction de citoyens, de militaires et d'employés. Un complot éclata à Valence (janvier 1819) ; mais le général Élio, qui y commandait, le réprinia avec férocité. Cependant un certain nombre de soldats de l'armée réunie à Cadix désertèrent faute de paye, et se formèrent on piérillas, tandis qu'une épidémie ravageait l'Andalousie. Toute armée est dangereuse dans un pays qui n'a à lui donner ni or, ni occasions de victoires. Celle que l'on avait réunie à («idix conspira bientôt ; Quiroga et Riego se concertèrent sur la direction à donner au mouvement; mais O'Donnell, comte de l'Abisbal , commandant de Texpédition , qui avait été mis dans le secret , les trahit , et arrêta Quiroga ( juillet ) , qui parvint a fuir; et Riego continua à travailler l'armée. La révolt»' cHata le 1" juillet 1820, et la constitution de 1812 fut proclamiH'. Qw\toçl;\ ç\ ^\ç%o se fortifièrent dnns l'île deL('on , jusqu'à
IIISUBBECTION D£ 1820. '430
ce que leur voix se fût fiait entendre au loin ; et Vannée nationale proclama que « les rois appartenaient aux nations. »
Les royalistes marchèrent contre les rebelles; mais Quiroga les prévint en assiégeant Cadix. Riego s'avança à leur rencontre , répandant partout des proclamations ; mais la nation n'y répondait guère , et il fut obligé de disperser ses troupes. Ce fut alors que le général Mina ( 1820), qui avait combattu contre Napoléon, ac4X)urut de France, où il était exilé, réunit une armée nationale du Nord pour soutenir la cause libérale , et mit la Galice en feu. Ferdinand promit des institutions libérales , symptôme de la gravité du péril ; mais il hésita jusqu'au jour où la révolte arriva jusqu'aux portes de Madrid ( 7 mars ). Alors il déclara que, « la volonté du peuple s* étant manifestée, • il s'était décidé à jurer la constitution de 1812. »
Bientôt se réunit à Madrid l'assemblée qui devait « ranimer « une nation à l'agonie , remplir un trésor épuisé, restaurer la « marine anéantie , s'occuper de l'artisan réduit à l'oisiveté , du « guerrier qui , tendant la main, à la honte de ses concitoyens, « montrait les blessures qu'il avait reçues pour eux ; de l'agri- « culteur qui , faute de communications , mourait de faim au .« milieu de récoltes abondantes * . » La plupart des députés élus furent pris dans le clergé, dans la noblesse , et dans l'ordre des avocats. Aux premiers rangs se distinguaient le poète Martinez de la Rosa et Toreno , homme instruit , politique habile , tandis qu*Alpuento et Moreno^ représentant des idées révolutionnaires, flguraient parmi les plus exaltés. L'assemblée abolit successivement tous les ordres religieux, l'inquisition que Ferdinand avait rétablie, de même que le gibet, la censure, les majorais, les substitutions, et une foule d'abus. On rétablit plusieurs impôts introduits par le roi Joseph , et Fou transforma la dîme ecclésiastique en taxe civile* Mais si le principe de la constitution était national et original , limitation perpétuelle de la France se glissait dans les applications , et , chose plus regrettable , tout 88 faisait par l'armée ou sous son influence.
I/liostililé de TËglise et de tous les ennemis de la constitu-
' Manifeste de la junte suprême.