PABTAGB DE LA POLOGNE
ddées à employer les moyens qu^elles jugeraient les plus prompts et les plus convenables pour se faire justice > . »
La noblesse polonaise se plaignit hautement de ces formes impérieuses , de ces inculpations et de ces reproches contraires aux habitudes diplomaiiquéé. Elle réclama Téloignement des troupes avant la convocation des diétines , pour qu'elles n'y entravassent pas la liberté des votes. Mais on lui répondit par un uimifeste et par l'envoi de trente mille hommes, avec ordre aux généraux (c'est ainsi que s'exprimait Frédéric) « d'opérer de concert , et de marcher contre les nobles qui voudraient cabaler, ou mettre obstacle aux innovations à introduire dans leur patrie. »
Cest ainsi qu'on força la main aux diètes , après avoir refusé de soujpettre aux puissances neutres , qui s'étaient portées garantes, les prétentions des spoliateurs ; et tout fut consommé. On obligea la Pologne à conserver cette constitution si vicieuse dont on s'était fait un motif pour la morceler, en lui interdisant de changer jamais sa liberté , sans le consentement des trois puissances complices; seulement Texclusion fut prononcée contre tout prince étranger, afin d'écarter Tlnfluence des autres États.
(1774) Les lois cardinales furent présentées par les ambassadeurs qui, chose inouïe, assistèrent aux délibérations. Elles portaient que toutes lois qui ne seraient pas abrogées dans cette diète resteraient confirmées; que Ton ne pourrait élire pour roi qu'un piaste noble et propriétaire; que les fils et les petits-fils de celui qui serait élu ne pourraient succéder à la couronne qu'après un intervalle de deux autres règnes; que la couronne demeurerait élective, avec un gouvernement libre, composé de trois états, le roi, le sénat, l'ordre équestre; et afin que ce dernier participât également au gouvernement, dans l'intervalle des diètes on établit un conseil permanent chargé de veiller à l'exécution des lois établies, sans pouvoir législatif ni judiciaire; il fut composé du roi et de membres pris , en nombre égal , dans le sénat et dans l'ordre équestre. Ce fut une nou-
' Note du comte de Stackelberg , plénipotentiaire de Russir.
ISO PABTAGE Dfi hk POLOGNE.
velle entrave à l'autorité royale , déjà si restreinte. Le roi ob. tint, dans la distribution des biens conGsqués aux jésuites , un accroissement de dotation , et enlin le droit de nommer tous les membres du conseil permanent.
Le sultan Moustapha III, qui régnait alors, observant les lois de la morale en bon musulman, avait peine à comprendre que les rois pussent recourir au mensonge : aussi fut-il plus d'une fois la dupe de Frédéric et de Catherine , qui le prenaient pour but de leurs plaisanteries. Frédéric lui avait tenu un langage amical tant qu'il avait eu intérêt à l'exciter contre la Russie. Lorsqu'il fut réconcilié avec cette puissance , il changea de ton , au point de scandaliser T honnête mahométan. Moustapha s'efi&ayait de la prépondérance de la Russie , surtout de l'influence qu'elle acquérait en Pologne; et il ordonna au khan desTartares, ainsi qu'aux princes de Moldavie et de Valachie , de la surveiller. Mais l'ambassadeur russe l'assura que les troupes envoyées en Pologne n'avaient pour objet que d'assurer la liberté de l'élection et celle de la religion. On conçoit son courroux lorsqu'il apprit que Catherine songeait à faire élire un homme dont le seul mérite consistait dans une liaison immorale avec elle. Pensant que la justice doit présider à la politique, il voulut à l'instant rompre la paix; mais les ulémas, intimidés ou gagnés , lui représentèrent que le Koran défend d'attaquer ceux qui laissent l'empire en repos. Il dit en soupirant : Que puis-je tout seul ? Tous sont amollis , tous corrompus : ils n'aiment que les maisons de plaisance , les musiciens , les harems. Je m^ efforce de rétablir l'ordre et les anciens usages, et personne ne me seconde.
Mais lorsque, informé des violences faites à la Pologne , il eut en vain sommé la Russie d'évacuer le pays et de rendre la liberté aux sénateurs ; lorsque , sollicité aussi par la France , qui avait envoyé trois millions à son ambassadeur pour corrompre le divan, il eut à se plaindre en outre d'une violation de territoire ; irrité de tant de mauvaise foi , il fit renfermer aux Sept-Tours l'ambassadeur russe, et déclara la guerre. La Russie fut prompte à lui susciter des embarras en Asie , en soulevant les Cosaques du Don et les Kalmouks , et les princes chrétiens
. PARTAGE DE LA POLOGNE. \Hi
de la Géorgie, excités par ses promesses de délivrance. Les espérances que Ton pouvait fonder sur la Turquie ne tardèrent pas à s'évanouir . L'Angleterre caressait la Russie pour la détacher delà Prusse, ce qui l'empêcha de rompre le silence. Les philosophes avaient tout mis en œuvre, surtout d'Alembert et Voltaire, pour soulever Topinion publique contre les Polonais ; en outrageant cette nation infortunée, ils encourageaient ses assassins '. La France , endormie dans les jouissances et dans la paix , s'inquiéta peu d'un pays éloigné; on se figura qu'il était impossible de le voir se rc^iever : tort inexcusable , car en soutenant la confédération de Bar et l'élan de la Turquie, devenue généreuse j il lui eât été facile de conserver cette barrière de la civilisation européenne. Lorsqu'on s'aperçut à Versailles qu'il y avait eu non*seulement lâcheté , mais faute politique » à laisser s'accomplir le. meurtre de la Pologne , le cabinet s'en excusa eu disant qu'il n'en avait été instruit qu'après Tévénement : excuse pire que le mal. Il menaça alors , négocia avec les Pays-Bas et avec l'Angleterre , et ce fut tout. Charles III d'Espagne eut la gloire de se montrer seul décidé à soutenir les Polonais; mais, isolé, éloigné, il dut accepter les excuses de l'Autriche. ,
La noblesse polonaise s'indigna particulièrement contre l'Autriche. Les Russes et les Prussiens étaient les ennemis de
' Voltaire applaudissait pourtant à ces infamies. Il écrivait à Frédéric : " On prétend quec^est vous, sire, qui avez imaginé le partage de la " Pologne : je le crois, parce quMI y a là du génie, et que le traité " s'est fait à Postdam. » A Catherine, le 29 mai 1772 : <« Nos don Qui- « chottes welches (les Français) ne peuvent se reprocher ni bassesse ni « fanatisme ; ils ont été très-mal instruits, très imprudents et très*in- '< justes... Mon héroïne prenait, dès ce temps-là, un parti plus noble " et plus utile, celui de détruire [^anarchie en Pologne, en rendant à " cliacun ce que chacun croit lui appartenir, et en commençant par " elle-même. » Voltaire chantait les rois qui partagent le gâteau, et il écrivait encore à Catherine : n Le dernier acte de votre tragédie pa- « ralt bien beau. » 11 se disait heureux « d'avoir vécu assez longtemps • pour voir legrapd événement. » — Lctlres publiées par Brougham en 1845.